HJSXOIRK DE PARIS. (AV.J.-C
lieu OÙ saint Denis et ses deux compagnons, Rustique et Eleutiière, furent martyrisés pour la gloire de Jésus-Christ. D'après des monuments qui ne remontent pas au delà du sixième siècle, on Croit qu'ils furent décapités , hors des murs de Lutèce , sur la colline qui , eu leur honneur, fut plus tard appelée Mont des Martyrs, et par abréviation Montmartre. Suivantla légende, les persécuteurs ordonné- • rent qu'on jetât les trois corps dans laSeine ; mais une femme pieuse parvint à les enlever et les fit secrètement inhumer dans un champ qu'elle possédait à Cutolaciim ; puis, lorsque la persécution èut cessé, elle leur fit dresser un tombeau près duquel fut élevée , sous les Mérovingiens , la célèbre basilique de Saint-Denis, llilduin, qui écrivait au neuvième siècle, d'après des traditions populaires dont l'origine nous est inconnue, avanra le premier que saint Denis , après son martyre y avait porté sa tête entre ses mains ; c'est toujours ainsi que le représentent les naïves effigies du moyen âge, et cette croyance est demeurée chère aux multitudes.
Vers le même temps la Gaulé fut en proie à des tentatives auarcliiques et à des soulèvements populaires qui sont fameux dans l*histoire sous le nom de révolte des Bagaudes, Ce nom , qui paraît avoir eu la signification de brigand ou de rebelle , fut donné à des paysans poussés à l'insurrection et à la vengeance par une longue série d'exactions et de misères, inévitable consiîquence des révolutions et des guerres intestines dont la Gaule fîit Je théâtre depuis Tavénement deGallien jusqu'à celui deDio-' clëtien. Pillés et opprimés par les agents du fisc , Uvi^ aux excès d'une soldatesque sans frein, ne trouvant aucune garantie dans Tordre social, sans cesse exposés aux.
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effroyables incursions des barbares ^ trop souvent trahis
par leurs propres maîtres , les paysans en étaient venus , dans plusieurs provinces gauloises, n chercher des ressources dans le brigandage à main armée. Ces rassemblements sedonnèrent des chefs, dont les prmcipaux, Célianus et Amandus , prirent les titres de César et d'Auguste et firent frapper des médailles à leur effigie. Tous deux se maintinrent longtemps , avec leurs troupes, dans une position fortifiée, soite de presqu'île que forme la Martre avant de se jeter dans la Seine, et qui , longtemps appelée Château des Bagaudes , a conservé de nos jours le nom de Saint -Maur-les<'Fossés. De ce point , oii ils 'étaient à ral)ri (les atla(|ues de l'armée romaine, les lîagaudes laisaient <fes excursions dans les vallées de la Marne et de rOise, et jusque sur la Saône. Le César Maximien, àlatéte d*une armée , assaillit les Bagaudes , les dispersa dans plusieurs rencontk^ , en fit un grand carnage et rejeta leurs débris dans les bois et dans les montagnes. Nonobstant ces sanglantes dë£aites la bagauderie ne fut point détruite ; elle se perpétua sous d'autres chefs; elle renouvela ses brigandages, et toutefois ne se trouva plus en état de lever des armées .et de tenir tête aux troupe^ réglées.
Le prétoire des Gaules avait pour chef-lieu la ville de Trêves. Les barbares, qui ne cessaient de menacer le Rhin, pouvaient d'un jour à l'autre se rendre maîtres de cette* capitale. Les empereurs cherchèrent une position moins exposée aux tentatives des Germains et des Francs , et ik reconnurent que Lutèce , dominant à la fois les vallées de la Seine, de la Marne et de TOise, pouvait fort- à proposservirde campement d'iiiverâtix troupes romaines. Us y construisirent un palais, une place d'armes, des aqueducs et
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un amphithéâtre; le quartier romain, qui se composait de
ces établissements et de leurs accessoires, s'étendait de la rive gauche de la Seine à la hauteur connue alors sous le nom de lA)cufifius et plus tard de montagne Sainte-Geneviève, il formait comme le faubourg merklioualdela ville, toujours confinée dans la grande île de la Seine, avec laquelle il communiquait par un pont de hois où convergeaient les principales routes militaires de la Gaule. Si l'on veut se faire une idée à peu près exacte de ces diverses positions en les comparant au Paris moderne , on verra que le camp retranché des Romains couvrait la place Saint- Michel ( récemment démolie pour faire place au boulevard de Séhastopol ) et une partie des terrains du Luxembourg, Sur le LoculUius s*élevait un temple de Mercure; près de là, sur un emplacement que traverse aujourd'hui la rue des Fossés-Saiut-Victor, était le cirque ou l'amphithéâtre destiné aux courses de chevaux. Le palais impérial , appelé les Tliermes, était au lieu où ses débris subsistent encore; un aqueduc amenait aux Tliermes l'eau du village d'Arcueil. Sur la rive droite un temple de Mars s'élevait vers les hauteurs où saint Denis avait souffert le martyre. Lutèce était renfermée dans l'ile de la Cité, un peu moins étendue qu'elle ne l'est aujourd'hui. Un palais s élevait dans la région occidentale de l'île, au lieu oii existe de nos jours le Palais de justice; à Tautre extrémité de Tîle se trouvait l'autel des Nantes. Une voie romaine, venant du midi , pénétrait dans Lutèce par le petit pont , et traversait des rues qui , à cette heure , ont fait place au boulevard de Sébastopol ou vqnt disparaître pour favoriser, dit-on, la construction d'une immense caserne. La voie romaine sortait de la ville par le Grand-Pont (le Pont-au-Change);
Apr.J.-aMI.) LIVRE I. CHAPITRE III.
aboutissait à ce que nous appelons la place du Châtelet , et
delà prenait une voie oblique dansla direction qu*indiquent aujourd'hui Clichy et Saint-Denis. D'autres voies aboutissaient à Lutèce , du coté du nord et au midi , mais leur importance était moindre.
L'ëvéque de Paris, martyr de la foi chrétienne ^ avait eu des successeurs dont on cite les noms : c'étaient Mallo, Massus, Marcus, Adventuset Yictorin, ([ui assista, en 34? i au concile de Sardique. De meilleurs jours étaient venus pour le christianisme; la foi s'était assise sur le trône en la personne de Constantin. Cet empereur, son père, ses bis sgoumèrent successivement dans les Gaules et campèrent vraisemblablement sous les murs de Lutèce. Cette ville ne devint toutefois le théâtre d'événements importants que vers le temps oh le César Julien y établit sa résidence.
Nommé César en l'an 355 , Julien hiverna à Lutèce en 358 et en 359. 11 liabilait le palais des Thermes, avec son épouse Hélène , fille de Tempereur Constance. Voici dans quels termes il raconte lui-même le séjour qu'il fit en cette ville : a Je me trouvais, pendant un hiver, à ma chère Lutèce [c'est ainsi qu'on appelle dans les Ciaules la ville des Parises). £lle occupe une ile au milieu de la rivière. Rarement la rivière crott ou diminue : télleelle est en été, telle elle est en liiver j on en boit volontiers l'eau très-pure et très-rianteà la vue. Comme ses citadins habitent une ile, il leur serait difficile de se j^rocurer d'autre eau. I^a temperature de l'iûver est peu rigoureuse, à cause, disent les gens du pays, de la chaleur de TOcéan, qui , n'étant éloigné que (le neuf cents stades, envoie un air tiède jusqu'à Lutèce. Par cette raison, ou par une autre que j'ignore, les choses sont ainsi. L'hiver est fort doux aux liabitants de
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cette lent:; le soi porte de boime$ vignes; les Parises oui inéme i*art d'élever des figuiers ea les enveloppant de paille ooinine d'un vêtement et en employant les autres moyens dont on se sert pour mettre les arbres à Tabri de rintempërie des saisons. Or il arriva que Thiver que je passai à Lutècefut d'une violence inaccoutumée; la rivière charinait des glaçons comme des carreaux de marbre. Vous cronnaissez les [)ierrcs de Phry gi e ? Telsétaient , par leur blancheur, ces glaçons bruts, larges, se pressant les uns contre les auti*es^ jusqu'à ce que, venant à S'agglomérer, ilsformassent un pont. Plus dur à moi-même et plus rustique que jamais y je ne voulus point soullrir que Ton écliaufïàt à la manière du pays la cliambre oii je couchais. » Il dit ailleurs que , s'étant détermint* à us<îr de ce moyen de chauffage , il faillit être étouffé par la vapeur du ciiarbou. Quoi qu*il en soit, après avoir reproduit, à la suite de tous les hislorieus, les détails que J ulicn donne sur Paris au quatrième siècle , nous n'hésiterons pas à dire qu'ils offrent un médiocre intérêt et ne révèlent pas Teffort d'une observation bien attentive.
£n l'an 36o un concile fut tenu à Paris sous l'épiscopat de Paul, successeur de Victorin. Cette assemblée adhéra au Symbole de Nicée^avec toute l'Église catliolique^ et rejeta la profession de foi des ariens. Pour la première fois, connue le témoigne la lettre synodale du concile, le nom de Paris fut attribué à Lutèce^ et nous ne cesserons plus de le lui donner.
Un grave incident eut lieu dans cette ville et eu la même année ; voici dans quels ternies Julien le raconte : « Cx)nstance, jaloux de mes succès, m'écrivit une lettre, non-seulement pleine d'outrages pour moi , mais encore
AfrJ^Mk) LIVRS I. CHAPITRE III.
menaçant la Gaule d'une complète ruine, 11 m'ordonnait de retirer de la Gaule presque tout ce qui s'y trouvait de
bonnes troupes, en me priant de ne rien empêcher Je
me soumis. Les Celtes et les Pétulans, mes meilleures logions, arrivèrent à Paris pour se rendre vers POrient. Au déclin du jour le palais lut subitemeut assiégé parla foule des soldats poussant des cris , tandis que je réfléchissais a ce qu'il fallait faire et n'étais nullement rassuré. Je m'étais retirée, avec mon épouse, dans une chambre haute, et j'y étais couché. Là f adorai Jupiter par une ouverture qui se trouvait dans le mur; mais, comme les clameurs augmentaient et que tout le palais retentissaitdu tumulte , je demandai au dieu un signe de sa volonté. Il me le donna sur-le-champ et m'avertit de ne point m'opposer aux désirs de l'armée. Malgré ces ordres du Gel je ne me rendis pas; je résistai tant que je pus, et refusai le titre d'auguste aussi bien que la couronne qu'on m'offrait. Mais enfin, comme je ne pouvais vaincre seul la persistance de cette foule et que d'ailleurs j'avais les dieux pour moi, je finis, vers la troisième heure , par me laisser couronner d*un collier que me présenta un soldat et je rentrai au palais gémissant au fond du c<x3ur. » On voit percer dans ce récit rambition hypocrite de Julien, qui feignait de désavouer une sédition secrètement attisée par ses afBdés et ses complices.
Un historien moderne résume ainsi les événements qui
s'accomplirent ensuite.
« Assis sur un tribunal élevé aux portes de la ville , Julien invite les soldats à obéir aux ordres d'Auguste; les ^>I(lats gardent un silence morne et se retirent à leur camp. Julien caresse les officiers , leur témoigne le regret de se
4o HISTOIRE DE PARIS. (Iv.J.-CU.
séparer de ses compagnons d*armes sans les pouvoir récompenser dignement. A minuit les légions se soulèvent ,
sortent en tumulte du banquet donné pour leur départ , environnent le palais, et^ tirant leurs épées k la lueur des flambeaux, s*écrient : Julien auguste!
a II avait ordonné de barricader les portes^; elles furent forcées au point du jour. Les soldats se saisissent du césar, le porient à son tribunal , aux cris mille fois répétés de Julien auguste! Julien priait, conjurait, menaçait ses violents amis , qui , à leur tour, lui déclarèrent qu'il s'agissait de la mort ou de l'empire. 11 céda. Une acclamation le salua maître ou compétiteur du monde. Il fut élevé sur un boucliercomme un roi franc, couronné commeun despote asiatique; le collier militaire d'un liastaire lui servit de diadème , car il refusa d'user à. cette fin ( étant chose de mauvais augure) d'un collier de femme ou d'un ornement de clieval que lui présentaient les soldats. Afin qu'il ne manquât rien d'extraordinaire à Tavénement du restaurateur de l'idolâtrie , Julien écrivit au peuple et au sénat d*Atliènes la relation de ce qui s'était passé à Paris. »
T>a plupart des historiens se sont complu à vanter ce qu'il y eut de sincère dans la résistance de Julien ; évidemment il faut se tenir en garde contre leur admiration de commande. Julien résista aussi longtemps que cela fut nécessaire, soit pour stimuler Tenthousiasme des légionnaires, soit pour se mettre à couvert en cas d'insuccès; mais il aspirait au fond du cœur à gouverner Tempire, et il était heureux d^m soulèvement prétorien qui lui donnait la pourpre.
peu de temps après on vît arriver à Paris le questeur de Constance^ chargé d'annuler tout ce qui s'était passé au
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profit de Julien; sa mission échoua j grâce à l'enthousiasme
des légions révoltées et aux adroites conihiiiaisons du chef qu*elle$ avaient proclame auguste. Cependant il fallaitsou*tenir par les armes Tëtéction militaire qui opposait Julien à Constance. Julien marcha en toute hâte au devant de son ennemi. Constance étant mort, Julien se fit proclamer empereur par le sénat et commença un règne fatal au christianisme , et dont il plut à Dieu d'abréger la durée.
L'empereur Yalentinien vint à Paris et y passa Thiver de 365-36G. Lii, il reçut Tavis que Procope s'était fait proclamer empereur en lllyrie; il voulut s'y rendre pour étoufler la sédition, mais les prières des principaux habitants de la Gaule le retinrent dans ce pays menace par de nouvelles invasions. Trois lois de Yalentinien sont datées de Paris; Tune réglemente la distribution des vivres, l'autre ïov et les autres métaux, et la troisième le service des officiers des monnaies. Dans le texte de ces lois Tantienne Lutèce continue d'être appelée Pnrisii . Ce fut dans la même ville que Yalentinien reçut la tête de Procope; elle lui fut envoyée d*Âsie par Yalens, où le tyran avait été misa mort au mois de mai 3GG. Gratien,que Yalentinien, son père , avait associé de son vivant à l'empire, parait avoir aimé le séjour de Paris pendant qu'il était dans les Gaules. Retiré dans son palais des Thermes, il avait fait renfermer dans ses vastes jardins un grand nombre de lions, et s*adonnait , dit-on, à sa passion pour la chasse. Ce fut près de cette ville qu'il .livra la dernière bataille contre Maxime : la victoire demeura à Tusurpateur.
Position stratégique d'une haute importance pour la défense de la Gaule, alors sans cesse menacée par les barbares, Paris n'était ni une colonie romaine, ni une mé*
4a HISTOIRE DE PARIS. (Av.J.-CSl
tropole de province. Réduite, durant trois siècles, à riuuuble condition de&vectigales^ elle n'était devenue municipe que vers la fin du quatrième siècle. Zoziine, Ammien Mareellin et Julien lui-même se bornaient à la qualifier de petite forteresse ( castellam^ oppiduluin) ,
Vers le même temps deux, préfets résidaient à Paris : celui des navigateurs sur la Seine, établis à Andresy {prœfectusclassis jénderecianorum^ Parisiis), et le préfet des SatmaieSj peuples étrangers vaincus et chargés de cultiver des terres situées entre Paris et Chora .
On s'est demandé pourquoi Lutèce avait perdu son nom primitif pour prendre celui des Pcu isii. A cet égard ou est réduit à desconjectures d'ailleurs fort vraisemblables. Lorsque Julien résidait dans les Gaules il réorganisa le pays, et, en lui dopnant une administration plus uniforme et phis populaire, il fît disparaître toutes les différences qui se trouvaient entre les fliverses nations et les diverses citésj on ne vit plus de villes colonies, de ^cités alliées, libres^ amies, vectigales, etc.; les privilèges disparurent et furent remplacés pai* l'uniformité d'administration et l'égalité de droit.
Les clu'ls-lieuv (les nations (jui ne jouissaient d'aucune prérogative, d'aucune distinction nationale, acquirent aloi*s des droits égaux à ceux dont avaient joui les colonies, les métropoles, etc.; les institutions de la cité, c' est-adire de la nation, furent concentrées dans son chef*lieu, qui reçut dès lors le titre de cité et de plus le nom de la nation. Le chef-lieu des Parises , ainsi que tous les chefslieux non privilégiés, perdit son nom primitif et fut appelé Paris Parisii.
Vers r^ii 385 saint Martin, évêque de Tours et luii
(les plus Uluslres apôtres de la Gaule, vint à Paris et guérit ua lépreux à Tentrée de la ville. Ua oratoire fut construit sur le lieu où s'était opéré le miracley et, longtemps après, dans le cours du onzième siècle, cet humble édifice fit place à la célèbre abbaye de Saint-Martin des Champs. L'évêquede Paris était alors Prudence, qui, vers le commencement (lu cinquième siècle, eut pour successeur saint Marcel; ce dernier gouverna l'Église de Paris de4io à 43G : sa vie ne contient que des miracles. Une pieuse tradition lui attribue d'avoir délivré Paris d'un énorme dragon, et les sculptures de la porte Sainte-Anne à Notre- Dame rappellent ce prodige.
Sous le pontificat de saint Marcel, vers l'an 4^3, naquit à Nanterre sainte Geneviève, ([ui devait bientôt être la glorieuse patronne de Paris. Par les conseils de saint Germain d'Auxerre elle se consacra à Dieu. S'étant alors proseiit(H' à révcquc de Paris, elle prit le voile et vint résider à Paris ^ Vers le commencement du cinquième siècle avait eu lieu ' la grande invasion des barbares, et les trois quarts de la Gaule étaient au pouvoir des Francs^ des Wiâgotlis et des Burgondes. Après quarante ans de luttes et de désastres, les lluusy conduits par Attila, se présentèrent à leur tour. Sur ces entrefaites le soulèvement des Bagaudes s'était accru et développé, bien que manquant de chef capable et de direction centrale : c'était là la dernière ressource d'une société privée de garanties, désolée par ses maîtres autant que par ses ennemis, et au milieu de laquelle toute force collective disparaissait pour laisser faire la force isolée, «c Je parle des Bagaudes, dit Salvien, qui, spoliés, vexés, égorgés par d'iniques et cruels adnunistrateurs.
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et après avoir déjà perdu les droits de Romains, ont fini par en perdre aussi le nom... Et nous appelons rebelles, nous appelons hommes perclus ceux que nous avons pousses au crime! Par quoi ont été faits les Bagaudes, si ce n'est par nos injustices, par la mauvaise conduite des administrateurs, par les poursuites et les rapines de ceux qui ont tourné les revenus publics en gain pour eux, et qui, semblables à des bétes féroces, ont, non gouverné, mais dévoré ceux qu*on leur livrait? Aussi est-il arrivé, que des hommes pris à la gorge, assassinés par des gouverneurs rapaces, puisqu'il ne leur était plus permis d'être Romains, se sont faits barbares. Ils se sont résignés à devenir ce qu'ils n'étaient pas, faute de pouvoir rester ce qu'ils étaient. Pousses à bout, ayant déjà perdu leur liberté, ils ont voulu défendre au moins leur vie. »
Cependant, au milieu de ces catastrophes sociales, la ville de Paris était menacée par Attila. Les habitants épouvantés se disposaient à fuir lorsque Gveneviève les rassura par ses*exhortations et ses prières et leur conseilla de rester dans leurs murailles. D'abord on refusa de croire à ses promesses ; on se défia de la puissance de ses prières, et on l'injuria en la traitant dérisoirement de prophétesse. Peu de jours après on se repentit de l'avoir traitée avec tant d'injustice, et le peuple de Paris rendit grâces à celle dont les supplications avaient obtenu de Dieu que la ville serait épargnée.
D'autres barbares , pour la plupart admis à riiouneui* d'être alliés ou tributaires de l'empire d'Occident, ne devaient pas tardera menacer Paris et à s'en rendre maîtres. Nous voulons parler des Francs germaniques. Ces peuples étaient farouches et indomptables; la chasse durant la
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paix, le biigandage pendant la guerre servaient à leur existence. Ils ne défrichaient qu'un petit nombre de terres ,
e t leurs esclaves seuls prenaient soin de ragricuiture et des troupeaux. Le plus brave à la guerre était , parmi eux , le plus estimé; le plus hardi, le chef; le plus insatiable au pillage, le plus riche. L'amour de l'indépendance leur tenait lieu de morale publique , et légitimait chez eux le ' meurtre et le vol. Les Francs étaient idolâtres, mais leur paganisme ressemblait peu à celui de F Italie et de la (^rècej ils adoraient les astres, les éléments et diverses idoles; ils croyaient à des dieux bons et à des dieux malfaisants , et sacrifiaient quelquefois à ces derniers des victimes humaines. Leui^s prêtres étaient des magiciens ne possédant ni dogmes ni corps de doctrines ; leurs temples étaient des forêts ténébreuses ou de profondes cavernes.
Leurs armes étaient la framée ou francisque , sorte de hache à double fer qu'ils faisaient tourner sur la tête de leur ennemi avec une rapidité effrayante ; ils avaient en outi'e le javelot et la froude. Leur bouclier était fait d'osier ou d'écorce, leur cuirasse couverte de peaux de betes; un certain nombre de guerriers portaient des casques surmontés de queues de cheval. Chaque tribu franque avait un chef électif, dont le pouvoir était à vie; on Télisait par acclamation en le promenant autour du camp, debout sur un bouclier. Le roi , selon les coutumes germaines, attachait à sa personne, par des présents de toute nature, d'autres guerriers qui prenaient indifféremment' les titres de fidèles ou de coinpaguoiis du roi 3 on les appelait aussi antrustions , leudes . et bénéiiciers , parce qu'ils servaient le roi en reconnaissance d*un don ou bénéfice. Les leudes (c'était leur nom le plus ordinaire) formaient une
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sorte de noblesse à vie, qui devint dans la suite héréditaire.
Depuis Tan 4^0 ilsavatent en plusieurs chefi renommés, tels que Pharamond , Clodion le Chevelu et Mérovëe. Ce dernier fut coniine le fondateur d'une dynastie illustre , et Govis le Grand , son petic*fits , eut la gloire de ranger sous la domination des Francs la ville de Paris et la Gaule pi^que tout entière.
Paris soutint d'ailleurs contre les lieutenants de Clovis un siège luToique , et ne consentit à ouvrir ses portes que lorsque le chef des Francs Mérovingiens eut embrassé la foi rhrétienne. Durant ce siège sainte Geneviève soutint de ses prièrc^s et de ses exemples le courage des Parisiens, et réussit à plusieurs reprises à (aire entrer dans la place des convois de blés et de vivres.