‹ Histoire de Paris, depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours (volume 2)Chapitre 57 sur 91 · LIVRE V. CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE V. CHAPITRE III

plupart fies exécutions avaient lieu près des grandes halles, afin que toute publicité fût donnée aux arrêts judiciaires. C'est sous Philippe-Auguste que le pilori (pilier ou^poteau garni de chaînes et de carcans) fut installé aux abords des halles. Nous devons remarquer qu'au moyen âge Paris était parsemé de monuments patibulaires de tout genre, sans parler de ceux de la banlieue , parmi lesquels se trouvait le fameux gibet de Montfaucon. L'abbé de Saint-Germain, l'abbé de Sainte-Geneviève, le prieur du Temple avaient chacun leur pilori ; celui du roi était aux halles ; c'était le plus célèbre .

Le Pilori des halles se trouvait sur la place où, de nos jours, existait encore le marché à la marée, entre les

HI8T. DE PAniS. — T. I.

354 HISTOnS DE PAUS. (tUMttS)

rues de la Tonnellerie, de la Fromagerie et des Potiers d'Étain. Rarement il servait aux exécutions capitales; il

était plutôt réservé à la simple peine du carcan. Il se composait d'une tour octogone surmontée d'une construction en bois très-légère et tournant sur un pivot. Cette machine était percée de trous circulaires juste assez larges pour que le condamné pût y passer la lête et les mains; il restait dans cette position pendant un temps plus ou moins long, et par intervalles on tournait le pivot. De cette façon la multitude entière pouvait jouir de sa vue, et elle avait la permission de lui jeter au visage les plus sales projectiles, pourvu qu'ils ne fussent point de nature à le blesser.

Du règne de Philippe- Auguste daterorigine des boucheries de Paris. La corporation des bouchers était alors très-nombreuse et très-puissante; elle avait conservé une partie des règlements et des privilèges dont le même corps avait été investi sous les empereurs romains. La qualité de boucher se transmettait de père en fib; elle constituait un monopole établi en faveur de différentes familles. l-ics premiers etau\ îles individus de cette profession avaient d'abord été installés au parvis Notre- Dame; lorsque les quartiers de la rive droite devinrent populeux on ouvrit une seconde boucherie pi ès du grand Chatelet. C'est ce qu*on appela depuis la grande-fioucherieou la boucherie de la Portede Paris, et c'est d'elle que le quartier Saint-Jacques la Boucherie a pris son nom. Cette fondation eut lieu à une époque fort ancienne ; on sait qu'elle reçut de notables accroissements en l'aimee 1096. Elle contenait vingt-cinq étaux en 1 182, lorsque Philippe- Auguste permit l'érection des boucheries du Temple et

(liMUU) LIVBS V. CHAPITRE 305

en i*etour accorda aux bouchers de la Porte de Paris la permission de vendre du poisson.

Quelques années après , en i a i o , un différend s'éleva entre ces bouchers et les religieux de Montmartre, qui possédaient plusieurs élaux. L^intervention du roi fut nécessaire pour terminer le débat.

Le chroniqueur Rigord , qui nous a transmis de précieux détails sur les faits et gestes de Philippe-Auguste , ajoute ce qui soit : « Un jour, pendant son séjour à Paris, le roi Philippe entendit parler des réparations qu'exigeait le cimetière des Ghampeaux, près de Téglise des Saints-Innocents. Ce cimetière était jadis une grande place ouverte à tous les passants; les marchands y débitaient leurs marchandises , et les citoyens de Paris avaient coutume d*y ensevelir leurs morts. Mais comme l'écoulement des eaux du ciel, qui venaient s'y réunir, et la &nge dont il était rempli . ne permettaient pas dy ensevelir les corps ave<: décence, le roi très-chrétien, toujours atteotif aux occasions de faire de bonnes oeuvres, considérant que c'était une entreprise honorable el nécessaire en même temps*, fit entourer de toutes parts le cimetière d'un mur de pierre. 11 y fit aussi pratiquer un nombre suffisant de portes , avec ordre de les Icrnier la nuit, pour mettre cet endroit a l'aliri de toute insulte; car il voulait , par cette décision que lui avait inspirée sa piété , donner à ses descendants craignant Dieu l'exemple de faire garder avec honneur un cimetière qui renfermait les restes de tant de milliers d'hommes. » IjSl population de Paris s'étant rapidement accrue, sur- , tout dans le quartier des Halles, un fut obligé de donner plus d'étendue au cimetière des Innocents ; cet agrandissement eut lieu par les soins et la libéralité de Pierre de Ne-

356 HiSTonus im pakis. (nm^m

moursy ëvéque de Paris, de i20Ôà 1219. Plus tard on éleva autour du mur de clôture une longue galerie voûtée qu'on appela charnier des Innocents y et dans laquelle on inhuma les personnes à qui leur fortune permettait d'obtenir pour leur tombe une place séparée.

On attribue à PhîKppe>Auguste la construction de Taqueduc Saint-Gervais et de l'aqueduc de Beileville , destinés l'un et l'autre à fournir aux quartiers de la rive droite les eaux provenant de Beileville, de Méailmontant et des hauteurs deRomainville.

lA>ngtemps avant le règne de Philippe-Auguste les rois possédaient , près des bords de la Semé , et non loin de la Cité , un château désigné sous le nom de Louvre. Cette résidence princière avait évidemment été détruite par les Normands , mais après la retraite de ces barbares elle avait dû être réparée. Le savant Duchesne assure que Louis le Gros fit entourer ce château de murailles et y . recevait Thommage des grands vassaux de la couronne. Philippe-Auguste agrandit considérablement le Louvre et y fit élever , seloli Bigord y la Tour-Neuve, qui servait à la fois de prison d'État , de dépôt aux archives royales et d'emplacement réservé au trésor. Cette construction paraît remonter à l'an 1204* La Tour-Neuve était moins élevée, mais à peu près du méine style que le donjon de Coucy, bâti en 1 199 , elle occupait le centre d'une cour carrée, grande à peu près comme le quart de la cour actuelle du Louvre. Les murs extérieurs du Louvre, sous le règne de Philippe-Auguste, non compris le double revêtement des fpssës, s'élevaient, à l'ouest, sur les mêmes fondements que la &çade actuelle qui regarde les Tuileries; au sud, à peu près sur l'emplacement du gros mur qui sépare en

tm MU) LTVKK GHAPnBB III. iS'J

longueur le musée des Antiques ^ du coté de la rivière ; à l'est, sur une ligne oorrespoiidant à la &oe orientale du

Pont des Arts , et , au nord , sur une autre ligne aboutissant à Textrémité septentrionale du pavillon de THorioge. Les constructions qui formaient alors les quatre o6tés de cette cour étaient purement militaires, destinées à la défense plus qu'à rhabitatioa, sans sculptures ni ornements, et percées çà et là de rares et étroites ouvertures. En les sur^^ montant d'un puissant donjon qui dominait la ville , en doublant leur épaisseur, en les armant d'innombrables tourelles, Philippe- Auguste voulait donner tm formidable aspect à son pouvoir souverain ;il y réussit, et la tour du Louvre ne tarda pas à être la terreur des vassaux révoltés elle devint comme Temblème de la puissance royale; c'est d'elle que relevèrent les grands &efs de la couronne; c'est à elle que les hommages furent rendus ( i )•

Philippe- Auguste se plut à doter Paris de monuments moins redoutables ; des collèges, des hospices, des édifices religieux lui durent leur fondation et rendirent son nom cher au peuple. Dans la rue Saint-Honoré, près de l'église de ce nom, et non loii> du lieu où s'élève aujourd'hui le Palais-Royal, il autorisa l'établissement d'une maison des-* tinée à servii* de refuge à treize étudiants indigents et qui fut ' d'abord nommée hôpital des Paui^res Écoliers; les jeunes gens qui y résidaient^ et qui y recevaient une instructiongratuite, se trouvaient clans la nécessite de demander l'aumône pour vivre. Un peu plus tard leur condition s'amé^ liora, et l'hospice qu'ils habitaient prit le nom moins triste de collège des Bons-Enfants. Sur cet emplacement on a

(0 M.yitel.

358 HISTOIRE DE PABIS. (IMItlMi

ouvert à une époque rëceute, la rue Montesquieu ; mais le nom des pauvres écoliers soutenus par la charité , sons le règne de Philippe-Auguste , est resté à l'une des

rues qui longent le Palais-Royal du côté de l'est. Un autre collège des Bons-£ufants existait ^ vers la méaie époque, dans le quartier Saint-Victor, et devint plus tard le séminaire de la Mission ou de Saint-Firmin; nous en parlerons ailleurs, et nous mentionnerons les lamentables souvenirs qui s'y rattachent.

Sur la rive droite de la Seine, et un peu avant Tannée 1 202^ ejûstait déjà ïluipital de la Trinité^ fondé par Guil* laume Escuacol en &veur des pauvres; on l'avait d'abord appelé l'hôpital de la Croix de la Heine, h cause d'une croix ainsi nommée, placée au coin des ruesGrenétat et Saint-Denis. Pour ne pas pr^udicier aux droits de l'église Saint-Germain, ou pour l'indemniser, l'on convint qu'il lui serait payé dix sous chaque année et qu'il n'y aurait pas de cloches à la chapelle. Ce dernier article ne fut pas longtemps exécuté. Les Frères de l'hôpital prétendaient avoir des cloches , le chapitre de Saint-Germain s'y opposait. Eudes de Sully fut encore pris pour arbitre, et, par une sentence de 1207, il permit aux Frères d'avoir des clodies en payant au chapitre de Saint-Germain dix autres sols. On voit dans cet acte que cette maison prit alors le nom de la sainte Trinité, qui était apparemment le vocable de la chapelle. Les Frères de la Trinité sont désignés almsous le nom de Frères âniers ou Drinité aux dnes^ à raison de leur usage de ne voyager que sur des ânes, leurs statuts leur défendant de monter à cheval. Il paraît que jusqu'à cette époque cet hôpital était véritablement un lieu d'asile pour les pauvres et qu'il était administré par

(tlN-Ua) LIVAE V. CHAPITRE Ifl. SSq

un chapelain ; mais, soit que les fondateurs ne fussent pas satisfaits de la forme d admiuîstratioa , ou que leurs affiiires ))articatières ne leur permissent pas d'y donner tous leurs soins, ils jugèrent plus convenable de n'y recevoir que des pèlerins et d'en confier la conduite aux. Prémontrés d'HermièreSy qui en prirent poisesHon et s'y maintinrent durant plus de trois siècles.

a En Tannée 1 1 7 i , dit Jaillot, Josse de Londres, clianoine de l'Église de Paris, de retour de Jérusalem, étant allé à l'Hotel-Dicu, v vit une chambre dans laquelle, de toute ancienneté, logeaient de pauvres écoliers. Il Tacheta 52 livres du procureur dudit Hôtel-Dieu, de l'avis, conseil et peimissîon de Barbe-d'Or, doyen de Notre-Dame. Il la laissa audit Hôtel-Dieu, à la charge qu'il fournirait des lit» à ces pauvres écoliers, auxquels il assigna 12 écus par mois, provenant des deniers qui st recevraient de la confrérie, et à la cliarge que lesdits clercs porteraient, chacun à leur tour, la croix et l'eau bénite devant les corps morts dudit Hôtel-Dieu , et qu'ils réciteraient chaque nuit les psaumes pénitentiaux et les oraisons pour les morts (i) »

Vers le commencement du treizième siècle, et peu d'années après la prise de Constantinople, on établit à Paris ( 1206) un collège destiné à de jeunes Orientaux et qu'on appela collège des Grecs • L'opinion la plus accréditée est que cetté maison était destinée, dans l'origine, aux écoliers qu'on attirait de Constantinople pour les soustraire au schisme grec et en faire d'utiles instruments de la réunion alors projetée entre les Églises grecque et latine.

Vers Tan 1184 on fonda à Paris, vers l'angle de la

(1) JaiUot, Reeherckeâ sur Paris, t. V.

36o HISTOIRE DS PARIS. (ItSMIII)

rue Saint-Denis et de la rue des Lombards, un nouvel hôpital destiné à recevoir les pèlerins qu'attirait la oélé-» britë des miracles de sainte Opportune. On lui donna d'abord le nom à'hôpital des Paiwres de Sainte-Op* fortune; mais^ en laaa, le pape Honoré lil Je plaça sous la protection spéciale du saint-siëge et l'appela hôpital de la maison-Dieu Sainte^CaUierine. D'abord administré par des religieux et des Sœurs, cet éùdiltssement fut plus tard confié à la direction des religieuses de Tordre de Saint- Augustin , sous l'autorité d'un supérieur ecclésiastique nommé par révêque. Leurs principales fonctions étaient de loger et de nourrir les femmes OU filles qui cherchaient à entrer en condition ; elles leur donnaient l'hospitalité pendant trois jours seulement. Le nombre ordinaire s'élevait quelquefois jusqu'à quatrevingt-dix. On recevait aussi les personnes qui venaient de province pour des procès ou des afiBûres particulières et qui n'avaient pas assez d'argent pour se procurer un asile. Enfin les religieuses de Sainte-Catherine se chargeaient de faire enterrer au cimetière des Saints-Innocents les personnes noyées ou mortes dans les rues de Paris et dans les prisons.

Les chartes semblent £ure remonter à cette époque l'établissement du For-l' Évêciue (et non Four ou Fort l'Évéque), fondation dont l'origine, assez mal définie , a exercé la patience des annalistes parisiens. L'on s'accorde généralement à admettre que c'était le lieu où l'évéque de Paris faisait exercer sa justice , Forum episcopi. On sait que la censive et la juridiction de l'évéché étaien fort étendues ; c'est au For-1 Evêque qu était autrefois établi l'officier comptable préposé à la perception des droits épisoopaux ; là sié-

(iiaMUQ LIVRE V. CHAPimE III. 36l

geait aussi le juge chargé de résoudre les difficultés fiscales ipie cette perception pouvait soulever et de prononcer les peines enootirues par les criminels qui relevaient de la seigneurie des chefs du diocèse. On pense que le For-l'Évêque fut fondé en 1221. A cette date, en effet, remonte un accord fait entre Philippe-Auguste et Guillaume de Seignelay, évéc[ue de Paris , au sujet delà justice et des droits qu'ils pouvaient respectivement exercer , et il est certain que, depuis cette ëpoque, on ne voit pas que la justice séculière de Tëvêque ait été exercée ailleurs qu'au For-PÉvêque.

Nous avons déjà parlé de l'établissement des Maihurins ou des religieux trinitaires, dont l'ordre avait été institué par Jean de IVIatha et Félix de Valois pour la rédemption des capti&; nous avons également mentionné les premiers développements de l'ordre des Frères prêcheurs, fondé par saint Dominique , et dont les religieux , du nom de ^ leur église, consacrée à Saint- Jacques le. Majeur, étaient appelés Jacobiru par le peuple de Paris et dans toute la France. Bien que ces moines eussent été mis en |)ossession, dès Tannée 1218, de la chapelle et de l'hôpital du doyen de Saint-Quentin, il parait qu'ils n'avaient point encore acquis le droit d'y célébrer l'office, du moins publiquement ; car on trouve que, vers ce temps^^ un de leurs religieux, étant décédé, fîitenterréà Notre-Dame des Champs ; mais en 1221 ils jouissaient déjà de la permission d'avoir une église et un cimetière qui leur avaient été accordés dès l'année précédente par le cliapitre de Notre-Dame. Ce fiit aussi cette même année que rUniversité renonça en leur &veur au droit qu'elle pouvait avoir sur la chapelle Saint- Jacques, sous la condition t6utefois de certaines offices

36â KISTOl&E m PABXS. • (iSM^)

qu'ils feraient célébrer, et stipulant en outre que, si quelque membre de cette compagnie ciioisissait sa sépulture chez les Jacobins, il serait inliumé dans le chapitre si c'était un théologien , dans le cloître s'il était membre d'une autre &culté. Nous parlerons plus tard, et à différentes i*eprisesy de cet ordre religieux, très-populaire à son origine, et qui joua un rôle si imporlantdansriusloirede Paris. Nous nous bornons en ce moment à mentionner son établissement et ses premiers progrès.

Nous croyons également devoir consigner ici la fpndation du grand couvent des cordeliers ou Frères mineurs, également appelé couvent de TObsertfonce deSaint^Fran" çoiSf et qui était situé sur la rive gauche de la Seine, à peu de distance des vastes domaines de l'abbaye Saint-Germain des Prés. Ils avaient d'abord pris le nom de Prédiatteurs de la pénitence^ mais leur fondateur voulut par humilité qu'ils s'appelassent Frères mineurs. Le peuple leur donna le nom de Cordeliers à cause de la corde dont ils se servaient pour ceintu^^e. Les annales des Frères roineiurs racontent que saint François, après avoir fiât approuver sa règle par le pape Innocent III, forma le dessein de passer en France , mais que, en ayant été détourné par le cardinal Hugolin, il se contenta d'y envoyer quelquesuns (le ses disciples, qui furent reçus avec faveur àParis, vers l'année 1 2 1 6 ou [217, et s'y établirent, mais d'abord à titre provisoire (1).

« Dans les lettres de l'évêque de Paris touchant l'établissement des (Cordeliers en cette ville, datées du mob de mai 1 23o, il est dit que l'abbé et les religieux de Saii^-

(i) M. de Gaulle.

(iUMttt) UVRB V. CHAPITRE III. 363

Germain ne firent que prêter, et non pas donner, aux Fi èi ei> de l'ordre des Mineurs le lieu et les maisons qa'iïs habitèrent comme hôtes dans la paroisse de Saint-Gdme et Saint*

Dainien, proche de la porte Giberl , joignant les murs du

roi, à condition qu'ib n'auraient ni cloches, ni cimetière , ni autel consacré, etquel'abbaye conserverait sa justice

temporelle sur ces lieux , sauf les di oils cnriaux de Saint- Come. A quoi on ajouta que, si les Frères mineurs allaient s'établir en quelque autre lieu dans la suite , la place qui leur avait été accordée, avec tous les bâtiments que Ton y avait élevés , demeurerait en propriété à l'abbaye , sans aucune réserve. Nous connaissons par là que l'esprit de saint François et de ses premiers disciples était de n'avoir rien du tout en propre y soit en commun , soit en particulier, pas même les maisons où ils demeuraient. C'est pourquoi ils ne les recevaient qu'à titre de prêt et supposaient que la propriété en appartenait toujours k leurs fondateurs; car la subtilité des esprits ne s'était pas encore exercée sur ce point , comme elle le fit dans le siècle suivant, où plusieurs docteurs voulurent rendre soit le pape, soit l'Eglise romaine, propriétaire des couvents des religieux mendiants, sans que les uns ou les autres en fussent plus riches ni plus pauvres dans la réalité.

m Dix ans après l'établissement des Cordeliers à Paris l'abbé et les religieux de Saint-Germain leur permirent d'avoir ime église avec cloches et cimetière , et dans la suite les Frères mineurs accrurent considérablement le lieu de leur habitation. Nous trouvons qu'en 1 33^ la communauté de Saint-Germain des Prés leur donna un grand logis, à la recommandation de saint Louis, qui céda enrécompense à l'abbaye cent sous parisis de rente qu'elle faisait

36/| HISTOIBE DE PABIS. (tlM-1229)

au roi depuis un traité passé en 1209 avec Philippe-Auguste, pour trois jours de pêche tous les ans que nos rois s'étaient réservés dans l'étendue de la rivière de Seine , don^ née autrefois à l'abbaye par le roi Childebert I*', son fondateur. Le pape Grégoire IX ordona depuis à Simon, abbé de Saint-Germain, et à ses religieux, de permettre qu'il fut acheté, à l'usage des Frères mineurs, quelques portions de terre situées au dedans ou hors des murs , selon que le réglerait Adam, évêquedeSenlis, d'autant que les proprié* taires voulaient bien les vendre ^ et qu'il se trouvait des particuliers mus de charité qui voulaient les acheter pour en faire présent à ces religieux. On acheta eilectivement deux pièces déterre, partie dans le domaine et partie dans la censive de Tabbaye. L'abbé et ses religieux consentirent à l'aliénation de ces deux pièces de terre en fiiveur des Gordeliers , sauf les droits , la propriété et la seigneurie tempot tiie et spirituelle de Tabbaye, à condition que les Gordeliers n'auraient ni entrée ni sortie au mur contigu de leur couvent , le long du chemin qui conduisait de la porte de la ville au bourg de Saint-Germain ; permis cependant à eux, dans la nécessité, de fiiire quelque ouvrage ou réparation sur les lieux , de rompre le mur, pourvu qu'ils le fissent incontinent rétablir à leurs frais. Ils promirent en même temps de ne pas s'étendre davantage sur le fonds de l'abbaye , et renoncèrent dès lors à toutes les permissions que le saint-siége pourrait leur en accorder dans la suite (i). »

Nous verrons plus tard le nom des Gordeliers très» fréquemmenl mêlé aux annales de Paris , dans les temps

(I) FéUbien, Bitt. deiaviUedt Paru, 1. 1", p. 284.

(MSMttl) LIVRE V. OiAPITRB III. 365

d'agitation et de luttes* Leur couvait^ oomme on peut en juger par la citation qui précède, était situé rue de

rÉcûle-de-Mëdecine, au coin occidental de la rue de l'Observanoe.

Ainsi qu'on Ta vu plus haut, en Fan Sia, sainte Geneviève, Tauguste patronne de Parb^ avait été inhumée sur une colline qui ne tarda pas à porter aoa nom. Ses reliques se trouvaient déposées dans une petite chapelle dépeu dante de Tabbaye de Sainte-GenevièvCi et autour de laquelle de pauvres maisons n'avaient pas tardé à être construites. D'abord dédiée à Notre-Dame, l'humble chapelle oit se faisait le service des serviteurs et colons de Tabbaye reçut plus tard le vocable de Saint-Jean l'Évangéliste. Cette époque, qu'il n'est pas possible d'indiquer avec précision, est évidemment rapprochée de celle où Philippe- Auguste fit clore de murs les quartiers de la rive gauche qu'on appelait l'Université, et le dos de l'abbaye, à moitié compris dans la nouvelle enceinte, se trouva divisé en deux parties, Tune dans la ville, l'autre en dehors de la ville. On ne tarda pas à bâtir la portion qui venait d'être englobée dans Paris, à établir des écoles dans la rue du Fouarre, et à construire divers collées, qui furent autant de dépendances de la seigneurie de Sainte-Geneviève. En Tan 1:221 le chroniqueur Guillaume le Breton parie de Téglise et de raumônerie de SairU'Éiienne du JHoni (^Sancti Stephani de Monle); vers la même époque les chartes du moyen âge relatent un contrat passe entre i'évéque de Paris et Tabbe de Sainte*Geneviève pour la nouvelle délimitation des paroisses. L'abbé cédait à l'évêque la cure de Sainte-Geneviève de la Cité, dite desAr* dents j et l'évêque donnait à l'abbaye sa vigne du dos Bru^

366 HISHOIRB m PABU. (tUM»)

mou* Sur oe territoire furent peu à peu ouvertes de nouvellet et ëtroitcs routes qui, lorsqu'on les eut bordées de

maisons, devinrent les rues de Saiat-JuHen le Pauvre, du Fouarre, des Bats, des Trois-Portes , de la Bûcherie, etc. II résulta de ce snrcrott de population que la chapelle de Sainte-Geneviève, tropëtroite pour contenir les fidèles, fut agrandie et transformée en église distincte, laquelle, après avoir remplacé la crypte primitive, fut définitivement dédiée sous le vocable de Saint-Ëtienne. On y entrait par l'église, de l'abbaye, sous deux arcades que l'on remarque eneore dans le mur de l'aile droite de l'église Saint Etienne du Mont. Nous dirons ailleurs sous quels règnes cette église, aujourd'hui l'une des plus remarquables de Pans, fut successivement agrandie et reconstruite. Pour le moment il nous suffit d'indiquer son origine et de mentionner ses premiers développements.

Une certaine étendue des terres de Saint-Germain des Prés avait été comprise dans la nouvelle enceinte de Paris, et l'évécpié de la ville prétendait les faire entrer sous sa juridiction. T/archiprêtre de Saint-Séverin revendiquait les mêmes droits. De leur coté l'abbé de Saint-Germain des Prés et le curé de Saint-Sulpice invoquaient leurs privilèges antérieurs. Des arbitres à qui fut remis l'examen de cette affaire accordèrent à l'évêque la juridiction dans la ville, à l'abbé la continuation du drût de justice sur la paroisse de Saint-Séverin et la faculté de construire, dans l'espace de trois ans, une ou deux églises paroissiales et d'en nommer les curés. Ué^vsAàeSaiiU'Andrédes Arcs fut une de ces églises. La construction commença iiniuc diatement dans une partie du territoire qui avait appartenu ju que-là à l'abbaye Saint-Germain des Prés, et

(lfM1223} LIVRE V. CHAPITRE III. OO^

peut-être sur remplacement de qodque andenne cha*

pelle.

VI abbaye Saint' Antoine des Chanvgs ( aujouixi'hui lliôpital Saint-Antome) dut son origine à d'autres causes. Vers l'an i 198 Foulques, cm é de Neuilly, étonna Paris par ses prédications éloquentes. U s'attachait particulière» ment à ramener à Dieu les chrétiens égarés, les usuriers et les feniines de mauvaise vie. Un grand nombre de pécheurs abjurèrent leur vie de scaudaie et Erent pénitence^ la plupart des courtisanes converties par la parole de Foulques de Neuilly renoncèrent au monde pour se renfermer dans un cloître, et ce fut alors que,, pour donner satisfaction à leur repentir, on institua Tabbaye royale de Saint- Antoine.

Cette célèbre abbaye reçut la règle de Tordre de Cîteaux ( 1 304)9 ^1 eu égard à la réputation de sainteté que s'acquirent les religieuses auxquelles elle servait de refuge, elle ne tarda pas (1 2 1 5) à obtenir du curé de Saint-Paul et de l'évéque de Paris l'exemption des droits dont elle était grevée pour le temporel. Ces immunités la rendirent fort riche en très-peu d'années, et vers la fin du règne de Plulippe- Auguste les religieuses de Saint- Antoine possédaient déjà^ entre autres biens, deux maisons dans la ville, un enclos de quatorze arpents attenant à Tabbaye , onze arpents de terre entre Paris et Yincennes (1).

(1) On n'est |MB bien fixé sur la date précise delà fondation de cette abbaye; Dabreoilh fixe en 1181, Lncailléen Ii8a, Lemaireen it^» Germ. Brioe en iigS, Rigord, Nanf^s ^ Cofraiet en 1198, Attiéric en , 1 199. n est certain, par le témoignage de tous les contemporains, que ce lot en II 98 qu'eurent lien les fameuses prédications qui prodidsîrait lea premières religieuses de ceUe abbaye, et cd même temps il existe un contrat de vente taite à la maison de Saint- Antoine en- 1190. il est pro>

368 HinomB os pams. ouaH»»

Yen l'an iao4 Eenold Ghereins et sa femme SybiUe donnèrent neuf arpents de terre qu'ils possédaient près des

murs de Paris , sur le clieiuin qui conduit à Clichy, pour l'entretien d*un prêtre destiné à desservir une chapelle qu'ils avaient l'intention d'y bâtir. La même année ik y joignirent un arpent, et, quelque temps après, trois autres, sur lesquek ils firent construire la diapelle. On y éta* Mit des chanoines dont la nomination appartenait alternativcmeot à rév^^que et au cliapitre de Saint-Germain. Cette église 9 qui fiit dédiée sous le vocable de Saint^Honaré^ était située en dehors de l'enceinte de Paris et près dn marché auiL Pourceaux ; pendant près de deux siècles elle demeura entourée de champs et de vignes.

En r 21 2 on érigea en église paroissiale une chapelle qui existait rue du Martroi, derrière l'emplacement actuellement occupé par rUotei-de-Vilie; cette église reçut le 'nom de Saint' Jean en Grèue. La décision qui en fît une paroisse fut motivée par l'accroissement considérable de la population de la paroisse de Saint-Gervais, que Pierre de Nemours, évrque de Paris, partagea en deux, du consentement de l'abbé du fiec et du prieur de Meuian , patrons de l'église Saint-Gervais, lesquels se réservèrent le droit de présenter à la nouvelle cure de Saint-Jean. L'évêque de Paris voulut aussi que le curé de Saint-Jean supportât une partie des redevances auxquelles le curé de Saint- Gervais était tenu envers le chapitre de Notre-Dame.

A une époque que les historiens n'ont pas bien exactement déterminée , mais qui, postérieure à 1 1 79, est anté-

bablct oomin» le peow Jaillot, qa'U «mlail an oiêiiie endroit, mol Fpnlques, une chapelle de SaÎBUAototoeqni laî parut convenable pour recevoir les femmes qu'il ooovertit, et qu'en effot ce fiit là qa*il les pU^.

(11M-122S) LIVRE V. CHAPITRE III. 36q

Heure à 1 188, Robert, comte de Dreux, quatrième petit- 01s de Loms-le-Gros y fit construire à Paris, près du Louvre, une église dédiée sous le vocable de Saini^Thomas, et qui fut érigée en collégiale en même temps qu'on y fonda quatre canonicats. Robert II, fils et héritier du comte de Dreux , confirma par une charte de 1 1 88 cette fondation, qui fut également reconnue par Tautorilé du Saint-Siège, en 1187 et 1 189, et par une charte de Philîppe»Auguste , en 1193. Ces divers titres apprennent qu'à cette époque les principaux revenus de cette église consistaient dans les dîmes de Torçy^ de Cailly et de Brie- Gomte-Bobert, une rente de cents sols parisis, une vigne et un arpent de terre situés près de ses murs ; que l'église était sous l'invocation de saint Thomas de Gantorbéry; que Robert de Dreux avait donné des maisons et des biens pour loger et nourrir les prêtres chargés de la desservir, et qu'il avait établi au même lieu un hôpital et un collège pour de pauvres étudiants. Cet hôpital est devenu depuis Téglise collégiale de Saint-JNicolas du Louvre.

En 1217 il existait à Paris un hôpital fondé pour les étudiants pauvres et appelé Hôpital des pauures Clercs ; cet établissement fut, trois siècles plus tard\ transformé en église collégiale sous le vocable de Saint-Nicolas du Louvre. Déjà, c'est-à-dire en 12 12, on avait rebâti, au coin de la rue de la Harpe, l'église paroissiale de Saint- Gome et Saint-Damien; cette construction avait été faite aux dépens de l'abbé et des religieux de Saint-Germain des Prés, sous le patronage desquels la nouvelle église demeura longtemps placée. Vers le même temps , et sur remplacement occupé de nos jours par la chapelle de T hôpital de la Gharitéy on remarquait encore une petite église dont la fon*

■ mtr. DB pABie. — t. i. 24

HISTOIEB JXB PARIS. ffUMMm)

dation était attribuée à saint Germain, évêque de Paris. Elle n'était et ne fut bien longtemps qu'un oratoire attenant à l'abbaye de Saint-Germain des Prés , et dédié, dans Torigine , sous le vocable de Saint-Pierre. Par altération de langage le peuple l'appelait la chapelle de Saint'Pèi'e. Elle fut reconstruite et agrandie au comtnenceineat du treizième siècle et devint l'église paroissiale du bourg de Saint-Germain. La population de ce quartier s'étant considérablement accrue, on ne tarda pas à faire bâdr une autre chapelle , qui fut placée sous l'invocation de saint Sulpicei et qui , durant plus de quatre siècles , resta soumise envers l'église de Saint>Père à certaines obligatioDS imposées aux succursales.

Lorsqu'en 1182 lesJui& furent chassés du royaume, leurs synagogues furent données, à Pans, à l'évéque Maurice de Sully, pour les transformer en chapelles. Latine d'elles, située dans la Cité, rue de la Juiverie, paraît avoir été alors érigée en égUse archipresbytérale et dédiée sous le vocable de Sainte-Madeleine.

Nous venons d'indiquer les agrandissements v[ les améliorations dont Philippe-Auguste se plut à doter Paris; ce prince, à qui remonte Taffranchissement réel de la royauté, commença vraiment la grandeui' de la ville reine qui lui servait de résidence. Dès œ moment aucune dté du moyen âge n'eut le droit de s'égaler à Paris ; sous le rapport de la population, de la splendeur, de la puissance, Paris devenait la capitale de l'Europe aussi bien que celle de la France , et son influence, qui n'aoessé de croître, commençait à se faire sentir jusqu'aux extrémités du monde chrétien. Si on la compare au Pans actuel, cette capitale n'était encore, à vrai dire, qu'un amas de maiscms

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et de rues parsemées çà et là de monuments dignes de l'admiration des siècles ; mais, comparée à ce qu'elle avait été sous les premiers Capétiens , c'était une ville transformée et dont la célébrité allait être désormab l'un des titres les plus durables de Philippe-Auguste aux respects de l'histoire et à la reconnaissance delà nation française.

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