‹ Histoire de Paris, depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours (volume 2)Chapitre 69 sur 91 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

Parts sous saint Louis* — Blanniients et fondations*

Nous avons indique par leur nom plusieurs fondations pieuses, plusieurs établissements d'ordre religieux ou social qui durent leur origine à saint Louis; il nous paraît utile d'entrer à cet égard dans quelques détails qui permettront d'apprécier davantage la pensée de ce grand roi.

L'uu des monuments les plus remarquables dont slionore Tart catholique, au treizième siècle, est incontestablement gllse qui reçut de Louis IX et porte encore le nom de Sainte-Chapelle,

Au risque de nous laisser aller à quelques redites, nous rappellerons que ce magnifique et gracieux édifice eut pour destination de servir de dépôt aux. reliques sacrées acquises par saint Louis et dérobées par ses soins aux profimations des Lombards, des musulmans et des juifs ; nous voulons parler de la couronne d'épines qui avait été placée sur le front de Notre-Seigneur, comme aussi de divers instruments de la Pasâon autrefois découverts, sur le Calvaire, par l'impératrice sainte Hélène.

Les lûstoriens nous ont transmis de nombreux détails sur la pompe pieuse et solennelle ([ui avait présidé à la réception des augustes reliques. Le roi, sa mère, les princes ses frères et un nombreux cortège de seigneurs s'étaieot rendus, le lo août i^'^g, au-devant des ambassadeurs qui

(U26-1210) Ll\hlù Vi. CHAPITRE 111.

apportaient en France la précieuse couronne d'ëpiiies. \U les rencontrèreutà Villeneuve-rArclievcque. « Le Iciuleinain, dit Féiibien, on alla à Sens, où les rues lurent tendues * de tapisseries. Les chanoines de la grande église et' tôuft les maires sortirent au-devaiit avec leurs plus precicuv reliquaireS) et le roy porta lui-mesme, nuds pieds, le brancart sur lequel estoit posée la sainte couronne, assisté de Rol)ert, comte d'Artois, son frère, précédé et suivi d'un grand nombre de seigneurs aussi nuds pieds. La sainte couronne fut déposée dans Téglise cathédrale dédiée sous le nom de Saint- Etienne, et le jour suivant on prit le chemin de Paris, où Ton arriva huit jours après. On dressa hors de la ville, proche de Téglisede SainUAntoine des Champs, au milieu de la campagne, un grand est liai taud, d'où plusieurs prélats, revestus pontificalement, montrèrent la sainte couronne à tout le peuple rassemblé en foule. Ce . lieu est encore aujourd'hui appelé la Guette, du mot dncien guetter j qui signifie regarder attentivement) chercher des yeuxy à peu près dans le sens du verbe italie.n guatare. Le roy se retira au chasteau du bois de Yincennes, d'où il ordonna à tous les cliapitres et monaslèi'es de Paris de venir processionnellement au-devant de la sainte couronne avec leurs reliques. Les chanoines réguliers de Sainte-Geneviève, avertis de se rendre à la cérémonie avec la chasse de leur sainte patronne, députèrent trois des leurs, Lambert de Vercières, sous-prieur, Thomas de Roset et Guillaume d'Amponville, pour représenter au roy, à Yincennes^ que la châsse de sainte Geneviève ne sortoit point de leur église à moins que celle de saint Marcel ne vînt en quelque sorte l'en re(juéi ir : Nisi eani heatus Marcellus requireret. Gautier. Cornuy archevesque de Sens (auteur

de cette relation écrite par ordre du roy ), et Adam de

Chambly, éves(jue de Senlis, qui estoient présents, assui^rent le roy que les religieux disoient la vérité. Le roy, pour ne rien innoYer, leur permit d'apporter quelque autre relique, et ils vinrent à la cérémonie avec le corps de saiate Aide. Les moines de Saint- Denis furent aussi mandez et obéirent volontiers. Guillaume, ëvesque de Paris, avec tout son clergé, s'y trouva, et tous les religieux se firent un devoir d'assister à la réception de la sainte couronne avec leurs reliquaires. Saint Louis déposa les habits royaux, et, vestu d'une ^mple tunique et les pieds uuds, il se chargea de nouveau du biancart de la saiute couronne avec le comte d'Artois, .son frère. Un grand nombre d'évesques et d'abbez, de seigneurs et de chevaliers, marchaient devant, teste et pieds nads. On porta d'abord la sainte couronne à la cathédrale, et de là à la cliapelle de Saint-Nicolas, dans Tenceintedu Palais, autrefois bastie par le roy ilobert. T^s deux reines furent aussi présentes à la cérémonie, qui se fit le jeudy 18 d'aoust. » Le i4 sep« tembre ia4i » Baudoin, empereurdeG>n8tantinople, ayant envoyé au roi de France de nouvelles reliques de la Passion, saint Louis les reçut avec la même solennité et les mêmes démonstrations de respect.

« Pour lesquelles reliques , dit l'auteur de la Vie de « saint Louis y il hst fere la ciiapelie à Paris, en laquele «c Ten dit que il despendit bien quarante mille livres de « tournois et plus. Et K benaiez rois aourna d'or et d'ara gent, et de pierres précieuses et d'autres joiaux, les c lieux et les châsses oii les saintes reliques reposent. £t « croit l'en que aoumemenz desdites reliques valent bien a cent mille livres de tournois et plus. »

(jU26-1210) LIYIl£ Vi. CHAPITRE III.

La consécration de la Sainte-Chapelle eut lieu le dimanche de la Quasiniodo^ iS avril 1^4^» présence du roi, d'Odon de Châteauroux, ëvêque de Tusculum, légat du Saint-Siège , et des principaux éveques de France, au nombre de treize.

Le pieux édifice fut bâti sur remplacement de l'ancienne cliapelle de Saint-INicolas, fondée par le roi Robert et réparée en 1194 par Louis YIL La Sainte-Chapelle était double ou à deux étages. La région inférieure, destinée aux habitants de la cour du Palais , avait été dédiée à la Vierge. L'ensemble si pur et si harmonieux de cette église 9 et ses détails si élégants , avaient été travaillés avec toute la délicatesse d'une châsse en orfèvrerie. Le monumenty ainsi composé de deux étages, formait deux églises, également légères, gracieuses, et ornées des vitraux les plus riches. La chapelle supérieure , destinée au roi et .à sesoiBciers, portait le titre de Sainie'Couronne et de Saint&'Croix,

Saint Lotlis fit construire dans le trésor de cette chapelle un emplacement destiné à recevoir sa bibliothèque. En iîî^|6 il établit pour desservir cette église, cinq principaux chapelains , deux marguilliers^ qui devaient être diacres ou sous-diacres, et il leur assigna des revenus considérables qu'il augmenta dans les années 124Ô et 1256. Ces libéralités s'accrurent encore sous les successeurs de saint Louis ; la plupart des Valois et des • Bourbons se complurent a enrichir la Sainte-Chapelle, et considérèrent comme un devoir de prescrire les embellissements et les réparations que les circonstances rendaient nécessaires.

Lachapelle basse était un peu pluslargeque la chapelle

44o HISTOIRE DE PARIS. '

supérieure. L'édifice ne reposait que sur de faibles colonnes et u était soutenu d'aucun pilier dans l'œuvre. Les voûtes étaienlen croix d'ogives, et d'une telle solidité qu'elles résistèrent à un violent incendie qui éclata le !26 juillet i638, vei-s quatre heuri-s do 1 après-midi, par [ imprudence des plombiers, occupésà faire quelques réparations; mais le comble et le cloclier de la Sainte-CIia pelle furent entièrement détruits , malgré les secours les plus prompts. Le dommage fut réparé aux dépens du roi. On construisit alors sur les voûtes un réservoir d'environ quatre-vingts muids, qui se remplissait des eaux du ciel. Le clocher qui fui élevé en remplacement de celui qu'avait détruit l'incendie était remarquable par sa liardiesse et sa légèreté : il fut de nouveau détruit, peu d'années avant la Révolution, parce qu'il menaçait ruiue.

La grande cliâsse, en bronze doré, oîi avaient été déposées les augustes reliques de la Passion , était placée au rond-point de l'église et derrière le maître-autel. Dans une cassette spéciale on avait renfermé les lettres, rédigées en langue latine, qui attestaient la donation faite à saint Louis par l'empereur Baudoin, et dont le naïf Corrozet a donné la traduction suivante :

«c Nous voulons qu'il soit notoire à tous que de nostre bon vouloir et don gratuit avons pleinement donné et absolument baillé I et en tout avons quitté et- quittons à nostre très-cher amy et parent Loys , roi de France , trèsillustre, la très-sainte couronne d'espines de Nostre-Seigneur et une grande portion de la très-sacrée croix de Jésus-Christ, avec plusieurs autres sacrées relic[ues« déclarées cy-après par leurs propres noms ; lesquelles estoient jadis vénérablement coUoquées en la ville de Gonstanti-

(122(»-1270) LIVRE VI. CtiAi>iiKJi iil. 44 1

nople, et enfin ont cstë engagées à divers créanciers, et en divers temps, pour la graude uëcessllé de l'empire de Gonstantinople, puis depuis peu raclieptées, de nostrc volonté et consentement, par iceluy seigneur roy, If quel , selon iiostre bon plaisir, les a fait transporter à Paris. Lesquelles vénérables reliques sont ici exprimées par leurs propres noms, à sçavoir : la dessusdite sacrée et saincte œuroune d'espines de Nostre-Seigneur ; — la vraye Croix; — du sang de Nostre-Seigneur Jésus-Clirist ; — les drapeaux dont nostre Sauveur fut enveloppé en son en^ fance; — une autre grande partie du bois de la saincte Croix; — du sang qui a miraculeusement distillé d'une image de Notre-Seigneur, ayant été frajipt'e |)ar un infidelle; — la eliaisne ou le lien de fer, en manière d'ainieau, dont Nostre-Seigneur fut lié ; — la sainte touaille ou nappe en un tableau ; — une grande partie de la pierre du sépulchre de nostre Sauveur; — du laiet de la \ iergc Marie; — le fer de lance duquel lecosté de Jésus-Christ fut percé; — une autre moyenne croix ^ que les anciens appelloient la croix du tviumplic^ pour ce que les empereurs avoieut accoustumë de la porter en leurs batailles, en espérance de victoire; — la robbe de pourpre dont les dievaliers de Pilate vestirent Jésus-Christ en dérision ; — le roseau qu'ils luy mirent en la main pour sceptre; — l'esponge qu'ils lui baillèrent pour boire le vinaigre; — uné partie du suaire dont il ftit enseveli au sépulchre ; — le linge dont il se ceignit quand il lava et essuya les pieds de ses apostres; — la verge de Moyse; — la liante partie du chef de sainct Jean-Baptiste, — et les chefs des saincts Biaise, Clément et Simon. En tesmoignage de (juoy et perpétuelle fermeté nous avons signé ces présentes de nostre

444 HISTOIRE 0£ PARIS. <12a6-lZ70l

la royue al)sriits, ils auroient seuleiucnt livrre par jour quatorze deniers. » Pliilippe-ie-Bei, eu i:285, dooua au trésorier et aux. chanoines toutes les offrandes et aumônes (juc saint Louis s*était réservées pour lui et ses successeurs; il voulut, que les offrandes fussent employées à distribuer du vin aux chanoines, à la diarge de célébrer tous les ans un service anniversaire pour son père et sa mère. Enlin Charles VU et ses successeurs donnèrent à la Sainte-Chapelle les profits de leurs régales jusqu'au règne de Louis XIIT, qui, par ses lettres du mois de décembre i64i> données à Saint-Germain en Laye, « repritla régale des archeveschés, du consentement du trésorier et des chanoines, i» et les remplaça d'ailleurs par une donation territoriale.

Pendant la nuit du vendredi au samedi saint il se faisait, dit Sauvai, à la Sainte-Chapelle un miracle du mal caduc. Lorscjue sonnait minuit, les malades poussaient des cris affreux et tombaient en convulsions. Ils ne cessaient, dit-on, de souffrir qu'à l'arrivée du chantre, qui leur présentait la vraie eroix. Cette cérémonie religieuse, oijriniagination jouait un grand rôle, ainsi que l'écrit si judicieusement le chanoine Morand, avait encore lieu sous le règne de Louis XV". D'autres usages particuliers à cette église n'étaient pas moins curieux. « A dater de la fondation, tous les ans, la nuit du jeudi au vendredi saint , il y avoit exposition de la vraie croix pour les malades dans la nef de la Sainte-Chapelle. Le plus ancien malade offroit uu cierge et trente pièces d'argent, en mémoire vraisemblahlement des trente deniers que reçut Judas pour prix de sa trahison. On trouve encore des traces de cet usage dans les regbtres de la Sainte-Chapelle; mais, ayant reconnu qu'une

(tmiSTO) LIVRE Vf. CHAPITRE III. 44 ^

telle offrande pouvoit tendre à refroidir la dévotion, le trésorier et les chanoines se chargèrent par la suite d'en faire les frais. » Le jour des saints Innocents, les enfants de

chœur, affranchis de toute discipline, singeaient impunément leurs supérieurs; ils allaient s'asseoir dans les premières stalles avec la chape et le bâton cantoral. Ces derniers restes d'usages païens, tolérés jXMulantle niovi n Age, ne furent abolis que le 26 décembre 1671. Le jour de la Pentecôte f pendant la prose de la messe, on jetait du haut des voûtes des fleurs et quelques étoupes allumées e.n manière de Langue^ de feu^ tandis que l'on lâchait des pigeons blancs; cela représentait la descente du Saint-Esprit sur les apôtres et la diversité d<?s langues. En même temps ou voyait descendre au-dessus du niaiLrc-autel la figure d'un ange tenant un biberon d'argent, avec lequel il versait de Teau sur les mains du célébrant. Le jour de la Pentecôte de l'an 1, C'harlcs \ 111 assista à cette cérémonie, et en éprouva tant de plaisir qu*on la réitéra, à son instante prière, les 6 et i ) juillet. veille de la fête de siiint Jean-Baptiste, delà fête de saint Pierre et de saint Paul| à six heures du soir, on. allumait un grand feu de joie dans la cour du Palais, et les chapelains et clercs^ en habits de chœur, venaicnL prier devant la slaliic lu Vierge (i).

Commencée en 1^45, la Sainte-Chapelle avait été en*

tièrement terminée en 1 2/1 8, c'est-à-dire dans l'espace de trois, ans, délai fort court lorsqu'on songe à l'importance des vitraux, de la sculpture et de toute la décoration dé

(i) Toiu ces détaib» que planears historieos de Paris oot recueillis avec soin, soot comignés dâiM ud livre du chanoine Morand, inUtiiIé : BUtûùt 4t Saiaii'ChapeUe,

44^ HISTOIRE J>E PARIS. (ins-i270)

pelle iiaute, sans passer par la galerie duPalais. Tous les piliers, toutes les balustrades du jiouvelescalier étaient brodés d'élégantes sculptures ; partout le chiffre de Louis XII, le porc-épic et les dauphins se mêlaient aux arabesques les plus déliées. Cette élégante construction , due au ciseau de Jean Joconde , fut presque entièrement détruite par 1 in( (Mi(lic de i63o, qui consuma la flèche et toute la charpente de la Sainte-Chapelle.

Vers' le milieu du seinème siècle, sous le règne de Henri II, clans l'intérieur même de ce gracieux édifice, on établit un grand orgue au-devant de la rose , et cette opération eut pour résultat de détruire la curieuse décoration delà fiîçade inférieure ; toutes les sculplures furent brisées pour recevoir lesscellemeuts de fer, et, comme la boiserie du nouvel orgue venait cacher en paitie les peintures des trois arcades, on trouva plus simple de les gratter. Henri II fit égaiemeut placer dans la Sainte-Chapelle uujubéeubois richement sculpté et décoré d'émaux précieux ; mais cette cloison transversale était d'un mauvais effet et a été depuis lors enlevée pour être déposée au musée du Louvre.

Sous la Révolution^ et durant la première période du dix-neuvième siècle, la Sainte-Chapelle, après avoir été plus d'une fois dévastée, fut enlevée à sa destination religieuse et servit longtemps de dépôt aux archives judiciaires de l'état civil. Tout récemment elle a été admirablement restaurée, et les travaux ont fait le plus grand honneur à riiabile arcliiteete, M. Lassus , qui a été chargé de leur direction.

Au moment ou nous traçons ces liijnes la Salnte-Cliapelle se trouve presque complètement réparée. Ou pourrait la croire tout récemment sortie des mains de Pierre de

: I S:i.-.îi-( ....

(ins-m) LIVEE VI. CHAPITRE III. 449

MoDtereau, si d'importautes l elouches, qui datent, comme on l'a vu, du quinzième siècle, n*enavaîentun peu modifié rarchitecture (i).

On montait autrefois à la chapelle haute par un escalier de quarante-quatre degrés; il a été supprimé depuis longtemps, et le perron moderne, de style quasî-égyptien, qui l'avait remplacé, alui-jnciiic disparu. Dans son poëme du Lutrin Boileau a pris raucien escalier pour le théâtre du combat burlesque des chantres et des chanoines. La disposition actuelle est la même qui existait dans le principe; Tarrivée a lieu, pour la ciiapelle iiaute, par les galeries du Palais de Justice^

Deux porches en avant-corps, ouverts par plusieurs arcs en ogive , décores de colonnettcs et de voûtes à nervures , précèdent l'entrée de la chapelle haute et de la ciiapelle basse. Un bas-relief sculpté dans le tympan , et qui représentait la mort de Notre-Dame, n'existe plus; une statue de la Vierge était également adossée contre le trumeau. D'après une pieuse légende , elle avait penché la tête pour approuver la doctrine du théologien Scot en favciur de rimmaculée-G>nception, et depuis lors cette tête était de* meurée inclinée. La Révolution a détruit le Jugement dernier du tympan, le Christ du trumeau, les lis, les châteaux héraldiques et vingt bas-reliefç qui représentaient

(1) Les proportions de oeinoiioiiieiit, qui peuvent éire citées comme des modèles, sont les sulmtes : longcar hois d'oeuvre , 36 mètres ; dens œuvre, 33 mètres; lirgueur horsd'ceuvre, 17 mètres; intérieure, d'un mur à Pautre, 10 mètres 70 cent.; âévation extérieure, depuis le sol delà chapette basse jusqu'à la pmnteduingnon de la &çade, 4^ mètres 5o cent. ; hantenr de la flèdie au^dessusdu oomUe, 33 mètres aS eent. ; lianteur delavoàtedela€hapelleb«se,6iAètres5o€eat.| et de ceDe de la chapelle supérieure, ao mètres $0 cent.

ailT. W. PAWS. — T. I. 29

45o HISTOIRE DE PARIS. (1225-1210)

naïvement des personnages et des épisodes de la Bible.

Au milieu de la balustrade , découpée en fleurs de lis , deux anges couronnent le chifire du roi Charles. Aux pointes des dochetons la couronne royale de France

• s'abaisse humblement sous la couronne d'épines de Jésus- Christ.

L'architeclure est très^simple sur les flancs comme à

Tabside de la cliapelle. Des contre-forts habilement disposés et soigneusement appareillés s'élèvent jusqu'au sommet des murs; des docheCons fleuronnës et des gargouilles, eu forme d'animaux, les surmontent. Les fenêtres de la chapelle supérieure, d'une hauteur et d'une largeur peu ordinaires , sont garnies de meneaux , de colonnettes , de roses en pierre , et d'une armature de fer d'un caractère monumental . La chapelle basse est éclairée par des baies de moindres dimensions, mais décorées dans le même' goût. Des frontons rehaussés de feuillages abritent les fenêtres de la chapelle haute. Une balustrade percée d'ogives à trois lobes et de trèfles borde la terrasse au-des* sus de la corniche. Les combles sont couverts de feuilles de plomb. Après la démolition successive des trois premières flèches , le clocher que vient d'élever M. Lassus arrNe le quatrième , par ordre de date. L'ardbitecte , en souvenir de la seconde flèche , a choisi le style iieuri de la première moitié du quinzième siècle. A la vue des gravure^ diarmantes qui représentent le vieux Pârîsy et qui se ren» contrent encore en si grand nombre y exposées chez les marchands d'estampes de nos quais | chacun déplorait l'absence de la flèche de la Sainte-Chapdle. Sa disparîtioa laissait , au centre de la Cité, une lacune dont les yeux étaient attristés. Aussi hi population parisienne tout en-

(l2a6-iaW) ' LIVRE VI. CHAPITRE III. 45l

tîère en a-t-elle salué le retour avec une véritaUe joie. C'est un devoir de dire au moius les noms des artistes qui ont secondé M. Iiassus dans son œuvre. M. Bellu a construit k charpente ; M. Geoffroy Dechaume a modelé les figures; M. Pyanetafait rornementation ; MM. Du* rand firères ont exécuté les plomberies. Les statues de huit Anges, porteurs des instruments de la Passion, sont posées entre les pignons du dernier étage. M. Geoffroy Dechaume termine les douze Apôtres, qui prendront plaoe dans les baies de l'étage inférieur. Les têtes des apôtres reproduiront les traits des personnes qui ont le plus contribué à la restauration de la Sainte-Chapelle , comme les mascaronsquî entourent le globe de b croix représentent déjà quelques-uns des artistes et des ouvriers. A la croupe de Tabside , sur la pointe du comble, un ange en plomb ^ d'une taiUe surhumaine, tient une croix processioonelle et tourne sur son axe , au moyen d'un mécanisme d'horloge , montrant successivemeat le signe du salut à tous les points derhorizon (i).

Si Ton contemple ce splendide édifice du seuil de k diapelle haute, on se trouve comme absorbé par ce vague sentiment d'admiration qu'inspirent toutes lesbelles choses et qui ne permet d'abord de s'arrêter à aucun détail. L'éclat incomparable des vitraux, l'or, la peinture, les blasons, les reflets chatoyants des émaux, les apôtres avec leurs croix brillantes et leurs riches vêtements, les anges qui encensent le Christ et qui apportent des courooneS;pojar les martyrs, les feuillages répandus dans les corniches et sur les chapiteaux avec une va-

(i) Gm déCaib sont «xtrût», da savant [ouffage [de H. F. de GuUiermy.

rëglûe commençant à tomber en ruines, on prit, en i656| le parti d*en construire une nouvelle, à côté de l'ancienne et dans une direction opposée. Elle n'était point encore terminée lorsqu'elle fut bénite, le i5 août 1667 par Mi dePérëfixe, alors archevêque de Paris. Les bâtiments interrompus ensuite pendant plusieurs années furent enfin repru en 1706 et achevés en 1709 , à la réserve du portail, qui n'est point encore achevé, ou qui, ayant dû subir des transformations , devra être remplacé par un autre. Au moment où nous écrivons, l'entrée principale de l'église, ouverte du coté de la rue Saint-Victor, n'est qu'un passage, à demi ruiné par le temps, étroit d'ailleurs et tout à fait indigne de la majesté d'un édifice consacré à Dieu; de l'autre coté, l'établissement du boulevard Saint-Germain , en faisant disparaître des amas de petites maisons noires et malsaines, a dégagé le chevet de l'église, et, comme cet édifice ne se trouvait pas sur l'alignement, les architectes de la ville y ont ajouté une construction de fort mesquine apparence, qui place Saint-Nicolas du Chardonnet sur la ligne indiquée par les édiles parisiens. En résumé cette égKse est loin d'être l'un des beaux monuments dont s'enorgueillit la ca])itale , située dans un quar» - tier pauvre^ asile de toutes les misères matériefles et morales, paroisse de la place Maubert et des ruelles immondes établies sur le revers de la montagne Sainte-(jeneviève, elle n'attire ni les regards, ni les touristes, et ne se distingue de l'immense Ibule des bâtiments voisins que par sa liante et magnifique destination, qui est d'être consacrée au culte de Dieu et à la prière.

Cependant cette église n'a point été complètement d^héritée, au point de vue de l'art, comme on poui rait le

Page 1