CHAPITRE IV
Paris toui Louis Vm, dit Gour-^e-Lion (128$ — laM,.
Le roi Louis VIII^ surnommé Gsur- de-Lion à cause de
son courage et tle sa grandeur d'anie, ne fit qu'apparaître sur le trône. Sous le règne de Philippe-Auguste^ son père , il avait conduit en Angleterre, au secours de la noblesse rcvoltée contre le roi Jean, une expédition française dont le souvenir sera à jamais mémorable. Lefîlsde Philippe-Auguste y en effet, était entré victorieux dans Londres et y avait ceint la couronne royale. Cependant le pape avait désapprouvé celte intervention armée du prince Louis dans les affaires intérieures de l'Angleterre, et, le roi Jean étant venu à mourir, le fils de Philippe- Auguste , abandonné par ceux qui l'avaient appelé, puis assiégé dans I^ondres, n'avait obtenu la liberté qu'en promettant aux Anglais de leur rendre un jour tout ce que boa père leur avait enlevé. Devenu roi, il ne regarda cette promesse arrachée par la violence que comme un prétexte de poursuivre la guerre contre les Anglais.
Après son sacre I .ouis Cœur-de-Ldon lit son entrée solennelle à Paris. Les Parisiens le reçurent avec cette joie populaire qui saluait toujours l'aurore des nouveaux règnes; les bourgeois lui offrirent de riches présents, et toute la ville fut en fêtes pendant plusieurs jours. Pour reconnaître ce bon accueil le roi donna la liberté à plusieurs serfs et gracia tous les prisonniers hormis les félons détenus dans les geôles pour avoir pris les armes contre le feu roi
1223-12i«) UVK£ >. CHAPITftJi IV. '^'j'S
Philippe; de cet nombre ëtûent les vaincus de-Bon-
vines : Ferrand, comte de Flandre, Renaud, comte de Boulogne, et leurs compagnons. Les vassaux du roi et les seigneurs eurent une large part aux munificences de cet avènement; Louis leur accorda un don magnifique et néanmoins fort peu coûteux : il promulgua une ordonnance portant abolition des intérêts de toute somme duo aux juifs et accordant trois termes fort éloignés pour le remboursement du capital.
Parvenu au trône dans de telles conditions, Louis Vill refusa de rendre la Normandie à Henri III, roi d^Angleterre, et se prépara au contraire à conquérir le Poitou, dont son père ne s'était point assuré la possession. Après plusieurs victoires signalées il assiégea la Rochelle. IjC succès de la campagne dépendait de la prise de cette ville, et Savary de Mauléon venait de s'y jeter avec un renfort de chevahers dévoués au parti des Anglais. Aussi les Parisiens, se souvenant de leur amour pour Philippe- Auguste, témoignèrent-ils en cette occasion de leur vif intérêt pour la gloire de son fils; ib demandèrent publiquement au Ciel la prospérité de ses armes, en célébrant une procession générale de toutes les églises de la ville, à laquelle assistèrent trois reines : Isemberge, veuve de Philippe- Auguste; Blanche de Gastille, femme du roi de France, et sa nièce Bérengère, reine de Jérusalem . « La procession partit de Notre-Dame et se rendit à Saint-Antoine des Champs. Tout le monde étoit nus-pieds et en chemise, même les trois reines (i). » (2 août i22l^.)
Vers le même temps Louis VUI convoqua un concile na-
(i) Histoire manuscrite de saint Louis^ par Le Nain de Tillemoiil, p. %'iOt Ms, BibU imp, Suppl. fr., n« aoi3.
HISTOIRE DE PARIS. (122S-lSa6)
tiongl à Paris. Le cardinal Conrad^ légat du Saint^ége,
présida cette assemblée, et prononça, au nom du pape Honoré III, la révocation de l'indulgence publiée dans le concile de Latran en &veiir de ceux qui prendraient la croix contre les Albigeois. « Et dans ce parlement, disent les chroniques de Saint-Denis, fut dénoncé et [Hrouvé que Raymont, conte de Thôuloze, estdit bon crestien, et vivoit selon Dieu en la foy crestienne. w
Cependanti la Rochelle ayant capitulé et le roi ayant soumis les fiefs anglais jusqu'à la Garonne, il revint triomphalement dans cette ville et y reçut publiquement le serment de hdélite du vicomte de Thouars.
I^e a8 janvier 1226 un nouveau concile national litit convoqué à Paris au sujet du comte de Toulouse ; mais cette fois ce iiit pour excommunier Raymond. Le légat du pape prononça la sentence qui le condamnait comme fauteur de l'hérésie des Albigeois, délia ses vassaux, de Tobéissance qu'ils lui devaient et adjugea tous ses domaines au roi de France. Aussitôt Louis, qui depuis longtemps sollicitait cette senteuce si favorable pour lui, se huta de conclure une trêve avec Henri 111 et tourna ses armes contre le Languedoc.
La nouvelle croisade, bien que marquée par quelques succès, ne fut point heureuse ; la prise d'Avignon par le roi Louis YTII en fut' Févënement le plus considérable. Bientôt après, XiOuis Y III, réduit à se contenter d'une conquête purement nominale , reprit avec les débris de ses troupes la route du Nord. Comme il passait en Auvergne, il s'arrêta à Montpensier, atteint d'une maladie dangereuse, et ne tarda ^ pas à succombera ses souffrances
{tm-am UVRE V. CHAPITRE IV. .375
Sous le règne de Louis Cœur-de-Lion Guillaume d'Auvergne, évêque de Paris, avec l*appui du roi et de la reine Blandie, fonda entre Pans et le bourg de Saint- Lazare un célèbre couvent de filles repenties, qui prirent le nom de Filles-Dieu. Ijc terrain sur lequel fut élevé le nouveau monastère avait été donné à l'évcque et à la ville par un pieux bourgeois de Paris, nommé Pierre Barbette.