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dépouille royale , revendiqua juridiquement le cœur du feu roi. La Sorbonne,.se révélant pour la première fois à celte occasion ^ comme juridiction ecclésiastique , décida que les Jacobins ne pouvaient retenir le cœur, ni les moines de Saint- Denis le réclamer sans une autorisatiqji du pape. Mais Philippe IV , sans égard au jugement des nouveaux docteurs , maintint le don fait aux Jacobins.
Ici commence un règne qui fut fécond en grands évènemens ; il devait en être ainsi : Philîppe-le-Bel, prince superbe au moral comme au physique , avait reçu de la nature tout ce qui impose: par sa prestance noble, fière , un peu théâtrale, il intimidait déjà; Tcnergie , ou plutôt l'inflexibilité de son caractcre, achevait de lui soumettmles volontés. Avec la fermeté de ce souverain , saint Louis eut fait le plus sage des rois; avec ses lumières et sou génie , Pliilippe-Augusie eu eut été le plus grand. Mais Pliilippe-le-Bcl n'eut ni la droiture, ni la bonté du premier ; ni la valeur chevaleresque , ni les intentions populaires qui marquèrent souvent le règne du dernier. Il aima trop le pouvoir pour aimer assez son peuple.
Nous ne retracerons point les hostilités qui suivirent la mort du Hardi; il laissait l\ son fds des intérêts, ou plutôt, des prétentions à soutenir en Espagne et en Italie: six années s'écoulèrent en alternatives de combats et de négociations ; une transaction termina ces différens. Charles de
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France renonça sagement à la couronne d'Arragon, qu'il ne tenait que d'une bulle dérisoire; Alphonse II succéda à son père. Dans la péninsule italique^ don Jaimc 11^ frère du monarque arragonnais; eut la Sicile ainsi détachée des conquêtes de Charles d'Anjou; et Charles II, fils de celui-ci , dut se contenter du royaume de Naples,
Edouard I^*" , roi d'Angleterre , avait été arbitre^ dans cet arrangement, comme allié de toutes les parties , et parent de plusieurs. Lorsque les divers traités furent signés , ce prince, qui Tivait en bonne intelligence avec Philippe-le-Bel , vint à Paris faire hommage pour les terres qtfil possédait en France. Le roi lui fit une réception magnifique. Pendant huit jours, ce prince , revêtu de tout l'appareil de la souveraineté, ayant la couronne en tête, depuis le matin jusqu'au moment de se coucher , mangea en public avec Edouard I. Tous les pairs laïques et ecclésiastiques étaient au couvert royal; le connétable, le maréchal, le sé- ^écliàl, le chambellan et autres grands officiers, debout derrière les illustres convives, recevaient et servaient les plats. Dans la soirée , des Parisiens représentaient sur les places publiques divers spectacles : tantôt la gloire des bienheureux , tantôt les peines de l'enfer. Des jongleurs , que ces comédiens amateurs s'étaient adjoints, montraient des animaux sa vans; et les rois s*am usèrent beaucoup d'un spectacle appelé la pix)cession du Renard, parade critique contre le clergé , que nous avons
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dëja mentionnëe. Mais ce qui surtout divertit le roi d'Angleterre , sans être un divertissement y ce fut la comparution devant Philippe IV , d'un ëvéque de M aguelone , en Languedoc , qui s'était rendu coupable d'un étrange délit , dans lequel se peint bien toute la cupidité du sacerdoce de l'époque. Ce prélat , ayant appris que certaines pièces en circulation parmi les Maures^ et qui portaient Tefûgie de Mahomet^ pouvaient procurer un avantage d'agiot considérable^ en fit frapper secrètement un grand nombre , et favorisa rémission de ces espèces infidèles y pour satisfaire son avUrice apostolique. Le pape Clément IV avait adi*essé vainement force réprimandes h ce rival des usuriers juifs; Philippe-le-Bel le manda enfin , et * lui déclara que s'il ne renonçait pas à son trafic , il le ferait pendre à la porte de sa cathédrale. Le métropolitain retourna dans son diocèse , sinon corrigé de sou avarice , du moins saisi d'une crainte salutaire du gibet *.
Durant son séjour h Paris , Edouard obtint du roi de France la confirmation des traités conclus entre son père, Henri III , et saint Louis , relativement à Timpolitique restitution que ce dernier avait faite h l'Angleterre de plusieurs provinces continentales. Le prince anglais parut généreux en cédant leQuercy li Philippe-le-Bel , dont il sut toutefois obtenir une rente , en échange de cette province.
"^ EUimens da l'Histoire de France y par Miilot j tome /, pfi^es 391 et 392.
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Au moment même où les deux rois paraissaient cimenter leur union par de nouveaux traités ^ ils songeaient à s'en ménager la rupture , et dans les réjouissances de la paix ils se préparaient secrètement à la guerre. Philippe négociait avec Gujr de Dampierrey comte de Flandres, afin d'opposer celte puissance amie à l'Anglais , en cas qu'il songeât à pénétrer dans le royaume par la frontière du nord. Le monarque français sollicitait vivement ce seigneur d'envoyer sa fille à la cour de Paris , pour la marier à Louis y son fils aîné y dès que l'un et l'autre seraient nubiles. De son côté Edouard, non moins pressant, demandait et la main de cette princesse pour Edouard , son fils aîné , et une alliance qui lui ménageât une entrée en France par l'État flamand. Simultanément, et toujours durant lés fêtes où Philippe et Edouard se pressaient la main, s'appelaient tnon bonjrèrcy le dernier faisait prêter cent mille livres à l'empereur d'Allemagne , ^dolpbe de Nassau , à condition qu'il se tiendrait prêt à pénétrer sur les États de Hiillppe aussitôt qu'il en serait requis. Et tandis que ces séductions s'accomplissaient, le perfide insulaire en exerçait d'autres sur Amédée , comte de Savoie , sur Henri , comte de Bar , sur Jean , duc de Brabant : il promettait même deux de ses tilles à ces deux derniers princes. Tout en s'assurant ainsi des alliés aux portes de la France ; en s'ef-. forçant d'étreindre cette monarchie d une ceintnre d'inimitiés, Edouard remuait, excitait les étiu-^
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ivllos do mt'coii lentement qui exi:»taient dans l'iiitêrîoui*. et préparaît. dàn> >es méditatiouSf des picio\tc5 do rupture. L'.vcJi^ion qu'il cherchait se présenta naturellement . et quoique faible fut sai- Nio pur lo prince auçila:*.
l 11 :tuteIot uormond e: un matelot an<;lais se pivuiuMit do querelle à Rayoïiue . qui appartenait i\ r VUiiU'terre; le dernier . plus robuste ^ d'autres dLsont plus traître que son adversaire *, Tétend saiiH \ ie sur le port. Les cv^mpatriotes du mort donuiui'oîit justice: ils ne l'obtiennent pas. Leur \oni;eauce est iniaiov'iate : avant levé l'ancre, ils sVIoii;ncut dos cO*to> de la Gascogne, se sai5issent de lou'4 los vaisseaux qu'ils rencontrent en mer, et pendent les matelots aux vergues de leurs propres ua\ ires. Uioiitoi la marine anglaise use de repré- 'iailles l,s bviûinons des deux nations courent les uns Mîr U\^ autres. Ces hostilités se prolongèrent assv /. pour nécessiter des conférences entre les deux roN; mais également fiers et jaloux do leur aiuorité , ils ne purent s'entendre. Philippe cita
* On i^st peu d'aixoiil siii" ccUi* pivmiûre caiLSC <le rii|>turc cntro kl Fr.uue et rAii;j;li?tcrre. Quelques liistorieus disent que le Normand fut tui' d'iui coup do poin^'; d'autres assuiLMii qu'ayant izlisse sur Je ]»ort, il iomha sur son propre couteau, et se Ttiifonca dans le oj-ur; cnfiu une Iroisirnie version rapporte que l'Anglais , irrité de la supériorili'nui-îculaire de son iidversau-e , ' «i trahison , d'un coup de couteau. Ce fut
appai'cmni' nier récit que crurent les ^Nonnauds ,
puisqii*îlf t Li punition du coupable.
alors Edouard^ son homme et son vassal y au parlement de Noël , pour avoir à répondre du dommage que sa marine causait sur les côtes de France..., Le roi d'Angleterre ne comparut point: se contentant de réponse que si des griefs pouvaient être imputés à ses sujets, il y avait à Londres des tribunaux pour les juger. Philippe-le-Bel avait à peine lu cette' dépêche que le connétable de Nesle * se mettait en marche , avec une armée , pour s'emparer des possessions continentales de l'Angleterre. Ces provinces se livrèrent; toutes les villes ouvrirent leurs portes aux troupes du roi.
Cependant , dans un second parlement qui se tint après Pâques, Edouard fut de nouveau cité , et cette fois il envoya sou frère Edmond h sa place. Mais Philippe , impérieux et inflexible dans aes volontés, exigea que son vassal comparut en personne. Edouard ne tint compte de cet ordre. Jors le roi de France fit proclamer le séquestre Le Bordeaux, de Bavonue et de leur territoire. In réponse à ce manifeste, l'Anglais déclara qu'il le reconnaissait plus Philippe pour son suzerain; il, sans perte de temps, appuyant sa proclamaion d'ime armée considérable , il la fit débarquer en Guienne, d'où les Français furent expulsés.
* C'est la premicrc fois que nous rciiconUoiis dans Thistoire ce titre de connétable ^ applique au chef supérieur d'une armée ; cl Ton peut présumer que le sire de ^'esle , alors connétable du Palais , ne poitait encore ce nom qu'à cause de cette dernière charge.
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Mais ce succès dura peu : Charles de Valois , frère du roi , se ressaisit de ces provinces ; Robert , comte d'Artois , lui succéda , et Tarinée anglaise , battue , poursuivie , harcelée , cessa de pouvoir tenir la catnpagne : elle se rembarqua.
Non content de cet avantage , Philippe jette un corps d'armée sur les côtes d'Angleterre; mais trop faible pour être opposé à une population, trop inquiet d'une retraite qu'un élément capricieux peut rendre impossible , ce corps borne ses exploits, à quelques vexations qui, comme il arrive toujours en de telles occasions , pèsent sur des citoyens inofFensîfs et désarmés. Les troupes françaises repassent la mer. Dans ce même temps Henri, comte de Bar et gendre du roi d'Angleterre, s'était avancé sur les terres de Philippe, son souverain ; la reine Jeanne de Navarre , dont le caractère altier commence à se révéler ici , marche contre le rebelle , le soumet , l'humilie et Tenimène prisonnier \ Paris.... La tour du Louvre se referme sur lui.
Ces triomphes exaltèrent les alliés qu'Edouard était parvenu à se faire en Flandres et en Allemagne : Guy paraissait près de se déclarer contre la France. Dans cette conjoncture , l'empereur crut devoir adresser une lettre menaçante à Philippe, l'homme du monde le moins capable de supporter une bravade. Ce prince, ayant reçu ce fier message , se contenta de saisir une feuille de papier blanc , au milieu de laquelle il écrivit : Nimis germane
(trop Allemand); un courrier partit sur l'heure et porta cette réponse Spartiate au César moderne. Le roi savait en effet cpie ce prince, fortement inquiété au cœur de ses États , avait trop d'affaires fâcheuses autour de lui pour songer à porter la guerre au loin : il fut détrôné quelque temps après.
La réponse dePhilippe-le-Bel à l'empereur était heureuse; mais sa conduite envers Guy de Flandres fut indi^ie d'un roi assez puissant , assez résolu surtout pour attaquer ses ennemis ouvertement. Ce seigneur ne s'était pas encore déclare : le roi espérait toujours attirer la fdle du comte à Paris , et lier ainsi son père par un intérêt de famille. Déjà la princesse était promise au fils d'Edouard; mais , selon les obligations féodales^ ce mariage ne pouvait se conclure sans Tagrément du suzerain. Le roi parut-il vouloir accéder à cette imion; ou imagina-t-il quelque autre ruse pour attirer Guy , sa femme et sa fille à Paris; c'est ce qu'on n'a pu éclaircir. Toujours est-il constant qu'ils y vinrent , attirés par un préteite quelconque. Dès qu'ils eurent touché le pavé de la capitale , le comte et la comtesse de Flandres furent arrêtés : le terrible donjon de la rive droite reçut deux nouveaux habitans. La jeune princesse fut conduite auprès dû roi , qui l'accueillit et la traita non-seulemenl avec égard, mais avec de véritables démonstrations de tendresse , que parut partager Jeanne de Navarre, la plus adroite, la
plus subtile^ comme à roccasion, la plus irascible des créa lures.
Le couple prisonnier racheta sa liberté au prix que Pliilippe voulut lui imposer; Guy et sa femme retournèrent en Flandres; mais leur fille fut retenue à Paris y comme otage de la fidélité du comte. Soit que celte jeune personne aimât le prince anglais auquel elle était promise , soit que le chagrin que lui causait sa captivité dorée rût fait tomber dans une maladie de langueur , elle mourut bientôt, et la mort de cette vierge flamande, belle, candide, remplie de grâces, arracha des larmes aux Parisiens. Cet événement froissa la politique de Philippe , qui perdait ainsi un otage , et Tespoir de cimenter une alliance solide avec un vassal dangereux. Nous disons une alliance solide; car les liens du sang entre souverains comprimaient, sinon toujours du moins assez souvent alors , les difFérens suscites par rintérét ou l'ambition , il devait appartenir à notre époque de rendre la politique supérieure h ces considérations de famille : est-ce un progrès ?
Dégagé de loute crainte par la mort de sa fille , Guy renoue ses lutelligences avec l'Angleterre , et envoie déclarer la guerre à Philippe par un héraut : cet officier termine sa mission en remettant un cartel an roi , bravade réputée insulte de vassal à sou- *verain. Le monarque dit qu'il portera lui-même la réponse au comte , h la lêle de cent mille hommes.
Philippe -le-Bel pénètre effectivement sur les
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terres de sou vassal , en 1 297 : le corps qu'il commande ne s'élève pas à moins de soixante mille hommes; tandis que ses généraux guident d'autres troupes, qui entrent de divers côtés dans la Flandres. Le pays fut presque entièrement conquis, nonobstant les efforts des Anglais , qui furent battus partout. Le roi s'éiaiit emparé des plus fortes villes du comté , y plaça des garnisons ; Guy obtint une trêve de deux ans.
Un ennemi nouveau ne tarda point à se présenter dans la lice pour combattre l'autorité de Philippe-le-Bel : c'était Boniface VIII , ce pontife dont l'orgueil, l'ambition et l'audace étaient capables de bouleverser l'Europe. Ce pape régnait par l'accomplissement d'un crime : profitant de la niaise simplicité de son prédécesseur Géleslin , il l'avait déterminé à se démettre , et le fit mourir ensuite dans une prison. Mais cette fois toute sa fougue ambitieuse devait se briser contre un roc. Boniface voulut intervenir en maître dans les différens survenus entre le roi de France, le comte de Flandres et le roi d'Angleterre , qui venait aussi de conclure une trêve de deux ans. Philippe répondit au légat venu à Paris : u J'honore la perce sonne du saint père, je le respecte comme chef « de la religion ; mais je n'ai pas besoin de lui « pour régner et je ne reconnais point ses ordres, w L'orgueilleux Boniface fut profondément blessé; il chercha l'occasion d'une vengeance éclatante . et crut bientôt l'avoir trouvée.
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La guerre fut rapide et «.'lorieuse ; mais les coffres de l'État étaient épuisés. Demander de l'argent au peuple , ç eut été provoquer ses murmures , peutêtre sa révolte; le roi frappa une contribution sur le clergé. Soudain ce corps , si flatté , si caressé et surtout si ménagé sous les règnes précédens y porta ses plaintes au pape. Alors Boniface YIII, par sa bulle Clencis Laîcos , défendit aux ecclésiastiques en général d'acquitter aucune levée de deniers y sous peine d'excommunication encourue ipso facto. Philippe passa outre et leva d'autorité l'impôt clérical. Puis^ dans une ordonnance où le monarque ne désignait pas plus Rome ^ que Boniface ne désignait la France dans sa bulle , il défendit de transporter hors du royaume , argent , joyaux , armes , vivres , etc. , sans une permission signée de sa main. C'était frapper au cœur l'intérêt du saint siège. Boniface sentit le coup ; voici la bulle qu'il lit parvenir à Philippe , en réponse à la défense que ce prince avait faite. « Si Tintentioa « de ceux qui ont fait cette défense a été de l'é- « tendre l\ nous , aux prélats et aux ecclésiastiques, « elle est non-seulement imprudente , mais insen- « sée , puisque ni vous , ni les autres princes sécu- « liers , n'avez aucune puissance sur eux. Cette « seule prétention vous soumettrait aux censures « portées contre ceux qui violent la liberté de « l'église. »
Le roi, malgré l'impudence de Boniface, conserva quelque sang-froid dan« ses relations avec
ce pape furibond. Il dit dans un manifeste : « Les ecclésiasticpies sont membres de l'Etat comme les autres sujets; par conséquent ils sont tenus de contribuer h sa conservation. Il est donc contre le droit naturel de Jes soustraire à une contribution nécessaire , tandis qu on leur permet de dépenser leur revenu en habits , en équipages , en festins , en mille autre superfluités Enfin Philippe-le-Bel ajoutait : Je crains Dieu y et je vénère les ministres de Féglise; mais ayant la justice de mon côté, je ne crains point d'injustes menaces. »
Boniface sentit , en lisant ce manifeste , qu'il n^aurait rien à gagner s'il voulait lutter de vigueur avec un hon\me aussi opiniâtre que le roi de France ; il parut disposé à s'adoucir^ et tâcha de justifier sa bulle par des explications. Il s'était proposé seulement d'établir en principe , disait-il , que , même dans les nécessités urgentes , les rois ne pouvaient exiger de subsides du clergé sans l'assentiment de Rome; mais qu'il n'avait point prétendu porter atteinte aux libertés, franchises, et coutumes du royaume. A l'appui de cet amendement , Bonilisice VIII fit canoniser saint Louis. Ce dernier acte calma Philippe; il consentit même à prendre le pape pour médiateur dans ses démêlés avec l'em* jpereur, le roi d'Angleterre et le comte de Flandres ; à condition qu'il déciderait comme arbitre , investi par les parties et non comme juge. On va voir comment Boniface se conforma à cette condition... Sa sentence arbitrale semble avoir été dien, 18
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tée (laiis le délire d'une fièvre chaude: la voici: « La Guienne sera réftituce au monarque anglais <c pour la tenir ^n foi et hommage comme aupa-^ « ravant; à nous seront réservés, comme au seul « juge, les contestations qui pourront s*élever au « sujet du ressort. Les places prises par les deux « rois resteront séquestrées entre nos mains jusqu'à « l'cnlière exécution de la sentence : à nous apparie tiendra la décision sur la restitution des marte chandiscs enlevées ou les compensations exigi- « blés. Le monarque français remettra au comte « dé Flandres les villes conquises. Pour siireté de «< la paix entre les deux rois , celui d'Angleterre , « devenu veuf par la mort diÉléono/^e de Castille, « épousera Marguerite , sœur de Philippe, et le « prince d Angleterre, Edouard, épousera Isa- « belle de France. »
Boniface ajoutait que^ pour assurer l'exécution du traité à intervenir , il se réservait toute l'autorité que lui donnait sa qualité de vicaire de Jésus- Christ.
Robert, comte d'Artois, présent à la lecture qu'un évêque anglais venait de faire d'un acte de médiation si étrange , avait eu peine à contenir son indignation . Dès que le prélat eut cessé de parler, ce prince lui arracha le papier des mains, e mit en pièces, et en jetant les parcelles au feu, jura que jamais le roi de France n'accepterait un si impérieux arbitrage.
Boniface VIII desservait le comte de Flandres ,
qu'il avait préieudû favoriser. La guerre recommença avec plus d'acharnement que jamais; Guy n'y fut jpoint heureux : le comte de Valois gagna sur lui plusieurs batailles; ses troupes ne purent tenir la campagne. Bientôt ses malheurs furent au comble : Edouard, son allié, contraint de tourner ses armes contre les Ecossais , et de sou-» mettre la principauté de Galles , abandonna le Flamand aux coups de son redoutable ennemi. Cet abandon fut le signal de sa ruine : ses fils et lui durent se rendre à discrétion; ils curent la vie et les bagues sauves; mais la Flandres demeura conlisquée au profit de la couronne *.
Tandis que ces évènemens s'accomplissaient , Boniface VIII devenait décidément furieux. Philippe-le-Bel , qu'un légat insolent avait menacé en face de le frapper d'excommunication, s'était emporté jusqu'à le faire chasser de^^n palais. Alors le pape , ne se connaissant plus , lance des bulles étranges : dans l'une il déclare que les
* Le comte de Flandres fut déienu au château de Compiégne^ Robert ^ son fils aîné, à Chinon; GuilUiume j le second, dans une forteresse d'Auvergne. Les principaux seigneurs flamands furent répartis dans diverses prisons. Phîlippe-le-Bel déclara, par une ordonnance , que Guy-lc-Flamand avait mérité la confiscation de ses terres par sa félonie. Le comte de Valois avait promis plus d'indulgence à son ennemi vaincu j il fut très mécontent de ces extrêmes sévérités , et les attribua a Ençiuerrand de Marignr^ principal ministre du roi. Ce fut la première cause de la haine que le prince voua à ce seigneiur, et qui devait lui être si funeste.
ecclésiastiques ne doivent aucune obéissance aux princes séculiers; dans l'autre est renouvelée la défense de payer les subsides exigés du clergé. Une troisième proclame que les papes ont été placés par Dieu au-dessus des rois et des royaumes , pour arracher , détruire , perdre , dissiper , édifier et planter: galimathias qu'il n'est pas facile de comprendre; enfin il soutient que les souverains sont soumis au pape , et que penser autrement c'est être fou , insensé , infidèle. Au milieu de cette divagation apostolique , parait une dernière bulle , dans laquelle Benoît mande k Rome le clergé français , afin , dit- il , de délibérer sur la réforme de l'État. Philippe peut se rendre lui-même dans la ville sainte pour entendre \e jugement de Dieu et le nôtre , ajoute le pontife. L'archevêque de Narbonne, porteur de toutes les bulles que nous venons de nuoitionner , vint à Paris et somma , sous peine d'excommunication , le roi de reconnaître qu'il tenait du saint siège la souveraineté temporelle de son royaume.
Sans répondre à ces inimaginables communications , Philippe-le-Bel , se tournant vers ses fils , leur dit, devant le légat, « qu'il les déshériterait s'ils étaient jamais assez lâches pour avouer qu'ils devaient la couronne de France à aucun homme, ou pour reconnaître au-dessus d'eux, dans les choses temporelles, une autre puissance que celle de la divinité *. » Puis , après cette réponse fort
* Millot, Elémcns de V Histoire de France , page 4o4-
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précise, tout indirecte quelle était, Philippe fit brûler publiquement les bulles que l'archevêque de Narbonne avait apportées ; et ce prélat fut chargé de porter au pontife une lettre ainsi conçue : « Philippe , par la grâce de Dieu , roi des France çais, à Boniface, prétendu pape^ peu ou point « de salut...» que votre très grande fatuité sache " « cpie nous ne soinmes soumis à personne pour le c< temporel. »
Les États-généraux, réunis en Tannée iSoa , par suite de tous ces difFérens de la couronne de France avec la tiare, décidèrent, moins une faible minorité ecclésiastique , que le temporel de l'État devait être indépendant de Rome , de ses censures et de son autorité. On voit , pour la première fois, iigiirer dans cette assemblée les communes , ou le tiers État.
Boniface , toujours entraîné par ses. passions fougueuses, rend alors à Rome la fameuse bulle uaam sanctam qui assujétit littéralement les rois au saint siège. « Il y a dans l'église , dit cet acte « apostolique , deux glaives , le spirituel et le tem- « porel , tous les deux sous la puissance ecclésias- « tique. Le premier doit être employé par l'église « même ; le second par les rois et les guerriers , « pour le service de l'église, suwant V ordre ou « la permission du pontife; et l'autorité tempo- « relie est soumise à la puissance spirituelle qui « rinstitue , qui la juge et qui seule à le privilège « de n'être jugée que de Dieu. L'on ne peut avoir
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« d'âulre croyance sur ce point sans tomber dans « l'hérésie des Manichéens. » Ainsi , s*appuyant d'une simple allégorie évangélique , les deux épées des apôtres^ Boniface YIII en faisait, sans restriction aucune , les dominatrices de l'univers.
La bulle unam sanctam achevait de prouver la folie 'du pape régnant ; mais cette folie était dangereuse : elle pouvait entraîner la désobéissance d'une partie du clergé. Philippe convoqua de nouveau les seigneurs et les évéques pour en délibérer : €e& derniers vinrent en petit nombre à l'assemblée. Dans cette réunion, GuiUaume de Nogarety remplissant le ministère d'avocat-général , accusa Boniface d'imposture, de simonie, d'hérésie et conclut, purement et simplement , à le faire déposer par un concile. C'était répondre à une folie par une autre : ces conclusions furent repoussées , et Ion décida que la cour de France négocierait avec le pontife romain. Pendant la durée du même parlement, un légat apporte des propositions plus révoltantes encore que celles faites jusqu'alors ; Philippe impatienté, rompt tout-a-fait la glace , dans la réponse qu'il fait à Boniface.... Le roi de France est excommunié, et son confesseur reçoit l'ordre d'aller rendre compte à Rome des actions et pensées du monarque.
Des douches eussent peut-être sauvé encore le vicfaire de Jésus-Christ; on ne les lui fit point administrer.; sa folie furieuse continua. Un matin, à son lever, Philippe-le-Bol apprit que le pape
avait disposé de sa couronne en faveur d'Albert d*Autriche, empereur et roi des Romains. A cette extrémité , le monarque français prit le seurparti qu'on doive prendre avec un aliéné : il revint à Ta vis de Guillaume de Nogaret, et ce gentilhomme fut chargé d'enlever Boniface VIII partout où il se trouverait. Le baron entreprenant passe les Alpes avec un petit corps de troupes , force le château d'Anagnie, d'où le furibond lançait encore des foudres, s'empare de la personne du pontife, et le somme de convoquer un concile pour entendre son arrêt de déposition. « Je me consolerai « aisément d'être condamné par des Patariens * , « répond le fier Boniface.... Voilà ma tète; je « mourrai sur le trône où Dieu m'a placé. » Les habitans d'Anagnie délivrèrent ce forcené; il courut à«Rome pour fulminer de nouvelles bulles; mais il mourut bientôt d'une fièvre chaude avec transport au cerveau. Un conseil.de médecins, convoqué par les souverains de l'Europe, eut pu, beaucoup plus tôt, délivrer les nations des fureurs dç ce prêtre insensé **.
* Nom que Ton avait donné aux prétendus hérétiques albigeois, pendant Finfâ^ne croisade dirigée contie eux.
*• Boniface VIII fut Finventeur du jubilé, qui était tout simplement une institution intéressée. On douQait à Rprae des indulgences pléniércs h ceux qui visitaient les églises; une multitude de pèlerins accom-aient et le pape s'enrichissait. L'indulgence devait avoir lieu tous les cent ans ; mais le5 pontifes trouyèrent bientôt que ces amples récoltes étaient trop rares : Clément VI ordonna que le jubilé aurait lieu tous les cin-
secondés par les femmes y par les enfans qui , des fenêtres et du haut des toits ^ font pleuvoir sur les soldats de Châtillon une grêle de pierres , de tuiles y de meubles, d'ustensUes divers. Les gens du roi sont contrains de se réfugier dans la citadelle. Ils y sont attaqués par toute la population révoltée... quinze cents Français sont massacrés dans une seule journée, avec dliorribles recherches de cruauté. De proche en proche, la rébellion s'étend, se fortifie, gronde; au bout d*un mois toute la Flandres est en armes.... Philippe songe h marcher avec toutes ses forces , pour exterminer les rebelles.
Mais la France n'était pas alors beaucoup plus calme que les provinces flamandes. Deux causes contribuaient à exciter le mécontentement général, qui était extrême h Paris: la multiplicité des impôts et raltération des monnaies. Les pièces d*or et d'argent avaient été en effet mêlées de tant d'alliage, par ordre du souverain , qu'elles ne représentaient plus que le septième de leur valeur nominale, et pourtant on continuait à les faire circuler comme si elles eussent eu cette dernière valeur. Dans les rues, dans les places publiques, et jusque sous les fenêtres du palais de la Cité, le nom (le Philippe le faux rnonnajeur relenlissait aux oreilles du roi. Les choses n'en restèrent pas là : les financiers , inslruniens ordinaires de la ruine du peuple, furent poursuivis à Paris, insultés, lapidés; on pilla leurs maisons: celle de Pierre
Barbette , connu pour un intrépide exacieur , fut démolie pendant son absence. Lorsqu'il revint , il trouva une place rase , au lieu où il avait laissé son hôtel. Au milieu de ce tourbillon révolutionnaire, le roi lui-même n'était pas en sûreté ; il le sentît et se réfugia dans Tenceinte du temple, dont nous parlerons bientôt.
Les Templiers reçurent-ils le monarque froidement, par suite des copieuses saignées qu'il avait faites à leur trésor, ou s'associèrent-ils peu volontiers à la vengeance que Philippe méditait contre les Flamands? on ne sait, mais de cette époque (iSoa) date leloignement, bientôt dégénéré en haine et en persécutions , que ce monarque montra pour cet ordre militaire et religieux.
Malgré ces troubles civils, dont Philippe-le-Bel augmenta encore les causes par une nouvelle levée d'argent , qui porta les contributions jusqu'au cinquième de la valeur des biens , ce prince parvint h mettre une nombreuse armée sur pied. Il était d*aboird résolu à lu conduire lui-même contre les Flamands ; mais l'effervescence de sa capitale le retint : il xcût été trop imprudent de la quitter dans une situation si critique. Il donna donc le commandement de ses troupe» à Robert , comte d'Ârlois, capitaine intrépide, mais ignorant, incapable d'asseoir un plan de campagne, et persuadé qu'avec sa cavalerie noble et bardée de fer, il aurait bientôt dispersé les révoltés , qu'il appelait cette canaille/Iamandc. Kendui^rès de Cour-
tray y une çohuo confuse , mal armée et tumultueuse , s'offre h lui dans un marais fangeux , qui lui semble très propre , dit-il , à servir de tombe aux gueusards dont cette troupe se compose. Mais ces gueusards-là , dirigés par une meilleure tête que celle de Robert d* Artois , avaient précisément choisi cette position^ parce qu'ils connaissaient la fougueuse témérité de leîir ennemi , et ne doutaient nullement qu'il ne vint les y attaquer et se perdre dans les marais. En effets l'imprudent général commanda à ses troupes de courir sus aux Flamands. Le connétable de Nesle , officier expérimenté , voulut alors faire remarquer au prince le danger d'une telle entreprise , danger qu'il prévoyait mieux que son général. H ajouta qu'en se donnant le temps de tourner cette multitude, il serait facile de l'envelopper , de l'affamer, et de la réduire à poser les armes. Ce sage avis fut mal reçu par le petit-fils de saint Louis ; il insulta même le seigneur qui osait émettre un avis contraire au sien, a Adonc marchons, répondit le « connétable ; je me trouverai aussi avant qu'au- « cun dans la mêlée; et je vous mènei-ai si loin, » que vous n'en viendrez jamais. » Ces derniers mots furent prophétiques : le comte Robert , le prudent connétable , les plus grands seigneurs du royaume et vingtmille Français jonchèrent de leurs corps le marais de Courtray. L'élite de la chevalerie française périt dans cette journée; et les Flamands firent un trophée de quatre mille paires d'éperons dorés, recueillis sur le camp de bataille.
DE PARIS. a85 A la nouvelle de ce grand désastre , le roi, ne calculant plus les dangers de sa position intérieure,courut en Flandres à la tête d'une nouvelle armée.... Cette seconde campagne demeura vide de gloire , honteuse même ; car Tennemi ne fut pas. même attaqué. Les opérations de Tannée suivante (i 5o4) lavèrent cette humiliation : Philippe gagna la fameuse bataille de Mons mais ce triomphe fut
vivement disputé. Un premier combat n'avait produit qu'un de ces vagues succès que chacune des deux armées peut aisément s'attribuer des Françaisharassés, prenaient quelques rafraîchissemens, lorsque leurs ennemis, trop incomplètement battus, revinrent à la charge , et surprirent les troupes royales dans leur camp. Ces audacieux assaillans immolèrent d'abord des hommes sans défense , qui se prirent à fuir devant eux : Charles de Valois lui-même fut entraîné dans la déroute. Les Flamands, parvenus jusqu'au roi, le trouvent sans cotte d'armes , sans casque; ils vont Tenvironner; mais soudain vingt gentilshommes l'entourent, et, quoique mal armés, soutiennent avec lui le choc d'une multitude d'ennemis.... Cependant Valois j revenu de sa première terreur , a réuni un corps nombreux de cavalerie , qui fond sur ces hordes indisciplinées , tandis que l'ordre se rétablit derrière lui... Les assaillis deviennent alors assaillans; on fait un carnage eftroyable des bandes flamandes : trente -six mille hommes tombent dans cette affreuse boucherie. Sans cesse
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il se trouvait de c^s forcenés à combattre : les morts semblaient se relever et reprendre leurs places dans les rangs, toujours éclaircis, toujours épais.... « Ne finirons - nous jamais? s*écria le monarque « en reposant son bras , engourdi du poids de sa « lourde épée; je crois quil pleut des Flamands. » Mais enfin la victoire se fixa sous le gônfanon de Philippe. Les Templiers , et surtout Jacqi/ès de Molai y firent , dans cette campagne , des prodiges de valeur. Nous verrons bientôt quelle récompense le roi leur réservait.
On traita enfin: Robert, fils aîné de Guy, comte de Flandres , fut rétabli dans les États qu'avait perdus son père , mort en captivité ; à condition d'en faire hommage à la couronne. Philippe, pour remboursement des frais de la guerre , retint Ltlle , Douai, Orchies et Béthune. Ce prince revint parmi les Parisiens, dont iotliiude n'était rien moins que rassurante.
Lorsque Philippe-le-Ber, vainqueur des Flamands, rentra dans sa capitale, l'église de Notre- Dame était non pas terminée , mais couverte , et l'on y célébrait depuis long-temps les offices. Le roi se dirigea donc vers la cathédrale, y rendit grâce à Dieu du succès de ses armes dans la guerre qui se terminait , et décida que la gloire acquise à la fameuse journée de Mons , gloire dont il pouvait revendiquer une bonne partie , serait consacrée par un monument qu'on placerait dans 1* temple métropolitain^ Ce monument, dont nous
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aurons occasion de reparler en décrivant l'intérieur de Notre - Dame , présentait Philippe-le-Bel àiJieval, avec ses armes en désordre, ainsi qu'il les avait 4ors de l'attaque imprévue des Flamands.
Philippe-le-Bel était un homme orgueilleux , entier, inflexible ; mais d'un jugement sain, et d*un génie incontestable. Les orages qui se formaient au-dessus de sa tête produisaient sur lui une profonde impression. Il sentit qu'un gouvernement tel que celui de la France imposait des soins nombreux , quelquefois difficiles ; que l'œil du prince n'apercevant pas tous les abus^ il y avait témérité à en assumçrsur lui toutes les conséquences, et qu'il pouvait étreprudent d'établir , entre le prince et la nation , un intermédiaire qui , en participant à l'élaboration des matières civiles, sous l'influence de la couronne, en partagerait naturellement la responsabilité. Nous avons signalé Torigne des parlemens , réunions ambulatoires , temporaires, et qui ne formaient corps dans rétat que pendant leurs assemblées, arbitrairement convoquées par le souverain. Philippe jugea que cela ne suffisait plus aux besoins de ses peuples : les matières contentieuses , long -temps réglées avec Tépée des barons , commençaient à rentrer dans les attributions de la justice. D'un autre côté^ la sanglante judiciaire du champ clos perdait insensiblement sa confiance dans l'esprit des hommes, sinon civilisés, du moins un peu
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plus éclairés que durant les siècles précédens; les preuves par témoins , que saint Louis n^avait pa faire prévaloir par la force des lois sur les assassinats appelés j ugemens de Dieu, se multipliaient par le pouvoir progressif de la raison. Enfin les afiEranchissemens , de plus en plus nombreax, des communes , ajoutaient journellement an nombre des possesseurs , conséquemment des intérêts , en divisant la propriété. Le conseil du prince ne pouvait plus suffire à tant de nécessités judiciaires et gouvernementales y qui y presque toutes, venaient se centraliser au pied du trône. Dès Tannée 1 3o2 , Philippe avait ordonné que le parlement se réunirait régulièrement deux fois l'année; en 1 3o4 9 il décida que les séances de ce corps , devenu sédentaire à Paris , dureraient deux mots diacune. Par son ordonnance , le monarque fixa la composition du parlement : il se forma d*un archevêque et d'un évêque , de deux seigneurs laïques , de treize clercs et de treize laïques. La chambre des enquêtes se composa de cinq membres , celle des requêtes en comprit dix : cmq pour la langue d'hoc , et cinq pour la langue doil^. En Tannée iSiG, le parlement deviendra permanent; nous mentionnerons, à cette époque , sa nouvelle composition.
• Ordonnances du Louvre , p, 547» Telles étaient les deux langues qu'on parlait en France. Dans le midi , la langue fVhoc riait presque exclusivement usitée ) dans le nord du royaume, la langue d'ail ou française ëtait seule en usage. Alors , dans
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Telle esl rorigiae de ce conseil suprême, tout à la fois politique , administratif et judiciaire , qui , plus tard, devait imposer de si gênantes, mais presque toujours de si utiles entraves h la monarchie. D'après l'institution de 1 5o4 , le roi nommait, à chaque session, les membres du parlement; rarement il renommait ceux qui avaient siégé dans la réunion précédente. Mais les pairs devaient siéger h vie. Quant aux autres membres, il fallait que les laïques fussent chevaliers ou gentilshommes : garantie illustre, qui n'en présentait qu'une fort douteuse, sinon entièrement nulle, de capacité judiciaire ou administrative. Les ju-»risconsul tes étaient admis aussi au parlement, mais seulement h titre de conseils; ils n'y avaient que voix consultative; insensiblement ils eurent voix délibérative, et prirent séance avec les nobles.'Ainsi le véritable talent s'introduisit dans ces assemblées par forme de tolérance; il s'y glissa comme une sorte d'abus , tandis que l'ignorance et l'impéritie y entraient en vertu d'un droit. L'adm.ission au parlement des hommes versés dans la jurisprudence acheva d'accréditer le code Justinien, dont saint Louis s'était montré le zélateur. Or les lois romaines étant étudiées et appliquées, les %yilams y qui s'en étaient pénétrés , finirent par s'emparer
la première partie du ten-itoire, hoc se disait au lieu de oui; parmi les Français du septentrion on prononçait oil pour oui. Ainsi , des deux côtes , ce monosvllahc affirmatif avait servi à fixer la désignation du dialecte.
Il, iO
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des affaires. liCS chevaliers, fort habiles sans doute dans un combat ou dans un tournois y mais ordinairement d'une déplorable nullité au conseil « ne tardèrent pas à se lasser du triste rôle qu'ib y jouaient y et quand le parlement devint perpétuel, sous Philippe-le-Long ^ ils s'en étaient déjà retirés presque tous. Méihe avant cette époque , les légistes admis dans cette corporation jouissaient d'une considération méritée^ qui valut à. plusieurs d'entre jeux l'anoblissement institué 90us .le règne précédent. De là naquit cette distinction iCntrc les nobles de robe et les nobles d'épée : ces derniei-s se fussent moins prévalus de leur prétendue supériorité > s'ils eussent voulu considérer que , suivant l'appréciation de toute saine logique , les hommes qui rendent la justice à leurs semblables y valent au moins ceux qui font profession de les tuer.
Au moment où le parlemei^t devenait sédentaire , il existait déjà un corps chargé particulièrement de* la vérification des comptes de l'Etat , par le rapprochement des lois, édits ou ordonnances qui déterminaient l'emploi des deniers publics. On appelait cette compagnie les gens des comptes du ix)i , et l'on ignore l'époque précise de son établbsement. L'abbé Lebœuf pense qu'elle doit son existence à saint Louis. Quoi qu'il en soit , Philippe-le-Bel réorganisa, en i3o2 , cette utile institution. Les gens des comptes firent d'abord partie du parlement ; ils en furent distraits dans la
suite. Nous reparlerons do ce corps , et mentionnerons, en temps utile, sa composition.
Vers la fin de l'année 1 5o4 > et au moment où le retour de la paix commençait à rétablir le calme parmi les habitans de Paris , que les impérieuses nécessités d'une longue guerre avaient tant froissés , de nouveaux troubles éclatèrent dans l'université. Un écolier, accusé d'assassinat, fut arrêté par ordre du prévôt , jugé , convaincu et pendu^ Soudain , le corps universitaire, indigné qu'on eût osé violer les privilèges que Philippe- Auguste lui avait trop imprudemment prodigués , se soulève contre cet acte de rigoureuse justice , et fait cesser l'exercice des classes. L'ofQcial de Paris , intervenant avec chaleur dans cette affaire, parce que le pendu était ecclésiastique, se joint aux professeurs; il convoque tout le clergé ù se rendre , sous peine d'excommunication , le lendemain , dans l'église de Saint - Barthélemi. Personne n'ayant manque h cette réunion , on se met en marche processionnellement, avec croix, bannières, bénitiers et goupillons ; et tout en aspergeant la foule d'eau bénite y on se rend h la maison du prévôt. La foule sacerdotale investit Thôtel de ce magistrat, fait pleuvoir sur ses vitres une grêle de pierres, et brise les portes à coups de haches et debâtons. Puis cette foule furieuse profère la formule délirante du vade rétro... « Retire-toi, retire-toi, maudit Satan; (c fais amende honorable devant ta mère la sainte « église , que tu as déshonorée et blessée dans ses
a sainis privilèges ; puisses- tu. si tu ne répares ton « crime , être englouti dans la terre avec Dathan « et Abirou.» Ces imprécations^ à propos d'une réparation faite h la société par le supplice d'un assassin y furent suivies de l'excommunication ,
que prononcèrent Tofficiâl et le recteur de l'université. Après cette parade vengeresse , le clergé , qui ne s'était encore montré que ridicule , devint barbare en demandant la mort du prévôt. Le roi , trop éclairé pour approuver cette vengeance inique et cruelle , fut néanmoins forcé d'entrer en négociation avec ces ecclésiatiques forcenés. H fut convenu que le prévôt coupable serait immédiatement cassé; qu'il lui serait enjoint de se rendre à Avignon*, pour se faire absoudre par Clément V, et relever de la juste excommunication prononcée contre lui ; qu avant de partir , il demanderait pardon à l'université , baiserait l'élève pendu
• Clément V, avant d'être pape , était simple archevêque de Bordeaux. Il se nommait Bertrand de Got. GVtait un Cas* con souple, insinuant, ambitieux, dévoue h Philîppe-lc- Bel, et ce prince pensa que, s'il pouvait le faire élire à la papauté , il aiuait sur le saint-siège un valet , au lieu d'y avoir un maître. Tout réussit au gré du roi j le nouveau pape fut la créature du monarque français , jusqu'à lui accorder l'annulation de toutes les bulles du pontificat précédent dont il avait à se plaindre. Bien plus : il aida Philippe à poursuivre Benoît YIII jusque dans la tombe , en secondant le procès intenté (1 la mémoire de ce pontife défunt. Si Clément Y eût cru réussir, il aurait demandé à Dieu l'expulsion de son prédécesseur du paradis.
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£ur la bouche ; fonderait deux chapelles , donl les chapelains seraient h la nomination du corps enseignant y qu'enfin il paierait de fortes amendes d'après la fixation du roi. Ceci arrêté y l'université se félicita amplement elle-même de sa clémence , pour avoir bien voulu laisser la vie au pauvre pré vôt , au prix de la punition que nous venons de mentionner. Elle reprit si^s exercices le jour delà Toussaint.
Philippe-le-Bel , et nous croyons l'avoir déjà dit y haïssait les Templiers; peut-être cette haine , comme celle que ce prince témoignait aux juifs , qu'il venait h sou tour de chasser * , tenait-elle k la convoitise que lesbiens de ces chevaliers lui inspi-^ raient /Plusieurs historien s ont prétendu que l'une des secrètes conditions mises à la protection que le roi accorda h l'archevêque de Bordeaux , lorsqu'il contribua si puissamment h le faire élire pape^ fut qu'il l'aiderait à détruire l'ordre du temple. Quoi qu'il en soit y dès les premières années du quatorzième siècle , il rechercha tous les moyens de les persécuter. Enfin ^ en l'année iSoy, le i5 octobre^ d'après un ordre donné secrètement à
* Le besoin d'argent y sous Philippc-le-Bcl y comme sous Philippe-Auguste , fu^ la cause déterminante de Texpulsion des Juifs. Cette fois , ainsi que les précédentes , on les acciisa ridiculement de profaner l'hostie ^ de crucifier des cnfans. Ik Avcnt donc y par mesure de finance y ou plutôt de spoliation , bannis du roytiuine de France, quoiqu'ils fussent tolérés k. Rome même. Tou5 leurs biens demeurèrent confisqués.
Guiliaume de Nogaret et à frère Imbert ^ Dominicain^ confesseur du roi, les Templiers furent arrêtés d'un bout à Tautre de la France. Voici ce que rapportent /les historiens les plus dignes de foi sur le procès intenté à cet ordre. Le prieur de Montfauoon, près de Toulouse, et le nommé Noffodei , tous deux Templiers cpic le grand mai* tjre avait condamnés à une prison perpétuelle , pour hérésie et vie dissolue , furent les délateurs de ces chevaliers. Ils firent dire à Enguerrand de Marigny , surintendant des finances , que si Ton consentait à leur rendre la liberté et à leur assurer une honnête existence , ils découvriraient des secrets dont le roi pounnit tirer plus d utilité ijue de la conquête d'un royaume. Cette déposition suffit : on arrêta tous les Templiers qui se trouvaient en France. Des informations dictées par la prévention furent dresséesde toutes parts contre ces braves guerriers ; partout on les chargea de chaînes ; le royaume se couvrit de bûchers pour les brûler. Les Templiers morts ne furent pas respectés plus que les vi vans : on arracha leurs os de la terre^ on les jeta dans les flammes , et les cendres en furent dispersées par les vents.
Dans le cours des iniques procédures faites contre Tordre du Temple, le plus grand nombre des chevaliers et même les officiers de l'ordre , auxquels on infligeait d'horriUles tortures , avouèrent les crimes y aussi conti'aires à la vérité qu'à la vr^i^ semblance^ qu'on leur imputait; mais presque
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tous, après rinlerrogaioire , se réliaciaiciit. On doit remarquer en eflfet que ces crimes ne tombent pas même sous le sens. « A la réception des Templiers , disaient leurs accusateurs , on les conduisait dans une chambre obscure ; là ils reniaient Jësus-Christ et crachaient trois fois sur le crucifix. Le récipiendaire baisait ensuite son parrain k la ]K>uche , puis in fine spinœ dorsiet in virgdviriK. On ajoutait qu'ils adoraient une tête de bois doré^ qu'on ne montrait que durant la tenue des chapitres généraux *. Il était recommandé aux chevaliers d'être chastes avec les femmes; mais de ne mettre aucune restriction dans leur complaisance pour les frères, dès qu'ils en seraient requis. S'il arrivait que du commerce d'un Templier avec le sexe , qui lui était interdit, il vint à naître un garçon , les membres du chapitre s'assemblaient , for jnaient un cercle, et se jetaient l'enfant, les uhs aux antres , jusqu'à ce qu'il fût mort.
Des accusations aussi absurdes eusscnt-ellos pu, mémo dans un temps peu éclairé, obtenir quelque confiance parmi des juges équitables? Surtout lorsque les prétendus avœux en étaient arrachés par
"^ Trois coinmandcurs du Languedoc , dit riiistorioii de cette province (année i3o7) ont avoue dans Ic^ (ourincns d'une torture insupportable que , pendant un chapitre , tenu nuitamment à Montpellier, on avait exposé , selon Fusoge , mie tétc (le boû dort'\ Qu aussitôt le diable avait apparu sous la (igiire d*tui chat^ que cet animal, tandis qu*on Tadorait, avnit répondu, avec beaucoup d*affabilité , aux ims rt aux