‹ Histoire de Paris, depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours (volume 2)Chapitre 16 sur 91 · LIVRE II. CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE II. CHAPITRE I

pour successeur saint Germain, originaire d'Autun. Saint

Germain fut le vingtième évéque de Park»^ en comptant saint Denis pour le premier.

Le règne de Childebert avait durë quarante^sept ans. Signalé dans les Gaules et au delà des Pyrénées par des expéditions assez rarement heureuses, il avait été, pour la ville de Paris, une période d'agrandissement, de repos et dte bien-être. La présence continue de la famille royale soit au palais de la Cité, soit au palais des Thermes,'avait donné Pessor à des constructions et à des embellissements dont nous ne pouvons suivre la marche, mais dont on peut se faire une idée. T^es immenses trésors dérobés à PAcpitaîne et aux Wisigotlis d*£spagne avaient été employés, en grande partie, à élever des monuments religieux ou des asiles pour le pauvre. L^e clergé avait imposé à Childebert . d'apaiser les remords de sa conscience en faisant un saint emploi de ces biens, dont la restitution n'était plus possible et qui, d'ailleurs, n'avaient pas tous une injuste origine. La Cité avait vu s'élever, à la place des huttes gauloises et des cfaétives habitations romaines, plusieurs quartiers cpii nous sembleraient aujourd'hui fort misérables, mais qui alors présentaient un véritable progrès sur les constructions antérieures. On vient de voir que, sur la place oii s'élevait jadis le monument deSNautes, sans doute de médiocre étendue, on avait d'abord bâtir église Saint-Etienne, et que, plus tard, parlessoinsdeGhildebert, on y éleva unecathédrale mieux en harmonie avecle nombre et Pafïluence des fidèles. A Pocw casiou de fouilles récentes, entreprises près du parvis, on découvrit des débris de mosaïque, des colonnes, des chapi* teaux en marbre d'Aquitaine, qui avaient appartenu à cette ancienne basilique. « Trente colonnes de marbre^ (lit un poëte

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coQleiiiporalii (V. Fortunat), soutenaient le splendide édifice; ses feiittres, garnies de vitraux éclatants, recevaient les premiers rayons du jour ; ses lambris et ses murs brillaient du plus vif éclat. Prêtre et roi, comme un autre Melcliiséclecli , Childebert avait voulu enrichir de ses dons ce temple magnifique (Jib. 1 1, car m. lo).» Il ne faut pas prendre dans le sens littéral ces éloges hyperboliques, très-ordinaires sous la plume de Fortunat ; mais, en les réduisant^ à leur juste valeur, ils attestent i'exisitence d'un édifice vraiment remarquable.

Nous avons déjà mentionné les vastes proportions et la niagniliceuce de l'église des saints apôtres Pierre et Paul, commencée par ordre de Glovis, et achevée, sous le règne de son fils, parles soins de sainte Glotilde, et nous avons dit d'après saint Ouen , que cette église ' avait un triple portique où étaient peintes les histoires des patriarches, des prophètes, des martyrs et des confesseurs. Quanta la fondation de Saint-Vincent, elle eut lieu, comme on Ta vu, vers la fin du règne de Cliildebert , ce qui est attesté par une charte de donation commençant ainsi : « Qiilde*

bert, roi des Francs, homme illustre Moi Childebert, avec

le consentement desFrancs et des Neustrasiens, et sur l'exhortation du très-saint Germain, pontife de la ville de Paris (saint Germain n'était évequc que depuis un an), et du consentement des éveques, ai commencé à construire un temple dans ladite ville, près des murs de la Gité, sur un terrain qui nspecte le fisc dlssy, en un lieu nommé Loco. titius (c'(»sl toujours le nom donné au faubourg de la rivîe gauche), en Thonneur du saint martyr Vincent, dont nous avons rapporté lesrelic[uesd*£spagne, ainsi que de la sainte Groix, dç s^^irit Jitiennç, de asûm perréol, etc, » Get édi-

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fice était magnifique; il avait la forme d'une croix latine; il était soutenu par de grandes colonnes de marbre, percé de uonibreuses fenclres, et couvert d'un lambris dore. Des peintures à fond d'or embellissaient les murs; une riche mosaïque formait le pavé, et des lames de cuivre doré qui formaient la toiture jetaient un si vif éclat que le peuple ne tarda pas à surnommer cette basilique Saint-Germain le Doré. Tout auprès de T ci; lise on fonda un vaste monastère où l'évcque saint Germain appela des religieux de Saiut- Symphoriend'Autun, sonancien séjour : ilssuivaientla règle de saint Antoine et de saint Basile, alors encore la plus répandue, et avaient pour abbé Doclrovéc, })lus tai'd mis au rang des saints. Bientôt ces religieux reçurent la règle de saint Benoît, le grand réformateur de la vie monastique en Occifleiit.

Jusqu a la fondatioij de l'abbaye de Saint-Denis, au septième siècle, Téglise de Saint-Vincent servit de sépulture ordinaire aux rois et aux princes issus deMérovée; vers la fin du dix -septième siècle ces tombes, qui renfermaient de curieuses dépouilles, furent ouvertes et étudiées.

Chiidebert étant mort sans laisser d'enfants mâles, le quatrième fds de Clovis, Clotaire F', roi de Soissons, accourut à Paris et se fit reconnaître roi de tous les États gallo-francs. La puissance de Clovis, trop longtemps morcelée entre plusieurs princes, se trouva donc réunie de nouveau sur une seule tête, mais ce ne fut pas pour une longue durée. D'ailleurs Paris, sous le règne de Glotaire, ne fut témoin d'aucun événement dont Fliistoirc puisse faire mention, etc est au point de vue desanuaics de cette ville que nous résumons les souvenirs de l'ère mérovingienne.

Quand le vieux et féroçe fds de Clovis fut mort, ses

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quatre filsy Gharibert^ Gontran, Ghilpéric et Sigfaebert, songèrent à se partager entre eux les royaumes soumis

à l'épée des Francs. Chilpëric, plus hardi et plus téméraire que ses cohéritiers, s'empara des trésors de son père et se porta rapidement sur Paris, oil il s'établit en roi, aspirant au gouvernement de la nionarcliie entière. Ses frères ne lui laissèrent pas le temps d'accomplir cette usur- {Kition ; aidés de ceux des Francs qui leur étaient restés fidèles, ils unirent leurs orces, assié^èn*nt C Jiilpéric dans Paris et le contraignirent de se soumettre aux conditions du partage. Les quatre nouveaux royaumes furent tirés au sort, et Charibert fut roi de Paris. Un grand prestige de suprématie continuait à être attaché à la possession de cette ville ; mais GiarOïert, homme dur et grossier, ne signalait son pouvoir que par de brutales débauches et ne semblait nullement disposé à soumettre ses frères par une série d'usurpations adroitement calculées. Fortunat a composé des vers à sa louange, ce qui ne prouve rien ; mais Grégoire de Tours ne mentionne aucune de ses rares qualités. Le silence de cet historien sufEt pour attester que Paris eut à subir le joug d'un roi violent et livré à tous les désordres. « Le roi Charibert, ditl évéque, prit pour femme Ingobei^, de qui il eut une fille qui fut ensuite mariée et conduite dans le pays de Kent (i). ingoberge avait à son service deux jeunes lilles dont le roi était très-amoureux. L'ainée , nommée Marcovèfe , j)ortait rhabit religieux; l'autre s'appekitMérofiède. Ëllesétaient filles d'un ouvrier en laine. Ingoberge, jalouse de ce que le roi les aimait, donna secrètement à leur père de Fou-

(i) Berthe ou Edellwrge, qui épousa Ethelbert, roi de ILent» et contribua à la conversion des Anglo-Saxoos au christianbme.

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vrage à faire, afin que, lorsque le roi le saurait, il tut les fiUes en mépris. Pendant que cet homme travaillait, elle fit appeler le roi, qui vint croyant qu'elle voulait lui montrer quelque chose de nouveau, et vit de loin le père des deux jeunes filles qui raccommodait les laines du palais. A cette vue, irrité de colère, mais contre Ingoberge, il la quitta et épousa Méroflède. Il eut aussi pour femme Teutéchilde, fille d'un berger, qui lui donna un fils mort au berceau. Enfin il prit en mariage Marcovèfe, sœur de Mérofiède. Saint Germain, évéque de Paris^ les excommunia tous deux, et, comme le roi ne voulut pas quitter Marcovèfe, elle mourut frappée du jugement de Dieu (î). »

Charibert étant mort ne laissant aucun eniant mâle, ses frères Sighebert, Chilpéric et Contran se partagèrent ses Etats. Chacun d'eux voulait avoir Paris; mais on convint que cette ville appartiendrait par portions égales aux trois frères, et que nul d'entre eux ne pourrait y entrer sans le coiiscntement des deux autres. Saint Hilaire, saint Martin et saint Polyeucte furent pris et inv€K}ués pour garants de ce traité. Cependant de graves ressentiments animaient l'un contre l'autre Sighebert, roid'Austrasic, et Chilpéric, roi de Neustiîe. Le premier avait épousé Brunehault [Brune* chil(le)^ fille d'Atlianagild,roi desGoths d'Espagne; Chilpéric reçut à son tour la main de Galswinthe, sœur de cette princesse. Galswinthe ne consentit à cette union qu'avec une terreur mal dissimulée. Chilpéric avait répudié Audowère, sa première femme, et se laissait doininer par l'une des servantes du palais, nommée Frédégonde, que l'on disait capable de tous les crimes. C'était assez

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pour remplir de crainte et de répugnance l'amede l'infor- .tunée Galswiatlie. Ses apprélieosions étaient fondées; peu de mois après avoir épousé Ghilpéric elle mourut étran« glée, et le roi, qui avait ordonné ce meurtre, ne tarda pas à épouser Frédégonde, sa complice. Brunehault aimait tendrement sa sceur Galswinthe; à la nouvelle de sa mort elle entreprit de tii^r vengeance d'un si grand crime et - arma contre le meurtrier ses deux frères Sighebert et Contran. Vers le m^me temps les royaumes galloofrancs et la ville de Paris étaient en proie à des calamités d'un autre ordre et enduraient les ravages de plusieurs maladies pestilentielles, telles que le charbon et la pustule maligne. Ces divers fléaux, et la nécessité de soutenir des guerres contre les Lombards et les Avares, suspendirent durant qudques jours les effets de la haine de Brunehault contre les assassins de Galswinthe. A la fin Sighebert envahit la Neustrie et assiégea dans Tournay son frère coupable. L'évéque de Paris , saint (iermain , intervint alors pour réconcilier Sighebert et Gliilpéric, et adressa à Brunehault une lettre empreinte des exhortations les plus miséricordieuses (i). Ni Sighebert, niliruneliaultne voulurent écouter

(i) Mentionnons le document historique (]ui lénioij^ne lie l'intervention des évêques ^allo-francs en faveur de la civilisation et de la paix :

« A la reine Brunechilde, fille en Jésus-Christ de la saiote Église, dame très-démente et très-pieuse, etc. , Germain , jiécheur.

« Votre bienveillance ae réjouit de la vérité ; elle la t<^ère, elle ne s'en lasse jamais; voilà pourquoi nous osons vous exprimer; nous qui vous aimons josques au fond de Tâme , les douleurs de notre rœor, plein de tristesse. Auliefoi», quand le peuple chrétien, encore peu nombreux, obtenait, parla grâce de Dieu, un peu de calme, les apôtres disaient : f'oiei tnaMtenani le temps favorable^ voici le jour tlu salut ! AnjounFhui, au contraire, en face de jours funestes et dignes de pitié, nous nous écrions en pleurant : Voilà ^tie les heures de notre misère

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