‹ Histoire de Paris depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours (volume 3)Chapitre 14 sur 64 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Paris avait joué un gi*and rôle sous la première race et n'en avait pas moins eu à souffrir de la tyrannie des rois barbares qui y avaient longtemps résidé. Vers le déclin de la race mérovingienne Paris s*ë.tait vu dépouiller, sous quelques rapports, de rhoiiaeur et des bénéfices qui appartiennent aux capitales. I^es successeurs de Clovis, une fois tombes sous la domination des maires, habitèrent les grands manoirs de TOise et cessèrent de séjourner à Pàris. Ils n'y venaient que bien rarement , pour assister à de vaines parades, et pour faire les monarques , selon l*expresnon pittoresque d'Éginhard. Sous la race carlovingienne cette déchéance s'accrut rapidement. Paris alors entra dans une période de décadence qui contras* tait d'abord avec la gloire des Francs et ne tarda pas ensuite à faire participer la ville dont nous racontons les annales i toutes les misères et à tous les amoindrissements du royaume, devenu vassal de l 'empire germanique et soumis à des rois qui ne savaient ni le gouverner, ni le défendre. Nous n'entreprendrons pas de retracer ici

rhi&toure de notre pays durant la période carlovingieime ; notre cadre est plus restreint ; nous nous bornerons à dégager de l'ensemble des événements ceux qui concernent Paris, et, à vrai dire, les chroniques de cette épo(^ue n'en mentioiment qu'un Lien petit nombre.

Il y avait eu^ avec Tavénement des Pépins^ comme une invasion nouvelle des Francs d^Autrasie, comme Feffa* cemeut de la ^eustrie* A T exemple de Cliarles-Martel, Pépin le Bref, durant son règne, ne cessa de conduire des expéditions du nord au sud, de refouler les Saxons , de combattre les Lombards, de ravager TAquitaine. Peu de jours après sou sacre il assista à la translation des reliques de saint Germain de Paris, qui, inhumées depuis près de deux siècles dans la chapelle de Saint-Symphorien , alors contiguë au monastère de Samt- Vmcent, dirent transportées dans l'église même ( à Saint-Germain des Prés ). Pépin se fit un honneur d'être du nombre de ceux qui enlevèrent le cercueil du saint évéque et le déposèrent pieusement dans la nouvelle tombe. A l'occasion de cet événement il donna à Téglise Saint-Germain la terre de Palaiseau. Cinq ans plus tard, en ^57, Tassillon , duc de Bavière, étant venu à Compiègne jurer fidélité au roi des Francs, Pépin conduisit son vassal près des tombeaux de saint Denis, de saint Martin de Tours et de saint Germain de Paris, et réclama de lui qu^il renouvellerait devant ces témoins augustes ses engagements de vassal.

Pépin passa une partie de Thiver de 763 à Gentilly, sur la Bièvre, près de Paris ; il célébra au même lieu la fête de P&ques, en 767. Abstraction faite de ces ind* dents , on ne voit nulle pari que ee prince ait fait à Paris un séjour de longue durée, et, s'il mourut à Saint-

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Denis, ce fut parce qu'il avait voulu $e £»ire transporter, agonisant, auprès des relkpiM du martyr patroa de la

Gaule.

L'é¥éque de Paris était, alors Deodefrid, doat le nom seul est irenu jusqu'à nous. Il eut pour successeur Erken«

rad , qui eut avec l'abbaye de Saint «Denis un difféi'ead auquel Gharlemagne mit fin vers Taii 775, en ordonnant qu*il serait fait appel au jugement de Dieu par la croix. Le oomte de Paris, nommé Gérard, assista à oette épreuve. Sous 1 episcopat d'Erkeniad ua incendie consuma les titres et les chartes de TÉglise de Paris ^ Tevéque s'adressa alors à Gharlemagne, qui confirma par undiplôme rÉglise dans la possession de tous les biens et de tous les serfs qu'elle avait avant la destruction des actes. Cest également au même Ërkeui ad qu'on attribue rétablissement des chanoines de la cathédrale de Paris.

Chai lemagne, doué d'un vaste génie et presque toujours occupé à combattre les barbares du Nord et du Sud, parcourut plus d'une fois son empire, soit pour tenir des assemblées nationales, alors aj^lées champs de mai, soit pour s'assurer des besoins des peuples et y pourvoir. Il dut plus d'une iois s'arrêter à Paris, la clef des. provinces neustriennes, et vraisemblablement U charge ses mUsi domuuci d'inspecter en son nom cette ville et ceux qui l'administraient.

a Mous voulons, avait-il dit dans Tun de ses capitulaires, que, à l'égard de la juridiction et des affaires qui jusqu'ici ont appartenu aux comtes, nos envoyas s'acquittent de leur mission quatre fois dans Tannée : en hiver, au mois de janvier ; dans le printemps, au mois d'avril; en été, au mois de juillet, et, enautonme, au mois d octo-

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bre. Ils dendront chaque fois des plaids où se réuniront les comtes des comtés voisins.

cr Qiaque fois que Tun de nos envoyés observera, dans sa légation, qu'une ciiose se passe autrement que nous ne l'avons ordonné, non^seulement il prendra soin de la réformer, mais il nous rendra compte avec détail de 1 abus qu'il aura découvert.

« Que nos envoyés choisissent dans chaque heu des édievins, des avocats (âûfpoca//| lieutenants des comtes ), des notaires, et qu'à leur retour ils nous rapportent leurs noms par écrit.

« Partout où ils trouveront de mauvais vicaires (v/carii, vicomtes ), avocats ou centeniers, ils les écarteront, et en choisiront d'autres qui sachent et veulent juger les affaires selon Téquité. S'ils trouvent un mauvais coaile ils nous en informeront. »

On voit que, par cette sage création, l'empereur pouvait se faire représenter jusqu'aux extrémités de ses vastes domaines et pourvoir aux besoins qui, autrement, lui seraient demeurés mconuus. Dans un empire où tout appelait des réformes et la révision des lois, le système monarchique acquérait de l'unité, et tachait de prévaloir contre les obstacles que soulevaient sans cesse la barbarie des mœurs, la diversité des langues, des coutiunes^ des origines, et l'absence de toute communication régulière avec le pouvoir central.

L'un des plus célèbres établissements de Charlemagne est celui des écoles, où Ton enseignait la grammaire, l'arithmétique et le plaiu-chant, science alors fort en honneur. Chaque monastère, chaque maison épiscopale en devait avoir une. Charlemagne ne dédaignait pas de chanter

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lui-même au lutrin et surveillait les clercs qui s'acquit* taieat mal de cet ofiiice. il avait iustitné dans son palais une espèce d^académie qui devint le madMe de plusieurs autres, et dont les principaux membres étaient Pierre de Pise, Angibert et Alcuin, savant anglais plein de savoir et de vertu. Giarleinagne lui-même prenait part aux travaux de cette société, sans distinction de rang et de posi- Uoii sociale. Chacun des académiciens s'était donné un nom tiré de l'histoire ou de TAncien Testament; le roi des Francs avait choisi celui de David. Le sujet le plus ordinaire de leurs dissertations, connues était la dialectique, la rhétorique et Tastronomie. Il est inutile d'ajouter que ces sciences en étaient encore à leurs premiers pas, et les monuments de l'époque qui subsistent encore attestent quel était alors, en dépit du génie de Charlemagne, Tempire de la barbarie et de l'ignorance.

L'institution de ces écoles, dans les principaux diocèses et dans \e% principales villes, a donne lieu à cette asser^ tbn que Charlemagne avait le premier fondé TUniversité de Paris. Rien de moins établi que cette tradition, qu'aucun monument ne justifie. Le premier qui ait enseigné publique» ment à Paris est un moine de Saint-Germain d'Auxerre, nommé Rémy ; il donnait des leçons de dialectique et de musique. Cet exemple, celui d'Alcuin, celui de Jean Scot et de plusieurs autres religieux , montre que les moines , ainsi qde les clercs séculiers, étaient admis à professer dans le palais et dans les autres écoles. Les monastères de Saint-Denis et de Saint-Germain des Prés furent , sous la seconde race, les lieux les plus célèbres où la jeunesse put aller acquérir de l'instruction. Hilduin, Hincmar, Usuard, Âbhon, Aimoin furent élèves de ces écoles illustres.

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