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les dispositions qu'elle renferme , on ne voit que celles relatives aux revenus royaux qui soient prudemment conçues. Pour le surplus , tout est vague, légèrement combiné et souvent inexécutable dans cet acte, qui ne pouvait , en cas de troubles , imposer le moindre frein à qui que ce fût. Philippe- Auguste entrevoyait, à travers un nuage, déjà transparent, les élémens de l'art de gouverner ; mais son esprit n'était pas assez étendu , pas assez éclairé , pour les mettre en œuvre. Ce prince ne pouvait encore aspirer qu'à la gloire brutale attachée au maniement de sa lourde épée.
Après avoir assis la régence sur ces faibles bases, le roi se rendit à Saint-Denis pour prier sur la tombe du glorieux martyr, ce puis saisir « l'oriflamme dessus l'autel , disent les chroniques « de celte abbaye, et la porter avec lui pour « garde et pour défense. Car elle doit être portée « devant li roi quand on se doit combattre , dont il « est aucune fois advenu quand les ennemis la « voyaient que ils étaient si durement épouvan- H tés, que ils s'enfuyaient trisles et confus. »
Que les moines de Saint-Denis vantent leurs reliques et la vertu de leur bannière , cela se conçoit; mais l'expérience a, par malheur, prouvé, même dans cette guerre , que l'oriflamme ne faisait pas toujours fuir les ennemis tristes et confits. Continuons de citer le chroniqueur. « Quand li « roi fut dans l'église entré et agenouillé devant « le martyr , en oraison s'étendit sur le pavement
u en pleurant , et se recommanda à la bénite « vierge et au glorieux martyr; puis se leva et « prit Fécharpe et le bourdon de la main de Guil-- « laume, archevêque de Reims, qui à ce temps « était légat en France. Lors s'approcha li roi des « martyrs , et prit de sa propre main deux éten- « dards et deux, enseignes d'or croiséjiées , de « dessus la châsse boisée ; après se recommanda « aux oraisons des bons pères et de la gcnte mice trée , et prit bénédiction d'elle *. »
Pendant cette cérémonie , Richard recevait de son côlé le bourdon , à Tours , des mains de l'archevêque de Tyr, Le roi , tout couvert d'acier , s'étant appuyé sur ce bâton de pèlerin , le fit briser sous le poids de son corps. Les clercs, présens à la cérémonie , tirèrent de cet accident un augure sinistre: un scepticisme superstitieux se prit dèslors à douter du succès de la croisade. Enfin les croisés partirent: la troisième expédition d'Orient commença vers la fin de Tannée 1 1 8o,
On peut citer, comme une circonstance remarquable , que deux reines , deux femmes de • Louis-le-Jeune avaient la régence en France et en Angleterre : Eléonore de Guienne et AUx de Champagne. Richard accordait peu de confiance à sa mère, dont les passions ardentes étaient peu amorties par l'âge ; mais outre que le monarque anglais avait tempéré le pouvoir de cette princesse par celui d'Ely , chancelier d'Angleterre , il
* Chroniques de Saint- Denis y ad. ann, 1189.