‹ Histoire de Paris, composée sur un plan nouveauChapitre 5 sur 20 · PARIS BOUS LOUIS VHM ET SAINT LOUIS · texte numérisé non relu

PARIS BOUS LOUIS VHM ET SAINT LOUIS

Louis VIII, prince valétudinaire , marié jeune h Blanche de Castille , avait déjà plusieurs enfans lorsqu'il parvint au trône; il était dans sa trente-sixième année. Armé chevalier par son père , il conservait un beau souvenir de la cérémonie où les éperons d'or lui avaient été donnés; son premier soin , lorsqu'il eut ceint la couronne, fut de faire revivre les brillantes solennités de la chevalerie , un peu négli{i;ées pendant les longues guerres du règne précédent. Plusieurs réglemens prescrivirent de pourvoir avec zèle à l'instruction des pages , jeunes ncophites à la noble profession qui prenait pour devise : V amour de Dieu et des darnes. Bon nombre de barons s'étaient lassés d'nn genre d'enseignement qui parfois avait compromis leur repos : ils eussent volontiers formé ces apprentis paladins; mais la participation des châtelaines à cette tâche ne leur paraissait pas un point normal d'une telle éducation, et malheureusement ces dames y concouraient assez souvent. Toutefois il fallut obéir au suzerain : les châteaux

se remplirent de gentilshommes adolescens : on leur apprenait ostensiblement les exercices du corps , le maniement des armes, Téquitation; on les exerçait même à la chasse , dont les plaisirs hasardeux habituaient ces jeunes gens à des dangers plus grands^ La partie délicate de leurs devoirs consistait à servir le châtelain et. sa famille à table, à s'occuper des soins utiles dans l'intc'rieur des appartemcns , surtout à se rendre agréables aux dames. La mère , lorsqu'elle n'avait pas quelque raison secrète d'éloigner le beau page de sa fdle , habituait celle-ci à recevoir avec affabilité les attentions qu'il devait lui montrer : car dcs-lors commençait le servage chevcileresque de ce noble élève. Enfans encore , l'un et l'autre bornaient leurs amusemeos à un partage innocent de confitures on de gâteaux; plus âgés, la canson ou la sîrvente amoureuse était échangée contre l'éclatante écharpc, qu'une main un peu tremblante avait brodée en songeant au genlil damoiseau.

Le page , après avoir passé deux ou trois ans dans le manoir de son seigneur, qui lui avait conféré les grades de damoiseau et de varlet^ était attaché à quelque chevalier en qualité d'ecufer. Ses fonctions consistaient alors à porter devant son maître les brassarts , les gantelets , le heaume , l'écu , et autres pièces de l'armure; il l'aidait h s'en revêtir, et marchait à la guerre derrière lui, liC soir il l'aidait à se désarmer; et tandis que le preux, harassé par les prouesses du champ de bataille ou du champ

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clos^ reposait sous la tente ^ que surmontait sa flottante bannière, Tattentif écùyer préparaît les onguens y les baumes ^ les simples propres à la guérison des blessures ; préparation qu^il avait apprise, sous le toit du manoir j de la gentille damoiselle, ou de la noble châtelaine, qui souvent s'étaient plues à lui apprendre davantage.

Une année de ce nouveau service méritait d ordinaire au servant titré le grade de bachelier (baschcvalicr); dès qu'il en était pourvu, le droit lui était acquis de suivre son seigneur dans la mêlée, où sa valeur conquérait promptement la chevalerie. Nous avons passé sous silence les cérémonies qui accompagnaient Toctroi de chacun des grades précédemment désignés; mais nous devons h nos lecteurs une mention du caractère auguste et religieux que l'on donnait à la réception d'un chevalier. Le noidce devait préluder à cette grande solennité par de longues prières faites dans le silence des nuits, au pied des autels ; il lui était enjoint d'assister fréquemment aux sermons , de se confesser î\ diverses reprises, de communier au moins une fois. Ainsi préparé, le néophile était conduit au temple par ses parens, ses amis et tous les chevaliers du canton , qui l'entouraient immédiatement. Il était revêtu d'un habit blanc, et ne portait, de tomes les piccos de l'armure , que le bouclier , pendu h son cou.

Après quelques prières spéciales , que la célébration d'une messe basse avait précédées , les

dames et dam oi sel les , prcsenies à la cérémonie, enviromiaient le novice , attachaient les e'perons à SCS bottines, et de leurs mains délicates, ajustaient , pour la première fois, sur son corps, celte enveloppe de fer qu'il devait opposer aux dano^ers du combat *. Alors le doyen des chevaliers de l'assistance , parrain par droit d'ancienneté du récipiendaire , s'avançait vers l'autel , où lepée avait été déposée; puis la ceignant à son fdleul, il lui

* A propos de rarmcment d'un chevalier, nous devons décrire les pièces dont se composait alors son armure , et qui n'éprouvèrent de changemens que sous le règne de Pbilippele— Bel. Le plastron de fer qui couvrait la poitrine était pose suj" le gahisson ou gambosson , espèce de poiu^point de taffetas , rembourré de laine et piqué ; il servait à rompre la force du coup de lance. I^ haubert ou Jacques de mailles était une tunique, faite de petits anncau.v de fer. On y adaptait les chausses , composées de semblables aimeaux , et qui-couvraient les jambes. Le hcaulmc couvrait la tète , le visage et le cou. On appcbit visière une petite grille attachée au hcaulme , et qui pouvait se relever poiu* prendre Tair. La cotte d'armes , qui recouvrait le haubert était ordinairement de beau drap ; quelquefois d'étoffe d'or et d'argent. C'était sm* cette partie de Iciu* liabit que les chevaliers faisiiient broder leurs armoiries , à moins qu'elles ne fussent gravées siu* le plastron ou Técu. Les brassards se composaient de plaques de fer, ayant la forme du bras 5 plus tard ils fui-ent formés d'espèces d'écailles , également en fer, et glissant les unes sous les autres. Les brassards portaient sur des coussinets de peau ou de soie rembourrés. LU'cu ou bouclier avait la forme d'un cœurj il offrait , ii sa paitie supérieure , une double échancrurc , formant deux croissans horizontaux , ([ui se joignaient par Tune de leurs extrémités.

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frappait trois fois l'épaule du plat de la sienne ^ et disait : De par Dieu , Notre - Dame et monseigneur saint Denis (on un autre saint) , je vous

fais chei^alier-y ensuite il l'embrassait. Le serment , qui suivait l'accolade, était ainsi conçu: «Je jure « de sacrifier ma vie et mes biens pour la dé- « fense de la religion et de l'État, des veuves, des (( orphelins , et de tous ceux qui auront besoin de « moi. » Ces paroles étant prononcées , Fécnjer amenait le cheval du nouveau paladin à la porte

ide l'église; il s'élançait en selle, brandissait sa lance avec dextérité, faisait flamboyer son épée nue, caracoler son cheval , galoper le noble animal en présence de l'assemblée, et la réception était finie,... Cette consécration avait créé un être privilégié , auquel tous les barons devaient Thos-

. pitalité; dont l'hommage chevaleresque devait honorer toutes les beautés , et dont le caractère commandait h tous le respect. On eût dit que la chevalerie ajoutait un degré de dignité à la nature humaine.

Mais l'ignominie pour un preux était voisine de la gloire : s'il se rendait coupable d'une lâcheté , s'il devenait félon , ou si quelque autre faute grave ternissait en lui l'éclat de la chevalerie, c'en élait fait de sa noble carrière. Ses pairs, constitués en tribunal , révoquaient son investiture. On le conduisait ensuite sur un échafaud : là dépouillé de SQs armes , il les voyait brisées et foulées aux pieds; on effaçait les devises ct^allégorics peintes sur son

écii ; puis on rattachait h la queue d'un cheval , qui le traînait dans la bouc. Pendant ce temps , on versait de l'eau chaude sur la tête du chevalier dégradé, comme pour lui enlever le baptême sacré des preux. Après cette humilianle ablution , il était étendu sur une civière, couvert d'un drap mortuaire, et les prélres récitaient sur lui les prières des morts. Rarement un homme , en qui l'honneur survivait h sa faute, pouvait supporter tant d'infamie ; mais , s'il sortait vivant de cette dégradation, il ne lui restait que la lugubre ressource de se faire tuer dans un combat , où jamais il ne pouvait reconquérir ses éperons; à moins qu'il ne prit le triste parli de s'ensevelir dans un cloître, où, quelquefois, il pouvait trouver Toubli d'un monde qui le repoussait avec mépris.

Telles étaient les lois que Louis VIII, l'un des Tâillans chevaliers de sou royaume, remit en vigueur, dès qu'il fut monté sur le trône. Il lui appartenait de se montrer le zélateur fervent d'une institution dont la gloire brillait en lui d'un vif éclat ; le règne de Philippe-Auguste avait été la plus brillante époque d'une chevalerie fière, querelleuse, brutale; celui de Louis, dit Cœur de Lion^ offrit des dijCvaliers non moins redoutables, mais^ plus pieux, plus religieusement attachés aux lois écrites, plus fidèles observateurs de cette galanterie qui, pour leurs devanciers, n'avait été souvent que le premier degré d'un amour coupable. II. 9

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Par malheur Louis YIII n'avait pas seulement de la piétë ; il était dévot et même fanatîcpie. Le zèle a!crimonieux ^qui toujours distingue les passions ascétiques aigrissait le caractère de ce prince, naturellement bon. Après avoir conteilu Henri III , roi d'Angleterre, qui s'était flatté de ressaisir en France les provinces perdues par Jean-sans-Terre, le roi des Français, exalté contre les malheureux Albigeois par un sacerdoce méchant, se disposa à recommencer la malheureuse guerre du midi que tous les hommes justeia avaient reprochée à Philippe-Auguste , et dont lui-même prévit en mourant les suites funestes pour son fils. « Les gens « d'église, disait le monarque expirant, engageront « mon fdsà se croiser contre le Albigeois; il rui- « nera sa santé a cette expédition; 11 y mourra, et c( la royauté demeurera entre les mains d'une « femme et d'un enfant. » Ce fut une prophétie.

Avant son départ pour cette injuste croisade , Louis VIII fit à Paris quelques réglemens de police, particulièrement pour réprimer le désordre des filles dites amoureuses ou folles de leurcon^s. L'abbaye wSaint-Antolne , établie sous le règne précédent , n'avait pas donné asile h toutes ces créatures; le fameux Foulques de Neullly n'en avait converti qu'une partie. Elles se prostituaient, à peu près on public, dans les carrefours et dans les rues. Eloignées , parle mur do clôture, du cimetière dos Innocens , où la tomba même servait de couche à des voluptés infâmes, les fenjmes dé-

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baudiées se retirèrent, par prëfërence, dans les vastes ruines du palais des Thermes : « L'ombre « des murailles de ce palais, dit 7ean de Hau- << teville, les réduits obscurs qu'il offre, fayorisent <i les fréquentes défaites d une pudeur chancelante , « et présentent , chaque nuit, aux jouissances de <c Tamour, un abri contre l'œil de la surveil- « lance. »

L'expérience avait déjà appris que les filles publiques sont un mal nécessaire dans l'état social; Louis Vin, prince pudibond, sentit qu'il fallait les tolérer; mais il les assujétit à des réglemens sévères. On leur désigna, pour leur commerce, les rues FroimenteL, Pavée, Glatigny, Tiron, Chapon, Tire-Boudin, Brisemiche, du Renard, du Hurleur, de la Vieille-Bouclerie , de l'Abreuvoir , de Maçon , du Champ-Fleury , etc. Elles avaient dans chacune de ces rues un réduit, qu'elles ornaient le mieux qu'elles pouvaient , pour attirer les chalands. Elles étaient tenues de s'y rendre à dix heures du matin , et d'en sortir quand le couvre-feu sonnait , c'est-à-dire à six heures du soir en hiver, et entre huit et neuf heures en été. Il leur était interdit, sous des peines rigoureuses, d'exercer ailleurs , même chez elles. Ainsi reléguas dans une classe à part et dans des lieux spéciaux, les prostituées commencèrent h former un corps; elles furent passibles de certaines redevances ; elles eurent leurs statuts , et devinrent justiciables d'une juridiction particulière. Tous les ans , elles fai-

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soient une procession le jour, de la Madelaine , patrone de toutes les pécheresses en amour.

Le roi ^ craignant que les honnêtes femmes ne fassent confondues avec celles abusant de leur corps , rendit une ordonnance qui défendait à ces dernières de porter certains habits , certains bijoux «lors à la mode , particulièrement des ceintures ornées d'or. Le règlement fut souvent éludé , et la eonfusion que le chaste souverain avait voulu empêcher subsista. Les dames vertueuses s'en codsolèrent par le témoignage de tous ceux qui les connaissaient. De là vint ce proverbe : Bonne re^ nommée vtmt mieux que ceinture dorée. Mais dans les mesures prises alors contre les créatures livrées j par état , à la débauche^ on trouve une application effrayante de cet adage : l'excès de la justice peut aller jusqu'à l'injure. Les femmes juives, même sans être prostituées y étaient mises hors la loi de l'humanité : on brûlait vif tout chrétien convaincu d'un commerce charnel avec elles :

cet acte étant mis au niveau de la bestialité On

pouvait en effet voir delà bestialité en ceci; mais chez le législateur brutal qui avait pu consacrer un tel principe.

Cependant comme il demeurait reconnu que les filles galantes étaient utiles^ sans doute afin de préserver la vertu des femmes honnêtes , lorsque la cour voyageait , il y en avait un certain nombre à sa suite ^ où leur ministère se trouvait souvent su-« perflu. Elles étaient tenues^ disent du Tillet et

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Pasquier , de faire le lit du roi des ribauds tant que le mois de mai durait. C'était lui , du reste ^ qui les repartissait dans les chambres où elles avaient été. demandées. .

Sur la fin de ce règne ^ une maiscm , appelée les FiUes Dieu, fut fondée pour recevoir les pécheresses qui touie leur vie avaient abusé de leur corps et , vieilles , étaient tombées dans la mendicité *.

Louis VIII , de qui la conscience timorée s'a- * larmait aisément^ releva un grief de ses sujets, auquel Philippe-Auguste avait attaché peu d'importance. Du vivant de ce prince , le pape Innocent III fit parvenir en France une lettre apostolique , dont voici le contenu : « Nous sommes ins- « truit que c'est une coutume presque générale a parmi les habitanis de ce pays , de proférer souci vent 9 soit dans la colère , soit par légèreté , dos « juremens horribles et criminels. Non-seulement K ils ne craignent pas de jurer par les pieds, par <c les mains de la divinité ; mais encore leur bouche cr sacrilège va chercher jusqu'aux membres les u plus secrets du Christ et des saints , et ils pro* « clament dans leurs blasphèmes des choses qu'il ^< ne nous est pas permis d'écrire**,

Philippe-Auguste, qui jurait comme tous les Hoiries batailleurs de son temps , laissa tomber, sans l>ruit , ladmonition du saint père; on continua

* Saint-Foix , Essais sur Paris ^ tomr 7, pages '^3 ei r^. '" Innoccnti m j Epistolœ^ Baiusii, cdit, , t. IJ j 'pagr ^SS.

d'a£Qriner ses paroles par Dieu, par la mort Dieu, parle corps Dieu, par le sang Dieu, par le ventre Dieu ; la gorge , la langue , la chair , la poitrine, la figure^ la dent de Dieu étaient encore pris à témoins; et toute cette dissection verbale du corps de la divinité constituait ce que les casnisteâ appelaient de mauifais sermens. Louis VIU fit des règlemens prohibitifs contre ces débauches de langue; plus tard Saint-Louis prononça des peines graves contre les indévots qui blasphémaient le nom de Dieu *.

.Aux douzième et treizième siècles , on eut considéré une assertion comme légère et fugitive si elle n'eût pas été appuyée d'une affirmation marquante : ainsi , sans jurer précisément^ on disait à chaque instant dans la conversation : par Vame de monpèrCyparlafoi fjfueje dois à Vame de mon père, ou par la foi que je dois à saint Denis, à saint Jacques , à saint Martin', ou bien encore par mon ame, par la foi de mon corps, etc.... Les femmes se bornaient à répéter souvent Dii^a! (déesse) en levant les yeux au ciel : ce juron, un peu payen , sous-entendait peut-être le nom de Vénus, celle de toutes les divinités dont le culte plaisait le plus aux belles du moyen âge.

* Comme , dons ces temps recules , il fallait absolument jurer par quelque chose, on substitua à Dieu diy diédienne, bieti fiuieux ; et Ton dîtpardiéy pardi j corhleu , pardienne^ mor^ hlea y mordienne, tétebleu ventre^bleu sang-bleu. Les ^Gascons dirent : cap de dis sang dis»

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Il €st probable que Louis YIII^ dont le régoe dura à peine trois ans^ s'occupa peu de fondation» ecclésiastiques : on n'en voit au moins aucune faite à Paris dans cette courte période. Le concile de Latran, tenu en 1:21 5, avait défendu d'inventer et d'établir de nouveaux ordres monastiques ; la propagation des milices mendiantes ne se ralentit point pour cela ^ et si le fils de Philippe-Auguste négligea à ces innombrables légions sacrées , ce ne fut point assurément à défaut de vocation dévotieuse, mais faute de temps. Si Ton ne vit guère augmenter alors le nombre^ déjà considérable, des couvens de la capitale^ ceux déjà existans ne laissèrent pas d'ajouter à leurs prérogatives et, autant qu'ils le purent, à leurs richesses, tout mendians que fussent plusieurs d'entre eux.

Les paroisses , dans cette active émulation , ne se laissèrent pas devancer : nous les voyons , au commencement du treizième siècle,lutter de zèle,et^ disons le nettement, d'intrigue et de subtilité. Sous le règne de Louis VIII le nom de curé {curât us) commence à se répandre , et remplace celui de preshyter {prêtre ) qui ne distinguait point, assez le chef d'une paroisse. Le premier acte mentionnant ce titre porte la date de 1 2 1 2 ; il existe encore dans les archives de Saint-Gervais*. Il est naturel de penser que les ecclésiastiques chargés de la direction des églises paroissiales tenaient beaucoup à cette distinction, qui leur donnait du

* Antiquités de Paris , par Dabreuil , />. 806.

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relief sui* les autres prêtres, et ajoutait conséquemment , pour eux , à ces droits et privilèges dont le clergé se montrait si avide.

Louis VDI 9 après quelques démonstrations hostiles, faites y; comme nous Taxons dit , contre le roi d'Angleterre, acheva de le faire contenir par des menaces d^excommunication, dont le superstitieux Henri III voulut bien s'effrayer. Certain de la paix avec la Grande-Bretagne, garantie par une trêve de quatre ans , le roi ne songea qu'à l'exécution d'une seconde croisade contre les Albigeois. Cette expédition fut lente : le jeune comte de Toulouse, héritier du célèbre Raympnd , n'opposa à son agresseur que de ces mesures défensives, qui souvent sont des victoires : il fit bouleverser les chemins , labourer les prai^ries , couper les moissons en herbe , brûler les magasins , tarir les fontaines : en sorte qu'outre la difficulté d'une marche conquérante h travers ce pays dévasté, les troupes du roi ne pouvaient conquérir qu'un désert fumant, et cette terrible famine qui énerve la valeur. Bientôt des maladies contagieuses ^ produites par la fatigue et l'ardeur du climat, se joignirent aux privations , et aggr«ivèreut encore les maux de l'armée. Il fallut s'arrêter. Louis forma longuement le siège d'Avignon , ville impériale , dont les habitans refusaient le passage aux croisés. Vainement leur disait-il : i« Dieu sait <c que nous n'avons entrepris ce siège qu'en qua- « lité (le pèlerins, pour l'amour de son saint nom «

« sans préjudice, eu toui et partout, dos dioits « daFempire. » Cette allocution ne détermina point les Avignonais h livrer la place. Après trois mois de siège, le roi la prit enfin, et pénétra en Languedoc jusqu'aux environs de Toulouse. Mais, atteient par l'épidémie, cpii exerça de rapides progrès sur sa faible constitution, Louis se mit en route pour revenir dans sa capitale. Il ne put y arriver : sa maladie s'accrut à tel point qu'il dut s'arrêter à Montpensier, en Auvergne. Plusieurs écrivains du temps rapportent que les médecins, ayant pense que la situation du roi était rendue plus grave par une continence trop absolue , introduisirent dans son lit une jeune fille ^ , qu'il repoussa avec chasteté. Il est de fait qu'en jugeant du tempérament de ce prince par la fécondité de Blanche de Castillcy on doit se faire une haute idée de sa virilité... Cette reine lui avait donné onze enfans. Il paraît cependant que ces preuves multipliées de tendresse conjugale n'absorbaient pas en elle tou-

* Les médecins de ce temps , quoique prêtres ou moines , pKscriy aient souvent ce remède. Jacques de Yitry, au chapitre IV de son Histoire Occidentale , dit positivement que , pour guérir leurs malades, les médecins leur ordonnaient les jouLs- •a^ioçs de Tamour. Ditm enim cjcplctione libidinis corpora pro- P^ari asserunt , muUos in fornicationem inducunt» Il est pos- *iHe que les docteurs tondus de cette époque , par une pré- ^iWtion particulière, abusassent de ce moyen curatif, comme <>n a depuis abusé successivement des purgatifs , des vomitils , ^saignées et des sangsues.

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tes les puissances Rimantes : à travers les panégyriques outrés qu^on a prodigués h Blanche , il est aisé de reconuaitre que les soupirs qu'un seigneur galant , Thibaut , comte de Champagne , poussa long - temps pour elle , ne restèrent pas toujours sans échos dans son cœur. On doit néanmoins repousser^ comme une assertion calomniatrice^ l'insinuation qu'ont hasardée quelques historiens y touchant le prétendu empoisonnement du roi par Thibaut. Ce monarque succomba certainement à une maladie qui^ chaque jour ^ décimait son armée.

Le testament que Louis dicta à Montpensier , lègue une cléricature forcée à son cinquième fils et à ceux de ses frères nés après lui : peut-être le i-oi fut-il porté à cette disposition tyrannique par la crainte d'un démembrement de la monai*chie , qu'eut produite une répartition entre tous ses enfans mâles. Louis 9 aîné du monarque mourant^ obtint le royaume et la Normandie; à Robert, échut l'Artois; h Charles, l'Anjou et le Maine; à Alphonse, le Poitou et l'Auvergne.... La régence fut confiée à Blanche de Caslille.

Louis légua une somme considérable pour l'entretien de deux mille léproseries; legs qui prouve d'une manière positive que la lèpre , ce mal horrible à voir, avait fait alors en France de grands progrès. Soixante abbayes , appartenant h l'oi*dre de Citeaux , eurent aussi une large part des trésors du moribond. Nous parlerons de l'origine de

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cel ordre, en mentionnant la fondation àésfeuiU- Icuis de Paris.

Le roi , dana son testament , signale la tour du Louvre y comme renfermant son or^ son argent et ses pierreries. Depuis que Ferdinand , comte de Flandres , coupable de s'être laissé vaincre à Bouvines , languissait dans cette forteresse *, elle était. Fef&oi de tout le baronnage de France : sa masse haute et blanche semblait menacer de loin tout seigneur disposé à la rébellion. Nous verrons , par la suite ^ les grands vassaux agenouillés^ faire hommage à leur souverain au pied de la redoutable tour du Louvre.

* Dans cette circonstance , Philippe-Auguste , à l'oreille de qui avaient résonné vaguement les noms d'Auguste et de Trajan, parodia le triomphe d'un de ces illustres Romains. Lors* ({u'aprés la victoire de Bouvines il Ht son entrée à Paris , on voyait ce prince monté sur un char, traîné par quatre chevaux ; Ferdinand et tous ses barons , chargés de chaînes , étaient attachés à ce char , qu'ils suivaient à pied. Devant le cort^e y le peuple chantait ce refrain de circonstance:

Quatre ferranz hien ferrés , .Traînent yî?/Ta/i/ bien enferré.

Triste jeu de mots y qui prouve bien le mauvais goût des P<>ète8 de cette époque , Guillaume-le-Brcton excepté.

Ferdinand de Flandres ne fut rendu à la liberté que sous k règne suivant : Àous verrons à quelle occasion. Les seigneurs fu raccompagnaient furent enfermés au Grand-Châtelet , ^ les Chroniques du temps nomment le Chastel du Grand'' ^oM^ {Chroniques de France , vol. Il yfoL 440

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Le roi vécut encore quelcpies jours après avoir fait son testament : les deux reines , Ingelburge el Blanche ^ eurent le temps d'être informées de sa maladie^ et firent ordonner des prières p^iLliques pour son rétablissement. Les chroniques parlent surtout d'une procession où , selon Fusage du temps ^ des pénitens figuraient pieds nus , en chemise , quelques-uns même entièrement w^sj^ Les. souveraines^ dit le poète Guillaume Guiard^ as* sistaient cependant à cette procession.

Mais Dieu n'en appela pas moins à lui Louis YIII, surnommé Cœur-de-Lion : il expira le 8 novem-* bre 1 226 , laissant la réputation d'un prince valeureux. Il n'avait eu le temps de commettre qu'une action cruelle , contraire à son caractère : la croisade contre les Albigeois.

La légitimité, cette fille dû hasard et de l'erreur, laissa tomber sur le trône le 8 novembre 1226, un de ces princes qui deviennent de grands hommes^quand la nature, qui les dote richement de qualités , leur donne celle de connaître la portée des autres, et la puissance d'en user avec énergie. Louis IX, dont nous entamons rhistoire,ne fut pas si complètement favorisé par la création. Le père Daniel , dit avec raison de ce roi : « Sa vertu fut grande mais singulière. » En effet , son courage , si grand lorsqu'il était fortement excité, se montrait, dans les temps ordinaires, faible, timide, irrésolu. Dans l'essor de. sa volonté, comme pendant l'effort de son bras , saint Louis ne connaissait aucun obstacle j

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dès que cette ébuUiiion d'humeur avait cessé ce n'était plus , même dans toute la maturité de Tâge^ qu'un enfant adulte y soumis à sa mère comme s'il eut redouté les yerges . Dans son intérieur^ le dernier de ses domestiques parlait plus haut que lui ; qnel(]ue8-uns d'entre eux lui imposèrent plus d'une fois silence. Du reste ^ ce souverain possédait au plus haut point les vertus calmes qui distinguent le sagi^ : probe , juste , généreux, palient , bon fils , bon prince^ ami de l'humanité^ il faisait reposer sa dévotion sur les bases éternelles de la morale. Malheureusement la nature , qui avait fondé ainsi sa piété ^ l'abandonna bientôt aux principes fougueux d'un fanatisme exalté: en tout cejqui concerna la religion y l'excellent caractère de saint Louis fut comprimé par un bigolisme qui, plus d'une fois, alla jusqu'à la férocité. Nous verrons donc toutes les actions de ce souverain flotter entre les inspirations bienveillantes de son cœur , et le délire superstitieux de son esprit. Dans cet cntrahiement alternatif; il fera beaucoup de choses utiles à l'État et aux hommes; mais il les sacrifiera sans hésitation aux prétendues exigences du ciel , dont les arrêts rigoureux lui apprendront trop tard toute la vanité de ses hommages sanglans.

Saint Louis, plus qu'aucun autre roi de France/ enrichit Paris de monumens religieux : il fonda ^8 cette ville douze monastères et plusieurs ^ises dont nous parlerons bientôt. Cette capitale Itii dat également quelques collèges nouveaux.

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que nous menrionnerons dans Fordre de leur fônn dation. Nous devons d'abord à nos lecteurs une esquisse du début de ce règne.

Louis IX n'avait que douze ans lorsqu'il commença de régner sous la tutelle de sa mère ^ Blanche de Caslille. Le choix de cette régente fit éclater presque aussitôt des troubles civils en diverses provinces. Les comtes de Toulouse , de Champagne , de Bretagne , de la Marche , de Boulogne , qui étaient alors les plus puissans vassaux de la couronne^ étaient à la tête des iséditieux : ils avaient juré de ne recevoir aucun ordre émanant du trône pendant la minorité duroi ; trop humiliés^ disaientils , d'avoir à subir l'autorité d'une femme , surtout d'une étrangère. Mais le plus lier de ces seigneurs, le Champenois Thibaut, conciliait mal les intérêts de sa puissance avec les désirs de son cœur: il aimait éperduement la régente, et l'amour est un dangereux rival de Tambilion. Tandis que ce prince émettait des prétentions à l'indépendance comme souverain ; sa muse amoureuse ■ chantait les charmes de Blanche, qui était encore charmante , malgré les tributs réitérés qu'elle avait payés à la maternité. Sensible aux soupirs du comte, ou forte d'une vertu qui bravait même le soupçon, la belle Castillane , loin d'imposer silence aux poétiques indiscrétions de Thibaut , s'en égayait avec ses femmes; peut-être, en politique habile, songeait-elle à profiter dos langueurs de sonamant , pour enchaîner le effets d'une rébellion dont il

était le plus ardent promoteur. Si les discourt énergiques peuvent quelquefois garantir les actions , Yoici un gage irrécusable de la vertu de la reine : « Quelque tendresse que j'aie pour vous , a mon cher fils , disait-elle à Louis IX y j'aimerais ce mieux vous voir mort que souillé d'un péché <c mortel. » Mais qui pourra jamais calculer ce qu'il entre de téméraire vanité dans ces paroles !

Le comte de Toulouse devait être le plus irrité des confédérés : il joignait aux motifs delà guerre projetée , le ressentiment ^ trop légitime , que lui laissait l'injuste agression du feu roi: ce double ferment étouffa enlui la prudence. Il attaqua les troupes royales sans s'être assuré si ses alliés étaient prêts à le soutenir; battu par l'armée que la prudente reine s'était empressée de lever, même avant que les troubles eussent éclaté , le malheureux Toulousain fut contraint d'accepter une paix honteuse; heureux encore que les généraux du roi ne renouvellassent pas dans son Etat , où fumaient encore les brandons de la dernière guerre, les désastres dont ce pays avait été le théâlwe.

Cependant les autres seigneurs ,, encore assez redoutables pour inquiéter la couronne, entrèrent sur les terres royales. Maïs Blanche , non moins habile à négocier que prompte à se défendre , entama avec les révoltés des conférences , où Thibaut

fût le plus souvent l'organe de ses alliés Le

Aoix n'était pas heureux : les sacrifices convenus ^nire l'Espagnole et son tendre ennemi , pour ré-

tablir la paix , furent-ils récip.ropres? On ne sait; . mais en ce qui se rapportait à l'intérêt , Thibaut fut singulièrement lësé... On avait compliqué ce» différends des réclamations d'une Él^onore, mne de Chypre , fille d'un frère aîné du comte de Gham^^ pagne y et qui revendiquait purement et simple* ment ce comté. Blanche , en train de garotter le prince troubadour , exigea qu'il payât Une forte somme h cette nièce , dont elle s'était déclarée la protectrice. Thibaut avait beaucoup d*àmour; mais très peu d'argent : il se trouvait hors d^état d'acquitter cette indemnité. La reine , obligeamment , lui offrit alors d'acheter les comtés de Blois , deSancerre , de Chartres et de Châteaudun^ dont il était possesseur , et de lui en compter immédiatement le prix , qui servirait à l'acquitter envers Eléonore. « Le comte, dit Mézeray, rendit les ar- « mes à l'amour, et après un gros soupir, il ré- « pondit: Par ma foi, madame , mon cœur, mon « corps et toutes mes forces sont à votre comman- « dément. » La régente mit-elle à profit tout cela? Plusieurs historiens l'ont dit, d'autres ont considéré cette assertion comme une calomnie. Quoi qu'il en soit, Thibaut retourna en Champagne, privé de plusieurs belles provinces , et dessaisi de l'argent qu'il en avait tiré.

Enir'autres dispositions faitesjpar l'habile régente, pour soutenir cette guerre , dans le doute du succès des négociations , elle avait tire de la tour du Louvre Ferdinand, comte de Flandres, qui

subissait encore les suites de sa défaite à Bouyines. Blanche , le dédommageant au moins par un témoignage de confiance, lui donna le commandement de son armée , et ce seigneur , dans les combats peu importans qui précédèrent le traité , répondit aux espérances de sa libératrice. Ferdinand fut remplacé , dans la forteresse du Louvre , par Raymond VIT , comte de Toulouse , que la reine retint prisonnier jusqu'à ce qu'il eût rempli les conditions du traité conclu avec lui : ces conditions étaient, i<^ le paiement de cinq mille marcs d'argent pour les frais de la guerre ; 2® le mariage de Jeanne , fille unique du comte , avec Alphonse , troisième fils de Louis VJII ; 5<*une charte en bonne forme, portant qu'en cas de mort des jeunes époux sans enfans, l'Etat de Toulouse serait réuni à la couronne ; 4** la démolition de toutes les places fortes pour si\reté dès conventions ci-dessus. Raymond , s'élant exécuté , retourna à Toulouse , non pour régner paisiblement sur ses sujets, mais pour accomplir une clause secrète du traité, par laquelle ce faible prince s'était engagé à exterminer les prétendus hérétiques albigeois , après avoir fait lui - même amende honorable en chemise et nu-pieds. Prosélyte du catholicisme sanguinaire qu'il avait longtemps combattu, cet insensé porta la fureur, en 1229, jusqu'à faire brûler, dans un seul jour, à Agen , quatre-vingts personnes. Le ciel , celte fois comme tant d'autres , se plut à démentir le

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