‹ Histoire de Paris depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours (volume 3)Chapitre 28 sur 64 · HISTOIRE DE PARIS. (110M180J · texte numérisé non relu

HISTOIRE DE PARIS. (110M180J

saint Paul. Deux reines, placées chacune entre deux rois,

lui paraishaieut être la reine de Saba et Bethsabé, symboles bibliques de l'Église. Un des rois, tenant un instrument à cordes, était David j un autre, Salomon. Le troisième et le quatrième représentaient des personnages de la généalogie royale de la Yierge. Ces effigies de rois et de reinesy d'une forme aplatie et d'un trait minutieux^ semblaient les plus anciennes de toute la basilique. On dit qu'elles ressemblaient fort à celles du portail occidental de la cathédrale de Chartres. Elles sont gravées dans les Antiquités deD. Monttaucon, avec des noms mérovingiens; le David y prend celui de Chilpéric I^^ qui se croyait y dit-on, un peu musicien; les autres passaient , nous ne savons en vertu de quek rensrignements, pour Clotaire T*" et Clotaii e il, Arégonde , Gontran et Frédégonde. Nous n'avons pas besoin d'ajouter que Topinion de Tabbé Lebeuf a seule, sur ce point, quelque valeur à nos yeux.

La figure longue a mince adossée au piKer-trumeau est celle de saint Marcel, neuvième evêque de Paris, mort le I*' novembre 436. Elle date des premières années du treizième siècle; mais, sous Tinâuence du style roman d'une partie des sculptures de la porte, l'artiste qui Ta faite lui a donné un caractère plus ancien.

Le trumeau est comme une haute tour carrée , couronnée de tourelles et percée de longues ouvertures, les unes cintrées, les autres ogivales. Deux anges, en tuniques ornées de "pierreries, les ailes ouvertes et les mains élevées^ sont placés en consoles sous le linteau. Sur la dernière assise de chaque montant de la porte on voit le commencement d'un rinceau qui devait descendre jusqu'en bas et

(if6MlM) LIVRE IV. CHAPTTRB IV. :t59

qui s'est arrêté en chemin. Son feuillage un peu plat, mais

d'une exécution savante, encadre de perles, rappelle les rinceaux si vantés de la porte des Valois à Saint-Denis.

Comme les tympans des deux autres portes ^ celui de la porte Sainte-Anne se partage dans sa hauteur en trois zones. Les additions faites au treizième siècle pour le compléter ont mtroduit dans les sujets une espèce de surabondance, une confusion même, qui n'existaient pas dans le principe. L'histoire de sainte Anne et celle de la Vierge s'y mêlent avec un certain désordre dans la partie inférieure , qui apparlieal au treizième siècle , tandis que la sculpture romane se présente au-dessus avec une régularité parfaitement claire. Ainsi qu'à la porte centrale, il faut rattacher ici au tympan le premier personnage ou le premier groupe de chacuu des quatre cordons de la voussure.

A droite, quatre personnages debout dans cette voussure , jeunes , imberbes, coiffés de chapeaux en pointe , tenant à la main des restes de baguettes, sont les descendants de David , que le grand-pretre avait convoqués pour dioisir parmi eux un époux à Marie.

A la gauche de la porte centrale, sous la toui' du Nord , est placée la porte delà Fierge ; elle était aussi remarquable par le génie du sculpteur que par la composition ^ mais les iconoclastes de 179^ Tont presque entièrement mutilée et détruite. De nos jours on s'est efforcé de lui restituer ses ornements et son caractère. Sur les linteaux, au milieu des rois et des prophètes de l'Ancien Testament, dont les artistes du moyen âge prodiguaient volontiers Teffigie, on remarque des groupes figurant l'ensevelissement de la Vierge. Le tympan représente le couronnement de

200 HISTOIRE DE PARIS. (Il(»-ll8ê)

Marie; la Mère de Dieu est assise à la droite de son Fils; un ange pose une couronne sur sa tête ; deui. anges s*agenouiUent devant elle ; sur quatre rangs apparaissent des angesy des patriarches, des rois de la tribu de Juda et des prophètes inspirés de r£sprit*Saint.

Le fond du cadre ogival offre trois divisions; dans la première sixiigures assises, représentant des prophètes,

portent des phylactères sur leurs genoux ; dans la seconde la Vierge est ensevelie par les apôtres; dans la troisième elle est couronnée par un ange. Sur les daix faces latérales du portail étaient huit grandes statues représentant Aaron avec sa tiare de grand-prétre, Moïse armé des Tables de la loi, saint Jean-Baptiste portant Tagneausur son disque, saint Bernard, Philippe-Auguste et deux anges. Au-dessus des niches, de ciiacjue côté, sont plusieurs sculptures qui, quoique mutilées , méritent de fixer Tattention. On y re* marque, à droite, le démon tentant un jeune homme , à gauche les symboles des quatre évangéhstes. Au fond des niches de petits bas-reliefs représentent , entre autres sujets, le martyre de samt Étienne, saint Pierre, vêtu eu évéque, tenant les clefs du Paradis, le martyre de saint Denis, saint Michel terrassant le dragon.

Dans le haut du tympan Marie glorifiée paraît comme reine des. anges et des hommes. Assise à la droite de son FilS| qui la bénit, elle vient de recevoir sa couronne des mains d'un ange sortant d'une nuée au sommet de l'ogive. La tête du Christ est également couronnée. Deux anges , un genou en terre, portent chacun à deux mains un chandelier, l'un bien complet, avec son cierge, l'autre en partie brisé*

La scène se complète par la voussure tout historiée de

pei5onnages. Marie a pour témoins de son triomphe les angesy les patriarches , les rois ses aïeux et les prophètes. Les figures se disposent sur quatre rangs , quatorze au premier comme au second, seize au troisième aussi bien qu'au ^mier, soixante en totalité. Chacune se place sous un petit dais en château, qui sert de socle à la suivante. Le premier personnage de chaque cordon, à droite et à gauche, est en pied^ les autres ne se font voir qu'à nii-corps. Les huit figures principales sont six prophètes et deux rois placés debout, presque semblables à ceux qui siègent dans le tympan ; leurs mains tiennent des banderoles qu'ils considè* rent avec attention et dont ils semblent méditer le sens. Il y en a qui se communiquent leurs réflexions. Un prophète compte avec ses doigts, comme sHl supputait les temps de la venue du Messie; un autre est coiffé d'un bonnet eu forme de conque (i). Les ]^as>relie6 les plus curieux, et qui se trouvent au nombre de trente-sept , sont ceux qui représentent les douzes signes du zodiaque et les travaux agricoles des douze mois de Tannée, sculptés, dans Tordre suivant, sur les faces des pieds^iroits de la porte : le Ver* seau ou janvier, représenté par un jeune homme à cheval sur un poisson ; les Poissons ou février, le Bélier ou mars, le Taureau ou avril , lesGémeaux ou mai, le homard ouGancer en juin, le Lion eu juillet, la Vierge en août , la Balance eu septembre, le Scorpion en octobre, le Sagittaire en novembre, et le Capricorne en décembre. A côté de chaque signe sont des figures indiquant les travaux propres à chaque mois.

Sur le piUer du centre, auquel est adossée la statue de (I) M« F. ét GoUbcmiy.

262 HISTOIRE PB PARIS* HIÊÊUÈm

k Vierge 9 aont sculptés^ sur les deux &oes lalàrales, les âges de rhomme et les saisons.

Daasle tyinpaa d'une des ogives de Tarcature du stylobate, en face de FOcéan, la Terre est représentée sous la forme d'une femme forte, assise et comme immobile sur son siège. De la main droite elle tient une baute plante her* bacëe qui sort d'un vase *, de la gauche, un chêne chargé de glands. Une jeune fille, personnification de la race hu» malne, s'agenouille dans le giron de sa mère et lui saisit la mamelle droite, oiielle puise, la vie. Ce beau et curieux bas-relief a par malheur beaucoup souffert.

Le zodiaque de Notre-Dame est conforme aux usages de l'année ecclésiastique; il commence avec le mois de jan* vier, tandis qu'au treizième siècle, et jusqu'à la réforme du calendrier^ sous le règne de Charles IX, Tannée civile ne s'ouvrait qu'à Pâques. La coutume de sculpter des zodiaques aux façades des églises remonte aux premiers nècles chrétiens; on en trouve un sur les murs de marbre de l'ancienne catliédrale d'Atliènes ; l'Italie en possède un très-grand nombre en sculpture , en peinture et même en mosaïque. En France il est peu d'églises d'une cei taine importance qui n'en présente au moinaun. L'église deSaint- Denis en avait un en mosaïque, un autre gravé en creux sur les dalles des chapelles absidales, et un troisième en bas-relief sur sa &çade. Le dernier subite; il est aussi resté quelques fragments des deux autres. A Notre-Dame il se pourrait foire que le sculpteur n'ait pas seulement voulu s assujettir à une tmdilion généralement suivie, mais encore convoquer la nature entière au triomphe de

la Vierge.

Dans les arcatures on remarque les statues ,d^ plusieurs

(Il08-li8ô) LIVRE IV. CHAPITRE IV, ^63

sainte^ et entreautrescellesdes protecteurs de Paris et de la

Gaule. Au-dessus des trois portes se développe une ncbe galerie composée de colooaes détachées, et, dans les entrecolonnements , l'art moderne, se conformant avec docilité aux traditions du moyen Age , a rétabli les statues de ^ngt-huit rois qui ne sont pas , comme beaucoup l'affirment, des rois de France ^ mais bien les ancêtres de Marie , les héritiers de David.

On ne se lasse pas d'étudier les délails de cette façade occidentale. Tune des plus magnifiques pages architectu* raies quele vieux Paris derouie encore sous uos yeux. Nous avons esquissé, trop à la hâte, les trois portails, les cordons brodés et dentek s qui les suimoiitent, rimnieuse rosace centrale, la haute et frêle galerie d'arcades à trèfle <pii porte V sur ses fines colonnettes, une plate»forme massive, enâii les deux noires tours, avec leurs auvents d'ardoises, parties harmonieuses d'un tout sublime, superposées en cinq étages gigantesques : œuvre colossale d'une époque, à la fois une et complexe, création humaine de l'art, ou sur chaque pierre on voir apparaître la fantaisie de 1 ouvrier, disciplinée par le génie chrétien. Mai^ combien d'efforts ne restO't^il pas à foire pour réparer, au dehors et à l'intérieiur, le travail destructeur des iconoclastes et \e% embellissements marqués à Tempreinte du faux goût des architectes païens des deux derniers siècles 1 Qui a renversé cette prodigieuse effigie de saint Ghristophe qui plaisait au peuple et nous apprenait, en syniJbole, à porter Jésus-Christ dans notre coeur ? Que sont devenues ces myriades de statues qui remplissaient tous les entrecolonnements de la nef et du chœur ? Qui a remplacé le vieil autel gotiiique par un long sarcophage de pierre et de marbre? Qui a détruit

2l6/| HIbTGlK£ DE PARIS. (1108-1180)

les verrières et englué les murs d'un badigeonnage jaune si fort à la mode au temps de Liouis XY et de Louis XYIIl? Les modes artistiques ont fait plus de mal à ce majestueux édifice que les révolulioiis et le temps ; elles ont déployé avec une lamentable profusion , à Tintérieur du monu* ment, leurs volutes, leurs entournements, leurs draperies, leurs guirlandes, leurs tlammes de pierre, leurs nuages de bronze^ leurs chérubins bouffis qui ressemblent trop souvent aux. petits amours sculptes par les uiaçons de la Henaissance.

Félicitons notre siècle d* avoir eufin compris Tart du moyen âge et d'avoir renoncé à la dérisoire mission de restaurer Notre-Dame selon le goûtmodei ne. Nous aimons voir restituer à ce monument splendide tout ce qui se rattache à l'œuvre primitive des tailleurs de pierre qui exécutèrent les ordres de Maurice de SuUy et se montrèrent dociles à la pensée du saint roi. Notre-Dame est un édifice de trausition, qui tient à la fois de Tarchitectui^ saxonne et de l'architecture des croisades. L'ogive s'est installée sur ces larges chapiteaux qui ne devaient porter que des pleins-cintres. C'est là une construction hybride aussi intéressante pour l'artiste que pour l'antiquaire et l'historien. L'art se transformait tandis qu'on élevait le monument.

La porte du transept septentrional est désignée sous le nom de porte du Cloître^ parce qu'autrefois elle commu- . niquait à cette annexe de la catliédrale, au célèbre cloître de Notre-Dame, dont il ne reste aucune trace. Ainsi que la porte du Sud, cette porte septentrionale date de la seconde moitié du treizième siècle; elle conserve encore la statue deson trumeau, une magnifique figurede la Vierge ;

(lliMiai) LIVRE IV. CHAPITRE IV. ^65

le diviD £n&nt seul a été mutilé par Tinepte marteau des révolutionnaires. Sous les pieds de la Mère de Dieu rampe le serpent, ennemi du genre humain ; les bas-reliefs qui décorent le tympan et les linteaux rappellent des légendes du moyen âge, et, en même temps, Thistoire de Marie. Les trois voussures qui entourent le tympan portent des anges, des saintes femmes et des docteurs. A la suite de cette porte, en s'avançant vers le chceur, on rencontre la Porte rouge ^ enclavée entre deux contre- forts sous une fenêtre de chapelle, et dont le tympan représente le couronnement de la Vierge, Mère de Dieu. Du côté de Notre*Seigneur Tartiste a sculpte la figure d'un roi \ du coté de Marie^ celle d'une reine; tous deux sont à genoux, et on croit avec raison que ces images sont celles de saint Louis et de la pieuse Marguerite de Provence. La porte méridionale, dite des Martyrs^ est particulièrement dédiée à saint Etienne^ en commémoration de l'église Saint-Étienne qui existait autrefois sur cet emplacement et qui fut démolie lorsqu on voulut construire la cathédrale actuelle. Le bas«relief du tympan retrace quelques scènes du martyre du saint diacre qui, le premier, après la résurrection du Sauveur, eut la gloire de verser son sang en témoignage de la divinité de Jésus-Chi ist. Au sommet du tympan Notre-Seigneur, entouré de deux anges, bénitsaint Etienne. Les trois voussures de cette porte sont décorées de figures de saints, de moines, d ecclésiastiques, et principalement d'anges portant les couronnes destinées aux martyrs.

Sur le coté méridional de ^iotre-Darae s'élevait autrefois le palais archiépiscopal. L'un des plus lugubres souvenirs de la révolution de i83o est celui qui se rattache aux saturnales des 1 3 et 1 4 février i83i, alors qu'une po-

a66 HISTOIBB OB PABIS. (ttIMfll

pulace en délire^ &ous les yeux d'une autorité impuissante et lâche, osa détruire de fond en comble cet édifice et livrer aux plus lamentables profanations les croix, les reiiques, tous les trésors de la religion et de TÉgUfie. Nous décrirons plus tard cet édifice.

De tous les vitraux qui décoraient la cathédrale il ne reste que les trois ruses des trois portails. Ixi verrière de la rose occidentale montre au centre la Vierge couronnéei tenant un sceptre et portant l'enfant Jésus qui bénit. La rose du transept méridional présente, sur son vitrail^ les douze apôtres, et beaucoup d'évêques et de saints qui ont en maiu soit les palmes du triomphe, soit les instruments de leur martyre. Des anges leur apportent des cou» roiuies d'or. La rose du transept nord, consacrée, comme le portail^ à la vie de la sainte Vierge, nous montre encore Marie avec sou Fils, mais entourée des patriarches, des * juges, des prêtres, des prophètes et des rois.

La cathédrale de Paris est construite en forme de croix latine; on compte dans cette egUse cinq nefs, trente-sept chapelles affectées au culte ou servant dé passages, trois roses de quarante pieds de diamètre chacune, cent treize fenêtres, soixante-<quinze colonnes ou piliers libres, non compris les t oloanes engagées, cent huit colonne ttes aux baies de la tribune. Les contre-forts, les clochetons, les gargouilles liistoriées, les pinacles, les colonnettes monostyles ou groupées en faisceaux dans les galeries, dans les fenêtres , dans Tintérieur des tours, aux retombées des .arcs , les balustrades à jour^ les pignons feuillages, les corniches chargées de végétations, les consoles en figures d'hommes et d'animaux sont en quantité vraiment innombrable^ Qi| dmit que le treizième âècle.

(IIMIM) LIVRE IV. GHAPrntS IV. I167

celte ëpoque empreinte de tant d'originalité et de puissauce, a voulu se 1 osumer dans ce monument, qui inspire une sorte de terreur religieuse mélëe d'admiration et de respect.

Les vers suivants, écrits dans un tableau qui était placé autrefois à l'entrée de l'église , près de Timage de saint Christophe, donnent les diineosious de Tédifice :

Si tu veux sçauoir comme est ample De No8tre-Dame le snind temple»

n a dans son oeaure» pour seur.

Dix et sept toiies de lundteiir, Sur la largeur de vingt et quatre , ^ Et soixante^nq, sans rabattre, A de long. Aux touis haujt montées Trente-quatre sont bien comptées; Le tout fondé sur pilotis , Ainsi vray qoe je te le dis.

Au point d'intersectkm des quatre branches de la croix

existait autrefois une haute flèche qui fut seiileiiient démolie en 17979 parce que, dit-on, elle menaçait ruine. On vient de rétablir cette flèche en charpente, qui datait du commencement du treizième siècle, ainsi que le d^ numtrait de la manière la plus évidente la sculpture qui décorait la base du poinçon sous la couvci turc (ce fragment a été conservé). Les gravures d'Israël Sylvestre, le plan de Gomboust, celui de Mérean nous ont conservé Taspect de la flèche centrale de la cathédrale. Quant aux descriptions anciennes, elles sont, commecelles de plusieurs grands édifices de Paris, d'un laconisme incroyable. Le Père du Breuil, dans son Théâtre des ÀrUîquUés de * ParUj s'étend fort longuement, comme chacun sait, sur les autels de la cathédrale , sur les dignités et privilèges

^68 HISTOIRE DB PAEIS. (1108-llM)

des chanoines; mais de l'édifice le peu qu'il veut bien

consigner dans sou livre est assez obscur.

« La charpenterie, dit-il^ qui sousiieni la couverture de plomb de ceste cathédrale église ne porte que sur les quatre gros murs^ non plus que celle du petit clocher^ qui est au-'dessus du milieu de la croisée, basty sur un gros tronc de bois, soustenu seulement par quatre grosses poul* très qui posent sur les quatres principaux pilliers d'icelle

croisée Dans le petit clociier sont six petites cloches,

non comprise la cloche de bois* v

Il ne faut pas prendre à la lettre, bien entendu, la description du P. du Breuil, qui probablement n'était jamais monté dans la charpente de la flèche et qui en parlait sur le dire de quelque sonneur, La souche de cette ilèchci qui existait encore en place il y a quelques années, ne reposait pas sur a quatre poutres, » mais bien sur un système de charpente fort ingénieux et bien conçu ^ lequel reportait en effet toutes les pesanteurs sur les quatre piliers du transept, Lorsqu^ona touIu, de nos jours, reconstruire la flèche, ce même système a été suivi avec de notables améliorations. Ija liauteur de la nouvelle flèche est de quarante-cinq mètres depuis le faîtage du comble jusqu'à la croix. Cette croix porte six mètres. Du pavé de l'église au coq on compte quatre-vingt-dix mètres environ .

Ija flèche actuelle est sur un plan octogonal dont la base

a sept mètres de lai geur hors œuvre. Elle se compose d'un étage fermé, dégageant lecomble,dedeuxétagesà jour, portant des plates-formes accessibles, et de la pyramide supérieure. Llleest entièrement en bois de chêne deChampagne, choisi et enmagasiné depuis longtemps, car il s'agissait de

(llIB-ltM) LIVBS IV. CHAPITRE IV. ^369

trouver des piècesayant jusqu'à quinze mètres de longueur, €{ui aujourd'hui se trouvent rarement dans nos forêts. Ces bois, taillés rétédernier( i858)dans lesciiantiersdeM.Bellu, sur les dessins et Iraoés de M. YioUet-le-DuC) architecté de la cathédrale, ont passé tout Thiverà Tair libre. Le montage a été commencé le i4 février iSSg et fini le lo mai, sans difRculté comme sans accident. La charpente, imprimée au minium, a été recouverte de plomb.

Bien que l'ensemble de la flèche présente une silhouette assez sévère, la plomberie Tenrichit de crochets, de cfaapitaux, de gargouilles et de frises. On estime que cette plomberie pèsera aoo,ooo kilogrammes environ. Quatre grandes contre-fiches^ décorées d'arcatures rampantes, des statues des douze Apôtres et des quatre symboles des évangélistes, étayent la flèclie dans les quatre noues du comble. Cette disposition, qui existait dansl'origine, a été rétablie par Tarchitecte^ à F aide des renseignements trouvés sur place.

Celui qui considère Notre-Dame, qui en étudie les prodigieux détails, les merveilleux ornements » ne peut détacher ses regards des deux tours carrées élevées comme des sentinelles aux extrémités de la façade principale. Au-dessus de la galerie de la Vierge, terrasse à ciel ouvert, bordée d'une balustrade à jour, qui forme le troisième étage du portail, les deux tours commencent à se détacher de la masse du monument. Une arcature à jour les relie encore Tune à Tautre et forme la transition entre la partie pleine du portail et la séparation absolue des clochers. Cette arcature, haute et légère, se compose d'ogives géminées, avec colonnettes en faisceaux pour supports et trèfles percés dans les tympans. Suspendue

2'JO HISTOULB D£ PARIS. (tiOS-ilM)

entre les tours^ elle va se prolonger ensuite sur leurs quatre iparois et les enveloppe d'une bnlhuite galerie. Respectant les contre-forts qui lui font obstacle , elle laisse seulement sur les parements de leurs {nies Temprdnte de son passage. A son sommet elle porte une balustrade découpée en quatrefeuilles, à tous les angles de laquelle sont venus percher des oiseaux, s'accroupir des démons et des monstres. Ces pit* toresques figures viennent d'être rétablies; les anciennes n'existaient plus; mais quelques-unes^ en tombant, avaient laissé leurs pattes attachées à la pierre.

Les tours s'élèvent ensuite carrément , désormais libres dans Tespace. Leurs angles disparaissent derrière des contre«forts énormes , bordés dans toute leur hauteur de longues suites de feuilles en crochets , surmontés de gargouilles et de clochetons. A cliaque tour, €t sur chacune des quatre bces , s'ouvrent deux baies ogivales , d'une dimension extraordinaire , dont les ébrasures sont tapissées de colonnettes et dont les archivoltes se divisent en nombreuses rangées de tores. Les cordons externes des arcs descâident sur des masearons à têtes grimaçantes. Enfin , pour couronner l'eeuvre, au-dessus d'une double ligne de grandes et larges feuilles, une balustrade semblable à celle de la dernière galerie cpie nous venons de décrire environne la terrasse revêtue de plomb où Tarchitecte a posé sa dernière assise. A l'un des angles de la balustrade de chaque tour une tourelle terminée par un fleuron recouvre la cage de Tescaher. Les parties latérales des tours présentent le même système d'arcbitecture , excepté cependant, aux étages inliérieurs, où se trouvent de longues baies en ogive simple pour donner du jour aux porches, et des tourelles polygonales percées de barbacanes pour contenir

(ItiMtai) LIYBE IV. CHAPITRE IV. H'jl

des escaliers (i)... L'escalier qui conduit au sommet de chaque tour n'a pas moins de trois cent quatre-vingts degrés. L'étage inférieur forme un porche en avant des collatéraux de la nef. Dans les étages supérieurs onrtrouve de vastes salles voûtées. Il y a surtout, dans chaque tour, à la hauteur de la galerie de la Vierge, une salle immense et magnifique, où la lumière habilement ménagée vient grandir encore les formes de Tarchitecture. Qiacune de ces salles contient dans un de ses angles un escalier remarquable, emprisonné dans une tourelle de pierre percée à jour. U n'est pas possible de se faire une idée des proportions colossales de Notre-Dame tant qu'on n'en a point parcouru en détaiUes tours, les terrasses, les galeries.

La sonnerie de la cathédrale de Paris avait autrefois une grande .réputation. La tour du Nord renfermait sept cloches, et il yen avait six autres dans le clocher central du transept. Les deux plus grosses de toutes, qu'on appelait les bourdon» de Notre-Dame, étaient plac^ dan» la tour du Midi. Sans parler des autres cloches d'aujourdliui, qui n^ont aucune importance , nous dirons que Notre-Dame a conservé le plus gros et le plus harmonieux de ses deux bourdons.. Les Parisiens lui ont voué une affection singulière, et dans les jours solennels le peuple se plaît fort à l'entendre sonner. Le poids en est évalué à trente-deuxmilliers (2). Il porta d'abord le nom de Jacqueline, du nom de sa marraine, Jacqueline de la Grange, femme de Jean de Montaigu (3). ' ,

(1) M. deGiiilhenny. , (a) /«frm.

([3) Cette cbche, baptisés en lioo» fat refondue eb 1686 et reçut alors les noms d'Emmanuél-Loulie-Tliérèie. -

Page 1