CHAPITRE III
Pari* ma dédia de la première dynastie*
Si Von se reporte, par le souvenir, vers le milieu du huitième siècle, à l'époque où lesderaiers Mérovingiens se promenaient, de ferme en ferme, sur des chariots traînés . par des bœufs, on parvient très-difficilement h se faire une idée juste de la physionomie de Paris à cette époque, de son étendue, de ses limites ét de sa banlieue.
En dépit des misères publiques, des misères privées, des liorreurs de la guerre, des maladies contagieuses, de la disette et des exactions fiscales, Paris avait eu le sort de toutes les villes qui sont plus ou moins un centre politique et commercial : il s*était peu à peu développé ; il avait vu se former, autour de son île étroite, des faubourgs, des bourgades, une ceinture de maisons de campagne ou de maisons de plaisance qui faisaient corps avec lacité-mère. n est presque impossible de déterminer les espaces que cette banlieue occupait et d'en suivre les contours très-irréguliers; les agglomérations extérieures de maisons et de rues qui existaient autour de la ville étaient évidemment disséminées au hasard, groupées sans aucune pensée d'ensemble municipal, séparées les unes des autres par des champs, des bois, des marécages. Quant à la ville proprement dite, à la vieille cité lutécienne, tout ce qu'il est permis de penser, c'est cpi*elle était fort laide et fort mal ordonnée.
L'histoire de l'île de la Cité, berceau de Paris, est This-
I04 HISTQIAÇ m PARIS. W-W
toire de la ville elle-incnie jusqu'au onzième siècle. Le Paris des deux rives n'avait alors qu'une médiocre importance; à cause de Notre-Dame et du Palais, ces deux métropoles religieuse et politique, tous les événements se concentraient dans la Gtë, et la population, les églises, les établis» sements de tout genre ne eessaîenides'y entatser. A partir du onzième siècle, et à mesure que le Paris des deux rives s'agrandit, la Qté pmi de son iqi^iorUQcei mais ooa de sa popularité, car elle reste le centre des affaires politi-* quefi, et même, à cause du Parlement, le centre des affaires commerciales ; elle garde oe caractère jusqu'à la fin du quinzième siècle. A dater de cette époque, et surtout de 1789, la Cité cesse déjouer le premier rôle dans Thistoire de Paris; la richesse s'en est âoîgnée; il a y reste qu une population misérable et souffrante ; elle devient même un repaire de vagabonds, de repris de justice et de prostituées; aucun événement ne vient la remettre en saillie, et elle ne garde d'importance politique que par le Palais de Justice et surtout par la Préfecture de Police , positions de premier ordre dont les révolutions ne vwBt quent jamais de s emparer.
La Cité présentait encore, il y a soixante ans, l'aspect peu séduisant qu'eUe avait au moyen âge : à l'extérieur, privée de quais, sauf dans sa partie occidentale, ayant ses maisons hautes, fétides, dMcures, pressées sur les bords de la Seine, bordée d'eaux sales, d'iierbes dégoûtantes, de blanchisseries, de guenilles suspendues de toutes parts, elle cirait à l'intérieur un amas inextricable de ruelles hideuses, de masures noires, de bouges infects, ruche malsaine où nos pères se sont entassés pendant des siècles, et dans laquelle on ne comptait pas moins de cinquante-
uvBE II. chaphhb ui. io5
deux niesy sk impasses, trob places, dix paroissesi vingt et une églises ou chapelles, deux couvents, outre l'Hétel*
Dieu, les Enfants-Trouvés, le Palais avec ses dépendances, l'archevêché, le cloître Notre-Dame et la catliédrale. Aujourd'hui le marteau des démolitions a fait disparaître près de la moitié de ces rues et de ces édifices, et l'on peut prévoir l'heure où l'île qui fit jadis la gloire et la force des Panses ne sera occupée , de l'orient à l'occident , que par des monuments publies, une cathédrale, un liopital, un palais de justice, une préfecture, uii tribunal de commerce, un square, et on ne sait combien de casernes ou de postes de police. A vrai dire nous ne regretterons pas les bouges avinés, les cloaques infects que l'on fait disparaître et qui avaient transformé plusieurs quartiers de la Cité en foyers de débauche et de vol. Sons les Mérovingiens ces nielles étroites que nous voyons détruire constituaient à elles seules le vrai Paris.
Les aiccesseurs de Clovis siégeaient encore à la Tour, c'estià-dire au palais situé vers T occident de l'île,, et qui servait en même temps de résidence aux rois et aux comtes, d'hôtel municipal et de prétoire. G>mme on l'a vu plus haut, à l'extrémité opposée de Tile, près du lieu oii l'on remarque aujourd'hui la promenade et la fontaine de Tarchevêché, existait, même avant Clovis, la cathédrale de Paris, alors dédiée sous le vocable de Saint-Étienne. C'était là que Frédégonde avait cherché un asile après la mort de Chilpéric V, L'édifice, dont on ne nous a pas cooservé l'aspect, avait été superposé à d'anciennes constructions romaines dont on a retrouvé les débris en 1 7 1 1 , parmî lesquels figiu^aient les effigies de pkideurs di>'îmtés gajuloises ou romaines. On y remarque Ésus, le taureau
Io6 HISTOIRE 0B PARIS. (W-iai
sacré, le dieu Cernunnos, en compagnie de Jupiter, de VulcaiD, de Castor et de PoUux.
Entre i'ëglise cathédrale et le palais se trouvait une assez vaste place^ consacrée au commerce, et que plusiean annalistes ont appelée place du l^arché'Neuf ; une petite place contiguë , qui avoisinait évidemment la Seine et qui était quelquefois submergée, portait le nom de Marché'Palu ou Palud.
L'église Saint-Ëtienne n'avait pas tardé à devenir trop étroite pour la grande affluence des fidèles ; on éleva près d'elle, on lui adjoignit une vaste chapelle, dédiée sous le vocable de la sainte Vierge, et que les cbartes mérovingiennes appellent la basilique de JVoire^Dame, baà» lica doninœ Mariœ, On n'en connaît pas les dimensions. Une autre basilique était située dans la Cité; c'était Saint- Denis de laChartre, qui s'élevait à Teitrémité méridioaak