LIVRE VI. CHAPITRE II
roquin; il» farent connus sous le nom de cordouans , de ia ville 4c .Cordoue, «a envoyait le plus au dehors. DttBS la faite <m apprit à fidre des cordouans en France. On distinguait ceux qui faisaient les chaussures en hasa^ nierj( ou en s^itetçmers et en oordauaniers , selon, les cuirs dont ik seservaient. Les baudrojfettrs j leA eorrofeurs , les gantiers, employaijeat aussi une grande quantité de aiir.
tJn grand nombre de métiers de tisserands en laine, en
fil et en chanvre, existaient alors à Paris. La fabrication du drap ne donnait pas, lieu, comme de nos jours, à de grands ëtablissements, mais elle fiiisaît^vre modestement un grand nombre de familles; la rue de la Vieille-Draperie, dans la Cité, oii cette industrie avait pris naissance à Paris, inr diqœ encore son berceau. Le métier de drapier s'exerçait en famille et se transmettait aux descendants* Les premiers tisserands étaient fabricants et marchands à la fois; mais on sait que, dès la fin du treizième siècle, les riches, les iis' serands grands mestres faisaient tisser par Xt^ tnenus meS" ires pour euic et vendaient ensuite les draps. Les hrodemes étaient nombreuses à la fin du treizième siècle, comme les ouvriers qui faisaient des bourses ornées de broderieset de bordures élégantes, queJea femmesportaient à la ceinture. Leur nom ^mmomères sarraùnoises rappelait leur destination principale» Les hommes, lorsqu'ils étaient revêtus de la robe, portaient aussi une bourse à la ceinture , mais en cuir et sans ornement.
Les fripiers oxxjerpiers , corporation très-nombreuse et peu riche , vendaient à la foire des tissus de laioe, du lingç, du cuir, et mêlaiènt le neuf au vieux ; ils habitaient surtout les environs des halles et la paroisse Sainte-Opportune.
Une classe particulière de fripiers était celle des iiiarchaDds de chiffons el de vieux souliers ^ et celle des fripiers ambulants, qui criaieiit dans la rue la cote el la hape^ ou bien cote et sur cote.
Le Petit>Pont et ses abords étaient peuplés de pelletiers. Les riches seuls pouvaient border leurs robes d'hermine , mais tous les bourgeois un peu aisés portaient des vêtements bordés de voir et de gris^ c'est-à-dire des fourrures d*ëcureuils et d'animaux sauvages de nos contrées.
C'est à Louis IX qu'est due la gloire d'avoir établi un ordre salutaire dans les monnaies ; le peuple s*en souvint , et chaque fois que, sous les successeurs de ce prince, quelques abus tyranuique s'iutroduisaient dans ce service, a ou invoquoit toujours le nom du benoict roy , et on deroandoitle restablissement des monnoyessur le mesme pied que sous son reigne. » I>e droit de battre monnaie y dans Torigine réservé au roi seul , avait été partagé, avec le suzerain du royaume , d'abord par les grands feudataires, puis par des arrière- vassaux de la couronne , et du temps de saint Louis quatre-vingts seigneurs se trouvaient en posses* sien de ce privilège régalien. Le désordre s'était accru en pareille matière à ce point que l'altération des espèces d*or et d'argent était devenue une coutume fiscale de la féodalité. La livre d'argent, qui, dans le principe avait été du poids de douze onces, ne pesait plus, sous le règne de Ix>uis IX , que deux onces et demie, et les monnaies des seigneurs, changeant sans cesse d'empreinte et de titre, occasionnaient une confusion extrême qui tournait au détriment du consommateur et du marchand. La monnaie frappée à l'efBgie d'un possesseur de fief n'était point admise dans les autres (iefs j et , comme il était impossible de
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déterminer ou de connaître la valeur intrinsèque des monnaies (le chaque j)iovince et de chaque seigneur, on perdait, au change, des sommes considérables dont proiitaieut les usuriers et les jui&. Saint Louis considéra comme un devoir de conscience de remédier à cette déplorable situation, et il attribua aux monnaies royales le privilège de circuler et d'être admises dans tout le royaume , concurremment avec les monnaies locales , et , comme il détermina le poids et le titre des espèces frappées au nom et à i c^ figie du roi , il arriva que ces monnaies, d'une valeur plus grande que les espèces féodales , furent choisies de préférence par le peuple, et servirent aux autres monnaies de règle et d'étalon. La conséquence naturelle de ce fait fut que partout on recherdia de préférence la monnaie royale, qui circulait également dans tous les fiefs, ce qui disposa la France à souhaiter qu'il n'y en eût désormab plus d'autre. C'est donc avec juste raison que l'histoire reconnaît en saint Louis l'auteur et le restaurateur du système monétaire.
Saint Louis avait trop à cœur de détruire toute tyrannie, et les légistes qui l'assistaient désiraient trop vivement abaisser le pouvoir des grands, pour que sous le règne de ce prince aucune mesure ne fût prise dans le but de généraliser et de hâter l'affiranchissement des serfs et l'émancipation des communes. Chez le roi cette tendance généreuse était Taccomplissement d'un devoir religieux; chez les légistes, imbus des maximes de la monarchie romaine , et pour la plupart clercs issus des rangs du peuple , on .vit poindre et se manifester la volonté systématique de grandir toutes les forces sociales qui par leur nature étaient opposées aux privilèges féodaux.
Vers cette époque de puissants adversaii^ chercliaient
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à combattre HnAiieiicedes Dominicains, que Ton nommait
en France Jacobins, parce que leur principal couvent à Paris était sous l'invocation de saint Jafxpies. La came réelle de ce différend était la jâloiisie «pi'ittspirait à lUmversité le succès ou pour mieux dire la popularité des docteurs en. théologie appartenant aux ordres de Saint- François d'Assise et de Saint^Dominique. L'Université de Paris prétendait avoir en France le privilège exclusif de renseignement; aussi ayait-elle vu avec un amer déplaisir les docteurs franciscains et dominicains ouvrir des écola indépendantes où la renommée de plusieurs d'entre eux attirait la foule. Ne pouvant les contraindre à se placer sous son obéissance, elle leur fit enlever deux chaires de théologie et mit tous ses soins à décrier les ordres mendiants et à interdire à ses propres disciples de recevoir leur enseignement public*' Parmi las défenseurs les phia ardents des privilèges de FthiiverstHé figurait GuUlamne de Saint- Amour, docteur en théologie, homme liahiie et exercé dans la satire. Ce docteur, voulant répondre à un livre publié, £sait*i1, par le général des Frères mineurs, écrivit, sou le titre de Périls des derniers temps, un libelle diffamatoire contre les Frandscains et les Dominicains, et s'attacha à les signaler comme des h3rpbcritesV des séducteurs et de faux apôtres. Ce pamphlet fournit un aliment à la curiosité des oisifs et souleva les esprits crédules contre les religieux mendiants habitués jusqu'alors aux sympathies da peuple. Louis IX dénonça au pape Técrit de Guillaume de Saint-Amoqr, et le libelle fut condamné Aux flammes pas la bnlle de Orbi et de Vrbi comme renfermant une doctrine perverse et scandaleuse. Le pape Alexandre IV, après avoir ainsi averti la chrétienté, écrivit au roi de
France pour le remercier de l'appui qu'il avait prêté aux ordres mendiants, «r Oh reconnaît bien, hii disait-il, qu'en vous éclate un vrai rayon du soleil de justice. » L'Université menacée des censures de Rome se vit alors contrainte a recevoir dans son sein les Frères' prêcheurs et les Frères mineurs, qu'elle avait voulu exclure. Ces religieux, qui avaient suscité tant d'anîmosité et de jalousie, et qui, pour obtenir justice, avaient dû implorer l'intervention souveraine de la papauté, étaient les Franciscains Roger Bacon, Alexandre de Haies y DunsScot et saint Bonaventure, éi les Dominicains Albert le Grand , Vincent de Beauvais et
Thomas d'Aquin. Il suffit de les avoir nommés. . .» •
Saint liouis avait à cœur dé servir ses* contemporains et les générations à venir en conservant avec soin le dép6t
des livres et des ouvrages qui pouvaient venir en aide à renseignement religieux, a l'histoire, àux arts et aux lettres. Son palais était ouvert aux savants et aux poètes qui joignaient au talent la pureté de la morale. Pendant son séjour en Palestine il avait appris qu'un sultan em* ployait des sommes considérables à faire copier, traduire et réunir les écrits des anciens auteurs , afin d'en former une bibliothèque publique où les jeunes lettrés de l'Orient pussent venir puiser l'instruction. Frappe comme d'un trait de lumière, le saint roi conçut le projet de réaliser une semblable idée au profit dés habitants de Paris ; aussi, lorsqu'il fut de retour au milieu de son peuple , s'empressat-il de confier à qudques érudits le soin d'explorer les abbayes, les monastères, les archives et les dépots du royaume. Les manuscrits importants et rares soumis à leurs recherches devaient être achetés et transcrits aux frais du trésor du prinoej, et rassemblés dans une salle
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attenant à la Sainte-Chapelle de Paris. Le célèbre Vincent de Beauvais fut chargé de coordonner et de surveiller cette collection , comme aussi de réunir en un même corps dW vrage les extraits et les résumés de tous les volumes dont on était parvenu à se procurer les originaux, ou les copies. Le fruit de cet immense labeur fut l'espèce d'abrégé encyclopédique qui parut au treizième siècle sous le titre de Mirouer hjrstoriai, La salle scientifique établie par ordre de saint Louis dans les dépendances de la Sainte-Chapelle était constamment ouverte aux prud liommes doctes^ clercs ou laïques, ainsi qu'aux voyageurs étrangers. Le roi de France se plaisait à y faire de longues stations, durant lesquelles on le vit plus d'une fois expliquer lui-même et traduire aux jeunesgens les passages les plus difficiles qu'ils rencontraient dans leurs lectures.
A la faveur de l'impulsion donnée de toutes parts à l'étude de la science, on vit fiiire de notables progrès à la médecine^ à la chirurgie , à toutes les connaissances qui se rattachent à l'art de guérir. Par les conseils du célèbre Jean Pitard Louis IX. fonda un collège spécial pour la chirurgie théorique et pratique ; peu de temps après Lanfranc de Milan ^ Royer et Roland de Parme acquirent dans cette science fat plus honorable renommée, et saint Louis, qui se préoccupait toujours des besoins de la cliarité| ordonna que les professeurs et les élèves traiteraient gra* tuitement dans différents hospices tous les malades désespérés qui y chercheraient un refuge.
A l'exemple de son aïeul , saint Louis rendit contre les Juife des édits rigoureux , conçus moins dans une pensée d'oppression que dans l'espoir de ramener les fils d'Abraham à la foi chrétienne.
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Saint Louis signala aussi* sa piélé par la proscription absolue quHl prononça en même temps contre les maisons
de débauche et les filles de mauvaise vie. Il décréta que les femmes prostituées seraient chassées de tous les lieux où elles se trouveraient, que leurs biens seraient confisqués par les juges desdits lieux, ou, sous leur autorité, par le premier occupant. Il ordonna que, si quelqu'un louait sa maison à une femme qu'il sût être prostituée ^ la maison serait confisquée.
Ce règlement était trop sévère pour recevoir une exécution réelle , et saint Louis se vit fercé d'en atténuer les dispositions. Peu de temps après il réorganisa le guet do la ville de Paris, Cette grande ville était troublée chaque jour, et surtout chaque nuit, par des accidents dont la gravité compromettait à chaque instant la sûreté des particuliers. C'étaient constamment des incendies, des vols, des violences, des enlèvements de femmes, des batailles. Il y avait depuis longtemps une milice entretenue aux dépens du roi pour veiller à la sûreté de la ville, qu'elle était chargée de parcourir durant toute la nuit; mais elle était de beaucoup insuffisante ; elle se composait de vingt ser» genls à chei^al et de quarante sergenu à pied, conmiandés par un officier nommé le cfiemlier du guet. Aussi les bourgeois de Paris prirent-ils le parti de veiller eux-mêmes h leur sûreté ; Ils obtinrent du roi la permission de faire toutes les nuits des rondes par la ville sous Pautorité du chevalier du guet. Cette milice bourgeoise, pour laquelle chacun devait faire le service de trois en trois semaines , fut appelé le guet des mestiers ou guet des bourgeois* Quelques corps de métiers cherchèrent dès le commencement à se dispenser de cette obligation , et il fallut plu-
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sieurs arrête du (Mtr/emeiit pour 1^ aoatraiii4r€« Le commandemenl: du guet des bfWgeioîs appartenait ^ oomne
celui du guet royal, au prévôt de Paris. En 1264 ordonné par le parlement .que les,4rApi6i'& de Pai'is contribueraîeiit de leurs personnes au; guet desilbourgeois, sMt que le prévôt fût présent, soit qu'il fût absent. Eu 1271 çe même motif, l'absence du prévôt, fut invoqué derechef comme une cause de dispense par les drapiers, et en outre par les orfèvres, les changeurs, les taveruiers et autres \ ils furent tous condamnés. Deux autres arrêts du parlement obligèrent , en 1 265 , letf habitants de la seigpeurie de Tévêque , et, eu 1:2^0, ceux qui demeuraient, dans la juiidiction du Temple, à faire le guet comn » les ajAtres bourgeob delà ville (i).
Vers Tan i :2Ôo, Henri 111 , roi d'Angleterre , vint de nouveau à Paris; «lint Ipuis .et Marguerite. de Provence allèrent à sa renoontre.^ « Lorsque lea deux roys et les deux reynes arrivèrent près de Paris , dit Félibien , ils trouvèrent toute la ville sortie aii-denrai^ d'.eux.en gnmde pompe. L'Université y parut en habits de cérémonie, avec cierges allumés et des couronnes dç fleurs , accompagnée de chœurs de musique^ Ce ne fu,t toute la nuit suivante qu'illuminations et réjouissances par toute la ville. Saint Louis laissa au roi Henri le.chpix du Palais ou du Temple pour son logement,. et Hei^ préféra, te ïepiple, ^ cause du grand nombre d'appartements que les chevaliers y avoieut fait construire pour tenir ass^inblées générales de leur ordre. Le lieu néanmoins, tout spacieux .f^'iii étoit, ne put contenir le gvand nombre d'homnies et de chevaux
(I) M. deGaatte.
que le roi d'Angleterre avoit à m smft. Ils reinpUrout: toutes les hôtelleries depub le Tetnpie jusqu'à la Grève; encore y en eut-il plusieurs obligés de coucher dehors, tant le cortfége étoit nombreux. Dès le lendemain les of«> ficiers du roi d^Angleteire assemblèrent par son dnlre tous les pauvres qui se rencontrèrent, auxquels il fît donner uu gtand repas des aumônes. roi d^ Séance fit irioir en néknè temps à celui d'Angleterre les plus belles églises de Paris , et surtout la Sainte-Chapelle et les reliques qu il y mùi ramassées. Le r«>i H^nri^^ea fiûsaiit ses prières dau^ tous ces lieux de piété, y laissoit quelque présent.
a On préparoit en même temps le |^and festin, qu'il Touloit donner au roi de- France et à tôute sa cour, pour ne pas dire à tout Paris , car les portes furent ouvertes à tout le monde; entroit qui vouloit, et chacun trou voit» soit dans les cours, soit d^ les salles, des tables dressées avec tant d'abondance que , bien que ce fût un jour maigre , Mathieu Paris, auteur du temps ^ met ce repas. au-dessus des festins les plus célèbres dans riiistoire/ La grande salle, toute remplie de boucliers , à la façon des Anglois , étoit destinée pour lesdeux rois et pour ieur pour. Yoicii'ordre qui lut gardé k table. Le roi deiFrasœ , que Thistorien anglois appelle le roi des rois de la terre^ étoit au milieu ; le roi d'Angleterre étoit à sa droite^ et Thibaud II, roi de Navarre, à sa gauche. Le reste étoit occupé par douze évêques , mêlés entre les ducs et les barons, au nombre de vingt-deux. On y compta aussi dix-iuiit comtesses, entre lesquelles la comtesse douairière de Provence et ses deux filles, les comtesses de Gornouailles et d'Anjou , sœurs des deux irânes, dont Tbistoire ne £ûl ici aucune maition, mais qui suivment apparemment chacune le jcoi leur mari . Après
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ie repas le roi d'Angleterre envoya aux seigneurs François des coupes d'argent, des agrafes d'or, des ceintures oq ëcharpes de soie, et d'autres présents. Le soir le roi'Louis emmena le roi Henri loger au Palais , quelque résistance qu'il pût fiiire, et lui dit en riant : v Je suis id dans mon foyaume et je veux y être le mahre à mon tour. >» Le roi d'Angleterre, passant par la Grève sur ie Grand-Pont et le long des rues, admira le bon goût des maisons, quoiqu'eUes ne fussent que de plâtre , leur hauteur de trois et quatre étages, et la prodigieuse multitude de peuple accouru poui* le voir, et qui publioit partout sa magnificence et sa libéralité. Henri passa huit jours à Paris dans de continuek di» vertissements; après quoi, lorsqu'il en partit, le roi l'accompagna une journée de diemin. L'historien du roi Henri fait monter sa dépense dans Paris à i ,000 iims d'argent, sans compter ses largesses, qui diminuèrent beaucoup son trésor, mais en récompense augmentèrent Thooneur et la gloire de la nation angloîse. »
En 1261 deux grandes assemblées se tinrent à Paris pour aviser aux moyens de secourir les chrétiens d'Orient. Tout ce que le pape obtint cepoiidant, ce furent des secours d'argent et des ordonnances destinées à conjurer la colère divine.
Quelque temps après , par suite d'un conflit de juridic^ ! tion entre l'évêché de Paris et les officiers royaux, il arriva que l'évéque , Renaud de Corbeil , mit la ville en interdit. Ije parlement réuni dans la capitale, sur la convocation da | roi, aux fêtes de la Pentecôte 1 364 , jugea que le roi avait droit de faire punir tous ceux des bourgeois de Paris qui s'étaient mis en contravention avec ses édits relatifis aux monnaies , et en particulier ceux de la juridiction de Yé*
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vcque, qui n'en avaient guère tenu compte. Jm même assemblée décida encore que tous les bourgeois « y compris ceux de l'évéque , seraient obliges de faire le guet pendant la nuit, conformément aux ordres du chevalier du guet ou à ceux du prévôt^ et que ceux qui s'y refuseraient seraient contraints par la saisie de leurs biens. Ces arrêts furent exécutés, et la saisie eut lieu malgré les réclamations de rëvêque Renaud, qui fondait ses prétentions sur la transaction conclue, en iaa2 , entre le roi Philippe- Auguste et l'Église de Paris. L'éveque alors fulmina une inlerdiction sur toutes les églises de son diocèse. Quelques églises continuèrent seules à célébrer le service divin : l'abbaye do Sainte-Geneviève, le monastère de Saint-Germain des Prés, Saint-Denis de laChartre, Saint-Julien le Pauvre et les Hospitaliers de Jérusalem. La conscience de saint Louis ne résista })as longtemps , et il fit promptement la paix avec l'évèque pour obtenir la levée de l'interdiclion.
Quelques années après, saint I^uis conféra à l'aîné de ses fils, Philippe de France, et à un très-grand nombre de jeunes seigneurs, les insignes alors si honorés de la chevalerie. Cette cérémonie féodale fut pour les Parisiens l'occasion d'une fête magnifi({ue, dont saint Louis, sans recourir aux impositions qu'il aurait eu le droit de lever, lit toute la dépense, qui monta à seize mille livres. On remarqua deux jeunes chevaliers étrangers , Edmond d'Angleterre et im fils du roi d'Arragon , qui seuls ne voulurent prendre part à la cérémonie qu'en contribuant largement aux frais avec leurs propres deniers. Grande fut la joie publique h Paris; les maisons étaient parées de tapisseries, les rues joQchëes de fleiurs; pendant la nuit tout était éclairé par des £Emaux de cotdeurs diverses. fête dura
oiST. DR punn. — T. t. 28
434 HISTOIRE DE PARIS. (l»M»t)
huit jours, et se termina par un pèlerinagey ordonné par le
pieux roi, qui mena tous les nouveaux chevaliers à Saint* Denis, pour iaire descendre sur eux la protection du martyr.
Cependant un nouvel orage était venu fondre sur les
chrétiens de la Palestine. Le féroce Bibars-Bondochar, qui avait succédé à Koutouz, sultan d'Égypte, tué de sa main, avait successivement envahi le territoire d'Ântioche, de Cësarée et de Ptoloniais. H prit Sephed, oîi il multiplia le nombre des martyrs ; Jaffa ne tarda pas à succomber sous ses armes. A la prise d'Antioche dix-sept mille chrétiens périrent par le fer et cent mille furent vendus comme esclaves (1268). La nouvelle de ces désastres consterna TEu* rope, et une nouvelle croisade fut résolue. Louis IX, ses frères Charles d'Anjou et Alphonse de Poitiers, les autres princes de sa famille, le roi de Navarre et les plus puissants vassaux de la couronne prirent la croix. Les préparatifs de rexpedllioii durèrent deux ans; mais l'enthousiasme des guerriers d'Occident était bien refroidi. L'issue de toutes les précédentes croisades semblait avoir découragé les plus fervents. Le roi, cependant, donnait à tous l'exemple du sacrifice.
11 fut complet. La flotte des croisés, commandée par saint Louis, partit d' Ai gues-Mortes et cingla vers Tunis. Les chrétiens s'emparèrent de l'ancienne Carthage, et le drapeau de la France flotta sur cette terre, conquise par les cendres de tant de héros et de tant de martyrs. Ce fut la seule conquête. Sous les murs de Tunis, vainement as- ^égé, une maladie contagieuse causée par l'ardeur du climat et les fadgues de la guerre dédma l'armée française ; elle enleva successivement les chefs les plus illustres, et parmi
(1220-1270) lilVRE VI. CHAPITHE II*
eux Jean-Tristan, le plus jeunedes fils du roi . Ce malheureux
prince était ne vingt et un ans auparavant à Damietle, iurs de la captivité de son père. Enfin le roi lui-même fut atteint de la fièvre mortelle. Sentant son mal, et n'espérant rien du secours des hommes, il fit planter une croix, devant lui et ne cessa de prier. Après avoir adressé à son fils Pl^ilippe des conseils qui résumaient en quelques phrases les devoirs d'un clirëtien et d'un roi, il reçut les sacrements avec les marques d'une piété humble et touchante. îjes assistants fondaient en larmes ; lui seul conservait un visage serein. Couché sur la cendre, vêtu d'un cilice, il offrait à Dieu ses souffrances et l'implorait pour son peuple. Le 25 août 1270, vers midi, on Tentendit s'écrier d'une voix plus forte que son agonie : a Jérusalem ! nous irons à Jérusalem ! » A trois heures, moment de la journée où mourut le Rédempteur, le royal moribond fit un effort, se dressa sur son séant et retomba mort sur la cendre, en récitant ce verset du Psalmîste : « Seigneur, j'entrerai dans votre maison, je vous adorerai en votre saint temple. » Le nouveau roi Piiilippe revint en France, escorté de son armée et chargé des précieuses dépouilles de son père et de son frère.