‹ Histoire de Paris, depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours (volume 2)Chapitre 22 sur 91 · LIVRE II. CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II. CHAPITRE II

filit pour l'etnpire. Il fonda un ëtabUssement auquel il affecta un revenu fixe et assuré. Cet établissement fut longtemps appelé Thopital de Saint-Christophe ; dans la suite les populations chrétiennes lui donnèrent le nom touchant et sublime d*H6tel-Dîeu.

Témoin des luttes engagées entre les grands et les maires du palais, hors d'état de diriger les affaires publiques en ces jours d'orage, que signale le redoutable nom d^Ébroln, sainte Batlùide se retira dans le monastère de Chelles, pour y terminer ses jours. En 666, l'année qui suivit sa retraite, la ville de Paris eut à endurer les ravages de la peste.

Clotaire 111 était roi de Neustrie et de Bourgogne. Sous son règne Ëbroin faisait mettre à mort les hommes les plus'puissants sous de légers prétextes^ et vendait au peuple la justice et l'injustice.

Clotaire III , étant mort en 670 , eut pour successeur • Gliildéric II; celui-ci choisît poui^ [)remier ministre saint Léger, évêque d'Autun et rival d'Ebroin. En 67^ Gliildéric II fut mis à mort par les leudes francs, fettigués de sa tyrannie et de ses débauches.

Di\ ans après, Ébro'in, (]ui s'était fait le champion sanguinaire du pouvoir royal ^ fat à son tour assassiné par un seigneur franc, nommé Ermanfroi. Il périt misérablement , après avoir exercé, pendant plus de vingt ans, le suprême commandement dans les royaumes de Neustrie et de Bourgogne. Le nom d'Ébroln est encore, de nos jours, le symbole de l'ambition, de la cruauté et de la ruse ; mais il convient de se défier des monuments historiques qui nous le dépeignent sous d'aussi noires couleurs.

A. la mort (rÉbrom les francs d'Austrasie prévalurent

dans la Gaule neustrienne ; vainement le Êûble Thierry III Bifr. M fàMî*. T. I. 7

9^ , H16TOIAE DE PAAIS. IBB'^ll^

etBertaire, maire du palais de Neustrie, essayèrenUils de lutter contre cette prépondérance redoutable; Pépin de , Hérlstal, qui gouvernait l'Austrasie sous le nom de duc . des Francs , se liàla de leur déclarer la guerre , et son année vint camper à Testry, entre Saint*Quentin et Pérenne. La bataille fut longue et sanglante; mais le roi ïiiierry 111 fut vaincu et mis en fuite^ et Bertaire massacré par ses propres compagnons. Pépin se rendit maître du * faible Tliierry, le fît reconnaître par l'Aiistrasie, et se réserva, sous ce fantôme de roi, la réalité de la puissance^ qu'il exerça sous les titres de duc, de prince et de maii'e. I>a bataille de Tcstry fut le dernier degré de rusurpation des maires du palais ; elle mit tout le pouvoir entre leurs mains, et les successeurs de Clovis n'eurent plus rien des prérogatives du trône que la faculté de présider les assemblées du Champ de Mars, de paraître avec éclat dans de vaines cérémonies, et de voyager d'une maison de plaisance à l'autre dans un cliar traîné par des bœufs. Le duc d'Autrasie, maire et souverain^ se réserva les trésors, la justice , la correspondance avec les gouverneurs provinciaux et la plénitude de la puissance royale (687).

L'histoire particulière de Paris semble disparaître au milieu des obscurités de cette époque. C'est à peine s'il nous reste, de l'année 691, un document d'une certaine valeur, qu'on appelle la Charte dt Vandemir ,^9x cet acte le noble franc qui y a attaclié son nom fait, conjointement avec sa femme, de grandes largesses à la plupart des églises et des monastères de la ville et du diocèse de Paris, à la cathédrale, aux deux abbayes de Saint- Vincent, à Saint*Denis, aux filles de Saint-Christophe , dont Tabbesse est nommée Gaudetrudef et à plusieurs autres

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églises dont les noms ne se peuvent lire. Ce titrei quoique mutilé, fournit enoore des particularités qui ne sont

pas à négliger. On y voit qu'alors la cathédrale était sous l'invocation de saint Étienne. Des deux abbayes de Saint- Vincent qui ont part aux libéralités de Yandemir, Tune, dont Tabbé se nommait Landebert , est Saint-Oeniiain TAuxerrois, qui était desservi alors par une communauté de moinesy et la seconde Saint-Germain des Prés, dont l'abbé se nommait Autbarius. Quant à la communauté des filles de Saint-Cliristophe, c'était la corporation de religieuses qui desservaient l'hôpital.

Peu d'années après, le 29 août 700, mourut à Paris un religieux né à Au lin , et que sa piété avait depuis longtemps rendu célèbre. U habitait depuis quelque temps un monastère situé dans l'un des faubourgs du nord de la ville, et qui joignait la chapelle de Saint-Pierre. 11 fut inhumé dans cette même chapelle , au lieu même où plus tard fut élevée une église qui porta son nom ; nous voulons parler de Saint'Médéric, que le peuple appelle Saint-Merry.

Ce n'est point ici le lieu de raconter les conflits sanglants qui signalèrent, sous le gouvernement de Pefnn, les règnes des Mérovingiens fainéants auxquels ce duc d'Austrasie laissait encore le vùn titre de roi. Ces princes débiles, et surveillés par un pouvoir jaloux, ne résidaient pas même à Paris, et la Gaule ueustrienne formait à peine une province gouvernée de loin par Charles-Martel, duc des Francs et fils de Pépin. On ne voit pas que, dans cette dernière période de l'histoire de la preniièie race, deCiiildebert 111 à Childéric 111, l'Église de Paris ait' jeté un grand éclat. On ne connaît guère pour -ce temps que le nom des

évêques ; on a pourtant quelques détails sur la vie de saint

HugiiflB, qui succéda à fieratchaire. Saint Hugues était, fih de Drogou^ eomte 4e Champagne, qui afait épousé

ia fille de Waraton, maire du palais; il fut cjevé auprès d'Auflède, son aïeule materneUe, et enbrassa i'état monastique dans Tabbaye de Jumiéges. Charles-Martel le plaça ensuite sur le siège ëpiscopai de Rouen; saint Hugues fut aussi abbé de Fontenelle et de Jumiéges, et eut en même temps Tadministration des Eglises de Paris et de Bayeux. Tandis qu'il gouvernait, dans Tordre spirituel, des populations assez étrangères, sinon par leurs souffrances, aux luttes politiques de cette époque, la vieille famille des rois chevelus, quoique déchue et pour ainsi dire avilie sous le despotisme des maires, obtenait encore un reste de respect que Charles-Martel, quelle que fût sa puissance, n*osa entièrement braver. Après ia mort de Thierry IV il ne se cmt pas assee fort pour prendre le titre de roi et exclure le dernier des Mérovingiens ; il se oontonta de laisser le trône vacant, cherchant ainsi à préparer plus tard l'usurpation de sa race.

Tandis que Charles-Martel et son fils Pépin gouvernaient les Francs, laissant les derniers Mérovingiens s'éteindre dans une décrépitude prématurée, le rôle de Paris continuait d'être des plus obscurs, et c'est à peine si de l<Nn en loin les chroniques mentionnent encore le nom de cette ville. Paris avait cessé d'être la capitale d'un empire dont le centre était à Metz ou à Cologne, et des aventuriers héroïques, toujours occupés à- combattre les barbares du Midi et ceux du Nord , n'avaient guère le loisir d'accroître son enceinte, d'y construire de nouveaux monuments. Paris était alors administré par des comtes. L'histoire de Saint-Denis parie de l'un de ces sei-

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gneurs, nommé Guam ou Warin, qui fit transférer b

foire de Saint-Denis entre les bourgs de Sa lut- Martin et deSaint-XiuirNit, toMS deui sitnés au nord de la Ttlk. Les OMBtes de Paris, institués au nom du roi , éiment encore

de simples ofiiciers amovibles^ <^i rëunissaieut en leurs mains les pouvoirs militaires et admînisiratift. C'est dm ces conditions que Paris se trouvait placé en Tan 752, lorsque Pépin le Bref, fils de Charles-Martel, mit fin à la débile royauté des héritiers de Glovis et se fit reconnaître roi des Francs par le pape Zacluirie et par les grands du royaume.

Le peuple gallo->romain prenait peu de part à ces révolutions de palais , à ces catastrophes dynastiques. Placé sous la tutelle brutale des guerriers francs y il payait, en gémissant et au prix de mille vexations, les énormes tributs que lui imposaient ses maîtres, et il ne se souciait guère de voir se succéder des chefs et des princes qui ne pouvaient ni le protéger, ni le défendre. A Paris comme dans le reste de la Gaule neustrienne il y aurait eu dépérissement social si la religion n'eût accompli sa mission , qui est de sauver le monde. ,

Les évêques, les supérieurs des monastères, d'autres dignitaires de TÉglise stipulaient, auprès des rois barbares , en faveur de la société gallo-romaine. Les concessions faites aux églises à titre de bénéfices leur donnaient le droit de prendre rang parmi les leudes et les faisaient entrer dans l'aristocratie des Francs, sans rien leur enlever de l'amour et de la confiance des Gaulois.

Il y eut sans doute, durant la longue et obscure période dont nous avons rappelé quelques traits, des actes de violence, des mèurtres, des crimes dont la nomencla-

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ture serait trop longue; mais au milieu de cette 'confusion rÉglise réussit à conserver la société, et, pendant que toutes les forces étrangères à elle s'usaient par leurs propres excès, elle seule dominait et prévalait. Une histoire plus longue que celle des attentats commis serait celle des at« tentais qu'elle a empêches (i).

( I ^ M. Guizot, Esimi sur P histoire de France,

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