HISTOIRE DE PARIS. (7S
rent'îlt très-promptemeiit à la diarge. Déjà ib avaioit
pris Trêves, Cologne, Rouen, Nantes, Saintes^ Bordeaux, et désolé le territoire de ces villes; en 85? ils remontèrent de nouveau la Seine jusqu'à Paris, mirent le feu à l'église de Sainte*Geneviève et à plusieurs autres édifices consacrés à Dieu, et, après avoir répandu partout la désolation et l'épouvante, se retirèrent en emmenant prisonnier Tabbé de Saint-Denis.
D'après une chronicpie contemporaine Bagnar rendit compte au roi des Danois de la prise de Paris. « Tllui rapporta, dit-il, combien il avai^ trouvé le pays bon et ferliie* Il ajouta que dans ce pays les morts avaient plus de cou^ * «âge que les vivants, et qu'il n'avait trouvé d'autre résistance que celle que lui avait opposée un vieillard nommé Germain (i), mort depuis longtemps, et dans la maison duquel il était entré. »
Un autre auteur contemporain (a) ajoute, en parlant de la prise des villes de Paris, d'Orléans et de Clermon « 11 ne restait pas une ville, pas un village ou un hameau, qui n'eût éprouvé à son tour l'effroyable bari>arie des païens... Us parcouraient ces provinces, d'abord à pied, car alors ils ignoraient l'usage de la cavalerie^ mais plus tard à cheval comme les nôtres. Les stations de leurs vais> seaux étaient autant d'asiles pour tous leurs brigandages; ils bâtissaient auprès des cabanes qui semblaient former de grands villages, et c'est là qu'ils gardaient, attachés à des chaînes, leurs troupeaux de captifs. »
Durant l'un des intervalles de repos <{tte les invisions
(i) Saint Germain l'AaiciTob. R^gnar, ajrant pillé son église» en avait été miraculenaement puni.
(2] Ex mintcuiis S. Benedidi,
tttê-tm) uvaE m. chapitre i. i39
des pirates laissaient au pays, Charles le Chauve fit trans* férer le corps de saint Maur, de l'abbaye de Gkafeuily en Anjou, dam celle de Saint-Pierre des Fossés, près de Paris, au bord de la Marne.
Charles le Chauve était incapable de gouverner. On voit pourtant qu'il essayait de suivre les exemples de son aïeul Qiarlemagne pour entretenir la force et la prospérité de son royaume. Une lettre du pape Nicc^ 1*' témoigne des soins et des encouragements qu'il donnait à 1 étude des beaux-arts dans ses États, et surtout à Paris, comme l'avaient fût ses prédécesseurs.
Charles le Chauve séjournait fréquemment à Saint- Denis, qu'il faisait fortifier contre les Normands. Les rois* avaient sans doute alors un palûs à Saint-Denis, puisqu'il est question de cette résidence dans les historiens. La leîne Hirmintrude y mourut en Fan 869.
Quelques gén^logîstes donnent pour fille à Charles le Chauve une Alpaïs, femme de Conrad, établi comte de Purjs en 869. Conrad éuit, dil>-(m, de sang rc^al. Avant hn Bégon, comte de Paris, avait épousé une autre princesse nommée aussi Alpaïs, ûUe de Louis le Débonnaire.
L'évéque de Paris, Énée , ancien profianeur aux éooks palatines, mourut en 870. Demeuré étranger aux occupations du gouvernement civil, ce prélat prit une part active aux affiûres ecclésiastiques. Il Ait dmrgé de réfiiter, au nom de la province ecclésiastique de Sens, les doctrines du schisme grec de Photius, ce qu'il fit dans un ouvrage qui nous est resté.
Ingelvin, son successeur, demanda à Charles Chauve la jouissance de Tabbaye de Saint-Éloi, située dansr le fief de l'Église de Paris. Le roi Taccorda (871), pour que
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Dieu lui donnât des enfants de sa femme Richilde, et à condition que l'Égli&e de Paris prierait pour lui et les siens. A plusieurs reprises Charles le Chauve condut avec les Normands de honteuses trêves, rachetant à prix d'argent les prisonniers et les terres qu'il n'avait osé défendre. Louis le Germanique ëtant mort, le roi de France, qm n'avait pas la force de repousser les pirates, entreprit de s'emparer de T Allemagne. Comme il se portait vers le Rhin avec ses armées, les Danois, commandés par Rollon, leur principal chef, reparurent à Rouen et menacéi^nt Paris. Charles le Chauve, battu par les Germains, revint en France, et adieta tristement la paix en payant aux pirates cinq mille livres d'argent, à condition qu'ils sortiraient du royaume.
Vers ce même temps brilla un moment un guerrier issu d'une famille saxonne, et que Charles le Chauve, pour se l'attacher d'une manière plus durable, avait mis en possession de tout le pays entre la Seine et la Loire et créé duc de France. C'était Robert {Rod''Berih)y surnommé le Fort. Cet homme illustre, qui fut la tige de la famille des Capétiens, reçut du roi la mission de protéger la Neustrie contre les Normands. Il s'en acquitta glorieusement pendant six ans et fit éprouver aux barbares la puissance de son courage.
Le 6 octobre 877 mourut Charles leChauve, âgé decinquante-quatre ans; il en avait 'régné trente-huit comme roi de France et près de deux comme empereur d'Occident.