‹ Histoire de Paris, depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours (volume 2)Chapitre 13 sur 91 · MI4MI LIVRE II. CHAPITRE I · texte numérisé non relu

MI4MI LIVRE II. CHAPITRE I

«cbappé à la fureur d'Attila et portoit envie à ceulx qui Tavofieiit éprouvée ; alors que Paris étoit un grand sépulchre où l'on ne voyoit que de pasies ombres et des schelettes horribles (i). » On racontait avec un pieux respect les miracles obtenus par son intercession. Sa renommée était si grande, par de là même les limites de la Gaule, que saint Siméon Stylite, du fond de TOrient, lui envoyait ses salutations par des pèlerins etse recommandait à ses prières. Dans le couvent qu elle avait fondé elle recevait des marques de la déférence de Clovis et des rois mérovingiens ; elle était l'amie et la pieuse conseillère de sainte Clotilde, la consolatrice des pauvres, auxquels ses mains distribuaient des aumônes abondantes. Lorsqu'elle mourut, le 3 janvier 5 1 2 , peu de semaines après Clovis, son corps fut inhumé dans la grotte souterraine de Tégllse Saint-Pierre et Samt-Paul, que l'on construisait sur le mont Lucotitius, et le lieu qu'habitaient ses dépouilles devint un but de pèlerinage. Elle continua d'être la protecti'ice, la pationne de Paris, et Ton vit se réaliser en faveur de cette ville ce que Dieu avait dit après la mort de David : « Je garderai Jérusalem pour Tamour de moi et de David mon serviteur (2). » Tout fait pressentir que les prières de cette sainte n'avaient point été étrangères à la conversion de Clovis, et une touchante tradition veut qu'à la mort du roi des Francs Geneviève ait assisté l'illustre malade, réconfortant son âme et lui montrant les récompenses célestes.

Après la mort de Clovis ( 2*]^ novembre 5 1 1 ) ses quatre fils partagèrent entre eux les £tats de leur père. Paris de-

(i) mMtt éê mmtê Gemvièmf fmr k» Béiaédidiiit de SaiaMiuir. W.«pi#,lV, 19.

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vint la capitale du royaume de ce nom , qui 8*ëtendait au nord jusqu'à la Somme, et comprenait plusieurs provinces riveraines de l'Océan ^ à l'exception de la pethe Bretagne^

encore indépeiulante. A ce ruyaume se rattachaient encore plusieurs provinces situées au sud de la I^ire ; mais ces contrées, bien cpie placées sous la domination de Qiîldebcrt V\ étaient a peine conquises et ne se résignaient pas volontiers à subir le joug des Francs. Le royaume de Paris , désigné d'abord par le nom de cette capitale, ne larda pas à être appelé IS eiistrie (Vester-Rioli, Nova II estriOj D/eustria, pays d'Occident). Paris était d'ailleurs plus que la résidence de Cliildebert : c'était toujours la grande cité y la ville nationale des peuples gallo-francs; ]h qu'avaient Heu les réunions générales, les délibérations importantes ; c'est de ce point que partaient les expéditions concertées entre les quatre rois. C'est à Paris qu'eut lieu, vers Fan SaG, le meurtre si souvent raconté des en&nts de CJodomir.

« Tandis que la reine Clotilde habitait Paris, dit Grégoire de Tours, Cliildebert, voyant que sa mère avait porté toute sa tendresse sur les fils de Clodomir (roi d'Orléans), en conçut de Tenvie ; craignant que dans la suite, par l'influence de la reine , ils n'eussent part au royaume de leur père , il envoya un message secret à Clotûre, roi de Soissons, et lui fît dire : « Notre mère garde avec elle les fils « de notre frère et veut qu'ils aient son royaume. Il faut « que tu viennes promptement à Paris , et que nous pre- « nions ensemble conseil sur ce qu'il faut faire d'eux , sa- « voir s'ils auront les cheveux coupés comme le reste du « peuple, ou bien si nous les tuerons et partagerons entre « nous le royaume de notre frère. » Clotaire, très^ontent

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làe cette nouvelle, se MtaMe venir à Paris. Chîldebert

. avait déjà répandu dans le peuple que le but de l'entrevue des deux rois était de mettre les trois enfants en possession de l'héritage de leur père. Ib adressèrent à la reine un inc&* sager chargé de lui dire : « Envoie-nous les enfants pour a que nous les élevions au tronc. » £Ue, remplie de joie et ne sachant pas leur artifice ^ après avoir fait boire et manger les enfants, les envoya en disant : « Je croirai n'avoir pas perdu mon fils si je vous vois régner à sa place. » Les trois enfants arrivèrent au palais de leur oncles accompagnés de leurs gouverneurs et de leurs serviteurs. Ils furent aussitôt saisis et enlever aux gens de leur suite, qu'on enferma séparément.

« Alors Ghildebert et Glotaire envoyèrent à la reine Arcadius, portant des ciseaux et une épée. Quand il fut arrivé près de la reine | il lui présenta les ciseaux et Tépée nue , en disant : « Nos seigneurs tes fils, glorieuse reine , a attendent que lu leur donnes conseil sur ce qu il faut « faire de ces enfants : veux-tu qu'ils vivent les cheveux* « coupés, ou veux-tu qu'ils soient égorgés? » G>nstemëe à ce message, hors d'elle-même à la vue de cette épée et de ces ciseaux, Clotilde répondit dans sa douleur, et sans trop savoir ce qu'elle disait : « Si on ne les élève pas sur le trône « j*aime mieux les voir morts que tondus, j» Mais Arcadius, s'inquiétant peu de son désespoir, et ne cherchant pas à pénétrer ce qu'elle penserait ensuite phis réellement , revînt en diligence près desMeux rois qui l'avaient envoyé et leur dit : « Vous pouvez continuer l'œuvre que vous avez c commencée ; vous avez l'aveu de la reine {/aperUe re- « ^na , opus cœptum perfidie ). » Glotaire et Ghildebert entrèrent dans le lieu oîi les enfants étaient gardés. Glotaire,

BIST. DB PAEIS. — T. I. à

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prenant l'aîné par le bras , le jt^ta par terre et le tua en loi enfonçant son couteau sous l'aissolle. A ses cris son frère Gonthaire se prosterna aux pieds deChiidebert, et, lui ssU sissant les genoux, lui dit avec larmes : « Mon père , mon bon père, secours- moi; fais que je ne meure pas comme mon frère l » Childebert fut ému ; il dit à Clotaire en pieurant : « Mou cher frère , je t'en prie , accorde-moi la vie « de cet enfant; je te donnerai tout ce qu(e tu voudras; je « te demande seulement de ne pas le tuer* » Mais Clotaire, après Ta voir accablé d'injures, lui dit : « Repousse-le loin « de toi , pu tu vas mourir à sa place. C'est toi qui m'as « excité à cette afTaîre , et voilà que tu reprends ta foi ! » Childebert, effrayé, repoussa l'enfant et le jeta à Clotaire, qui Fatteignit d'un coup de couteau entre les cétes et le tua ; ensuite ils mirent à mort les gouverneurs et les domestiques. Après ces meurtres Clotaire monta à cheval, sans se troubler aucunement de Tasscdsinat de ses neveux , et w rendit avec Childebert dans les faubourgs de la ville. La reine, ayant iait poser sur un brancard les deux petits corps des jeunes princes morts, les conduisit, avec une immense douleur, à l'église Saint-Pierre, oîi ils furent iuiiuniéâ. L'un deux avait dix ans et Tautre sept. On ne put prendre le troisième, Clodoald, que les grands ( Wo/7«^) étaient parvenus à faire évader. » 11 demeura caché pendant quelques années, et, lorsqu'il fiit devenu grand, il se coupa les cheveux de ses propres mains pour marque de renoncement au monde. 11 se mit ensuite sous la conduite de saint Séverin, qui idvait retiré dans un monastère près de Paris, et reçut de lui l'habit monastique. Il se bâtit un monastère sur les bords de la Seine , dans un village appelé Nogent, à deux lieues de la ville. Il y assembla une- communauté de

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moines, et ce fut dans ce lieu, appelé depuis Saint-Gaud, ifu'il finit ses jours ven Tan S60 (i).

Oii croît que eet honrible drame s'accomplit dans le palais même que les rois mérovingiens occupaient dans la Cité et sur l'emplaoement duquel a été construit phis tard le Palais de justice. C'était la résidence oîi les rois se livraient aux soins de l'administration , et où , avant l'invasion des Francs, se tenaient les réunions de la curie parisienne, composée des juges et des magistrats municipaux. Après le meurtre des fils de Clodomir le roi Childebert se retira dans les faubourgs et se rendit vraisemblablement au palais des Thermes, le s^'our ordinaire de la famille mérovingienne. La reine Clotilde ayant appris la mort tragique de ses petits-ûb vint tout en pleurs relever leurs corps et les fit inhumer dans l'église des apôtres Saint-Pierre et Saint-Paul, près du sépulcre où rej)osai('iit déjà Clovis et sainte Geneviève. Dans cette basilique, et vingt ans plus tard , on ensevelit Clotilde, que TÉglise honore comme l'une des saintes protectrices de notre patrie.

Le paganisme , en dépit des e£forts des Denis , des Martin , des Marcel et de plusietn*8 autres illustres pontifes, n'était point entièrement détruit dans le royaume de Paris. Une loi de Cliildebert, qui porte date de 554? est ainsi conçue : « Nous ordonnons à ceux qm auront dans leur champ, ou dans un autre lieu, des simulacres ou idoles dédiés au démon, de les renveiser aussitôt qu'ik en seront avertis. Nous leur défendons de 8*<^pposer à ce que les évéques les détruisent, et si, après s'être en^a^és par caution à les détruire, ils les conservent

(i) Voir Grég. deToon, Bist. des Francs, iiv. Y, c. i8.

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