‹ Histoire de Paris, depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours (volume 2)Chapitre 17 sur 91 · LIVRE II. CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE II. CHAPITRE I

les pieux eonseils^ de Tévéque; ils avaient hâte d*en]ever à

Chilpéric la couronne et la vie. Réduite à de telles extré-

ei dk Hotn perte arriventi MeUkeur à mouê, car nous avotu péché! Si tant de tribulatioDB et (Taroertuines ne nous avaient pas afaattn, si elles n^avaient pas montré U faibleise de notre oorps, nous noos serions fait nous-mêoie un devoir d*a1ler sollidler votre pitié. . • Nous déposons dans votre sein les bruits populairss qui se répandent et qni nous oombleot d'épouvante. On dit que c'est par vos oonseib que le roi Sigbebert se propose de ravager entièrement notre malheureux pays. Si nous répétons ces rumeurs, ce n'est pas que nous y ajoutions foi ; cqiendant nous vous sojpplions de ne donner, en aucune manière, un prétexte de vous charger d'une si odîcose accusation. Il est vrai que ce pays est depuis longtemps à plaindre et qu'il touche à sa perte; mais nous ne désespérons pas de hi miséricorde divine. H serait temps encore d'arrêter la vengeance de Dieu, si diacun pouvait abjurer la haine, qui médite le meurtre • Pavarice, qui est la source de nos douleur, la colère, qui écarte toute pensée de prudence. Notre Sauveur a dit, à Thenre de »a passion : Malheur à ce/ut par qui le seamUUe arrive! Nous ne pouvons croire que tant d'actions détestables puissent demeurer impunies, et BOUS «Mijurons chacun d'entre ceux qui nous écoutent de songer, dans leurs consciences , à leurs pensées et à leurs actes, afin de n'être pas at^ tmnts par ce terrible jugement prononcé contre le traître Juda. Aucun n*u voulu nous entendre ; voilà pourquoi nous vous adressons nos prières. Si vous renverses le royaume de vos ennemis, ce ne s«ra ni pour vous, ni pour vos enfants un grand sujet de triomphe. Pour que cette contrée se réjouisse d'être tombée en votre pouvoir» il faut cpi'elle reçoive de vous sa délivrance, et rwm sa raort. Je vous écris pénétré de douleur, car je vois comment les rois et les peuples se pi'écipîtent pour ofienser le Seigneur. Il est écrit : Quiconque mettra sa confiance en son bras verra sa confusion , et non sa victoire. Qni( ori(|iie , je vous le dis inoi-tiièiiio , croira pouvoir suffire siul au salut tl'uu peuple, verra plutôt aj)procher sa mort que son triomphe. Quiconque sera gunllé par la supei he à la vue de ses richesses subira l'opprobre de la pauvreté avant de rassasier son avarice. Le Juge éternel nous juge ; le pouvoir de nous juger lui apparlitiil toujours; il ne se laisse point corrompre par des offres; il ne se laisse point tourher par les vœux des impies; il voit les cœurs et reod à chacun selon ses œuvres.

• Yaiucre son irère est uoe honteuse victoire ! humilier sa famille.

78 HIOTOimS DE PARIS.

mités ^ Frédégonde soudoya des assassins qui poignardèrent Sighebert.

La face des choses changea. La Neustrie se rangea plus humblement que jamais sous les lois de Chilpéric et sous Tinfluence fatale de Frëdégonde; Brunehault eut à endurer la prison et l'exiL A Rouen, où Chilpéric l'avait fait détenir, elle réussit à se fiùre aimer du jeune Mërovée, fils de ce roi, et qui était chargé de veiller sur elle. Prétrxlat, é\rqne de Rouen, consentit à leur donner la bënédiclion nuptiale. Ciiilpéric, pour se venger de cet évéque, assembla à Paris un concile devant lequd comparut Prétextât, dont les pouvoirs furent suspendus et qui fut pour quelque temps envoyé en exil. Grégoire de Tours, qui assista à ce concile, nous parle d*une entrevue qu'il eut alors

reovener et détruire ks poasenioiw de ses perents» oe sont de honteux triomphes ! -En frisant h guerre ans siens on combat contre son propre bonheur; ennemi desoinnême, on avance sa propre mine. Aa eommeoœment du monde il y avait deux firires snr la terre; Gain, Pan d'eux, accomplit on fratricide, et sa punition fat sept fois pins forte qœ ton crime. Joseph fat vendu par la jalousie de ses frères, et ces méchants ne tardèrent pas à devenir ses propres serritenrs. Saâl avait juré de perdre saint David ; il eut bientât besoin dfétre épargné par la laisérîoorde d» son ennemi. Absakm tua son fràre et vonlot détrôner son père : est-il besoin de vous redire ses revers et sa mort? Écoutes le prophète David : Les méchants seront extermines, les justes eutront la terre en héritage, Éooatez PApôtre : Celai qui hait son frère est homicide : il marche dans les ténèbres, il ne sait où il m. Écouter le Sauveur : Heureux les pacifiques ; ils seront appelés les enfants de Dieu. Je vous donne ma paix, je vous laisse ma paix. Là où est la paix el Tamour, là est la religion. Méditons l'histoire irEstlier, de cette reine qui sauva sa nation. Employez votre prudence, votre foi et vos vertus , à détourner le seigneur roi d'olîenser Dieu, engage/.-le à donner le repos à ce peuple el à laisser au juge éternel le soin de la justice... Nous vous supplions de recevoir uos très-humbles sahiUoos, que vous offrira Goodeulfe, porteur des présentes, etc. •

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près de Paris avec Ghilpâîc. « Deux flatteurs, dit-il,

avaient dit au roi qu'il n'avait pas clans cette affaire de plus grand «unemi que moi j aussitôt il m'envoya chercher. Lorsque j'arrivai, Giîlpéric était auprès d'une cabane faite deramce ; à sa droite clait Bertrand, évrque de Bordeaux, à sa gauche Bagnemode, évéque de Paris. Devant eux se trouvait un banc couvert de pain et de difiPërents mets. En me voyant le roi m'adressa ces paroles : « Ton devoir est de dispenser la justice à tous, et je ne puis l'obtenir de toi ; je vois bien que tu justifies pleinement le proverbe : Le corbeau n'arrache point les yeux du corbeau. — O roi, répondis-je, si l'un de nous s'écarte des voies de la justice, U peut être corrigé par toi ; mais si toi-même tu mancpies à tes devoirs, (|ui te reprendra? Que peuvent nos exhortations si tu refuses de les entendre?... Celui à qui se mani£estent les cceurs connaît ma conscience. Tu as la loi et les canons ; consulte-les, et, si . tu n'observes pas ce qu'ils te commandent, redoute le jugement de Dieu ! 9 Ces courageuses remontrances firent peu d'impression sur le roi. On voit par ce récit que saint Germain avait eu déjà un successeur; rilluslre prélat, le vénérable protecteur et défenseur de Paris était mort en 676. Son corps fiit enseveli dans l'église de Saint-Vincent . et de Sainte-Croix, qui, depuis lors, fut appelée Saint-Germain des Prés.

Grégoire de Tours, qui nous raconte les sombres tragédies mérovingiennes , mêle à sa narration quelques incidents de médiocre importance , mais que nous mentionnons parce qu'ils eurent Ueu à Paris, et contribuent à nous ' initier aux mœurs ou aux coutumes de la population de cette ville.

8o Hi8froiii£ DE PARIS. am-m)

Au témoignage de cet historien, et sous le règne de

Chilpéric, la femme d'un des principaux leudes fut accusée d'adultère par les parents de son mari; ils menaçaient de h faire mourir si son père ne la justifiait lui-même. Le père offrit d'attester l'innocence de sa fille sur le tombeau de saint Denis, où il se rendit accompagné de ses amis ; les parents de son gendre s*y trouvèrent aussi. Alors il étendit les mains sur Fautel et jura que sa fille n'était point coupable cl qu'on Pavait calomniée. Les accusateurs, voulant soutenir ce qu'ils avaient avancé y en vinrent aux voies de fait, et il y eut du sang répandu. L'affaire fut portée devant les juges j mais Taccusée, se sentant coupable, voulut se soustraire au jugement qu'on allait rendre contre elle ét s'étrangla de ses propres mains (Syg).

L'année suivante parut dans la ville un homme étrange, vêtu d'une espèce de robe sans manches , avec un linceul par- dessus. Il portait une croix d'où pendaient des fioles remplies, à ce qu'd disait, d'une huile sainte. Il publiait partout qu'il venait d'Espagne et qu'il en avait rapporté les reliques de saint Vincent et de saint Félix. Il arriva à Paris au temps des Rogations. Comme l'évêque Bagne» mode, à la tcte du clergé et du peuple, allait ce jour-là en procession aux églises , l'imposteur voulut en faire de même. On vit paraître un hommedansun équipage extraordinaire , qui portait une croix^ et traînait après lui une troupe de mauvais sujets et de femmes du peuple. L'évêque , surpris de la nouveauté de ce spectacle , lui envoya dire par son archidiacre : « Si vous portez quelques « saintes reliques, déposez-les dans l'église ; passez avec « nous ces saints jours, et après la fête de l'Ascension c( vous continuerez votre route, a L'imposteur, au lieu

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d'accepter l'offre tic l'évcque, commca^ii à le cliargcr d'injures et de malédictions en présence de son archidiacre. I/évéque, voyant que cet iioinine était un four])e, le fit enfermer dans une cellule. Ou le fouilla ensuite, el on trouva sur lui un grand sac plein de racines de diverses herbes, de dents de taupes , d*osscments de souris, d'ongles , de graisse d'ours, que révtquc fit jeter à la rivière, de peur de quelque maléfice, et, après avoir oté la croix à cet homme, il lui ordonna de sortir du territoire de Paris. L'imposteur, au lieu d'obéir, refit une crui\ et reconuneuça son man^e , ce qui obligea l'archidiacre à le faire arrêter et mettre en prison chargé de chaînes.

Grégoire de Tours , auteur de ce récit, se trouvait alors à Paris , logé à la basilique de Saint-Julien , près de la prison de l'évêché. L'imposteur, s'étant échappé la nuit suivante, se réfugia dans cette église, où il $*endormit. L'évêque Grégoire, ne sacliaut rien de ce qui s'était passé, se rendit au même lieu, à minuit, pour l'oflfice, selon sa coutume. Il fut bien surpris de trouver à sa place ordinaire un homme ivre et endormi , qui exhalait une odeur insupportable. 11 fallut le porter dans un coin de l'église , ou il resta jusqu'au jour sans se réveiller. Le saint prélat, touché de compassion, intercéda pour ce malheureux auprès de l'évéque de Paris. On reconnut que l'imposteur était un serviteur d'Amélius, ëvéque de Tarbes, et on se borna , pour toute punition , à le renvoyer dans son pays (i).

La ville de Paris , qui ne donnait qu'une attention médiocre aux rivalités et aux crimes des fils de Glovis, se

(i) M. de GauUe.

mr. M rAtn. — > t. t.

82 UISTOIBE DE PARIS. (tti-ftU)

préoccupait très-vivement des petits événements que nous venons de rappeler à la suite de Grégoire de Tours , et qui, aujourd*hui , prendraient tout au plus leur place dans la chronique des journaux judiciaires. Les habitudes de Paris n'ont point changé à cet égard, et la curiosité proverbiale du peuple ne s'est point affaiblie.

Paris n'appartenait point légitimement à Chiipéric; mais le roi de Neustrie , au mépris de son serment, s'y rendait fréquemment et y exerçait l'autorité souvendne. Grégoire de Tours appelle ce prince le Aéron, Niérode de son siècle; cruel et làche^ Ghilpéric était le jouet des caprices de Frédégonde , le docile instrument des crimes et des fureurs de cette femme. C'est sous son nom, et ea abusant de son autorité , que Frédégonde fit périr dans les supplices la reine Audowère et un assez grand nombre de personnes innocentes qui furent victimes de sa. haine et de son avarice. Tous les fils que Ghilpéric avait eus de sa première femme tombèrent sous le poignard ou moururent misërahlemeut. Par ses conseils Glùipéric avait tiré profit des lois et de la fiscalité romaines ; il écra^ sait son peuple d'impôts , exirjjeant d'énormes tributs, et n'épargnant ni les Gaulois , ni les Francs eux-mêmes.

Ces abus de pouvoir et les crimes de Frédégonde parurent attirer les vengeances du Ciel , et 1 on vit se vérifier cette conversation ■prophétique qui eut lieu entre Tévéque Sauve et saint Grégoi re de Tours .

« Lève les yeux, dit Sauve. Que vois-tu sur le palais du roi? — J'y vois un .second bâtiment qu'on vient d élever depuis peu, répondit le saint. — N'y vois-tu rien déplus? reprit Sauve. — Non, ajouta Grégoire. Mais toi, que peux-tu y découvrir? » Et Sauve, en poussant un pi'ofond

m-9m ^LIVBB II. CHAPITRE. I. 8S

soupir : a roi» le glaiyeide la vengeance divine levë sur la maison de Ghilpéric. » En effet les horreurs de la

guerre, de la famine et de la peste, désolèi ent le pays des Francs; la maladie contagieuse appelée le feu Saint-Antoine, n'épargna pas la maisoa royale : deux enfants que Qiilpérîc avait eus de Frédcgondc en furent atteints. La reine, les voyant en danger de mort ^ éprouva quelque repentir et dit au roi : « Voilà longtemps que b miséricorde divine supporte nos mauvaises actions; elle nous a souvent frappés de fièvres et d'autres piaux, et nous ne nous sommes pas amendés. Voilà que nous avons déjà perdu des fils; voilà que les larmes des pauvres, les gémissements des veuves, les soupirs des oiplielins vont causer la mort de ceux-ci... Voilà que nos coffres demeureront dénués de possesseurs, pleins' de rapines et de malédictions. . . Si tu y consens , viens, brûlons ces injustes registres d'impôts; qu'il nous suffise, pour notre fisc, de ce qui suffisait à ton père , lé roi Glotaire. »•

Les registres furent brûlés, mais les deux jeunes princes moururënt.-

En 58 4 1 Frédégonde eut un fils qu'elle appela Glotaire. Quatre mois après la naissance de cet enfant le roi Ghilpéric fut assassiné au retour de la tkuasBj k Ghelles , dans Tune dès maisons de campagne que les rois mérovingiens pK)Ssëdaient aux environs de Paris. Telle était la renommée criminelle de Frédégonde qu'oo l'accusa de ce meurtre (i); mais les lûstorienii les phis dignes de foi

(i) Voici la légende que reuferineiil au sujet de la mort de (Ghilpéric les Chroniques de Saint- Denis ; elle ii*a d'autre l)ase que les Gestes des rois francs, chronique du huitième siècle : « Moull estoit hi'lle femme la royoe Frédégonde, eo conseil s^ge et caviUeusc (subtile) ; eu tricherit*

fi.

84 HISTOIRE DE PARIS. (Ml>628)

Fattiibuent à la vengt ance de Brunebault. Comme personne n'aimait Chilpëric, personne ne le regretta ^ et, au

ai en maBoe o 'a voit son pareil, fors Bnmebaiilt tant seulement Elle avoiC si décen et si aTeoglé le loy Chilpéric... qne lui-même U servoit ainsi ' comme feroit un g,anon (valet). Un jour il se prépara pour aller dwder au liois, et commanda que tes selles fussent mises. Du palais descendoit dans la cour. La royne, qui cuida (crut) qu'il dust partir sans plus remonter, entra en sa garde-robe pour son chef ( sa téie) kver. Le roy retourna en la salte ; il entra là où estoit la royne si doucement qu'dte ne s'en aperçut mie, et, comme dte estoit penchée en avant, il la (érlt (frappa), CD riant, au dessous des reins d*un Uastoncel que il tenoit. Eltene se retourna pas pour lui regarder, car elle cuida certainement que ce fust un autre. Lors dht : • Landri ! Landri ! tu fais mal; comment oses-tu ce taire? - Ce Landri estoit cueus (comte) du palais, et le premier de la maison du roy ; il le honnissoit de sa lemuic et la niainlenoit en adu'lère. Quand le roy ouït ceste parole, il tomba en un sou]J( on de jalousie et devint ainsi comme tout forcené. Il sortit de la salle, et de çà et de là alloit, angoisseuxet destrois de son cueur, comme celui qui ne savoit que il peust faire ni dire; toulesfois alla au bois pour soulagier la tristesse de son cueur. Frédégonde aperçut bien (jue ce avoir esté le roy et qu'il n'avoit point porté de bon cueur la parole qu'elle a voit dite. Lors pensa bien que elle estoit en péril si elle attendoit sa revenue ; pour ce rejeta toute paour et prit toute hardiesse de femme. Landri manda que il venist à elle parler. Lcrs]^ lui dist : « T^ndri, il s^agit de ta teste maintenant ; pense plus à ta sépulture qu'à ton lit, si tu ne t'avises comment tu pounas te sauver. » Lors lui conta comment la parole avoit esté dite* Moult fut Landri esbahi ; il commença à recorder et à réciter ses meffais à lui-mesme en grant douleur de cueur. L^aiguillon de conscience le poigooit aigrement ; il ne voyoit lieu où il pust fuir, ni comment il pust escha^ior; il lui sembftiit quMl fust pris et retenu ainsi comme le poisson aux rets. Fortement se mit à gémir et à soupirer. . . Lors lui dit Frédégonde : « JËscoute, Landri quand il viendra de chacier tout

• tard, si comme il a coustume de venir par nuit aucune fois, garde

• que tu aies disposé des homicides, et que tu lasses tant vers eux

« par dons que ils veuillent mettre leur vie en péril si que il soit

> ocds de oouliauz. Quand ce sera fiût, nous serons assurés contre la « mort, et régnerons entre nous et noire JUs Ootaire. » Landri loua (approuva ) moult ce conseil, H se pourvut de son afbîre. Tout tard vint

im-m) Ll\KE II, CHAPITRE I. 85

moment de sa mort, il fut abandonné de tous. Un ëvèqiu\ qui y depuis trois jours j sollicitait eu vain une audience , prit seul soin de son corps et lui rendit les honneurs funèbres. Pour Frëdëgonde elle se hâta de revenir à Paris , se mit sous la protection de Gonlran, et fit reconnaître pour roi de Neustrie son jeiuie 61s Clolaire II (584).

Sous le règne de Chilpëric , cl par ordre de ce roi , on commença à Paris la construction d'une nouvelle église sous le vocable de Tevéque Germain, dont la mort était alors récente. Chilpëric avilit eu la pensée d'y faire inhumer les restes de ce saiut illustre, au loniheau duquel on voyait chaque jour s^opérer une foule de miracles dont parlent Grégoire de Tours et Fortunat. Chilpëric étant mort, les travaux de construction entrepris sous son règne se ralentirent beaucoup, et les l'eligîeux de Tabbaye de Saiut- Vincent et de Sainte-Croix demeurèrent en possession des reliques de saint Germain. L'église commencée par Ghilpéric reçut plus tard la dénomination de Saint* Germain-le-Rond , et ht place, à la suite d'agrandissements et de destructions dont nous aurons à parler^ à la^ magnifique basilique qui subsiste encore sous le vocahle de Saint-Gerniain-l'Auxerrois.

A la mort de Ghilpéric, les Francs neustriens se soulevèrent , non pour venger le meurtre de ce printxî , mais pour s'affranchir de la nécessité d'obéir à un enfant et à une femme. Frédégonde , effrayée , se réfiigia avec une partie de ses trésors dans l'église cathédrale de Paris, au*

le ny du bois. Geox qui tvec iai estoieot allés ne rallendirent pas, mais allèniit les ans ^ et les autres là , comme ooutome est des duMsenrs. Les mearlrien, qui entour lui ftarent toat prests, le férirent de oootianx pnni le oorps et foopirent en telle roaoière. »

près (le révc quc Ragneinode. Craignant d'être bientôt abandonnée de tout le inonde si elle demeurait plus longtemps sans une plus puissante protection j elle eut recours au roi Contran , qu'elle invita à venir à Paris en lui offrant de se remettre, elle et son fils unique, entre ses mains. Contran fut touchë de sa soumission et se pr^nta devant Paris à la tete d*une année. Les habitante sortirent au-devant de lui et le reçurent avec joie* Ib n'en usèrent pas de même k Fëgard de Childebert II, fils de Sigliebert et connue lui l oi d'Auslrasie. Ce jeune prince s'étant présenté avec ses leudes devant Paris, les habitants refusèrent de lui ouvrir leurs portes. Childebert s'en plaignit à Contran , qui , pour toute réponse , allégua le traité juré sur les reliques des saints par Sighebert , Chilpéric et lui , traité suivant lequel chacun d'eux s'était soumis à perdre sa part de Paris s'il y entrait sans le consentement des deux autres. Chilpéric et Sighebert étant entrés dans cette ville sans que Contran y eut consenti , il disait que ses neveux n'avaient en conséquence plus rien à prétendre sur cette ville. Frédégonde , qui avait besoinde Grontran, parut tout approuver.

Pendant le séjour de Contran à Paris ce prince répara plusieurs injustices commises sôus le tègne pi-écëdeiit. Il se , montra fort affable , fit de grandes largesses aux leudes et àux pauvres, et se concilia l'affection des Parisiens; cependant y se regardant toujours comme au miiieii d'un royaume étranger, Il ne sortait jamais sans sa bonne escorte; il ne put même s'empêcker de témoigner un jour ses craintes d'une manière naïve devant tout le peuple Assemblé à Téglise^ « Après que le. diacre eut impose silence au peuple pour écouter la messe, le roi, se touroaiit du

(iSl-m LIVRE T1. CH\PITRB I. 87

c6té de rassemblée, s'écria : « Je vous conjure de me conserver votre ibi. Ne me tuez pas, comme vous avez fait dernièrement de mes frères. Qu'il ;ue soit permis d'élever, an moins pendant trois ans, mes neveux , qui sont devenus mes filsadoptifs... depeurqull n'existe bientôt plus un seul homme fort pour vous défendre(i). » Alors le peuple pria pour le roi Contran , et là réconciliation parut accomplie.

Gontran tint un plaid national où se rendirent les ambassadeurs de Ghildebert; ils ne purent obtenir ni la ces- 5i<m d^une portion de cette ville , ni l'abandon de Frédégonde queleur maître demandait, Gontran l'ayant prise sous sa protection comme mère d'un roi dont il avait la tutelle. Tout se passa en inutiles reprocbes. Les auteurs ne sont pas d*accord sur le Heu où fut tenue cette assemblée; plusieurs estiment qu'elle fut convoquée à Paris ; d'autres pensent qu'elle se réunit à Gbâlon-sur Saône , <»pitale de la Gaule burgonde (royaume de Bourgogne^

Gontran fit inhumer en grande pompe dans l'église de Saint-Vincent et Sainte-Groix (Saint-Germain des Prés) les corps de Glovis et de Mérovée, les deux jeunes (ils de Chiipéric, qui avaient péri miséi ablement l'un et l'autre par les manœuvrtes de Frédégonde. Gette femme cruelle était alors retirée au Yaudreuil (val de Reuil ), près de Rouen , d'où elle faisait partir des émissaires chargés de poignarder ou d'emp6isonner ses ennemis, et plus particulièrement les Mérovingiens d'Austrasie. Vers le même temps elle fit assassiner au pied des autels saint Prétextât, évêque de Aoueu. Quatre ou cinq ans après ce meurtre, et eu 691 ,

(1) Gng, Tunm,, Ub. VII, cap. 8,

OU baptisa à Naulerre le jeune loide Neustrie, Clotairell, qui eut pour parrain Contran^ son oncle. Ce dernier étant mort en jg 3 , des guerres civiles s*élevèrent entre les i'rancs-neustriens, les Francs burgondes et les Francs austrasiens, et la rivalité de Bruneliault et de Frédëgonde fit couler heau(Oup de sang. La victoire demeura à Clotaire II et à Frédégondcy qui se maintinrent en possession de Paris et des diverses provinces gallo-neustriennes. Frcdégonde n'eut pas le temps de jouir de ses triomphes; elle mourut à Paris en 597 « et fut inhumée dans Tégiise de Saint*\incent et Sainte-Croix, près des Mérovingiens dont plusieurs avaient été tués parses ordres. On a conservé la pierre en mosaïque qui recouvrait les dépouilles de cette femme, douce d'un génie égal à sa scélératesse; sûr cette pierre, l'un des monuments les plus authentiques de la période mérovingienne 9 Frédégonde est représentée portant le sceptre et vêtue royalement.

Après la mort de Frédégonde les affaires de Ciotairell changèrent de face. Les deux jeunes rou d'Austrasie et de Bourgogne le défirent près d'un village nommé Doromelle (Dormeille), situé dans le pays de Sens et sur les bords de TOuanne. Clotaire , mis en fuite , se retira dans Paris; mais il en fut bientôt chassé par les deux rois vainqueurs, qui le poursuivirent si vivement qu'il se vit contraint de faire la paix , en perdant une grande partie de ses États. Paris demeura ainsi au pouvoir des rois Théodebert et ThieiTy. Quelques années aprèSy les Neustriens vaincus dans la personne de Clotaire, voulurent réparer leurs pertes. I^audri, maire du palais de Neustrie , s'avança avec une année contre Thierry; mais, celui-ci l'ayant joint près d'Ktampes, il fut mis en déroute; Thierry, vain-

mm LIVRE 1I« CHAPITRE I. 89

queur, rentra à son retour dans Paris. A cette nouvelle Gotaire, qui voulait s'opposer à Théodebert avec un autre corps d'armée , fut obligé de demander la paix pour la

seconde fois.

La division et la guerre allumées par Bruneliault entre les deux frères Théodebert et Thierry vinrent, en causant bruine de l'un et deTaulre, relever les affaires de Clolaire; Théodebert périt le premier avec ses deux fils, et Thierry mourut la même année (61 3 . Slghebert , son fils aîné) qui lui suecëda, fut pris dans un combat Tannée suivante et mis à mort par Clotairc^ Le reste de sa famille fut tué ou mis en fuite. Brunehault , livrée au vainqueur, subit l'affreux supplice que tous les liistoiiens ont raconté. Après sa mort laNeustrie, TAustrasie et la Bourgogne furent réunies sous le même roi ; Clotaire II se trouva seul maître de la monarchie des Francs", comme lavait été Clotaire Y\ son aïeul, et Paris acquit pour un moment toute l'importance d'une capitale d'empire.

« Clotaire II, dit Frédégaire, était doué d'une grande patience, instruit dans les lettres, craignant Dieu , et rémunérant généreusement les églises; il faisait aux pauvres (le grandes aumônes, et se montrait plein de bénignité et de piété. » L'iiistoire, moins complaisante pour Clotaire II, le range au nombre des princes cruek, rusés et &ibles qui portèrent mal le fardeau de Théritage de Clovis. Quoi qu'il en soit, vers la fin de 6i4 y ce roi convoqua à Paris une sorte de plaid national dont firent partie les cvêfjues de la Gaule , et qui tint ses séances dans l'église des Apôtres Saint-Pierre et Saint-Paul , autrement appelée Sainte-Geneviève. Ce sixième concile (car on lui donna également le noni de concile) de Paris fut le plus nom-

90 HISTOIRE DE PARIS. Wi-m

breux cpe l'on eût encore vu en Franicel Les ëvéques y (irent quinze canons, dont les principaux 'ont pour objet de modérer rautorité que les rois s'attribuaient dans l'élection des évéquesy de maintenir la subordination des clercs, de conserver le temporel de TEglise, de fixer les Hniites de la juridiction civile et de la juridiction ecclésiastique y et d*empécher les juifs d'exercer des charges qui leur donneraient quelque autorité sur les chrétiens. Clotaire fit publier un édit pour expliquer quelques-uns de ces cauous et pour les modifier en ce qui paraissait intéresser ses droits. Outre les règlements ecclésiastiques on fit aussi dans ce concile des règlements purement civils, qui furent appelés capitulaires; ces décisions , qui sortaient du domaine religieux, attestent que les évéques continuaient à s'attribuer dans l'État une autorité législative.

Saint Céran (Ceraunus) était alors évéque de Paris. A l'exemple d'Ensèbe de Césarée il avait entrepris de former une collection d'actes des martyrs et des saints de la Gaule; pour réaliser ce projet il écrivit à Warnahaire (Garnier), diacre de Langres, qui lui fit parvenir divers documents se ratta( liant aux saints de son pays.Pai* malheur la collection que voulut compléter saint Géran n'est point parvenue jusqu'à nous; c'est une perte regrettable pour Thistoire nationale.

Aucun événement bien digne d'intérêt ne signala désormais l'histoire de I^ris jusqu'à la fin du règne de Cio» taire II. Ce prince, qui résidait iiabituellement dans sa villa de Clippiacum (Clicliy), où il rasseUiblait ses leudes, mourut en 628 et fut inhumé à Saint-Germain des Prés (Saint- Vincent et Sainte-Croix), auprès de ses pères. Son fils Dagobert l*% déjà roi d'Austrasie, lui succéda dans le

(Ml 628) LIVRE 11. CHAPITRE I. 9I

gouvernement de l'empire des Francs et vint s'établir à Paris. Durant les premières années de son règne ce prince se fit chérir |iar sa justice et sa sagesse (i )* Il entreprit des voyages dans ses vastes domaines et donna aux peuples de grandes espérances. Mais ces beaux commencements ne lurent pas de longue durée, ils étaient dus aux bons conseils de saint Arnonidet de Pépin, maire du palais d'A.ustrasie, dont l'Église catholique honore aussi le souvenir. Ce fut un rare bonheur pour le jeune roi que cette admi* nistration publique exercée sous son nom par deux hommes riont les talents égalaient la sainteté.

Mais saint Arnould mourut, et les conseils de Pépin ne suffirent plus pour contenir les passions du roi. Comme Salomon, à la sagesse duquel il ne s'était jamais élevé, Dagobert se laissa corrompre par les excès de la débauche. Il eut à la fois trois reines et une foule de femmes illégitimes, dont l'avidité épuisa les richesses royales. « Mors, disent les chroniques, le roi voulut, avec les dépouilles des %lises et des leudes, combler le vide de ses coffres , et il commit beaucoup d iniquités. »

Durant les dernières années de sa vie, et après plusieurs guerres sanglantes, Dagobert s'attacha, dit-on, à racheter les égarements de sa jeunesse j la religion sembla adoucir ses mœurs et tempérer son orgueil. Pour manifester aux peuples la douleur que lui inspiraient ses égarements, il couvrit le sol d'abbayes et prodigua d'immenses trésors aux monastères. Ces donations, bien que faites avec un zèle souvent exagère^, n'appauvrirent pas les peuples; les

(1) • Il était, dit nalvemenl son biographe, doux pour 1« bien intentÎQMiéiflt les fidèks, lorrible ans rebeUn et ans parlides, bénin pour b» bons, nuis Kon ardent pour les indociles. • (Gwtm D&goà,, xnii.)

ga HISTOIRE OE PABIS. («81821}

Gallo-Francs s*y associèrent eux-mêmes avec un naif empressement.

Dagobert fut enseveli dans la célèbre abbaye de Saint- Denis , qu'ii avait fondée et enrichie avec une magnificence que rien n*égalc, prodiguant avec un pieux enthousiasme l'or, l'argent et les pierreries. Sur les murailiej» de la nef on voit avec curiosité des sculptures grossières qui représentent, entre autres merveilles, une chasse miraculeuse et une sorte de bataille que les saints et les démons semblent se livrer pour se dbputer l'âkne de Dagobert an sortir de ce monde. Ces sculptures datent du treizième siècle.

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