II18T. DE PAR». — T. I
. HISTOIB^ jPE PARIS. (tMMlll)
construction postérieure à c^eux de Tabside, suivant la tra«dition , se termineht éanSSmenl sans pyrânikiMms.
Trois galeries à rextérieurforineati à diverses liauteurs, des espèces de. ceintures d'entre«lacs qui unissent ensemble toutes ces formes pyramidales et servent à circuler autour de l'église.
Gomme la plupart des dbarpentes des andiemies églises^ celle de Notre-Dame est construite en châtaignier et appelée vulgairement la forêt. La partie centrale au-dessus de la croisée supportait autrefois un clocher couvert en plomb ^ qui fut abattu eu 1793 «
La couverture. 4u grand comUe e3it toute en plomb. Lorsquton la refit en 17216 on employa dans cette opération i,a36 tables de .plomb, de trois pieds de haut sur dix [âeds de long, IfcmA enseiidile 4^0,000 livres.
Le pignon dM grand combla, , situé entre les deux tours, est surmopiiljé de. la «statue d^unange tenast en ses mains une trompette. Le pignon méiûdional est surmonté d'une statue de saint Étieune..
Tout le côté méridional de la cathédrale de Paris- était à ce point défiguré par le voisinage des bâtiments et dépendances dei'archevêct)fé.quQ,loi:sdela destructioadu palais archiépi^opal, 2^ 1^ suite des orgies, révolutionnaires i\v i83i, les, partie extérieures» de la cathédrale ne pré- ' sentaient, .au .sud» qu'mi amaS'de 4ébris,de ruines, de restaurations provisoires faites à diverses époc|ues. En démolissant le palais archiépiscopal , qui se trouvait situé X entre le./ill^<méridional!de la cathédraJacetla Seine, on ne laissa subsister, pour le service de l'église , qu'un bâtiment construit, par; ;^uf£lot,. et qui Aétajt, en réalité.
(IMMIM) LIVHB IV. CHAPITRE IV.
<|u'un Y^bule mettant la cathédrale mi^xmimuiiicajtian aw le feSm de4*aTclievéque. C'était une œnstiuction massive, sans caractère, ayant deux étages, et vejoant masqua lourdem^ trob des belles chapelles du chœur, dont les claires*voîes avaient été détruites. Une loi votée en 1 845 ordonna que ce dernier vestige de Tardievêdié disparaîtrait ^ et qu'à sa place on élèverait un hâtÎBient destiné à contenir tous les services de l'Église. C'est le monument que l'on apej*çoit accolé au flanc méridional du cliœur de Notre-Dame. A coté d'aussi vastes constructions il paraît à peine offrir 1 étendue nécessaire à de nombreux services; cependant il contient un cloître, deux sacristies, une salle capitulaire, un vestiaire, des caves , des magasins et la salle du trésor. Au centre du cloître sont une piscine et une fontaine.
Toutës leschapelles de Notre-Dame étaient autrefois décorées de lambris en marbre et pu menuiserie , enricliis de dorures ,.^t dont les divers panneaux offraient de très^ bellerf peintures. Quelques-unes de ces cliapelles renfermaient des.moQjlunent^ érigés à des personnages distingués par leur nuig ^ par leur piété ou pair leurs exploits militaires." Ces diapelles, «qui étaient fermées par des grilles en fer exécutées par les premiers artistes , 1 Went dépouillées de leurs ornements en 1793; les monuments seuls, Wiappés à la destruction,, après avoir été déposés .au Musée de la rue des Petit^-Augustins , put été en partiç restitués à la basilique ^métropolitaine et quelques-uns replacés dans les diverses cliapelles où ils avaient été érigés pa2]le»i&miUes. . . . ,
On comptait autrefois quarante-cuiq chapelles , distribuées tant au pourtour que dans la croisée de l'église;
a'jS niSTÛtAB DB PAHIS. (lltt-llM)
tnaisy plusieurs ayant été mppnmées et d'autres réunies en une , par suite des travaux d'embellissement exécutés aux
dépens des familles auxquelles elles furent concédées par le chapitre, il en résulte que le nombre de ces cliapelles a été réduit à vingt-neuf.
Nous avons constaté, d'après l'examen de Tenveloppe extérieure de la cathédrale , que ce monument présente une agglomération de styles d'architecture appartenant à diverses époques; l'intérieur conserve une plus grande unité ; cependant les fenêtres hautes de la nef et du chœur, hors de proportion avec Tordonuance intérieure y détruisent l'harmonie de rarchitecture primitive , et les chapelles ajoutées le long des collatéraux, en reculant les fenêtres, ont assombri la nef centrale. Nous n'en regrettons pas moins la suppression systériiatiquede tous les vitraux peints ({ui remplissaient les trois rangs de fenêtres dans les chapelles , dans la tribune et dans le pourtour des maîtresses voûtes. Toutes ces baies , garnies aujourd'hui de verres incolores, laissent arriver le jour avec trop d'abondance et de liberté. L'architecte du treizième siècle , qui crut devoir agrandir toutes les fenêtres hautes , comptait sur la présence des vitraux peints pour colorer la lumière et pour réchauffer les tons par trop uniformes des grandes murailles. Il aurait, nous n'en pouvons douter, adopté d'autres combinaisons s'il n'avait eu à sa disposition ce moyen sûr d'illuminer l'édifice des teintes les plus brillantes et les plus variées (i).
Ainsi qu'où l'a vu plus haut , Notre-Dame de Paris est bâtie en forme de croix latine. Sa longueur dans œuvre ,
(i) M. F. de Guilhermy.
aiM-ilM) LIVRE IV. CHAPITRE IV. 277
c*est-à-dire depuis le portail jusqu'au mur de Tabsidc, est
de cent trente mètres ; sa largeur est de quarante-huit mètres d^une porte à Tautre de la aef transversale; la hauteur de la voûte est d'environ trente*4:inq mètres. Cette voûte est soutenue par cent vingt grosses colonnes dans le style roman.
Ces colonnes auraient dû être surmontées d'arcs en plein cintre; mais la construction de Tédifice avançant lentement, Tart subissant alors une transformation, il arriva, suivant Fexpres^ondeM. Victor Hugo , «. que Parchitecte achevait de dresser les premiers piliers de la nef quand Togive, arrivant de lacroisade^ vint se poser en conquérante sur les larges chapiteaux romans qui ne devaient porter que des pleins-cintres; maîtresse dès lors^Togive a construit le reste de l'édifice. »
Ces colonnes sont donc les premières parties construites; , la hauteur du fût et du cliapiteau ensemble n'est que de huit mètres. Les colonnes reçoivent les nervures de la voûte des bas-côtés et de la voussure ouverte sur la nef; la plate-forme du chapiteau du coté de la nef sert en* core de base à trois minces colonnes en faisceau, qui s'élèvent le long des murs à plus de vingt mètres , pour rejoindre la retombée des nervures croisées de la grande voûte.
Au-dessus des bas-côtés règne une galerie divisée par cent huit colonnes ^ chacune d'une seule pièce ; elle n'est interrompue que par la croisée. On y monte par trois escaliers , deux qui sont à l'entrée de la nef et l'autre à la droite du chcsur^ du côté de la chapelle de la sainte Vierge. C'est à ces galeries qu'on attachait pendant la guerre les jdrapeaux pris sur les ennemis ; on les ôtait pendant la paûc.
' HISTOIRB DB PAAIS* . fitM^ttlN
L'ëgiise est éokiirée par cent trei^ vkrauXi sans y comprendre le» trois grandes roses, dont Tune est à la façade principale et les deux autres aux faces latérales. Les vitraux 9 à l'eKoeption des toses^ sont aujourd'hui en verr»terie blanche entourée d^un liséré bleu et jaune. Autrefois ils étaient en cou leur et parfaitement en harmonie avec iadesti* nal^oade l'édifice. Suger, suivant Tauteurdesa. Vie^ en avait fait (Ion à réglise de Notre-Dame. Le faux goût du siècle dernier les a faitsuccessivement supprimer, à dater de 1 741 . On voyait encore,. il y a une- vingtaine d'annéesV dans. la chapelle d'Harcourt, une très-belle verrière de la fin du seizième siècle, représentant le Jugemoit dernier et les portraits des donateurs. Cet ouvrage a disparu , à ce qu'il paraît, dans une prétendue restaura lion.
La rose qui est du coté de la rivière a été reconstruite en 17^6, tant pour la pierre que pour la vitrerie ^ par Gaude Pinel, appareilieur, sous les ordres de Boisfranc , architecte du roi. Les frais de réparation , qui s'élevèrent à la somme de 80,000 livres, furent payés par le cardinal de Noailles> archevêque de Paris, dont les armes, peintes sûr Verre , furent placées au centre de la rose , en place d'une peinture du Christ.
La vitrerie de la grande rose au-dessus de l'orgue a été réparée en 1 73 1 ; elle a quatorze mètres de diamètre ; celles des portails de la croisée en ont ti'eize. Les tiois roses sont admirables « tant pour les oervurn de pierre qui les soutiennent que pour les vitraux qui les forment.
Du seuil de la grande porte au transept le nombre total des travées est de dix y mais les deux premièvesy comprises entre les tours , forment une espèce de porche ♦ intérieur dont Télévatioa est d'ailleurs ^ale à celle du resto 4^ la
tHÊMm " LLVU CHAPITRE IV. 279
nef. Ces deux trav^ n'ont pas la même largeur que les snivantés^ im fiiisceau de colonnes^eB sépare , de^i^haque coté, Tune de Tautre, et des colonnettes, placées en second ' ordre^ montent à la. voûte. De grandes Jbaies ogivales ou» vrent'ènr les.aaUesd» Tëtage supérieur des : tour».. A k première travée, au-dessus de l'entrce de l'église, se trouve la tribune de Torgue, coipstruite au treizième sîècfe j et dont la voûte croisée de nennirea repose sur les pile§ latérales. Avant rétablissement des orgues cette tnbiiiie ^pouvait recevoir des chanteurs ou servir a« la représentation de cpielques sonnes -du drame liturgique , ce qui avait lieu encore, il n'y a pas longtemps, dans cataines églises dltaiie.-Deox piliers admirables » formés de la réunion de nombreuses colomes qui s'élèvent dtune seule venue jusqu'à la maîtresse voûte^ soutiennent chacun le poids d'un des angles des txaurs et marquent^ en même temps que la limite du porche , le commencement de la nef proprement dite ; ils portent un vigoureux arcndoubleau renforcé d^énergiquesmioulures^'Huit travées appartien* nent donc spécialement à la nef. La nécessité de consolider les paities voisines des tours n'a pas.permisde donner i la première une largeur pareille à edte4es sept autres; aussi cette travée présente-t^lle un arc en ogive.surhaussée qui ii*a pas eu- de place. pour .se dévelo[^r davantage. Deux files de sept colonnes monostyles servent d'appuis, aux arcs latéraux, et une derrière s'engage de ciiaque coté dans le pilier d'angle du transept. Ces colonnes sont d'un très-fort diamètre; elles ont des socles carrés, avec grandes feuilles sur les angles, des bases entourées de scoties et de moulures plates , des chapiteaux d'une grosseur peu commune, sculptés d'une riche et puissante végétation
:i8o HiâïOlRE DE PAIUS. (lIQS-tIM)
tout empruntée à ia flore parisienne. La première colonne de chaque file est cantonnée de quatre autres ^ évidemment destinées à dissimuler les porte-à-faux du second ordre et des arcs latéraux. La seconde colonne ne conserve plus qu'une seule de ces colouues engagées , qui lui vient en aide pour porter le groupe de colonnettes implanté sur son chapiteau. Dégagées enfin de toutes ces excroissances d'une invention peu habile et d un aspect désagréable , les colonnes qui suivent ont une allure franche et régulière. Tous les arcs latéraux sont en ogive , bordés de moulures toriques. Au-dessus de chaque colonne s'élève un triple faisceau qui va recevoir les retombées des voûtes, et qui porte aussi deux petites colonnes sur lesquelles s*appuient les cordons des arcs formerets. Une grande tribune , toute voûtée en pierre, d'une largeur à peu près égale à celle du premier collatéral, se prolonge dans toute Tétendue de la nef^ au-dessus des arcs inférieurs. A la première travée , plus étroite que les suivantes, nous l'avons dit, elle n'a que deux baies soutenues par de solides pilastres, et encore cette précaution n'a-t-elle pas suffi; le tassement des tours a occasionné dans les arcs une dépression très-sensible. Sur chacune des sept autres travées de la nef, et sur deux travées en retour dans le transept, la tribune ouvre par une triple ogive encadrée d'un grand arc de même forme. La baie médiane dépasse celles qui raccompagnent; à elles trois elles ont pour appuis deux colonnes légères, taillées chacune dans un seul bloc , et deux pilastres engagés, tous couronnés de chapiteaux à crochets. Cette arcature ajoute beaucoup à TefFet du monument par ses proportions , bien plus considérables que celles des galeries de la plupart de nos basiliques. Les voûtes sont d'aiUoirs par»
Oigitized by
iUM-im) LIYAE IV. CHAPITRE IV. a8l
tagées en travées par des arcs-doubleaux et croisées de nervures. Deux cordons toriques, avec un filet intermédiaire , fonnenl; les nervures ; les arcs-doubleaux présentent un bandeau plat accompagne aussi de deux tores. Les clefs sont sculptées de fleurons accostés de têtes d'hommes ou d*aiiimaux. Cette maîtresse voûte parait nue et dégarnie. Les nervures^ au lieu de s'y croiser à chaque travée , suivant le système le plus ordinaire , ne se rencontrent qu'tme fois de deux en deux travées. Des voûtes ainsi disposées se prêtent mieux assurément à recevoir de grandes figures peintes que celles où des nervures multipliées fractionnent l'espace en compartiments étroits^ mais, réduites soit à la teinte de la pierre, smt à celle du badigeon , elles ne paraissent pas sufnsamment remplies. L'œil, qui vient d'ailleurs de mesurer l'étendue de l'édifice par le nombre des travées inférieures, ne s'habitue pas ikcilenieiità voir les divisions du plan diminuées de moitié par l'arrangement de la voûte ; les proportions réelles du monument semblent amoindries d'une manière très-notable.
Les collatéraux de la nef sont doubles sui* une longueur de huit travées. A l'entrée de cliacun de ces deux bascotés , sous la tour, une vaste salle carrée , sans divisions , forme un porche correspondant aux deux premières travées de la nef médiane. Ensuite le bas-côté est divisé par une file de sept colonnes en deux galeries, dont les deux points extrêmes sont marqués par des piliers. Les colonnes sont alternativement monostyles, et entourées de douze mincescolonnettes entièrement détacliées du fût central, auquel elles adhèrent seulement par les bases et par les chapiteaux. Voûtes croisées de nervures à chaque travée j arcsdoubleaux, nervures et chapiteaux pareils à ceux de la
2^2 ' HISTOIRE DE^ PARIS. • (tli6.iM||
nef; colonnes engagées dans les intervalles des <îhapellcs ; feuilles sculptées sur les augles de presque toutes les bases; petites tkià flemtuniées, quelquefois en faraw île croix.
Les chapelles sont au nombre de quatorze, sept au nord comme au midi. Elles aoat petites-ei ne ticaieut autrefois leur importaMe qiits de leurs ifondatioiis ou des choses précieuses qui s*y trouvaient rassemblées. Des coionoettes s'engageât dans Isufs angles; leim iroâtes, antoiir d'uie def é*vat feuillage élégant , se croiseiit des nervures fermées d'un cordon torique qui se détache sur un bandeau (i)^ '
Avant les destmotîons de la période révolutionnaire on remarquait au bout de la nef, et à coté, du dernier pilier à droite de l'entrée du eliœur, presque vis-à-vis ia cliapelle de la Vierge , la statue équestre de Philippe le Bel, élevée en ce lieu , par ses ordres ^^après la victoire de M6ns-en>»Pu^ , el le représentant au moment ob il avait été surpris à la seconde attaque des Flamands, c'est-à-dire armé de son casque, visière baissée^ de son épée et de ses gantelets, mais sans brassards. Le cheval était caparaçonné. Le roi avait accordé une rente annuelle à Notre» Dame •pour la fondation d'une féte qui se céléiarait tous lesane -à '{^anniversaire dé la batailles- Qoriqnes samints ont cru que cette statue représentait Philippe de Valois; mais la discussion a établi qme c'était bien Pliilippeà e Bel. Cette figure, curieuse pour Tétude des costumes et de l'art à cette époque, fut détruite, en 1792, à coups de sabre, au milieu des vêpres, par- les Marseillais. ' . Sous la nef transversale ou croisée on voyait le céno-
(i) M. P. Gallhemiy, DeseripHon archéologique Jes Mmumntts de Paru,
(umm LIVRE iv. cHAFtntK IV. ^85
taphe du cardinal de Noailles et de l'abbé Laporte , siipprUné iSolif ioffsqu'ondébkya Teatrée principale du chœur. - •
£q entrant , à gauche , sous la tour septentrionale , on retnar«pjfe^ près de laporte de l'eacalieri un grand bas*relief qui fi^e souvent l'attention descnrieuxparson originalité : c'est la pierre du tombeau d'un chanoine nommé Antoine Y ver, morl k ^4 février 14^7. Ce tableau a environ huit fneds de haut sur quatre de krge. La partk supérieure représente le Jugement dernier; Jésus-Clirist, environné de ses auges ^ knce de sa bouche deux glaives; il a sous ses pieds un globe et dans la- main un livre ouvert sur lecpiel on lit : Miserebor cui voluero, et démens ero in qiteni mihi pLacuerit, Âu-dessus de k tête on lit sur une bandercde : QamaboRtaitenUrum : sarwtas^ sanctus^sanctus, ^a^L seconde partie du tableau représente un homme qui sort nu d'un tombeau, suv lequel on voit un cadavre rongé de vers; cet homme a les cheveux coiirts et joint les mains; sur sa tête on lit : Et non- intres, Domine ^ in judicium cum ser^o tuo, etc. Cette figure d'homme suppliant est •MNimée de profil et pkcëe entre saint Éticime , que Ton reconnaît à sa tunique dkconale et aux pierres ëparses sur lui, et saint Jean l'Evangéliste | qui tient une coupe remplie de serpents. Au-dessous du cadavre on lit plusieurs versets de'psaume. Au bas du tableau est k longue épitaphe d'Etienne Y ver^ licencié en droit canonique , chanoine de cette église et de celle de Rouen, conseiller du roi en sa cour de forlement, originairé de Péronne, diocèse de Nojon,
Autour du chceur rfegne un bas-relief continu oii se succèdent treise sujets tirés du Nouveau Testament, et dont
a84 HlSTOIR£ DE PABIS. (IIM-HW;
plusieurs sont traités avec un sentiment et un art admirables. Ijbl scène marche de l'est à l'oioest. L'établissement du massif de la porte latérale du chœur ayant causé la suppression de tout ce qui précédait, c'est par la Visitation que commence aujourd'hui l'histoire évangélique. Puis viennent, sans interruption, l'annonce de la venue du Sauveur aux bei^rs; la naissance du Ghnst; l'adoration des mages; Hérode cons^llé par le démon et présidant au massacre des enfants arrachés des' bras de leurs mères par des gardes armés de glaives^ la fuite en Egypte : Marie pressant son Fils sur son sein avec une tendresse infinie; les simulacres des dieux égyptiens renversés de leurs autebài'arhvée de l'Ënfant-Dieu ; la Présentation ;iiine femme portant des colombes dans un panier pour l'offrande légale; la Vierge soutenant Jésus debout sur un autel; le vieillard Siméon tendant , pour le recevoir, ses deux mains couvertes. d'une nappe; Marie retrouvant dans le temple l'Enfant qui discute avec deux docteurs; Jésus debout dans l'eau du Jourdain, qui s'amoncèle autour de lui jusqu'à mi-corps , et recevant le baptême des mains de saint Jean ; un ange tenant la tuulque; les noces de Gaua : le Clirist, la Vierge, l'époux et l'épouse à table; les urnes dans lesquelles s'est opéré le miracle; des serviteurs apportant à goûter l'eau diangée en vin; Tentrée à Jérusalem : les apôtres, des palmes à la main; Jésus monté sur l'âne; Zachée sur son arbre; un personnage étendant à terre ses vêtements ; spectateurs sur la porte de la cité sainte; la Cène : dans une enceinte crénelée Jésus à table avec les douze apôtres; saint Jean l'Évangéliste couché sur la poitrine de son Maître ; deux apôtres; le Christ lavant les pieds à saint Pierre,
miB-liM) LIVRB CHÀPiniB IV. ^85
qui tkiit un livre ; le jardin des Oliviers : les apôtres endormis; Jësus en prières ; le Pk« ëtemel, qui se montre
à mi-corps dans une nuée pour bénir son Fils; plusieurs anges. Deux cordons de feuillage encadrent le bas->relief. La sculpture se continuait sur le jubé ; c'est ici qu'on voyait les mystères de la Passion et de la Résurrection. Mais Tancien jubé fut démoli du temps du cardinal de Noailles et remplacé par une lourde décoration qui elle-même a fait place à deux ambons de marbre. La clôture historiée reprend du coté du midi, et les sujets se suivent en remontant de Touestà Test. Cette seconde partie, moins ancienne que l'autre, n*a été achevée qu'au milieu du quatorzième siècle; le badigeon dont on Tavait couverte laissait à peine apercevoir quelques traces de la peinture dont die était re» haussée.
il ne paraît pas que jamais Tinlérieur de la cathédrale de Paris ait été peint en totalité ; les chapelles du chceur seulement avaient reçu ce genre de décoration. On a découvert, il y a quelque temps, sur Tun des murs de refend de la chapelle du fond, une belle peinture du quatorzième siècle, représentant la Vierge, assise sur un trône d'or avec Tenfant Jésus. A gauche on aperçoit encore saint Denis à genoux, tenant sa tete entre ses mains. A droite est un autre ëvêque agenouillé. Au-dessous de la Vierge deux auges enlèvent une àme dans un linceul, sous la forme d'un jeune homme nu. Cette peinture surmontait évidemment un tombeau et probablement edui de Matif&s de Bucy, le fondateur de ces chapelles. D'autres traces de peintures très-finement touchées se voient encore dans les chapelles du rond-point; quelques-unes sont faites sur des fonds gaufrés et dorés. De précieux vitraux remplissaient les
fenêtres du chœur jusqu'au iiioaieii& ch le chapitre les fit enlever ; ceux de la chapelle d'Hareour^, entre autres, passaient pour des chefs-d'œuvre (i).
On rétablit des vitraux aux fenêtres, ipii en ont ëtë dépouillées, et, bien qu^ils aient ce caractère moderne ' qui fait leuL ioférioiité relative^ ils n*en contrihuent pas mcâns à restaurer la splendeur de rédifioe. Des ancieBS vitraux qui décoraient rinlérieur de la cathédrale il ne r^te que les trois roses des portails. Chacune de cfes roses com{Jèle les imageries sculptées sur chacun- des trois por« tails qu'elle surmonte. La verrière de la rose occidentale, qui date de Tépoque de la façade, montre au centre la Vierge couronnée^ tenant un sceptre- ^ portant le Christ qui bénit) à l'entour sont les douze prophètes qui annoncent la venue de Notre^eigneur. Dans les deux comfMV- Uments disposés entre la zone des prophètes et la droonférence sont peints les signes du zodiaque et les travaux des mois de l'année qui y correspondent. Le demiereerde représente les Vertus, sous la figure de femmes courdnaéeSy armées de lances et d'éc,uS| sur lesquels sont peints lesattributs qui leur convieniient ; deleurs.laneea elles .fenppent les Vices, remplissant les médaillons placés au-dessous de ceux qu'elles occupent. La rose du transept nord, dont le pertaiLest^ ainsi quenousl'avons vu, ooBsaeréJi la vie de la Vierge, montre c^ncore Marieavec sou Fils, mais- entourée des patriardbes, des juges, des prêtresydes prophètes et des rois. La porte dumidi^ dite des Martyrs, est sur» montée d'une rose pareille à celle du nord, mais dont le vitrail psésenteles douie ajiôtres, qimntité^d'évêqiMietde
(I) M. V4oliel-le.Duc.
(WMD LIVRE nr. (SAPITRB IV. 387
saints personnages, qui tous ont en main soit les palmes du triomphe^ «oit ks ioakhiëieats 4e leur glorîeuK wp* pHce. Des anges déposent des céuronnes d*or sur la tête de cette assemblée de saints. Les écoinrons de cette rose, cpii remplÎBieiit les doux angles enlr^ ^le et la galefie à jour, formaieiit autrefois elaire-voîey comme la rose du nord} mais cette disposition primitive a été changée lors de.la.reQonBtru€tioa du pignon méridional. Les g^ferîes à jour qui soutieiiiient ces roses oal perdu leurs «Acieiis vi* traux.
La cathédrale de Paris ae renferme pas de. crypte^ et les archevêques merts durant le dix-iiatvîème siècle Mmt
provisoirement déposés dans un caveau fort bas et fort étroit. Les fondations-de iNotre-Dame de Paris ne sont point établies sur pilotisif ainsi que l'ont prétendu bon nombre d'auteurs qui ont écrit l'histoire de ce moaunieut religieux; l'édifice repose sur^ .une excellente maçonnerie assise sur le sable et sur des libages d'une grande dimension. Les constructions en élévation n'ont pas été toutes exécutées avec le même luxe ni avec le môme soin i cellea qui datent de. la fin dudouaième siècle sont composées de matériaux peu résistants, sauf les piles principales provenant de la butte Saint-Jacques ; mais toute la iisiçade et las parties qui s!y catlsBcfaent^ de la base aU' sommet des tours, sont en pierre dure connue sous les noms de roehe, de cliquait et de liais. Cette façade, à la fois ornementée et solide, est entièrement monftée an .assises de pierre d'une égale liauteur dans toute l'épaisseur d^s murs et des piles (]). ... • , /<.•.
(i) M. VioUet-le*Duc. . ». * " *. • • . • i. •
Au momeiit oii nous écrivons 'ces lignes les travaux
du dehors et surtout ceux de Tintérieur sont loin encore d*étre termiaés, et cependant le sanctuaire de Notre-Dame a pu être rendu au culte. On peut déjà se faire une idée du beau spectacle qu'il- offrira aux yeux des fidèles. Débarrassé des gros piUers qui masquaient les cërémooin, il présentera, les jours de fête, un large espace étîncelant de lumière et d'or. Déjà les vitraux supérieurs sont poses; ib représentent te couroimenient de la Vierge, rAonoiidation et la Visitation, puis les fondateurs de l'Église, les Pères, les saints du diocèse et les apôtres.
Si Ton a diangé les dispositions du chceur, tel que l'avait défigure Robert de Cotte, sous Louis XIY, on s est maintenu à cet égard dans de justes limites, afin de ne pas punir un vandalisme par des destructicHis qui mériteraient un nom pareil. Le cliœur ne sera donc pas entièremeul privé des décorations les plus remarquables qui renrichirent au commencement du dernier siècle. Le groupe de CoustoU| les statues des rois, les anges en bronze, le pavage en mosaïque et les belles stalles en- bois sculpté reprennent aujourd'hui leur place, et leur effet est loin de déparer l'architecture de la vieille basilique, dont l'abside, on lésait, est d'un fort beau style. Des grilles en fer forgé et doré entourent le sanctuaire, qui, par son caractère et la quantité d'objets d'art qu'il renferme, sera de tous points digne de la cathédrale de Paris. Un maîtreautel neuf, revêtu d'une table de marbre blanc de plus de quatre mètres de longueur, et surmonté d'un simple ff^ din sculpté et doré, s*élève sur le pavage en mosaïque.
L'activité imprimée aux travaux que nous venons d'indiquer n'a pas fait négliger ceux, non moins considéra-
(llW-iWO) LIVRE IV. CHAPITRE IV. 26g
Hesj qui ont pour objet l'extérieur de Téglise. La galerie des Rois se complète rapidement, et bientôt ses viugthuit nidies n'offriront plus de lacune. La porte Sainte- Anne, qui s'ouvre au pied de la tour méridionale, et l'une de celles dont ie fantastique serrurier Biscoraet passa longtemps pour avoir forgé les admirables pentures de fer^ a reçu ses dernières statues. Il en sera prochainement de même de la porte de la Vierge, qui donne accès dans la tour du Nord, et dont les statues, mutilées ou détruites, ont pu être reconstituées, grâce aux sa vantes et minutieuses recherches de l'architecte. Tout récemment on a remonté la voûte de la croisée sous la flèche, à laquelle les plombiers s'apprêtaient à donner la dernière main. La façade méridionale du transept va se couvrir d'échafaudages, car c'est sur ce point que l'œuvre delà restauration de Notre-Dame doit entreprendre les derniers travaux, de consolidation. On peut constater en effet sur cette fa)|^ade de sérieuses dégradations. La rose, réparée en grande partie par les soins du cardinal de Noaiiies, vers 1726, menace ruine encore une fois, et l'entablement qui la surmonte s'est brisé sous le poids du pignon .
Un grand nombre d'aiguilles, de balustrades et de moûb divers d'ornementation manquent dans les parties inférieures. On sait que la rose du midi n'offre pas un dessin exactement semblable à celui de la rose du nord. Un quatre-feuilles en marque le centre, d'où partent deux rangs d'ogives , le premier de douze ogives, le second de vingt- «quatre. Viennent ensuite des compartiments tréûés à la circonférence, entre les arcs, et dont le sommet touche les bords de la rose. Tous les matériaux qui doivent entrer
dans hi construction de la nouvelle rose sont prêts et jonnitT. M mis. — T I. 19
290 HISTOIRE DE PARIS. flMMW)
chent aujourd'hui le vaste clMiitier établi dans ce but près de la sacristie qui a remplacé celle que SoufHo t avait roalencontrcusemeiit acoolëe aux chapelles du chœur. la quantité, les dimensions dé ces mat^iaux donnent facilement une idée de Timportance de l'opération qu'on va entreprendre (i).
Ainsi apparaîtra, dans un temps peu éloigné, l'antique cathédrale complètement restaurée, rajeunie, et digne de k capitale d'un grand empire»
.(i)Jtt.Cb. Friès.
(II08J1M) LIVRE IV. CHAPITRE V. aOi
ÇHAPITREV.
ÉEgfitei) abbayes, monument* et fondationia
D*autres momuments s'éfcaieDt «levés, à la &veur de la paix, qui n'étaient pas moins chers au peuple de la grande capiuiie. Sous le règne de Robert; et dans les premièrfs années du onzième siècle, on reconstruisit la bc^lie église de Saint-Germain le Rond^ qui , k dater de cette époque, demeura désignée sous le vocable de Saint-Germain. i'AuxerrQÎs. Cette 'église était Tune des principales paroisses de Paris; au ténioignage de -l'abbé Lebeuf, un diplôme du roi Louis YI, de Tan 1 1 IQ, relatif à la voirie àh l'évéque de Paris, sert à prouvet. que les seigneuries (le cet évêquc, outre la censive dans la Cilé, étaient celles de Saint-Germain, de Saint-Ëloi, de Sainl-Mar» cel, de Saint-doud et de. Saint-Martin de Cliampeaux en Brie; il est évident que ce diplôme entend parler de Saint-Germain TAuxerrois. L'abbé Lebeuf ajoute : ic En descendant de siècle en siècle on remarc[ue dans l'histoire de cette église tous les caractères de cette primauté qui la plaçait au-dessus des églises extra muros; elle fut la première émanée de la cathédrale^ et cet avantage, joint aux privUéges accordés à l'évcque pourjCett^i espèce de second siège, contribua beaucoup à attirer autour de Saint-Oermain l'Auxerrois de nombreux habitants. Sup ce territoire on construisit peu à peu ^}es tours, djes lialles, des
2g2 HISTOIRE DE PARIS. (IIM-IIM)
places marcjiandes. Alors s'élevèrent de nouvelles paroisses; beaucoup de terres labourées s'appelèrent du nom de cultures de Févéque. »
Plusieurs historiens ayant afûrmé, en s'appuyant sur un passage mal interprété du moine de Fleury (Helgaud), que le roi Robert avait placé des moines à Saint-Germain l'Auxerrois, le savant Lebeuf réfute cette opiuion. « C'est, dit-il, une idée sans fondement de croire que ce roi (Robert) mit des moines à Saint-Germain; il est évident, par une charte de Walon, évêque de Paris, rapportant celle dlmbert, son prédécesseur, de Fan id3o, qu'elle était desservie par des chanoines sous le roi Robert. » Les auteurs de la Galliachristiana disent, il est vrai, qu'eu 58 1 il existait quatre abbayes aux portes de Paris : Saint-Laurent à Test, Sainte-Geneviève au sud, Saint Germain des Prés à l'ouest, et Saint-Germain l'Auxerrois au nord; mais cette dernière église était desservie par des chanoines de la cathédrale de Paris et non par des moines. Les mêmes chanoines, lorsque le quartier ou est situé Saint-Germain TAuxerrois eut augmenté en population, nommèrent un vicaire pour remplir sous leui^ yeux les fonctions du saint ministère. On ne sait pas bien à quelle époque cette église fut érigée en cure ; il est certain qu'on la désigna sous le nom de royale parce qu'elle avait été bâtie et reconstruite par des rois. (Nous ne tarderons pas à consacrer un chapitre spécial à Saint-Germain -1 ' Auxerrois . )
Sous Henri V la ciiapelle de Sainte-Marine, qui existait dans la Cité , lut érigée en église paroissiale ; c'était la plus petite paroisse de Paris; elle ne contenait qu'une douzaine de feux. Les murs extérieurs du bâtiment subsistent encore et ne vont que trop tôt disparaître sous le marteau des
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démolisseurs. Ils dépendent d'ailleurs d'une propriété
parliculière et sont affectés à un atelier.
Sous le même roi on reconstruisit Tabbaye et l'église de Saint-Martin desGhamps, que les pirates avaient livrées aux flammes aux époques désastreuses des invasions. Le roïj dans le diplôme qu'il donna en 1060 au sujet de cette reconstruction, ditque, « faisant rebâtir l'église dévastée par la rage tyra n nique des Normands et depuis longtemps déserte, il lui donne une plus grande étendue qu'aupara* Vant. » Henri plaça à Saint-Martin des chanoines réguliers, suivant la règle, dans la chapelle, qu'il gratifia de divers biens , « et de la terre ou culture que lui avaient cédée Ansoald et Milon Warin, située près de Téglise. »
Henri P fat donc le second fondateur de l'église Saint* Martin; ses libéralités furent confirmées et augmentées par Philippe r% son fils, lorsqu'il en fit fiiire la dédicace, ainsi qu'il le déclare par sa charte de 1067. Dès cette même époque on nommait le monastère Saint-Martin des Champs, ce qui indique sa situation hors de la villci comme le prouvaient aussi ces mots , ante urbis poriam, du diplôme de 1060. Les maisons des vassaux du monastère formèrent peu à peu un village autour de l'église.
Les anciennes légendes racontent cpie saint Denis rassemblait les premiers fidèles dans ce lieu, alors éloigné de Paris, et qu'il excitait leur dévotion en plaçant sous leurs yeux une image de la Vierge Marie. Il est certain que, dès le huitième siècle, il existait au même emplacement une église dédiée sous le vocable de î^otre- Dame.
Nous venons de rappeler que l'église de Saint-Martin était desservie par des chanoines ^ sous Philippe V% et
HISTOIRE DE PARIS. (HOb-llSO)
dès 1079, on leur substitua des religieux deGhmy» On
ignore les motifs dece changement, mais tout porte à croire que les chanoines observaient mal la règle de leur ordre et avaient donné lieu à quelques plainlesr : c'est ce qui semhle résulter d'un passage des chroniquea de Saint- Denis. Quoi qu'il cil soit, la donation de Saint-Martin des Champs à l'OrdredeCluny fit perdre à l'égiise son premier titre d'al>baye ; ce ne fut cpi'un prieuré, qui devint le second de cet ordre. L'acte de 1079 fut ratifié en 1097 par Une bulle du pape Urbain IL' Louis le Gros, en 1 1 1 1 , etLduis-le Jènfne, en 11 37, Confirmèrent aussi Jes privilèges et les possessions des religieux de Saint-Martin. Les biens et les droits de cet ancien monastère sont tous détaillés dans cette dernière charte, qu* on appelle, par cette raison. In grcinde charte de Sdint-Murthi. Les bâtiments, la chapelle, les jardins et autres dépendances immédiates du prieuré étaient entourés d'une enceinte de murailles garnies de tourelles ; le priciu- était seigneur haut justicier dans la juridiction de son abbaye.
L'enceinte se composait -d'une haute muraille crénelée et flanquée de tours, que le prieur Hugues IV avait fait construire. Ce qui eu reste de plus apparent est une tour ronde assez grosse, située àur la rue Saint-Martin, près la rue du Verthois, que les religieux cédèrent i la ville, en 17 12, pour qu'il y fût établi une fontaine qui existe encore. A la même époque ils substituèrent à leur murailk de clôture ^r là rue Sailnt-Martin de grandes maisons de location. Ils détruisirent aussi l'entrée principale, i iHablie en 1575 et décorée des statues des deux rois fondateurs; "une grille de fer en prit la place. . - • ■ «^ i
L'église appartient à deux époques biei^ distinctes. La
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(ttIMlM» LIVRE IV. CHAPXTA£ V. 2^0
nef, grande et large, sans piliers et sans collatéraux, percée sur iîes^ deux cotés de f^t 1res ogivales à meueuux, couverte d'une ,vpûte en bois, paraît avoir été rebâtie vers le milieu du treizième siècle. Le chœur et Tabside, entourés de gaiciies collatérales et de chapelles, uous semblent appartenir., au doiiy,ième siècle. .U ne nous est pas possible de parta^ Topinioa -de l'abbé Lebeuf, qui at* LribuaÎL cette portion de Ttidifice au temps de la première fondation , c'est-à-dire au second tiers du onzième siècle, ainsi que le portail qui a été détruit par les religieuK et le clocher qui subsiste en partie. La structure est ici fort singulière; on croit assister aux. tâtonnement de rarchitecte, iirételu entre Togive et le plein cintre et cherchant des expédients pour raccorder les voûtes avec les piliers. Les ogives que upus voyons à Saint-Martin sont probablement les premiim qu*on ait élevées à Paris. L'abside a la forme d'une vaste rotonde, et la chapelle terminale à peu près celle d'un trèfle, Des fragments de tombes^ avec effigies de moines ou de prieurs, et des oer:- « cuâls de pierre mutilés se rencontrent çà et là . Une Vierge sculptée en bois, œuvre du douzième siècle, qui était jadis en grande vénération à Saint-Martin» a été portée à Saint- Denis.
' Le réfectoire est un des chefs-d'œuvre du treizième sièele. et sa beauté autorise suffisamment la tradition cons* lante qui en (ait honneur à Pierre de Montereau. Il si*
divise en huit travées dans sa longueur; une fde de sept eolonoeSy d'une élégance et d'une légèreté vraiment pro- . dif^îeuses, le partage en deux nefs. Ce n'est plus le style
embarrassé et bizarre du sanctuaire de l'église, mais bien uu art en possession définitive de toutes ses ressources et
2^6 HISTOIBE DE PARIS. (llUt-UM)
parÊiitement sûr de lui-même. Le conducteur de l'oeuvre, ayant habilement rejetë sur les murs et sur les piles externes Teffort principal de ses voûtes, s'est trouvé maître de réduire à sa volonté le volume de ses colonnes médianes, sur lesquelles la charge n'agit plus que dans le sens vertical. On ne saurait trop admirer le noble caractère de cette architecturei l'exécution merveilleuse des chapiteaux, des consoles et des deh de voûte, les redents feuillaçës des roses qui sont percées au-dessous des fenêtres, la cliaire du lecteur et son escalier a jour.
A Tautre extrémité de Paris, sur la rive gauche^ et fort au delà de Tenceinte et des faubourgs de la ville, on rencontrait Notre-Dame des Champs, dont l'origine remontait au huitième siècle. Vers la fin du règne de Hugues Capet elle était desservie par des moines de Marmoutier; bientôt elle devint le chef-lieu d*un prieuré.
lies Bénédictins restèrent longtemps paisibles possesseurs du monastère ; mais en i6o4 il fot cédé aux Carmélites de la réforme de Sainte-Thérèse, nouvellement amenées à Paris par le cardinal de BéruUe. Les religieuses reconstruirent les bâtimeifts d'habitation ; elles conservèrent cependant l'église, tout en la faisant couvrir de peintures. C'était un édifice considérable du douzième siècle, sous ' lequel s'étendait une vaste crypte. Le portail, dont le style accusait seulement le treizième siècle, présentait plusieurs grandes statues, saint Denis au trumeau, puis, dans les ébrasures. Moïse, Âaron, David ou Salomon, et trois autres personnages qui semblaient être des prophètes. Des croix encastrées dans les murs de la crypte attestaient que cette partie de Téglise avait été l'objet d'une dédicace particulière. I/cglise a disparu. On assure que la
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crypte existe encore sous le sol de la rue qui met leVal-de« Grâce en communication avec le jardin du Luxembourg. II paraît même qu'un second souterrain se trouverait audessous de celui-là^ et l'abbé Lebeuf pensait que ce pouvait être quelque reste de sépulture gallo-romaine. Des fragments de tombeaux antiques et d'inscriptions se sont plus d'une fois trouvés dans ce terroir.
Vers le niêine temps, en 1093, Philippe 1" réforma l'abbaye de Saint-Magloire, dont les religieux étaient tonw bés dans un grand dérèglement. En 1107, de concert aYed évêque Walon, il réduisit le monastère deSaint-Éloi en prieuré sous la dépendance de l'abbé Saint-IMaur des Fossés, qui reçut ordre de le réformer.
T^e règne de Louis le Gros fut signalé à Paris par la fondation d'un grand nombre d'étabblissements qui attestent à la fois et la sollicitude de ce prince pour les intérêts moraux et matériels de ses peuples, et la prospérité de plus en plus remarquable dont jouissait la capitale du royaume sous la tutelle des premiers Gipétiens.
Vers l'an 1 108, l'année même de l'avènement de Louis le Gros, Guillaume de Cbampeaux, maître de l'école épiscopale de Paris, se retira, avec plusieurs de ses disciples, dans une petite chapelle dédiée à Saint- Victor, et jeta les fondements d'une abbaye dont la célébrité fut très-grande au moyen âge. Vaincu par Abailard dans les luttes de la philosophie et de l'éloquence, Guillaume de Champeaux était venu à Saint-Victor chercher l'obscurité et l'oubli, mais il y porta la renommée dont n'avait pu le déshériter 8on rival et son élève. TjCs bienfaits de Louis le Gros lui permirent de donner un vaste développement à la nouvelle abbaye. On possède une charte de ce prince, datée de
HISTOIRE D£ PARIS. (ilM-tlM]
1 1 1 3, par laquelle il déclare qu'il h* voula éoter des chanoines réguliers dans l'église du bienheureux Victor* Il ieut douna cette année et les- Années suivantes des prébendes et desterres, etteur accorda même Féglise deSaînt* (iianaiil de Gorbeil avec toutes ses dépendances. Matthieu de MoBimoreocy, coxuiétabie de France, ÉtieiiM deSenlis, évêquede Paris^ les chanoinestle Saînte^GesK» vîève du Mont, Tabbcî de Montlbéry contribuèrent par leurs Libéralités à rétablissement de la nouveUe.abbaye. Le dhapitre <fe la- cathédrale^ Paris lui donna, en i tM^ une ferme avec le labour de cent vingt arpents de terres, au territoire de Gheviliy etd'Orly, Le roi lit encore d'autres libéralités au monastère et lui aecocda le- privilège ->de choisir un abbé sans i^courir a son autorité, disposition qui fut confirmée par le pape Pascal II. Le premioi* abbé de Saint-Victor, ne fut point Guillaume deChampeanXy qui refusa cet honneur; ce fut Oilduin ou Hilduin, m de ses disciples, coniesseur de Louis le Gros.
GuUlaiuM^céçUDtauxsolUdtadonsa'HU^^ évâtpie du .Mans, reprit ses fonctions de lîiaitre public à Sadm-Victor. Abailai'd accourut pour le poursuivre encore. Il l'attaqua sur la fameuse. question des universaux, le for^ de s*a vouer vaincu et de se rétracter. L'école deSunt-Vidor n'en devint i)as moins, sous Guillaume de Gliampeaux, célèbi'c dans toute l'Europe. Le maître passa bientôt pour un despremieiv philosophes.de sou slède. Tou^iur& poursuivi dans sa réputation et dans son repos par Abailard, il ue put se détendre d'amèrs rnsentinieuts, et ies deux maîtres checchèrent souveaC à se décrier et à ^ oiam* £nfin Guîilaïune se retira et accepta l'évêché de Gltâ|piis> sur-Marne. î •. v "
amdim livre iv. chapitre v. ^99
L'abbaye de Saint- Victor deviot très-célèbre dès sa fondation. Sà règle ^tait renommée pour sa rigueur^ et
cette sévéï itc n'cmpr-clia pas les études de devenir très-florissantes dans son école. La faveur dont elle jouissait, attirant les écoliers sur la rive gauche de la Seine , fut une des causes qui firent établir en ce lien , sur la montagne voisine de Saint- Victor, le siège de rUnivei sité de Paris. L'abbaye conserva même toujours dans la suite ses relations avec les étudiants ^ car on voit que oeux-d étaient dans l'usage de se coulesseï' aux elianoines de Saint-Victor et que le pénitencier de l'Université était toujours choisi parmi ces religieux. Henri de France, fils de Louis le Gros et abhe de Saint-Spire de Corbeil , donna aux chanoines de Saint-Victor , vers Tan 11 46, une prébende , dans la même église de Saint-Spire. Il déclara, dans les lettres patentes qu'il fit expédiera ce sujet, que. Louis le Gros, son père, avait eu plusieurs enfants inhumés à Saint- Victor. Cette circonstance n'est confirmée par aucun antre nionanieiil historique.
L'abbaye de Saint- Victor et ses dépendances occupaient tout l'espace qui, de nos jours, s'étend entre le quai Saint- Bernard, la rue S^aiiit- V ictor, la rue des Fosscs-Saiiil-lkruardet la rue Cuvier. Elle englobait le terrain sur lequel, en 557 , le roi Childebert avait fait construire un cirque pour les jeux publics.
Daus la coui^régatiou de Saiut- Victor se lormèrenl des hommes dont le nom est peu connu parce qu'ils n'ambitionnèrent pas la gloire des lettres, mais (jul , animés d'une, profonde piélé et d\iu grande ferveur pour leur règle, voulurent la propager en Oance. Ils parvinrent bientôt à la- &ire adopter par plusieurs maisons religieuses dont
3oo HiSToniE m paris. (iiis-iiso)
la réunion forma la Congrégation de SaUU^Fictor. Déjà au treizième siècle cette congrégation comptait quarante monastères ou corporations soumis à sa règle; Sainte-Geneviève de Paris était Tune des plus importantes.
La vie retirée et pénitente des chanoines de Sainl-Victor, le mérite supérieur de plusieurs d'entre eux. , tels que Hugues de Ghampeaux, Hugues de Saint-Victor, surno?nmé le nouveau saint Augustin , de Richard de Saint- Victor et de plusieurs autres, étabht une union parfaite entre Saint-Victor et Glairvaux. Saint Bernard entretint ces relations paternelles par ses lettres et même par ses visites, car, loisque le saint abbé venait à Paris, il demeurait à Saint-Victor, dans sa maison même. Ge îul dans un de ces voyages, et, à ce que Ton croit, en 1 147> qu'il laissa à Saint-Victor, sa coule ou cucule pour marque de son amitié. Les religieux lui remirent un autre vêtement semblable plus commode pour Thiver et les. voyages. Saint Thomas de Gantorhéry eut aussi beaucoup d'affection pour la maison de Saint-Victor, qu'il habita lorsqu'il vint à Paris. L'on conserva toujours avec grande vénération dans l'abbaye le calice de cet ardievêque. Plusieurs personnages célèbres , tels que Maurice de Sully, Étienne de Senlis et Guillaume d'Auvergne, voulurent être inlmmés dans ce monastère.
Sous le règne de François V on rebâtit le chœur et la
nef de l'église de Saint-Victor; mais le clocher, quelques arcades des chapelles, la crypte et une partie du chapitre restèrent tels que les avait édifiés Gilduin. Le grand cloître
appartenait, sinon au douzième siècle, du moins aux pre*
(liM-tlM) LIVRE IV. CHAPITRE V. 3oi
mières années du treizième. Un second cloître conduisait à la chapelle de l'infirmerie , remarquable par ses colonnades. Le dortoir, rinfirmerieetle réfectoire furent également reconstruits sous François P"^.
Levieil, dans son Traité delà PeirUure sur verre^ nous ùit connaître « que l'abbaye de Saint*Yictor possédait une suite de vitres peintes de différents siècles , peut-être unicpie et bien propre à éclairer le jugement sur l'état de cet art. » Chargé , après son père, du soin de les entrete-* nir, il en avait fait une étude particulière. Placés dans Téglise, dans les chapelles, dans le réfectoire, ces vitraux, dontplusieursparaissaient admirables à Levieil^ marquaient les progrès et la décadence de Tart, depuis le treizième siècle jusqu'au dix-septième.
Des auteurs anciens ont comparé le trésor de Saint-Yictor à celui de Saint-Denis. Il contenait , entre autres objets rares et vénérables, une croix d'or dont'Ie travail était attribué à saint Éloi et qui avait appartenu à Louis VI ; l'anneau de saint Léger, évêque d'Autun; le cilice, le peigne, les gants «t la coiffe de saint Thomas de Cantorbéry; un vêtement de saint Bernard ^ une quantité innombrable de chasses et dereUquaires.
Depuis le douzième siècle les chanoines de Saint-Victor n'avaient cessé d'enrichir leur bibliothèque; aussi était-elle devenue une des plus importantes du royaume. Ils l'ouvraient libéralement au public trois jours par semaine. Aujourd'hui l'abbaye a disparu tout entière, sans laisser le moindre vestige matériel de l'existence des constructions claustrales ; les ruines niênies se sont effa- ' cées. Seulement , derrière une maison , près de la fontaine Guvier, en face d'une des entrées du Jardin des
302 HISTOIQB.JDE PAEIS. (UM.1I80I
Plantes» on trouve quatre arceaux en ogive, du quinzième siècle, qui faisaient partie d*une grange (i).
Sous Louis Je Gros , Etienne Garlaude , archidiacre de Paris, doyen de Sainte-Croix. et Saint-Agnan d*Or* ]^ns et chancelier de France, fit bâtir une petite chapelle dite do Saint-Agnan ; elle était située daus les dépendances du cloître Notre-Dame y près de la demeure du chancelier, et on y entrait par la rue de la Ck>lombe. Pour la dolatloii de la chapelle, (|ul devait être desservie par deux clianoines de Notre-Dame, Étienne Garlande donna deux clos de vignes situés au bas de la montagne Sainte-Geneviève, un autre clos situé à Vitry , et, en outre, la maison qu'il occupait dans le cloître. L'abbcLebeuf parle de la chapelle Saintp-Agna;i. « Elle esl^, ditil, solidement bâtie en pierre; les arcades sont en demicercle sans pointe. Le pavé parait avoir été exhaussé, les bases des piliers étant cachées en terre. On voit au vitrage du fond f qni est unique dans cette chapelle , ta figure du
(i) > Où est la oâèbre abbaye de SainfpVictor ? se demande M. No- « dier. Qu'est devenue cette cbarmante église dont les contre«ne£i étaient ■ si éiégautes, dont les vitraux étaient si brillants, dont les roses étaient « si capricieuses, dont le chœur surpassait tous les ouvrages du même « genre en science et enslélicatesse? Qu'est deyenu ce beau portail formé
• de trois pendentife de pierre suspendus dans les airs, que nos vieux « auteurs appellent le chef-d'eeavre de l'architecture la plus gothique et « la plus hardie? Qu'a-t-on fait de ces pierres nionumcntales du sauc- - tuaire qui couvraient la dépouille mortelle de Maurice de Sullv, d'K- « tier)ne de Scnlis, de Guillaunir d'Auvor^iio, of do tant d aiilu > évr-
• (ju»'s de Paris? Et cette salle basse soiilfiiue par (les piliers auti(|Ut'> « dont les voûtes avaient resonné au\ aeeents dWhailard ? l^l ces jar<ilu< '< immenses, couronnés de nia^nitit|ues omltiai(es, sous lesquels Saiifeuîl « évocjuait le ^r-iiie lantastjue et sublime (|ui lui inspira ■-("> vi i s, (pTou « a-t-ou lait? Demande/, à l'industrie!.... On en a lait ri\iitr<*pùt ties V iiis, « qu'il iàlUul laire sans doute, mais qu'on aurait pu faii'e ailleurs. >
(iiOS-liaO) LIVRE IV., CHAPITRE V. 3o3
aàint patron, ayeo 3on npm ea capitales gotliiques. » On lit dans la vie de saint Bernard : « Le î>uiuL étant allé dans lea éœl&itài Puris^ qiû étfLÏf^nt, alors au iAoîM » apvès / f aTotp prêché, pour lAç\m d^attirer quelcfues écoliers h la vie religieuse , il en sortit sans en avoir converti aMQUU. Ua archidiacre i-ayant ettoa^n^ d%9s sajpuûsoa , il se retîm aussitôt danffla chapelle qui s'y trouvait et là se répandit en pleurs et eu gémissements. L'archidiarre , curieux d'en savoir la raison 9 questionna Raioaud , abbé de Foigny , qui accompagnait saint Bernard , et apprit que le sujet de sa douleur était la crainte d'avoir offensé Dieu, car il attribuait à k. colère de Dieu le .peu de fruit qu'il avait retiré de son sermon. » Le savant Lebeuif , qui rapporte cet événement, pense que rarcliidiacre dont il est ici question n'était autre qu'Étienne Garlande lui-même.
chapelle de Saint-Agnan a subsisté jusqu'en 1795; à cette époque elle a été démolie et une maison particulière a été élevée sur son emplacement.
Dès la fin du onzième siècle existait une pauvre église qui portait le nom de Saint*Jacques ; elle avait été construite pour Tusage des habitants du faubourg de la rive droite de la Seine située aux abords du Grantl-Pont, qui ne pouvaient durant la nuit aller solliciter les secours •spirituels de la cité, alors environnée de murailles, ^ous ne tarderons pas à voir cette église, reedifiée sur dephis larges bases, prendre place parmi les beaux monuments du moyen âge et recevoir du peuple la dénomination de Saint-Jacques la Boucherie. Ccsi ra le nionient d'en parler plus au Içng et de la décrire. Vers le même temps, c'est-à-dire sous le règne de Jjouis le Jeune, on remarquait^ dans la rue Neuye-Notre-Dame. un^. h^imbie
3o4 HISTOIRE DE PARIS. (llIB-tIM)
église, alors appdée Notre-Dame la Petite, et qui, dès le
treizième siècle, fut dénommée Sainte-Geneviève de$ Jrfients, £lle appartenait à Tabbaye de Sainte-Geneviève, qui, en 1302, la q^a à £udes de Sully, évéque de Paris.
A Tavénement de Louis le Gros il existait entre Paris et Saint-Denis un hôpital de lépreux placé sous l'invocation de saint Lazare ou de saint Ladre, et en laveur desquels le roi établit la foire dite de Saint-Lazare. Adélaïde, reine de France et femme de Louis le Gros, fut la principale bienfaitrice de cet hôpital, et Guillaume deGarlande, sénéchal, fit à la mcnie léproserie douatioii (Tune partie de son clos de Garlande, situé à Paris. L'hôpital dont nous parlons n'était point, d'ailleurs, un édifice régulier, mais un assemblage dechélives cabanes. Odon de Deuil, moine de Saint-Denis, dit qu'en ii47î le mercredi 11 juin, Louis yil venant prendre l'oriflamme à Saint-Denis avant de partir pour la croisade, entra dans cette léproserie et visita les lépreux dans leurs cellules (p//icinas)^ accompagné seulement de deux personnes. Le roi fit quelques libéralités à cet établissement, et Ton voit, dans la charte qu'il donna à cette occasion, que les malades de Saint-Lazare avaient le droit de fiiire choisir dans la cave du roi, à Paris, dix muids de vin par an, et qu'ensuite on leur donna tous les jours, en échange de ce droit, la pièce de bœuf royale, avec six pains et quelques bouteilles de vin.
La foire qui avait été donnée à cet hôpital lors de sa fondation, et qu'on appelait la foire Sai/U'Lazaref durait huit jours. Elle commençait le lendemain de la fête de
la Toussaint et se tenait sur le chemin qui conduit de
flMMIM) LIVRS IV, CHAPITR1S V. 3o5
Paris à âaiiift-Deiiis, entre le village de 4a Chapelle et Pa*
ris. Louis VII ajouta encore à cette foire liuit autres jours; mais son fils et son successeur, Philippe-Auguste, Tacheta en II 85, pour accroître son fisc, et la transféra au lieu dit les Champeaux, où s'clahlirent ensuite les Halles ou le marché des lanocents. Philippe- Auguste donna en échange à Saint-Lazare la foire Saint'- Laurent. On a conjecturé que, l'abbaye de Saint-Laurent ayant été ruinée, et différentes circonstances n'ayant pas permis de la reconstruire y révéque de Paris y établit ou permît qu*on y établît une léproserie. Comme dans le moyen âge tous les établissements avaient un caractère religieux, et que, du reste, la léproserie avait une église particulière , saint Ija* zare ou saint Ladre, patron de cette chapelle, donna son nom à la léproserie ou maladrerie.
Plusieurs historiens ont pensé que ce fut alors un prieuré de Tordre de Saint-Augustin ; d'autres ont remarqué que, bien que les Frères et Sœurs qui desservaient l'hôpital Saint- Lazare reçussent le titre de religiosl, cela ne signifiait pas qu'ils fussent religieux réguliers, un pareil nom ne désignant souvent qu'une société de personnes pieuses engagées dans l*état ecclésiastique ou vivant en communauté quoique séculiers. Cette observation est d'autant plus fondée que, bien que Saint*Lazare porte, dans œrtains actes, le titre de couifent^ et son chef celui de prieur, les noms de maison et de nudtre étaient employés le plus généralement. Le Parlement était si convaincu que Saint-Lazare n'était point une communauté religieuse que, dans deux différents arrêts, le maître de Sauit-Lazare n'est qualifié (quoique cette maison fut administrée par des dianoines de Saint- Victor) que de prétendu prieur du soi-disant
■ liT. DE PABiS. — T. I. 90
3o6 HISTOIRE DE PARIS. (IIM-IIM)
prieuré de Saint^Lazare. Dans les communautés régulières c'était le chapitre qui nommait les cliefs et les officiers, cpii ordonnait les visites, veillait sur l'administration temporelle et spirituelle et tenait la comptabilité; à Saint» Lazare, au contraire, c'était Févêque seul qui avait le droit de nommer le prieur^ c'esl-A-direledief delà maison, et de le destituer, de visiter la léproserie, de faire des règlements, de les changer, de reformer les abus, de se faire rendre les comptes, etc. On lit dans le savant ouvrage intitulé Gallia christiana qu'en 1 1 5o , T^ouis VII ayant ramené avec lui de la Terre-Sainte douze chevaliers hospitaliers de Saint-Lazar, il leur donna un palais qu'il avait hors de la ville et la chapelle qui en dépendait, laquelle, à partir de cette époque, prit le nom de Saint-Lazare. Mais la maison de Saint-Lazare existait depuis quarante ans lors du retour de Louis le Jeune, et, si ce prince la donna aux chevaliers hospitaliers, ce n'est pas d'eux qu'elle prit son nom, puisqu'elle le portait auparavant. Cette léproserie avait dès les premiers temps une cliapelie. On donna à l'une et à l'autre le nom de Saini^Lazarej vulgairement appelé Saini''Ladrej car la plus grande partie des établissements de ce genre étaient sous l'invocation de ce saint, et on les a confondus avec les hôpitaux, en les appelant nudaderies, qui est le nom de ces derniers, au lieu de maladrerks^ qui ne convient qu'aux lieux où l'on traitait des lépreux.
Louis VII fait mention dans plusieurs actes de la maison de Saint-Lazare, et notanmicnt dans la charte de 11649 relative à la fondation de la communauté religieuse de Grammont, au bois de Vincennes, dite les Bons-Hommes de Vincennes, auxquels, d'après la charte, le couveiU
dllMlM) LIYRB IV. CHAPmiB V. ^07
et le prieur de Saint-Lazare concédèrentle droit et l'uaage qpi'ik avaient dans ce bob (i).
En 1 107 on érigea en paroisse la petite église Sainte^ située dans la Cité, rue de la Yieille-Draperiei sur imterrain dépendant de Saint-Éloi. Ainsi qu'on Ta vu plus haut, Saint-Éloi était le titre d'une église et d'une abbaye situées dans la Cité. Au douzième siècle cette même abbaye, qui prit le nom de prieuré^ fiit donnée à l'abbé de Saint-Maur les Fossés; on fit réserve des droits dont jouissait auparavant l'évêque de Paris sur cette maison, qui devait ea outre fournir deux rqMis par an aux chanoines de Notre-Dame. Plus tard on abattit une partie du monastère , qui tombait en ruines, et l'on y pratiqua la rue Saint-Éloi. Le chœur de l'église forma celle deSaint-Martial, et la nef fit place à une autre église, sur l'emplacement de laquelle fut depuis lors bâtie celle des Barnabites.
£n 1 1 76 on érigea en paroisse la chapelle de Saint' Nicolas des Champs, située sur celle de Saint-Martin ; déjà on avait i*econstruit , au chevet de l'église Notre-Dame, Saint-Denis du Pas , qui ne portait encore que le titre d'oratoire. Après la démolition de Saint-Jean le Rond le chapitre et le titre de cette paroisse passèrent k celle de Saint- Denis du Pas. chapelle de Saint-Bont^ située dans la rue de ce nom, appartenait à l'abbaye de Saint-Éloi, et, plus tard, à Saint-Maur les Fossés. Elle avait une tour construite au onzième siècle. Au témoignage de l'abbé Lebeuf, la chapelle de SairU^BofU avait d'abord été dédiée sous Tinvocation de Sainte-Colombe. « Saint Ouen, ditil, ayant orné le tombeau de sainte Colombe de Sens, à
(1) Voir M. de Gaule, Bût, de Paris, U V% p. 4i8, 419-
3o8 HISTOIRE DE PARIS* <tlM4iaD
pu porter des reliques de la sainte quaad il vint à Paris, ainsi qae celles d'un saint Baldus mort à Sens lors dfw ravages des î^ormands. Ces reliques furent mises ensuite dans i'abbaye de Saint-Pierre des Fossés, dont les religieux ne rapportèrent ensuite que les reliques de saint Baldus It la diapélle de Sainte-Colombe , qui changea de nom lorsqu'elle fut rebâtie comme dépendance de Saint-Éloi« Ce saint est le même que celui de Sens, dont Je prieuré célébrait la fête sans faire aucune mention de saint Bonit ou Bonet, évcque de Clermont, et c'est dau.s les titres civils que les notaires, au lieu d'appeler cette chapelle Sanctus Baldus^ voyant que dans la langue vulgaire on disait SaiiU'Bonty ont rendu ce nom en latin par Bonitus ; ce qui fut cause que dans les derniei's temps on oublia le saint Baldus de Sens pour honorer saint Bonet de Clermont. » Cette conjectui e est peut-êti'e plus spécieuse que fondée. Quoiqu'il en soit, à l'exception de la tour que nous avons mentionnée, la chapelle deSaint- Bont était d'une architecture lourde et grossière. Démoli en 179^) cet édifice religieux a fait place d'abord à un corps de garde et plus tard à une maison particulière. Lorsque l'abbaye de Saint-£loi eut été donnée, en 1 107, à l'abbé de Saint-Maur les Fossés, sa suppression donna lieu à l'érection de plusieurs paroisses sm* son territoire; de ce nombre fut la petite église de Saint^Pierre aux Bœufs. Elle était située dans la rue du nicme nom, qui vient d'être l emplacée par une autre rue plus large et plus régulière, la rue d*Arcole.
Ti'époque précise de la construction de Saint-Pierre aux Bœufs n'est pas connue, mais il faut certainement la placer entre les années 1 107 et 1 136. A cette dernière date
m^vm LIV&B JV. GHAPITIB V. 3io9
elle est nommée pour k première fois dans une bulle dlunooent II. Smvant l'opinion la plus répandue, ceUe église.
a été autrefois la paroisse des bouchers de la Cité ou le centre de leur confrérie. 'C'est ainâ qu'on explique et le surnom qu'elle portait et les deux têtes de bœufs qui étaient autrefois sculptées sur son portail.
Supprimée en i790,réglisede Saint-Pierre aux ficeufs n'a été démolie qu'en 1 837, lorsque l'on procéda à l'alignement de la rued'Arcole. Ou eut soin de ne point détruire le portail, qui était remarquable par l'élégance de son architecture. Les pierres furent numérotées et enlevées avec précaution, et ce curieux, spéciiiien de Fart chrétien au treizième siècle fut placé à l'entrée de l'église Saint-Sévérin, avec laquelle il fait corps. La maison de la rue d'Arcole, u^ i5, qui a remplace Saint-Pierre aux Bœufs, porte sur sa façade cette inscription : « Sur cet emplace-^ ment était autrefois l'église de Saint-Pierre aux Bœufs, dont on ignore l'origine, mais qui existait déjà en 1 136. Démolie en 1837. » La rue d'ArcoIe, ouverte sur les débris de tant de chapelles et d'oratoires du moyen âge, ne lardera pas à son tour à disparaître, en exécution d'une pen* sée évidemment stratégique, laquelle tend à ne laisser subsister dans la Cité que des monuments publics, des palais, des églises, et des citadelles modestement désignées sous le nom de casernes. A chaque siècle son ceitvre.
Vers la fin du règne de Louis le Gros il existait, à l'angle septenti^ional de la rue des Francs-Bourgeois, une chapelle dédiée sous le vocable de Saint-Martin et qui appartenait au cliapitre de Saint-Marcel; elle servait à l'usage des dianoines et ne fat érigée en cure que sous le règne de Charies VII. Sous le règne dé
3lO HISTOIHE DE PABIS. (IIW-IIM)
Louis le Jeune on construisit , dans le bourg de Saint- Médardy ûtué au sud de Paris, une église paroissiale dont la circonscription embrassait les clos du Ghardoniiet, du Breuil , de Copeau, de" Gratard, des Saussayes et de la Cendrée. Nonobstant Tétendue de ce territoire, c'était une église très-pauvre et qui n'avait rien de monumental, rien qui attirât les regards. Non loin de là, vers la Bièvre, une chapelle, placée sous l'invocation desaintHippolyte, fut élevée au rang d'église curiale à une époque qui ne remonte pas au delà de 1 1 5o. Elle dépendait du chapitre de Saint-Marcel. même chapitre nommait également, durant le onzième et le douzième siècle, à la cure de Saint-Hilaire , église paroissiale aujourd'hui détruite et qui a laissé peu de souvenirs.
En 117 1 l'hôpital de Saint-Gervais ou la maison des Hospitalières de Saint-Anastase fut fondé par un maçon nommé Warin (Garin ) et par son fils Harcher, prêtre; tous deux, émus de pitié^ dit Malingre, consacrèrent leur propre maison, située au parvis Saint-Gervais, à donner l'hospitalité aux pauvres passants. Robert, comte de Dreux, frère de T^ouis YII, favorisa cette pieuse fondation en &isant l'abandon du cens qui lui était dû sur la maison de Garin , et le pape Alexandre 111 la confirma par une bulle sans date qu'on croit être de 1 1 79. Une autre bulle de Nicolas IV , du 10 septembre 1 190, plaça l'hôpital Saint-Cîervais sous lé protection du Saint-Siège.
C'est également au règne de Louis le Jeune et à l'an iifyj que remonte la fondation d'une école fondée à Paris en vue de servir à l'instruction des jeunes Danois ; on l'appelait collège de Dace (Dacie, Danemark) , et elle était dirigée par les chanoines de Sainte-Geneviève.
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Ce collège, situé cl*abord rue Sainte-Geneviève , fut plus tard établi dans la rue Garlaade.
Sous le règne de Louis le Jeune et aux abords du Pontau-Change existait le grand Châtelct , citadelle qui protégeait Paris, et dont l'origiue, fort controversée, ne saurait être bien clairement établie. Une cbarte du douzième siècle en fait mention, et Von sait également que le prévôt de Paris résidait dans cette forteresse. Kous en parlerons de nouveau en continuant notre récit , et pour mentionner les agrandissements successifs , les reconstructions diverses du Cliatelety aussvbien que la juridiction et les attributions du magistrat qui y rendait la justice.
L'opinion qui attribue la construction du grand Cliâtelet à César est dénuée de toute preuve. G>rrozet dit qu'il fut fondé par Julien ou quelques-uns des princes qui lui succédèrent. Malingre, le commissaire Delamare, dans son Traité de la Police^ et d'autres liistoriens de Paris en font honneur à César. « Le nom de chambre de César ^ dit Delamare, qui a demeuré à l'une des cliambres du Chàtelet, et l'inscription tributumCcesaris ^ gravée sous une arcade , et qui subsistait encore à la fin du seizième siècle, ne laissent aucun lieu de douter que cette forteresse ait été bâtie ou par les ordres de ce prince ^ ou sous le règne de quelqu'un des premiers Césars. » Un autre annaliste parisien, Jaillot, nous semble se rapprocher davantage de la vérité à ce sujet. « On n'a peut-être eu en vue , dit-il ^ en donnant ce nom ( tributum Cœsaris ) à une cbambre, et en le gravant sur la porte d'un bureau, que d'indiquer le droit du prince à qui le tribut étoit dû et le lieu oii il se percevoit, suivant le précepte de l'Évangile : Rendez à César ce. qui appar tient à César, Ce tribut des Parisiens
il 2 aiSTOIRB BB PARIS. (11M^W>
pouvoit et devoit être perçu ^ à l'entrée de la ville et de la Cité, sur les marchandises qui arrî voient par eau en cet
endroit, d'où plusieurs auteurs l'ont nommé mal à propos Vjipport de Pcuis. Le Parloir aux bourgeois ou la juridiction de la ville y étoit situé, et ces deux circonstances suffirent pour autoriser la dénomination de chambre de César et Tinscription tributuin Cœsaris, » Quoi qu'il on soit, on ne trouve rien de certain sur l'existence de cet édifice avant le douzième siècle. Il est possible qu'il eût remplacé quelque monument moins considérable des deux premières dynasties , et particulièrement l'un de ces ouvrages de guerre que les comtes de Paris avaient élevés pour mettre la capitale du royaume à Tahri de siiu ui sions des Normands.
Une charte de Louis le Jeune fait donation à l'abbaye de Montmartre de la place des Pécheurs, située entre la maison des boucliers et le ('b;\telet du roi ( inter dnmuin carni/iciutn et régis casiellucium). Ces derniers mots ont été appliqués au Giâtelet construit sur la rive droite de la Seine, aux abords du pont principal de Paris, et qui, foi-nié de poutres et de solives, sous les deux premières races, aurait été réédilié plus solidement sous Louis VIL On assure €fu*à dater de ce même roi le prévôt de Paris y avait établi sa demeure et son tribunal. Sur Tautre rive du fleuve, et à l'exlrén^ité méridionale du Petit-Pont, se trouvait alors une autre forteresse de très*médiocredimen* sion et qui protégeait les abords de Paris du côté de l'Uni- "versité; c'était le petit Cliâtelet, oît l'on percevait un péage au profit de la ville.
Ainsi qu'on Ta vu plus baut, il existait à Paris une corporation de marchands dont l'origine est inconnue, mais qui remontait à une époque antérieure à la domî-
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nalîon romaine ; elle était administrée par des officiers civils qui portaient le titre ^éckevins. Au temps des Césars on donnait aux membres de cette corporation la dénomination de Nautes parisiens, et, au douzième siècle « nous les retrouvons groupés sous le nom collectif de Hanse parrisienne. Plus récemment , et à la suite de transformations que nous meutionnerous à leur date, cette corporation devint le corps municipal de la ville. Louis le Gros, en 1 ï 2r , et Louis le Jeune, en \ \f\i et 1 170, accordèrent à la Hanse desdroits et des privilèges spéciaux ( 1). L'impor-
(1) Eo liai Louis le Gros remet par ordonnance» aux marchands de Teau de Paris, un impôt de soixante sous établi sur chaque bateau de vin amené à Farb. Cet impôt s'appdait droit de ehevreiage. Cette ordonnanoe ftût mention des mwchands de Peau comme d'une compagnie bien établie ; on voit par son texte qu'elle vise un fait préexistant, qui n'a pas besoin d'être rap[)elé. Elle est pour nous le lien qui rattache les oautes du douzième siècle aux nautes existant dès le règne de Tibère . En ti3A, paratt une autre ordonnance de Louis le Gros, non moins Aignificative : elle concède aux i)ourgeois de Paris la faculté d'arrêter eux-mêmes ceux de leurs délilteurs (|ui ni.iient leurs deltes.
« Sçavoir faisons à fous, présents et à venir, dit cette ordonnance, que nous ordonnons et accordons à tous nos bourgeois de Paris [hurgcnsibu.^ nosfris Parisicnsiùiis) iju ;ui (as (juc leurs débiteurs pour dettes, (jui le pourront prouver lét:ititiienient, si elles sont déniées, ne les paient pas aux termes que lesdifs hourjçcois leur auront donnés, pourront lesdits prendre des biens de leurs débiteurs, qui seront nos justiciables, partout et de quelque manière que ce soit, jusqu'à concurrence de ce qui leur sera dû, de sorte qu'ils soient payés en entier. Voulons que lesdits bourgeois s'aident les uns aux autres à l'effet des présentes; voulons que notre prévôt de Paris et tous nos sergents de Paris prêtent la main anxdits bourgeois pour les faire jouir de la présente grâce. » Enfin, en 1170, Louis le Jeune rend une ordonnance qui est ainsi conçue : * Accordons à nos eUey&u de Paris la confirmation des coutumes qu'ils avoient au lampe de Loub VI, notre père ; ces coutumes sont teUes de toute rni- €wuiêié : personne ne peut amener de hi marchandise par eau à Fans s'il n'cal Farineo on a^il n'a pour aiiocié de son commerce quelque Fa-
3f4 HISTOIRE DE PARIS. (UW-1180)
tance du corps des Nauies ou de la Hanse n'avait jamais
ëtë rëvoquée en doute. Dans le principe tout le commerce des Parisiens s'était fait par le fleuve, et les marchandises avaient été transportées par eau plus sûrement qu'elles n'auraient pu l'ctre sur des chemins mal entretenus, fangeux, à peu près impraticables et toujours infestés de brigands. Le commerce par eau se &isait, au contraire, avec promptitude, sans obstacles, et les rois ne cessaient de le favoriser ou de lui concéder des prérogatives dont l'effet fut, à lalongue, de faire des marchands ou de la Hanse parisienne une magistrature municipale qu'on trouvera plus d'une fois associée aux grands événements politiques et aux révolutions nationales.
En attendant, les édits royaux avaient constitué, en faveur de la Hanse, le monopole du commerce de la Seine, privilège excessif qui soulevait les réclamations des cités riveraines , mais qui, sous le régine féodal , n'était qu'un fait normal. Un écrivain moderne, M. Depping,
rîsieii marchand de l'eau. » Pois Pordonnance ajoute qu^en cas ooo* travention il est prononcé une ameode dont la moitié appartient au im , la moitié aux Parisiens marchanda de Peau. Les marchands de Peau qui percevaient une moitié des amendes prononcées pour les cootraventioDs à leurs privilèges' ne les appliquaient certes pas à leur profit; leur emploi était iait dans Pintéiét de la ville , pour Pentretien àt ses ports, de ses ponts, pour la snrveillanf» de la navigation ; elles constituaient donc un revenu municipal qui devait être administré par le corps de ville.
Ainsi les privilège des marchands de Peau sont de toute ancienneté : Louis le Jeune nous le dit formellement dans sou ordonnance ; mais , quoique de toute ancienneté, ils étaient parfois sujets à contestation, et c'est p ur les rafferniir que cette ordonnance fut rendue.
L'histoire du droit municipal de Paris est très-étroitement liée à l'histoire des nautes ou marchands de Peau; ils ont fornié longtemps la plus riche et la plus puissante association marchande de Paris, et leur influence a été telle qu'ils ont attiré à eux Padministratioa municipale»