OM-877) LIVIUE III. CHAPITRE I. I
sirai parmi vous les ministreft et les foDctiooiudres ; je vous
inscrirai au rang des juges et des magistrats. » Puis, se tournant vers les autres, qui étaient à sa gauche, et ex* primant sa colère par les traits du visage : « Quant à vous, leur dil-il , délicats et mignons, qui, pleins d'une vaine confiance dans ie rang et la richesse de vos parents, avez outragé notre majesté, et qui, au mépris de nos ordres, avez préféré la paresse, le jeu , le luxe et les vices aux. vertus et aux. belles-lettres, je vous ie dis, et j'en jure par le Roi du cid, n*attauiez ni grâces, ni honneurs, pas même une obole de votre empereur, dont vous dédaignez les injonctions. Je ferai de vous des exemples si vous ne vous repentez et si vous n'expiez votre négligence par votre diligence et votre zèle. »
Charlemagne éleva Etienne , comte de Paris , au rang de ses missi dondnici. Vers le même temps Irminon, abbé de Saint -Germain des Prés, rédigea son Polyptisque ^ espèce d'inventaire qui renfermait la statistique complète des biens et des sujets de l'abbaye. Ce livre terrier est un document très-important pour l'histoire, en ce qu'il contient de précieux renseignements sur la condition des personnes et des terres et sur l'organisation de la société au temps de Charlemagne. Il indique cinq grandes classes d'hommes existant à cette époque : les hommes libres, les colons, les lides, les serfs et les esclaves. Les esclaves, devenus très-peu nombreux , allaient bientôt entièrement disparaître pour rentrer dans la condition des serfs. Les lides, gens à moitié serfs, commençaient à croître en nombre, tandis que les hommes libres devenaient de plus en plus rares. L'ab* . baye de Saint-Germain comptait dans ses domaines plus de
dix mille personnes qui relevaient d'elle , et les esclaves mm, wt PABU. — T. I. 9
t3o . HISTOIRE DE PARIS. Çm-m
atteignaient à peine le chiffre de six cents. A cette époque, c'est-à-dire dans la première période du neuvième siècle , k populatioti lenrik dépendant des églises et des abbajes de Paris s'élevait à plus de cent mille âmes. Les terres appartoiant aux mêmes établissements religieux étaient sans doute d'une immense étendue , puisque Tcglise cathédrale possédait à elle seule plus de six mille rnanses (environ sofacante-dix mille hectares), qui lui rapportaient près de huit cent mille livres de notre monnaie. Alors que TÉ* glise exerçait sur le pauvre une autorité pleine de mansuétude et disputait le terrain aux envahissements delà force brutale et du sabre, cette grande puissance territoriale, cette multitude de serfs dont elle disposait, attestait, quoi qu'on puisse dire, un incontestable progrès social. L'£* glise, en effet, assurait seule aux masses un peu de sécurité et de paix; elle stipulait pour le faible et l'opprimé, et ne cessait de transformer Teschivage en servage, le servage en col onat.
Louis le Débonnaire, fils et successeur de Charlemagoe, ne séjourna guère pfaissouvent à Paris que son père. Cependant il visita en 8i4, l'année même de son avènement à la couronne, les églises de cette ville. Plus tard, enSi^f ce prince, victime pour la seconde fois de Fingratitude et de l'ambition de ses fils , fut conduit prisonnier à Paris par Lothaire. Louis 1« Débonnaire se montra en plusieurs occasions favorable aux églises et aux monastères de Paris. Sur la proposition de Begon, comte de cette ville, il prit sous sa protection le monastère de Saint-Pierre des Fossés. En 820 il confirma Tévêque de Paris dans la juridiction qu'il exerçait sur la terre de Sainte-Marie
dans rile, sur le grand chemin qui^ du côté de Saint- %
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Germain, conduisait de SainuPiem (Saint-Herry) au Keu dit de Tudéla, et sur la rue Saint-Grermain TAuxerrois, avec défense à tous autres officiers qu'à ceux de Té* vêqae de lever ni cens ni droits dans rëteujtte de sa juridiction.
L'évéque de Paris (il s'appelait alors Inchad) assista en 825 à la réunion synodale ifui eut lien à Paris, et où Ton délibéra sur la question du culte des images, qui préoccupait alors le monde chrétien. Les éi^ques assemblés à Paris discutèrent sans discernement, et euToyèrent au pape un recueil des textes des Pères qui se rattachaient h la grande querelle suscitée par les iconoclastes d'Orient. Ils rejetèrent le second concile de Nicée et se firent remarquer par une inconcevable ignorance des documents et des actes c[ui servaient de base à leurs déclarations syno» dales. L'empereiur Louis le Débonnaire , fort peu éclairé lui-même sur ces matières importantes, «ivoya au pape Eugène n les textes colligés et commentés par l'assem* blée des évêques réunis à Paris, et le pape, contraint d'agir avec beaucoup de prudence et de réserve, laissa les préventions des évéques de France se dissiper par le temps et avec le secours d'une instruction plus complète. Quatre ans plus tard, en Bag, eut lieu le huitième concile de Paris, auquel se trouvèrent réunis vingt-cinq évêques qui siégèrent en l'église cathédrale de Saint-£tieone. Les plus connus sont Ebbon de R^ms, saint Âldric de Sens, Renouard de Rouen, Landran de Tours, Jonas d'Orléans, Jessé d'Amiens, Rantgaire de Noyon, RotlHide deSoissons, Adalelme'de Oiâlons-sur-Mame, Hildenan de Beauvais, Godefroy de Sentis , Frécule de Lisieux ,
Halitgaire de Cambrai, Francon du Mans, saint Héribaide
ti2 HISTOIRE DE PAEIS. (ISS417)
d'Auxerre» Jonas de Nevers, Hubert de Meaux, lachad de Pàrisy et Hëlie, évéque de Chartres ou de Troyes. Les actes de ce concile sont divisés en trois livres ; ce sont moins des canons que des instructions tirées des saints Pères. Le premier livre traite des devoirs des évéques, des prêtres, des clercs et des moines ; le second livre, des devoirs des rois et des sujets. Un roi, dit le concile, doit comuMnoer *par se bien régir lui-même, par régler sa maison et donner bon exemple aux autres. Il doit rendre la justice sans acception des personnes, se montrer le défenseur des étrangers, des veuves et des orphelins, réprimer les larcins, punir les adultères, ne pas entretenir des personnes de mœurs impures , ex^terminer les parricides, protéger les églises, nourrir les pauvres, mettre les hommes équitables à la tète des affaires, choisir pour conseillei^ des vieillards sages et sobres, diiTérer les effets de sa colère, défendre la patrie avec justice et courage, conserver la îoi catholique, ne pas souffrir les impiétés de ses enfants, et ne pas manger hors des repas* Le concile recommande ensuite aux sujets la soumission au souverain, attendu que sa puissance est de Dieu ; il les exhorte en outre à l'étude de la loi chrétienne, à la pratique des vertus, à l'amour de la 'prière et à l'assiduité aux offices divins. Le troisième livre des actes du concile de Paris renferme une lettre adressée par cette assemblée aux empereurs Louis et Lothaire. Il y est dit : <c Nous prions Votre Piété de permettre la tenue des concile provinciaux au moins une fois l'an; d'établir des écoles publiques au moins en trois villes différentes de votre empire; d'empêcher que les clercs et les moines n'aillent si souvent à la cour vous importuner, etc.; d'apporter un
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grand soin à choisir de bons pasteurs aux églises, de
digues abbesses et de bons ministres d'Etat ; d'élever les princes, vos enfants, dans la crainte de Dieu , et d*entre* tenir chez eux la charité et la concorde. » En terminant les évéques du concile de Paris font remarquer aux deux empereurs qu'une des principales causes des désordres, c'est que les princes se mêlent plus qu'ils ne devraient des affaires ecclésiastiques et les évêques plus qu'il ne convient des afibires séculières.
Évidemment on assistait à l'une des luttes que les Eglises de France enj^ageaient pour établir leur indépendance, pour secouer dans ce qu'il avait d'irrégulier et d'illégitime le joug du pouvoir temporel, et pour rappeler ' au clergé lui-même la juste limite de ses droits en matière d'administration civile.
Durant ce même concile , en exécution du canon qui prescrivait aux évêques de pourvoir aux besoins de leurs clercs, l'évéque de Paris, Inchad, fit un partage des biens de son Église en deux menses, la mense épiscopale et la mense capitulaire ; il présenta donc à l'assemblée une charte oit il est dit : « Nous donnons et allouons à nos frères ( les chanoines ) les terres d'Andrésy^ Hileriacum^ Orly, Chevilly, Chatenay, Bagneux, etc., etc., pour leur subsistance et le luminaire de l'église. Nous voulons que la dîme de toutes les terres que nous donnons à nos frères soit dévolue à l'hôpital Saint-Christophe, dans lequel ils doivent, à
l'époque fixée, laver les pieds des pauvres Signé d'In-
chad, évêque de Paris, qui|,à cause de la perte de ses yeux, n'a pu souscrire ce privilège. » Quelques années plus tard ce partage fut ratifié et confirmé par Charles le Qiauve. En attendant, Hilduin, abbé de Saint-Denis, jouait un
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rôle fiolitique dans le» oonfliu lamentables qui troublaient le règne de Lams le Débonnaire. Durant le cours de ces
agitations, Inclmd étant mort, sou successeur, Ërkearad H, fit avec pompe, en <843, la translation des rdiipies de sainte Batlnlde de Ghelles à Notre-Dame, car Tancienne cathédrale de Saint-Étienne commençait à être délaissée pour cause de vétusté. L'épîsoopat d'£rkenrad II fut fécond en améliorations utiles, et ce prâat ne cessa d'être fidèle à Tenipereur Louis, persécute par ses propres fils et jugé par des évêques complices de la révolte. £rkearad survécut longtemps k ce malheureux prince, qui mourut en 840 , au moment où il marcliait pour faire rentrer Tun de ses fils dans le devoir.
De son vivant Louis le Débonnaire avait plusieurs fois partagé ses Etats entre ses fils, mais ces partages, souvent irréguiiers et mal motivés, avaient donné lieu à de fréquentes rébellions. La mort de l'empereur ouvrit à ses trois fils , Lothaire , Louis le Germanique et Charles le Chauve, et à son petit-iils Pépin II, fils de Pépin, dernier roi d'Aquitaine , un prétexte immense de querelles et de guerres de famille. succession impériale, entre princes peu scrupuleux et habitués à violer leurs serments , semblaît ouverte au plus fort. D'après les volontés du dernier empereur la Gaule devait appartenir à Charles le Chauve ; mais Lothaire, foulant aux pieds les recommandations de •on pàre, entreprit de lui en ravir la portion la pbis considérable. Lothaire avait reçu de Louis le Débonnaire, et duooBseutement des Francs, la couronne et le ûtre d'empcrenr; mais cet faonaeor ne faii sembbdt pas assez grand, et il voulait réduire à l'obéissance ou dépouiller de leur apanage ses divers compétiteurs. Ces derniers se réunirent
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contre lui, à l'enception de Pépin II, à qui Lothûre ooo*
sentait à abandonner le royaume d'Aquitaine. La guerre fut déclarée. Cependant l'empire se dissolvait de toutes parts, et chaque nationalité tendait à rentrer dans son Ut naturel. La Gaule se séparait de la Germanie, la Germanie de la Gaule, l'Italie de toutes deux \ mais surtout le Blidi s'isolait du Nord.
bataille de Fontanet, qui fut livrée le 25 juin 8/4 1, précipita cette tendance de chaque peuple à se constituer dPaprès ses propres éléments. Elle fut longue, vaillamment disputée, et la plus sanglante de celles dont fasse mention l'histoire du moyen âge. Des évaluations exagérées portent à cent mille hommes la perte des deux armées , et un auteur contemporain assure que l'empereur Lothaire laissa quarante mille guerriers sur le cliamp du combat, a Les véterooits de Un des morts, dit un poète de ce siècle, hlanchissaient la campagne comme la blanchissent les oiseaux d'automne. » Plus loin le même barde fait entendre cette chaleureuse imprécation : « Ge combat n'est pas digne de louange : qu'il ne soit célébré par aucun diant I Que l'O* rient, le Midi, l'Occident et l'Aquilon pleurent les morts! Maudit soit ce jour 1 qu'il ne soit pas compté dans le cercle de l'année! qu'U soit ef&cé de toute mémoire ! que le soleil lui refuse ses rayons et l'aurore son crépuscule ! » Jamais, en effet, depuis les Teutons et les Cimbres, tant de sang barbare n'avait coulé dans une journée. Deux ' ans après, et par le conseil des évéques, un traité de paix intervint enfin entre les trois frères. Le nouveau partage de l'empire eut lieu à Verdun ; toute la partie de la Gaule située au couchant de la Meuse, de l'Escaut, de la Saône et du Rhône, fut abandonnée à Charles le Chauve : ce fut
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là le nouveau royaume de France. La. Germanie tout entière fut donnée à Louis, et l'Italie à Lothaire. Par Teffet du traité de Verdun Paris redevint capitale de la France; mais, en ces temps de désolations sociales et de guerres calamiteusesy cet honneur était moins enviable que dan« gereux.
Plusieurs conciles furent tenus à Paris en 845, 846 et 848. Tueurs actes offrent peu d'intérêt. En 897 mourut Erkenrad 11, évêque de Paris, qui eut Enëe pour successeur. Ce dernier obtint en 867, de Charles le ChauvCi la restitution de Tîle située à l'orient de la cathédrale , et qui fut successivement appelée iie de Notre-Daine et île Saint-Louis. Les comtes de Paris en avaient usurpé la po6> session ; Charles le Chauve la retira de leurs mains et la
restitua à l'Eglise de Paris.
Or, depuis plusieurs années, un redoutable ennemi mer naçait le royaume et la capitak de Charles le Chauve. Des pirates du Nord, des barbares qu'on désignait sous le nom de Normands (^Dlorthmen) ne cessaient d'attaquer les na* tions chrétiennes. lueurs flottes partaient à certains inter* valles des ports de la Scandinavie (la Norwége et le Danemark modernes), et arrivaient en quelques jours à l'embouchure des fleuves gaulois. Chacune d'elles obéis» sait à un chef électif qu'ils nommaient roi de la mer (konong) et qui était toujours le plus brave. Ces pirates procédaient dans leurs invasions d'une manière uniforme : ils remontaient les fleuves aussi loin que la profondeur des eaux pouvait le permettre à leurs barques, et , ainsi campés sur les flots, ils envoyaient sur les deux rives des bandes de pillards avides, qui portaient partout l'incendie et la désolation. Desûeuves il passaientdans les rivières, et.
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chaque fois qu'une île leur semblait offrir un retranchemeat favorable, ils s'y fortifiaie^t, soit pour y passer l'hiver, soit pour y déposer leur butin.
On ne peut se faire une idée des désastres qui accompagnaient ces invasions rapides. De vastes cantons étaient dévastés à ce point qu'on n'y rencontrait ni un homme, ni un animal domestique. Les habitants des campagnes , pourdiassés comme des bêtes fauves j abandonnaient leurs récoltes^ fuyaient au hasard, et cherchaient un asile dans les foréls lointaines ; les villes étaient pillées ou livrées aux flammes, les églises et les n^mastères pro&nés et réduits en cendres, et il n'y avait un peu de sûreté que pour les nobles, d'ailleurs en petit nombre, qui se. retranchaient dam leurs châteaux forts. C'était surtout aux prêtres et aux signes extérieurs du culte que les barbares portaient une haine implacable ; aussi les religieux s'éloignaient-ils en toute hâte à leur, approche , emportant avec eux les vases sacrés et les reliques saintes.
L'an 845 Bagnar, l'un de ces rois de mer, entra dans la Seine avec une centaine de barques et la remonta en ravageant ses bords. Charles le Chauve, qui campait sur la rive droite, n'osa les attoidre, et, se hâtant d'abandonner Paris, se réfugia avec toute sa noblesse au couvent de Saint-Denis. Le samedi saint Ragnar entra dans Paris sans y éprouver de résistance. Les Normands massacrèrent et pendirent à des arbres les habitants qui n'avaient pu fuir et se gorgèrent d'un riclie butin. Gliarles le Chauve parvint à les éloigner en leur payant la somme énorme de sept mille livres pesant d'argent. Cette lâche concession ne devait avoir d'autre résultat que d'encourager les pirates à entreprendre de nouvelles invasions; aussi revin-