‹ Histoire de Paris, depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours (volume 2)Chapitre 42 sur 91 · U08-11S0) LIVAE IV. CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

U08-11S0) LIVAE IV. CHAPITRE IV

rartiste. Dès Forigine de la socîëtë chrétienne l'art n'avait

point cessé d être regarde coininc uu ininislère dont les fonctions sont saintes; l'ouvrier chrétien sentait qu'il avait mission de propager le vrai et le beau , qu'il exerçait un sacerdoce arlistujue auxiliaire du sacerdoce des autels, et qu'il avait pour devoir d'imprimer à ses œuvi*es le cachet de toutes les perfections inhérentes à ses croyances. Dépositaire desdébrisde la civilisation passive, rÉ^lise fondait uue civilisation nouvelle , et, pour achever d'instruire le barbare, qu'elle avait rendu chrétien, elle embrassait l'homme dans toutes ses facnltt's, et, après avoir enseigné le dogme et la morale dans la chaire , elle sculptait, elle peignait sur tous les murs l'histoire des bienfaits de Dieu, le symbole des fins de l'homme, les redoutables et les consolantes vérités que résument ces mots : peines et récompenses étemelles. Quand, de nos jours, hommes faibles et chancelants dans les sentiers de Jésus-Christ , (|uand nous considci'ons ces prodigieuses cathédrales que nous a léguées l'art catholique , nous sommes saisis d'une sorte de vertige et nous ne comprenons pas ces grandes œuvres. C'est que la foi unie à la science enfante des merveilles, et que cette alliance n'est possible qu'avec l'humilité, apanage des chrétiens d'alors. Aussitôt que l'artiste entre dans cette voie il marche vers Tinlini, il ne voit rien d'inipossible, il pense plus qu'il ne peut réaliser ; il aime son œuvre dans celui qui l'inspire, dans celui qui lui tiendra" compte de son travail; s'attachant de toute son âme, de toute sa puissance d'expression, à rendre cette œuvre digne de celui à qiû il la dédie, il se rapproche de la perfection idéale, alors même qu'au point de vue de la forme il reste imparfait et inférieur ù la nature, ht d'ailleurs ce n'était pas sur la

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teri'e que les artistes du moyen ife cherchaient le modèle

des figures célestes; c'était dans la prière et dans la méditation , c'était dans riiituition d'un monde meilleur. Il y avait unité entre le peuple et Tartiste, et le statuaire ou le peintre ne se glorifiaient pas alors, comme aujourcriiui, de n'être point compris de la foule et de n'être devinés que par le petit nombre. Alors le peuple entier, associé à la pensée de l'artiste , travaillait avec lui pour le salut éternel, et ce but moral clSaiçait l'art pour en &îre une- force sociale. Qu'importe que Térudition se soit fatiguée à chercher les noms des auteurs des grands monuments du moyen âge y puisqu'ils étaient l'ouvrage du peuple, l'ouvrage de tous? Et quand les touristes modernes s'étonnent de rencontrer si souvent, sous les voûtes des églises gothiques, la statue colossale de saint Christophe portant sur ses épaules l'Knfant Jésus, d'où vient qu'ils ne comprennent pas eiicore qu'indépendamment de la tradition pieuse, chère au moyen âge , que cette sculpture nous retrace, i! nous est également permis d'y retrouver l'image du peuple clu*étien tel que l'avaient fait l'espérance et la foi ?

Durant cette période de puissance et de foi Paris vit enfin commencer les travaux de la magnifique cathédrale qui fait l'admiration et l'orgueil du peuple.

Ainsi qu'on l'a vu plus haut , dès le quatrième siècle , alors que Paris n'était encore qu'une bourgade appelée Lutèce , une église s'élevait sur l'emplacement où a été

hàtie plus Lard l'église de Notre-Dame , et il eu est question dans la vie de saint Marcel . Vers le milieu du sixième siècle, sous Childebert, fils de Clovis, cétte église portait le nom de Sainte-Marie , et déjà on l'appelait l'église Notre-Dame , car il importait de la distinguer des autses

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temples cadioliques déjà i'oodës à Paris. Une cliarte de 558 atteste que « le seigneur ëvéque Germain » officiait

et présidait dans cette « église-mère, » inalri ecclesiœ Parisiacœ. Nous avons dit en quels termes hyperboliques le poète Fortunat , contemporain de Childebert, avait célébré la magni licence de ce mouumeut. « Drs colonnes de marbre , s*écnait-il, soutiennent un splendide édifice, d'autant plus gracieux qu'il est plus pur. Eclairé par de riches vitraux, il reçoit les premiers rayons du soleil, et l'artiste a su renfermer la lumière du soleil dans les murs du temple (i).

Cette église étaitslttieesur le bord delà Seine, à peu près sur remplacement où ont été bâties depuis la chapelle infé* rieureet ladernièrecour derarchevéché.Acette indication, quinousest fournie par lesmonumentscontemporains, l'abbé Lebeuf ajoute : « G>mme ou était alors plus exact qu'on ne Ta été depuis à tourner le chevet ou le fondàes églises vers l'orient , sans avoir égard à Talignement des rues, dont le désordre, d'ailleurs, était alors très-grand, il est probable que le chevet de cette petite église était dans la dii*ection du lieu oïl est maintenant Saint-Gervais. 11 faut se figurer qu'alors la pointe de l île se lermioait à peu près à l'endroit où était autrefois le Pont-Rouge; car l'espace appelé le Terrain ne s'est formé ([ue par succession de temps , des décombi*es que produisit la démolition des vieilles églises

(i) Splendida niartnoiris (ittollitiir aula coliimnis, etc. Plusieurs écrivains font application de cetU* pièce de vers à Tcglise Saint-Vincent, depuis lors appelée Saint-Germain des Prés. Nous sommes de ceux (jui pensent (pi'elle a été composée en vue de célébrer Péglisc catliédrale de Paris, car Pépltre est intitulée de licclesia Parisiaca , ce qui indique Téglise priocîpaie, la cathédrale.

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