CHAPITRE IV
Arohîteotiare ohrétiennes — NoIreJlwiie de Parit*
Chaque race d'hommes a eu son architecture religieuse^ appropriée à son caractère, à son climat, à ses croyances.
L'arcliitecture des peuples issus de la race fraiico-gei nianique devait avoir, comme leur esprit et leur ciel, quelque chose de sombre el de mystérieux ; il fallait, autant c^ue cela est permis à la faiblesse des œuvres de l'homme, qu'elle donnât une idée de l'infini ; elle devait également rappeler ces ombrages des vieilles forêts , les premiers temples de nos ancêtres. « Les forêts des Gaules^ dit un illustre contemporain ( i ), ont passé dans les temples de nos pères, et nos bois de chênes ont maintenu leur origine sacrée. Ces voûtes ciselées en feuillages, ces jambages qui appuient les murs et finissent brusquement conune des ti oues brisés, la fraîcheur des voûtes, les ténèbres du sanctuaire, les ailes obscures, les passages secrets, les por^ tes abaissées^ tout letiacti iabyiinthes des bois dans l'église gothique. »
La nouvelle architecture mit, entre l'invasion des bar-> bares et les croisades, sept siècles à épiu*er, par riimtatiou libre et raisonnée des temples antiques et mauresques, les genres germanique et saxon, qui, lourds et roides, affectaient les formes massives ou colossades , dédaignaient
(1) M. de Ghatmiibriaiid,
tM6-lttl9 LIVHB IV. CHAPITRE IV.
les ornements, apparaissaient rudes dans l'expression,
mais alliaient à ces défauts riniinensité, la grandeur, la recherche de l'infini. £Ue. s'affranchit à la fois de la forme carrée et du plein cintre , et , comme pour se rapprocher davantage du ciel^ elle rayonna en ogives. La flèche gothique s'élança dans les airs « comme une riante fiancée dans sa robe de dentelles » ; elle laissa à ses pieds la tour romane, et ce n*est pas le moindre de nos ëtonnements que de comprendre par quels eiïorls de travail ou de hardiesse les pieux artistes de cette époque élevèrent jusque dana les nues ces édifices frêles et découpes à jour, comment leur prodigue génie les enrichit de sculptures
enlacées l'une dans Tautre avec un luxe tle tlelaiis qui surpasse et éblouit. La basilique, au. dedans toute brillante des reflets de ses rosaces, tout harmonieuse dans la variété incessante de ses contours, présjenta^t à cliaque pa^, entre ses fidsceaux de colonnes, une sorte d'incertitude vague et mystérieuse qui disposait le cœur à s'isoler de la terre et à mieux comprendre les merveilles de Dieu ; au dehors elle ét^Uaù ses myriades de statues, les noirs eu* foncements de ses trois portails, et la gigantesque façade, surmontée de clochers, d'aiguilles et d'aretes, sur laquelle s'harmonisaient, sans confusion;, des galeries légères, des fenêtres à trèfle et à ogive, des niches, des broderies, des . ileurs de pierre } et sur le tympan, au fond d'une suite d'arcs concentriques et décroissants, figurant une perspective, la représentation du jugement dernier, des joies célestes et des peines étemelles. Les autels chargés de dorure, les paves de mosaïque, les murs couverts de peintures ou de fresques, ouvrages précieux que le temps et Tincrédulité ont fait disparaître, -étaient illuminés par
(lliS-liM}
des lueurs diversement colorées qui s'écliappaieni, en
geiiies de feu, d'or, d'azur ou de topaze, de ces verrières magnifiques, fleurs et feuillages de la foret chrétienne. Et au milieu de ces merveilles, par ces fûts pittoresquement groupés, sous ces arceaux croisés en tous sens et réunis par des clefs pendantes, à travers ces longues gerl>es solaires teiutes de toutes les nuauces de l'arc-ea-ciel, rÉglise apparaissait visiblement « cette Jérusalem noutt velle venant de Dieu, et parée comme une épouse qui a s'est revêtue de ses riches ornements pour paraître de* V vant son époux (i)
(i) Que dire des orgueilleux architectes des temps inoderDes qui ont qualilié l'art catholique de dégénéré et de barbare ? Cequ^on appelle la bar* barîe du douzième et du treisième siècle , c'est le développemeot d'une force pleine de grandeur » bien qu'imparfaite ; c'est celui des grandes idées , s'avançant d'une marche audadeuse. La barbarie est là o& les forces s'éreignent , ok les idées dégénèrent et se rapetissent, où Ton s'abandonne à une oisiveté pleine de présomption et d'ignorance. An moyen âge l'esprit s'élève, bien qu'il n'ait pas toujours les moyens d'exécuter sa pensée; aujourd'hui, au contraire, on voit bien une certaine perfection dans les arts, mais à l'extérieur seulement; le génie et l'inspiration disparaissent sous les efforts d'un travail purement mécanique» Regarder ia cathédrale de Cologne, le Mûnster de Strasbourg^ oomme des ceavres de dégénération , serait tout aussi peu raisonnable que de regarder les NiMungen comme une pftie copie d'Homère, Sbakspeare comme un Sophocle dégénéré, et le christianisme comme un paganisme en décadence.
Les grands architectes du moyen Age sont demeurés inconnus, à l'exception de quel(jues-uns, comme Erwiii de Sleinhac h, qui bâtit le Munster de Strasbourg. Le temps nous a dérol>é le uoin de la plupart des autres , comme il nous a laissé ignorer celui des poêles auxquels on doit les Nibelungen^
Ce qu'on ne saurait assea admirer, c'est que tant de guerres, tant de dévastations , tant de troubles, dans uq temps où il n'y avait que de pe* tites fortunes ^ n'aient pas empêché les villes de l'Allemagne et de Tllalie
d'élever, à force d'activité , d'enthousiasme et de persévérance , tant et de si grands edihces. A Rome, par exemple, qui n'était cependant alura
(iiOMtêO) LIVRE fV. CSÂPITRE IV. 22g
Il fallait des siècles entiers pour la construction de
ces cathédrales, et les siècles auraient à peine suffi si les populations catholiques ne s'étaient souvent imposé des dîmes volontaires. Le riche fournissait de l'or, le pauvre contribuait plus souvent encore de son deuier; car la niaison de Dieu ëtait surtout celle du pauvre, fies communes et les provinces rivalisaient d'ardeur et de zèle; des confréries pieuses, dont les membres, bien qu'appartenant à toutes les conditions sociales, s'intitulaient maçons ou tailleurs de pierre, se mettaient laborieusement à l'œuvre; le clergé fournissait les plans et dirigeait la pensée. Pierre le Chanteur et Robert de Flamesbourg, pénitencier de Fabbaye Saint- Victor, à Paris, nous apprennent que les confesseurs substituaient parfois à la pénitence l'obligation de contribuer par une aumône à la construction des ponts, à l'entretien des routes, à rachèveinent des églises. Plusieursmilliers d'hommes travaillaient nuit et jour à la cathédrale de Strasbourg. « C'est un prodige inouï, dit Aimon, abbé de Saint-Pierre-sur-Dive, de voir des hommes
ni une ville puissante, ni une ville active, on éleva ou l'on rétablit, au temps des HobenstaufSeD, vîii|;t églises, tandis qu'aujourd'hui c'est à peine si, dans Pespace de cent ans, il s'en élève une seule à Berlin. Sans doute que cet effet a sa cause et dans Paf&iblîssenient de la foi et dans le système de guerre suivi de nos jours, système qui absorbe la plus grande pat ùc des ressources publiques ; mais il Ikut Tattribuer aussi à l'activité des hommes d'alors, toute dirigée vers la chose publique. Pleins d'amour pour une patrie dont ils voyaient se développer l'indépendance , ils oubliaient pour elle les jouissances ei les plaisirs. Ëntin la noble émulation qui s'établissait entre les différentes villes contribua non moins efficacenient à ces résultats. Mais, dans l'état actuel des choses, on aurait grand'peine, en France, à construire une cathédrale de Strasbourg , et la Prusse ne pourrait plus, aujourd'hui , élever une cathédrale de Cologne, l'Autriche une église de Saint-Étienne,
2^0 M1ST01A£ DE PARIS* (IMMlM)
puiâsauu, iiersde leur aaissance, habitués à une vie voluptueuse, s'attacher à un chariot, et traîner des pierres, de la cliaux, du bois, tout ce qu'il faut pour les sainte édifices. Parfois mille personnes, hommes et femmes, sont attelées à un seul chariot, tant la charge est pesante ; et cependant on n'entendrait pas le plus léger bruit. Quand ils s'arrêtent en route, ils se parlent, mais seulement de leurs pécliés, dont ils se confessent avec larmes et prières. Alors les prêtres les eidiortent à déposer les haines, à remettre les dettes, et, si quelqu un se trouve endurci au point de ne pas vouloir pardonner à ses ennemis et de repousser les exhortations pieuses, il est aussitôt détaché du chariot et rejeté de la sainte compagnie. » Il continue en disant que pendant la nuit on allumait des torches sur les chariots et à Tentour de IV^lifice en construction, et que la veillée était animée par des chants. Ainsi s'élevèrent cesadmirables basiliques de Reims, deCliartres, d'Amiens, de Cologne, de Rouen, et tant d'autres que le vandalisme révolutionnaire a pix>fanées ou détruites. Les siècles qui ont produit de semblables monuments méritentils d'être appelés barbares, et ne peuvent-ils pas opposer au dédain des temps modernes l'impuissance où nous sommes de rien édifier qui ait le triple caractère de la foi, de l'inspiration et de la durée ?
On nous pardonnera d'insister sur un sujet qui met en évidence les merveilles accomplies par le sentiment chrétien , qui laisse entrevoir l'impuissance où sont réduits les peuples chez lesquels la croyance et la foi se sont elfacées, qui , enfin, montre ce qu'était l'att, ce qu'il pourrait devenir sous l'influence des idées religieuses, et comment il puisait de nouveaux perfectionnements dans la piété de
1 artiste. Dès rorigine de la société chrétienne Tart n'avait point cessé d'être regardé comme un ministère dont les fonctions sont saintes; Touvrier chrétien sentait qu il avait mission de propager le vrai et le beau y quHl exerçait un sacerdoce artistique auxiliaire du sacerdoce des autels, et qu'il avait pour devoir dlmprimer à ses œuvres le cachet de toutes les perfections inhérentes à ses croyances. Dépositaire des débris de la civilisation passée^ l'Église fondait une civilisation nouvelle , et, pour achever d'instruire le barbare, qu'elle avait rendu chrétien , elle embrassait rhonune dans toutes ses Satcultés, et, après avoir enseigné le dogme et la morale dans la chaire , elle sculptait, elle peignait sur tous les murs Thistoire des bienfaits de Dieu, le symbole des fins de l'homme, ks reJoutahles et les consolantes vérités que résument ces mots : peines et récompenses éternelles. Quand, de nos jours, hommes faibles et cliancelants dans les sentiers de Jésus-Clirist, quand nous considérons ces prodigieuses cathédrales que nous a léguées l'art catholique , nous sommes saisis d'une sorte de vertige et nous ne comprenons pas ces grandes oeuvres. C'est que la foi unie à la science enfante des merveilles, et que cette alliance n'est possible qu'avec l'humilité , apanage des chrétiens d alors. iVussitot que l'artiste entre dans cette voie il marche vers l'infini, il ne voit rien d'impossible, il pense plus qu'il ne peut réaliser ; il aime son œuvre dans celui qui l'inspire, dans celui qui lui tiendra compte de son travail; s'attachant de toute son âme, de toute sa puis> sance d expression, à rendre cette œuvixî digne de celui à qui il la dédie, il se rapproche de la perfection idéale, alors même qu au point de vue de la forme il reste imparfait et inférieur à la nature. £t d'ailleurs ce n'était pas sur la
2^2 HISTOIRE D£ PÂJilS. (ltfS-1188>
terre que les artistes du moyen âge cherchaient le modèle des figures célestes ; c^était dans la prière et dans la mëdi* tation , c^était dans Vintuition d*un monde meilleur. Il y avait umté entre le peuple et Tartiste, et le statuaire ou le peintre ne se glorifiaient pas alors, comme aujourd'hui, de n'être point compris de la foule et de n*étre devinés que par le petit nombre. Alors le peuple entier, associé à la pensée de Tartiste , Uavaillait avec lui pour le salut éternel, et ce but moral effaçait Tart pour en £atire une force sociale. Qu'importe que l'érudition se soit fatiguée à chercher les noms des auteurs des grands monuments du moyen âge, puisqu'ils étaient Touvrage du peuple, Touvragede tous? Et quand les touristes modernes s'étonnent de ren* contrer si souvent, sous les voûtes des églises gothiques, la statue colossale de saint Cliristophe portant sur ses épaules TEnÊint Jésus, d'oii vient qu'ils ne comprennent pas encore qu'indépendaniiuent de la tradition pieuse, chère au moyen âgé, que cette sculpture nous retrace, il nous est également permis d'y retrouver l'image du peuple chrétien tel que l'avaient fait Tespérance et la foi ?
Durant cette période de puissance et de foi Paris vit enfin commencer les travaux de la magniiique catliédrale qui fait l'admiration et l'orgueil du peuple.
Ainsi qu un l'a vu plus Iiaut, dès le quatrième sàecie, alors que Paris n'était encore qu'une bourgade appelée TjUtèce , une église s'élevait sur remplacement où a été bâtie plus tard l'église de Notre-Dame , et il en est question dans la vie de saint Marcel. Yeis le milieu du sixième siècle, sous Childebert, fils de Clovis, cette église portait le nom de Sainte-Marie , et déjà on l'appelait Téglise Notre-Dame , car il importait de la distinguer des autres
iiiM-uao) LivjaB iv. ch/u»itre iv. a33
temples catlioliques déjà fondés à Paris. Une charte de 558 atteste que « )e seigneur évéque Germain » officiait et présidait dans cette « église-mère, » matri ccclesiœ Parisiacœ, Nous avons dit en quels termes hyperboliques le poète Fortunat , contemporain de Childeberty avait cé* lëbré la magniticence de ce monument. <c Des colonnes de marbre ^ s*ëcriait-il, soutiennent un splendide édifice, d'autant plus gracieux qu'il est plus pur. Eclairé par de riches vitraux , il reçoit les premiers rayons du soleil , et l arUste a su reaiermer la lumière du soleil dans les murs du temple (i).
Cette église était située sur le bord delà Seine, à peu près sur remplacement où ont été bâties depuis la chapelle inférieure et la dernière cour de l'arche vêché.Acette indication,
quiaousestfoumieparlesmonumentscontemporains,rabbé Lebeuf ajoute : « Gomme on était alors plus exact qu^on ne Ta été depuis à tourner le clia^et ou le Jbndàes églises vers l'orient ^ sans avoir égard à l'alignement des rues, dont le désordre, d'ailleurs, était alors très-grand, il est probable que le chevet de cette petite église était dans la direction du lieu oLi est maintenant Sctmt-Gervais. Il faut se figurer qu'alors la pointe de l'île se terminait à peu près à l'endroit où était autrefois le Pont-Rouge ; car l'espace appelé le Terrain ne s'est formé que par succession de temps , des décombres que produisit la démolition des vieilles églises
(i) Splendida marmoreis atiolHiur aula coiumnis, etc. Plusieurs écrîvaiDS font application de cette pièce de vers à réglisc Saint- Vincent, depuis lors appelée Saint-Germain des Prôs. Nous sommes de ceux qui pensent qu'elle a été composée en vue de célébrer l'église cathédrale de FàriSy car Tépitrc est intitulée de EecUsia P4srisiaca, ce qui indique l*é« glîie principale , la cathédrale.
2l34 HISTOJEE X>£ PAEIS. (ilM-llM)
auxquelles a succédé la cathédrale que nous voyons à présent. Gomme le pont Notre-Dame n'existait pas encore, il 11 } avail pas de rue qui continuât ea ligne droite h partir du Petit-Pont; mais elle devait suivre une diagonale pour arriver à la porte du Nord, où était le Grand- Ponty seule issue que l'iie eut alors de ce côté* Il est facile ^prèseela de s'imaginer comment devaient être disposées les rues aboutissant à cette grande rue qui conduisait d'un pont à Tautre. Quant aux chapelles et monastères qu'on a vus s'élever de tout coté au milieu de cet espace, ils ne doivent point embarrasseri parce qu'il n'y eut qu'une seule église clans la Cité jusqu'au règne de Childebert. » Un acte de l'an i33i , conservé autrefois dans les arcliives de l'archevêché , prouve encore que la première église de Pans fut dedice sout le vocable de Saint -Etienne. C'est une charte par laquelle le chapitre de Notre-Dame, érigeant en dignité la chevécerie de Saint-Ëtienae des Grès, motive cette faveur sur la vénération qu'il a pour saint Liieniie et pour son église , que nos registres , disent les chanoines, démontrent très-^éindemment avoir été la plus ancienne et le premier sicgc de révéque.
L'église catliédrale était alors composée de deux édifices, dont l'un était la basilique de Notre-Dame et l'autre celle de Saïut-Etienne. Cet état de choses existait dès le sixième siècle. Deux siècles plus tard, en 857, l'^^is^ Sainte-IVIarie avait été livrée aux flammes par les Normands; elle fut réparée, sous Charles le Simple., par les soins de l'évéque de Paris, Ancheric. Sous la troisième race, en 1109, elle reçut une précieuse relique. Anselle ou Anjeau , Parisien de nation et preschantrc du saint sépulcre en l/iériisaiem, envoya, un fragment considé-
am-im) live£ iv. cHAPixiiE IV. ^35
raie de la vraie croix de Notre- Seigneur à Féi^éque et aux cimnmms , du uombre desquels il avait été avant que d*aUer en Hiérusalem ^ sous la guide et conduite de Godefroi de Bouillon^ Vingt ans plus tard la maladie pestilentielle connue sous le nom de nud des ardents ayant désolé le diocèse de Pariâ| Étieune, cvéque de la ville, ordonna des prières publiques^ et, comme on Fa vu plus liaut, l'on portaproccssionuelleuient à Notre-Dame la châsse qui contenait les reliques de sainte Geneviève* En mémoire de cette cérémonie et des guérisons qui la signalèrent , le pape Innocent 11 ordonna que chaque année on célébrerait une fête comnïémoratrice de cet événement. Cependant l'église de Sainte-Marie, si chère à la population parisienne,. tombait en ruines et se trouvait d'ail- K'iirs trop étroite pour Taffluence des fidèles ; on la rebâtissait par portions détachées, jusqu'au moment oîi Maurice de Sully, évéque de Paris (i), résolut de la re-
(i) Ce prébt , «eeDodé par ks iîbérilités des fidèles , fit d'abord «iMttre ramieiHW égUae bâtie pir Ghikkbert I** et jeti les fondeineDts de cette <|iie BOUft voyooft aajoiird*hiii« Phnienn auteurs ont prétendu que cet édifice arait été commencé par Robert, fils de Hugues Gapet , et continué par ses successeurs , jusqu'à Philippe-Auguste, sous le règne duquel Mauriœ de SuUy eut la gloire de l'achever. 11 est démontré que < efte opinion est évidemment fausse. Non-seulement rnrcliitecture de cf u<> église n'offre aucun caractère qui puisse la faire attribuer aux siècles qui ont pràoédé cet évéque, nais il existe plusieurs témoignages qui prouvent Ibnnellenient que ce fui Maurice qui la fit commencer. Bobert, moine d'Auxerre, dit, sous Pao 1175, que Péfâque Maurice fit construire cette église dès les fondements. Les mêmes expressions se trouvent dans fe Miroir hisivi ial Je Vincent de Beauvais , et Jean de Saint-Victor ajoute que le |>ape Alexandre IIÏ , réfugié alors en France, posa la première pierre du nouvel édifice en iifiS. L'abbé Lebeuf prétend ce[>endant {|ue les anciens fondements furent conservés, et qu'ils servirent pour bâtir le cbffior de Téglise actuelle, qui esti dit-il, trop étroit pour la hauteur et la
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construire sur un plus vaste plan. A ses (rais plus
qu a ceux d' autrui^ disent les chroniques (1177 — 1 182), et par un travail des plus magnifiques et des plus coûteux, il a rebâti l'église de la bieniieureuse Vierge Marie, Mère de Dieu, à laquelle le siège éptseopal est attaché. » Ce fîit le pape Alexandre III qui posa la première pierre de cet édifice, durant son séjour en France, et alors que la nécessité de résister aux usurpations de Frédéric Barberousse Tavait contraint de s'éloigner de l'Italie. On était alors aux fêtes de Pâques, en 1 163.
Bien que la spleudide cathédrale lût loin d'être terminée, en 1 181 , le grand autel fut consacré en cette même aimée et on y célébra rotVue divin quatre ans plus tard. Après la mort de Maurice de Sully (i 196) les travaux furent continués suivant les disposiliuiis par lui adoptées (i).
largeur de l'édifice. Cette raison ne |>ersuaderail pas absolument , s^il n'était pas d'ailleuf^ visible que le chœur et la oef oe sont pas sur le même aligoemeot; ce qui porte à croire que l'évéque Maurice, voulant , suivant l'ancieo usage, orienter son église, ou obéir à on préjugé pieux , se sera probablement senri en tout ou en partie des anciens fondemeoU et qu'il aura lait fiiire un léger coude à k nef pour qu'elle pût se trouver en fan» de la nouvdfe rue que cet éréque avait fiût percer en ii63 et II 64. Cette rue avait été ouverte afin de procurer un accès plus facile à Téglise de Notre-Dame, à laquelle on ne pai veiiait de ce côté que par la petite me des Sablons , qui existait au siècle dernier entre les bâtiments de THotel-Dieu et les maisons de la rue Neuve-Notre-Dame.
(i) Malgré les soins et l'activité que Maurice de'SuUy mit à la cons> truction de l'église de Notre-Dame , il n'eut pas la gloire de la terminer; il moorut le 11 septembre ii9<>, etlaiua cent livres pour la couvrir en plomb.
Maurice de Sully ne borna pas là sa monificenoe ; il fit rétablir le palais épiscopal, dont la chapelle existait eoccre il y a quelques années, et employa en fondations plusieurs biens au profit de son chapitre , comme riodique le uécrologe de Téglise de Paris, où sont également détaillées
(UM-tia«) LIVRE IV, CHAPITEE IV.
Lorsqu'il s'agit d'iia monument dont la construction 8*est continuée sous plusieurs règnes, qui a été successivement agrandi) embelli, modiiie^ instauré par les princes qui ont gouverné la France, et qui, aujourd'hui encore^ est l'œuvre capitale des artistes et des architectes^ on comprendra que nous nous trouvions contraint d'anticiper sur l'ordre des dates , et de raconter, du premier abordy tout ce qui se rattaclie à l'iiistoire d'un si remarquable édifice. En morcelant notre récit, en reprenant pierre à pierre , et à chaque règne, l'histoire des transformations et des accroissements de l'ëglise métropolitaine de Paris, nous affaiblit ions le grand intérêt qui s'attache, au point de vue de l'art, à ce monument populaire, et nous cesserions d'être bien compris de nos lecteurs. C'est donc uùe nécessité pour nous de dire ici y par avance, ce que devînt IWre conçue par Maurice de Sully , par qui elle fut complétée , et en quel état elle se présente aux regards des contemporains.
ses autres fibéralîtés. Il doone à cette église une table dPantel en or,
pesant vingt marcs ; un calice en or, de deux marcs et demi ; un encensoir également en or, de quatre marcs; des tables d'argent, outre deux chapes, trois mitres, et quelques autres oroements; déplus, deux cent livres destinées à la distribution des matinesy doat la moitié serait afiectée aux chanoines et l'autre moitié aui pauvres clercs de l'église.
Son saocesseur, Eudes de Sully, parent de Pbllipp^Auguste, roi de France, et de Henri H, roi d'Angleterre, continua les travaux sans interruption depuis 1 196 jusqu^en iftoS , époque de sa mort. H fut inhumé au milieu d u chœur, sous une tombe de cuivre sur laquelle était représentce sou effigie. Depuis, Pierre de Nemours et les évéques ses successeurs terniinereut ce graud édifice.
Ia nef, dont la construction est postérieure à celle du chœur, fut bâtie vers le commencement du treizième siècle, ainsi que la façade principe, que Ton présume avoir été achevée sous le règne de Philippe- Augosle, c'est-à-dire au plus tard en
^38 HISrOIRB BE PARIS. (IfiMlM}
Les travaux continuèrent sous £udes Sully (i 19^- . 1208); mais la grande fieiçade occidentale ne (ut commencée que vei^ la fin de Tépiscopat de Pierre de Nemours, qui siégea de iao8 à laig. Vers Tannée isi8 on détruisit les restes de la vieille église de Saint-Étienne, qui fiùsaient obstacle au développement de la parde méridionale et de la iac^ade de Notre-Dame. On pense communément qu'en 13^3, à la mort de Philippe-Auguste ^ le grand poi lail était à peu près «terminé jusqu'à la corniche, au bas de la galerie qui réunit les deux tours. 11 est problable aussi que, vers la même époque , et dèé les premières années du règne de saint Louis, on reconstruisit les portails du transept, dont Tarchitecture romane contrastait par sa sévérité avec Tabondaute ornemeutation du treizième siècle. C'est, à cette période que remonte égaleiiieiiL la construction du portail septentrional et de la porte Rouge, celle des premières chapelles qui suivent le transept, et enfin les deux derniers étages des tours et leur . galerie intermédiaire. Jean de Paris, archidiacre de Sois* sons, mort veirs 1270, laissa cent livres tournois pour la construction des chapelles latérales, qui furent établies enti'e les contreforts de la nef ; les chapelles absidales ne forent guère terminées que vers la iin du treizième siècle ou dans les premières années du siècle suivant. On nous a conservé le noiii du chanoine Pierre de Fayel, qui donna deux cents livres Parisis pour aider à faire les his^ toil es de la clôture du chœur et pour les nouvelles verrières, ainsi que ceux des sculpteurs, maître Jean ftavy, qui commença <c lesdictes histoires, » et maître Jean Le Bouteiller, qui les parfit en i35i .
Durant plusieurs siècles on s'abstint d'introduire de
{tm-lMf) LIVRE IT. GHAPITRB IV.
trop graves changements dans Téconomie de ce splendide édifice; il n'en fîit pas de même dans les temps modernes. Après avoir mis son royaume sous la protection spéciale de la Vierge, Louis XŒ déclant, dans ses letbes patates du lo février i638 , qu'il consacrerait dans le sanctuaire de Notare-Dame de Paris le souvenir de cé vceu solennel, a Afin , disait-il , que la postérité ne puisse manquer à suivre nos volontés à ce sujets pour monument et marque incontestable de la consécration présente que nous faisons, nous ferons construire de nouveau le grand autel de l'église cathédrale de Pàris^ avec une image de la Vierge qui tienne entre ses bras celle de son précieux Fils descendu dé la croix , et où nous serons représenté aux pieds du Fils et de la Mère , comme leur oftiaut notre couronneiuent et notre sceptre. »
Jje vœu de T^ouis XIII, il faut le dire, a été la cause, dans la plupart de nos grandes cathédrales du Nord, de tiavaux regrettables au point de vue de 1 art. Les anciens sanctuaires ont été bouleversés, et les monuments si précieux qu'ils renfermaient détruits pour faire place à des décorations d'un goût douteux et qui n'ont pas même le mérite de la matière. En effet , exeepté Notre<-Dame de Paris, les autres cathédrales , ainsi uiodiiiéeS| ne présentent guère dans leurs sanctoaires qu'un amiis assez triste de plâtre peint et doré , de nuagt s en ciment, de rayons en bois, de statue^ ou de bas-relie& en stuc. A Paris, du niOius, le sanctuaire de Téglise métropolitaine offrait une sorte de portique à arcades en marbre blanc et rouge, revêtues de bronzes dorés d'une grande magnificence. Le pavage était formé d'une belle mosaïque à grands dessins, et un groupe en marbre blanc, œuvre de Coustou (Nico-
HISTOIRE DE FARl^ (1108-1180)
las), remplissait l'arcade du fond. A droite et à gauche, sur deux riches piédestaux , portant les armes de France en bronze dore, on voyait deux statues agenouillées, en marbre ; celle de droite, qui représentait Louis XUI, était de Coustou le jeune , et celle de gauche , Louis XIV , étût de Coysevox.. Six figures d'anges, en bronze, œuvres des sculpteurs ci-dessus nommés^ décoraient chaque pilier, et une grille en fer ej cuivre dore conipleLait cette décoration , évidemment fort riche , mais qui était en complet desaccoid avec le style de rantique cathédrale.
La piété assez malenteudue des modernes continua, durant près d'un siècle, à détruire le caractère artistique et riiarmonie architecturale de l'église. On semblait se faire un point d*honneur de la mutiler par de prétendus rajeunissements. De 1699 à 1753 la cathédrale perdit ses anciennes stalles du quatorzième siècle, toute la clôture à jour du rond-point, l'antique maitre-autel avec es colonnes de cuivre et ses cliâsses, tous les tombeaux du chœur, les vitraux de la nef, du chœur et des chapelles. Les travaux entrepris dans le but de réparer ou de consolider Tédifice le dépouillaient ausû tour à tour de ses moulures, de sa végétation de pierre^ de ses gargouilles, de ses clochetons. Mais la mutilation la plus grave fut accomplie en 1771, sous la direction du célèbre architecte SoufHot, avec l'assentiment et le concours du chapitre. Pour laisser le passage plus libre aux processions et aux cérémonies, Soufflot fit disparaître le trumeau qui divisait la grande porte occidentale en deux parties. Ce pilier fut entièrement supprimé, avec la statue du Girist qui s*y trouvait posée et les curieux bas-reliefs qui en couvraient la base. Puis on entailla toute la partie inférieure du
(flMllttO LIVM-IV. CHAPITRE IV. 2^1
tympan, sans respect pour sa belle sculpture du Jugement damier, afind*y introduire Tare de la nouvelle porte, élargie et exhaussée auxdépens de lancienne ornementation. Sur la fin du règne de Louis XV un dallage uniforme en grands carreaux de marbre vint prendre la place des dalles funéraircts qui couvraient en quantité innombrable tout le sol de l'église, et qui présentaient les effigies d'une foule de personnages illustres. Les aiinées 1 773 et 1 787 virent dé^ graiier de la manière la plus dcplorahle, sous prétexte de restauration et par des architectes , le mur méridional des chapelles de la nef, les ares-houtants du chœur, les parties supérieures de la façade occidentale. On était encore a l'œuvre quatfd éclata Torage qui menaça la cathédrale d'une destruction complète. 11 faut le dire cependant, un certain ordre fut' maintenu jusque dans la dévasta* tion . Les mêmes hommes qui arrachaient des portails et des niches toutes les grandes figures qu'on leur avait signalées comme rappelant des souvenirs monarchiques respectèrent les voussures et les tympans qui présentaient seulement à leurs regards des personnages sacrés. On fit valoir, pour sauver ces admirables modèles, des considérations astronomiques et même mythologiques; elles obtinrent un succès que n'aurait jamais eu alors Tappel le plus éloquent à la vieille foi delà population parisienne. Au mois d août 179^ un arrêté de la Commune décida que sous huit jours les gothiques simulacres des rois au portail de Notre-Dame seraient renversés et détruits, ainsi que les effigies religieuses en marbre, ou en bronze. Le conseil municipal réitéra cette prescription au mob de brumaire de l 'an II, ordonnant la suppression immédiate de tousies saints du portail; mais le citoyen Gliaumette réclama
aiST. DB MKIft. — ' T I. le
en faveur des arts et de la philosopliie; il sut se faire entendre de ses fanaticiuos collègues en leur affirmant avec vivacité que Tastronome JDupuis avait trouvé son système planétaire dans nne des portes coilatérales de Téglise. Ijr conseil décréta donc que le citoyen Dupuis serait adjoint il l'administration des travaux publics, afin deconserver les monuments dignes d*être connus de la postérité. L'intervention de Dupuis sauva cfe qui testait; puisse ee grand sei'vice rendu le faire absoudre de ses agressions contre les traditions religieuses (i). Depuis lors, de meilleurs jours S*étant levés pour lu Fi ance, la catliediale de Taris fut déblayée^ purifiée et rëndue au culte.
' T>es travaux de restauration si habileiftent dirigés par M. Viollet-ie-Duc, et qui se poursuivent avec une louable persévérance, ne tarderont pasà rendns à cettte vaste catho* drale nou-seulement sa solidité, gravement compromise par le temps, la négligence ou TabandOn, mais encore la majesté et la richesse des siècles de foi qui l'ont vue surgir du sol et porter aux nues ses tours carrées, ses galeries, ses ai es- boutants, sa flèche et ses immenses voûtes. Au moment oii nous cherchons à décrire ce monument élevé par la piété de nos pères, rétabli dan» sa» ^lendeur par rintelligeuce des générations actuelles^ les ouvrages d art prescrits par la loi dans ce but ne sont point entièi^ent achevés, et c'est tout au plus s ils pourront l'être dans un kvénir prochain. Cependant la façade bccfdentàle, qui donne sur la place du Parvis, est déjà complètement res* taUrce, ainsi que la&çade méridionale de la' nef , le choeur et le roud-point. Il ne reste qu à teniuner la série des rois
(ij M. F. de Guilhermy.
(llM-tMl) LITAK IV, CHAPITRE IT. ^43
^de la galerie et à replacer le& statues qid manquent encore aux ëbrasenMiits de la pente Sainte-Anne et de celle de b
Vierge. Les architectes ont encoi^ à exécuter, au dehors, la reslauration des deux pignons des trahsepts et de la fa* çade septentrionale de la nef, et Tacliè veinent de la couverture en plombât de sa crête ornée; à l'intérieur, la réfection des verrières eolonees, la restauration des voûtes hautes^ le rétablififsement de Tautel et •du ^payé du sanctuaire^ la réparation des piliers sapés, il y a plus d'un sîèc)^, pour la pose des placages en nmi*hre et des stalles, enfin Texécution des peintures murales. En attendant que ces travaux aient atteint leur complément, Tauguste eathédia(^ présente enoore et poùlr peu de temps un intérieur dépouillé. Dan^ ce vaste édiilce, autrefois rempli des objets les plus précieux, on ne trouve plus que des débris informes, de misérables clôtures en bois, des lableaux delabrésy pour la plupart fort médiocres.. Les : échafaudages, les cloisons provisoires, les toiles qui interceptent partout le regard ne permettent ni au touriste, ni au chrétien, de saisir reoeemlde ou de mesurer les proporticrnsde ce prodigieux édifice. Or s'il existe, dans d'autres diocèses, à Chartres, à Reims, à Amiens, des çathédrades dont la dimension est encore plus grande, il n'en est aucune qui égale celle de Paris par la beauté des proportions, par le liiii des détails, pai' la puissance historique et religieuse des souvenirs.
Ces aoinrenirs wnt chérs à la population parisienne et ont été transmis d'une génération à l'autre. En 12^9 le roi . saint Lociis, la reiné Blanche; la r^ioe Marguerite et les princes capétiens conduisaient prôcessionneliement à Notpe-Daane la isaînle ^CouDonne envoyée au
a44 HISTOIRE DE PARIS. (tlM-1181)
roi de i l aïu e par l'empereur BaLuloin. Neuf ans plus tard,^ le même roi, avant de partir pour la croisade, « print en grande rëvërenre à Nostre-Dame le bourdon et Tescharpe du pellerin, par la maia de GauUuei*) évesque soixanteseizième dudictlieu a, Ghacpie année, depuis i436, le premier vendredi d'après Pâques, le corps de ville se rendait solennellement à Notre-Dame ; là, après avoir entendu la messe, célébrée dans la chapelle de la sainte Vierge y il assistait au Te Oeum chanté pour remercier Dieu d'avoir délivré la ville de la domination des Anglais. Tous les ans, de i449 ^ i6o5, le i*' mai, les maîtres orfèvres se rassemblaient à minuit devant le grand portail de la cathédrale, pour faire leur offrande à l'auguste protectrice de la France. Ce jour-là ils posaient sur un pilier un maj, nom qu'ils donnaient à un ouvrage d'orfèvrerie « en forme de tabernacle à diverses fiices, èsquelles on voyoit de petites nichées remplies et ornées de diverses figures de soye, or et argent... Ce may, ainsi posé au ^raud poi lail à heure de minuict, y demeuroit jusqu'au lendemain, après vespres, que Ton le transportoit devant rîmage de la Vierge ». Touchante cérémonie qui auiionçait peut-être la pieuse coutume des générations contemporaines de consacrer le mois de mai à la Mère de Dieu.
Vers le milieu du seizième siècle un redoublement de
ferveur se m inifesta dans la vieil le basilique. Le protestantisme étendait ses ravages en Allemagne, en Angleterre, en France, et le culte de Marie se développait en proportion des attaques qui lui étaient livrées par les ennemis de notre foi. Parmi les vingt et un autels et les soixante et une chapellenios qui y étaient annexées, l'autel delà sainte
(uoa-mo) LJVRE iv. chapitru iv. a^j
Vierge se distinguait de tous les autres par les riches décorations offertes^ par les dons des fidèles, par les ex-volo^ témoignages nombreux des miracles opérés dans ce sanctuaire. £n 1 582 le cardinal de Lorraine, du liant de la chaire de Notre-Dame, entouré « d'une incrédibie affluence, admoaesloit le peuple (ju il falloiL plustosl mourir qae de permettre qu'autre religion eust cours en France que celle que no6 ancestres avuieat si est roi cte ment observée».
Insensiblement T usage s'introduisit de remplacer les niays, consistant en ouvrages d'orfèvrerie, par des tableaux religieux, commandés par la confrérie des orfèvres, et dout la collection était devenue à la longue fort considérable.
Pour restituer au chœur de Notre-Dame son caractère primitif on s'est vu contraint^ mais à regret, de faire disparaître les mays j ces tableaux s'harinoaisaieiiL sans doute avec l'Oeuvre de restauration entreprise sous liouis XIV ; mais, du moment que cette décoration disparaissait, que les chapelles retrouvaient leur caractère primitif, que les baies en ogives, que les piliers romans et les gerbes de coioaucttes reprenaient leur place , ces tableaux devenaient choquants et devaient à tout prix être enlevés, comme la décoration à laquelle ils appartenaient, ils étaient en outre dans un état de dégradation dont on ne peut se faire une idée quand oa ne les a pas examines de près. C'est donc, à tous les points de vue, une excellente mesure qu'a prise la fabrique de Notre-Dame quand elle a songé à les envoyer au Louvre, oii ils seront au moins soignés et entretenus, en attendant qu'on leur assigne une place digne de leur première destmation.
2^6 HI8T0IAB DE ^AaiS. . fUMIMl
Tous nos anciens annalistes ^se complaisent i mentiQP-
ner les mays.
« Le troisième tabemade,4litFloffeni Le Comtes se posa
en iGo8. Il fut plus beau et plus riche, de forme triangulairei où étoit posée à chacun de ses angles une iigiire de relief seîM sur sa base avee tous les ornements nécessaires, et quiy se renco»tr4ut, formoie^t iaditstrieu^emeAt le cul^deolampe orné des armeade Francet^ ide oionseigneur ie Uauphia et de celles du cor^b des orfèvres, armes qui leur furent données par Philippe de Yaloia, roid<^ Franice; la cuve duquel cuUde-lampe ctoit soutenue par six colonnes posées èmx à deux de chaque, coté des figures^ et le milieu des angles étoit marqué par Une figure pareille; meut assise sur son frontispice eu forme d^ dgi^e,. qui finissoit à un gros vase court, revâtu de feuillages. vuide de ses faces ëloit enrichi de iuoului'es,pour cndiasser le^ trois tableaux (pli le «enddiènt.en sa perfectioii. £n cet ordre ils le présentèrent à la sainte Vierge le prenuer jour de may i6d8 $' depuis . lequel temps ils ont cpnjÛQué tous les ans un nouveau^ contenant la vie de la. sainte Viei^e» ce qui a fini en 1*629 ( 0* ^
En 16^9 Anne d^Autriche fit élargir la diapelle de la Vierge d'une - partie saillante sur Tabside, partie qi^ M. Viollet-le-Due a supprimée» Cette modification (ce$ embellissements^ comme on disait) eu .^un^eua d'autres, , et força les orfèvres à transformer leurs, do^is. lusque-là leb peintures avaient été i aecessoii^e des reliquaires; à partir de i6^io les reliquaires disparui^nt et les tableaux restèrent. Us devaient, d'après la requête présentée à
(t) Cabinet fies SingufariiéSf par Florent Le Comte, Paris, NSeofa» Le ^terc, 1699, t. 1, p. 79^1 suiv.^ i ' '
dfW-IlM) UVRB IV. CHAPITRE IV. 2^^
MM. du. chapitre, avoiçoQze pieds de haut, représenter les actes des Apôtre?, et être suspendus aux colonnes et piliers tai}l.4u chœur qu^ la nef de réglise.
Pendant ^xantei-dix*huit ans, jusqu'en 1708, les niays,,Yi;ji'ent;4e ranger le long des piliers li Eudes ^. de SyUiy et sur les gerjics de Je^ de CbeU^s. A cette époque la place manqua ; ii iajlul en chercher une autre. Les orfèvres çfaoisirent ja vieille abbajFe de.Saint-G^rmain des Pi os. Mais là également l'espace ne tarda pas à devenir trop çtroit, ^t, au milieu dix-bnitième siècle, les dimensions furent réduites au^c proportions d^nne toile de chevalet. Ces toiles étaient su4pe^d^es aux mnis d^ la sa^ cristie, où la jEtévolutîpQ . le» trouva.
«cEn 1731, dit }a Description fie l'Église de ParU» chapitre de Nptre-Dame fit fair^ une fép^ation qui a inhuiineut plu aipc cujçieux : c^l le nettoiement et la, restauration de toya ces t^bl^ux. que. le, teo^ps et. la poussière avaient toi^t obscurcis et maltraites. Achille- Hené Grégoir.Çy peipti^ e( ^l^yc du s^^ur^Bjestoif^, par un se* cret particulier à lui connu, les a non-seulement nettoyés, mais, i^êine^los a,rétai^lis dan&lep^;^nc^çn ef pf^emier état, et cela sans aucune altération de sa pa^t. C'est le témoignage qii eu ont rendis Louis fioullog^e^ premier peinture du roi; Van^^lève e^ Nicolas Cpiostou, sculpteurs; Mi- .colas de LavgiUière, peintre \ Guillaume Cloustou, sculp« «teur ; Claude UaUé^.peintv^v^ Hyacinthe Rigaud r peintre, parleur certificat du 9 juin 17J2. Depuis ce temps J^. chapitre a bî^i) flpij|,r4e faire bien entretenir tous les tableaux de Téglise ( t ) . «
(i) ikscriptkn ki^miifm4ei ewioiiti» iê lÉ^dç Pnris^ par Giieffier, Paris» GuelBer, 1763, p. 120.
2^S HISTOIRE DE PARIS. {1108-itM)
Transportés en 1793 au Muséum de la république, où
Alexandre Lenoir en dressa le catalogue (0, les mays y furent conserves jusquen 1800. A cette date Torganisation et Tinstallation des musées de provinces, créés par le premier consul, en enleva une partie, qui constitua le premier fonds de l'école française de ces musées. On les y retrouve tous, et on les reconnaît iacilement à leur invariable dimension. En x8o4y quand Tempereur Napoléon eut relevé les autels et rétabli le eulte, ee qui restait des mays fut divisé en trois parts : la première fiit envoyée dans les églises nouvellement rouvertes et dont les inu- Vailies étaient tout à fait nues depuis 1793; la seconde resta au Louvre, et c'est là que l'on puisa de nouveau des spécimeuâ dv 1 école française quand un décret de Tempereur, du 1 5 février 1811, eut accordé deux cent neuf tableaux aux villes de Lyon, Dijon , Grenoble, ( ^aen, Toulouse et Bruxelles; la troisième retourna à Notre- Dame, où elle est restée jusqu'au mois d août 186:1.
Ces soixante-seize compositions (des contestations judiciaires entre la confrérie et le chapitre firent qu'il n*y eut de may ni en 168 1 ni en 1682) n'étaient pas des chefs-d'œuvre, tant s'en faut. Tout en voulant témoigner de leur dévotion au culte de la Vierge, les orlëvres tenaient à ne pas compromettre les intérêts de la confrérie. Us s'adressaient de préférence soit à des jeunes gens endumtés de faire un grand tableau dont les frais ne fussent pas a leur ehaige, soit à des arlistes plus âgés, mais que leur obscurité rendait modestes sui* la question des hono-
(1) Cette liste, doGumeDt inappréciable «a miliea du désordre d*alon, a été publiée m ertenso dans le Buietin ankéohgifUÊ du Comité hisio* rique, vol. 111 « p. 275 etsuiv.
(IIM-IUD LJVRE IV. CHAPITAB IV.
raires* Mai$^ si elles ne sont pas toutes des chefs-d'œuvre,
ce sont du moins des œuvres dont la valeur historique est indiscutable. PenJaut soixante-seize ans, il ne faut pas l^oublier, tous les artistes français, les plus illustres ou les plus inconnus, ont signé au uioms uue lois de leur nom les mays de Notre-Dame.
En i8o49 aux approches du sacre de Napoléon 1" , on avait cherché à réparer autant que possible le sanctuaire de Notre-Dame , mutilé et dégradé par les vandales révolutionnaires. Alors on y replaça des grilles , ainsi que le groupe de Coustou , et Ton s'oceupa d'élever un autel. Onze années plus tai*d les deux statues des rois furent replacées sur des piédestaux carrés, ainsi que les anges. En l83i on transporta ces deux statues à Tîle des Cygnes, oii > Von alla les prendre pour les conduire au musée de Versailles. Ces statues sont maintenant au Louvre. Les remarquables stalles en bois sculpté du temps du cardinal de Noailles avaient été laissées des deux cotés du chœur pendant la Révolution.
Les choses étaient en cet état lorsque les travaux de restauration furent entrepris en i b45. A^plusieurs reprises les architectes avaient manifesté des inquiétudes à Tendroit des anciens piliers du sanctuaire, revêtus île inarbre, dont la solidité leur paraissait fort compromise. Cependant on hésitait h autoriser l'enlèvement de ces restes d'une décoration placée dans un but religieux et qui consacrait un souvenir. A la fin de i aiuiée iSjj on se détermina à prendre ce parti, sur les instances de M. Yiollet-le-Duc, architecte, qui put enfin s'assurer de Tëtat des piliers. Une partie des marbres ayant été enlevée à cet effet ^ on reconnut que ces pillera se trouvaient dans
âSo UlSXOlE£ DE PARIS, (UOS^IUO
les plus dangereuses conditions. Sapés, troués de tous cotés dans l'opération du sçellen^nt des marbres^ Içurs cliapileaux brisés, leurs arcs recoupés, Us ne présentaient plus, que des inaçooaeries. frasées sous.la cliarge» L'urgence de les réparer au plus tôt apparut alors dam toute son évidence. C'est ce travail qui vient d';être t^ru)ii|é; travail d'autant plus délicat que les parties supéri^lires restaurées ne devaient faire aucun p^QUvement, sous peine de .voir les voûtes hautes et les arcs-ljoutants ilécbir et rendre ainsi inutiles une dépense considérable , et des ouvrages d'iine grand» importancie« Par des moyens ingénieux, quoique très-simples, on a réussi non-seulement à reprendre par le pied les piliers, mais encore à reËûre les .chapiteaux bmsés et les arcsaurdès^us. Des ^ais oombinés avec soiu ont permis de replace^ dje cette manière , sous .ime charge énorme, des blocs de pierre d'une grande. *dinieasion, sans que les consU uctious supérieures aient subi la moindre altération. r
Dans ses conditions actuelles , et en. dépit des embellissements aussi destructeurs^ parfois ^ que l^^vandali^mieJuimême , l'église métropolitaine de Paris ne^ ce^ d'offrir aux regards des moUis d'adnMration, aux cceurs des sujets de prière. , .
La fin légiûme.^de l'a^t est. 4e glorifier X)ieUy..et ces su- .blimes. tailleurs d'images du douzième et 4u treizième siècle avaient bien compris Ipvir mission, $^^Qpus élevons les yeux sur la façade occidentale de l'église» si.noqs (lions les m<M va illes symboliques répandues avec prpfusioa sur les façades du sud çt du- nord^ sous 1^ Vpù(^j sous les nefs, dans les transepts, nous restoais confondus au spectacLe de tant de p^li^nce ^^de.gpiûçA^ur jii. façade oçQi-
(UMtiaiV LIVE£ lY. CBAPITAE JIY. a5x
dentale s'ouvrent trois portes, porte centrale, appelée « porte du JugeniiBat » , présente à Thomme Tidée de la redoutable épreuve qu'il devra subir, inévitablement , au sortir de cette vie, et le jour terrible, le jour de cqlère, Dies iriSf où paraîtra Tétendard de la croix 9 Fexilla cruds^ oh le son éclatant de la troropetle réveillçra les morts au fond du sépulcre et les rassemblera tous (cogei omrws a^Ue ihnmum) devant le trône du souverain Juge. Alprsi.no^&fdit rjEgliset la nature et la mort seront dans Y effroi; tout ce qui était caché sera rcvclc, aucun crime ue demeurera impunii et, tandis que les maudits^ saisis d'un indicible effroi , seront chassés vers la gauche pour deyiçnir la proie^ de Ifi dmleijj' xi du rentorcù^ les justes, confiimés en grâce^ prendront place à la droite de Dieu et demeureront pour.rétermté habitants du.clel^ fils aiuiés de Dieu et concitoyens des anges.
Donc, sur la portée tlu Jugement, nos regards considèrent d'abi^d la figure de Jésus-Christ, tenant d'une main le livre des saints Évangiles ^ bénissant de raulre. Suus ses pîed^ il fo/ule le dragon et le basilic i^super aspidem et ba^ silicum ambtdatfis , et conculcabis leonem et dractmem). Autour de Notre^eigneur sont les douze apôtres; près d'eux , dans la zone supérieure , les Vertus ; dan» la zone inférieure, les Vices. Au-dessus de l'Homme-Dieu, sur le grand, hameau inférieur qui couronne la porte , la résurrection, et Timage des anges qui, au son de la tronipttte^ réveillent les morts endormis dans le tombeau. Le linteau supérieur représente les âmes pesées dans la balance et séparées selon leurs mérites. Au centre du tympan on rer U*ouve encore Fimage du Sauveur dans sa gloire , monti^ant à son Père ses plaies sacrées qui intercèdent pour
2^2 HISTOIRE DE PARIS. (1108-il8af
nous ( Patri monstrat dura vulnera). Près de lui, à droite et à gaïu he , outre les instruments de la Passion , ou remarque les figures agenouillées de la sainte Vierge et de TapuLie sailli Jçaa. Sous les voussures, divisées eu sa rangées de claveaux, apparaissent des élus, des réprouvés » des anges, des prophètes, des docteurs, des martyrs et des vierges. Toute cette statuaire se distingue par la beauté du style et parle fini incomparable de Texécution; c*est Tune des plus magnifiques pages arclntec:tuiaies qui nous soient restées des siècles vraiment chrétiens.
Sur le stylobate nos ancêtres avaient sculpté vingtquatre bas-reliefs, représentant douze Vertus en opposition avec douze Vices, places immédiatement au-dessous. M. Didron, dont le nom fait autorité lorsqu'il s agit d*ar^ chéologie chrétienne, donne en ces termes l'explication de ces bas-reliefs.
1 ^ En liaut, à gauche du spectateur, la Foi : une grande femme de trente ans, calme, dans un vêtement simple, porte de la main droite un écusson chargé d'une croix ; à côté est une rose. Au-dessous, ï Idolâtrie: un homme chétif , amaigri , se prosterne devant une petite figure en relief sur un médaillon.
2^ \J Espérance : une femme plus jeune que la Foi, plus rassurée qu'elle, les yeux au ciel ; elle porte sans doute sur un cliantp de bataille, d'une main ferme , un ecussou où flotte au vent un étendard attaché au bout d'une pique. Au-dessous, un malheureux s'enfonce dans le flanc droit un glaive qui ressort par le flanc gauche : c'est le Suicide personnifiant le Désespoir,
3® La Charité : une jeune femme se dépouille de ses véten^ents pour en couvrir un eufunl louL uu j l'écussou qu'elle
aiOS-llSOj LIVRE IV. CHAPITRE IV» ^53
lienl à la main est charge d^une brebis qui vient d*aban* donner sa toison pour en faire des tissus. Au-dessous, Vjévarice: une femme vieille, décharnée, entassant des poignées d ëcus dans un coffre-fort bardé de fer. jtn été l'Avarice se cache les mains dans une sorte de manchon , vêtement inutile pourtant dans cette saison, tandis quVn hiver la Charité se dépouille de ses vêtements les plus né* cessa ires.
4^ La Justice : femme plus jeune que la Cliarité, portant sur son écusson une salamandre qui ne redoute pas les flammes qui l'entourent : la Justice ne craint aucun obstacle. Au-dessous, V Injustice : un homme encore vigoureux ii'a plus la force de soutenir égaux les plateaux d'une balance; il ne traverserait pas les flammes pour faire à chacun sou droit.
5^ La Prudence : une femme armée d*un serpent qui s'enroule autour d'un bâton; elle délibère avec lenteur. Au-dessous, ï Imprudence ou la Ibiie : un homme presque nu frappe Pair d'un bâton noueux; un olifant k la bouche , il sonne ses secrets à tous les échos; sa tête est renversée et flotte à tout vent.
6^ La Modestie^ grandeur des sentinieuts : une femme assise pose tranquillement sur ses" genoux un écu chargé
d uii ai^le au vol abaissé. Au-dessous, un honnne tombant d'un cheval lancé au galop : Orgueil^ Témérité,
A droite y de l'autre côté de la grande porte, sont douze médaillons distribués de la manière suivante :
1* Le Courage : un guerrier de face (i), couvert d'une cotte de mailles, casque eu téte tleuronné d'une fleur de
(i) Il faut peut-i trc- remarquer que les autres Vertus uc soul que de profil ou des d«UK tiers.
^54 HISTOIRE DB PARIS. (ilOS-llMj
lis, une cpëé nue à la main droite, à la gauche un ëcusson chargé d'un lion passant. Aunlessous, la Lâcheté : m soldat bien armé fuit, non devaiiL des ennemis, mais au cri d'une chouette qui glapît, devant un lièvre qv le pour» suit. II a jeté son épée pour fuir plus vite.
La Douceur : une femnie^ regardant le Courage et la Force , porte sur son écusson une yaéhe passante» béte plus douce que forte. Au-dessous, à côté de la Lâcheté, la Cruauté : le soldat tire son épée du fourreau et menace un moine inoffensif. * '
3^ La Concorde : comme la Douceur, dont elle naît', die porte un anlinal domestique, un mouton, dans son écusson. Au-dessous, la Colère : une femme grande, maigre, assise sur un fauteuil , renverse d'un coup de pied dans le ventre un homme, son mari probablement, qui accourait lui làire un présent. * '
4** La Chasteté : elle porte un lis sur son écusson; elle reçôit dû ciel un phylactère où ses devoirs 'de fèmîne mariée sont écrits. Au-dessous, V Incontinence : un bourgeois furieux bat sa fémmé; aux pieds gisent une bouteille de vin, une cruche, une quenouille brisées. ' *'
5^ Sobriété : une femme , d*une physionomie intelligente , porte sur son écusson un chameau agenouillé , le plus sobre des animaux. Au-dessous, X Intempérance : un homme ivre chancelle, et n'écoute pas les représentations d'uu évéque. ' ' ' '
6* La Persét^érance ;'ùne femme dont récusson porte, d'après iM . Gilbert , un compas et un aplomb sur une base écrite, ét, d'aprèà' M. Didroti, ^^né cdnibnné. Audessous, un nioiuesort pendant la nuit de sou couvent, laissant ses vêtements sur la porte.
(Il«.lttl| LIVBB IV. CRAPITRB IV. a55
Aux deux extrémités des médaillons que Ton vient de décrire sont sculptés, sur les filées htérales des contreforts, deux doubles bas-reliefs qui servent en quelque sorte de prologue àia série des Vices et des Vertus'. Les deux sujets donnant un exemple de vertu sont Job sur le fumier et Abraham prêt à sacrifier son fils. Sous la confiance de Job est un homme grand, armé , qui semble ci auulre pourtant, parce qu'il entend gronder un ruisseau près de lui et qu'un corbeau croasse sur sa tcte. Sous l'obéissance d'Abraham est Tlmpiété braVant le Ciel : un guerrier habillé dé fer, debout sur les murs crénelés d'une ville, lance un javelot contre la foudre qui tonne. Sur les deux faces latérale^^taientde gràïidesstaïues en pierre représentant les douzeapùtres avec leurs attributs, foulant aux pieds les vices qu'ils ont combattiis,les honneurs qu'ils ontanathématîsés. ~ Enfin , au milieu , sur le trumeau , était une statue de Jésus4^hrist. Ces divers groupes, ces statues, ces pieux monuments de la foi dv nos ancêtres ont été rétablis à la place qu'ils occupaient dans Torigine , ou iié tarderont pas à y être replacés par les savants architectes aux soins desquels a été confiée la restauration de Notre-Dame. ' On >entarque à la porte du Jugement des traces nombreuses de coloration et de dorure, surtout dans la partie supérieure dû tytnpàii. lÀ nimbe du Christ y est encore complètement doré. Les Annales archéologiques de M; Didroîi nous fournissent, au sujet de la statuaire de cette porte et de la coloiatiou des figures, un renseigneibient.de la plus iiaute importance. C'est un'extrait de la rclaliou qu'un éveque de la grande Arménie, nommé Martyr, a laissé de sou voyage en France, sous le règne de Giarles VIII, entre les années 1489 et 1496. I^e prélat
^56 HISTOIRE DE P.UUS. CUOa-llMJ
rësame ainsi ses observations sur Notre-Dame de Paris ; o La grande église est spacieuse, belle, et si admirable qu il est impossible à la langue d'un homme de la décrire. Elle a trois grandes portes tournées du coté du coucliant. Entre les deux battants de la porte dù milieu le Christ i est représenté debout. Au-tltssus de cette porte est le Christ présidant au jugement dernier ; il est placé sur un trône d'or et tout garni d'ornements en or plaqué. Deux anges sont debout à droite et à gauche ; l'ange à droite est chargé de la colonne à laquelle on attacha le Christ et de la lance avec laquelle on lui perça le coté. L'ange qui est debout, à gauche, porte la sainte croix. Du côté droit est la sainte Mère de Dieu agenouillée, et du coté gauche saint Jean et saint Etienne. Sur la voussure sont les an* ges, les arclianges et tous tes saints. Un ange tient une balance, avec laquelle il pèse les péchés et les bonnes actions (les hommes. A la gauche, mais un peu plus bas, sont Satan et tous les démons qui le suivent ; ils conduisent les hommes pécheurs enchaînés et les entraînent en enfer. Leurs visages sont si horribles qu'ils font trembler et frémir les spectateurs. Devant le Christ sont les saints apôtres, les pi ophètes, les saints patriarches et tous les saints, peints de diverses couleurs et ornés d'or. CiCtte composition représente le paradis, qui enchante le regard des hommes. Au-dessus sont les images des vingt-huit rois, représentés la couronne en tête ; ils sont debout sur toute la longueur de la façade. Plus haut encore est la sainte Vierge, mère du Seigneur, ornée d'or et peinte de diverses couleurs; à droite et à gauche sont des archanges qui la servent. » Ce récit, on le voit, est d'une assez complète exactitude.
(1108-llM) LIVRE IV. CHAPITRE IV. 20^
La porte qui s'ouvre à la droite de la porte centrale
est désignée sous le, nom déporte Hainte-Anne ; elle est composée de fragments ayant appartenu à un édifice du douzième siècle, que les maîtres du treizième ont intercalés au milieu de Tarchitecture de cette époque. Le premier linteau de la porte appartient au style du treizième siècle et représente le Mariage de la sainte Vierge. Le linteau supérieur est presque entièrement du douzième siècle; il représente laYisitation, la Naissance du Sauveur, les bergers et les mages. Au centre du tympan est la Vierge couronnée, tenant Tenfant Jésus devant elle ; à droite et à gauche, et sur le second plan, sont des anges, un roi et ua éveque. Les eordons qui surmontent et ceignent ces figures représentent des anges thuriféraires, des rois ancêtres de Mai ie, des prophètes et des vieillards de l'Apocalypse.
Un stylobate orné d'arcatures ogivales , avec leurs colonnettes^ leurs archivoltes hordées de billettès et leurs fonds semés de fleurs de Ib en creux, garnit les ébrasures de la porte Sainte- Anne ; il a été refait depuis peu ; l'an* cienne décoration avait subi de fâcheuses dégradations. Au-dessus de cette base il y avait place de chaque côté pour quatre statues accompagnées de colonnettes, de splendides chapiteaux et de dais en forme de châteaux (i). L'abbé Lebeuf, si bon juge en pareille matière, croyait c{iie ces figures étiueht antérieures à la porte oii elles se trouvaient posées et qu'elles avaient été réservées de que^ que autre église. U y reconnaissait d'abord saint Pierre et
(i) Les chapiteaux sont enveloppés de ^branches entières de chêne ^ d'orme, de vigne, etc.
Les dais sont de véritables châteaux forts en miiiiature.
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