‹ Histoire de Paris, depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours (volume 2)Chapitre 5 sur 91 · HISTOIRE D£ PARIS · texte numérisé non relu

HISTOIRE D£ PARIS

La contrée dans laquelle s'élève Paris est peut-être , au

témoignage de Cuvier^ l'une des plus remarquables qui aient été observées, par la succession des divers terrains qui la composent et par ks restes extraoril Inaires d'organisation ancienne qu'elle recèle. Des milliers de coquillages marins, avec lesquels alternent régulièrement des coquillages d'eau douce, en font la masse principale; des ossements d'animaux terrestres entièrement inconnus, même par leur genre , en remplissent certaines parties. D'autres ossements d'espèces considérables par leur grandeur, et dont nous ne trouvons quelques congénères que dans des pays fort éloignés, sont épars dans les couches les plus superficielles. Un caractère très-marqué d'une grande irruption venue du sud-est est empreint dans les formes des corps et dans la direction des principales collines.

Le savant illustre à qid nous empruntons ces observations décrit en ces termes la composition des eollines groupées sur la rive droite ; «La longue colline qui s'étend, dit-il, de Nogent-sUr-Marne à Belleville , appartient entièrement à la formation gjpseuse ; elle est recouverte ,

travers ks biibourg» SainUMartin, Sainl-DeDW, et passé derrière la Gnnge*Batdlère, par la ViHe-PÉvéque, et aa bas du Bonle, aHait se jeter dans la Seine, sur le quai de Billy» aa bas de Chaillot. Les eaax de ce roissean» sans doute absorbées par l'exploitation des carriàes à plâtre, ne coulent plus ; une partie de son lit, qui existe encore, (orme ce qu'on appelait naguère le grand égoui de la vUk,

Un autre ruisseau, venant des coteaux de Bagnolet et de Montrenil, a creusé ce qu'on appelle la vallée de Fécamp, dont une partie de la rue de Charcntoii a longlem|>s porté le nom. Les eaux de ce ruisseau, détouruéps pour alimenter 1 étang situé à roiiest de Vincennes, diminuées de volume par la destruction des bois et absorbées par l'irrigation des jardins ou marais voisins, ne coulent plus dans sou ancien lit ; elles se jetaient ancienuemeut dans la Seine près du Petit-fiercy.

UVRS I. CHAPITRE J. 5

vers sou milieu, de sables rouges , argilo-feiTUgineux, sans coquilles, surmontés de couches de sables agglutinés,

ou même de grès renfermant un grand nombre d'empreintes de coquilles marines... Cette disposition est surtout remarquable dans les environs de Belleville et au sud-est de Romain ville; le giès marin y forme une couche qui a plus de quatre mètres d'épaisseur. — Cette colline renferme un Ircs-grand nombre de carrières qui présentent peu de différence dans la disposition et la nature de leurs bancs. L'escarpement du cap qui s'avance entre Montreuil et Bagnolet n'est pris que dans les glaises, les bancs de plâtre de la première masse s'enfonçant sous le niveau de la partie adjacente de la plaine, qui, dans cet endroit, est un peu relevée vers la coUiue, et qui s'abaisse vers le bois de Yincennes. Les marnes qui recouvrtîut la première masse ont une épaisseur de dixsept mètres ^ la marne verte qui en fait partie a environ quatre mètres. On y compte quatre lits de sulfate de strontiane; on voit un cinquième lit de ce sel pierreux dans les marnes d'un blanc jaunâtre qui sont au-dessous des vertes, et, peu après ce cinquième lit, se rencontre la petite couche de cylliéréesj elles sont ici plus rares qu'ailleurs, et mêlées de petites coquilles à spire qui paraissent appartenir au genre sj)irorbe. Ixîs autres bancs de marne ne présentent d'ailleurs rien de remarquable; lapremièi*e masse a neuf à dix mètres d'épaisseur.

« En suivant la pente méridionale de la colline dont nous nous occupons on trouve les carrières de Ménilmontant, célèbres par les cristaux de sélénites que renferment les marnes vertes et par les silex mélinites des marnes argileuses feuilletées. Ces silex se trouvent à environ quati'e

rlécimètres au-dessus de la seœnde masse, par conséquent entre la premièrii et la seconde. £niin à rextrcuiitë occidentale de cette colline sont les carrières de la butte Chaumont.* »

Cuvier ajoute encore ;

« La butte Ghaumont, qui est le cap occidental de la

colline de lîelleville, n'est point assez élevée pour offrir les bancs d hiuli^es^ de sables ai*gileux. et de grès marins qu'on observe à Montmartre. STous avons .dit qu'on trouvait le i;rès marin près de lloinainville ; nous ue connaissons les hiulres que dans la partie de la i oiline qui est la plus voisine de Pantin, presque en fiice de Tancienne sei§[neurie de ce village ; on les trouve à six à sept mètres au-dessous du sable^ et un peu au-dessùs des marnes vertes : c*est leur position ordinaire, »

(Nous ne saurions trouver des indicatio us plusexactes, sur la formation et la nature du sol dans le département de la Seine, que dans rintéiessaul ouvrage public par MM. Cuvier et firougniart sur la GéograplUe minéralos^que des environs de Paris, A l'exemple de Dulaure nous résumons les traits prii^cipaux de. cette exploration scientifique.)

Le fond- de la plaine de Pantin présente des bancs de gypscy et la colline de Montmartre se compose de couches analogues ; on y remarque , en descendant du sommet à la base , des bancs de sable et de grès quartzeux , lui haiic de sable argileux , des bancs de marne calcaire et de marne argileuse de diverses couleurs , à travers lesquelles on rencontre de nombreux amas de co(]uilles marines. Audessous de ces bancs, dont l'ensemble atteint une épaisseur de vingt-trois mètres^ on trouve une énorme masse de

LIVA£ 1. CHAPITRE I. 7

gypse marneux entremêlée de couches de marne calcaire et qui est exploitée par les plâtriers. Se présentent ensuite, successivement, plusieurs autres couches gypseuses, de différents aspects et do diverses natures, selerininaiit par une couche de craie argileuse, épaisse de huit à neuf mètres. Par delà cette colline de Montmartre la chaîne des huttes calcaires se continue en s'abaissanl jusqu'à Passy, et les bancs calcaires se prolongent au delà d' Auteuil , en présentant des masses de douze à treize mètres.

Sur la rive gauche de la Seine le plateau qui domine le fleuve est percé de carrières dans une multitude de points ' et fournit le plus grand nombre de pierres employées dans les constructions de Paris ; il comprend la partie méridionale de Paris et s'étend de Test à l'ouest depuis Ghoisy jusqu'à Meudou. La Bièvre le sépare en deux petites régions : celle de Test forme la plaine d'ivry^ celle de Pouest la plaine de Montrouge et les collines de Meudon. Ije plateau de la plaine d'Ivry se prolonge, au nord , daus Paris, jusqu'à l'extrémité orientale de la me de Poliveau; le plateau de Montrouge s'avance dans la partie méridionale de la ville, et ses bancs forment une ligne qui^ après avoir atteint l'extrémité du Muséum d'histoire naturdie , suit les rues Saint- Victor, des Noyers, des Matluuins, de l'École de Médecine y des Quatre-Vents j de Saint-Sulpice et de Sèvres, jusqu'à Yaugirard. Jusqu'à cette limite les bancs calcaires marins ont peu de solidité, et sont minces, marneux et friables* Après une masse de trois mètres d'épaisseur, composéede dix«huit lits de marne calcaire et argileuse, on trouve, dans les carrières situées entre Vaugirardet Montrouge, des bancs considérables de formation marine, abondants en coquilles de diverses espèces. Lutre ces deux

8 MTSTOrRE DE PARIS.

bancs existe une couche de calcaire marneux. Sur la rive

gaiH hcde la Seine les eouches dusoldiffèrent fort peu, dans leur ordre et par leur natui'e, de celles qui composent le sol delà partie septentrionale de Paris. Une vaste superficie de quartiers et de rues , entre le boulevard Saint-Germain et Montrouge , et depuis le Muséum jusqu'à la barrière de Vauglrard , repose sur d'immenses carrières dont les plus connues senties caves de l'Observatoire et les Catacombes. Un géologue, explorateur expérimenté du bassin de Paris, M. Radiguel , estime que remplacement de cette ville, avant Tépoque diluvienne , c est-à-dire avant que la Seine n'y eût creusé son lit actuel , formait un plateau d'environ cent quatre-vingt-quatre mètres de hauteur au-dessus du niveau de la mer et faisait suite aux hauts plateaux de Versailles. Vint la grande inondation diluvienne, dont les courants entamèrent le vaste plateau parisien et finirent par former la grande coupure dont la Seine actuelle occupe le fond.

Le creusement de la vallée s' étant arrêté à six mètres au-dessous de la place du parvis Notre-Dame j point qui n*e8t plus élevé que de vingt-quatre mètres au-dessus de la mer, c'est donc de cent soixante mètres de profondeur à peu près que les courants ont creusé^ pendant la période diluvienne, le plateau qui existait primitivement à l'endroit où Ton a bâti Paris. On a constaté, par les rapports des couches de terrains qui les composent, que les buttes de Belleville, de Montmartre et du mont Valërien , sont les débris de ce plateau primitif, et la révolution qui les a isolées, en donnant naissance au cours actuel de la Seine, date du dernier âge géologique, celui où se sont déposés les terrains diluviens, plus communément nommés aZ/nlions, qui nous supportent.

Page 1