‹ Histoire de Paris, composée sur un plan nouveauChapitre 4 sur 20 · IF. G · texte numérisé non relu

IF. G

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France! male-Prànce Rome! Rome! Mais

ces seules exclamations pronraient que Philippe- Auguste allait avoir è rendre compte^ en conr romaine y de sa conduite déloyale et mal motivée.

La reine s'était d^abord mise en route pour re« tourner chez le roi y son frère ; mais , conseillée par cette réflexion toute simple y (pie quitter la France serait abandonner en apparence sa cause , elle revint à Paris y et s'enferma dans un monaatère. Philippe , aussi cruel qu'il avait été capri-' cieux, fit arracher cette princesse de ce couvent, et ordonna qu'elle fût rigoureusement détenue dana la tour de Gisoin. Cétait ajouter l'outrage le plus tyrannique à l'iniquité dont Ingelburge était vie* time. Vainement Etienne , évéque de Tournay , écrivit-il au cardinal de Champagne une lettre fort pathétique en faveur de la jeune captive; les portes de sa prison ne s'ouvrirent point.

Cependant Philippe- Auguste, se croyant suffisamment autorisé par la sentence de divorce à former un troisième hymen , épousa ^gnès de Méranie , fille d'un duc de Dalmatie , princesse non moins jeune, non moins be|lc qu'In-gelburge , et qui descendait de Charlemagne. Le roi aima beaucoup cette Dalmale; mais il ne put vivre paisiblement avec elle. Les rois de Dannemarck et. d'Angleterre , ayant uni leurs sollicitations auprès du pape Célestin III, pour faire reviser la procédure de Compiègne, le souverain pontife ordonna enfin cette révision , qui eut li

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à Paris , aous les yeux de Philippe. Soit opinion des ëyé^oea^ toit séduction exercée de la part du mourque y cette assemblée accorda au royal époux on délai assez long. Mais bientôt un nouveau pape j Innocent III , toujours pressé par les meslages de Canut et de Richard^ convoqua un troilième concile à Lyon , ville libre y qui ne dépendait pas du royaume de France. La sentence rendue cette fois fut contraire au roi : elle lui ordonna de quitter immédiatement Agnès ^ et de reprendre logelburge..,. Philippe-Auguste ^ ayant Toula . mettre en œuvre quelques moyens dilatoires, attira sur lui Texcommunication^ et sur son royaume^ cet effrayant interdit, qui stupéfiait les peuples par la cessation des offices , par le refus des sacremens. Le roi , dans cette extrémité , op«posa le pouvoir du souverain à celui de l'église ; îl maltraita le clergé qui osait faire observer l'interdit ; la noblesse et la boui^geoisie , qui s'y prêtaient , furent punies. On se révolta ; la guerre civile se joignit aux hostilités persistantes du vindicatif Richard.... Calculant y en homme sensé, les suites d'un si grand désordre , Philippe tira Ingelburge de prison ; on revit , quarante jours durajàt, cette princesse, pâle , amaigrie, se montrer , triste et rêveuse, aux fenêtres du palais de la Cité... Mais, nonobstant tous les efforts de sa raison, le roi ne put vaincre la répugnance qu'elle lui inspirait , et la renvoya de nouveau.... Un quateiièflie concile , assemblé à Soissons , connaissait

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encore de celte malheureuse affaire ; le roi s*j était rendu , escorté de clercs, de jurisconsultes y de casuistes, bien décidé à se défendre avec toute» les ressources du droit et dés canons.*... Tout à couf^ et au milieu des plaidoiries les plus vives , thi^ lippe quitte l'assemblée , court au couvent? oè ' §a femmfe est enfermée , l'embrasse , la met erf ci'oupe derrière son cheval , et s'achemine , sur F-heure, vers Paris, en faisant prévenir les prélats que tout est fini, et qu'ils peuvent se séparer... Rien ' de plus singulier que cette transition d'humeur , qui révèle, dans ce prince , l'homme le plus léger et le plus capricieux. Mais ce qu'on doit trouver surtout fort étrange , en raison du caractère mobile de Philippe , c'est qu'il vécut par la suite en bonne intelligence avec une femme dont il ne pouvait |)récédcmraent supporter la vue *. Agnès

* Duchesne^ /. V ^ p* 3^5; Rigord ^ Gest. PhUip.^Aug.; Albericj Chronic, , ann. 1200.

La bonne intelligence qui régna entre Philippe-Auguste et Ingelburge ne fut pourtant pas complète : le roi ne rendait point à la reine le devoir conjugal, quoiqu'il fut alors tourmenté par de yiolens désirs. Quelquefois il disait aux évéques de son conseil : « Je vous assure , très chers prélats , que je ne me suis jamais approché de ma femme. Il y a là-dessous des maléfices de quelques sorciers 5 car je ne puis faire ce que je lui dois. » {Alberic y Chron, , ann. 1200.) Innocent III, luimême , adi'cssait au roi les plus singulières exhortations : c( Essayez encore deux ou trois fois l'œuvre selon la chair, lui écrivait-il j et si vous ne pouvez décidément réussir, cda ne vous nuira pas pour demander le divorce , quoique tous

de M^anie , créature angélique , qui s'était éprise d'un, amour aussi pur que vif pour le beau Philippe ,. ne voulut pas perpétuer les tourmens de son cher époux et seigneur; mais^ voyant son bonheur détruit h tout jamais , elle mourut bientôt de chagrin , laissant deux enfans déclarés légitimes, qui la suivirent de près au tombeau *.

ayez a^ïpertactum etosculum. » [Epist»y Innocent, , i8o , /. Xl^ Philippe-Auguste , qui réellement y mettait alors de la bonne volonté , se consmnait en efforts superflus : u Le dc^mon ouvrait en telle sorte en notre sire, disaient les matrones, lorsqu'il était auprès de la reine , qu'amoureux ébats ne pouvaient s'ensuivre, quelques-imes ajoutaient u qu'elles avai^it vu le diable tout rouge , se plaçant entre cuir et chair, folâtrant sur les genoux de la royne , et faisant postures et mines horribles. « [Grand, C/iron. , /. 7/,/. 27 ) Et le pape d'écrire itérativemcnt : u Mon fils ! viens encore une fois dans les bras de la reine ^ mais afm que tu puisses accomplir le commerce de la chair, prépare-toi, par de saintes oraisons, des aumônes et le sacrifice de la messe. » (Inn. , Espis. 176.) Malgré toute la vanité des tentatives de Philippe , le divorce ne fut point prononcé^ jusqu'en l'année 1212, Ingelburge, sensée réunie k son époux , vivait dans des appartemens retirés , ou inême dans des monastèiès de Paris. Enfin , en cette même année, k roi reprit tout-à-fait cette princesse, poui' en finir avec les remontrances de la cour de Rome.

* Mais ce ne fut pas sans de rudes combats, qu'Agnes s'éloigna de son doux Seigneur... a Mon Dieu! s'écriait-elle soît* vent , que je suis malheureuse I où donc porterai-je niaintenant ma d^ouleur? » — Pai* la joyeuse de Saint-Charles-le- Qrandy répondait l'amoureux Philippe, Agnès, tu ne me quittoras point ^ ou si l'on m'oblige à t'éloigner, je me ferai mé-

Ainsi se terminèrent les tribulations domestiqaes qui avaient fait flotter , entre Richard et Philippe , les chances d*une guerre toujours acharnée, toujours meurtrière , et que des trêves nlnterrompaient quelquefois que pour la rendre ensuite plus active. L'animosité des deux rivaux couronnes était insatiable de sang : ils ne semblaient vouloir s'arrêter que lorsque leurs propres veines en seraient épuisées. Un jour Philippe - Auguste avait fait proposer au roi d'Angleterre de finir

créant. Sakdin était bien heureux de n'avoir pas de pape. <c Un légat , venu à Paris , fit évanouir l'opposition du roi , non pkr crainte, mais parce qu'elle était peu soutenue parles barons. U jura de ne plus voir Agnes , ou du. moins a qu'il ne la toucherait plus de sa chair. » Elle se disposa à quitter la France. Philippe , nonobstant son serment , la vit alors dans un appartement écarte. On entendit des sanglots , dit Rigord , des baisers redoublés , et surtout des juremens. La reine partit la nuit suivante, et se réfugia eu Normandie. Mais elle ne put j goûter un instant de repos : dévorée d'une passion ardente pour le roi , sa raison s'altéra^ on la vit se promener seule dans les sombres allées d'une forêt; son oeil était ^aré, sa démarche tantôt lente , tantôt précipitée , au gré de sa folie. Quelquefois elle montrait sa figure pâle , sa tête écfa»velée , entre deux créneaux de la tour. On eut dit un de ces blancs fantômes dont la superstition peuple les vieux manoirs. Agnes ne put survivre que deux mois à son expulsion ; elle mourut en donnant le jour à un fils qui y par allusion k la situation déplorable de sa mère , reçut le nom de Tristan, Ce fut probablement là l'origine de ce nom , qu'un grand nombre de seigneurs ont porté depuis /et qui devint terriblement célèbre pai- Tristan i'Bermite y^réyAt de Louis XI.

le di£Féreiid dans un combat de cinq chevaliers français contre cinq chevaliers anglais : « J'aou cepte le défi , avait répondu Richard , pourvu u que Philippe soit de la partie. — £h bien ! j'irai €4 ' voir ce fier Anglais , répliqua le roi de France : « qu'il m'attende. » Mais on fit comprendre à ce prince qu'il n'était pas de la dignité d'un suzerain de se mesurer avec son vassal.

Enfin , après une multitude de conférences entamées et toujours troublées par l'humeur irascible des deux souverains; après d'innombrables combats où le sang des deux nations coula à flots ; une trêve de cinq ans ^ seule pacification que put obtenir l'intervention apostolique d'Innocent m , fi;it conclue le 5 janvier 119Q, pour durer jusqu'à pareil jour de l'an 1 204. Un stiiiu quo général devait avoir lieu jusque-là , quant aux possessions en litige entre les deux souverains. Une pareille convention offrait bien peu de garanties avec des hommes aussi ardensque Philippe et Richa]:d; mais la mort de l'uu d'eux vint me.ttre un terme à leurs divisions.

On se rappelle la rude admonition faite à Richard par le fanatique Foulques ^ au moment de la troisième croisade : le roi d'Angleterre avait fait peu de cas de l'avis ; aussi Vune de ses Jilles ^ l'a- ▼arice^ le tua. Un trésor avait été découvert dans le château de Chalus , près de Limoges ; Richard , c^omme suzerain du seigneur à qui la fortune envoyait ce présent, voulut qu'il le lui remit; le baron

s'y refusa. L'Anglais , bouillant de colère, volé à Chalus, dont il trouve lès portes fermées; il forme le siège de la place : elle va sans doute tomber en son pouvoir , et le vassal récalcitrant éprouvera sa colère. Un trait , décoché par un archer qui ajuste le roi , blesse mortellement ce héros, le prince des batailles et prouesses.

Après la mort de Richard-Cœur-de-Lion , qui avait précédé d'une année le concile de Soissons , nul rival anglais ne pouvant plus lutter .avec Philippe - Auguste /la Normandie, convoitée par lui, ne pouvait manquer d'être conquise par ses ax'mes : il n'eut pas besoin de la conquérir. Jean , s'étant rendu coupable d*un horrible assassinat sur la personne de son neveu , Arthur, duc 4e Bretagne , fut ciié devant la cour des pairs du roi de France, son suzerain, à la sollicitation unanime de la noblesse normande et bretonne. Le prince anglais n'osa se présenter : assassin d'Arthur , assassin de trois cents hommes d'armes français , et coupable au premier chef dejbi mentie , il prévoyait avec trop de raison que la hache acquitterait SCS forfaits. Contumace , il fut condamné à mort , de'pouillé de tous ses fiefs , et toutes les terres qu'il possédait dans le royaume de France retournèrent à la couronne. Ainsi la monarchie française ressaisit celle Normandie , que le malheur des temps avait fait abandonner , sous Cliarles-le-Simplc, au Danois RoUon. Mais l'exéculion de celle sentence souffrit de grandes et

longues difficultés, Jean, prince lit téralement^a/»^ ttrre y après l'arrêt qui ne lui laissait que le coin de champ où devait reposer son cadavre décapité, appela par les armes du jugement porté contre sa fortune et sa vie.... Bref ^ la totalité des terres normandes ne devait être reprise qu'après cent quarante ans de guerres opiniâtres, sur lesquelles nous reviendrons plus d'une fois.

Ecartant les détails d*une quatrième croisade que Foulques de Neuilly parvint à Faire décider, mais à laquelle Philippe ne voulut pas s'associer personnellement, nous suivons ce prince à Paris, qui va l'occuper enfin pi*esque exclusivement. Nous signalerons , maintenant sans distraction , tout ce qui se rapportent^ cette capitale, sauf h revenir ensuite, par un rapide résumé , sur des évènemens généraux que nul historien ne peut omettre.

Une fois que Philippe eut quelque repos d'esprit , il s'appliqua surtout à éteudre la législation et la justice royales dans toutes les parties du royaume , en la faisant primer sur les coutumes et les juridictions locales : celte utile amélioration y qui sapait mais indirectement le système féodal, devait finir par l'abattre, quoique, aux yeux d'une noblesse encore ignorante, le souverain n'eût l'air que d'assurer des mesures d'ordre et de police , sans attenter aux droits des fiefs. Le roi se montra aussi très facile dans l'allocation des chartes de communes : il était évident pour lui , conune pour tout homme sensé , que la couronne

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ne pouvait qu'y gagiter , puisqu'elle sabstitaait on simple régime administratif à la souveraineté absolue exercée parles seigneurs ; souveraineté d'un report infidèle vers le trône^ et que remplaçaient, tout à l'avantage du prince y des corps constitués par lui^ conséquemment ses obligés^ ses défenseurs naturels.

Indépendamment de ces organisations communales^ Philippe- Auguste groupa au-dessous des corporations secondaires, qui tenaient également de lui l'investiture : telle que la hanse parisienne . Il multiplia sans inconvénient , mais non pas sans profit pour son fisc , les franchises de bourgeoisie , les privilèges de cité : droits sollicités par Torgueil ou l'intérêt , et qu'on lui payait sans murmures , tout en lui laissant entrevoir des secours de bras , s'il était attaqué par une féodalité audacieuse.

Le roi sentit que^ pour consacrer à toujours ces changemens fa vorablesà la monarchie, sous unbeau semblant de popularité, il [fallait en faire passer l'esprit dans l'instruction publique , parce qu'elle perpétue les institutions. Uuniifersité (unif^ersiias) qui , sous ce règne seulement , commença à devenir un corps réunissant tous les genres d'enseignement , reçut de Philippe-Auguste des chartes d'organisation et des privilèges, dont elle abusa plus d'une fois dans la suite. C'était une belle institution pour le temps que celle qui , embrassant toutes les études , depuis la gramniaire jusqu'à la

tfféok^e , semblait devoir lancer dans le monde, au sortir de son enceinte y Thomme moral com^ plet* Malheureusement on ne fit point alors pour Fintelligence humaine une sage répartition des cxmnaissances qu'elle devait acquérir et féconder; et par un plus grand malheur ^ l'esprit de dispute prévalut sur celui d'observation et d'analyse. Dialec^que, morale , religion ^ tout se réduisit aux questions de scolastique. Cependant ^ comme on ne connaissait rien de mieux , toute l'Europe studieuse afQua à Paris; l'université de Bologne^ plus ancienne ; mais apparemment inférieure à la n6tre^ fut abandonnée; celle d'Oxford^ qui venait d'édore , eut le même sort.

Nous avons parlé des privilèges de l'université : donnons-en une idée. Les étudians , réunis à Paris , li'étaient point soumis à la rude et souvent onéreuse juridiction du prévôt; ils ne relevaient que de la justice ecclésiastique. C'était un abus : cette justice, par sa forme et ses forces peu iAiposantes, ne pouvait exercer qu'une action insuffisante sur une aussi grande réunion d'individus. Aussi les plus grands désordres se renou- ▼elaient-ilsjournellement^ particulièrement sur la rive méridionale de la Seine , envahie par la gent universitaire. Les élèves, fiers de leur savoir , fiers des amies qu'ils avaient le droit de porter , mardiaient la tète haute , le jarret tendu , réclamant le haut du pavé sur la bourgeoisie, et ne le cédant qu'aux nobles et aux ecclésiastiques , leurs maîtres.

« On les voyait toujours quérir vin à quatre ovkjk « six 9 dit une chronique contemporaine; ils ax- « laquaient les hommes par force coulps^ les « femmes par amour ardent^ et la science élait « moins étudiée par -eux quelles jeunes puce celles »* . .

En Tannée 1 196^ une rixe sanglante fut la 9uite de ces attentats multipliés : en voici le récit consigné dans un cartulaire de Philippe - Auguste « Les étudians^ selon leur coutume^ avaient passe « ce jour de vacance dans maints lieux d'amour « et de joie. Comme ils avaient commis bien di^ « désordre , les bourgeois se réunirent en armes , « et les attaquèrent avec bâtons , arbalètes et « cailloux : il résulta de cette rixe violente que « moults clercs furent blessés : il y en eut vingtr- « deux de tués, entre autres, Henri, archidiacre « de Liège, Le roi , furieux de ce que les privi- « lèges scolastiques avaient été violés par les bour- « geois, condamna le prévôt à une prison per- « pétuellc , où il devait être nourri du pain des « pauvres , à moins qu'il ne voulût se soumettre « à unjugcmentpubhc. Et afin d'éviter que, dana « l'avenir, les franchises ne fussent contestées, le « roi Philippe scella une ordonnance en faveur des « écoliers, »

Ainsi le monarque , non content d'autoriser le. désordre, punit le fonctionnaire qui l'avait réprimé. Cette conduite est une preuve bien élo- . quenie des vues intéressées qui dictaient ce que ce

prince appelait des franchises. Pour prix des partisans qu'il cherchait k se faire contre sa rivale aux mille têtes, la féodalité, il laissait impunis des délits •inéme des crimes. Un historien aussi consciencîeox qu'élégant ; M. Capefigue , pense que les grands privilèges concédés h l'université de Paris, privilèges téméraires , comme on vient de le voir , .étaient motivés sur la haute estime que les rois avaient jpour la science : l'estime ne se montre pas siïirdente; Philippe- Auguste, en sévissant avec une rigueur extrême contre son prévôt , qui n'a- ▼aitfàit que rétablir l'ordre compromis, dévoilait une animosité dont on ne trouve guère la source que dans un intérêt persorinel.

L'instruction , toute entravée qu'elle était par la débauche , toute obstruée de vaines disputes qu^elle se propageait , faisait cependant ressortir la honteuse turpitude de certains usages: on tenta , soaâce règne , d'abolir la fête des fous , dont nous avons signalé précédemment les scandaleux excès. On voulut aussi supprimer \îifête des ânes , qui -n*a pas encore été mentionnée dans celte histoire: €llc consistait à faire monter sur tin âne une jeune fille > tenant un enfant dans ses bras, et qu'un cortège grotesque conduisait dans le sanctuaire de Notre-Dame. La messe commençait alors , comme de coutume; mais le chœur terminait chaque prière du célébrant par AiVi^am, hijihamjiinham. Ce» folies grossières ne devaient pas subsister dès qqcrétude eut répandu quelques lumières dans la

bien senii que ces milices papales tendaient à dépouiller doucement les monarchies et de biens et de prérogatives, en faveur de celte puissance spirituelle y qui savait prendre toutes les formes , essayer tous les semblans, pour attirer à elle tout ce qu'elle pouvait usurper sur le temporel des rois.

Maurice de Sully, archevêque de Paris , qui avait fait commencer les constructions de Notre-Dame, sous le règne précédent, laissa ces travaux encoi'C peu avancés *; mais le roi ordonna qu'ils fussent continués avec activité, bien que le chapitre métropolitain trouvât cette charge un peu lourde. Philippe tint bon , et l'on vit les murs de la nouvelle cathédrale monter dans une assez rapide progression. Il n'est pas temps encore de décrire l'intérieur de ce vaste édifice; ce n'était et ce ne fut long-temps encore qu'un amas de matériaux.

Le Louvre , qui déjà était occupé dé temps en temps par la cour, ne pouvait manquer d'être accompagné bientôt d une église : celle de Saint- Thomas du Loiwre fut en effet commencée dès l'année 1 1 87. Robert , comte de Dreux , son fondateur, la dédia h cet archevêque de Contorbéry, que Henri II avait fait périr. Il y attacha primitivement quatre canonicats ; le nombre en fut augmenté dans la suite. Philippe de Dreux, gentilhomme de la même famille , éleva vers l'année

Ml mourut en 1196, regretté de tout le diocèse, qu'il avnit servi de tout son pouvoir.

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1317 la collégiale de Sainte-Nicolas du Lout^re à ime petite distance de l'cglise fondée par son pareat. Désignée d'abord sous le nom à'hdpital des Pttwres Clercs , on y reçut les étudians malaisés, ijue la maladie surprenait dans le cours de leurs études. Pierre, évéque de Paris, joignit, durant la même année, à cette maison hospitalière, une chapelle et un cimetière.

Dans Tordre chronologique des fondations ]^eases, yient ensnileVabbafe de Saint-Antoinedes-Champs y construite en iigS sur remplacement où l'on a bâti depuis le faubourg du même nom* Cette institution religieuse était due à Fouiifues de Neuilly , ce prédicateur véhément , dont l'éloquence détermina la troisième croisade. Cet ecclésiastique, qui avait osé dire la vérité à Richard, le prince le plus fougueux qu'ait offert le moyen âge, exerça une grande influence sur les vices de son temps: il convertit particulièrement une foule de ces « folles femmes qui se mettaient aux Boru deaux, ou aux carrefours des voies, et s'aban- « doanaîeat pour petits prix , à tous , sans avoir « honte ni vergogne '^. » Pressées de remords , grâce aux prédications de ce saint homme, elles renoncèrent à la vie infâme qu elles menaient , se firent couper les cheveux , et demandèrent un asile dansTabbaye Saint- Antoine , où Foulques les. fit recevoir. Ainsi , après avoir fait le scandale de la ▼ille par une hideuse prostitution , ces créatures

* Grandes Chroniques de France , tome II , p, a5 ^' verso, H. ' 7

donnèrent rexoni pie d'une grande piété, et furent les premières religieuses de ce couvent. Celte action du vénérable religieux était beaucoup plu5 méritante que les simulacres miraculeux auxquels il avait la faiblesse de se livrer , et que ses contemporains suspectèrent assez généralement. Les lumières de l'esprit humain grandissaient alors: l'ouïe rendue aux sourds, la vue aux aveugles,^la parole aux muets trouvaient bon nombre d'incrédules; on donnait déjà à ces prétendus prodiges leur vrai nom, celui de charlatanisuie , ou l'équivalent.

Dans la même année fut institué Vhôpital de la Trinité y sous le nom primitif à' hôpital delà Croix de la Reine* Cette maison , destinée à recevoir les pauvres malades , fut bâtie , au lieu où la rue Grenétat vient aboutir dans la rue Saint-Denis, par deux particuliers obscurs , nommés Jean Pelée et Guillaume Estuacol. Cette fondation , pour laquelle ces respectables citoyejis ne demandaient rien l\ personne , ne se fit pourtant pas sans éprouver de grands obstacles: les fiers seigneurs ecclésiastiques du voisinage , trouvèrent qu'ils étaient froissés dans leurs droits et priifiUges par un établissement consacré à des oeuvres purement charitables ; ce qui prouve que les prérogatives invoquées n'avaient rien de commun avec la charité. Enfin les difficultés s'aplanirent , moyennant une indemnité donnée aux opposans: Estuacol et Pelée eurent la permission d'être secourables h l'hiuna*

nité. L'hôpilal de la Trinité eut pour desservans des frères qui non-seulement recevaient les malades dans leur maison y mais qui leur allaient donner des soins à domicile. Ils devaient , par humilité , s'abstenir' de monter à cheval pour exercer au dehors leur ministère : leur monture était un âne : aussi , dans un temps où les sobriquets naissaient des plus insignifiantes circonstances , ne manqua-t-on pas de surnommer ces hospitaliers frères dniers , ou frères de la Trinité aux ânes. Tant que ces hommes ser viables demeurèrent seuls chargés de régir leur établissement , il fut utile aux malades de la ville, et aux pauvres voyageurs, qu'ils accueillaient avec empressement. Mais on joignit bientôt une chapelle à l'hôpital, et conséquemment des prêtres pour y officier. Dès-lors l'institution changea de but : les religieux prémontrés qu'on y avait placés se firent l'application de ce proverbe populaire: « Charité bien ordonnée commence par soi-même. » Malades et pèlerins furent éconduits. Ces moines se trouvèrent sans doute plus d'accord que leurs prédécesseurs avec les superbes seigneurs^ ecclésiastiques : ils entendaient la morale apostolique à leiir manière.

Saint-Hilaire , qui paraissait exister avant 1 300 comme simple oratoire, dans le quartier qui conserve encore ce nom , ne figure qu'en^pette année sous le nom de paroisse. Il paraît qu'à cette époque on décora l'édifice d'un nouveau portail. Nous reparlerons de l'église Saint-Tlilaire à propos d'une

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anecdocte curieuse; il est douteus qu elle ait eu d'autres fastes.

En raiinée 1 20.4 , le boulanger Renold Ghareins et sa femme , moins utilement inspirés que les fondateurs de l'hospice de la Trinité, se bornèrent à faire élever, hors des murs de Paris, une petite chapelle dédiée à saint Honore , sur un terrain que leur céda le prieur de Saint -Martin. Ils donnèrent ensuite neuf arpensde terre , qu'ils possédaient au môme lieu , pour subvenir à l'entretien d'un prêtre desservant de cet oratoire. Plus tard des chanoines furent établis à Saint-Honoré, et entretenus par un certain nombre de personnes pieuses. Mais tout cela ne put avoir lieu sans une vive opposition de la part du chapitre de Saint- Germain-!' Auxer roi s : on l'apaisa avec une pâture d'or; mais il éclata à cette occasion une guerre entre lui et les évoques de Paris , qui se perpétua jusqu'au dix-septième siècle. Ces querelles scandaleuses , parmi les hommes de Dieu , toujours déterminées par de cupides intérêts , remplissent à moitié les histoires ecclésiastiques : ce n'est pas édifiant. L'église de Saint - Honoré , qui sans doute a donné son nom à la rue , était située sur l'emplacement des passages et de la rue Montesquieu. Nous aurons occasion de revenir sur cet édifice. •

Ici se présente , dans Tordre des temps , une fondation véritablement philantropique : c'est celle ducouifcnt des Mathurins ^ institué, en irîO(),par

Jean de M alha * , docteur , et par Félix de Valois. Cette maison renfermait auparavant des»feligieux appelés Frères de la très sainte Trinité , pour la ixUlemption des captifs. En effet , ces moines raohciaient non-seulement les chrétiens tombés aux mains des Musulmans; mais encore ceux-ci lorsqu'ils étaient captifs des premiers. Voilà , ce nous semble^ la mission d'une charité réelle, c'est-à-

" Ces deux liommcs ]ûeux avaient fonde l'ordre des Trini— taires , de faunée 1 198 : les frères placés a Fliospice de la Trinlic appartenaient sans doute à cette corporation. Jean de Malha était destiné dès son enfance aux saintes choses : un jour de je^ie , il rcfasa le téton de sa nourrice. Apres avoir été ennitc il se lit prêtre , et le joui* de sa première messe fat celui d*un miracle. Au moment de Télévation un ange appa-» rut au-dessiLs de Tautcl, vêtu d'une robe blanche, avec une croix rouge et bleue siu* la poitrine. 11 avait les bras croisés , et ses niaiiLS étaient posées siu' deux captifs , comme s'il eût voulu en faire Fédiange. Cependant Jean de Matha , que Ton engageait à faire le voyage de Rome , pour consulter le pape y refusa de partir jiusqu'à ce que Dieu se fût expliqué plus clairement. Mais il consulta un ermite , nonmié Félix de Valois, et tous deux se livrèrent à la vie contemplative. Un jour, ils virent dans la forêt, près de Meaux, un cerf qui portait siu* son bois une croix rouge et blanciie. Bientôt Matha revoit son ange , et cette fois il lui ordonne de partir avec Valois pom'Ia ville sainte. Quand iLsy furent le pape, sur Tavis du sacré collège , ordonna aux deiLx solitaires de fonder un ordre , dont la mission serait de racheter les captifs. Les yyi/«Vm>f.T, depuis les Mnlharins ^ porUiient, comme Fange apparu à leur fondateur, une robe blanche , avec une croix rouge et bleue sur la poiti'ine. [MiUin , Antiquités Nationales , iome 111; Mathurins , p. et 2.)

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dire qui n'exclut personne , ni de ses afFections, ni de ses setours. Les religieux occupés de ce soin véritablement pieux , portèrent le nom de Malhurins , parce que leur maison remplaçait un hôpital où le saint de ce nom avait guéri beaucoup de personnes atteintes d'aliénation mentale. L'humilité des Mathurins était grande et sincère : Rulebeuf, dans un petit poème intitulé les Ordres de Paris y loue la sagesse et l'activité de ces moines. Dès les premiers temps de son institution , l'université tenait ses assemblées à l'abbaye des Mathurins ; dans les grandes solennités religieuses ^ elle entendait l'office dans l'églige de c^ monastère : juste hommage rendu par ce corps savant à la plus philosophique des associations ecclésiastiques.

L'église paroissiale de Saint-jindré-des-Arcs ^ bâtie en 1210 , dut son origine à une discussion survenue entre les moines de Saint-Germain-des- Prés , ceux de Sainte -Geneviève et l'évêque de Paris, pour une vaste pièce de terre appartenant aux seigneuries des dissidens , et qu'avait divisée la construction du mur d'enceinte méridional. L'abbaye de Saint-Germain se prétendait la plus lésée; sans doute on reconnut sa prétention fondée , car elle fut autorisée à bAtir dans la nouvelle enceinte deux églises , dont le produit lui serait réservé : celle désignée ci-dessus , et une autre dédiée h sainte Corne et saint Damien , qui ne fut ronsacréo qu'on i/|?.r>. I^cs temples étaient con-

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sidéréscommede bonnes fermes oùle fermierdevait s'enrichir avant tout , et l'exercice du culte se réduisait tout simplement à une exploitation. On voit ici que le clergé ne cherchait pas même à'déguiser ses vues cupides. Saint-André- des-Arcs s'éleva sur un clos appelé Laas ou Lias , formé d'une grande partie du jardin de l'ancien palais des Thermes *. Ce clos , que les rois de la première race avaient donné à l'abbaye de Saint - Germain . fut aliéné par elle 9 en diverses portions, à condition que les cessionnaires acceptans couvriraient de maisons ces terrains , où furent en effet bâties plus tard les rues de la Huchette, de rilirondelle et Saint- André-des-Arcs.

Nous découvrons successivement une multitude de chapelles , plus ou moins anciennes, maislong^ temps ignorées. L'accroissement progressif de la population rend nécessaire leur érection en pa- * roisseSy et toujours ce titre leur est disputé, soit par les abbayes , soit par les cures dont ces nouvelles fondations diminuent le casuel. Il en fut

* Le mot laas ou lias , selon Ducange , se compose de notre article le y que représentaient au n>ojen âge // ou la , et de as y altération de arx , palais , citadelle :

DUige regnantem celsâj Pan'sius arce ,

dit Fortunat , en parlant du palais des Thcmies. Clos de Lias , doit donc être pris pour clos ou jardin de la citadelle , du palais } et c^cst de la racine arx qu il faut tirer Torigine de la rue et de l'église Saint^Amlrc-des-Ars , si improprement appelée» des Arcs ou des Arts.

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aÎDsi de Saint- Jean-en-Grèi^e , qui^ vers Tan lâiâ^ prit rang parmi les églises paroissiales de Paris, Le cure de Saint-Geryais y mécontent d'un tel voisinage , réclama , d'une manière virulente^ contre le clergé de Saint-Jean^ qu'il appelait mfrMj; celui-ci répondit avec fiel. L'évéque y ou plutôt les évéques^ car ce débat se prolongea , se déclarèrent tantôt pour le demandeur ^"tantôt pour le défendeur; et le tout finit par une transaction faite de mauvaise grâce y et qu'avait précédée un long scandale. ' .

Cependant le curé de Saint-Gervais ne pouvait s'autoriser que d'une priorité assez obscure ; car c'est dans un acte de cette même année i n i a ^ que son église est désignée, pour la première fois y sous le nom de paroisse. Peut - être cet ecclésiastique avait-il à se prévaloir de l'ancienneté de l'oratoire dédié à Saint •* Gervais : nous avons dit ailleurs que sa fondation était antérieure à l'année SyG. Cette chapelle y sans doute productive^ avait été revendiquée , on ne sait pas au juste à quel titre , par les comtes de Meulan , qui perçurent ses revenus pendant les premiers règnes delà seconde race ; ils l'abandonnèrent ensuite à l'abbaye de Saint - Nicaise de Meulan. On ignore si Saint-Gervais, malgré sa dignité paroissiale, demeura encore sous cetle dépendance ; mais il existait souvent alors de ces anomalies dans la hiérarchie ecclésiaslique.

T^^rmi les frères Mineurs , institués par saint

m PARIS. |o5

Fraocois - cT Assise , il y avait des Dominicains j appelés ainsi du nom de saint Dominique ^ leur fondateur spécial^ dont nous parlerons bientôt* Ce religieux y après avoir adopté la règle de saint Augustin y avec certaines modifications , s'associa quelques jeunes hommes pieux , et fonna un nouvel ordre monastique , qu'Honorius III confirma sous le titre de Frères Prêcheurs. Les principales obligations de ces moines étaient un silence perpé-luel^ des jeûnes fréquens^ une pauvreté rigoureuse, et de rudes austérités disciplinaires. Aussitôt après la confirmation y Dominique envoya à Paris sept de ses religieux, dont il confia la direction à l'ainé d'entre eux. Ils arrivèrent dans cette ville en 1218: ces frères habitèrent d'abord une maison près de Tévêché; mais ils en obtinrent une autre rue Saint-Jacques , en ir^ig; et de cette nouvelle résidence 9 iU prirent le nom de Jacobins , qui leukr est resté. Telle est l'origine des Jacobins de la rue Saint-Jacques. Nous parlerons ailleurs de ceux de la rue Saint-Honoré.

L'augmentation de la population , cause per-* manente des érections de chapelles en paroisses , fit doiiner ce nom à l'église de Saint^Nicolas-des- Champs , située sur le territoire qu'occupe aujourdlmi la rue Saint-Martin. L'établissement primitif de cette église ne doit pas être aotérieur à la première croisade , car la nef , qui existe encore aujourd'hui , offre le caractère, assez pur, de l'architecture sarrasine; le surplus est d'une

to6 HISTOIRE

construction plus moderne. Saint - Nicolas - des- Cliauips y dont nous ne parlerons plus , renferme la dépouille du célèbre physicien Gassendi y et celles des historiens Henri et Adrien Valois.

Saint'Etienne-du'Mont , église devenue paroisse en 1323, fut long -temps, sous le titre de chapelle , une sorte de succursale de Sainte-Geneviève; une vassale de cette royale abbaye. Tout porte à croire qu'avant d'être investie de la dignité paroissiale, elle existait depuis plusieurs siècles, et SQn nom même le prouve. Sa désignation patron nimique eut suffi , sans l'indication du lieu où elle est située, si déjà il n'eut existé, dans la Cité, une basilique de Saint-Etienne: on peut donc conclure , avec une grande probabilité , que l'annexe de Sainte-Geneviève comptait déjà parmi les édifices religieux de Paris , au temps où la cathéclralene s'appelait point encore Notre-Dame. Selon Guillaume-Lebrelon, poète historien du treizième siècle, l'église Saint-Étienne-du-Mont était accompagnée dune aumônerie. L'édifice primitif ayant été frappé de la foudre en même temps que , par un rapport singulier, le feu céleste atteignait , dans la Cité, l'autre Saint-Etienne, lionorius III ordonna , en 13 22, que l'église du Mont fut reconstruite et agrandie. Alors, sans être affranchie de la suzeraineté de sa noble voisine l'abbaye , elle fut déclarée paroisse par la bulle même du pape. Saint- Etienne , maintenue dans une dépendance scrvile de Sain le-Gcne vie ve, ne put avoir une

porte particulière: il fallait^ pour y entrer, passer par la nef abbatiale. Cette servitude fut adoucie à la fin du quinzième siècle. Nous signalerons cediangement.

Une exactitude scrupuleuse nous fait la loi de mentionner une église de Saint-Pierre ou de Saint'Père, désignée dans quelques actes du règne de Philippe-xVuguste ; mais dont l'origine précise n'est pas connue. Elle était située sur l'emplacement de la rue des Saints-Pères, et portait, sous œmême règne, le titre de paroisse du bourg Saint- Germain. Une rrialadrerie fut construite plus tard près de cette église : c'est Vhôpital de la Charité , encore existant.

Philippe- Auguste ne contribua que par des autorisations et des encouragemens en paroles, à toutes les fondations religieuses que nous venons w décrire. Ce prince , sans affecter un éloignement nurqué pour le clergé , lui accordait peu de faveurs, surtout quand elles devaient coûtera sou trésor. Depuis les persécutions que lui fit éprouver la cour de Rome , à l'occasion du divorce qu'il ne pnt obtenir , il prit le sacerdoce en véritable aversion: lorsque l'interdit fut lancé contre le royaume, les prélats et les ecclésiastiques en général eurent *^ucoup à souffrir de ses rigueurs : l'évêque de Paris dut abandonner son siège pour échapper aux tonrmens dont il était menacé.

Mais si le roi s'associa peu aux fondations d'églises ou de couvens, il s'occupa d'institutions non

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moins utiles. Nous avons déjà vu cjue runiver&îté était protégée par lui jusqu'à la plus aveugle prévention. Il n'existait encore à Paris qu'un seul collège^ celui des Danois , dont nous avons signalé précédemment Tinstiiution. En i3o6, Philippe- Auguste contribua puissamment à rétablissement du collège grec ou de Constantinople , où Ton devait faire tendre l'instruction à la fusion de Téglise grecque et de l'église latine. Cette maison était située impasse de Saint-Ambroise , près la Place Maubert. Nous reparlerons de ce collège à l'occasion d'une réforme qu'il subit en 1 362.

Selon toutes les apparences , la troisième fondation de ce genre fut le collège des Bons-Enfans ^ établi dans la rue qui en prit le nom , quartier actuel du Palais-Royal. Cette institution fut d'abord appelée hôpital des Paui^res Ecoliers , dénomination trop exacte, car les étudians qu'elle renfermait devaient mendier pour vivre. Ceci prouve que le roi n'avait pas pourvu largement aux nécessités de cette maison , où l'on ne recevait pourtant que des Français. Un bienfaiteur de l'humanité , le célèbre Jacques-Cœur , argentier de Charles YII , procura dans la suite un revenip suffisant à ce collège: mais à peine fut-il en jouissance du bienfait ^ que les chanoines de Saint- Honoré , ainsi que des esturgeons avides , tombèrent dessus pour le dévorer.... On est véritablement dégoûté des exactions ecclésiastiques qui se reproduisent , en tournant chaque page de l'histoire...

Et des rois du dix-neuvième siècle , dé ce siècle qui recula toutes les limites de la pensée^ ont cru, dans leur idiotisme , qu'ils nous livreraient de

nouveau à la voracité ecclésiastique Insensés !

Le collège des Dons-Enfans , dont nous achevons de mentionner la triste destinée ^ absorbe par le diapitre Saint-Honoré y cessa de pouvoir se soutenir.... En 1606 il ne restait plus de cet établissement que le souvenir et le nom.

Peut-ôlre doit-on faire rapporter ù la même époque la fondation d'un autre collège des Bons- Énfans * , rue Saint-Victor. Quoi qu'il en soit , il ne dura pas plus long-temps que son homonyme, et les bâtiraens furent , dans ]a suite y consacrés ZVL séminaire de Saint-Germain , dirigé par les prêtres de Saint-Lazarre. En 1 8 1 5 ^ une philantropie digne d'éloges établit en ce lieu une institution de jeunes aveugles ^ respectable pendant de l'institution des sourds-muets , fondée par le célèbre abbé de Lépée. Nous reparlerons de Tune et de Tautre.

Cependant , ni la protection que Philippc-Augoste accorda à toutes les institutions enseignantes, ni les privilèges sans mesure qu'il donna à l'université , n'imprimèrent un mouvement remarquable à l'instruction publique; elle eut des règles

* Ce Dom de bons en/ans était générique. 11 paraît qu'on répliquait à la jeunesse qui se livrait avec zèle à Tétude ^ par cipponûon avec inaupais garçons , nom également générique ^oané aux jeunes gens débauchés, dissolus, enclins au mal.

assises , er ce fut un avantage; mais les résultats ne furent point immédiats. L'émulation chaleureuse qui avait existé du temps d'Abailard s'était amortie sous Philippe -Auguste; ce fait est constaté par les écrivains de Tépoque : l'un d'eux pousse à cet égard la franchise jusqu'à la brutalité: « Les « écoliers^ dit-il, sont plus adonnés à la glouton- « ncrie qu'à l'étude; ils préfèrent quêter de Tar- « gent plutôt que de chercher l'instruction dans « les livres. Ils aiment mieux contempler les « beautés des jeunes filles que Cicéron.... Toute ce science est avilie : on n'ouvre plus les livres. * » Voici pourtant un autre témoignage contemporain, contraire à celui que nous venons de citer : « Les « étudians de Paris , dit Philippe - Harvay , ai- « ment mieux être dans les écoles que dans les « foires; lire des livresque de vider les verres ; et « ces jeunes gens préfèrent la science à l'argent **.» Il faut conclure de ces assertions contradictoires qu'il y avait alors à Paris des élèves zélés et des paresseux ; mais il est probable que ces derniei*s étaient en majorité ***,

Mais si l'élude , proprement dite , parut se ra-

* AlamuSy de arte Prœdicationis ^ cap. XXXFI,

** Voyez la Dissertation sur VEtat des Sciences en France ,

par l'abbé Lebœufy t. 11^ p. ^o et m,

*** On appelait les paresseux , qui voulaient languir dans les

langes de la barbarie , cornificiens; les clercs studieux étaient

qualifiés, par les ignares, de bœufs d'Abraham j\ott d'ânes de

Balaam,

lentir.sousce règne , les lumières acquises ne s'affaiblirent point ; il se trouve , dans tous les temps , (le pieux conservateurs du feu sacré de la pensée et delà science: il y en eut alors.

A propos des étudians de l'Université , nous devons parler enfin du P/^e aux Clercs y devenu fort célèbre de nos jours, grâce à quelques romans postiches, où les mœurs du moyen âge sont décrites , sinon avec une parfaite vérité , du moins avec un talent vigoureux. Ce lieu célèbre était une immense prairie , située à l'ouest et au nord de Saiut-Germain-des-Prés : elle s'étendait du monastère à la Seine , et du territoire occupé aujourd'hui par la rue des Saints-Pères à celui sur lequel se trouve l'esplanade des Invalides, Les clercs , c'est-h-dire tout se qui se destinait au sacerdoce, et par extension les ctudians de l'Université, avaient adopté la plaine dont il s'agit pour leur promenade habituelle : souvent ils y commettaient de grands désordres , où figuraient tous les genres de débauche. En 1 192 ^ ils se livrèrent dans le Pré-aux-Clercs à de tels excès , qu'ils excitèrent l'indignation et la colère des habitans du bourg Saint -Germain : une rixe longue et sanglante s'ensuivit. Les moines , voulant soutenir , à leur manière, leurs vassaux , portèrent plainte au pied du saint -siège; les écoles acceptèrent cette juridiction; mais le souverain pontife, ne sachant que décider, dans ime cause de police correctionnelle , renvoya les parties devant la justice séculière, qui.

lia HISTOIRE

faute d'une législation arrêtée en pareille matière , laissa tomber le procès. En 1 2 1 5 ^ le Pré-aux- Clercs était abandonne aux étudians d'une façon si absolue^ qu'ils en jouissaient comme d'une propriété à eux : « Quant au Prc-aux-Clcrcs, porte « un règlement de celte année ^ il est dit qu'il « restera au^ écoliers dans l'état qu'il leur a été « adjugé ». Au surplus^ nous verrons , jusqu'à la fin du règne de Louis XIII , cette prairie être le théâtre où toutes les passions tumultueuses s'ébattront : le viol et la séduction y seront consommés ; l'herbe y sera , chaque jour , rougie du sang versé dans les duels ; et le piétinement des troupes séditieuses en flétrira souvent le gazon.

Sous le règne de Philippe- Auguste , les eaux ne furent pas assurément distribuées dans Paris par le secours de l'hydraulique ; mais ce prince fit , du moins , préparer quelques moyens de pourvoir à cette ditribution. Il fit commencer les travaux de V aqueduc de Saint-Gervais, qui devait amener les eaux . des hauteurs de Romainville et de Meuilmontant , dans un réservoir construit au village du Pré Saint-Gcrvais. De là elles devaient être conduites , par des tuyaux souterrains , dans les fontaines de Paris; mais celles-ci furent construites beaucoup plus tard. Plusieurs écrivains, et M. Dulaureost du nombre, attribuent au même règne la construction de Vaqucduc de Beïle^ille ; lequel, prenant les eaux sur les hauteurs de ce

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nom , les amena vers l'abbaye de Saint-Martindes-Champs. Nous parlerons des fontaines dans Tordre chronologique de leur établissement.

Nous avons dû nous borner à comprendre dans notre cadre tout ce qui, sous le règne de Philippe- Auguste, répand quelque lumière sur les mœurs du temps : les longues guerres avec l'Angleterre postérieures à la condamnation de Jean- sans-Terre \ la réunion àla Francedes provinces d'Anjou, de Touraine, de Berry , du Maine et de Normandie, qui dénoua ces hostilités ; la quatrième croisade, non moinssanglante, non moins inutile que lesprécédentes; celte autre croisade , aussi étrange que cruelle, entreprise contre les Aïhigcois , pour de vaines disputes d'école , et pendant laquelle notre clergé fit le funeste apprentissage des auto-da-Jêy l'éclatante victoire de Bouvines, polluée par la captivité brutale du com(c de Flandres dans la tour du Louvre, enfin, une foule d'autres évènemens sans aucune sympathie avec notre sujet, en ont été écartés.

Ce chapitre est long ; mais nous avons essayé d'y réunir les traits principaux qui caractérisent toute une période : celle de cette chevalerie que les poètes et les romanciers ont si pompeusement défigurée. Il nous reste à grouper quelques faits, h esquisser quelques physionomies pour terminer le tableau d'un règne puissant , mais non pas glo^ rieux, qui visa à la grandeur, mais qui ne l'atteignit pas.

ii4 HISTOIRE

La grande faute de ce rogne consista dans l'absence de tout système de gouvernement : Philippe-Auguste posséda peut-être l'idée assez nette des améliorations qu'il méditait ; il ne sut point former de plan pour leur accomplissement. L'esprit d'ordre manquait à ce prince. A Paris même, sous ses yeux , il n'y avait ni police , ni jurisprudence possible ; vingt juridictions , enchevêtrant leurs attributions, paralysaient la justice, non-seulement par une délimitation territoriale incertaine , mais encore par une étendue de pouvoir mal définie. Indépendamment du prévôt, officier aux fonctions élastiques , qui se faisait tout à la fois juge et exécuteur dans les arrêts de ,son ressort, c'est-a-dire concernant les justiciables du roi, Févêquc de Paris, l'abbé de Sainte -Geneviève, l'abbé de Saint-Germain-des-Prés et d'au- ^ très seigneurs ecclésiastiques , jugeaient et exécutaient. Tous exerçaient l'atroce judiciaire qui admettait en même temps, comme accusateur et comme avocat, l'épée, le bâton, l'eau froide et l'eau bouillante.

Voici des règles de police administrative : pour exercer un état quelconque par la suspension de cette servitude qui étouffait toutes les industries , il fallait être admis au rang des ministëriaiix *. Ainsi l'on voit que , par un accord conclu en 1 223,

* Espèce tVaflrancbis , qui , le plus souvent par une simple suspension de leur servitude , commandaient aux serfs , au nom des seigneui*s. Les ministcriaux remplissaient temporal-

DE PARIS. ri5

entre Philippe - Auguste et Guillaume II, cvèquc de Paris, le roi accorde à ce dernier la permission d'enlreienir , dans le parvis de Notre-Dame , un drapier , un serrurier , un orfèvre , un bouclier , un charpentier , un tonnelier, un boulanger, un closier', un pelletier, un tanneur, un épicier , un maçon, un barbier et un sellier; lesquels seront libres, à la manière des autres ministcriaux du prélat 9 tant qu'ils resteront dans sa mouvance,

La même convention de 1222 fait ressortir des distinctions singulières entre les habitans vilains de Paris : outre la bourgeoisie , il y existait des estagiers , c'est-h-dire résidcns sans être bourgeois, et des auhains , ou étrangers établis dans une des juridictions parisiennes , sans être assujetis à ses coutumes et redevances. Et quand on songe cjue ces de'nominations différentes entraînaient une diversité de maîtres, d'assujétissemens , de droits, de justices , l'imagination se perd dans le dédale de confusions qu'elle se représente.

Par malheur le fanatisme se joignait encore à ce désordre, pour aggraver l'anarchie cjui en résultait. On peut prendre cet état de choses en pitié, lorqu'en 1 2o5 , une foule supeislliieuso admire , à genoux , un morceau de la vraie croix , des cheveux de Jésus-Christ , vuie épine de sa couronne et sa robe de pourpre , envoyés de Constantinople par l'empereur Beaudouin. Mais chacun

remeut ces fonctions , et ne jouissaient do la liberté que ihmidant leur durée.

est pénétré d'horreur , lorsque^ pour ces opinions appelées hérésies, dont nulle preuve ne peut démontrer la fausseté , un hûcher dévore , en 1210, quatorze infortunés dans la place des Champeaux.

Et les prêtres qui commettaient ces atrocités , ces casuistes , pointilleux sur les dogmes jusqu'à ravir la vie aux hommes dont les croyances dif^ feraient, par une nuance légère , delà leur, eh bien , ils transigeaient avec leur devoir sacré de la manière la plus scandaleuse. Un concile, tenu à Paris en 1 3.1 2 , leur défend de promettre des messes au-delh du nombre qu'ils en peuvent dire ; dç les faire célébrer, par leurs custodes, à un prix inférieur à celui qu'ils reçoivent; de donner aux fidèles des portions des messes pour des messes entières *.

Le môme concile défend à ces prélats qui brûlaient des honmies pour une dissidence d'école , de proférer des juremcus teiriblcs, d'eniendre matines dans leur lit, de se livrer à la passion du jeu, de continuer leurs exactions cupides; eiilin elle leur ordonne de renvoyer leur chambellan , leur

* Ces messes, vendues en détail, s'appelaient missœ^ hifa^ ciatœ , trifaciatœ , quadrifaciatœ : si un personnage pieux , qui avait cnmmandc\<iM\ céléJjration, en attendait une f^raee ou une miséricorde divine , il bniivait de là ([U il ne devait obtenir qu'une moitié, un tiers, ou lui quart de miséricorde ou de giace , lorsqu'il aviiit payé pour jouir du bienfait céleste en entier.

DE FARIS 117

houieillier, leur panetier, leur sénéchal, leur maître-<l'hôlel , et les fous qu'ils ont auprès d'eux pour les faire rire.

Quant au clergé inférieur , ses mœurs^ au commencement du treizième siècle, sont clairement révélées dans une lettre d'Innoeent III , écrite à l'abbé de Saint-Denis. « On voit, dit-il, h Paris, des prêtres qui, sous le manteau du privilège clérical , parcourent la ville en pleine nuit , se dirigent vers les maisons habitées par les femmes publiques , et s'y précipitent en enfonçant les portes qu'on refuse de leur ouvrir. Les femmes et les filles des bourgeois, ajoute le saint père, ne sont pas exemptes des violences de ces ecclésinsliques paillards: ils causent, dans les maisons honnêtes , des querelles et la désunion des familles ; sur la voie publique leur débauche effrénée amène souvent des rixes et même des séditions.

Le concile que nous avons déjà cité eut , h ce qu'il paraît, peu de reproches h faire aux moines qui , en effet, étaient moins vicieux que les autres ecclésiastiques : cette assemblée se borna à leur défendre de porter des fourrures , des gants blancs et des bonnets de colon ; usages qui ne pouvaient pas constituer de graves délits. Les religieuses étaient apparemment moins innocentes : il leur fut enjoint de ne conserver auprès d'elles ni clercs, ni serviteurs suspects. On leur fit aussi la défense de danser dans leurs cloîtres. Mais , en cas de con-

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travenlion h ces exhortations^ déjà renouvelées plusieurs fois sans succès , les abbesses^ craignant que le repentir ne dévoilât le péché , exigeaient que les nonnes ne se confessassent qu'aux chapelains du couvent.

La période que nous parcourons fut remarquable par un étrange contraste entre le luxé excessif des hommes , et le délabrement intérieur des palais et châteaux. Les habits étaient couverts de pierreries; l'or et l'argent étincelaient sur les armures et les harnais de chevaux , tandis que l'ameublement le plus vulgaire, le plus grossier garnissait la demeure royale. Il faut croire que souvent le prince était dépourvu des meubles les plus nécessaires h. son usage , puisque l'on devait faire enlever , chez les habitans de Paris , par les cheçaucheurs'preneurs y jusqu'à des lits pour le service de la cour*. On a retrouvé , parmi les archives de la couronne , une lettre de Philippe- Auguste, qui semble prouver que, non-seulement li ne marchait pas, dans son palais de la Cité, sur les somptueux tapis de l'Orient ; mais que le sol était piteusement garni de paille , sans doute afin d'absorber l'humidité, en ce lieu bas et malsain.Les pères Fclibien et Lobineau rapportent textuellement cet écrit , dans leur Histoire de Paris : nous le copions au bas de cette page **.

* Voyez tome 1 de cet ouvingc ^ p, ^B'Jt et 4B3. ** u l*oui le salut de iioUc amc et de celles de nos pères , et .. dans des vues de pidtc, nous accordons; poui* l'usage des

Phiïippe-Auguste mouriil jeune encore : une vie agilëe^ laborieuse et perpétuellement guerrière avait usé , avant l'âge , sa constitution robuste , altérée surtout par les chagrins domestiques qu'il éprouva durant la moitié de son règne. Ce prince avait à peine atteint sa cinquante-sixième année , lorsqu'il sentit sa santé décliner. Il ne pouvait plus supporter le poids de ses armes; son corps affaibli ne pouvait même être comprimé : ses habits , de camelot^ de serge ou de soie, étaient tenus larges: ses belles formes, déjà amaigries , disparaissaient sous d'amples plis. Il prit eu dégoût le chant des trouvères, les tournois, la chasse, qui avaient été les affections de sij jeunesse ; Philippe devint sombre et soucieux. Alors on put reconnaître ce caractère sans force qui n'avait eu que de l'éclat: les terreurs superstitieuses le dominèrent. Lui, qu'on n'avait vu montrer durant toute sa vie qu'une piété tiède et peu généreuse , se prit tout à coup à bâtir ou à réparer des églises , des monastères , des chapelles. Le chi'oniqueur de Saint-Denis, jusqu'alors parcimo-

n pauvres , demeurant à la maison de Dieu de Paris y située ic devant la grande église de Notre-Dame , toute la paille de « notre maison de Paris , toutes les fois que nous quitterons « cette ville pour aller coucher ailleurs, n {Histoire de Paris , par Felihien et Lohincau , Preuves , t. /, /^. ^^490 Lorsque Je roi et toute sa cour avaient foulé cette paille , seulement quelques jours , par un temps pluvieux , le présent fait aux pauvres équivalait k un monceau de fumier, et eût mieux convenu 4UX écuries de Fcvequc qu à Tusage dçs malades.

nieux d'éloges envers Je roi , exalie dans ces derjiiers temps , les dons de sous d'argent y de vin , de blë qu'il fait aux bons religieux.

On pense bien que le clergé mit à profit cet élan pieux : vingt chartes , rendues en peu de temps , mentionnent des donations faites aux églises. Saint Denis eut du monarque malade vingt arpens de vignes ; Notre - Dame de Paris et Saint-Germain-des-Prés obtinrent d'énormes, redevances à percevoir sur les domaines i-oyaux : aussi les voûtes des temples retentissaient -elles d'offices chantés pour la conservation des jours de l'auguste donateur.

Mais le temps était venu où, pour nous servir d'une expression de ce prince , Dieu avait fait sa volonté de sa vie. Il habitait le château de Pacysur-Eure, avec sa femme, Ingelburge. D ne voulait plus la quitter ; peut-être, par la justice tardive rendue à cette créature angélique, espéraitil désarmer la vengeance céleste qu'il redoutait : c'est un trésor de repentir que la conscience des coupables qui se meurent.

Cependant Philippe-Auguste ne s'abusait plus sur sa situation : il lisait un arrêt fatal , écrit dans les yeux de Rigord , son premier médecin et son historien.... Le roi fit appeler l'évéque Guérin, et lui dicta son testament. Voici ses principaux legs: Pour la réparation des dommages qu'il avait pu causer, cinquante mille livres parisis (Goo,ooo fr.); il la reine Ingelburge, notre épouse très méritante.

dit le roi mourant , dix mille livres parisis (120,000 fr.); à Louis, prince royal, cent mille livres parisis (1,200,000 fr. ) pour la défense du royaume ou pour un pèlerinage , si Dieu lui en donne la pensée ; h Jean de Brienne , roi de Jérusalem, trois mille marcs d'argent; aux Templiers el Hospitaliers, dix mille marcs; de plus au même roi et aux mômes chevaliers , cent cinquante mille marcs d'argent , destinés à entretenir trois cenls chevaliers, pendant trois ans, après que la trêve aura été rompue avec les Sarrasins; aux orphelins, aux veuves, aux lépreux, vingt mille livres parisis (240,000 fr.); à Philippe, second fils de France, dix mille livres; , aux serviteurs du palais , deux mille; à l'abbaye de Saint- Denis, les croix d'or et joyaux garnis de pierreries ayant appartenu au roi, à condition que chaque jour vingt moines célébreront la messe pour le repos de Tanic du testateur.

L'exécution de cet acte, dont presque tous les articles décèlent une conscience avide de ressaisir la ffràcc, fut confiée à Guérin, cvequede Senlis, Barthélémy de Roy es, chancelier de France et Ayncard, trésorier du temple. Il est utile d'ajouter ici que telle était la confiance de Philippe- Auguste dans les Templiers, qu'ils eurent presque toujours ses trésors dans leur maison de Paris.

Le roi survécut peu à la consécration de ses dernières volontés: il avait voulu assister à i\n parlement réuni à Paris, pour discuter sur les affaires*

laa ^ HISTOIRE

d'outre-mer et sur là déplorable guerre faite aux Albigeois ; reporte y dans une litière , à son château de Pacy , il ne put y arriver. Saisi à Mantes d'une fièvre ardente , ce monarq[ue expira bien* tôt dans le délire, en prononçant le nom à'^gnès devant Ingelburge , qui était accourue à son chevet. Ainsi le dernier mot de Philippe fut une affliction pour cette vertueuse princesse. « En ce temps « que la main de la mort prit le bon roi Philippe *, « dit le chroniqueur de Saint-Denis , une horrible « comète parut en occident , et donna signe de la « fin d'un si grand prince. »

Le corps du roi fut transporté à Saint-Denis : les princes du sang et trois cents chevaliers, aux armes couvertes de deuil , suivirent le convoi funèbre; leurs chevaux étaient caparaçonnés de noir. Les moines reçurent en grande pompe un souverain qui leur avait fait de magnifiques donations.

Philippe-Auguste a laissé dans la mémoire des hommes deux traits mémorables , l'un véritablement glorieux , l'autre d'utile politique : la victoire de Bouvines, et l'agrandissement de Paris... Les panégyristes auront beau agiter, tourmenter en cent façons le surplus des actions de ce roi chevalier, ils n'en feront pas jaillir une étincelle d'incontestable grandeur. Son règne n'offrit que de pâles ébauches d'administration, de jurisprudence

* l^ juillet 1223.

et de législation ; on lui doit quelques élémens de prospéritë : il ne sut pas les appareiller et les mettre en œuvre.

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