‹ Histoire de Paris, depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours (volume 2)Chapitre 59 sur 91 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Première période du ré^e*

Louis IX était à peine âgé de douze ans. Sa minorité fut très-orageuse. La reine Blanche s'était attribué la régence; mais les grands feudataires étaient impatients de reprendre la place dont la politique ferme et habile de Pliiiippe-Auguste les avait fait descendre. Blanche de Castîlle vint plusieurs fois à bout de rompre leur ligue.

Le jeune roi avait été sacré à Reims; à son retour à Paris, et par ordre de la régente, il n*y eut aucune réjouissance publique. Les Parisiens, qui s'associaient ainsi au deuil de Blanche de Castille, n'en étaient pas moins dévoues à Louis IX. « Un jour que ce prince, disent les chroniques , chevauchoît du coté d'Orléans, il apprit que les barons le faisoient épier pour se saisir de sa personne. Aussitôt lui do tourner bride et de courir vers Paris en toute liâte. U alla jusqu'à Montlhéry sans s'arrêter; mais, arrivé à ce donjon , il n'osa pas en sortir, de crainte d'être pris par les révoltés. Il envoya seulement à Paris demander un prompt secours à sa mère. A ces nouvelle Blanche de Gastille fit assembler

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les principaux d'enlre les habitants de Paris et les pria de venir en aide à leur jeune roi. Les Parisiens répondirent qu'ils étoîent prêts à le ûiire, et même engagèrent la reine à mander les communes des environs, oà il y avoit tant de bonnes gens qitonpoupoU avec eux jeter le prince hors de périL La reine suivit leur conseil, et de toutes parts se réunirent à Paris les chevaliers et les autres braves gens d'alentour. Quand ils furent tous assemblés , ils prirent leurs armes, sortirent de Paris bannières déployées, et se mirent en chemin droit à Moiitlhëry. Ils arrivèrent au château y placèrent le roi au milieu d'eux en faisant des vœux au Ciel pour sasÂreté, et rentrèrent dans la ville pressés en haie autour de lui, disposés à tout événement. Les barons s'étoient préparés à un coup de main et non point' à une bataille ; à la vue de cette foule ils se concertèrent entre eux, et, sentant qu'ils n'avoient pas assez de monde pour rien x>sèr, ils s'en allèrent vaincus sans combat (i). »

Louis IX se plaisait dans la suite à parler de cet événementf qui avait permis aux habitants de Paris de manifester leur fidélité et leur courage, «c £t me conta k saint roy, dit Joinville, que il ni sa mère, qui estoient à Montie-Uéri , ne osèrent revenir à Paris jusques à tant que ceubL de Paris les vinssent quérir avec armes ; et me conta qu'au retour de Mont-le-Héri estoit le chemin plein de gens à armes et sans armes jusques à Paris, et que tous crioient à Nostris-Seignear qu'il lui donnast bonne vie et longue, et le défendist et le gardast de ses ennemis. » Ainsi se révélait combien était puissante et forte la popu-

(i) chroniques de Haint-Oems.

(UM-tail) LIVBS VI. CKAPITHE I.

larité de la couronne, et combien le peuple prenait au sérieux son pacte avec la famille de Hugues Gapel.

Vers le même temps la ville de Paris fut mise en émoi par jun incidefit religieux tpie'dom Félibîen raconte, en ces termes : '

a Au mois de (evrier (ij 1233 afïluoit à Saint-Denis une grande multitude de peuple pour honorer les sainles reliques qu'on a coutume d*y exposer à la dévotion publique le ^5 février, jour de la dédicace de Téglise, et les jours suivants. Entre ces reliques , la plupart tirées de la chapdle de nos coys, l'une des plus précieuses est un des dous dont Jésus-Christ fut attaciië à la croix, et qui fut donné à cette église par Charles le Chauve. Le religieux qui le présentoît à baiser au peuple ne s'aperçut pas qu'il étoit tombé du reliquaire où il estoit encluissé ; il n'y pr it garde que quand il n'en ûit plus temps : lé clou avoit -déjà dis» paru. Ije bruit s'en répandit bientôt, non-seulement à Saint-Denis et à Paris, mais encore par toute la France. L'abbé Eudes-Clément fit aussitôt savoir cette nouvelle au roy et à la reine Blanche, sa mère , qui témoignèrent une extrême douleur de cette perte. Incontinent après, un hévault publia, de la part du roy, dans toutes les places publiques de la ville de Paris , que quiconque rendroit le saint clou.auroit la vie sauve et cent livres d'argent pour récompense. On fut plus d'un mois à déplorer cette pei Le, tant on portoit pour lors de vénération aux saintes reliques. Les clercs, les moines, l'Université , les grands , les petits, tout âge , tout sexe, toute condition, en un mot tout le monde parut prendre part à un maiiieur

(i)Félibicn, Hist, de Paris ^ t. , p. 290.

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qu'on regardoit comme un présage de quelque funeste accident dont le royaume estoit menacé. Enfin , après bien des prières , des gémissements et des larmes | Dieu permit que le saint clou fût retrouvé dans l'abbaye du Yal, près de Pontoise, oîi Tavoil porté une femme qui l'avoit ramassé dans Téglise de Saint-Denis. L'abbé Eudes lui-même partit 8ur*le-cbanip pour le Yal, et le roy lui donna trois des principaux seigneurs de la cour pour raccompagner. La sainte relique y fut reconnue et reportée le vendredy-saint à Saint-Denis, avec une solennité tout extraordinaire. Le roy y alla, quelques jours après, honorer ce précieux monument de la Passion du Fils de Dieu , et son exemple fiit suivi par plusieurs prélats et par presque tous les seigneois de la cour. »

Le roi étant entré dans sa dix-neuvièmeannée, la régeate songea sérieusement à le marier; ses vues s'étaient d*abord

portées sur Jeanne , fille du comte de Toulouse , qu'elle faisait élever ; mais* son extrême jeunesse la lui fit réserver pour un autre de ses fils, et elle se décida pour Marguerite, fiUeaînée de Raymond Bërenger, comte de Provence. Lorsqu'arrivèrentdans le palais d'Aix les envoyés de Blanche de Gastille, Raymond, Bérenger et la comtesse Béatrix, sa c femme^ pleins de liesse, les reçurent moult honorablemeol et à grant triumphe, » et leur consentement ne se fit point attendre. Le 27 mai les deux fiancés reçurent la bénédiction nuptiale des mains de révêque comte de Noyon , Anselme de Saint-Médard, « homme de grant sçavoir et de doctrine exquise es lettres saintes , et qui avoit glosé les psalnics de David. » Les royaux adolescents, à l'imitation de Tobie et de Sara , passèrent en prières la première nuit qui suivit leur mariage, et, deux jours après, le mai , ils parti-

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