CHAPITRE IV
Paris, vers la fin de la domination romaine , avait cessé d'être la bourgade formée de huttes dont parlait Jules
César ; c otte ville s'était peu à peu trausionuée et agrandie.
Au lieu d'être seulement protégée par le cours de la Seine elle était ceinte d'une muraille construite , selon toute apparence , à la (in du quatrième siècle ou dans les premières années du cinqui^ne. L'île de la Cité contenait alors un palais municipal, situé sur remplacement oii s'élève aujourd'iiui le Palais de justice et qui ne devait pas tarder à être la résidence politique des. rois francs. A l'autre extrémité de l'île, et sur le lieu même où les anciens nautes avaient érigé un autel en Thonneur de Jupiter, on avait construit une église dédiée sous le vocable de Saint*Étienne. Entre ces deux établissements existait, dès la période romaine , un emplacement, destiné au commerce.
L'île de la Cité communiquait avec les deux rives de la Seine par deux ponts en bois ; le Petit-Pont , où aboutissait la voie romaine venant du midi ; le Grand'Pontj à peu près situé au lieu où existe aujourd'hui le Pont-au-Change. Ces deux ponts n'étaient point réunis par une ligne droite et ne se correspondaient pas directement; pour arriver du Petit-Pont au Grand-Pout la route suivait la ligue de la nie du Marché'Palu^ se détournait à gauche en formant on angle, se continuait dans la direction de la rue de la
48 HISTOIRE DE PARIS. (&y.J.^U.
Calandre, qui aboutissait à la place du Commerce , huiuelle fîit pendant longtemps nommée place ScUnl-MicUel ^ à cause d'une chapelle de ce nom qui s'y trouvait. La rue de la Calandre est ainsi désignée dans les anciens titres : rue par laquelle on va du Pelit'PofU à la place Saint- Michel, De cette place la route se dirigeait vers le Grand- Pont. Le Petit-Pont devait originairement être à la place de celui qu'on nomme aujourd'hid le pont Saint-Michel.
voie romaine venant du village d'Issy passait sur ce pont et traversait Tile de la Cité jusqu'au Crand-Pont.
Sur l'emplacement où depuis lors a été élevée Téglise Saint-Landri il existait un monument triomphal dont on a récennnent déi ouvert les vestiges. Ils consistent en pierres sculptées, en bas-reliefs d'un assez beau travad, en médailles dont la plus ancienne est d'Antonin le Pieux, * la plus récente du tyran Magnus-Maximns , qui remporta une victoire sur l'empereur Gratien. On présume que ce monument avait été détruit dès le règne de Yaientinien II.
Ainsi qu'on l'a vu plus haut, les Romains avaieuL établi sur la rive méridionale de la Seine un champ de Mai*s, des arènes et un aqueduc distribuant aux résidences impériales et aux villas de la rive gaudie les eaux d'Arcueil et de Kongis; on rencontrait encore, sur cette même rive , un vaste champ de sépultures , une fabrique de poterie du plus beau travail , et quelques auti-es édiiices moins considérables, mais dont l'agglomération fait supposer l'existence d'un assez vaste Êiubourg.
Les habitations et les quartiers établis sur la rive gauche formaient alors un ÊEiubourg de Paris , et ce faubourg était Lucotitius ou Locoticiej noms qui se rapprochent de
Apr. J.-C.WI.) LIVRE I. CHAPITRE IV. /u)
cehiî de Luièce qu'avait si longtemps porté l*île de la Cité. Plusieurs voies tiaversaient les quarliers de la rive gauche. La principale, partant du Petit-Pont et suivant la direction de la rue Saint^Jacques, longeait à droite l'enceinte « du palais des Thermes; ensuite, s'ëlevaut comme le coteau, dont la pente était autrefois plus roide qu'elle n*est aujourd'hui, elle laissait à gauche des vignobles et à droite uu lieu que Dulaure conjectui*e avoir été consacré à Bacchus, puis les places et les avenues qui précédaient ce palais. Parvenue à la hauteur du plateau cette voie, après avoir traversé lés emplacements de la Sorbonne et des Jacobins , dans la direction d'une rue qui a existé entre la Sorbonne et l'église de Saint-Benoît , se prolongeait entre an camp romain et un vaste champ de sépultures, à travers l'ancien emplacement des Chartreux , et elle allait ensuite aboutir à Issy, et de là à Orléans.
la seconde voie naissait de la précédente , à peu près à Teudroit oii la rue Galande débouclie dans la rue Saint-Jacques , et f suivant la direction tle cette première rue et de celle delà Montagne-Sainte-Geneviève, s'élevait au milieu des vignobles jusqu'au plateau. Arrivée à ce point elle avait à gauche un lieu appelé les jérènes, destiné aux spectacles publics. Adroite, et sur la hauteur, étaient des exploitations de terres propres à la poterie et une fabrique de vases romains. Cette voie traversait un champ de sépultures et aboutissait à un point appelé M uns Ce fan/us. Ce lieu a reçu dans la suite le nom de Saint- Marcel; mais la rue qui y mène a conservé, à quelques altérations près , sa dénomination antique ; de Mons Cetardus ou a fait Mont^Cetardj puis Mouffetard.
Sur la rive droite, si l'on en juge par les vestiges décou-
IIIST. DE PARU. — T. 1. 4
5o HISTOIBE DE PARIS. (àT.J.-GM*
verts à diflférentes époques y oa remarquait un autre faur bour^ y plus important encore , et qui renfermait un aqueduc, de riches habitations , des villas romaines et de^tombeaux. L'aqueduc de la rive droite prenait sou commencement sur les liauteurs de Chailioty à la source des eaux minérales de ce lieu , traversait les emplacements actuellement occupés par les Ciiamps-Élysées et les Tuileries, et venait aboutir vers le milieu du sol qui forme aujourd'imi le, jardin du Palais-Royal. Ces indications ne sont point ima:ginaircs; elles reposent sur différentes découvertes, résultat des fouilles faites dans les temps modercies, lorsqu'on a creusé le sol pour y établir des conduits souterrains. I^s mêmes vestiges ne permettent pas de douter que le lieu où s'élèvent aujourd'hui le Palais-Royal et les rues circon voisines n'ait été 9 au commencement du cinquième siècle ^ habité par une population riche et déjà nombreuse. Tout fait également présumer qu'au delà du faubourg de la rive droite, sur le sol actuellement occupé par la rue Vivienne et la place de la Bourse, il y avait un champ de sépultures ou du moins une réunion de monuments funèbres constraits pour des Êimiiles opulentes. Sur un autre point de la rive droite , et toujours en dehors du faubourg, il existait un second cimetière, plus cousidérai^ie cnçoie , occupant l'espace con^ris jde no^ jouj» e\itre la ,rae de 1a Verrerie j la rue du Mouton, le marché Saînt-Jean , la Grève et l'église Saint-Gervais.
De tous ces monuments, de ces habitatiops^ de ces villas, les débris du palais des Thermes restent sei^ls exposés à la cuiiosité avide des habitants de Paris.
Les Romains donnaient le nom de thermes à de vastes édifices destinés à des. bains cliauds. D'abord simples et
.^.li-CMI.) LIVRE I. GHAPITAF. IV« 5l
commodes, ces édifices, lorsque les couqiiétcs eurent enrichi et coirrompu les .Roiiiaîi»^ djevinront de^ palais somptueux; il n'appartint qu'aux empereurs de lesfefi^
construire et d'y loger avec leur immense suite. T.es thermes contenaient plusieurs salles de bains, des salles de jeux, des salles d'exercices, des galeries, des portiques, des théâtres; ilsétaient de plus entounis de vastes jardins. Depuis environ sept cents ans les restes des Thermes de Paris ont porté le nom de palais des Thermes et le portent eneore; ce palais était certainement le même que celui cil quelques augustes ont, dans le troisième et lequaiiiènie siècle , passé leurs quartiers dliiver. Julien, dans son manifeste adressé au sénat et au peuple d'Athènes, en rarontant les événements qui précédèrent son élévation à la dignité d'auguste, parle plusieurs- fois de ce palais^ où il résidait avec sa femme Hélè]ie, sœur de l'empereur (k»nstance.
Cet édifice , très-vaste, occupait l'emplacement oii se voient encore ses principaux - restes, et s'étendait fort au loin dans les quartiers enviromiaiits, où sont des traces nombreuses de maçonneries romaines» Une tradition constante y place un palais qu'au sixième siècle Grégoire de Tours désigne sans le nommer. (>e palais et ses dépendances occupaient le sommet de la colline et tout le terrain qui se prolongeait en pente vers le lieu où de nos jours s'élèvent les rues Saint- Bviiou et Bonaparte, la place Saint-Michel et TOdéon, et où aboutis.sait alors la voie, romaine qui venant d'Orl&ns passait à Issy. Ces divers quartiers dépendaient du palais des Thermes. Au nord, eu partant du point où gît aujoiu'd'l^ la salie des Thermes , les bâtiments de ce palais sç prolongeaient jusqu'à la rive
Sa «ISTOIRE DE 1»ARIS. • (Av.J.^98.
gauche du petit bras de la Seine. Dans les caves des maisons situées entre cette rivière et cette salle on trouve des piliers et des voûtes de la même maçonnerie ; avant la démolition du Petit-Cliâtelet, forteresse située au bas de la rue Saint-Jacques et à Textrémité méridionale du Petit- Pont, on voyait encore des arrachements des murs antiques, qui se dirigeaient vers le palais des Tiiermes. Ijl salle qui subsiste aujourd'hui, unique reste d'un palais aussi vaste, offre, dans son plan, deux parallélogrammes contigusqui forment ensemble une seule pièce. Le plus grand a environ vingt et un mètres de longueur sur quatorze de largeur; le plus petit a dix mètres sur ûx. Les voûtes à arêtes et à pleins ceintres qui couvrent cette salle s'élèvent jusqu'à quatorze mètres au-dessus du sol. £lles sont solidement construites , puisqu'elles ont résisté à l'action de quinze siècles, et que depuis longtemps, sans éprouver de dégradations sensibles, elles ont supporté une couche épaisse de terre, cultivée en jardin et plantée d'arbres.
L'architecture de cette salle ne présente que peu d'oi*nements. Les faces des murs sont décorées de trois grandes arcades; celle du milieu est la plus élevée. Ce genre de décoration était en usage au quatrième siècle. I^i face du mur méridional a cela de particulier que l'arcade du milieuse présente sous la forme d'une grande niche, dont le plan est demi-circulaire. Quelques cavités pratiquées dans cette niche et dans les arcades latérales ont fait présumer •qu'elles servaient l'introduction des eaux destinées aux bains. Les arêtes des voûtes, en descendant sur les faces des mui's, se rapprochent, se réunissent et s'appuient sur une console qui représente la poupe d'un vaisseau.
Rien n*avait été épargné pour fidre du palais desTher-
AprJ.-G.MI) LIVRE I. CHAPITRE IV. 53
mes une résideace vraiment splendide. Un aqueduc allait lui chercher des eaux saines el pures jusqu*aux sources de
Rungis, c'est-h-dire à trois liouos environ du ( entre de Paris. Souterrain dans la plus grande partie de son cours^ il traversait cependant le vallon d'Arcueil sur une suite de hautes ai cades, dont le temps a respec té quelques piles, d'une belle structure, appareillées comme les murailles delà salle des Thermes. L'aqueduc antique a été complètement recoimu dans toute son étendue; il est côtoyé par Faqueduc moderne qui apporte à Paris les mêmes eaux. L'empereur Napoléon III, en âûsant ouvrir au milieu des quartiers de la rive gauche la large avenue qui les travei^, a exigé que Ton respectât ces remarquables vestiges de l'époque romaine, et il a voulu les entourer d'un jardin qui les encadre d'une manière toute pittoresque et leur restitue le caractère primitif. Sous ces voûtes encore debout, autour de ces statues à demi détruites, on croirait voir encore se presser les légionnaires romains acclamant César; il nous semble contempler les ombres de Valentinien, de Gratien et de Maxime , donnant des ordres pour la garde des frontières (i).
(i) On ne sait pas exademeot à quelle époque fia bilâ le fiahis des Tliennes. Didaure a pensé qu'on n'en pouvait alUibner la ooostnielion qu^à Constance Chlore. H. Dosommerard a dévd<^ipé cette opinion en rappuyant de raisonnements qui loî donnent un haut degré de vraiseni'
Uance
Jusqu'à flonstance Chlore, eu effet, les guerres de Tempire , le peu de durée du séjour des empereurs dans la Gaule , ne permettent pas de supposer que le palais des Thermes fût construit, et l'on a des preuve» qu'il existait après le règne de ce prince.
Souverain de la Gaule, Constance Chlore devait désirer, malgré la simplicité de ses goûts, de consacrer cette dignité fiouveUe par Ifi (ufi^.)^
5/| HISTOIRK DE PARIS. (âv.J.-CLS3.
Les jardins du palais des Thermes occupaient l'étendue considérable des quartiers dont je parlais tout à l'heure.
On peut assigner pour limites à ces jardins, du côté du
• ion d'une résidonre centrale d'où il pût surveiller les Bretons, les Germain'-, le'; Francs, et en même temps maintenir les Hagaudes.
Dans les (juator/.e années pendant les(|ucll('s (lonstanee Chlore gouverna la Gaule comme césar (de 799. à 3o4 ) et conutio empereur (de 30/4 à 3o6 ), on compte dix ans de calme parfait et de prospérité. A ces circonstances si favorables pour une entreprise comme celle de la construction du palais de Lutècc se joi^r)cnt les considérations tirées de la nature de Pappareil des murs encore existants. On parait d'accord sur ce point, cjuc le mode de construction employé dans la salle des bains , dits de Julien, et dans ses dépendances, ne remonte pas au delà du troisième siècle.
Rien sans doute dans Tbistoire ne donne à ces suppositions le caractère de fait incontestable , mais aussi rien ne vient les détruire, el elles ont d^autant plus de {K>ids qu^on n'a autre chose à leur opposer r|u'uoe opinion ^Mu ement traditionnelle, qui lait de Julien à la fois le fondateur et rbabitant de ce palais.
Le pdais des Thermes existait sous Julien : c'est un fait hors de dis* cuBf ioD eC que Saint-Foix a voulu seul se donner la singularité de contester. Ce qui nous en reste prouve son importance, importance telle qoe, avec tontes les ressovrces qne Part du quatrième siècle el les halntudea romaines pouvaient créer, trois années durent à peine suffire k son eotitr achèvement
Si, pour écarter tonte espèce de doule, on consulte Julien loi-mé|ine et on le suit pendant tout son s^onr dans les Gaules» on le voit partir de Viemme en 3S6 pomr wottthér contre les Alamans; akriver au mois de jmn devant Autnn ; passer à Auxerre, à Troyes, a Reims, à Cologne; arrêter les eflbrts' des rebelles, et venir pèÎBer Thiver a Sens. En 357 il marché vers le lIaut>RMn poûir refouler les hailMires en Allemagne, et ce n'est que dans ^intervalle de 357 ^ 358 qu'il vient achever Pluver à l*kfls : Hisque pcrfecin^ aeturus hytmem nveNii Ftuitios Ctttat»
Après de semblables fotigues dans cette saison avancée , et avec le seul avenir de repos que {Hiuviait lui ofTrir une trêve de dix mois avec les barbares, Julien dut néoessairemeitt choisir m abri tout préparé an Uea de le onler les embarras dNine si grande oonstmction. Et puisque re fut pendant cet hiver qu'il éprouva dans le pabis de Paris cette suf-
Apr.].-a«l.) LIVRE I. CHAPimS IT. 55
midi, remplacement actuel du jardin du Luxembourg; au nord, le cours dè la Seine ; à Test, les bâtiments du palais
et leurs dëpeudances ; à rouest , un canal qui communiquait à la Seine, se remplissait de ses eaux, et aboutissait h remplacement obsont situées aujourd'hui les rues Saint- Benoît et de l'Egout.
L'histoire de ce palais, résidence d*été des premiersdominateurs de la France, s'est éteinte assez obseurément après avoir eu beaucoup d'éclat. Les Mérovingiens s'y étaient . établis, et Fortunat attestait la magnificence de cet édifice. Plus tard, abaiidonnë par les Caflovingiens, dévasté • par les iNormands, le palais des Thermes cessa d'être le séjour delà puissance royale. Vers la fin du douzième siècle, 1180 environ, les poésies de Jean de Uauteviile nous montrent en langage pompeux les cimes du palais perdues dans les cieux, tandis que les fondements descendaient jusqu'à l'empire des morts. Mais U faut se méfier de ces* exagérations poétiques. Une charte en bonne forme constate en slyle vulgaire qu'en 121 8. Philippe- Auguste donna le palais des Thermes à Henri, son chambellan, avec le pressoir situé dans le même édifice. Peut-on croire que le roi eût ainsi aliéné, sans plus de façon qu'une codstruction ordinaire, un palais comme celui, dont les vers de Jean de Hautevillc nous tracent la figure? £n i36o
focatîon dont il parle dans son Misopngoiiy il faut évidemment renoncer à voir dans Julien le fondateur du palais romain de Lulèce.
Mais s'il faut ealever à Julien la gloire d'avoir construit le palais de Latèce, gloiit qvfit ne réclame nulle part , lui si soigneux de parler de ses moindres actions et d'en calculer TelTet, tout en affectant un grand m^xif de la renommée, à laquelle 0 sacrifia sa vie, il esl probable que c^est à la résidence qaUl y fit que cet édifice dut la première et aa pbtt «rawieillu8tralioq.(#»f^ifi» di? A»tf par M. deGanUe.)
56 HISTOIRE i>£ PARIS.
Pierre de Chaslus, abbé de Cluny, se rendit acquéreur de ce qui subsistait encore. Deux autres abbés de Guny, Jean de Bourbon et Jacques d'Amboise, élevèrent pour eux-mêmes et pour leurs successeurs, sur une partie de l'emplacement desTliermes, le somptueux holel de Cluny, qui contient aujourd'hui des collections si précieuses pour Tétude des arts.
La reoaissauce des letti*es, le retour aux auteurs classiques n'amenèrent pas de meilleurs jours pour la grande salle des Thermes ; personne n*y songeait plus. En 1787, pour qui voulait la visiter, il fallait s'en aller frapper rue de la Harpe , à la porte d'une vieille et laide maison qui avait pour enseigne la Croix de Fer, en face de Thotel du Bœuf couronné. Au fond d'une cour étroite se trouvait l'entrée de la salle principale , qui servait de magasin à un tonnelier. La voûte romaine portait sur sa croupe un jardin divisé en parterre et eu potager, où les pommiers venaient à merveille dans une couche, de terre haute de cinq ou six pieds. On arrivait à ce jardin suspendu de la Babylone moderne par une des salles du second étage de l'hôtel de Cluny.
Le camp romain, dont nous avons déjà parlé, était situé auprès du palais des Thermes, sur un emplacement occupé plus tard par quelques maisons de la rue de Yaugi* rard et de la rue d'Enfer et par le parterre du Luxembourg. Quant au cimetière, il s'étendait dans le vaste espace compris entre les hauteurs dé la rue et du faubourg Saint-Jacques, depuis la rue d'Enfer jusqu'au bas (lu i-evers du plateau de Sainte-Geneviève. On y a déterré , à diverses époques, un si grand nombre de tombeaux romains qu'on ne peut contester à cet immen^
Apr.J.-COSl.) LIVR£ I. CHAPITRE IV.
eiiiplaceineut le titre de cliainp des Sépultures que lui attribuent nos annalistes.
Corrozet , qui rédigeait ses JfUiquités de Paris vers le milieu du seizième siècle, dit : « De nostre temps avons trouvé des sépukresau long des vignes, hors la ville Saint- Maroeau, et n'y a longtemps qu'en une rue, vis-à-vis de Saint- Victor, en pavant icelle rue, qui ne l'avoit onc esté, nous fut monstré , au milieu d'icelle , un sépulcre de pierre long de cinq pieds ou environ , au clief et aux pieds duquel furent trouvées deux médailles antiques de bronze, m {Antiquités de Paris ^ par Corrozet ^ seconde édition^ p. lo, verso.")
L'abbé Lcbeuf nous apprend qu'en janvier i656, dans un jardin formé sur Tancien cimetière de Saint-Marcel, presque derrière Féglise de Saint-Martin," un jardinier, en remuant la terre, trouva soixante-cjuatre cercueils de pierre, qui paraissaient appartenir à des personnes des premiers temps du christianisme. Un seul de ces tombeaux avait sur son couvercle une inscription portant : Yilatis à Babbara, son épouse très-aimable, âgée de vingt-trois ans cinq mois et iringt-huU jours. Sur ce tombeau étaient gravées deux colombes, emblème de l'amour conjugal, ainsi que le monogramme du Christ, placé dans un cartel, entre Valpka et ïoméga^ signes fort en usage parmi les chrétiens du quatrième siècle. {Histoire de la ville et du dioc, de Paris , 1. 1, p. 2o3. )
Dans le même Ueu fut placé le tombeiCu de saint Marcel, qui donna son nom à un mémorial, puis à une église, et enfin à un faubourg de Paris.
De ces découvertes on peut hardiment tirer cette conjecture : que les alentours de l'église de Saint«Marcel
5H HISTOIRE DE PARIS. (At. L-G.».
étaiiMit, sous la domination romaine, consacrés spécialement à la sépulture des chrétiens.
Au milieu d'une population encore inculte et sauvage les lettres et les arts ne durent avoir aucun développement sensible ; Julien ^ qui aimait à poser en philosophe et h faire admirer sa faconde, avait rassemblé autour de lui vme espèce d'académie , exclusivcmcMit composée de savants venus de divei's pays étrangers à la Gaule ; cette institution, qui n'avait pas de caractère fixe et définitif, dul disparaître après le (K'part du prince (jul l'avait établie. Quant aux inonumenls dont les débris ont été retrouvés en fouillant le sol, ils présentent beaucoup^ plus d'intérêt au point de vue historique que sous ler ij)[)ort de la forme et du travail. On retrouve d'anciennes tombes, renfermant des armes, des poteries, quelques omenements. Vers la fin du dix-septième siècle, dans le lieu oii était situé l'enclos des Carmélites, précédemment appelé Notre-Dame des Cliamps, on découvrit, à quinze pieds au-dessous du pavé, un groupe de figures assez remarquable et qui paraissait appartenir au deuxième siècle. « La principale figure, dit Sauvai, représentait un homme à cheval, . suivi de trois autres figures à pied, parmi lesquelles était un jeune enfant. Chacune d'elles avait à la bouche une médaille de grand bronze de Faustine ou d'Antonin lé Pieux. Un des piétons tenait de la main gauche une lampe qui avait la forme d'un soulier garni de clous. * > ^
a La même figure avait à la main* droite , une tasse contenant trois dés et trois jetons d'ivoire, qui se trouvèrent presque pétrifiés, »
T/en6nt avait à la main droite unecuilier d!ivoire dont
Apr.h-Cm.) LIVRE I. CHAPITRB IV. 69
le manehe avait trente<-deifx centimètres de long; il dirigeait cette cuiller vei's un vase qui contenait encore un liquide parfinnd; «ette liqueur, s'échappant du vase rompu par accident, répandit une odeur délicieuse.
Sauvai parle eu outre d'un tombeau situé près du niême endos; on y remarquait sur des ba»<relie& un licteur vêtu à la romaine; on trouva à l'intérieur une agrafe, une houle et un cornet de bixjnze d'une habile exécution, qui portait ces mots gravés : Fiùius Uertnes ex veio, £ii i63o, lorsque Ton construisait la fontaine du couvent des Carmélites, on exhuma les débris d'un cercueil et un basrelief de deux pieds de haut représentant MUlwa triom-
pliant du taureau équinoxial ; cette figure est l'emblème
du jour qui, à l'approclic du printemps, se déri)l){; victorieusement aux ténèbres de l'hiver. Ce mouumeut, d'ailleurs fort curieux et très-rare en France, du cuite de Milhra, que les anciens Perses adoraient comnie le soleil, doit être postérieur aux Antonins; c'est sous la dynastie de ces empereurs que ce culte passa de Tltalie dans la Gaule. Les Romains l'avaient admis vers la fin de la république; ils représentaient cette (hvinité asiatique sous la figure d'un jeune homme coiffé du bonnet phrygien , et armé d'un poignard dont il va percer un taureau abattu devant lui.
Les historiens, les archéologues ont minutieusement décrit les inscriptions, les pierres tumulaires , les pierres votives, les médailles, les eihgies, les statues plus ou moins mutilées par les âges qui ont été découvertes dans la Cité ou sur les rives de la Seine, à mesure que l'on creu« sait la terre pour entreprendre des constructions particulières ou des travaux d'édilité publicpie. On rençontre de
6o HISTOIRE DB PAR». (Av,J..C9I.A|r.a.-C«81.)
pareik vestiges partout où se sont fixés les Romains, partout où la civilisation a été introduite à la suite des Césars et des préteurs de Rome païenne. On nous pardonnera de ne point insister sur des découvertes qui apprennent peu de chose à l'histoire et n'offrent aux curieux qu\ui intérêt assez restreint; tout le monde pourra s*en faire une idée en parcourant dans nos musées les salles destinées à renfermer les antiquités gauloises et romaines.
LiVKË 11.
PAEIS SOOS LA DYNASTIE MÉaOVUfGIBNNR.