‹ Histoire de Paris depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours (volume 3)Chapitre 12 sur 64 · VIS II · texte numérisé non relu

VIS II

C'était d ailleurs le temps où saint Landri occupait le siège de Paris. Sa charité et son zèle pour le salut de son troupeau lui avaient acquis une popularité que le lemps n*a pas détruite. « Aimant Dieu et les hommes, dit Tliagio* graphe, saint I^andri se sacrifia au gouvernement de son Église et au bonheur du peuple dont la conduite lui était conliée, ne clierchant jamais sa satisfaction et ne s' occupant que de glorifiev. Dieu et de soulager le peuple : Deo serifire et prodesse populo. » Durant la grande disette qui se fit ressentir sous son épiscopat, tout le blé, toutes les provisions que saint T^ndri tenait en réserve dans sa matson, il les lit donner aux pauvres; il vendit ensuite sa vaisselle et ses meubles pour acheter encore des provisions de blé. Ces premiers moyens épuisés n'ayant p oint été suffisante , il vendit les ornements et les vases sacrés dont il s'était phi à enrichir son église.

Paris , avant saint Landri , ne possédait encore que les matriculœ^ c'est-à-dire les asiles soutenus par les aumônes viagères des riches. Ce fut saint i^udri qui le premier fit pour Paris ce (|iie les constitutions des empereurs avaient

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fait pour Teinpire. Il fonda un établissement auquel il afiecta ua revenu fixe et assuré. Cet établissement fut longtemps appelé riiopital de Samt-Christophe ; dans la suite les populations rhrotienues lui donnèrent le nom touchant et sublime d'HoteUDieu.

Témoin des luttescugagëesentre les grands et les maires du palais , hors d'état de diriger les affaires publiques en ces jours d'orage, que signale le redoutable nom d'Ebroïn, sainte fiatliilde se retira dans le monastère de Clielles, pour y terminer ses jours. En 666, Tannée qui suivit sa retraite, la ville de Paris eut à endurer les ravages de la peste.

Clotaire III était roi de Neustrie et de Bourgogne. Sous son règne Ebroïn faisait mettre à mort les hommes les plus puissants sous de légers prétextes, et vendait au peuple la justice et T injustice,

Clotaire III , étant mort en 670 j eut pour successeur Childëric II ; celui-ci choisit pour premier ministre saint Léger^ évéque d'Autun et rival d'Ébroin. Ën Cluldéric II fut mis à mort par les leudes francs, fatigués de sa tyrannie et de ses débauches.

Dix ans après, Ébroîn, qui s'était fait le champion sauguuiaire du pouvoir royal , fut à son tour assassiné par un seigneur franc, nommé Ërmanfroi. Il périt misérablement , après avoir exercé, pendant plus de vingt ans, le suprême commandement dans les royaumes de Neustrie et de Bourgogne. Le nom d' Ebroïn est encore, de nos jours, le symbole de l'ambition , de la cruauté et de la ruse ; mais il convient de se défier des monuments historiques qui nous le dépeignent sous d'aussi noires couleurs.

A la mort d^Ébroïn les Francs d'Austrasie prévalurent dans la Gaule neustriciuie j vainement le faible iiuerry III

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et fiertaire, maire du palais de Neustrie, essayèrent-ils de lutter contre cette prépondérance redoutable; Pépin de Hëristal, qui gouvernait TAustrasie sous le nom de duc des Francs, se hâta de leur déclarer la guerre, et son armée vint camper à Testry, entre Saint-Quentin et Péronne« La bataille fut longue et sanglante ; mais le roi Thierry ill fut vaincu et mis en faite, et Bertaîre massacré par ses propres compagnons. Pépin se rendit maître du faible Thierry, le fit reconnaître par TAustrasie, et se réserva, sous ce fantôme de roi, la réalité de la puissance, qu'il exerça sous les titres de duc, de prince et.de maire. La bataille de Testry fut le dernier degré de l'usurpation des maires du palais ; elle mit tout le pouvoir entre leurs mains, et les successe urs de Clovls n'eurent plus rien des prérogatives du trône que la faculté de présider les assemblées du Champ de Mars, de paraître avec éclat dans de vaines cérémonies, et de voyager d'une maison de plaisance à l'autre dans un char traîné par des bœufs. Le duc d'Autrasie, maire et souverain, se réserva les trésors, la justice, la correspondance avec les gouverneurs provinciaux et la plénitude de la puissance royale ( 687).

L'histoire particulière de Paris semble disparaître au milieu des obscurités de cette époque. C'est à peine s'il nous reste, de l'année 691 , un document d'une certaine valeur, qu'on appelle la Charte de Vandemir. Par cet acte le noble franc qui y a attaciié son nom fait, con* jointement avec sa femme, de grandes largesses à la plupart des églises et des monastères de la ville et du diocèse de Paris, à la cathédrale, aux deux abbayes de Saint- Vincent, Saint-Denis, aux fdles de Saint-Christoplie , dont l'abbesse est nommée Gaudetnide, et à plusieurs autres

églises dont les noms ne se peuvent lire. Ce titre, quoique mutilé, fournit encore des particularités qui ne sont pas à négliger. On y voit qu'alors la cathédrale était sous 1 invocation de.saint Étienne. Des deux abbayes de Saint- Vincent qui ont part aux libévalités de Vandemir, Tune, dont l'abbë se nommait Landebei t , est Saint-Germain l'Auxerrois, qui était desservi alors par une communauté de moines, et la seconde Saint-Germain des Prés, dont rabbë se nommait Autharius. Quant à la communauté des filles de Saint-Christophe, c'était la corporation de religieuses qui desservaient Thopital.

Peu d'années après, le 29 août 700, mourut à Paris un reUgieux né à Aiitln , et que sa piété avait depuis longtemps rendu célèbre. U habitait depuis quelque temps un monastère situé dans Tun des fauboui gs du nord delà ville, et qui joignait la chapelle de Saint-Pierre. II fut inhumé dans cette même chapelle , au lieu même oii plus tard fut élevée une église qui porta son nom ; nous voulons parler de Saint-Médéric, que le peuple appelle Saint-Merry.

Ct n'est point ici ie lieu de raconter les conflits sanglants qui signalèrent, sous le gouvernement de Pépin, les règnes des Mérovingiens fainéants auxquels ce duc d'Austrasie laissait encore le vain titre de roi. Ces princes débiles, et surveillés par un pouvoir jaloux, ne résidaient pas même à Paris , et la Gaule neustrienne formait à peine une province gouvernée de loin par Charles-Martel, duc des Francs et fils de Pépin. On ne voit pas que, dans cette dernière périodede l'histoire de la première race, deChildebert 111 à Gliildéric III, TÉglise de Paris ait jeté un grand éclat. On ne connaît guère pour ce temps que le nom des évoques j on a pourtant quelques détails sur la vie de saint

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Hugues, ((ui succéda à Bernechaire. Saint Hugues était

fils de Droi^on, comte de Champagne, qui avait cpousé la fille de Waraton, maire du palais ; il fiit élevé auprès d*Auflède, son aïeule iiiaternelle, et embrassa Tctat mo nastique dans Tabbaye de Jumiéges. Charles-Martel le plaça ensuite sur le siège épiscopal de Rouen; saint Hugues fut aussi abbé de Fonteneiie et de Jumiéges, et eut en même temps l'administration des Églises de Paris et de Bayeux. Tandis qu'il gouvernait| dans l'ordre spirituel, des populations assez étrangères, sinon par leurs souffrances, aux luttes politiques de cette époque, la vieille famille des rois chevelus, quoique déchue et pour ainsi dire avilie sous le despotisme des maires, obtenait encore un reste de respect que Charles-Martel, quelle que fût sa puissance^ n'osa entièrement braver. Après la mort de Thierry IV il ue se crut pas assez fort pour prendre le titre de roi et exclure le dernier des Mérovingiens ; il se contenta de laisser le trône vacant, cherchant ainsi à préparer plus tard l'usurpation de sa race.

Tandis que Charles-Martel et ^on lils Pépin gouvernaient les Francs, laissant les derniers Mérovingiens s'é* teindre dans une décrépitude prématurée, le rôle de Paris continuait d'être des plus obscurs, et c'est à peine si de loin en loin les chroniques mentionnent encore le nom de cette ville. Paris avait cessé d'être la capitale d'un empire dont le centre était à Metz ou à Cologne, et des aventuriers héroïques, toujours occupés à combattre les barbares du Midi et ceux du Nord , n'avaient guère le loisir d'accroître son enceinte, d*y construire de nouveaux monuments. Paris était alors administré par des comtes. L'histoire de Saint-Denis parle de l'un de ces seî-

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gneurs, nommé Guarin ou Warin, qui fit tramférer la foire de Saint-Deuis eutie les bourgs de Saiut- Martin el de SaSnt-Laurent, tous deuE situés au nord de la yille. Les

comtes de Paris, institués au iioin du roi , étaient encore de simple» offittem amovibles, qui réunissaient &k leurs mains les pouvoirs militaires et administratifs. Cest dans ces conditions que Paris se trouvait placé en Tan 75^, lorsque Pépin le Bref, fils de Charles-Martel, mit fin à la débile royauté des héritiers de Glovis et se fit reconnaître roi des Francs par le pape Zacharie et par les grands du royaume.

Le peuple gallo-romain prenait peu de part à ces ré-

volutions de palais, à ces catastrophes dynastiques. Placé sous la tutelle brutale des guerriers francs , il payait, en gémissant et au prix de mille vexations, les énormes tributs que lui imposaient ses maîtres, et il ne se souciait guère de voir se succéder des chefs et des princes qui ne pouvaient ni le protéger, ni le défendre. A Paris comme dans le reste de la Gaule neustrienne il y aurait eu dépérissement social si la religion n eut accompli sa mission , qui est de sauver le monde.

Les évéques, les supérieurs des monastères, d'autres dignitaires de l'Église stipulaient, auprès des rois barbares, en faveur de la société gallo-romaîne. Les concessions faites aux églises à titre de beneiices leur donnaient le droit de prendre rang parmi les leudes et les faisaient entrer dans l'aristocratie des Francs, sans rien leur enlever de Pamour et de la confiance des Gaulois.

11 y eut sans doute, durant la longue et obscm e période dont nous avons rappelé quelques traits, des actes de violence, des meurtres, des crimes dont la nomencla-

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ture serait trop longue; mais au milieu de cette confusion l'Église réussit à conserver la société, et, pendant que toutes les forces étrangères à elle s'usaient parleurs propres excès, elle seule dominait et prévalait. Une histoire plus longue que celle des attentats connais serait oeUe des at* tentats qu'elle a empêchés (i).

( i> H. Gaizot, Ssêoi iur Pkiiiairt de France, ^

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