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deyait d'amples dédommageinens à cette souveraine , que Henri II avait tenue long-temps captive à la tour de Londres.
Il n'appartient point à notre sujet de suivre pas à pas le roi de France en Asie, ni de redire les querelles qui rompirent la bonne intelligence entre Philippe et Richard, avant même d'y être arrivés. Mentionnons toutefois le mariage du roi d'Angleterre avec Bérangère de Navarre , que Richard apprit en Sicile à son allie, dans une entrevue fort orageuse. Tu cherches une excuse pour te dispenser d'épouser ma sœur , dit le monarque français. — Ta sœur, je ne la rejette point; mais je ne puis la prendre pour femme , car mon père l'a connue et en a eu une fille. Je ne suis uni à Alix que parles fiançailles, et je suis étranger à elle selon la chair. — A qui donc veux-tu que je la donne? — Tu trouveras des comtes et des barons à qui tu pourras l'unir d'un lien plus solide. — Si tu nie rends ma sœur , tu dois me rendre sa dot et son douaire, qui me font retour. — Qu'à cela ne tienne; après le pèlerinage. — Et toi , mon homme , qui épouseras-tu? — Bérangère de Navarre; déjà elle s'est liée à moi par mon lit , et nous ne sommes plus qu'une même chair. — Dès ce moment, répondit Philippe en s'élolgnant brusquement , n'attends plus de moi un visage gai et des paroles douces *.
La troisième croisade se borna , comme on sait,
* Philipeide de G uillaume^lc- Breton , chant IV ; et Histoire
àla prise* laborieuse de Sainl-Jeaii-d'Acre; exploit inutile , qui ne procura aucun secours aux chrétiens de l'Orient *. Las d'une expédition stérile , fatigué surtout d'une mésintelligence continuelle avec Richard, Philippe-Auguste quitta bientôt la Palestine, mais il la quitta avec noblesse, en laissant àsonalhédix mille lances et cinq cents gendarmes, sons le commandement du duc de Botirgogne.
Tous les romanciers ont raconté les aventures de Richard Cœur-de-Lion : son séjour en Orient, le traité secret qu'il fit , dit-on , avec les Sarrasins , et sa captivité en Allemagne ne doivent pas trouver place dans notre cadre. Nous suivons Philippe en France , où il reparut en 1 193. Alix et Guillaume de Champagne, avaient gouverné avec facilité ,
de PtUlippe^ Auguste ^ par M. Capefiguc y tome J, pages 873
et 374*
* Un trait horriblement célè!>re perpétuera le souvenir de ce siège. Raoul, sire de Coucy, blessé niortcUeinent devant Saint- Jean-d'Acre , expirait en songeant à la dame de Fayel. Il ordonna à son écuyer de Fouvr ir après sa mort , de prendre son cœur et de le porter à la souveraine de ses pensées. L*é > cuyer exécute Tordre de son maître. Mais renconU-é parle sire deFayel , qu'il ne connaissait pas , il lui fait part de son message. — Donne, lui répond ce seigneur, je suis le frère de cette dame, j'achèverai ta couunission. L'homme d'ai*mes remet le cadeau sanglant dont il est porteur. Rendu à son camp,, Fayel fait assaisonner le cœm* par son cuisinier, et le fait servir à sii fcmnfiC, qui mange avec appétit cet horrible mets... Il lui apprend ensuite la vérité. La tlame jure qu elle ne prendra plus d^olimens, et se laisse en eflet moiuir d'inanition.
pendant lâbsence du roi y le baronnage non-croisé, contenu par ses craintes superstitieuses. Le cardinal régent avait pu entreprendre en toute sécurité l'usurpation des Etats de Philippe d'Alsace , comte de Flandres , tué devant Acre , à côté de son souverain. Marguerite, comtesse de Hainaut, sœur du défunt, était appelée à recueillir son héritage; mais Philippe- Auguste, oubliant les soins donnés h. sa jeunesse par l'ex-régent; oubliant , avec plus de tort , le dévoûmcnt qu'il venait encore de lui montrer ; enfin violant le traité solennel signé avant la croisade, Philippe- Auguste , disons-nous, après la mort du comte, envoya des messagers secrets à son oncle et à sa mère pour leur ordonner de s'emparer des fiefs de ce seigneur. Le gonfanon royal fut arboré sans difficulté à Mons , Oudenarde , Alost , Courtray , Ypres et Bruges ; mais G and résista; l'archevêque de Reims assiégeait encore cette ville au retour du roi. Celui-ci transigea avec le comte de Ilainaut , lequel se contenta d'une partie des possessions qui , au dire des clercs et des généalogistes, devaient lui revenir en entier. Cependant , Philippe-Auguste voulait, disait-il, célébrer son retour en sa bonne ville de Paris par choses utiles à ses habitans. Il existait à cette époque une association de marchands par eau , appelée la Hanse parisienne , espèce de caravane ïiautiqnc, formée pour s'opposer, autant que possible , au brigandage des seigneurs riverains de la Seine : cette confrérie, qui jouissait de certainsi
privilèges, s'était associé successivenieiit divers autres négocians des provinces, particulièrement les Bourguignons qui faisaient descendre à Paris leurs vins, déjà fort recherchés. Les étrangers, ainsi Ao/ises y partageaient tous les avantages assurés à l'association parisienne ; mais s'ils n'y étaient point agrégés , ils ne pouvaient , sous peine d'amende , faire le commerce qu'en dehors de la ville : leur limite était le ruisseau d'Aupech. Jusqu'à l'année I igs , la corporation dont il s'agit n'avait pu déposer à terre le vin, principal objet de ses spéculations: il fallait le vendre sur les bateaux; ce qui présentait une foule de difficultés et d'inconvéniens : le roi , revenu de l'Orient , accorda , mais aux seuls habitans de Paris , l'autorisation de transporter les vins sur la plage pour y être vendus *. Par suite de cette permission , la hanse fit construire à ses frais un port propre à débarquer, et même à entreposer ses miirchandises. Pour subvenir à cette dépense, il fut permis à ces négocians de prélever sur chaque bateau de vin arrivant à Paris , cinq sous; sur chaque bateau de vin chargé sous le pont pour une destination en aval, deux sous; sur chaque bateau de sel ayant remonte la Seine jusqu'à Paris, cinq sous; sur chaque bateau de hareng , quatre sous ; de mérain, trois sous; de bois, douze deniers; de foin , deux deniers; de blé, trois deniers **. Nous aurons plus
* Ordonnances du Louvre j t, XI ^ p, 2go. •• Ordonnances du Louvre, t. XI ^ p. 3o3.
d'une fois occasion de reparler de la hanse ^ dont les privilèges s'augmenteront avec son crédit, c'està-dire sa fortune ; elle finira par exercer une juridiction : ce sera un droit marquant reconnu au tiers État.
Dans la discussion que Philippe-Auguste avait eue avec Richard , relativement à l'abandon que ce dernier faisait de l'infortunée Alix , pour épouser Bérangère de Navarre , le roi de France , se contentant d'une transaction vénale , devait rentrer dans les apports faits par sa sœur au prince anglais: celui-ci s'était engagé à rendi'e les provinces composant cette dot. Mais le monarque français ne voulait point attendre , disait-il, la trop lente restitution de ces terres; prétendant qu'il en devait compte à cette princesse , promise maintenant au duc de Monferrat. Tel fut le prétexte qu'il allégua pour entrer à main armée en Normandie. Il se disposait à cette expédition lorsque , étant à Pontoise , il eut avis d'outre-mer qu'à la sollicitation du roi d'Angleterre , ce prince m ahométan aux vengeances mystérieuses , qu'on appelait le vieux de la Montagne , devait envoyer en France des hommes chargés de l'assassiner.
Sur cet avis , qui calomniait certainement Richard , prince violent et emporté , mais incapable d'une action. honteuse, Philippe institua des sergens-d'annes pour la garde de sa personne. Ces officiers , qu'o^j^ peut regarder comme les premiers gardes du corps de nos rois, étaient gentilshoni-
mes : leurs armes consistaient en une massue d'airain , un arc et un carquois garni de flèches. Ils ne quittaient point le prince , et ne laissaient approcher de sa personne aucun inconnu ; leur office était à vie. Par la suite , les sergens-d'armes furent employés à porter les ordres du souverain , lorsqu'il citait quelqu'un à sa cour. Le roi seul , ou à son défaut le connétable , pouvait juger ces gentilshommes.
Vers cette même époque , on commence h parler dans les chroniques des Ribaiids , soldats d'élite , guerriers déterminés qni , dans un assaut ou tout autre actionhardie, combattaient en première ligne. Les mœurs de cette milice , moins pures que leur valeur n était brillante , leur acquit une mauvaise renommée , qu'on prit bientôt pour point de comparaison d'un libertinage outré : on appela rihauds et ribaudes ceux ou celles dont les débordemens étaient scandaleux. Dès leur institution primitive, les rihauds obéissaient à un chef ayant le titre de roi , selon l'usage du temps qui accordait • cette brillante qualification aux divers fonctionnaires exerçant sur leurs pareils une sorte d'autorité ou de commandement. Ce monarque domestique avait une espèce de juridiction à la cour: il connaissait des jeux de hasard et autres dans les maisons royales; les lieux de débauche, appelés alors ouvertement hourdeaulx , ou logis de femmes hourdelières . lui payaient un droit de deux sous par semaine; chaque femme , noble ou non ,
prise en flagrant délit d'adultère y devait cinq sous au roi des ribauds : sou revenu devait être considérable dans un temps -où l'hymen demeurait rarement'^exempt de trahisons. Nous reparlerons ailleurs du singulier officier que nous signalons ici.
Philippe-Auguste , après avoir pris des précautions pour se garantir de la prétendue félonie du roi Richard , marcha hardiment sur les terres de Normandie , sans aucune sommation ni envoi de héraut; enchanté d'avoir renforcé son agression d'une vindicte eu apparence légitime. L'archevêque de Rouen, mitre en tête, crosse en main, étole au cou , et suivi d'une foule de barons anglais , accourut au-devant du roi. « Pourquoi , « lui dit le prélat, entrer sur les terres du pèle- « rin ; ignores-tu que Richard est encore en Terrece Sainte , et que ta foi jurée protège ses dçmaines. (c — Qu'on exécute donc le traité de Messine en « me rendant Gisors, le comté d'Auge, celui « d'Aumalc et le Vexin , formant la dot de ma « sœur Alix. — Nous ne le pouvons, répliqua « l'évcque; Richard n'a point envoyé ses chartes « scellées.-.. Renonce à ton entreprise impie, si « tu ne veux encourir les foudres de l'excommu- « nication *. w
Philippe- Auguste promit d'attendre, mais peu de de temps. Dans ces entrefaites , on fut informé que Richard avait élé fait j)risonnier par le duc d'Autriche, puis par l'empereur d'Allemagne, Henri VI.
* BcnoU de Petcrborough et Raoul fie Dicct , année 1 192.
DE PARIS. n5
Philippe , ayant appris le malheur de Richard , ne garda plus aucun ménagement : il songea h. effectuer , sans plus de retard, son projet d'envahissement. Mais , afin d'apporter au moins quelque apparence de légalité dans cette spoliation, il conclut un traité avec Jean, comte de Mortasne. Ce frère du prince captif se disposait lui-môme à usurper la couronne d'Angleterre ; le roi de France promit de le seconder , si , de son côté , Jean l'aidait à se mettre en possession de la Normandie. Cette convention signée, Philippe se précipita sur les terres de son vassal, au mois d'avril i igS; après une marche rapide et que rien n'entrava, il parvint aux portes de Rouen, qui lui furent ouvertes. Mais cette ville , avec deux lieues de territoire à l'entour, avait été réservée à la couronne d'Angleterre par le traité : le roi de France n'y entra *point.
La seconde condition de l'alliance entre Philippe et le comte de Mortagne n^éiait pas d'un accomplisement aussi facile. La reine Éléonore et l'archevêque de Cantorbcry s'efforçaient de maintenir les barons anglais dans le devoir , en même temps qu'ils s'occupaient de réunir cent mille marcs d'argent , demandés par l'empereur Henri VI, pour la rançon de Richard. Néanmoins Jean ne négligeait aucun moyen d'attirer les seigneurs dans son parti ; il régnait une grande hésitation parmi eux : plusieurs penchaient pour le comte de Mortagne , - dont
la suzeraineté eût été plus douce que celle du monarque prisonnier ; mais celui-ci pouvait revenir , et exercer de terribles vengeances. Les déterminations traînèrent en longueur, et la cause du frère perfide languit. Rien n'était encore décidé lorsque Philippe reçut une dépêche de l'empereur , portant ce peu de mots : « allons , tenez-if ous sur « vos gardes : le diable est déchaîné. » Eléonore était en effet parvenue à payer la rançon de son fils; Richard était en route pour revenir en Anglelèfre. Philippe renvoya , comme un écho sinistre, au comte de Mortagne, la fatale nouvelle: Tenez - vous sur vos gardes ; le diable est déchaîné.
Le roi sentit qu'il devait Se préparer à soutenir une guerre h outrance: son redoutable rival revenait aigri d'un ressentiment nouveau , ajouté à celui que d'anciennes querelles avaient laissé dans son cœur. Philippe campait alors à Montreuil; le comte de Mortagne occupait la ville d'Evreux aux puissantes murailles , que le roi confiait à sa garde. En ce moment , ce prince anglais était proscrit ; ses fiefs étaient confisqués; Richard allait, à son retour , faire peser sur lui la plus terrible vengeance. Philippe seul pouvait le défendre, et déjà il lui offrait un asile et des places de sûreté. On va voir comment il reconnut ces témoignages d'amitié.
Jean avait abandonné la cause de son frère par trahison : une nouvelle trahison rompit les liens qui
Tunissaient à la France. S'étaiit soumis secrètement à Richard^ il déploya^ dans cette circonstance , fout ce que la félonie peut offrir de plus atroce. Le comte de Mortagne avait sous ses odres trois cents lances françaises ^ que Philippe s'était empressé de lui donner pour être jointes à cent cinquante archers anglais. Un jour il invite à un grand festin tous ces Français et leurs servans d'armes ; ces braves guerriers , sans défiance sur un prince qui doit tout à leur maître ^ se présentent désarmés au banquet; à peine sont -ils réunis^ que les hommes du traître anglais^ embusques dans des appartemens fermes^ en sortent , se jettent sur les convives trop confians, les massacrent tous^ et plantent sur lo rempart une forêt de piques^ au bout desquelles sont attachées les têtes livides de ces infortunés. Ainsi fut sanctionnée la réconciliation entre Jean et Richard : le premier , après l'action monstrueuse que nous venons de rapporter , se réfugia , en pleine sécurité^ sous les tentes de son frère, déjà débarqué eu Normandie.
Cependant Philippe, qui assiégeait en ce moment le château de Verncuil , apprit avec horreur le massacre d'Évreux. « Aux armes ! aux armes ! « s'écria- t-il ; que le gon fanon de deuil soit ar- « bore sur mon pavillon royal. » Et soudain l'indigné monarque , à la tête d'un petit nombre de chevaliers, s'élance dans la campagne, et court vers Evreux. Les infamies appellent les infamies :
le roi, sans s'être informé si les habitans avaient ou non participé à la trahison de Jean , livre leurs demeures au pillage des ribauds; et les flammes dévorent une partie de la ville.
Alors commença une longue succession de combatls, où la haine la plus envenimée anima les guerriers : cette vieille rivalité entre \fL France et l'Angleterre , qui déjà avai.t coûté tant de sang aux deux royaumes, se montra plus active que jamais. Ne pouvant décrire tous les évèncmcns de cette guerre, nous mentionnerons du moins ceux inhérens à notre sujet : telle fut la perte des archives de l'Etat qui , dans une embuscade près de Blois^ tombèrent au pouvoir de Richard. Philippe-Auguste avait déjeûné "avec ses barons au lieu nommé Beaujour, tandis que ses troupes cheminaient avec les chariots , les chevaux chargés d'armes , et tout ce dont se formait le bagage de la cour. Soudain le roi d'Angleterre , caché dans une épaisse forêt, se précipite sur ces convois, mal défendus par des guerriers sans défiance; tout ce qui veut tenter une vaine résistance est égorgé. Les registres des impôts , les papiers du fisc , le sceau royal et plusieurs tonneaux remplis d'écus tombent au pouvoir de Richard. Cette perte fut un grand désastre : « Faute d'archives , dit M. Ca- « pefigue dans son excellente histoire de Philippecr Auguste , on cessait de savoir ce qui était dû « au trésor ; quel était et à combien se montait « ce que chacun était tenu de payer «\ titre de
« cens , de taille oa pour droit féodal ; quels « étaient ceux condamnés aux corvées ; quels « étaient les serfs de la terre et les serfs du corps ; « enfin par quels devoirs un affranchi était encore « lié envers son patron. » On avait à refaire un système entier de police, de finance et d'administration : Philippe ordonna de s'en occuper immédiatement; mais ce travail , qui ne pouvait être établi que par des recensemens longs et difficiles, ne put être terminé de long-temps , malgré le zèle d'un clerc nommé Gautier, qui s'en était chargé *. Cet événement donna lieu , par la suite, aune institution conservatrice , appelée le Trésor des chartes.
La guerre avait alors un singulier caractère : les combattans, également amis de la poésie et des exploits guerriers, faisaient succéder les joutes des trouvères aux prouesses militaires : on chantait la légitimité de sa cause ; on cliantait la menace , le défi, le triomphe obtenu dans une rencontre. Les sirventes , dialogues en vers où l'allégorie jouait un grand rôle, étaient ordinairement employées dans ces combats mélangés d'esprit et de férocité. Richard, lui-même, se faisait alternativement paladin et troubadour: en l'année 1194^ il s'efforçait de soutenir la fougue héroïque de ses barons par des chants martiaux , que le soir il composait sous sa tente à la lueur d'une lampe.
* Chronique de Saint'-Denîs , annte 1 194/ tiistoirc fie Phitippe^J ajuste y par M, CapefignCj t, II ^ p, 53.
8o HISTOIRE
Les loisirs de Philippe-Auguste j pendant ces longues hostilités , étaient moins poétiques : las du veuvage, il avait épousé, en iigS, Ingelburge ^ sœur de Canut , roi de Danemarck. Cette princesse, âgée h peine de dix-sept ans, joignait à la beauté, un caractère doux et plein de candeur; de plus, dit la chronique de Saint-Denis, elle était pucelle et ornée de bonnes mœurs. Cette union paraissait devoir être remplie d'attraits pour un prince de vingt-cinq ans ,. sensible surtout aux grâces du sexe , dont il se montrait l'adorateur fervent. Quelle fut donc la surprise de sa cour lorsque, le lendemain de son mariage, qui venait d'être béni à Compiègne , il déclara qu'il . se séparait d'Ingelburge. Les motifs d'une telle détermination devaient être puissans, puisqu'ils amenaient une rupture si prompte : il paraît toutefois qu'il n'en existait pas d'autres qu'une de ces répugnances , inexplicables dans leur bizarrerie , qui éloignent quelquefois les hommes des objets les plus séduisans *.
* Voici quelques détails sur cet evèneiricnt , tirés de diverses origines. Le roi , ayant appris rarrivoe d'Ingelburge , s'élança sur son grand cheval de bataille , le casque en tête et couvert de son haubert à mailles d'argent j puis il sortit d'Amiens pour aller au-devant de cette princesse. Philippe accueillit la jeune danoise avec un vif empressement j il l'épousa le soir même , et le lendemain elle fut couronnée. Ce fut pendant la cérémonie de ce couronnement que commença le dégoût du roi pom* sa femme , qu'il n'avait pas encore possédée; et ce dégoût fut tel aussitôt qu'il se relira. avant la fin
DE PARIS Si
Un concile d'évôques, convoqué h Conipiègne , évoqua ce vieux prétexte de parenté , au degré interdit^ qui depuis loriginc de la monarchie avait fait rompre tant de mariages contractés de bonne foi. Il se trouva que la reine était parente de son époux ^ au dix-huiticme degré , par Anne de Russie , femme de Henri I*'*^, trisaïeul du roi régnant. Cette généalogie officieuse, fausse en plusieurs de ses parties, quoique jurée sur Tovangilc par les évoques qui l'avaient arrangée , fut la base du divorce; un parlement de barons et de prélats déclara le mariage nul. L'innocente princesse ne trouva pas un défenseur dans cette assemblée : ellemême, ne parlant ni la langue franque, ni le latin, ne put opposer à celte inique décision que ces mots, souvent répétés avec une pantomimf» animée :
de cette solennité* , ne pouvant plus supporter la personne «i*Iiigelburge. Le démon ^ dit le supei-stitieux chroniqueur Ue Saint-Denis , ouvra en notre s:re. Diabolique ou non , l'éloignement du nouvel époux fut invinciljle , et dès ce moment il songea au divorce. A la prière des evêques, il voulut bien consentir toutefois à partager la couche de la reine. « Il faut domiir avec cHe , lui avaient dit ces prélats , et la cngnaistrr expertement. )) Il se couclia donc auprès d'iiigclfnuge au château de Saint-Maur-h*s-Fossés. Enipn»ss(îs de connaître les résultats de Fessai nocturne , hommes et fenum^ de la cour environnèrent le lit nuptial dès huit heures du matin. Philippe affirma alors hautement qu il n'avait pu s'unir a la Danoise par amour et chair; clic soutint au contraire que son mari éiait venu plusieurs Jois à elle — Quoi qu'il en soit, le monarque persista à dissoudre son tnariage.