CHAPITRE III
*Si l'on se reporte, par le souvejiir, vers le milieu du huitième siècle, à l'époque où les derniers Mérovingiens se promenaient, de ferme en ferme, sur des cliariots traînés par des bœu&,on parvient très-difficilement à se faire une idée juste de la physionomie de Paris à cette époque, de son étendue, de ses limites et de sa banlieue.
En dépit des misères publiques, des misères privées, des iiorreurs de la guerre, des maladies contagieuses, de la disette et des exactions fiscales, Paris avait eu le sort de toutes les villes qui sont plus ou moins un centre politique et commercial : il s'était peu à peu développé ; il avait vu se foriner, autour de son île étroite, des faubourgs, des bourgades, une ceinture de maisons de campagne ou de maisons de plaisance qui faisaient corps avec la cité-mère. Il est presque impossible de déterminer les espaces que celte banlieue occupait et d^en suivre les contours très^irrégu* iiers; les agglomérations extérieures de maisons et de rues quiexistaieut autour delà ville étaient évidemment disséminées au hasard, groupées sans aucune pensée d'ensemble municipal, séparées les unes des autres par des champs, des bois, des marécages. Quant à la ville proprement dite, à la vieille cité lutécienne, tout ce qu'il est permis de penser^ c'est qu'elle était fort laide et fort mal ordonnée. L'histoire de Tile de la Gté, berceau de Paris, est This-
f64 HISTOIRE m PARIS. W-TM)
toire de la ville elle-même jusqu^au onzième siècle. Le Paris
des deux i ivcs a avaii alors (ju une médiocre importance j à cause de Motre-Dame et du Palab, ces deux métropoles religieuse et politique, tous les événements se concentraient dans la Cité, et la population, les églises^ les établis* sements de tout genre ne cessaient de s'y entasser. A partir du onzième siècle, et à mesure que le Pans des deux rives s'agrandit, la .Cité perd de son importance, mais non de sa popularité, car elle reste le centre des aiïaires politiques, et même, à cause du Parlement, le centre des af&ires commerciales ; elle garde ce caractère jttsqu'à la fin du quinzième siècle. A dater de cette époque, et surtout de 1789, la Cité cesse déjouer le premier rôle dans l'his* toire de Paris; la riciiesse s'en est éloignée; il n'y reste qu'une population misérable et souffrante; elle devient même un repaire de vagabonds , de repris de justice et de prostituées; aucun événement ne vient la remettre en saillie, et elle ne gai'de d'importance politique que par le Palais de Justice et surtout par la. Préfecture de Police, positions de premier ordre dont les révolutions ne manquent jamais de s'emparer.
La Cité présentait encore, il y a soixante ans, l'aspect peu séduisant qu'elle avait au moyen âge : à l'extérieur, privée de quais, sauf dans sa partie occidentale, ayant ses maisons hautes, fctitlcs, obscuies, pressées sur les bords de la SeinCy bordée d'eaux sales, d'iierbes dégoûtantes^ de blanchisseries, de guenilles suspendues de toutes parts, elle offrait à l'intérieur un amas inextricable de ruelles hideuses, de masures noires, de bouges infects, ruche malsaine où nos pères se sont entassés pendant des siècles, et dans laquelle on ne comptait pas moins de cinquante*
im-T») LIVBE II. CHAPITRE III. Io5
lieux rues, six impasses, trois places, dix paroisses, vingt et une églises ou chapelles, deux couvents, outre THotel- Dieu, les Enfants-Trou vos, le Palais avec ses dépendances, Tarchevéché, le cloître Notre-Dame et la cathédrale. AujourJ hui le iiiai teau des démolitions a fuit disparaître près de la moitié de ces rues et de ces édifices, et Ton peut prévoir l'heure où Hle qui fit jadis la gloire et la force des Parises ne sera occupée , de 1 orient à 1 occident , que par des monuments publics, une cathédrale, un hôpital, un palais de justice, une préfecture, u a tribunal de commerce, un square, et on ne sait combien de casernes ou de postes de police. A vrai dire nous ne regretterons pas les bouges avinés, les cloaques infects que Ton fait disparaître et qui avaient transformé plusieurs quartiers de la Cité en foyers de déijaucheet de vol. Sous les Mérovingiens ces ruelles étroites que nous voyons détruire constituaient à elles seules le vrai Paris.
Les successeurs de Clovis siégeaient encore à la Tour,
c est-à-dire au palais situé vers Toccident de Tîle, et qui servait en même temps de résidence aux rois et aux comtes, d'hôtel liiuaicipal et de prétoire. Coiiiuie on l'a vu plus liaut, à l'extrémité opposée de l'île, près du lieu où Ton remarque aujourd'hui la promenade et la fontaine dv rarchevéciié, existait, même avant Clovis, la cathédrale de Paris, alors dédiée sous le vocable de Saint-Étienne. C'était là que Fréde^onde avait cherché un asile après la mort de Chilpéric F'. L'édifice, dont on ne nous a pas conservé l'aspect, avait été superposé à d'anciennes constructions romaines dont on a retrouvé les débris en 1 7 ii » parmi kstjuels figuraient les effigies de plusieurs divinités gauloises ou romaines. On y remarque É^us, le taureau
nacréy le dieu Gemimnos, en compagnie de Jupiter, de Yulcain, de Castor et de PoUux.
Entre l'église catliédrale et le palais se trouvait une assez vaste place, consacrée au commerce, et que plusieurs annalistes ont appelée place du Marctié'Neuj ; une petite place contiguê , qui avoisinait évidemment la Seine et qui était quelquefois submergée, portait le nom de Mar* • ché'Pidu ou Palud,
L'église Saint- Etienne n'avait pas tardé à devenir trop étroite pour la grande affluence des fidèles ; on éleva près d'elle, on lui adjoignit une vaste chapelle, dédiée sous le vocable de la sainte Vierge, et que les chartes mérovingiennes appellent la basilique de Notre-Dame, basi^ lica domnœ Mariœ . On n'en connaît pas les dimensions. Une autre basiUque était située dans la Cité; c'était Saint- Denis de la Cliartre, qui s'élevait à l'extrémité méridionale
I!ni-75S) LIVAE II. CHAPITRE IO7
du pont Notre-Dame et au coin septentrional de la rue du Haut^Moulin. Cette église, plusieurs fois reconstruite, a été démolie en 1810 pour faire place au quai de la Cité. A coté et au sud de Saint-Denis de la Chartre on remarquait la chapelle Saint-Syniplioiicn ou samt-Luc, OU, pour mieux dire, la chapelle de Sainte-Catherine, sur remplacement de laquelle Tautre ne fat élevée que plus tard. Dans l'espace que termiue au nord le Palais de Justice, et qui, vers le sud^ s'étend aux abords deTHotel-Dieu, on rencontrait le quartier qu'on appelait alors la Ceinture de saint Éloi ; il y avait là un monastère que ce saint avait fait bâtir vers l au 632, et où il avait placé trois cents religieuses SOUS la direction de sainte Aure. On y remarquait également un oratoire dédié à saint Martial, et qui, à une autre époque, reçut le nom de Saint-£loi. A rextrémité du Marché-Neuf s'élevait une chapelle baptismab, d'abord dédiée à saint Jean, et qui reçut plus tard le nom de Saint- Germain le Vieux. L'auteur de la vie de sainte Geneviève dit que la patronne de Paris y ressenihla un grand nombre de femmes, comme dans un asile sûr, lorsqu'on apprit la marche d'Attila vers le tt;rritoire des Panses. Vis-à-vis de la cathédrale, à l'angle formé par la rue Saint-Christophe et les bâtiments du parvis Notre-Dame, on remarquait sous les Mérovingiens une petite église placée sous l'invocation de Saint-Cliristoplie ; il est douteux, comme plusieurs i'aftirment, <|u'elle servit de chapelle aux comtes de Paris ; ainsi qu'on l'a vu plus haut, la chartede Yandemir nousap* prend qu'à cette époque elle était la chapelle d'un monastère de filles.
L'île de la Cité était ceinte d'une muraille flanquée de tours romaines; elle communiquait avec les deux, rives
I08 HISXOIEJE DE PAKIS. (02S-7â3)
de la Seine par deux ponts , qui n'étaient pas dans le même axe y et aux extrémités desquels se trouvaient des ouvrages de défense. A Tcxtrémité occidentale, et comme adossée au palais des rois mérovingiens, on remarquait l'espèce de citadelle qu'on appelait la Tour. Vers la région septentrio» nale de l'île, non loin du lieu où, de nos jours, ou construit le tribunal de commerce, et à Tentrée du quai aux Fleurs, ily avait une prison que l auteur des Gestes du roiDagobert appelle prison de Glaucin, carcer Glaucini, « Il est trèsprésumable, dit judicieusement Dulaure, mais U n'est pas certain qu'il existait, du temps de la domination romaine, sur la rive de la Seine, prèsduPont-au-Chan|^( , et surremplacement du quai aux Fleurs, une prison dont parle Gré* goirede Tours(Grcg^. Turon. Historia, lib. viii, cap. 33), et que l'auteur des Gestes du roi Dagubert nomme carcer Glaucini^ prim de Glaucin ; elle était voisine d'une porte de Paris [^Gcsla Dugoberti régis , cap, 33). Je place cette prison sur le quai aux Fleurs parce que deux églises , celics de Saint-Denis et deSainl-Syuipliorien , à cause de leur voisinage de cette prison , ont porté le surnom de la Oiarire^ mot qui signifie prison, et que ces églises étaient situées près de ce quai* Je place cet établissement pendant la période romaine parce qu'on a la preuve de son existence peu de temps après cette période , que les premiers rois francs^ n'étaient guère en usage de faire construire des édifices, et que le mot Glaucin est latin.
« Une tour voisine de cette prison, ou qui en faisait partie, se nomma d aboid tour de Marqaefas , puis tour Roland*»
Les faubourgs de la rive gauche, vers le déclin de la période mérovingienne , devaient être séparés les uns des
(n&-75S) LIVBE If. CHAPITRB III. JOg
autres par de vastes espaces livres à la culture , tels que le dos du Chardonnet, le clos Bruno, le clos rÉvéque, lei domaines dépendant des ab)Mijes de Saint-Victor , de Sainte- Geneviève, de Saint-Germain. De loin en loin on rencontrait des groupes d'habitations, des chapelles, disséminées presque au hasard sur les hauteurs ou dans I4 vallée. Le palais des Thermes continuait de servir de résidence d'été aux héritiers de C.lovis, lorsque les plaisirs de la chasse ou le besoin de distractions pacifiques ne retenaient pas ces prhiees dans leurs maisons de plaisance heaucoup plus éloignées, telles que Chelles, le Yaudreuil, Nogent. La rive gauche de la Seine , a l'occident du palais des Thermes et de l'abbaye de Saint-Germain, était presque entièrement couverte de prairies marécageuses ; ces vastes espaces , tantôt verdoyants , tantôt à demi inondes , correspondaient à ce que nous appelons aujourd'hui le faubourg Saint-Germain, le Gros-Caillou, la plaine de Grenelle. En se rapprochant de la Cité on rencontrait la chapelle de Saint-André, la chapelle de Sa int-Sé vérin, l'église de Saint-Julien le Pauvre, le bourg et l'oratoire de Saint- Marcel , la chapelle Saint-Jean delatràn , et , en se rapprochant des Thermes^ la chapelle Saint-Benoît et un hôpital qu'on nommait Taumônerie de Saint-Benoît.
Sur la rive droite de la Seine les faubourgs et les villages de la banlieue étaient déjà beaucoup plus considé- Hérables et plus importants que ceux de la rive gauche. C'est une question controversée que de savoir si les administrations mérovingiennes les avaient entourés d'une muraille. Déjà, à coup sûr, on pénétrait dans ces quartiers de Paris par des portes spéciales , notamment par la porte des BagaudeS) mais il n'est pas bien établi que ces ouvrages
JIO HISXOIA£ DE PARIS. (BM-^SS)
fussent reliés entre eux par une enceinte. Quoiqu'il en soit, à l*eaLtrémitë seplentrionale du Grand Pont s'élevait une forteresse doal il ne nous reste que le souvenir, et qui occupait l'espace appelé de nos jours place du Chàtelet.
Sur la gauche de cette forteresse, dans la campagne, on rencontrait un village considérable, déjà appelé bourg de Saint-Germain , et qui entourait la vieille église de Saint- Germain le Koiui, plus tard appelée Saint-Germain l'Auxerrois. Dans l'origine cette église, située sur la route de Paris àNanlerre, n'était, dit-on, quutie simple chapelle, un oratoire construit au lieu où saint Germain d' Auxerre, se trouvant en voyage, s'arrêta pour opérer un miracle sous les yeux du pc^upiede Paris. Plus tard, vers Tan 58 1, Chilpéric agrandit cette chapelle commémorative et y fit élever une église que, dans le testament de Bertram, ëvéque du Mans, on appelle la Basilique neuve, Basilica noça^ vraisemblablement par opposition avec Féglise Saint-Vincent et Saint-Germain, déjà construite sous Childebert. C'est là, selon nous, ropinion la plus probable; nous la dégageons d'une multitude d'hypothèses mises en avant parles ërudiis et les antiquaires les plus respecta* Mes , qui ne sont nullement d'accord sur l'origine et sur la fondation de Saint-Germain l'Auxerrois.
Comme pour augmenter la confusion, cette église ^ bâtie sur l'emplacement de l'oratoire élevé en mémoire de saint Germain d'Auxerre , fui tlestinée par Chilpéric V* à servir de sépulture à saint Germain de Paris , sur le tombeau duquel s'opéraient chaque jour de nombreux miracles* Les traditions populaires lui attribuèrent dans la suite le nom de Saint-Germain l'Auxerrob, et d'ailleurs les restes mortels de saint Germain de Paris n y furent point
jB8-7») LIVRE II. CHAPITRE III.
transporlés, selon le dcsir de ChilpëriC) mais ils furent et demeurèrent inhumés dans l'église Saint^Yinoent et Sainte» Croix, qui , à son tour, reçut le nom de Saint-Germain , et que nous appelons aujourd'hui Saint-Germain des Prés.
Ainsi, sur la rive gauche, à quelque distance de la résidence mérovingienne, existait l'église fondée par Chîldebert , et que Von s'habituait déjà à nommer Saint- Geiinaia des Prés j et, sur la rive droite , dans le hourg de Saint-Germain d'Auxerre, Tautre église, bttie par Cliilpéric I*', et que, pour la mieux distinguer de Fautive, on appelait Saint-Germain le Rond (i). Qu'on nous
(i) Le corps de saiot Germain de Pftris avait été inhamé dans l'oratoire de Saint-Symphorien, qui attenait à l^église Sainl-Vinoent (Saint* Germain des Prés). Cette chapelle était trop étroite pour contenir l'af>
âueDce des fidèles, el Chilpéric r"" fit bâtir une basilique où les relique» du saint devaient être transportées, liertrani, évèque du Mans, qui avait prévu cette ti aoslation , voulut que la donatioD mentionnée dan& son testament suivit le corps de saint Germain : Si sanetum corpus ejus in katilieit nova,,** si coneesserint ui mihi trantftntSut vdia ipsa uli sem' ptr ejns corpus Juniif temper iU Jeserviat, L'égalise oonstraite sons Pin* vocation de saint Germain» évéque de Paris, est donc bien distincte de Sùat*Vînoentet de la chapelle où fat inhumé saint Germain, et cette basilique est donc évidemment celle qu'on nomme de nos jours Saint- Germain l'Auxerrois.
Tous nos historiens et tous les. diplômes parlent de cette église sans lui appliquer aucun surnom ; on l'appelle simplement Féglise de Saint-Germain. Dans une charte de 691 Yandemir et E^rcamberte distinguent Téglise de Ssiot*Germain de celle de Saint- Vincent ou Saint-Germain. Dans la Vie de saint Éloi» saint Ouen l'appelle basilique de Saint-Germain confesseur; saneavième siècle on la oamamt Saint'Germain kBond, rond, parce que sa forme était circulaire ; Abbon, moine de Saint-Germain des Prés, dans son poëme sur le siège de Paris par les Normands, t rj 886, l aconte comment ils quittèrent Saint-Germain d'Au\erre, passèrent la .Seine et s^en vinrent piller et brûler l'abbaye de Saint-Germain des Prés; il dit :
« Germani Teretls cootemuont ttttora saoeli, « jbiuivociqae legnnt »
112 HISTOIRS DE PARIS. HUB-'m
pardonne d'insister sur ce point ; nous avons à cœur d'être bien compris et de laisser dans l'esprit de nos lecteurs une idée exacte des monuments de cette époque.
L'ëvécpie de Paris saint Landri^ dont nous avons rappelé la popularité et les bieufails, fut inhumé, en 656, en l'église Saint-Germain (l'Auxerrois), qui servait dès lors de paroisse aux villages de la banlieue septentrionale, situés sur les emplacements occupés plus tard par les quartiers des Bourdonnais, des Halles et du Louvre. A l'autre • extrémité do la même banlieue, dans le bourg de la Grève, on remarquait , dès le sixième nècle, et sous Tépiscopat de saint Germain, une petite église dédiée sous le vocable de Saint-Germain et de Saint-Frotais. f'ortunat, qui lui donne le titre de basilique , parle de deux miracles qui y furent opérés sous ses yeux par Saint-Germain. Le testament d'Ermentrude , cité par D. Mabillon, mentionne cette basilique eu ces termes : Basilicœ domini Getvatiiy annula aureo, nomën meum in se habentem scriptum^ fjiœcipio. On ignore à quelle époqLie cette église fut érigée en paroisse y mais il est vraisemblable que, durant la période mérovingienne, elle n'était qu*une chapelle desservie par quelques clercs de la catliédrale. Il est superflu de dire que Téglise actuelle de Saint-Gervais et de
• Uft abandoonent le rivage de Saint-Gennain le Rood et occupeni « celai qui doit son nom à l'autre Cfermain. • Dans les boUes de Benoit YII, en 983y et d'Alexandre III, en ii65, elle est nommée ahbntia Saneti Germant Boiuntli, L'abbé Lebeuf mentionne le même surDom
en s'étendaiit seulement sur son origine. « On la noniuia Sancius Ger- « mnnus Teres, dit-il, soit à cause de la tormc dont legliso était cons- « truite relativement aux baptistères, qui étaient presque toujours ronds, « soit à cause que le cloître de cette église était entouré de maraitles en « forme ronde, comme qnelqiies anciens cbàteanx.
(fiOlhTSâ) LIVRE II. CHAPmUB III. Il3
Saint-Protais, édifice dont la date est beaucoup moins ancienne, a été construite en partie sur l'empiaeemeat <le la chapelle primitive, et, selon toute apparence, sur le cimetière qui y était attenant. La baâlique mérovingienne^ comme on le verra plus tard , fut détruite , dès la coude race, par les pirates septentrionaux qui assiégé* rent Paris.
Tout à fait au nord de la banlieue , après avoir traversé de vastes espaces occupés par des marais, des champs cultivés et des bois, on rencontrai t la chapelle de Saint-Laurent, autour de laquelle se groupaioit plusieurs habitations rurales. L'origine de cette petite église est peu conn^ie; on sait néanmoins qu'elle existait déjà au sixième siècle ; mais elle n'était pas sitnéeau lieu où s^élève Téglise actuelle du même nom. Elle avait été fondée sur l'emplacement où existe aujourd'hui la maison deSaint«Lazare, et en fiice d'elle, de l'autre côté de la roule on avaitétabli un cimetière. Dans la même direction, mais à une moinsgrande distance de la Seine, on remarquait la basilique de. Saint-Martin des Champs. La tradition rapporte que, vers Tan 385, cet illustre patron de la Gaule, ayant traversé Lutèce , guérit miiaculeusement un lépreux près de cette ville. Pour perpétuer la mémoire de cet événement on avait élevé un humble oratoire formé de branches d'arbres , et qui existait encore au temps de Grégoire de Tours. Plus tard on construisit vers le même lieu une abbaye et une église. On ignore également la date précise de cette fondation; on voit seulement que , dans une charte de Tannée 639 , Dagobert accorde une foire à Tabbaye de Saint-Denis et en fixe le champ sur le chemin qui conduit de la Cité
dans un heu nommé le Pont ou le Pas Saint^Marlin. mn* SI pAin. — v. i« S
Il4 HISTOIRE DE PARIS.
Childebert TUy dans un diplôme de Tan 71O9 parle de cette foire de Saint-Denis, établie entre les basiliques de Saint'' Laurent et de Saini^Martin^i). En se rapprochant encore de la Seine , et au midi de Tabba) e de Saint-Mai tin , on rencontrait la petite chapelle de Saint-Pierre, oratoire qui existait déjà au cinquième siècle. Nous avons déjà vu que saint Médéric ou saint Merry, mort vers Tan 700 de Tère chrétienne, avait été inliuiné dans cette modeste chapelle, qui ne tarda pas à devenir célèbre parles miracles opérés au tombeau dusaint. Sous la seconde race cet édifice religieux fut agrandi et dédié sojas le vocable de Saint-Merry.
Les archéologues se plaisent encore à visiter la chapelle souterraine qui fut construite en souvenir de la crypte où le tombeau de saint Merry avait été déposé; ce mmu-
ment vénérable avait été longtemps abandonné à l'oubli , et de nos jours il servait d'atelier aux. lampistes et. aux balayeurs de Téglise. On Ta soigneusement restauré. Dans son état actuel il constitue une chapelle carrée; sa
(i) Bré4juigu}, Di/j/oma/a, Chartte, p. i3i et SSg.
(«a&>m) LIVRE IX. CHAPITRE III. II 5
voûte se divise eu quatre travées , dout les uervures re* tombent d'une part sur une colonne centrale , de l'autre sur des consoles ou sur des colonnes engagées. Les clefs sont sculptées de rosaces , les chapiteaux de feuilles de vigne ; le jour arrive par de petites ouvertures à grilles serrées. Quelques pierres tombales , usées par le frottement, subsistent encore çà et là dans le dallage.
Vers Tan 633 , sous l'administration de saint Éloi , qui fiit appelé en 640 à l'évéché de Noyon, on établit ^ au nord de Paris, et à Test de la basilique deSaint-Gervaiset Saint-Protais, un cimetière qui fut affecté à la sépulture de la communauté des religieuses de Saint-Martial. Une chapelle, dédiée sous l'invocation de Saint-Paul, fut construite dans ce cimetière , et on l'appelait Saint-Paul des Cliamps. Plus tard elle iîit érigée en église paroissiale. Autour d'elle se groupèrent successivement des maisons et des fermes dont Tagglomération forma le bourg de Saint-Éloi. Des champs et des jardins cultivés, qui s'étendaieut à Torient de ce village et jusque sur les bords de la Seine, portent, sur les anciens monuments et sur les chartesla dénomination de Cultures Sanit-Éloy. Entre ces champs et le fleuve s'étendait une lisière de terres basses, sujettes aux inondations et ordinairement marécageuses.
On se tromperait fort si l'on attribuait aux édilices civils et religieux de cette époqiu , aux dénominations de bourgs, de villages, de quartiers, de rues et de ville que nous sommes contraint d'employer, la signification ou Taspect qu'ils out aujourd'hui, à l'heure du plus splendide épanouissement de la grande capitale. Sous les Mérovingiens, en dépit de rimportance relative qu'avaii Paris, comme
place de guerre et cité commerciale et comme résidence
Il6 HISTOIRB DE PARIS. (W-T»)
des rois de Neustrie, la ville ëtait laide , mal Mlle, presque entièremenl dépourvue d*ëdilité et de police, et elle présentait le triste spectacle d'un amas de maisons exiguës, inégales, sombres, et pour la plupart construites en bois, à u avers lesquelles circulaieiil des rues infectes, étroites, fangeuses, qui n'étaient point pavées, et qui n'étaient dégagées des eaux pluviales ou ménagères par aucun système d'egout ou de balayage. On se débarrassait tant bien que mal des immondices, mais nous ne voyons nulle part que la communauté des citoyens eût à sa ciiarge Tentretien des rues et des places publiques. Evidemment quelques mesures de précaution étaient prises danscebut, faute de quoi Paris aurait été promptement inhabitable; mais Tabsence de règlements sérieux et impératifs devait favoriser les phis graves abus et compromettre au plus haut degré la santé du peuple.
Paris, comme la plupart des villes gallo-franques, avait conservé, sous la domination mérovingienne, quelques débris des institutions autrefois accordées aux cités romaines, ety entre autres, la curie, les magistratures électives, les assemblées municipales. L'administration était dirigée par un officier uonuné par le roi ; tout se faisait sous sa surveillance, et, en cas d'abus tyrannique ou d'excès de pouvoir, Tevêque de la ville, légitimement investi de la mission de défenseur y s'adressait au roi pour ob* tenir la réparation des injustices, Tadoucissment de Toppression. Les princes mérovingiens accueillaient ces réclamations avec une respectueuse condescendance ; mais les leudes et les préposés du fisc se montraient plus durs et plus intraitables et se résignaient difficilement à épargner les liabitauts ou à renoncer aux spoliations.
LIViUS 11. CHAPITRE III. fi^
L'iaduâtrie et le commerce n'avaieut point encore été dépouillés de garanties et de protection. '
U y avait dca foires dans les Gaules sous la domination romaine^ et il y en eut encore après. Le roi Dagobert en fonda une à Pans, dans un lieu situe entre Téglise Saint- Martin et celle de Saint-Laurent, et, comme on Ta vu, nommé le Petit-Pâs ou le Petit-Pont dte Saint-Martin (JPacellus sancti Martuii), et il en céda les revenus à l'abbaye de Saint-Denis, qu*il venait de fonder. Le roi Dagobert, dans Tédit de iondation de cette foire, ordonne à tous ses officiers de ne porter aucun empêchement à ce marche, soit dans la cite de Pai is, soit au dehors, et de ne percevoir sur les marchandises transportées aucun des 'droits en usage, dont il (ait le dénombrement . Parmi ces droits nous en trouvons plusieurs qui sont relatiis à la navigation sur la Seine ; il y avait alors : des droits de navigation; des droits (ju'on percevait sur le port au débarquement des marchandises; 3^ des droits de péage qu on payait en passant sur ou sous les ponts, et 4° enfin d'autres droits qu'on payait encore pour être autorisé à laisser les barques sur le rivage.
il y avait en outre un droit de passage, qui devait être perçu sur les marchandises qui passaient par la Cité pour se rendre au champ de foire. Ce dernier droit se prélevait au bénéfice de la caisse municipale ou servait aux embellissements de Paris.
. 11 devait en être de même de certains autres droits touchant le mélange des vins et du droit dit laudaticos, qui ne peut se rapporter qu'au droit perçu pour l'annonce ou
plutôt pour le cri ou criage des marchandises. On nous dispensera d'entrer un peu avant dans l'examen de ces di-
Il8 HISTOIRE Jl>£ PARIS. (62S-753)
versdroitSy dont nous ne voulons ni justifier ni contester
ruliiitë. Il y avait des bateliers pour opérer le transport des marchandises par eau, et ces bateliers, que nous trouvons sous le roi Dagobert, étaient évidemment les successeurs de ces nautes que nous avons trouvés existants dès le règne
de Tibère.
En résumé on se ûgure ce que pouvait être la condition des Gallo-Romains sous la domination brutale des leudes francs , toujours avides d^exactipns et de pillages , et qui, au mépris des ordonnances royales et épiscopales, ne connaissaient d'autre droit que la force. L'histoire se tait sur les souffrances journalières que devait endurer la populaùou indigène, et c'est à peine si elle permet d'en supposer Fexistence. Il serait peut-^tre téméraire de suppléeià son silence ; mais on peut se faire une idée des exactions et des violences qui signalèrent la prise de possession de notre ancienne patrie par quelques bandes barbares. Toutefois, comme les vainqueurs se composaient de quelques milliers d'hommes , on sent que le fléau de leurs déprédations n'atteignit qu'une portion des vaincus. Ces derniers ne furent point réduits en esclavage; on se contenta de les placer dans une coiiditioii sociale inférieure à celle des conquérants; ils conservèrent les biens immobiliers qu'on ne leur avait pas arrachés dès le premier jour ; les lois étendirent sur leurs personnes et sur leurs propriétés une protection moins forte sans doute que cellequi garantissait les Francs ^ mais enfin on tint compte de leur vie et de leurs fortunes , et, au bout de quelques années, radoucissement des mceurs des barbares, opéré par leur conversion à la foi caliiolique, ne laissa subsister entre les vainqueurs et les vaincus qu^une inégalité humiliante sans doute pour ceux-ci, mais
tm^TSSt LITRE II. GHAPimi! III. tIQ
pourtant tolàrabie. Ainsi le Gallo-Romain fut jugé un homme vil; son sang fut estimé une fois nioias que celui d'un Franc , et les lois de l'époque consacrent à chaque page cet abaissemcat des vaincus (i).
Quant à la population de race franque, beaucoup moins nombreuse que l'autre , et dont il faut néanmoins tenir compte , elle avait ses lois et ses coutumes propres. Dans le royaume de Paris^ comme dans tout le territoire envahi par les Francs , les terres placées sous ie droit germanique se divisaient en plusieurs classes :
Les alleux, domaines libres et indépendants ; les béné* fices, domaines concédés par les rois ou les chefs moyennant certaines redevances personnelles; les terres du troisième ordre, appelées tributaires parce qu elles se trouvaient assujetties envers un supérieur à un tribut ou à une
(i) « Titre 43, § I. Le meurtrier ifim Franc libre (ingenuum) on de toat autre étranger (barbantm) vivant sous la loi salique sera condamné à payer deux cents sous.
« § 11. Le meurtrier d*UD Franc antrustion sera condamné à |Mi^er six cents sous.
« S m. Le coupable du meurtre d'au Gaulois convive du roi seni ooDdamné à payer trois cents sons.
« $ IV. Tout coupable d*nn meurtre sur la personne d*un Gaulois propriétaire, c'est-à-dire de celui qui possède des terres en propre dans le canton oà il fhit sa résidence ^ sera condamné à payer cent sous.
« § V. Le iiieui ttier d'un Gaulois tributaire sera coudamné à payer quaiante-cînq sous.
« Titre i5. Le Gaulois qui aura dépouillé un Franc sera condamné à payer soiiLante-deux sous. Le Franc coupable du même crime envers un Gaulois sera condamné à payer trente sous.
« Titre 34. Le Gaulois coupable d'|voir exercé des violences arbitraires sur la personne d'un Franc sera condamné à payer trente sous. Le Frane coupable du même crime envers un Gaulois sera'oopdamné à payer quinse sous. I* ( Loi salique. )
130 HISTOIRE m Fiais. w-im
servitude. Ceux qui en étaient les cultivateurs ou colons
étaient tantôt des fermiers libres, obligés à une redevance annuelle, tantôt des esclaves attachés à là. glèbe, cestrk* dire à la terre y et qui devaienl à leurs maîtres^ sans aucune réserve, le fruit de leur travail.
Cette division des immeubles avait pour effet de créer diverses classes de perso nnes^ savoir :
Les propriétaires d'alleux; ceuz*ci , ne devant rien à personne, ni tribu L ni hommage, étaient tous autant de petits souverains possédant au même titre que le roi et aussi nobles, quoique moins puissants, que lui. Quant à ceux qui ne possédaient que de petits aileuK sans importance, ils formaient moins une aristocratie qu'une classe moyenne, dite des hommes libres ( alwunannsy Hadhem^ bourgs)',
Les beiicfi(;m& , noblesse secondaire , et vassale soit du roi , soit des propriétaires de terres saliques ;
Les tributaires ou colons , sorte de Icrinlers jouissant souvent d'une grande liberté personnelle, mais qui , en tant que cultivateurs, étaient assujettis à des tributs ou impôts envers les propriétaires d'alleux ou de bénéfices ;
£nfin les esclai^es^ appelés plus tard serfs ^ dont la condition variait.
Les Gaulois et les Francs, lorsqu'ils étaient investis de dignitésetdecharges, ou possesseurs de bénéfices, prenaient les noms de leudeSj de fidèles et d'anlrustioris. Ces titres étaient spécialement donnés à ceux qui , soit comme courtisans, soit comme frères d'armes, suivaient les rois dans leurs palais ou à la guerre , et aussi étaient-ils encore qua« lifiés de compagnons.
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Les 1 ois mérovingiens , bien c^ue sans cesse appauvris par l'avidité des leudes et par les donations faites aux. églises, possédaient environ cent soixante maisons royales. Ces châteaux n'étaient que de riches métairies , grossièrement construites, mais abondantes en cultivateurs, en troupeaux et en productions de tout genre. Les rois fainéants passaient leur vie à se promener d'une ferme à une autre, et sur toute la roule ils étaient hébergés, eux. et leur suite, par les villages, les châteaux et les abbayes, qui ajoutaient encore à cette oaéi euse iiospitalité quelques riches présents.