CHAPITRE II
L'autorité royale allait en s'affaiblissant; la puissance territoriale et personnelle des seigneurs ne cessait de s'ao-
croître.
Charles le Chauve, cédant à la volonté des seigneurs,
avait reconnu, dans rassemblée de Quercy-sur-Oise, eu 877, rbérédité des bénéfices, soit territoriaux, soit consistant en charges publiques , et il étendit cette faveur au titre de comte, c'est-à-dire au gouveriienient militaire des provinces. Cette révolution fut accomplie lorsque depuis longtemps les malheurs publics et rindifl^rence des grands avaient aboli Tusage des assemblées nationales (cliamps de mai), remplacées peu à peu par de simples conciles d'évêques. Elle termina Tère monarchique commencée sous Clovis, continuée sous Pepiii et Cliarlemagne, et vit naître une nouvelle forme de gouvernement, qui Ait le règne ou la puissance des fidèles, et qui, de leur nom (féal, féaux), prit celui d'ère féodale.
Il n'y avait plus sur le territoire de la France, et il ne resta bientôt dans tout TOccident, que des nobles et des serfs, dont les degrés de puissance ou d*esclavage variaient. A la tête des seigneurs se trouvait le roi ; la province qu'il gouvernait avait la première place parmi les autres fiefs et s'appelait toujours le royaume .
Giiaque grand ieudataire ou possesseur de grands fiefs
142 HISTOIRE DE PARIS. («n-flST)
(et à la mort de Charles le Chauve ils étaient près de
vingt- ciaq) rendait hommage au roi eu qutilitë de grand vassal. Cet hommage de pure forme ne constituait aucune souveraineté bien efficace, et, quaiicl il gcnait le feutidtaire, ce dernier s'en affranchissait par une révolte, jusqu'à ce que le roi ou les autres vassaux le .omtraignissent de nouveau à se soumettre.
A cette époque, qu'on pourrait appeler l'âge de fer de la civilisation^ les lettres et les sciences semblèrent s'éteindre, et les arts restèrent dans la décadence oii ils étaient tombés depuis plusieurs siècles. L'architecture ne produisit aucun monument qui soit arrivé jusqu'à nous dans son intégrité. Toutes les constructions de ce siècle se rattachaient d'ailleurs, d'une manière évidente^ à Tarchiteeture romaine. Les proportions forent changées, mais les formes restèrent les mêmes. Toutefois les besoins du climat, les traditions septentrionales, la nécessité d'approprier les édifices aux. usages du culte, et enfin les relations que les guerres et les alliances établirent entre les Francs et les Maures, ne tardèrent pas à altérer sensiblement l'art dont Rome avait transmis les principes et les règles, pour y substituer une manière nouvelle et préparer la révolution architectonique qui s'opéra au onzième siècle.
Après la mort de Charles le Qiauve le royaume de France et la ville de Paris virent se succéder plusieurs rob trop faibles pour ressaisir les prérogatives de la puissance suprême, et qui se résignèrent plus ou moins à subir le joug des grands et des seigneurs. Louis le Bègue se montra sans volonté et sans talents j ses deux fils, Louis in et Carloman, firent preuve de courage, mais ils
(877-M7) LIVU III. CHAPITRB II. J 43
moururent jeunes, et leroyaume passa sous la dépendance
de l'empereur Qiarlesle Gros.
Ce prince, bien qu'il fût dépourvu d» gënk et de courage, gouvernait alors l'empire le plus étendu (£ui eût existé depuis le règne de Charlemagne. L'Italie reconnaissait ses lob, la Germanie entière lui était soumise, et enfin la Gaule, à l'exception du royaume de Provence, conservé par Boson, venait de se donner à lui. Mais toute cette puissance n'était qu'apparente : tl'un cote l'organisation du régime féodal annihilait l'autorité des rois , et de l'autre les invasions sans cesse renouvelées des pirates morcelaient, ruinaient et ensanglantaient tout le territoire depuis le Tibre jusqu'au Wéser,
Gottfried, chef des Normands établis en Frise, ne se crut point engagé par les derniers traités ; il se hâta de les i'ompre ; mais Charles le Gros , n'espérant point le vaincre, le fit périr dans des embûches. Cet assassinat fournit aux pirates un prétexte pour recommencer leurs ravages. Sous la conduite de Sigefried, chef des Normands de la Meuse, ilsdésolèmit les bords de la Souune et de l'Oise et remontèrent la Seine jusqu'à Paris. Leur flotte , de sept cents vaisseaux à voiles, couvrait le fleuve dans l'espace de deux lieues (886).
L*évéque de Paris étant mort, Gozliu, abhé de Saint- Germain et de Saint-Denis, fut élu à sa place. Son premier soin fiit de prendre des mesures pour mettre à couvert la capitale du royaume et de bâtir à la hâte des forts et des tours destinés à retarder les ravages des Normands. Eudes, comte de Paris, dirigea ces travaux et prit les dispositions militaires que lui suggérait son expérience. Il était fils de Robert le Fort et digne de continuer la lutte
l44 HISTOIRE DE FARi8« (877481)
si vaillamment soutenue par sou jpài» contre les barbares.
Pendant que , d'accord avec l'éveque et avec Hugues- TAbbéf iU se préparaient à la résistance, de nouvelles hordes de Normands remontaient la Seine , débarquaient au lieu qui porte de nos jours le nom de Malmaison, et venaient mettre le siège devant Paris. C'était pour la quati'ièmiî fois, depuis leur apparition sur les cotes de la France, qu'ils se présentaient sous les murs de cette ville, que déjà ils avaient prise et pillée plusieurs fois, ne laissant après eux, dans Tesprit des habitants, qu'un souvenir indicible de terreur et de désespoir (i).
(i) Résumons ces diverses invasions des Normands à Paris. En 845 ces pirates, sous la conduile de Ragnar (Ragenaire), avaient remonté la Seine avec cent vingt vaisseaux qui arrivèrent à Paris le %S mars, veiile de Pâques. I^s habitants avaient pris la fuite, dit le chroniqueur {Mime. S, Germani }, et la ville n^était plus qu^un désert* Les religieux- de Sainte» Oieueviève se retirèrent avecle corps de leur patrone à Atbies, de là à Dra* veil; ceux de Saint-Germam s'enfnîreiit àCombe9F4aoViUe, en Brie^ avec le corps du saiut évéque. GependaDl, le jour de Piques même» les Normands se jetèrent avec fureur dans Pabbaye Saint-Germain des Prés et enlevèrent tout ce qu'ils purent emporter. Une maladie qui se déclara parmi eux arrêta leurs ravages en faisant périr un grand nombre des leurs.
Charles le Chauve était à Saint-Denis ; Ragcnuire lui fit faire des propositions de paix , et Charles» ue pouvant l'éloigner par la force , lui donna 7,000 livres d'argent pour prix de son départ*
En S5i et 85a les Normands prirent, pillèrenl et brûlèrent Paris, fiouen, fieauvaîs, et bon nombre d'autres villes. Us n'épargnèrent aucune abbaye, aucun monastère.
En 867 ils revinrent encore à Paris et brûlèrent la basilique de Saint- Pierre et de Sainte-Geneviève et toutes les autres églises, excepté celles de Saint-I\îienne , de Saint-Denis, de Saint-Vincent et Saint-Gerinaiu, qui se rachetèrent de l'incendie |)ar de grosses sommes d'argent.
Cette invasion des Normands, marquée par plus de ruines que celle de 845» inspira des plaintes amères à Pasehaae Radbert, abbé de Gorbie, auteur contemporain. « Qui eût jamais pu croire, s'écrie*t*il, que les « pirales ramassés de difTéreotes nations seraient venus bumiiier un
ffm-WI) LIWR m. CHAPITRE II. l/|5
On était à la fin de novembre (885). La flotte normande portait trente mille piiates, sous les ordres du konong Sigefried; ce chef, avant de tenter contre Paris une attaque h force ouverte , eut recours à la ruse et deiiitiiidu une entrevue à l*évéque Gozlin. On l'introduisit auprès du prélat guerrier, et il se borna a demander la permission de i^mouter la Seine jusques au delà de Paris , s engageant à empêcher toute violence et tout désordre. L'évéque, après s'être concerté avec le comte de Paris, répondit que, chargé par le seigneur Charles, empereur, de veiller à la garde de la ville, il ne pouvait laisser passer les Normands. Le konong se retira, annonçant qu'il allait s'ouvrir un chemin avec son. épée.
Paris n'était plus tel que nous l'avons décrit au déclin
de la période mérovingienne. Depuis plus d^nn siècle cette
« royaume si glorieux, si puissant, si populeux? Aucun roi ii*siuraic t espéré, aucun habitant de la terre n^aurait cru que jamais un onnomi « piit entrer clans notre Paris. » Ainsi, dans l'opinion {général*' , Paris, quoique délaissé par les rois carloviiigiens, était toujours la ( apitale du royaume. Dans le mois de janvier de Tannée 86 1 , selon les Jnnates de Sairtt'Bertin, le jour de Pâques selon Aimoin, historien des Miracles de s/iint Germain^ lesNonnands de la Seine revinrent sur Paris» qu'ils brûlèrent. Us entrèrent dans Tabbaye de Saint-<jermain des Prés, pendant (|ue les moines, au nombre de vingt à peu près, qui rm s'étalent pas retirés à Emant avec les autres, chantaient matines. Les relifi;icux parvinrent cependant à se cacher dans les bâtiments ou les souterrains de Tahhaye, et un seul fut tué. Les Normands égorgèrent plusieurs serviteurs (le l'abbaye, pillèrent le monastère et mirent le feu au cellier. Ds poursuivirent les négociants de la ville qui s'enfuyaient « en remontant la Seine, chargés de ce qu'Us avaient pu prendre avec eux , elles firent prisonniers; puis ils retournèrent à Obsel. Les lanbourgs de la ville, et f*elai du midi surtout, dorent souffrir de cette nouvelle invasion. Après la retraite des Normands Charles le C.liauve rendit un capitulaire pour <|Ue les ravages (usst ni réparés.
mST. DE P4RI8. — T. I. 10
l46 HISTOIHE DE PARIS. UmmFn
ville, abandonnée par les souverains, n'avait cessé d'être
désolée par les incursions des pirates et les calamités qui pesaient sur le royaume ; elle avait donc dépéri, s'était amoindrie, et avait vu disparaître, par l'incendie, la dé- ' vastation et le pillage, les vastes faubourgs , les beauiL vil* lages, les maisons de plaisance, les fermes, les églises et les abi)ayes que, depuis J ulien César et Clovis l^^oa avait construits sur les deux rives de la Seine. La plupart des édifices chrétiens avaient été pillés ou brûlés, on avait égorgé ou filit prisonnier les religieux et les clercs , les colons s'étaient enfuis, emportant leurs meubles et leurs épargnes, et il ne restait , autour de Saint-Germain l' Auxerrois , de Saint-Pierre, <ie Saint-Laurent, de Saint-Martui , coniHic aussi autour du palais des Thermes, de Sainte-Geneviève , de Saint Germin des Prés et de Saint-Julien le Pauvre, que des oratoires à demi ruinés j des cloîtres profanés ou détruits, et de chétives demeures exposées sans défense aux attaques de Tennemi. La ville principale était d'ailleurs toujours renfermée dans File de la Cité, protégée par un rempart dont il avait fallu à la hâte réparer les brèches, et communiquant encore avec les rives opposées de la Seine par deux ponts de bois. Celui du nord, jeté sur le grand bras du fleuve, était défendu à son extrémité par une grosse tour qui occupait une partie de l'espace appelé de nos jours place du Ghâtelet ; l'autre pont, qui joignait la ville à la rive gauche, était situé à peu de distance de notre place du Pont-Saint-Michel , et une tour moins considérable en protégeait également les abords. Un mur bordait l'île et formait comme une seconde enceinte de tous côtés baignée par la rivière. La tour du iNoid, au inomenL ou apparurent les Normands, n'é-
(mm UVAB III. GHAPITRB II« J^'J
tait qu'à moitié construite ; pour la mettre eu état de résister aux iiariMires on Tëleva d'un étage, avec de )a charpente. En réalité c'était là une place de guerre mal défendue et hors d'état d'arrêter longtemps l'ennemi, à moins que la garnison et les habitants ne fissent des prodiges de dévouement et de patience. Ëudes, comte de Paris et fils de Kobert le Fort , confia la garde des principaux postes à son frère Robert, au comte Bagenaire (Ragner ) et à un seigneur nommé Aledraii, qui , récemmenty et malgré son courage, n'avait pu garantir Pontmse de l'attaque des Normands. L'évéque Goslin , selon la coutume de cette époque d ignorance, ne croyait pas manquer à la sainteté de son caract^ en prenant part aux combats livrés à des païens en faveur d'une populatioai chrétienne ; son neveu Ebb , possestîeur d'abbayes , mais séculier et soldat, servait su us ses ordres. Les forces militaires dont ils disposaient étaient peu considérables, tandis que les INormands, qui venaient d'appeler à eux des renforts, se trouvaient au nombre de quarante mille. Leurs harquea'et leurs navires, de guerre ou de transport, couvraient la Seine dans un espace de deux lieues. Sur plusieurs de ces bâtiments de pirates on avait établi des machines destinées à battre la tour du Nord, tandis que les colonnes de Sigefried, qui se déployaient dans la campagne, l'attaqueraient du côté de la terre.
Le premier jour les Normands firent pleuvoir sur la tour une grêle de traits et de pierres , puis ils donnèrent Tassaut; on se battit jusqu'au soir avec un acJiarnement égal, de près ou de loin , et pour emporter ou défendre le pont de bois attenant à la tour. De part et d'autre un grand nombre d'hommes fiirent tués ; 1 evêque de Paris fut blessé
l48 . lllSiOiilJi Di: PARIS» («7-9*1)
d'une flèclie; son écuycr |)érit d'un coup d'ëpéc. La nuit suspendit le combat ; mais, vers le soir, les charpentes qui formaient le second étage de la tour avaient été détruites, les parapets étaient fortement endommagés , et les soldats ne pouvaient plus se maintenir dans cette position derrière les créneaux. Pendant la auil le comte de Paris fit réparer le dégât; il fit établir au-dessus de la tour une nouvelle charpente plus solide que l'autre, et, dès le point du jour, la garnison se vit en mesure de résister avec avantage aux efForts de l'ennemi. T^e lendemain les Normands recommencèrent le combat et rencontrèrent une résistance plus énergique encore que celle de la veille.
« Les Normands la saluent de nouveau (la tour ) avec le soleil 9 dit le poète (^8 novembre)^ et envoient aux fidèles de terribles combats. » Tous leurs efforts étaient dirigés contre la tour^ qu'ils cherchaient à saper. Les assiégés faisaient pleuvoir sur eux de la poix , de la cire ' fondue , de Thuile bouillante ^ et les précipitaient dans le fleuve. En même temps les nôtres leur criaient : « Allez rafraîchir vos brûlures dans la Seine ; ses eaux répareront votre chevelure et la rendront plus lisse. » Ceux qui étaient rebutés par les obstacles retournaient au cainp^ où ils (étaient insultés par leurs femmes : « D'où viens-tu? te sauves-tu d un foui ? » C'était aiusi qu'elles appelaient par dérision la tour à cause de son peu de liauteur. « Je le vois, •I fils du diable, vous ne pourrez jamais en triompher. it Quoi ! ne t'ai-je point donné du pain , du vin et de la «c diair de sanglier? Et tu reviens sitôt à ton gîte ! »
Cependant des renforts de pirates arrivent au pied de la tour, et la lutte recommence plus terrible. Le konong Sàgefried ayant fait établir, à la manière des anciens , des
i<77'M1) UVJtE III. CHAPITIŒ II.
galeries couvertes à l'abri desquelles on approcliait de la muraille pour la saper et la détruire ^ le comte de Paris fit rouler d'en haut des quartiers de roche qui rompirent ces galeries, et partout où on aperçut une brèche les assiégés versèrent des flots de poix bouillante et de résine enflammée. L'infanterie des barbares s'étant lassée en de vains efforts , Sigefned ordonna aux cavaliers de mettre pied à terre et de monter à Tassaut ; ils furent reçus vaillamment par les Parisiens. Eudes et £bb TAbbé firent des sorties et tuèreut de leurs propres mains un grand nombre de barbares. Pendant qu'ils chassaient devant eux Tennemi , étonné de leur courage , un pan de la muraille de la tour du Nord s'écroula sous les coups du bélieri et les Normands s'élancèrent sur la large brèche qui semblait leur ouvrir passage. Les Français tinrent bon. Du milieu de la tour et des parapets ils lancèrent sur les barbares des masses énormes de traits et de pierres et les contraignirent à s'arrêter. Les Normands essayèrent de mettre le feu à la tour, mais le vent chassait la flamme contre eux , et les assiégés ) qui combattaient à quelques pas du fleuve ^ réussirent à éteindre les commencements d'incendie. Dans cette glorieuse journée la perte des assiégeants fut très-con&irable; du c6té des asriégés on eut à déplorer la mort du comte iiobert , frère du comte de Paris.
Le konong Sigefned, n'espérant point venir à bout d une résistance si hardie , prit le parti de suspendre l'attaque , de bloquer Paris et de dévaster ou de Uvrer aux flammes tout le pays d'alentour. Les hordes placées sous ses ordres se répandirent dans la campagne et y exercèrent les plus horribles ravages. Durant le cours de ces dévastations les Normands étabUreot leur camp près de Saint-
l5o HISTOIRE DE PARIS. (873967)
Germain l'Auxerrbis , s'y fortifièrent avec soin et se mirent à l'abri de toute attaque qui viendrait du dehors. Gomme une garnison françaisè cantoiinée dans l'abbaye de Saint-Germain des Prés ne cessait de les harceler, ils résolurent de la tenir en respect, et ils dirigèrent contre cette position des torces nombreuses ; ils établirent ensuite tout à Tentour du monastère , érigé en forteresse, une ligne de circonvaiiatioa et des retranchements, et au moyen de ces ouvrages de guerre ils paralysèrent une partie des forces de TasMegé. Pour venir à bout de la résistance des deux tours ils construisirent de hautes machines roulantes , du haut desquelles un certain nombre d'archers, mis à couvert, lançaient des flèches sur ceux qui, derrière les créneaux , protégeaient les abords des deux ponts. Peu de jours api es y les assauts et les combats corps à corps recommencèrenty et les Normands forent partout repoussës avec perte, malgré la hardiesse de leurs efforts. Exaspérés par la mort de leurs compagnons et par Théroîque résistance du peuple de Paris ^ les barbares égorgèrent les prisonniers qu'ils avaient faits dans la canipagne et entassèrent leurs cadavres dans le fossé creusé au pied de la grande tour; ils espéraient épouvanter les assiégés , et, dans le cas contraire , déterminer une infection causée par le voisinage de tant de corps privés de s«^pultures. Durant cet affreux massacre Tevéque de Paris était debout sur le rempart de la tour ; il en appela à la justice de Dieu contre les barbares ; puis^ emporté par l'excès de son zèle, il lança lui-même un trait sur l'ennemi et tua Tun des soldats normands qui égorgeaient les captifs. Le reste de la journée et la nuit même forent employés par les barbares à combler les fossés et à avancer de nouveau les galeries
{B974n) LIVBB III* GHAPITEB II. l5l
couvertes* Le lendemain ils battirent en brèche la tour du
Nord , avec trois béliers. Les assiégés, sans se laisser intimider par ces attaques, précipitèrent sur les galeries des poutres garnies de pointes de fer et des amas de pierres ; puis y ayaut ainsi réussi à écraser les galeries et ceux qui étaient postés dessous , ils déjouèrent victorieusement la tentative des pirates.
Ceux-ci construisirent d'énormes brûlots; ils se servi* rent à cet effet de gros navires, qu'ils chargèrent de matières inflammables et qu'ils poussèrent vers les ponts de bois. Les assiégés se croyaient perdus et invoquaient l'intercession de saint. Germain, leur ancien évéque, dont ils possédaient le tombeau. Quelques estacades placées en avant des ponts retinrent les brûlots à distance et pré* servèrent les ponts de l'atteinte de la flamme. Ce fut ainsi que les assiégés virent arriver la fin de janvier, ayant chaque jour à lutter et à combattre , et redoublant de courage au milieu de leurs épreuves.
Or 1* le 6 février (886 )y une crue subite des eaux emporta le petit poni et laissa exposée sans secours à la fureur des Normands la poignée de braves qui occupait cette position. Les Normands attaquèrent la tour du Midi et sommèrent ses défenseurs de capituler; ceux-ci, au nombre de douze, répondirent par un courageux refus; bientôt après , écrasés par le nombre et cernés par les flammes , Ils tombèrent au pouvoir des barbarès, qui les égorgèrent lâchement y à la vue du peuple impuissant à les défendre. Le vieux poème qui a transmis à la postérité les annales de ce mémorable siège uouune les douze citoyens de Paris qui périrent ainsi pour la cause de la religion et de la patrie; ils s'appelaient Ermanfroid, Énvée, Eriland,
l5a HISTOiR£ DE PARIS. (»71-1W7)
Odoacre, Lrvic, Aruold, Solic, Gobert, Wido, Ardrade, Ëimàrd et Gozsuin. Le plus brave d'entre eux, Erivée, avait été cparguc , ])arce que les pirates comptaient sur une forte rançon, mais il pe voulut pas survivre à ses compagnons de gloire (i) et il mourut avec eux. Le supplice
(i) Voici coniiiientle |)oête carlovingien raconte cel événement : « Dou^e guerriers se trouvaient alors seuls renfermés clans la tour. Les Normands, voyant de la rive droite la ruine du pont , traversent la Seine, investissent la tour» l'attaquent de toutes parts. Les citoyens voudraient , mais en vain, courir à la tour ; ib voudraient porter le secours de leurs armes à ses défenseurs, qui, haletants, au nombre de douze, combattent vaillamment sans avoir craint jamais les formi« daUes épées des Danois. Il est difficile de raconter leurs combats; mais voici leurs noms : Ermenfrcd, Ervée, Ériland, Odoacre, Ervic, Arnold, Solie, GobertjWido, Ardrade, Einiard et Go/.suin. Les Normands, ne pouvant s'emparer de la tour, approciienl de ses portes une charrette chargée de matières sèches et y mettent le feu. Les guerriers, çraignant pour leurs faucons que la ilanmie du bûcher ne les sufToque , coupent leurs liens et les laissent partir en liberté; puis ils se défendent longtemps. Us cherchent à éteindre Pincendie ; mais, ne pouvant y réussir, ils se retiraut sur la partie du pont qui tenait encore à la tour. Ib résistèrent encore dans cette position jusqu^au soir. Abbon lui-même va nous raconter la gtiu rcube mort de ces douze guerriers. Javelots, pierres, flèches rapide?, tout est mis en œuvre contre ces héros par le peuple ennemi de Dieu ; mais comme les efforU des Normands ne pouvaient triompher : « Guerriers, s'écrient-ils avec perfidie, venez vous remettre à ■ notre foi ; vous n'aves rien à craindre. » O douleur! ib se confient à ces paroles mensongères, espérant pouvoir se racheter par une riche rançon. Héhsl désarmés, ib subissent le glaive d^une nation sanguinaire, et, tandis que leur sang coule, leurs âmes sVIevant vers le del vont y recevoir la palme du martyre qu'ils ont si glorieusement achetée. Bientôt, après tous les autres, Ervée se montre à ces païens. A sa beauté, à son port majestueux, ils le croient un roi, et l'espérance d'une si riche proie a suspendu leurs coups ; mais lui, jetant les yeux sur ce qui Fentoure, et voyant ses chers compagnons massacrés, tel qu'un lion à la vue du sang, il entre en fureur, s'efforce d'échapper aux mains qui le retiennent , se rouie, se débat contre ses liens, et cherche des armes pour venger la
,«77-OtD LIVHE 111» CHAPITRE II. 1 53
uniuerilc de ces hoiinues de cœur, loin d'iatimider les-Pa* riâens, ne fit qu*exalter leur résistance par la certitude qu'ils acquirent qu'il ne leur serait point fait ([inu tHn'. Dès le lendemain les Normands rasèrent la tour du Midi.
Us levèrent ensuite leur camp, moins pour renoncer au siège que pour tendre des embûches aux assiégés; ceuxci, sous la conduite d'Ebb, se portèrent dans la plaine qui s étendait autour de Saint-Germain (l'Auxerrois) et mirent le feu aux tentes de Tennemi ; les Normands revinrent en forces et obligèrent les Parisiens de se renfermer dans leur enceinte. Une horde de ces pirates se porta néanmoins dans la direction de Chartres et du Mans, sans pouvoir se rendre maîtresse de ces villes, et se vit contrainte de se borner à quelques actes de pillage. Sur ces entrefaites le comte Heinric (Henri), qui déjà avait combattu les Normands dans la Frise, reçut de Tempereur Charles le Gros l'ordre de se porter au secours de Paris à la tete d'un corps d'armée; il se mit en marche vers le milieu de février, réussit à donner avis de son approche au comte de la ville assiégée ; puis, tandis que ce dernier dirigeait une sortie contre les Normands , il attaqua les barbares sur leurs flancs et sur leurs derrières, et réussit à introduire des reniorlb dans la place. Sigefricd, uu uioiiicnt découragé, proposa à ses compagnons de lever le siège ; mais ils s*y refusèrent, et le contraignirent, au contraire^ à atta-
mort de ses frères et la blessure faite à sa patrie ; niais, ne pouvant y parvenir, sa voix, {jui du inoins est resiée libre, retentit comme un tonnerre aux oreilles de ces furieux : « Voici ma tête, frappez ; pour aucune
• somme d^argeot je ne marchanderai ma vie. Quand mes frères meurent,
• pourquoi me laisser vivre? Hommes avides, n^attcndez rieo de moi. » On ie mit à mort; mais ce ne fut que le lendemain, hcs ijarbares égorge* rent les antres. »
l5/| HISTOIRE DE PARIS. 077^
quer l'abiiaye de Saint-Germain des Prés. La garnison qui occupait ce poste important offrit aux barbares une forte rançon et fut épargnée. Quelques jours se passèrent sans événements graves, puis Sigefried tenta un nouvel assaut contre la tour du Nord et fut repoussé. Dans cette attaque désespérée deux konongs qui combattaient avec Sigefried reçurent la mort de la main des assiégés. Sigefried, vaincu et rebuté par les difficultés de l'entreprise, leva le siège avec une partie des siens et se jeta sur quelques provinces neustrienneS| qu'il pilla et ravagea; cependant la moitié de son armée resta sous les murs de Paris et continua d'attaquer la ville. Les chaleurs étant venues , des maladies contagieuses vinrent ajouter leurs ravages aux misères de Paris. L'évéque Gozlin mourut^ pleuré de son peuple (i) ; on ne tarda pas à apprendre la mort de Hugues 1 abbé, et bientôt, exposée au fer et à la peste, la ville se vit réduite aux dernières extrémités. IjC comte de Paris se rendit auprès de Charles le Gros pour réclamer des secours, et confia, pendant son absence, à Tabbé Mars la défense de la place assiégée. Cette situation fut de courte durée, et bientôt après on vit reparaître Eudes, à la tête de quelques renforts qu'il introduisit dans la ville en passant sur le corps de l'armée assiégeante. Il annonçait l'arrivée prochaine de trqupes plus considérables, et
(i) « Oui pouyait prêter volontiers Toreille au récit qui va suivre? Que la terre gémisse , ainsi que la mer et le ciel , dans toute l'étendue d'un pôle à Tautre ! Gozlin , oe prélat du Seigneur, ce héros si bumalo» s'enifi dans le séjour des astres » astre briUant Un-inêiiie» habiter avec le 8eîgnenr. Au milieu de nous il fut notre rempart; il fut pour nous un bouclier, une hache à deux trandiants , un arc et une flèche terribles» Hélas ? des sources de larmes s'échappent de tous les yeux , et la dott« leur, jointe à reflroi , a brisé les cœurs. • ( Abbon.)
LIVBS III* CHAPITRE II. l55
sa promesse se réalisa au bout de quelques jours , lorsque le comte Heinric signala à son tour sa présence dans le pays voisin de Paris. Ce lieutenant de Pempereur amenait avec lui une armée composée de Français et de Germains^ et bientôt il se jeta avec une aveugle impétuosité sur les barbares. Dans cette première action il tomba et périt accablé par le nombre, et sa mort déconcerta le courage de son armée. Les Normands proBtèrent de cette circonstance pour donner encore mi furieux assaut à la ville. Us attaquèrent avec une vigueur inouïe, et plusieurs d'entre eux escaladèrent les murailles et occupèrent la tour du Nord ; un soldat français, nommé Gerbaud, donnant aux; assiégés l'exemple de l'audace, s'avança presque seul vers les barbares , renversa leurs échelles , les rejeta dans les fossés, et, soutenu bientôt par une troupe nombreuse, sauva la ville et déjoua l'entreprise de Tennemi. Une sortie ordonnée à propos par le comte de Paris mit fin au combat, refoula Tassiégeant jusque dans son camp , et les Parisiens, reprenant aux pirates une croix dont ils s'étaient emparés , la reportèrent processionnellement sur leurs remparts en chantant le Te I)eu,m,
Tant d'héroïsme étonnait l'empire et rendait la France hère de sa capitale. Charles le Gros assembla une armée et parut enfin sur les hauteurs de Montmartre. Or ce lâche souverain , n'osant imiter la valeur de ses sujets , n'intervint que pour payer une rançon aux Normands qu'il auiait pu attaquer et détruire. Ainsi se termina le siège de Paris, après avoir duré plus de treize mois. Les Normands, renonçant à se rendre maîtres d'une ville dont on leur payait la rançon tandis qu'elle était digne d'une délivrance plus glorieuse, levèrent leur camp et
i56 uisxoiiue de pakis. mi^)
se portèrent dans la direction de Sens et de la Bourgogne.
Charles le Gros, déshonoré par sa conduite pusillaminei se replia précipitamment vers TAlsace, harcelé par les Normands, et maudit par ses peuples* C'était un prince méprisé, et qu'une révolte des grands ne tarda pas à chasser du trône. Réduit à la plus extrême misère et n'ayant pour vivre que les dons du charitable évêque de Mayence, il mourut de cliagrin, et par sa mort fut dissoute l'union des royaumes qui l'avaient reconnu pour maître.
La mort de Charles le Gros éteignait la race de Charlemagne et ne laissait presque plus subsister que des rejetons illégiiiiues de ce grand homme. Charles le Simple, dernier fils de Louis le Bègue , n'avait que des droits con^ testables, le mariage de sa mci c Adclaïde ayant été déclaré nul par l'Église. Il ne restait donc plus d'héritier direct du sceptre carlovingien, et les grands qui déposèrent Charles le Cros crurent devoir donner la courouneà Eudes, comte de Paris, que son courage contre les Normands avait justement rendu célèbre. Ce fils de Robert le Fort ne gouvernait réellement que la Neustrie, et son pouvoir fiit constamment mis en question par les grands vassaux, qui s'accommodaient mal d'obéir à un homme leur égal de la veille. Outre les guerres civiles auxquelles leurs révoltes donnèrent lieu, la Neustrie eut encore à supporter les affreux ravages des Normands. Eudes remporta sur eux une brillante victoire, et Paris fut pour quelque temps délivré des incursions de ces pirates.
Eudes, étant mort en 898, eut pour successeur Charles le Simple, qui prétendait descendre de Charlemagne. Douze ans plus tard une armée de pirates normands remonta la Seine et mit le siège devant Paris. Pendant
{mm LIVKE III. CHAPITBE II. iSj
une trêve de trois mois que les barbares accordèrent à
celte ville leurs bandes ravaj*ercnL les hortls de l'Yonne et ceux de la Saône , et enfin le territoire de Chartres. Le konong , ou chci principal au\ ordres duquel ilsélaieiiL soumis, était le roi de mer RoU ou RoUon^Raoul), dont le nom occupe une si grande place dans Thistoiredu dixième siècle. Ce ciief redoutable avait promené ses armes dévastatrices dans la Neustrie, la Lorraine, TAquitaine et TAngleterre, portant partout la désolation et Tluceudie. Pour se venger d*un échec qu'il venait de recevoir devant les nmrs de Ciiartres , il exerça des cruautés inouïes dans les campagnes de la Neustrie , pillant les églises, égorgeant les prêtres, brûlant les villes et emmenant les femmes en esclavage. Ciiarles le Simple, faible d'esprit et de puissance, tremblait devant ce redoutable adversaire; mais la clameur du peuple devint si vive qu'il résolut de mettre à tout prix un terme à tant d'excès. Jusqu'à ce jour la lâcheté des Cariovingiens avait acheté à prix d'or une paix tionteuse; le roi Cliarles consentit à un plus grand sacriliLc, et fit oiïrir à lioUon , pour s'y etablii' lui et ses pirates , la plus fertile province du royaume , celle qui comprenait la Neustrie occidentale. En échange d'un don si précieux il demanda que les Normands se reconnusïsent vassaux de la France et se convertissent à la foi chrélieune. Le pirate n'eut garde de rejeter des propositions si avantageuses, et toutefois^ comme la Neustrie maritime était alors ruinée et dévastée, il demanda et obtint la cession de tous les droits de la couronne sur la petite Bretagne. Enfin Charles le Simple s'efforça de se concilier l'affection de RoUon en lui accordant pour épouse sa propre fille Ghisèle.
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Ia) loyaumc de France lic fui point préserve des révolutions. Un parti puissant s'était formé contre le roi Charles le Simple. Robert, comte de Paris et frère du roi £ud£S , se mit à la téte des vassaux rebelles et se fit sacrer roi à Reims (9^21). Lors de son avènement au trône ce priuce possédait, outre le comté de Paris, que Fon appelait aussi duché de France, plusieurs monastères^ et notamment ceux de Saint-Martia de Tours, de Saint- Denis et de Saint-Germain des Prés, On n'avait vu jusque là ijue des aljbes Lires du rang des moines et dont le devoir et le voeu principal étaient celui de célibat; mais, dans les malheurs et les désordres du dixième siècle , les seigneurs laïques s'emparèrent des plus riclies abbayes. Robert, comte de Paris, fut le premier abbé marié de Saint-Germain des Prés, « si tant est, dit Félibien, qu'il mérite le nom d'abbé; car sous ces sortes d'abbés c'était le doyen qui avait soin du spirituel, pendant que les abbés jouissaient du temporel , c'est-à*dire des biens. Ceux d'entre eux cpii étaient les plus raisoiuiables, continuel' historien, n'osaient se qualifier abbés ;'ils se disaient seulement protecteurs et défenseurs des monastères. »
Cliarles le Simple , étant parvenu à rassembler une ai"* niée, revint en France pour combattre Robert. Les deux partis se rencontrèrent près de Soissoiis; Robert fut tué, mais Charles fut obligé de prendre la fuite. Hugues le Grand, fils de Robert, qui lui succéda au comté de Paris, ne put se faire reconnaître roi de France; les seigneurs, craignant sa trop grande puissance, lui preférèrent son beau-frère Raoul, duc de Bourgogne, qui fut sacré à Saint-Médard de Soissons le i3 juillet 933. L'année suivante , Chaiies le Simple ayant été fait prisonnier par
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Herbert, comte de Vermandois, Raoul se trouva seul roi
de France.
Son règne dura douze ans et ne fut qu'une longue série de guerres contre les barbares et contre les grands vassaux, de la couronne. Raoul déploya beaucoup de courage et d'intelligence ; mais lorsqu'il mourut, en 936 , les Français ne formaient plus uue uatiou, ui la France une monarchie. Le territoire de l*ancieiine Gaule était découpé eu une multitude de petites États sujets à de fréquentes révolutions , toujours en guerre les uns contre les autres, et entre lesquels il n'existait ^uèie d'autre droit que la force.
Raoul ne laissait point d^enfants. A sa mort un seul homme concentrait entre ses mains la plus grande prépondérance : c'était Hugues le Grand^ comte de Paris et duc de i rance, 11 aurait pu sans peiue prendre le titre de roi; mais, comme Pépin d'Héristal et Charles Martel sous la première dynastie, il préféra se contenter du pouvoir, et attendre, pour joindre le nom à la chose, un concours de circonstances plus iavorables.
Il fallait pourvoir à la vacance du trône. Hugues le Grand désigna au choix des seigneurs le jeune Louis d'Outre-Mer, fils de Charles le Simple, depuis ti*eize ans réfugié en Angleterre. Ce prince fut agréé par les grands feudataires, et on le rappela dans son royaume, qui eo était réduit aux étroites propordons du comté de Laon.
Paris n'était plus qu'une ville vassale , gouvernée par
un comte plus puissant c^ue le l oi. Or, bien qu^épuisée par les sièges, les £unines et les calamités trop fré» quentes de cet âge de fer, la vieille Lutèce se reconstituait
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peu à peu et vit sa population accroître ^ ses faubourgs se relever, son commerce reprendre un peu de vie. I>es ëvcques qui avaient succédé à Gozlin ne sont guère connus que de nom. L'un d'eux^ Thëodulfe, mourut vers Tan 920, et enloura, dit-on, d uiut clôture l'iiabitatiou des chanoines de Notre-Dame; Fuli*ad vivait en 922 , Adelhniede 93oà935. Gautier ouWalter, son successeur, était, en 941, cliancelier de Hugues le Grand, comte de Paris. On ne sait rien de ses successeurs Albéric, Constance et Garin ; on a à peine retenu le souvenir de Rainald P' (979) et d'Élisiard, (}ui assista à la déchéance de la dynastie carlovingiennc. Les chroniques du dixiènie siècle parlent d'un ouragan ou d'une peste qui, vers Tan 942 , désolèrent Paris. Le comte Hugues le Grand fit nourrir en cette occasion, à ses dépens, une grande quanc titc de pauvres malades qui venaient à la cathédrale implorer le secours de la Vierge.
Louis d'Outremer étant mort à Reims (9^4)1 Lûtiiaue, encore très-jeune, lui succéda sans opposition, sous la tutelle et la surveillance du comte de Paris, Hugues le Grand. Ce dernier mourut en gSô. H laissait trois fils, dont l'un fut nomme duc de Bourgogne , et un autre, appelé Hugues Ca pet ou Chapet (de la grosseur de sa tête ou de son liabitude de porter un chaperon), fut reconnu comte de Paris et duc de France.
roi de France envahit les terres de Tempire. Cette expédition aventureuse n'eut d'autre résultat que d'amener sur le territoire de la France une puissante armée germanique, sous- les ordres d'Othon. L'empereur semblait vouloir prendre sa revanche. Après avoir ravagé la campagne il vint camper sous les murs de Montmartre ,
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pour se donner la satisfaction assez étrange de faire ebanter un alléluia à ses troupes en &ce des murs de Paris. Malgré cette bravade il fut mis en fuite par le roi Lothaire, aidé de son grand vassal Hugues Gapet, et se trouva trop heureux de conclure la paix et de regagner la Germanie (9S0).
Lothaire mourut à Reims en 986. Son fils Louis Y , qu'il avait &it proclamer roi, lui survécut peu de temps et mourut après un règne de dix-sept mois; il fot, dit-on, empoisonné par sa femme, Blanc lie d'Aquitaine (987). Il ne laissait point d'enfant, et, selon Tordre de succession légitime, la coiuonne devait appartenir à son oncle, Charles de Lorraine ; mais on fit déclarer qu'il s'en était rendu indigne en se reconnaissant vassal d*un souverain étranger. Cette décision ouvrait mi libre champ à Tambition de Hugues Capet, et ce grand vassal parvint enfin à éclianger contre le titre de roi ceux de comte de Paris et de duc de France, si longtemps illustrés par ses pères
BIST. Dfi PAM8. — T. I. It
HISTOIRE DE PAJIIS, • (p77-887)