‹ Histoire de Paris depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours (volume 3)Chapitre 18 sur 64 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

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Paris, sous les premiers Carlovingiens et au d<iclm~de cette dynastie, cessa d'être la résideiK c des souverains et présenta bien souvent Paspect de la décadence. Les fléaux se succédèrent pour l'accabler. D'horribles famines désolèrent le pays, et, de 845 à 876, il y eut quatorze aiiuees durant lesquelles les classes inférieures, réduites aux extrémités les plus horribles de la disette ^ eiiiluièrent des souffrances sans exemple et moururent misérablement. Lia contagion , les maladies pestilentielles venaient ensuite, qui apportaient aux Parisiens un autre contingent de calamités. Quant aux guerres politiques et féodales, quant aux incursions des barbares, aux incendies, aux pillages, aux dévastations et aux massacres qu'elles entraînaient à leur suite, il suffit de les rappeler pour faire comprendre l'état de (Uperissement clans lequel languissaient les populations d'alors. Nous avons vu^ à ^ la gloire de nos ancêtres, qu'en dépit de ces affreuses épreuves ils avaient trouvé dans leur désespoir la force de résister aux Normands, de soutenir leurs assauts et de les repousser durant treize mois d'un siège héroïque. Cet événement inouï, à une époque oii les peuples des villes et des campagnes ne savaient que fuir devant l'ennemi, éleva très-haut en France la renommée de Paris ; cette place devint comme un lieu de refuge , une citadelle chré-

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deaiie, et de toutes parts oa vint s'y caciier ou y déposer les reliques des saints, les vases sacrés, tout œ qu'on voulait soustraire aux fureurs des barbares. Ce mouvement, qui poussait sous Tabri des murailles de Paris les habitants des Villes et des villages de la France, se cuutinua après les invasions , durant les guerres féodales, et donna à Paris, à demi dépeuplé et ruiné, de nouveaux citoyens qui s'y établirent pour la plupart ou se cantonnèrent dans sa banlieue.

Le commerce s'était mamtenu jusqu au déclin de Louis le Débonnaire, maisles guerres et les ravages des barbares avaient fini par le détruire. Les annales de Saint-Bertin rapportent qu'en 86i les Normands mirent en iuiteles né<» gociants, les navi^aleuis sur la Seine, et les firent prisonniers. Les autres incursions des pirates, en fusant disparaître toute sécurité, rendirent longtemps impossibles les opérations régulières du négoce , et ae laissèrent parfois subsister quW colportage exercé par des individus isolés et hors d'état de pourvoir aux besoms d'une nlle. Les marchands syriens, qui, sous la première race, abondaient à Paris, en disparurent pour toujours; les Juits, i|ui vivaient de brocantage, de prêts et d'usures, s'y maintenaient seuls, malgré les avanies et les extorsions que leur iafligeaient les liommes puissants. On voit toutefois, dans un capitulaire de Charles le Chauve daté de 864 1 q^^il existait encore à Paris un établissement oii Ton frappait monnaie.

Dans d'aussi dures conditions on vit peu à peu s'éteindre les habitudes de la poUtesse et du gout et tout ce qui restait de la civilisation gallo-i omaine ; les mœurs se dégradèrent, on renonça à la culture des lettres, les écoles

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se fermèrent d'elles-mêmes , et la grossièreté et l'ignorance des habitants ne furent guère combattues par des nobles qui vivaient de pillage et de rapines , par un clergé presque entièrement dépourvu d'instruction et trop souvent indigne du saint ministère. Le découragement social avait gagné toutes les classes et se manifesUit par l'injustice, la violence, la bruulité et roubli du devoir; l'abrutissement des serfs correspondait à la tyrannie des seigneurs ; la licence effrénée des gens de guerre pesait particulièrement sur le pauvre. Les possesseurs de bénéfices ecclésiastiques ne donnaient pas toujours l'exemple du respect des mœurs, et plus d'une fois associaient aux fonctions sacerdotales le métier des armes. Nous n'aimons point les exagérations historiques , et nous croyons rester au-dessous de la vérité en signalant toutes ces misères sociales du dixième siècle j il nous semble, en interrogeant les chroniques et en tenant compte des faits, qu'à aucune époque la situation de Paris ou de la France ne fut aussi déplorable. « Ne rougissons pas de l'avouer, disait Hervée, archevêque de Reims, dans le concile deTrofH, nos péchés et ceux du peuple attirent sur nous les fléaux qui nous dévorent. I^a voix de nos iniquités est montée jusqu'au .Ciel, La fornication, j'adultère, l'homicide ont inondé la surface de la terre. Au mépris des lois divines et humaines et des mandements des évêques , chacun vit aujourd'hui au gré de ses passions ; le plus puissant opprime le plus faible; les hommes sont comme les poissons de la mer, parmi lesquels les plus gros dévorent les plus petits. TjC monde entier semble livré à l'esprit du mal| et nous ne pouvons méconnaître les maux terribles dont Dieu nous frappe dans sa colère. » Les Pères du oondle,

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dans le troisième canon, déroulaient à leur tour, pour leurs contemporains et pour l'histoire, la triste situation des églises de France à cette époque ; ils disaient : « De tant de couvents qui existaient naguère en France, les uns ont été brâléspar les païens, les autres sont dépouillés de leurs biens et presque détruits , et, s'il reste encore quelques vestiges des anciens édifices, il ne reste plus de traces de la discipline. Les communautés religieuses vivent sans règle. L'indigence de ces maisons, le libertinage de ceux qui y demeurent, et surtout Tahus cl y mettre des laïques pour supérieurs et abbés, deviennent la source de ces désordres, La pauvreté oblige les moines à sortir de leurs cloîtres pour vaquer, malgré eux, aux affaires séculières, et nous devons dire avec douleur que les pierres du sanctuaire sont dispersées dans toutes les voies publiques. Ou voit aujourd'hui des abbés laïques demeurer dans des monastères d hommes ou de filles avec leurs femmes, leurs eufaots, leurs gens de guerre et leurs chiens de chasse. » Les or- (lumiances des conciles, les réclamations des synodes ne cessaient de signaler les plaies morales qui affligeaient alors la société chrétienne, et d'indiquei*, comme remèdes souverains à tant de maux, le retour à Dieu, la soumission à rÉvangile , la foi, la résignation , la charité. N'hésitons pas à dire que ces avertissements étaieut bien souvent écoutés, et que, dans le cceur des multitudes, les sentiments chrétiens ne cessaient de se ranimer avec ferveui*, comme pour consoler le monde des misères extérieures qu'engendraient le règne de la force et les abus inhérents à l'organisation féodale.

Paris était délaissé par les rois , mais il était gouverné par ses comtes , officiers dont le titre remontait à la pé-

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riode romaine , et dont les attributions s ëtaieuL peu à peu modifiées sous l'empire du droit germanique

Durant la période mërovin^nne il y ayait , parmi les oiliciers de la couronne^ le conUe des domestiques^ qui élait quelquefois maire du palius et préfet de Paris {prœfecius urbis). Sous la seconde race le titre de comte, qui s'appliquait généralement aux che&, aux gens de la maison du roi , acquit une haute importance , et soit que TofEioe de préfet eût disparu , soit qu'on eût changé le nom de cet officier, le premier magistrat, le gouverneur civil et militaire de la ville fut appelé comte de Paris*

Ces hauts dignitaires , jusqu'au jour oîi fiit reconnue riièrédité des bénéfices, étaient nommés par le roi ; Mar* culfe nous a conservé la formule de leurs provisions. Ils étaient obliges de connaître les lois et de tenir leurs audiences régulièrement et à jours marques. C'était à eux aussi qu'appartenait Tadministration politique de leur provînce, le commandement des troupes , la conduite de Tarrière-ban el la connaissance de tous les délits qui s') commettaient. £nfin le roi s'en remettait à eux du soin de la perception de ses revenus dans l'étendue de leur juridiction.

Le comte de Parb ^jouissait de grandes prérogatives et d'amples revenus; il avait la propriété des revenus de plusieurs lieux de sa juridiction, et les deux tiers

des droits qui se levaient dans la ville étaient pour lui(i).

L'étendue de la juridiction du comte , le comté, repon-

(i) Le troisième tiei s appartenait à Pévèque par doDation royale. Il parait que ce lut la première donation laite à révéché de Paris. (Delamare,

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dait au pagus des Gallo-Roiiiains (1) et se subdiviiiait en pluâeurs juridicdoos inférieures.

Dans quelques-unes des villes de la province se trouvait un magistrat immédiatement suboi domié à celui de Ui ca* pitale et portant également le nom de comte. Ainsi le comte de Paris avait sous ses ordres le^ comtes de Corbeil| de Montlhéry, d'Étampes ^t de Dammartin (2). Après ces comtes subalternes venaient les centeuiers, qui rendaient la justice dans ce qu'on a appelé depuis les cbâtellenies , et enfin les cinquanteniers ou dizainiers^ j^g^^s du dernier degréy qui résidaient dans les villages.

Le comte de Paris avait un lieutenant, appelé vicomte, chargé spécialement de garder et gouverner la ville et de commander les gens de guerre. A dater du règne de Charles le Chauve tout itnnonce que le titre de comte de Paris était dev^u héréditaire et s'était maintenu dans la maison de Robert lei oi dont les descendants, après avoir peu à peu placé Paris et plusieurs prorinces sous leur suzeraineté^ ne tardèrent pas à être, pour les faibles héritiers de Clîarlemagne, ce qu'avaient été, pour les Mérovingiens fainéants, les fils et les petits-fils de Pépin le Vieux.

Paris, sous les Carlo vingiens ni sous leurs successeurs, n'avait jamais été réduit à l'état de ville purement féodale^ il avait conservé une juridiction commerciale et civile qui fonctionnait simultanément avec la juridiction des comtes et vicomtes; c*est elle qui fixait la coutume,

(1) Bnissel, p. 702.

(a) De la vient cette distinction qui se ti ouve si souvent dans les aucieiiiies ordonnances entre les conitcs du jiremier oi(li (> el reiix du second : Inter comités majores, vel pnmi ordiniSf et inter comités minores, vel tecundi onlmis, ( Delamare » i^. )

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c*€8t elle qui décidait dans les procès de commerce ; on ne

terminait pas tous les différends en champ clos, u Lorsque Govis entra dans les Gaules, nous dit le savant Paulin de Lumina, il trouva dans chaque cite un sénat qui, dans son district^ avait la même autorité et le même crédit que le sénat de Rome avait dans tout l'empire; il était spécialement chargé de rendre la justice aux citoyens^ de faire exécuter les ordres du prince, et il était consulté par ses officiers sur les matières importantes^ telles que les impositions des subsides et lesobjets concernant le service et le bien de la cité. Ces sénateurs prononçaient leurs jugements sous Tautorité et à la poursuite de ces officiers. Cet ordre, si conforme à réquilé et au droit des gens y parut si admirable à Qovis que, bien loin de gêner la liberté des peuples accoutumés à se reposer sur des concitoyens éclairés et rompus aux affaires des intérêts de leur fortune et de leur vie, en substituant à ces sénats des tribunaux arbitraires, il les confirma au contraire et voulut qu'ils jugeassent chacun de ses sujets en suivant la loi sous laquelle il était né. o Sous Charlemagne les anciennes villes municipes avaient conservé leur sénat ou conseil de ville.

Paris, ville municipe, garda sous Clovis et sous ses successeurs son sénat ou conseil municipal, et Tadministration des comtesu'apporta suree point aucun changement. Quant à Tautorité de Tévêque et des possesseurs de fiels situés tant à Paris que dans sa banlieue, elle était sans doute féodale, mais la Cilé^ le corps des habitants libres de la ville, subsistait en dehors de leur puissance seigneuriale (i).

(ij M. Riuiez, l'Hôtel-de'Fille et la Bourgeoisie de Paris»

(S77-987) LIViUË III. CUAPITR£ III. 1G9

La période dont nous venons d'esquisser le souvenir ne vit & élever dans Paris qu'un très-petit nombre d'édifices religieux ; il y en eut même dont on se borna à changer le nom, presque toujours à la suite de la traoslatioii de nouvelles reliques. C'est ainsi que lors des ravages des Nor* mands, les prt tres de Saint-Germain le Rond (Saint-Germain TAuxerrois), voulant soustraire aux barbares le corps de saint Landri , run des patrons de leur église , transportèrent dans la chapelle de Saint-Nicolas j existant alors dans la Cité, leurs reliques et les châsses précieuses qui les renfermaient. On les y laissa longtemps après la pacification du pays , et la chapelle où avait été déposé le corps de l'illustre évêque de Pans fut désormais dédiée sous le vocable de Saint-Landri. Les plus anciens monuments qui fassent mention de cette église sont une charte du douzième siècle et des lettres ëpiscopales émanées ^ aussi bien que la charte, de l'évêque Maurice de Sully, dont nous aurons bientôt à rappeler le nom. Nous constaterons également les transformations successives de Téglise de Saint-Landri, qui fut rebâtie vers la fin du quinzième siècle, dont la dédicace n'eut lieu qu'en 1660, et qui, après avoir cte supprimée , en tant que paroisse , durant les mauvais jours de la Révolution, a été définitivement détruite en 1829.

Les chartes et les chroniques carlovingiennes mentionnent l'église de Saint-Bartlieicmy, qui s'élevait à Tangie du quai aux Fleurs, vers le lieu oii de nos jours on construit le nouveau tribunal de commerce. Quelques annalistes veulent que dès la première race cette église ait existé à l'état de chapelle. Le plus ancien monument qui s'y rapporte est une cliarte datant du règne du roi Robert ; il y est dit

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