CHAPITRE IV
AffoUtaetaM durédauM» ^ RoUmJIhm de Pteit.
Chaque race d'hommes a eu son architecture religieuse,
appropriée à son caractère, à son climat, à ses croyances.
L'architectui*e des peuples issus de la race franco-germanique devait avoir, comme leur esprit et leur ciel^ quelque chose de sombre et de mystérieux ; il fallait, autant que cela est permis à la faiblesse des œuvres de l'homme, qu'elle donnât une idée de l'infini f elle devait également rappeler ces ombrages des vieilles forêts , les premiers temples de nos ancêtres. » Les forets des Gaules^ dit un illustre contemporain (i), ont passé dans les temples de nos pères, 'et nos bois de chênes ont maintenu leur origine sacrée. Ces voûtes ciselées eu feuillages, ces jambages qui appuient les murs et finissent brusquement comme des troncs brisés, la fraîcheur des voûtes, les ténèbres du sanctuaire, les ailes obscures, les passages secrets, les portes abaissées, tout retrace les labyrinthes des bois dans
l'e^lise gothique. »
La nouvelle architecture mit, entre l'invasion des barbares et les croisades, sept siècles à épurer, par Timitation libre et raisonnée des temples antiques et mauresques, les genres germanique et saxon, qui, lourds et roides, affectaient les formes massives ou colossades, dédaignaient
(i) M. de Chateaubriand.
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les ornements, apparaissaient rudes dans Texpression^ mais alliaient à ces dé&uts rimmensité, la grandeur, la redierehe de l'infini. Elle i^àfFrandiit à la fois de la forme carrée et du plein cintre , et^ comme pour se rapprocher davantage du eiel , elle rayonna en ogives. La flèche gothique s'élança dans les airs « comme une riante fiancée dans sa robe de dentelles » ; elle laissa à ses pieds la tour romane, etee n'est pas le moindre de nos-ëtonne* ments que de comprendre \ydv quels efforts de travail ou de hardiesse les pieux ai*tistes de cette époque élevèrent jusque dans les nues ces édifices frêles et -découpés- à- jour, comment leur prodigue génie les enrichit de sculptures enlacées l'une dans l'autre avec un luxe de détails qui surpasse et ébloùitt La basitiquev au* dedans toute brillante des reflets de ses rosaces, tout harmonieuse dans la variété incessante de ses Gontours, présentait à chaque pas, entre ses faisceaux de colonnes, «mé sorte ^'inoertâtude vague et mystérieuse qui disposait le cœur à s isoler de la terre et à mieux comprendre les merveilles de Dieu; au dehors elle étalait ses myriades de blalues, les noirs enfoncements de ses trois portails, et la gigantesque façade, surmontée de clochers, d^aiguilles et d'arêtes, sur laquelle s'iiarmonisaienl, sans confusion, des galeries légères, des fenêtres à trèfle et à ogive, des niches, des broderies, des fleurs de pierre; et sur le tympan, au fond d'une suite d'aixs concentriques et décroissants, figurant une pei spective, la représentation du jugement dernier, des joies célestes et des peines éternelles. Les autels chargés de dorure, les pavés de mosaïque, les murs couverts de peintures ou de fîiesques, ouvrages précieux que le temps et
l'incrédulité ont fait disparaître, étaient illuminés par
is.
UISTOIRE DE PAKIS.
des lueurs diversement colorées qui s'ëcliappaient, eo gerbes de feu, d'or, d azur ou de topaze, de ces verrières maguifiques, fleurs et feuillages de la forêt clirëtienne. lù au iiiilit'ii do ces merveilles, par ces fûts pilloresqueuieut groupés, sous ces arceaux croisés en tous sens et réunis par des clefs pendantes^ à travers ces longues gerbes solaires teintes de toutes les nuances de l*arc-en-ciel, rÉgiise apparaissait visiblement « cette Jérusalem noua velle venant de Dieu, et parée comme une épouse qui a s\'st revêtue de ses l iches oruemeuts pour paraître de* <r vaut son époux (i) ».
(i) Que dire des orgueilleux architectes des temps modernes qui ont qualifié l'art catholique de défénéré et de barbare ? Ce qu'on appelle la barbarie du douzièine et du traizièiiie aiàck»» c^ett le dévebppemeDt d'une force pleine de grandeur, bien qu'imparbite ; c'est celui des grandes idées , s'avançaot d'une marche audacieuse. La barbarie est là oà les forces s'éteignent , où les idées dégénèrent et se rapetissent, où l'on s'abandonne à une oisiveté pleine de présomptioD et dHgnoranoe. Au noycAi âge Pesprit s'élève , bien qu'il lirait pas toujours les moyens d'exécoter sa pensée ; aujourd'hui, au contraire, on voit bien une certaine perfection dans les arls, mais à l'extérieur seulement; le génie et l'inspiration disparaissent sous les elTorts d'un travail purement mécanique. Regarder la cathédrale Je Cologne, le xMûnster de Strasbourg , connue des œuvres de dégénérât ion , serait tout aussi peu raisonnahie que de regai-der les Nibelungcn comme une pâle copie d'Homère, Shaks|)eare comme un Sophocle dégénéré, et le christianisme connue un paganisme en décadence.
Les grands architectes du moyeu âge sont demeui^és inconnus, à l'exoeptiou de quelques-uns, comme Ervrin de Steiobach, qui bâtit le Mûns* ter de Strasbourg. Le temps nous a dérobé le nom de la |Jupart des autres , comme il nous a laissé ignorer celui des poêles auxquels on doit les ^ibeluKgen*
Ce qu'on ne saurait assez admirer, c'est que tant de guerres » tant de dévastations, tant de troubles, dans un temps où il n'y avait que de petites fortunes, n'aient pas empêché les villes de l'Allemagne et de lltalie cPélever, à force d'activité, d'enthousiasme et de persévérance, tant et de si grands édifices. A Rome, par exemple, qui n'était cependant alon
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Il fallait des siècles entiei^ pour la const i ik tioii fie ces cathédrales, et les siècles auraient à peioe sutii si les populatioos catholiques ne s'étaient souvent imposé des dîmes volontaires. Le riche fournissait de Tor, le pauvre contribuait plus souvent encore de son denier; car la maison de Dieu était surtout celle du pauvre, f^es communes et les provinces rivalisaient d'ardeur et de zèle; des confréries pieuses, dont les membres, bien qu'appartenant à toutes les conditions sociales, s'intitulaient maçons ou tailleurs de pierre, se mettaient laborieusement à Fœuvre; le clergé fournissait les plans et dirigeait la pensée. Pierixî le Chanteur et Robert de Flamesbourg, pénitencier de l'abbaye Saint- Victor à Paris, nous apprennent que les confesseurs substituaient parfois à la pénitence rohligation de contribuer par une aumône à la construction des ponts, à l'entretien des routes, à l'achèvement des églises. Plusieurs milliers d'hommes travaillaient nuit et jour à la cathédrale de Strasbourg. « C'est un prodige inouï, cUt Aimon, abbé de Saint-Pierre-sur-Dive, de voir des4iommes
ni une ville puissante , ui une ville active, on éleva ou l'on rétablit , au temps des Hohenstaufen, vin{;t églises, tandis qu'aujourd'hui c'est à pi ine si, dans l'espace de cent ans, il s'en élève une seule à Berlin, Sans doute que cet effet a sa cause et dans l'alTaiblissemeut de la toi et dans le système de guerre suivi de nos jours, système qui absorbe la plus grande partie des ressources publiques ; mais il faut l'attribuer aussi à l'activité desbommes d'alors, toute dirigée vers la chose publique. Pleins d'amour pour une patrie doot ib voyaient se développer l'indépendance, ils oubliaient pour elle les jouissances et les plaisirs. Enfin bi noble émulation qui s'établissait entre les différentes villes contribua non moins efficacement à ces résultats. Mais, dans l'état actuel des choses, on aurait grand'peine, en France, à construire une cathédrale de Strasbourg , et la Prusse ne pourrait plus, aujourd'hui , élever une cathédrale de Cologne, l'Autriche une église de Saint*Étieniie.
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puissants, fitu'sdc leur naissance, habitués à une vie voluptueuse, s'attaciier à un cliariot, et traîner des pierres, de la chaux, du bois, tout ce qu'il faut pour les saints édi* fices. Parfois mille personnes, hommes et femmes, sont attelées à un seul chariot, tant la charge est pesante ; et cependant on n'entendrait pas le plus léger bruit. Quand ils s'arrêtent en route, ils se parlent, mais seulement de leurs péchés, dont ils se confessent avec larmes et prières. Alors les prêtres les exhortent à déposa les haines, a renicttre les dettes, et, si quelqu*un se trouve endurci au point de ue pas vouloir |>ardoauer à ses ennemis et de repousser les exhortations pieuses, il est aussitôt détAc\ké du chariot et rejeté de la sainte compagnie. » Il continue en disant que [)endant la nuit on allumait des torches sur lés chariots et à Tentour de l'édifice en construction, et que la veillée était animée par des chants. Ainsi s'élevèrent cesadmirables basiliques de Reims, de Chartres, d'Amiens^ de Cologne, de Rouen, et tant d'autres que le vanda* Hsme révolutionnaire a profanées ou détruites. Les siècles qui ont produit de semblables monuments méritentils d'être appelés barbares, et ne peuvent-ils pas opposer au dédain des temps modernes l'impuissance où nous sommes de rien édifier ([ui ait le triple caractère de la foi y de rinspiration et de la durée ?
On nous pardonnera d'insister sur un sujet qui met en évidence les merveilles accomplies par le sentiment chrétien , qui laisse entrevoir l'impuissance où sont réduits les peuples chez lesquek la croyance et la foi se sont ef&cées, qui enfin, montre ce qu'était l'art, ce qu'il pourrait devenir sous l'influence des idées religieuses , et comment il puisait de nouveaux perfectionnements dans la piété de