‹ Histoire de Paris depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours (volume 3)Chapitre 10 sur 64 · UlSTOIR£ DE 1»AA1S. (4Si · texte numérisé non relu

UlSTOIR£ DE 1»AA1S. (4Si

préoccupait très-vivement des petits événements que nous venons de rappeler à la suite de Grégoire de Tours ^ et qui, aujourd'hui ^ prendrment tout au plus leur place dans la ciiroiuque des journaux judiciaires. Les habitudes de Paris n*ont point changé à cet égard, et la curiosité proverbiale du peuple ne s'est point affaiblie.

Paris n'appartenait point iégitimement k Chilpëric; mais le roi de Neustrie, au mépris de son serment, s'y rendait fréquemment et y exerçait Tautorité souveraine. Grégoire de Tours appelle ce prince le Néron , I- Hé rode de son siècle } cruel et lâche ^ Chilpérîc était le jouet des caprices de Frëdégonde , le docile instrument des crimes et des fureurs de cette femme. C est sous son nom, et eu abusant de son autorité , que Frédëgonde fit périr dans les supplices la reine Audowère et un assez grand noiiibre de personnes innocentes qui furent victimes de sa haine et de son avarice, fous les fils que Cliilpénc avaxi eus de sa première femme tombèrent sous le poignard ou moururent misérablement. Par ses conseils Chilpéric avait tiré profit des lois et de la fiscalité romaines ; il écrasait son peuple d'impôts ^ exigeant d*énormes tributs , et n'épargnant ni les Gaulois , ni les Francs eux-mêmes.

Ces abus de pouvoir et les crimes de Frédëgonde parurent attirer les vengeances du Ciel , et l'on vit se vérifier cette conversation prophétique qui eut lieu entre Tévéque Sauve et saint Grégoire de Tours.

« Lève les yeux, dit Sauve. Que vois-tu sur le palais du roi? — Ty vois un second bâtiment qu'on vient d'élever depuis peU| répondit le saint. — M'y vois -tu rien déplus.^ reprit Sauve. — Non, ajouta Grégoire. Mais toi ^ que peux-tu y découvrir? » Et Sauve, eu poussant un profond

soupir : 4C Je vois le glaive de la veageaace divine levé sur la maison de Chilp4ric. » En efliel les liorreurs de la

guerre, de la fainiue et de la peste, désolèrent le pays des Francs; la maladie contagieuse appelée le feu Saint-Antoine n'épargna pas la niabon royale : deux eaiaats que Ciulpéric avait eus de Frédégonde en furent atteints. La reine ^ ka voyant en dan<^i r de mort, éprouva quelque repentir et dit au roi : « Voilà longtemps que la miséricorde divine supporte nos mauvaises actions; elle nous a souvent frappés de fièvres et d'autres maux^ et nous ne nous somiues pas amendés. Voilà que nous avons déjà perdu des fils; voilà que les larmes des pauvres^ les gémissements des veuves , les soupirs des orphelins vont causer la mort de ceux-ci. . . Voilà que nos coffres demeureront dénués de possesseurs, pleins de rapines et de malédictions... Si tu y consens, viens, brûlons ces injustes registres d'impôts; qu'il nous suffise, pour notre fisc , de ce qui suffisait à ton père , le roi Clotaire. » "

Les registres furent brûlés, mais les deux jeunes princes moururent .

En 584» Frédégonde eut un lils qu elle appela Clotaire. Quatre mois après la naissance de cet enfant le roi Chilpéric fut assassiné au retoui de la cbasse, a Clielles, dans Tune des maisons de campagne que les rois mérovingieiîs possédaient aux environs de Paris. Telle était la renommée criminelle de Frédégonde qu'on Taccusa de ce meurtre (i) ; mais les historiens les plus dignes de foi *

(i) Voici la légende que renferment au sujet de la mort de Cbilpérîc la Chroniques de Saint' Denis; elle n'a d'autre base que les Gestes des rois francs, cfaroniqae du httîtième siècle': « MouH estoit belle femme b royoe Frédégonde, en conseil sage et cavineuse( subtile) ; en tricherie

84 HISTOI&£ DE PAR15. (A81-628}

Tattribuent h la vengeance de Brunehault. Connue personne n'aimait Ghilpéric^ personne ne le regretta , et ^ au

ni eo malice n'a voit son pareil, fors Brunehault tant seulement. Elle a voit si déceu et si aveuglé le roy Chiipéric... que lui-ménie Ja servoit ainsi comme feroit ud gM^n (valet). I/o jour il se prépara pour aller chacîer au bob, et commanda que les selles fussent mises. Dupabû dcsoeodoit dans la cour. La royne^ qui cnida (crut) qu^H dust partir sans plus remonter, entra en sa garde-robe pour son chef ( sa téte) laver. Leroy retourna en la salle ; il entra là où estoit la royne si doucement qu'elle ne s'en aperçut mie, et, comme elle estoit penchée en avant, il la léill (ii ajjjia), en rianti au-dessous des reins d'un bastoncol que il tenoit. Elle ne se retourna pas pour lui regarder, car elle cuida certainement que ce fust un antre. Lors dist : « Laodri ! Landri 1 tu lais mal ; comment oses-tu ce faire? •» Ce Landri estoit cuens ( comte) du palais, et le premier de la maison du roy ; il le honnissoit de sa femme et la maintenoit en adultère. Quand te roy ouït cesie parole, il tomba en un soupçon de jalousie et devint ainsi comme tout forcené. Il sortit de la salle, et de çà et de là alloit, angoisseux et destrois de son cueur, comme celui qui ne savoit que il peust faire ni dire ; toutesfois alla au hoh pour soulagicr la tristesse de son cueur. Frédégonde aperi^ut bien que ce avoit esté le roy etqu^ii n'avoit pointportédc bon cueur la parole qu'elle avoit dite. Lors pensa bien que elle estoit en péril si elle attendoit sa revenue ; pour ce r^eta toute paour et prit toute hardiesse de femme. Landri manda que il veniat à elle parler. Lors lui dist : • Landri, il s*agit de ta teste maintenant ; pense plus à ta sépulture qu*à ton lit, si tu ne t'avises comment tu pourras le sauver. » Lcrs lui conta comment la parole avoit esté dite. Moult lut I^andri esbabi ; il eommenc a à recorder et à i « i itt r ses uielfaisà lui-mesnie en grant douleur de cueur. L'aiguillon de conscience le poignoit aigrement ; il ne voyoit lieu où il pust fuir, ni comment il pust eschapper ; il lui sembloit qu'il fust pris et retenu ainsi comme le poisson aux rets» Fortement se mit à gémir et à soupirer... Lors lui dit Frédégonde : « Esooute, Landri quand il viendra de chacier tout

• tard , si comme il a constume de venir par nuit aucune fois , garde « que tu aies disposé des homicides , et que tu fasses tant vers eux

• par dons que ils veuiileuL meUrc leur vie en péril si que il soit

• occis de ( outiaux. Quand ce sera fait, nous serons assures rotitic Ja ■ mort, et régnerons entre nous et notre fils Clotaire. » Laudri loua ( approuva ) luoult ce conseil, U se pourvut de son affaire. Tout tard vint

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moment de sa mort, il fut abandonné de tous. Un ëvèque, qui j depuk trois jours , sollicitait en vain une audience , prit seul soî»de «on corps et lui rendit les honneurs funèbres. Pour Frédegonde elle se hâta de revenir à Paris, se mit sous la protection de Contran, et fit reconnaître pour roi de Neuslrie son jeune fils Clolaire II (584).

Sous le règne de Chilpéric, et par ordre de ce roi , on coiaïuença à Paris la construction d'une nouvelle église sous le vocable de révêque Germain, dont la mort était alors récente. Chilpéric avait eu la pensée d'y faire inhunier les restes de ce samt illustre , au tombeau duquel on. voyait chaque jour s'opérer une foule de miracles dont parlent Grégoire de Tours et Fortuuat. Chilpéric étant mort , les travaux de construction entrepris sous scm règne se ralentirent beaucoup, et les religieux de l abhayc de Saint-Vincent et de Sainte-Croix demeurèrent en possession des reliques de saint Grermain. L'église commencée par Chilpéric reçut plus tard la dénomination de Saint- Germain-le-Rond , et fit place, à la suite d^agrandissements et de destructions dont nous aurons a parler^ à la magnifique basilique qui subsiste encore sous le vocable de Sai nt-Germai n-1 ' Auxer r o is .

A la mort de Chilpéric, les Francs neustriens se soulevèrent , non pour venger le meurtre de ce prince , mais pour s'affrancliir de la nécessité d'obéir à un enfant et à une femme. Frédégonde, effrayée, se réfugia avec une partie de ses trésoi*s dans Téglise cathédrale de Paris, au-

le roy da bois. Ceux cjui avec lai cstoient allé» ne Paltendirent pas, mai» allèreot les uns çà et les autres là , cojiuue coutuiiie est des chasseurs. Les meurtriers, qui entour lui furent tout prests, le férirent de couiiaux parmi le corps et l'occirent en telle manière, *

près de i*évêqiie Bagaemode. Craignant d'être bientôt abandonnée tout le luoiule si elle demeurait plus longtemps sans une plus puissante protection ^ elle eut recours au roi Contran , qu^elle invita à venir à Pajpis en lui offrant de se remettre f elle et son fils unique , entre ses mains. Contran fut touchë de sa soumission et se pr^nta devant Pai'is à la tête d'uue année. Les habitants sortirent au-devant de lui et le reçurent avec joie. Us n'en usèrent pas tle même à Tégard de Childebert II, fils de Sigbebert et comme lui roi d'Austrasie. Ce jeune prince s'ë* tant présenté avec ses leudes devant Paris, les habitants refusèrent de lui ouvrir leurs portes. Childebert s en plaignit à Contran , qui , pour toute réponse , allégua le traité juré sur les reliques des saints par SigUebert , Chilpéric et lui , traité suivant lequel diacun d'eux s*était soumis à perdre sa part de Paris s*il y entrait sans le consentement des deux autres. Chilpéric et Sighebert étant entrés dans cette ville sans que GoaU an y eut consenti , il disait que ses neveux n avaient en conséquence plus rien à prétendre sur cette ville. Frédégonde , qui avait besoin de Contran, parut tout approuver.

Pendant le séjour de Contran à Paris^ ce prince répara plusieurs injustices commises sous le règne précédent. Il se montra foitaf&ble, de grandes largesses aux leudes et aux pauvres, et se concilia Taffection des Parisiens j cependant, se regardant toujours comme au milieu d'un royaume étranger, il ne sortait jamais sans sa bonne escorte; il ne put même s empêcher de témoigner un jour ses craintes d'une manière naïve devant tout le peuple assemblé à l'église, a Après cpie le diacre eut imposé silence au peuple pour écouter la messe , le roi, se tournant du

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ootë de rassemblée, s'écria : « Je vous conjure de me con*

server voti^e foi. Ne me tuez pas, comme vous avez £ût dernièrement de mes frères. Qu'il me soit permis d'élever, au moins pendant trois ans, mes neveux , qui sont devenus mes fils adoptifs. . . de peur qu'il n'existe bientôt plus un seul homme fort pour vous dëfendre(i). » Alors le peuple pria pour le roi Gontran, et la réconciliation parut accomplie.

Gontran tint un plaid national où se rendirent les ambassadeurs de Gbildebert; ils ne purent obtenir ni la cession d'une portion de cette ville, ni l'abandon de Frédegonde queleur maitredemandait, Gontran l'ayant prise sous sa protection comme mère d'un roi dont il avait la tutelle. Tout se passa en inutiles reproches* Les auteurs ne sont pas fl'accord sur le Heu où fut tenue cette assemblée ; plusieurs estiment qu'elle fut convoquée à Paris ; d'autres pensent qu'elle se réunît à Ghâlon-sur Saône , capitale de la Gaule burgonde (royaume de Bourgogne).

"Gontran fit inhumer en grande pompe dans T^glise de Saint-Vincent et Sainte-Croix (Saint-Germain des Prés) les corps de Clovis et de Mérovee, les deux jeunes fils de Chiiperic, c^ui avaient péri misérablement l'un et l'autre par les manœuvres de Frédégonde. Cette femme cruelle était alors retirée au Vaudreuil (val de H eu il ), près de Rouen , d où elle faisait partir des émissaires chargés de poignarder ou d*em|)oisonner ses ennemis , et plus particulièrement les Mérovingiens d'Austrasie. Vers le même temps elle fit assassiner au pied des autels saint Prétextât^ évtque de Rouen. Quatre ou cinq ans après ce meurtre, et eu Sqj^

• (i) Creg, Tiiron., lib. VU, çap. »,

88 * HISTOIRE DE PARIS. (m-^2B)

on baptisa à Nanterre lejeuae roi de Neustrie, Clotairell, qui eut pour parrain Contran, son oncle. Ce dernier étant mort en SgS, des guerres civiles s'élevèrent entre les Francs-neustriens, les Francs burgondes et les Francs austrasiens, et la rivalité de Brunehault et de Frëdégonde lit couler beaucoup de sang. victoire demeura à Clotaire II et à Frédégonde , qui se maintinrent en possession de Paris cl des diverses provinces gallo-neustriennes. Frédégonde n'eut pas le temps de jouir de ses triomphes; elle mourut à Paris en 097 , et fut inliuoiée dans l'église de Saint-\incent et Sainte-Croix, près des Mérovingiens dont plusieurs avaient clé tués par ses ordres. On a conservé la pierre en mosaïque qui recouvrait les dépouilles de cette femme, douée d*un génie égal à sa scélératesse; sur cette pierre I l'un des monuments les plus autlieutiques de la période mérovingienne, Frédégonde est représentée portant le sceptre et velue royalement.

Après la mort de Frédégonde les affaires de Clotairell cliaiigerent de face. Les deux jeunes rois d'Austrasie et de Bourgogne le défirent près d'un village nommé Boromelle (Dormeille), situé dans le pays de Sens et sur les bords de TOuanne. Clotaire , mis en fuite, se retira dans Paris; mais il en fut bientôt chassé par les deux rois vainqueurs, qui le poursuivirent si vivement qu'il se vit contraint de faire la paix, en perdant une grande partie de ses Etats. Paris demeura ainsi au pouvoir des rois Tliéodebert et Thierry. Quelques années après, les Neustriens vaincus dans la personne de Clotaire, voulurent réparer leurs pertes. I^andri ^ maire du palais de Neustrie , s'avança avec une armée contre Thierry ; mais, celui-ci Payant joint près d'Étampes, il fut mis en déroute; Thierry, vain-

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queur, reiitra à son retour dans Paris. A celte nouvelle Clutaire, qui Toulait s'opposera Theodebert avec un autre

corps d'armée , fut obligé de demander la paix pour la seconde fois.

La division et la guerre allumées par Brunehault entre les deux frères Théodebert et Thierry vinrent, en causant ]a ruine de l'un et de l'autre , relever les affaires de Clotaire; Theociebert périt le premier avec ses deux fils, et Tiiierry mourut la même année (6i3). Sighebert , son fils aîné, qui lui succéda, fut pris dans un Luiiibcil 1 aimée suivante et mis à mort par Clotaire. Le reste de sa famille fiit tué ou mis en fuite. Brunehault , livrée au vain** queur, subit l'aiïreux. supplice que tous les historiens ont raconté. Après sa mort laNeustrie, l'Austrasie et la Bourgogae fureut réunies sous le nicnie roi ; Clotaire II se trouva seul maître de la monarchie des Francs, comme l'avait elc Clotaire son aïeul, et Paris acquit pour un moment toute Timportanee d'une capitale d'empire.

« Clotaire II, dit Frédégaire, était doué d'unt grande patience, instruit dans les lettres, craignant Dieu , et rému* nérant généreusement les églises; il faisait aux pauvres de grandes aumônes, et se montrait plein de bénignité et de piété. » L'histoire, moins complaisante pour Clotaire II, le range au nombre des piinces cruels, rusés et laibles qui portèrent mal le; fardeau de l'héritage de Clovis. Quoi qu'il en soit, Y«fs la lin dc6i^, ce roi convoqua à Paris une sorte de plaid national dont firent partie les évêques de la Gaule , et qui tint ses séances dans l'église des Apôtres Saint-Pierre et Saint-Paul, autrement appelée Sainte-Geneviève. Ce sixième concile (car on lui donna également le nom de concile ) d^ Paris fut le plus nom-*

90 HISTOIRE PE PARIS. («SlttS)

breux que Ton eût encore vu en France. Les cvéques y firent quinze canons^ dont les principaux ont pour objet de modérer i autorite. que les rois s'attribuaient daus l'élection des ëvéques, de maintenir la subordination des clercs , (le conserver le temporel de l'Église, de fixer les limites de la juridiction civile et de la juridiction ecclésiastique , et d'empocher les juifs d'exercer des charges qui leur donneraient quelque autorité sur les chrétiens. Glotaire fit publier un édit pour expliquer quelques-uns de ces canons et pour les modifier en ce qui paraissait intéresser ses droits. Outrç les règlements ecclésiastiques on fit ausâ dans ce concile des règlements purement civils, qui fu* reut appelés capitulaires; ces décisions, qui sortaient du domaine religieux , attestent que les evcques continuaient à s'attribuer dans l'État une autorité législative.

Saint Ccran (Cerauniis) était alors cvcquc de Paris. A Texemple d'Eusèbe de Césarée il avait entrepris de former une collection d'actes des martyrs et des saints de la Gaule; pour réaliser ce projet il écrivit à Warnahaire (Garnier), diacre de Langres, qui lui fit parvenir divers documents se rattachant aux saints de son pays. Par mailieur 1 a collection que voulut compléter saint Céran n'est point parvenue jusqu à nousj c'e^t une perte regrettable pour l'histoire nationale.

Aucun événement bien digne d'intérêt ne signala désormais l'histoire de Paris jusqu'à la fin du règne de Glotaire II. Ce prince, qui résidait habituellement dans sa villa de Clippiamm (Clichy), oii il rassenîblait ses leudes, mourut en 628 et fut inhumé à Saint-Germain des Prés (Saint- Vincent et Sainte-Croix), auprès de ses pères. Son fils Dagobert P% déjà roi d'Austrasie, lui succéda dans le

(MI6M} LIVRE II* rHJtPITRE I. 9I

gouveraeihent de Tenipire des Francs et vint s'établir à Paris. Durant les premièrci» auaces de sonrègae ce prince se fit chérir par sa justice et sa sagesse (i ). U entreprit des voyages dans ses vastes domaines et donna aux peuples de grandes espérances. Mais ces beaux commencements ne furent pas de longue durée. Ils étaient dus aux bons conseils de âaïut Arnouldet de Pépin, maire du palais d*Â.us* -trasie, dont l'Église catholique honore aussi le souvenir. Ck; fut un rare bonheur pour le jeune roi que cette administration publique exercée sous son nom par deux hommes donl les talents égalaient la sainteté.

Mais saint Arnould mourut, et les conseils de Pépin ne suffirent plus pour contenir les passions du roi. Comme Salomou, à la sagesse duquel il ne s était jamais élevé, Dagobert se laissa corrompre par les excès de la débauche. Il eut à ia fois trois reines et une foule de femmes illégitimes, dont l'avidité épuisa les richesses royales. « Alors, disent les clironiques, le roi voulut, avec les dépouilles des églises et des leudes, combler le vide de ses coffres , et il commit beaucoup d'iniquités. »

Durant les dernières années de sa vie, et après plusieurs guerres sanglantes, Dagobert s'attacha, dit-on, à racheter les égarements de sa jeunesse^ la religion sembla adoucir ses mœui*s et tempérer son orgueil. Pour manifester aux peuples la douleur que lui inspiraient ses égarements, il couvrit le soi d'abbayes et prodigua dUmmenses trésors aux monastères. CU's donations, bien que faites avec un zèle souvent exagéré, n'appauvrirent pas les peuples; les

(i) « Il était» dit naïvement son biographe, doui pour les bien intentionnés et les fidèles, terrible auKrebelltt et aux perfides, bénin poor les bons, mais lion aident pour les indociles. > (CeJttmÙagob.t xxni.)

^2 HISTOIRE DE PAAIS. (OSl i)28}

Gallo-Francs s'y associèrent eux-mêmes avec un naïf empressement.

Dagobert fut enseveli dans la célèbre abbaye de Saint- Denis, qu'il avait fondée et enrichie avec une magnificence que rien n'égale, prodiguant avec un pieux eutliousiasme Tor^ l'argent et les pierreries. Sur les murailles de la nef on voit avec curiosité des sculptures grossières qui représentent, entre autres merveilles, une chasse miraculeuse et une sorte de bataille que les saints et les démons semblent se livrer pour se disputer l'âme de Dagobert au sortir de ce monde. Ces sculptures datent du treizième siècle.

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