CHAPITRE PREMIER
Hugues Ciqpetf déjà duc de France , comte de Paris et
d'Orléans , frère du duc de Bourgogne et beau-frère du duc de Nonnandie, se fit reconnaître roi par ses propres vassaux. Une fois fortifié de leur adhésion il obtint aisément celle des autres possesseurs de fiefs , dont aucun ne pouvait isolément lui disputer la prépondérance , et qui tous ensemble n'étaient point placés dans def» conditions territoriales let' politiques aussi favorables. L'élection du nouveau roi, soit tacite, soit formelle , ne souffrit donc aucuoé difficulté ; ce fut une affaire qui se traita promptement entre les sept ou huit prélats et seigneurs qu'elle mtéressaitphis particulièrement. « Charles, dit unechro» aique, oncle de Louis V, et qui voulait régner ^prèslui, fut rqeté par les Français, et ceux*ci élurent pour roi Hugues, fils de Hugues le duc. » Un autre chroniqueur est plus exact et n'associe pas à cet événement la nation en* tière , qui n'était point politiquement constituée, le Le
duc de Bourgogne 9 fpère de Hu^es , dit cet annaliste , et
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tous les grands revt^tiiciit du pouvoir royal Hugues, duc de France (i). » Aiosi Hugues Capet fut sacré à Reims et pronouru dans cette cérciuonie le serment suivant : «t Moi, Hugues, selon la volonté de Dieu roi futur des Français, dans ce jour de mon ordination, je promets, en tace de Dieu et de ses saints ^ que je conserverai intacts vos privilèges canoniques^ vos lois et votre justice; je vous défendrai tant que je pourrai , avec Taide de Dieu , comme un roi le doit à tout évéqueet clerc de son royaume, (JOUI me il le doitjaussi aux églises qui lui sont soumises (siùi commissœ per recium)^ et au peuple qui lui est confié; je ferai droit à chacun par notre autorité. » Peu de joui s après Hugues vint à Paris, y fixa sa résidence , et depuis lors cette ville n*a jamais perdu les droits ni le titre de capitale de la France. Durant son règne, et pour affermir sa dynastie, Hugues associa à la royauté son fils Robert.
Le premier roi capétien, presque entièrement absorbé par la nécessité de combattre Charles de Ijorraine, son compétiteur, et de réduire sous sa suzeraineté les provinces méridionales^ n*eut pas le temps d'embellir ou d'accroître Paris; mais cette ville mit à profit le retour de Tordre et de la sécurité pour déblayer les ruines dont elle était encombrée. Des habitations élégantes et belles, si on les comparait aux demeures du peuple, s'ëlevè* rent de nouveau dans sa banlieue et sur les deux rives de la Seine. On vit reparaître, du milieu des décombres, au midi , les bourgs de Saint-Marcel, de Saint-Germain des Prés et de Sainte-Geneviève; au nord, le bourg de Saint- Germain l'Auxerrois, le Bourg-TAbbé, le Beauboui^ et
(i) Raoul Glaber, II, cbap. S,
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le bourg Saint-Ëloi, situe autour de Tcglise Saint-Paul. Entre ces villages , qui ne tardèrent pas à devenir riches et populeux, se trouvaient, d'un côte, des cliamps et des marais qui furent peu à peu desséchés, ensemencés et convertis en jardins; de l'autre, des espaces couverts de vignes ou de vastes prairies; c'est ce qu'on appelait alors des cultures, des prés, des clos. Parmi ces terrains, qui devaient plus tard se couvrir de maisons et de rues, on remarquait j au nord de Paris , les cultures Saint-Éloi , Sainte -Catherine et Saint- Lazare , et la culture TÉ vêquo, située vers Toccident de la banlieue, et qui s'étendait au delà du quartier que nous appelons aujourd'hui la Viilcl'Évéque. Au midi de Paris, le long de la Seine, s'étendait un long vignoble appartenant cl Tabbaye de Saint-Germain des Prés, et qui est remplacée , de nos jours, par les rues de la Harpe, Serpente, Hautefeuille , Saint-André des Arcs, etc. A l'est de ces vignes on trouvait le clos Mauvoisin , plus tard appelé clos Garlande , et d'autres cul-' tares qui portaient également le nom de clos et que nous ne tarderons pas à énumérer. On y remarquait, aussi la terix; de Laas (de Lias ou de Liaas; et la terre d'Alez, consacrées comme les autres à la culture de la vigne, qui , dans rorigine , n'étaient que des fermes isolées, des métairies appartenant à des abbayes ou à de puissantes familles, et qui ne tardèrent pas à être entourées de murailles le long desquelles serpentaient des chemins entrelacés au hasard et selon les caprices d'une propriété en dehors de toute pensée commune, de toute édiiité centrale.
Ces fermes , ces villes, ces maisons de plaisance, ces vastes terres ne furent évidemment ceintes de murs ou
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mises en rapport que durant les deux siècles qui suivirent ravénement de Hugues Capet. L'histoma^ même éclairé ' par l'étude des chartes, ne pourrait assigner une date précise aces constnictioQft, à ces trausforntatioQS successives; c*est bien assez qu^on puisse indicpier avec certitude le mament où furent élevées les églises^ les abbayes, les cha<* pelles principales. Nos lecteurs, qui, depuis vingt ains, ont vu Paris s'accroître d^une manière prodigieuse, sont bien en mesure de se fidre une idée juste des agrandissements successifs et tumdes auxquels présidèrent les premiers Capétiens ; nous nous abstiendrons de suppléer par des hy* pothèses plus ou moins discutables à des notions réelles dont les éléments font dé&ut, et qui, d'ailleurs, ne présent teraient qu*un médiocre intérêt.
La ville de Paris faisait partie du domaine patiîmonial et personitel de Hugues Capet. En mcmtant sur le trône ce roi Tinféoda, sous le titre fie comte, h sou frère Othon, à condition de retour à la couronne à défiuit d'héritiers mâles. Un vicomte administrait la ville pour le comte titulaire, Othon étant mwrt sans enfants, le comté de Paris se trouva réuni aux possessions de la couronne, et Tofficier que le roi préposi^ au gouvernement spécial de sa capitale ' prit le titre de prépot^ pour faire entendre cpe ce n'était plus au nom du comte, mais au nom du roi, qu'il rendait la justice et dirigeait la cité. Fftris ne fut jamais tenu en iief, mais en ville royale et municipale. Pour diminuer l'oppression fiéodale au profit de la couronne, les Capétiens attirèrent peu à peu à Paris les affaires des évêques et des communautés privilégiées de toutes les contrées qui formaient alors la Fraiice, et Fimportance de Paris se éveloppa en mcme temps que la puissance du souverain.
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Le prévôt de Paris était un magistrat investi d'une grande autorité et qui néanmoins était populaire. Il n'avait au-dessus de lui que le roiy et, dans la suite, le plaid ambulatoire ou parlement qui siégeait partout pti leprinoe jugeait à propos de le convoquer. Le prévôt de Paris avait la préséance sur k» baillis, les sénéehaux et les autres juges ordinaires du royaume. Les attribullous de cet officier rojal ne turent d'ailleurs ni bien définies, ni bien limitées sous les premiers successeurs de Hugues Capetj elles furent lentes à se régulariser et à s'établir, et durent varier selon les temps et les circonstances. Il serait aujourd'hui assez difficile de se rendre compte d'une pareille magistrature , et ses rouage» nous semblent tant soit peu confus ; aussi ne nous étonnons-nous pas de tant de conflits qui s élevâientau sujet de la prévôté ; elle avait sans cesse des démêlés soit judiciaires, soit administratifs ou fiscaux. Dieu sait combien 1^ prévôt eut maille à partir avec les bourgeois de Paris et ses échevins, soit à propos du guet, soit à propos des quais à entretenir, des rues à paver. Le prévôt de Paris était en réalité le graud-voyer de la ville. Le voyer titulaire, qui était un magistrat des plus importants, chargé qu'il était de la police des marchés et des rues , n'était en plusieurs circonstances que son assesseur (i).
Pour ne pas revenir trop fréquemment sur cette institution, nous croyons devoir anticiper sur le récit des faits
historiques et dire ce que devint la prévôté sous la dynastie capéti^ine.
Le prévôt de Paris représentait donc le roi au fait de
(f^ M. Beugnot, Essai sur Us insiUutùms de saint Louis^ pag. 119 et suiv. -
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la justice ; il cuit en même temps le chef de la noblesse, et commandait à l*arrière-ban, sans être sujet aux gou» verneurs, au lieu que les baillis et sénédiaux y étaient assujettis. Il avait de toute ancienneté, douze gardes, qui devaient avoir hoquetons et hallebardes en le suivant à l'audience et par la ville. Ces gardes étaient huissiers ex* ploitants par tout le royaume et dans Paris. Âvantia création des huissiers audienciers ces gardes avaient fonctions d'audienciers et faisaient bailler les audiences.
On réserva plus tard au prévôt de Paris ufte séance • marquée aux lits de justice, au -dessous du grand-chambel* lan^ c'est lut qui eut, dans la suite, la garde du parquet et le droit d^assister aux états généraux, comme premier juge ordinaire et politi(iue du royaume. Son costume était semblable à celui des ducs et pairs, et il portait un bâton de commandement couvert d'une toile d'argent ou de veloui s blanc. U connaissait du privilège des bourgeois de Paris jjour ariLler leurs débiteurs forains. K la démission du prévôt sa charge passait au procureur général du parlement. Le roi reprenait^ pour ainsi dire, par les mains de son procureur général, Tofiice vacant.
Il était aussi le conservateur des privilèges deTUniver^ sité j et c'est pour la conservation de ces privilèges que Philippe-Auguste, par ses lettres de l'année i aoo, ordonna que le prévôt de Paris prêterait serment entre les mains du recteur de TUniversité.
Son installation se faisait au Chàtelet, par un président à mortier et par quatre conseillers de la grand'chambre du parlement de Paris. Ije jour de son installation le président à mortier lui adressait les paroles suivantes :^ Je vous installe dans la charge de Paris, pour l'exercer digne-
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ment et au coatentement du roi et du public. )> Ce jour-là on plaidait une cause devant le président à mortier et les quatre couseiUers de la grand' chambre qui étaieut venus rinstaller, et le prononcé était un arrêt, et non un jugement, parce que les cinq comtnissaires rcpréseulaiciit le parlement ; mais, dans l'origine, le prévôt de Paris avait une juridiction de tous points indépendante, commettait des lieutenants, se choisissait des conseillers à son gré, et n'avait point d'autre greffier qu'un clerc domestique. Le prévôt de Pans logeait au Châtelet.
Revenons sur nos pas.
Ije pouvoir de Hugues Capet était mal affermi ; beaucoup de contrées vassales de la couronne, et particulièrement les provinces du Midi, refusaient de le regarder comme leur roi. Il parvint, à force de ruses, et quelquefois à force ouverte, à les contenir ; niiiis l'on suit ce que pouvait être son influence à une époque oit chaque grand vassal n'obéissait c^i'autant que son caprice lui conseillait de le faire. Un jour qu'un seigneur de Périgord nommé Adalbert venut de s'emparer de Tours et d'ajouter à ses titres celui de comte de cette ville, Hugues lui envoya demander : « Qui t'a fait comte? i> L'orgueilleux vassal se contenta de lui faire répondre ces mots : « Qui t'a fait roi? »
Hugues Capet mourut à Paris en 996. Les chroniqueurs nous ont conservé les dernières paroles qu'il adressa à son royal héritier : a O mon cher fils, par la sainte et divine Trinité , je t'adjure de ne point te laisser dominer par les conseils des flatteurs, ni corrompre par les dons des méchants! » Puis il lui recommanda de protéger les abbayes et d'honorer notre père saint Benok et son ordre. Les Capétiens , sur le lit fimèlfre
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comme sur le trône , se plaçaient 6ous la protection du clergé.
De son vivant Hugues Gapet s'occupa d'introduire dans le diocèse de Paris, et particulièren^eat dans tes abbayes de Saint^Maur des Fossés, de Lagny et de:Saint*J)e-' niS| des changements importants, qui s'opérèrent sans beaucoup d'obstacles; ils n'étaieot d'ailleurs accom^ pagnës d'aucune violence.
Les assemblées nationales cessèrent avec les premiers rois de la troisième race, de même qu'elles avaient été interrompues sous les derniers rois de la seçKHide. Hugues, quand il en aurait eu l'envie, n'aurait pu réunir des états; les autres grands vassaux, ne s'y seraient pas rendus; souverains comme le duc de France^ ils ne lui auraient pas obei. En effet la France était alors une république aristocratique et fédérative , reconnaissant un ehef impuissant. Cette aristocratie! dont tous les membres se croyaient égaux^ était sans peuple.
Pendant que les provinces qui composent aujourd'hui la France^ alors soumises à des maîtres partieuliers et distribuées en souverainetés indépendantes, prenaient part aux. querelles obscures de leurs srigneurs, le roi Botbert, fils et suecesseur de Hugues Gapét, se voyait exposé aux foudres de l'excommunication à l'occasion d'un mariage CG^traire aux cancMis de TÉglise. Il avait épousé Berthe de Bourgogne, veuve du comte de Blois, sa cousine au quatrième degré et sa parente par alliance spirituelle. Ce 'mariage iut déclaré nul par. le pape; mais le roi Robert, révoquant en doute la justice de cette décision, refusa de s'y soumettre, 11 fut retranché de la communion des fidèles et ro^ume mis en interdit. Ijà terreur qu'ins-
{Whtm UVRE JV. €UAFirR£ 1. 187
pii^ cette peine infligée au roi et au peuple fut si générale que le malheureux- prince se vit abandonné de tout le inonde, comme s'il eût été atteint d'nne maladie conta* gieuse. 11 ne resta plus auprès de lui que deux serviteurs , eteneoreces hommes, jugeant abominables tous les vase» dans lesquels le roi avait bu ou mangé, les purifiaient par ks flammes. Robert était sincàrement attaché à l'Église; cet abandon universel lui ouvrit les yeux, et il répudia Bierthe. Il ^oosa ensuite Constance d'Aquitaine. nou« velle reine, douée d*une rare beauté, était Tune des plus méchantes femmes de son siècle* Telle est du moins la renommée que lui ont faite les chroniqueurs de la France Septentrionale.
Robert était un prince très-pieux ; il a composé des hymnes encore en usage dans l'église. Il excellait surtout dins l'art de chanter au lutrin. Voici l'éloge que l'on trouve de ce roi dans une pièce historique de son temps ; «Il avait coutume de se rendre chaque année, toute affaire cessante, au monastèi^ de Saint-'Denis, le jourde la fête de saint Hippolyté. Là, dans le choeur, parmi les chantm et autres officiants y illlgurah, revêtu d'une précieuse chape de soie, faite exprès pour lui, et tenant en main son sceptre d'or. Il chantait avec tant d'ardeur que sa voix faisait retentir les voûtes de Téglise, psalmodiant gr^tvement et d^un ton solennd avec ceux qui psalmodiaient. Si Ton entonnait des airs gais et allègres, aloi^ on le voyait, transporté de joie, duanter très-gaiement et exciter les chanteurs à la gaieté {gaudens cum gaiulcntibus), » cueil des Historiens de France^ par dom Bouquet, t. X, p. 38 1.)
Son règne, quoique long, parait, sans doute par le dé«
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faut de mëiiioires coateinporains , un des plus stériles en ëvénements remarquables, et ne fournit presque rien de particulier à riiistoire de Paris.
Robert mourut à Melun au mois de juillet io3i, dans la soixantième année de son âge. Son corps fut porté à Paris, et de là à Saint*Denis. La piété de ce prince, ses fondations religieuses Tont fait qualifier de saint par quelques historiens du moyen âge.
Ce prince fit élever la seconde église de Saint-Germain l'Auxerrois et rebâtir le palais qu'habitaient les rois dans la Cité, en y ajoutant la chapelle Saint-Nicolas. Il a<ait, comme les rois ses prédécesseurs, plusieurs autres palais hors de Paris. L*un des plus importants était celui de Saint-Denis, où il tenait souvent les assemblées publiques, et qu'il donna ensuite à Tabbaye. Robert assembla, en 1008, dans son palais de Chelles, un concil equi accorda quelques privilèges au monastère royal de Saint-Denb. L'un des religieux de cette abbaye, qui a écrit la vie de | ce roi, du que iiobert fonda ou reconstruisit quatorze monastères et sept églises. Outre l'église de Saint-»Germain TAuxerroi-i et 4a cliapelle de Saint-Nicolas, le prieuré de SainUGermain en Laye est le seul de ces établissements qui fat situé daiisie diocèse de Paris. Ce fut, dit-on, avec | les libéralités de Robert que Tabbé Morard entreprit la reconstruction de Saint- Germain des Prés. Mais, comme le remarque Lebœuf, ce ne fut qu'après Tan 1000, lorsque la terreur qu'inspirait cette époque fatale eut été dis» sipée.
Nous ne tarderons pas k parler de ces divers monuments^ leur description ne pourrait ici trouver place sans ralentir et rendre obscure l'analyse rapide des
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faits généraux qui se lattaciient aux annales parisiennes.
Le règne de Henri P% fils de Robert II, fat signale par des guen*es civiles et par la plusëpouvaatable iaïuiue dont le souvenir soit resté dans l'histoire. Durant trois années consécutives les pluies et les iuteiiip«iries des saisons empêchèrent les fruits et les grains de mûrir. Il s'ensuivit une disette ^ horrible que la cliair humaine fut mise en vente dans un «marché et que Ton fut obligé de déteri*er les morts pour se nourrir. Les hommes allèrent à la chasse les uns des auU es. Poui* couible de misère la mortalité presque générale amena la peste, et enfin les loups et les animaux féroces, aiguilloanés par la faim, se réuniieiit par bandes et attaquèrent les vivants et les morts, également incapables de leur résister. Les éveques, au milieu de cette désolation générale, se signalèrent par leur cliarité ; mais elle fiit impuissante pour soulager tant de maux. Enfin le Ciel vint au secours de la France , et la récolte de io34 égala en abondance celle de trois années ordinaires.
Peu d'événements méritèrent d'être inscrits, a cette époque, dans les annales particulières de Paris. lie 16 octobre io5o, Imbert étant évêque de cette ville, un concile s'y reunit pour juger l'hérésie de Bérenger et de ses sectaires. Le roi Henri 1" assista à cetlc assemblée avec un grand nombre de seigneui*s, de clercs et d'évêques. Bérenger n'osa y comparaître, quoiqu'il en eut reçu Tordre. On y lut une lettre de lui à Tévêque d'Angers, Brunon, qui propageait avec lui des hérésies et niait la présence réelle de Notre-Seigneur dans TEuciiaristie. Les évêques laissèrent à plusieurs reprises éclater l'indignation que leur inspiraient les doctrines du sectaire. Ils se Iwièrent de les condamner solennellement, ainsi que le livre de Jean Scot,
igo UISTOIRS JDE PARIS.
eii Bërenger et bm comptioes les avaient puisées. Le con*
eile déclara en outre que,siBérenger et ses adhérents ne se rétractaieiil f toute l'armée de France, le dergéen tête, revêtu de ses habits ecclésiastiques , irait les chercher en quelques lieux qu'ils fussent pour les saisir et les forcer à se soumettre à la foi catholique ou à mourir, i» Les hëré« siarques se rétractèrent avec plus ou moins de sincérité.
Trois ans plus tard , en ioS3, le bruit se répandit que le corps du premier ëvêque de Paris, saint Denis^ avait été trouvé dans Tégiise de Saint-Ëmmeran, & Ratisbonne ; il y avait été transporté, disait-on, sous le règne de l'empereur Arnould, par un certain Gisalberg, qui l'avait fiaiftvrement
enlevé de l'abbaye de Saint-Denis, au temps de Tabbé Èble, en 892. Le pape L^n IX, qui se trouvait alors en fiavièrei Pavait visité, et venait de reconnaître publiquement l*autheaticitéde cette sainte relique par une bulle du 7 octobre
A ces nouvelles tout Paris fut en émoi. Le roi de France, de Tavis de ses conseillers , jugea que le plus sûr moyen de démentir ces bi uits étranges était de faille soleilneiiement l'ouverture de la véritable châsse du saint précieusement conservée dans i abbaye de Saint-Denis et de Fexposer «aux yeux de tout le monde. Il ordonna , à cet effet, une cérémonie, i^ui eut lieu le 9 juin io53. Eu présence d'Eudes, frère du roi, et de toute la noblesse, on tira d'un caveau profond , situé derrière le grand autel , les coffres d'argent où le roi Dagobert avait fait déposer les corps de saint Denis et de ses deux compagnons , avec les reliques de la Passion de Jésus-Christ, le tout r euferm è dans une espèce d'armoire enrichie extérieurement d'or et de pierreries. DausTundes cofii'esou trouva les ossements de
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saint Denis enveloppés dans un voile tellement rongé de vétusté qu'il tomba en poussière entre les malus de ceux (pi le tenaient. Tous les assistants virent Ainsi les reliques du martyr. Ou les enveloppa de nouveau dans uu voile précieux envoyé exprès par le roi. Elles furent portées en. piocessioii et replacées sur le grand autel, où, pendant quinze jours , elles demeurèrent exposées à la dévotion du peuple de Paris , des pèlerins et des clercs.
Henri étant mort en 1 060^ son (ils Philippe lui succéda sons la tutelle de son oncle Beaudoin Y, comte de Flandre. Philippe était indolent , efféminé et livré à ses passions. En 1093 il répudia la reine Berthe, sous un pi*étexte imaginaire de parenté, et épousa Bertrade, qu'il avait enlevée à son mari, Foulques le Réchin (le Rechigné), comte d'Anjou. Il assembla un concile à lleinis pour faire approuver ce double adultère, qu'il appelait mariage ; mais
il fut excommunié pai le pape (Urbain II). Lesloudies de rÉglise lé décidèrent enfin à éloigner Bertrade (1097) ; mais il la reprit trois ans après (i 100) et fut exconununié une seconde fois par le concile de Poitiers. Quelques années plus tard il renouvela ses soumissions, et, comme Bertlie était morte depuis longtemps , il parvint enfin à obtenir les dispenses si souvent refusées. Cette victoire, si c'en fut une , paraît être la seule qu'il eût encore remportée; elle fiit la dernière. Le 2g juillet de Tan 1108 Philippe mourut à Melun, après un règne de quarantehuit ans , l'un des plus longs et des moins glorieux dont l'histoire ait gardé le souvenir.
Dans sa jeunesse Philippe l^^j livré à ses passions , se montra toujours disposé à rançonner les églises et à piller les monastères. « Il fut, disent les chroniqueurs, unhonune
iga HISTOIRE DE Pj^RIS. (9i7-lllQ
très- vénal dans les choses de Dieu, » et il prit sa part de ce système d'oppression et de tyrannie corruptrice dirigé par les souverains de sou temps contre le clergé et TÉglise catholique. Plus tard il eut des remords et fit des actes de piéléet de pénitence : c'était la, en générai, la vie féodate. Sous son règne on vit s*élever au plus haut degré la puissaiice des papes et t oniiiiencer les croisades.
La féodalité, parvenue sous Hugues Gapet, sous Robert et sous Philippe P"", à son plus haut degré de puissance, commença à déchoir avec les croisades ; ces expéditions affranchirent les rois de la rivalité de leurs grands vassaux et facilitèrent le mouvement d émancipation qui portait les habitants des villes à secouer le joug de leurs seigneurs.
Paris participa à ce mouvement, mais d'ime manière moins apparente que ne le firent les petites villes et les bourgades dépendant du domaiue royal. Résidence des souverains,, administrée par un officier directement nommé par le roi, Paris ne subissait pas ^oppression féodale dans ce que cette autorité avait de honteux, et de tyrannique; mais, de tout temps, cette ville avait compté dans son enceiule une classe bourgeoise nombreuse et Gère d'être à la téte des populations du royaume.
Dès ravéïiement des Capétiens, la sécurité et Tordre ayant cessé d'être chaque jour mis en question , un bienêtre inaccoutumé se manifesta dans les grandes villes du royaume et plus particulièrement à Paris. Au lieu de ces huttes de paille et de boue, trop longtemps le séjour des marcliands et des artisans^ s'élevèrent peu à peu des maisons à plusieurs étages , défendues par ime tour carrée , et dont le rez-de-ciiaussée était garni de marcliandises et d'objets de commerce. Ces boutiques renfermaient des
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hommes simples, mais riches, bien que dissimulant avec soin leurs richesses, et déjà pleins du sentiment de leur importance ou de leur nombre. Les seigneurs, plutôt jaloux qu mquiets de cette prospérité des vilains, y trouvaient leur compte en augmentant les impots et en établissant des tributs de toute sorte. Les vilains payaient, quelquefois en murmurant , mais ne continuaient pas moins à s'enricliir aux dépens mêmes de cetlc nohltsi>e devenue nécessairement tributaire de l'industrie et du luxe. Ils conservaient toutefois au fond du cœur une secrète inimitié contre leurs maîtres, et leur orgueil se révoltait detre placés à un degré si bas de Téchelle sociale. Tjes nombreux voyages qu'ils entreprenaient en Italie , où beaucoup de villes jouissaient de la liberté républicaine, commençaient à leur donner des notions politiques fort embai rassantes ' pour leurs seigneurs , et, d'un autre côté, les nécessités du commerce répandaient paruil eu\ des connaissances pratiques fort imparfaites sans doute, mais de beaucoup supérieures à celles de leurs dominateurs»
De cette situation naquit nécessairement le liait grave de Féinancipation des villes et des communes. mar« diands, les bourgeois, à mesure que s'augmentait leur' importance, se lassaient d'être taillables et corvéables à merci, et, tantôt à prix d'argent, tantôt à main armée, se faisaient concéder des franchises et des privilèges. Les chartes royales et seigneuriales constituèrent la cité ou commune sur des bases indépendantes du caprice des grands. On s'obligea, tantôt à payera ceux-ci une redevance annuelle, tantôt à les assister dans certaines entreprises, d'autres fois à recevoir d'eux un magistrat supérieur, une sorte de préfet ou de lieutenant qui se concertait pour