HISTOIRE DE PARIS. (UM4ISD
En arrière des tours s'élève le graad pignon triangulaire qui clôt le comble de la nef. Sur la pointe un ange sonne de la trompette , soit pour annoncer le jugement à venir, soit pour convoquer le peuple chrétien. U est contemporain de la façade; le sculpteur Ta dispose de manière à donner le moins de prise possible aux vents et
aux tempêtes qui 1 assaillent sans l elacho.
Tel est ce portail superbe , évidemment conçu et exé* cuté par le même homme dans sa partie la plus considérable et la plus magnifique. On peut assurer aussi que les travaux se sont poursuivis rapidement, sans éprouver de retards, depuis les soubassements des portes jusqu'au point oii les tours commencent à se séparer de la masse. L'unité de l'ensemble, la similitude des profils et des innombrables détails attestent) mieux que ne le pourrait faire le texte le plus avéré, que tout ici a été produit d'un seul jet, sous Tinfluence d'un même art et d'une même inspiration. Combien ne regrettons-nous pas de ne pouvoir dire quel fut le maître de cette œuvre ! U n'a pas songé à nous transmettre son nom , et ses contemporains n'ont rien lait pour suppléer à son silence, u L'homme, l'artiste, l'individu s'effacent sur ces grandes masses sans nom d'auteur; rintelligence humaine s'y résume et s'y totalise. Le temps est l'architecte, le peuple est le maçon. » Nos lecteurs auront recoimu sans peine dans ces dernières lignes le style coloré de celui qui a écrit la i\otie^Dafm de Paris. Quant à la partie supérieure des tours et à la galerie qui les réunit , elles témoignent, la galerie surtout, par ses formes amincies et par une certaine exagération de légèreté, d une reprise qui aura ^probablement eu lieu dans la seconde moitié du treizième siècle , vers le
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temps où Jeaa de Chelles commença son portail méridional . Il serait impossible en effet d'admettre que la galerie des rois et celle des tours soient contemporaines. I/ceuvre s'est arrêtée peadaut bien des années au couronnement du portail, et Ton peut aisément se rendre compte d'une interruption pareille (i).
Les façades latérales de Téglise sont fort belles et enri* chies de remarquables sculptures. Du coté du nord s'élevait autrefois le célèbre cloître de Notre-Dame , dont il ne reste plus aujourd'hui aucune trace. A la base des chapelles construites sous Tépiscopat de Matiffas de Bucy on voit encore sept charmants bas^reliefs du commencement du quatorzième siècle , dont les sujets sont la Mort de Marie , entourée des apôti*es, le transport de son cercueil jusqu'à la vallée de Josaphat^ rAssoiiiplion , Jésus- Christ adoré par des anges ^ le Couronnement de la Vierge , la Vierge intercédant auprès de son Fils, et quelques épisodes de la légende de Théophile. Ces bas-reliefs donnaient autrefois dans l'espace clos réservé pour le ^chapiti*e , entre le cloitie et les dépendances de 1 evêché.
Les voûtes de Notre-Dame sontcontre-boutéesà l'extérieur par vingt-huit grands arcs-boutants, de treize à quatorze mètres cliacun, et dix-huit petits, de six nititrcs, supportant k pousse des voûtes des galeries intérieures. Les piliers des arcs-boutants du chœur sont surmontés de pyramidions gotliiques très-délicatement travaillés. Il est probable que ces pyramidions ont été ajoutés après la première construction. Les piliers de la nef, quoique d'une
(i) Voir les savantes études de M. F. de Gttilheriiiy.
III8T. DE PARIS. — T. !• fS
:I74 HISTOIRE D£ PAEIS. (ilM-iiW)
construction postérieure à ceux de Tabside, suivaiiL la ti adition, se terminent. carrément sans pyramidions.
Trois galeries a l'extérieur forment, à diverses hauteurs, des espèces de ceintures d'entre-lacs qui unissent en-
semble toutes ces formes pyramidales et servent à circuler autour de l'église.
Comme la plupart des charpentes des anciennes églises, celle de Notre-Dame est construite en cliâtaiguier et aj^ pelée vulgairement la forêt. La partie centrale au-dessus de la croisée supportait aulrciois un clocber couvert eu plomb 9 qui fut abattu en 1793.
La couverture du grand comble est toute en plomb. Lorsqu'on la refit en 17:26 on employa dans cette opération 1,236 tables de plomb, de trois pieds de haut sur dix pieds de long, pesant ensemble l^iao^ooçà livres.
Le pignon du grand comble, situé entre les deux tours ^ est surmonté de la statue d'un âmge tenant en ses mains une trompette. Le pignon méridional est surmonté d'une statue de saint Étienne.
Tout le coté méridional de la cathédrale de Paris était à ce |)oint défiguré |)ar le voisinage de» bâtiments et dépendances de l'archevêché que,lorsdela<destructiondu palais archiépiscopal , à la suite des orgies rcvolulionnaires de 1 83 1 y les parties extérieures de la cathédrale ne présentaient, au sud ^ qu'un amas de débris , de ruines, de
restaurations provisoires faites à diverses époques. En démolissant le palais archiépiscopal , qui se trouvait situé entre le flanc méridional de la cathédrale «t la Seine , on ne laissa subsister, pour le service de l'église , qu'un bâtiment construit par Soufflot, et qui n'était , en réalité.
(1108*1190) LIVRE IV. CHAPITKE IV, a^S
c|u'ua vestil>ule mettant la cathédrale eu coainiimication avec le jialais de l'archevêque. C'était une construction massive, sans caractère, ayant. deux étages, et venant masquer lourdement trois des belles cha|>elles du chœur, dont les claires-^voies avaient été détruites. Une loi votée en x^4^ ordonna que ce dernier vestige de Tar* cfaevéché disparaîtrait, et qu'à sa place on élèverait un bâtiment destiné à contenir tous les services de l'Église. C'est le monument cpie Ton aperçoit accolé au flanc méridional du chœur de Notre-Dame. A côté d'aussi vastes constructions il paraît à peine offrir l'étendue nécessaire à de nombreux services; cependant il contient un cloître, deux sacristies y une salle capitulaire, un vestiaire , des caves , des magasins et la salle du trésor. Au centre du cloître sont une piscine et une fontaine.
Toutes leschapdlesi de Motre-Dame étaient autrefois décorées de lambris en mai Li e et eu menuiserie , enrichis de dorures y et dont les divers panneaux offraient de trèsbelles peintures. Quelques-unes de ces chapelles renfermaient des monuments érigés à des personnages distingués par leur rang , par leur piété ou par leurs exploits militaires. Ces chapelles, qui étaient fermées par des grilles en fer exécutées par les premiers artistes , furent dépouillées de leurs ornements en 1793.; les monuments seuls, échappés à la destruction, après avoir été déposés au Musée de la rue des Petits-Augustins , ont été en partie restitués à la basilique [métropolitaine et quelques-uns re^ placés dans les diverses chapelles où ils avaient été évités par les fsunilles. ^ , .
On comptait autrefois quarante-cinq chapelles, distribuées tant au pourtour que dans la croisée de l'église;
276 HISTOIRE DE PAKiS. (ilaS-SlM)
mais, plusieurs ayant été suppi iinëes et d'autres reumes en une , par suite des travaux d'embellissement exécutés aux dépens des faïuilles auxquelles elles furent concédées par le chapitre , il en résulte que le nombre de ces chapelles a été réduit à vingt-iieuf.
Nous avons constaté, d'après Texamende Tenveloppe extérieure de la cathédrale , ([ue ce monument présente une agglomération de styles d'architecture appartenant à diverses époques ; Tintérieur conserve une plus grande unité ; cependant les fenêtres hautes de la iief et du cliœur, hors de proportion avec Tordonnance intérieure , détrui* sent Tharmonie de T architecture primitive , et les chapelles ajoutées le long des collatéraux, eu reculant les fenêtres, ont assombri la nef centrale. Nous n'en regrettons pas moins la suppression systématique de tous les vitraux peints qui remplissaient les trois rangs de fenêtres dans les chapelles j dans la tribune et dans le pourtour des maîtresses voûtes. Toutes ces baies , garnies aujourd'hui de verres incolores, laissent arriver le jour avec trop d'abondance et de liberté. L'architecte du treizième siècle , qui crut devoir agrandir toutes les fenêtres hautes, comptait sur la présence des vitraux peints pour colorer la lumière et pour réchauffer les tons par trop uniformes des grandes murailles, il aurait, nous n'en pouvons douter, adopté d*autres combinaisons s'il n'avait eu à sa disposition ce moyen sûr d'illuminer l'édifice des temtes les plus brillantes et les plus variées (i).
Ainsi qu'on l'a vu plus haut , Notre-Dame de Paris est bâtie en forme de croix latine. Sa longueur dans œuvre,
(t) M. F. de Guilheraiy.
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c'est-à-dire depuis le portail jusqu'au mur de 1 abside, est de cent trente mètres; sa lat geur est de quarante-huit mètres d'une porte à l'autre de la nef transversale; la hauteur de la voûte est d'environ trente>-ciuq mètres. Cette voûie est soutenue par cent vingt grosaeb colonnes dans le style roman.
Ces colonnes auraient dû être surmontées d'arcs en plein cintre; mais la construction de l'édifice avançant lentement, Tart subissant alors une transformation, il arriva, suivant l'expression de M. Victor Hugo , <( que l'architecte aciievait de dresser les premiers piliers de la nef qtiand Fogive, arrivant de la croisade, vint se poser en conquérante sur les larges chapiteaux romans qui ne devaient porter que <les pleins-cintres; maîtresse dès lors^Togive a construit le reste de Tédifice. »
Ces colonnes sont donc les premières parties constiniites; la luLUteur du fût et du chapiteau ensenible n'est que de huit mètres. Les colonnes reçoivent les nervures de la voûte des bas-côtés et de la voussure ouverte sur la nef ; la plate-forme du chapiteau du côté de la nef sert encore de base à trois minces colonnes en faisceau, qui s'élèvent le long des murs à plus de vingt mètres ^ pour rejoindre la retombée des nervures croisées de la grande voûte.
Au-dessus des bas-côtés règne une galerie divisée par cent huit colonnes^ chacune d'une seule pièce; elle n^est interrompue que par la croisée. On y monte par trois esca« liers, deux qui sont à l'entrée de la nef et Tautre a la droite duchœur^ du coté de la chapelle de la sainte Vierge. C'est à ces galeries qu'on attachait pendant la guerre les drapeaux pris sur les ennemis; on les ôtait pendant la paix«
HISTOIRE DB FARIS. (IMMUI)
L'église est éciairée par cent treize vitraux, sans y coin* prendre les trois grandes roses, dont Tune est à la façade
principale et les deux autres aux faces latérales. Les vi« traux, à l'exception des roses, sont aujourd'hui en verro* terie bianclic entourée d*un liséré bleu et jaune. Autrefois ils étaient en couleur et parfaitement en harmoineavec la destinât^ on de rëdifîcc . Suger, suivant l'auteur de sa Vie, en avait bit don à Téglise de Notre-Dame. Le £slux goût du siècle dernier les a fiiit successivement supprimer, à dater de 1 74 1 . On voyait encore, il y a une vingtaine d'années^ dans la chapelle d'Harcourt, une très*belle verrière de la fin du seizième siècle , représentant le Jugement dernier et les portraits des donateurs. Cet ouvrage a disparu ^ à ce qu'il parait, dans une prétendue restauration.
La rose qui est du côté de la rivière a été reconstruite fen 1726, tant pour la pierre que pour la vitrerie, pai Claude Pinei| appareiiieur, sous les ordres de Boisfinmc , architecte du roi. Les frais de réparation f qui s'élevèrent à la somme de 80,000 livres, furent payes par le cardinal de Noailles, archevêque de Paris , dont les armes, peintes sur verre , furent placées au centre de la rose , en place d'une peinture du Christ.
La vitrerie de la grande rose au-dessus de Torgue a été réparée en 1731 ; elle a quatorze mètres de diamètre ; celles des portails de la croisée en ont treize. Les trois roses sont admirables , tant pour les nervures de pierre qui les soutiennent que pour les vitraux qui les forment.
Du seuil de la grande porte au transept le nombre total des travées est de dix, mais les deux premières, comprises entre les tours, forment une espèce de porche intérieur dont rélévation est d'ailleurs égale k celle du rMà de l«
(1108-mO) UVRE IV. CHAPITRE IV.
nef. Ces deux trav^ n'ont pas ta même largeur que les suivantes; un faisceau de colonnes les sépare , de chaque coté, l'une dé l'autre, et des colonnettes, placées en second ordre, montent à la voûte. De grandes baies ogivales ouvrent sur les salles de l'étage supérieur des tours. A ta première travée, au-dessus de l'entrée de Fcglise, se trouve la tribune de l'orgue , construite au treizième siicle , et dont la voûte croisée de nervures repose sur les piles latérales. Avant l'établissement des orgues cette tribune pouvait recevoir des chanteurs ou servir à la représentation de quelques scènes du drame liturgique , ce^ qui avait lieu encore, il n'y a pas longtemps, dans certaines églises d'Italie. Deux piliers admirables , formés de la réunion de nombreuses colonnes qui s'élèvent d'tihê seule venue jusqu'à la maîtresse voûte, soutiennent chacun le poids d'un des angles des tours et marquent , en même temps que la limite du porche , le commencement de la nef proprement dite ; ils portent un vigoureux arc-doubleau renforcé d'énergiques moulures. Huit travées appartiens nent donc spécialement à la nef. La nécessité de consolider les parties voisines des tours n'a pas permis de donner à la première une largeur pareille à celle des sept autres ; aussi cette travée présente-t^Ue un arc en ogive surhaussée qui n'a pas eu de place pour se développer davantage. Deux liles de sept colonnes monostyles servent d'appuis aux arcs latéraux , et une dernière s'engage de chaque côté dans le pilier d'angle du transept. Ces colonnes sont d'un très-fort diamètre; elles ont des socles carrés, avec grandes feuilles sur les angles, des bases entourées de scoties et de moulures plates , des chapiteaux d'une grosseur peu commune, sculptés d'une riche et puissante végétation
:28o HISTOIRE DE PARIS. (llM-iiai}
tout empmntëe à la flore parisienne, La première colonne de chaque file est cantonnée de quatre autres j évidemment destinées à dissimuler les porte-à-faux du second ordre et des arcs latéraux. La seconde colonne ne conserve plus qu'une seule de ces colonnes engagées , qui lui vient eu aide pour porter le groupe de colonnettes implanté sur son chapiteau. Dégagées enfin de toutes ces excroissances d^une invention peu habile et d'un aspect désagréable , les colonnes qui suivent ont une allure franche et régulière. Tous les arcs latéraux sont en ogive , bordés de moulures toriques. Au-dessus de chaque colonne s'élève un triple faisceau qui va recevoir les retombées des voûtes, et qui porte aussi deux petites colonnes sur lesquelles s'appuient les cordons des arcs formerets. Une grande tril)une , toute voûtée eu pierre, d'une largeur à peu près égale à celle du premier collatéral , se prolonge dans toute Pétendue de la uet ^ au-dessus des arcs inférieui^. A la premièi^e travée , plus étroite que les suivantes, nous l'avons dit, elle n'a que deux baies soutenues par de solides pilastres, et encore cette précaution n'a-t-dle pas suffi; le tassement des tours a occasionné dans les arcs une dépression très-sensible. Sur chacune des sept autres travées de la nef, et sur deux travées en retour dans le transept, la tribune ouvre par ' ime triple ogive encadrée d'un grand arc de même forme. La baie médiane dépasse celles qui raccompagnent; à elles trois elles ont pour appuis deux colonnes légères^ tail* lées chacune dans un seul bloc , et deux pilastres engagés, tous couronnés de chapiteaux à crochets. Cette arcature ajoute beaucoup à TefFet du monument par ses proportions, bien plus considérables que celles des galeries de la plupart de nos basiliques. Les voûtes sont d'ailleurs par^
(llW-1180) LIVRE IV. CHAPITRE IV. ^8 1
tagées en travées par des arcs-doubleaux et croisées de
nervures. Deux corJuus lont^ues, avec un filet intermédiaire , forment . les nervures ; les arcs-doubieaux présen«> tent un bandeau plat accompagné aussi de deux tores. Les clefs sont sculptées de fleurons accostés de têtes d'hommes ou d^animaux. Cette maîtresse voûte paraît nue et dé* garnie. Les nervures^ au lieu de s*y croiser à chaque travée, suivant le système le plus ordinaire, ne se rencontrent qu'une fois de deux, en deux travées. Des voûtes ainsi disposées se prêtent mieux assurément à recevoir de grandes figures peintes que celles où des nervures multipliées fractionnent l'espace en compartiments étroits ; mais, t*éduites soit à la teinte de la pierre, soit à celle du badigeon , elles ne paraissent pas suffisamment remplies. L'œil, qui vient d'ailleurs de mesurer l'étendue de l'édifice par le nombre des travées inférieures, ne s iiabitue pas facilement à voir les divisions du plan diminuées de moitié par l'arrangement de la voûte ; les proportions réelles du monument semblent amoindries d'une manière très-notable.
Les collatéraux de la nef sont doubles sur une longueur de huit travées. A l'entrée de chacun de ces deux bas* côtés , sous la tour, une vaste salle carrée , sans divisions , forme un porche correspondant aux deux premières tra- ' vées de la nef médiane. Ensuite le bas-côté est divisé par ime file de sept colonnes en deux galeries , dont les deux points extrêmes sont marqués par des piliers. Les colonnes sont alternativement monostyles, et entourées de douze minces colonnettes entièrement détachées du fût central, auquel elles adhèrent seulement par les bases et par les cliapiteaux. Voûtes croisées de nervures à cliaque travée; arcsdoubleaux, nervures et chapiteaux pareils à ceux de la
2^2 HISTOÏRE DE PARTS. (UÔ8-1180)
nef; colonnes engagées dans les intervalles des chapelles ; feuilles sculptées sur les angles de presque toutes les bases; petites clefs fleuronnées , quelquefois en forme de croix.
Les chapelles sont au noiuhre de quatorze, sept au nord comme au midi. £llës sont petites et ne tiraient autrefois leiu' importance que de leurs fondations ou des choses précieuses qui s*y trouvaient rassemblées. Des colonnettes s'engagent datislenrs angles; à leurs voAtes , autour d'une clef d'un feuillage élégant, se croisent des nervures formées d'un cordon torique qui se détache sur un bandeau (i).
Avant les destructions de la période révolutionnaire
on remarquait au bout de la nef, et à coté du dernier pilier à droite de Feutrée du chœur, presque vis-à-vis la chapelle de la Vierge , la statue équestre de Philippe le Bel| élevée en ce lieu , par ses ordres , après la victoire de Mons-en-Puelle , et le représentant an moment oit il avait été surpris à la seconde attaque des Flamands, c'est-à-dire armé de son casc[ue, visière baissée , de son épéé et de ses gantelets, mais sans brassards. Le cheval était caparaçonné. Le roi avait accordé une rente annuelle à Notre-Dame pour la fondation d'une fetc qui se célébrait tous les ans à Tanniversaire de la bataille. Quelques savants ont cru que cette statue représentait Philippe dé Valois; mais la discussion a établi que c'était bien Philippele Bel. (^tte fîgure, curieuse pour Tétude des costumes et de l'art à cette époque ^ fut détruite , en i "^92 , à coups de sabre, au milieu des vêpres, par les Marseillais.
Sous la nef transversale ou croisée on voyait le céno-
(l) M. F. de Guilhctm}^ Descriptioa archéologique des Monuments de Paris,
taphe du carcGnal de NcNiilIes et de Pabbë Laporte , supprimé en i8o4y lorsqu'on déblaya l'entrée principale du dieeur.
Ën entrant, à gauche , sous la tour septentrionale , on remarque, près de laporte de F^scaKer , un grand bas-relief qui fixe souvent Tattention des curieux par son originalité : c'est la pierre du tombeau d'un ebanoiae nommé Antoine Yver, mort le 7J\ février 1467. Ce tableau a environ huit pieds de haut sur quatre de large. La partie supérieure repràentele Jugement dernier; Jësus-Gfarist, environné de ses anges j lance de sa bouche deux glaives ; il a sous ses pieds un globe et dans la main un livre ouvert sur lequel on lit : Miserebor cui voluero , et démens ero in queni mihi placuerU, Au-dessus de ia tête on lit sur une banderole : Clamabant alterutrum : sanctus^sanctus^sajwtus. La seconde partie du tableau représente un homme qui sort nu d*un tombeau, sur lequel on voit un cadavre rongé de vers; cet homme a les cheveux courts et joint les mains; 'sur sa tête on lit : Ei non intreSj Domine, in judicium cum serm tiw, etc. Cette figure d'homme suppliant est tournée de profil et placée entre saint Étienne y que Ton reconnaît à sa tunique tliaconale et aux pierres éparses sur loi, et saint Jean rÉvangéliste , qui tient une coupe remplie de serpents. Au-dessous du cadavre on lit plusieurs versets de psaume. Au bas du tableau est la longue épitaphe d*jéft>wwe Yver, licencié en droit canonique, cha^ noine de cette église et de celle de Rouen, conseiller du roi ensacour de parlement j originaire de Péronne, diocèse de Nojvn,
. Autour du chœur règne un bas-relief continu où se
succèdent treize sujets tirés du Nouveau Testament, et dont
a84 HISXOIEE 0E PAAIS. (li«*llM)
plusieurs sont traités avec un sentiment et un art admira-
bles. scène marche de l'est à l'ouest. L'ëtablissement du massif de la porte latérale du cliœur ayant causéJa suppression de tout ce qui précédait, c'est par la Visitation que commence aujourd'liui 1 iiistoire évangclique. Puis viennent, sans interruption, Tannonce de la venue du Sauveur aux bergers; la naissance du Christ; l'adoration des mages; Hërode conseillé par le démon et présidant au massacre des enfants arrachés des bras de leurs mères par des gardes armés de glaives; la fuite en Égypte : Marie pressant son Fils sur son sein avec une tendresse infinie; les simulacres des dieux égyptiens renversés de leurs autelsàrarrivée de TËnfant-Dieu ; la Présentation : une femme portant des coioiabes dans un panier pour l'offrande légale; la Vierge soutenant Jésus debout sur un autel ; le vieillard Siméon tendant , pour le recevoir, ses deux, mains couvertes d'une nappe; Marie retrouvant dans le temple l'Enfant qui discute avec deux docteurs; Jésus debout dans l'eau du Jourdain, qui s'amoncèle autour de lui jusqu'à mi-corps, et recevant le baptême des mains de saint Jean ; un ange tenant la tunique; lesnoœs de Gana : le Christ, la Vierge, Tépoux et réponse à lable; les urnes dans iest^uelles s'est opère le miracle; des serviteurs apportant à goûter l'eau changée en vin; Tentrée à Jérusalem : les apôtres, des palmes à la main; Jésus monté sur Tàne; Zachée sur sou arbre; un personnage étendant à terre ses vêtements ; spectateurs sur la porte de la cité sainte; la Cène : dans une enceinte crénelée Jésus à table avec les douze apôtres; saint Jean l'Évangéliste couché sur la poitrine de son Maître ; deux apôtres; le Christ lavant les pieds à saint Pierre,
PlM-llI») LIVRE lY. GHAPITAE IV. ^85
qui tient ua livre ; le jardin des Oliviers : les apôtres endormis; Jësus en prières ; le Père éternel, qui se montre à mi-corps dans une nuée pour bénir sou Fils ; plusieurs anges. Deux cordons de feuillage encadrent le bas-relief. La sculpture se continuait sur le jubé ; c'est ici qu'on voyait les mystères de la Passion et delaRésurrection. Mais Tancien jubé fut démoli du temps du cardinal de Noailles et remplacé par une lourde décoration qui elle-même a fait place à deux ambons de marbre. La clôture historiée reprend du coté du midi, et les sujets se suivent en remontant de l'ouest à Test. Cette seconde partie, moins ancienne que l'autre, n*a été achevée qu'au milieu du quatorzième siècle; le badigeon dont on Tavait couverte laissait à peine apercevoir quelques traces de la peinture dont elle était rehaussée. *
Il ne paraît pas que jamais Tintérieur de la cathédrale de Paris ait été peint en totalité ; les cliapelles du chœur * seulement avaient reçu ce genre de décoration. On a dé* couvert, il y a quelque temps, sur l un des murs de reieud de la chapelle du fond, une belle peinture du quatorzième siècle, représentant la Vierge, assise sur un trône d'or avec Tenfent Jésus. A gauche on aperçoit encore saint Denis à genoUK, tenant sa tête entre ses mains. A droite est uu autre évéque agenouillé. Au-dessous de la Vierge deux, anges enlèvent une âmedans un linceul, sous la forme d'un jeune homme nu. Cette peinture surmontait évidemment un tombeau et probablement celui de Matif&s de Bucy, le fondateur de ces chapelles. D'autres traces de peintures très-finement touchées se voient encore dans les chapelles du rond-point; quelques-unes sont faites sur des fonds gaufrés et dorés. De précieux vitraux remplissaient les
^86 HISXOXIl£ PARIS. (lU»-iiM)
fenêtres du chœur jusqu au inomcat où le chapitre les fit enlever ; ceux de la chapeUe d'Harcourt, pntr^ autres^ passaient pour des chefs-d'œuvre (i).
Ou rétablit des vitraux aux fenêtres qui en ont été dépouUlées, et, bien qu'Us aient ce caractère moderne qui fait leur infériorité relative, ils n'en contribuent pas moins à restaurer la splendeur de rédifioe. Des anciens vitraux qui décoraient Tiatérieur de la cathédrale il ne reste que les trois roses des portails. Chacune de ces roses complète les imageries sculptées sur chacun des trois portails qu'elle surmonte. La verrière de la rose pccideotale, qui date de l'époque de la façade, montre au eentre la- \ierge coui^omiée, tenant un sceptre et portant le Çhrist qui bénit ; à l'entour sont les douze prophètes qui annon* cent la venue de Notre-Seigneur. Daus les deux cou)^artiment» disposé entre la zdne des prophètes et la circonférence sont peints les signes du zodiaque et les travaux des mois de Tannée qui y correspondent. Le dernier percie représente les Vertus, sous la figure de femmes couronnées, armées de lances et d'écus, sur lesquels sont peints lesat« tributs qui leur conviennent ; de leurs lances elles frappent les Vices, remplissant les médaillons placés au-dessous de ceux qu'elles occupent. La rose du transept nord, dont le portail est; ainsi que nous Ta vous vu, consaci^é à la vie de la Vierge, montre encore Marie avec son Fils, mais entourée des patriarches, des juges, des prêtres, des prophètes et des rois. La porte du midi, dite des Martyrs, est surmontée d'une rose pareille à celle du aord, mais dont le vitrail présente les douze apôtres, quantité d'évcques einde
(1) M. VM41et4e>Di]€.
(flM-llM} LiyR£ IV. CHAPITRE IV. 287
saiaU personnages, qui to^s ont en main soit les palmes du triomphe, soit les instruments de leur glorieux supplice. Des anges déposent des couronnes d'or sur la tête de cette assemblée de saints. Les écoinçons de cette rose, qui remplissent les deux angles entre elle et la galerie à jour, formaient autrefois claire«-voie, comme la rose du nord j mais cette disposition primitive a été changée lors de la reconstruction du pignon méridional. lies galeries à jour qui soutiennent ces roses ont perdu leurs anciens vitraux.
La cathédrale de Paris ne renferme pas de cryptes, et les archevêques morts durant le dix-neuvième siècle sont provisoirement déposés dans un caveau fort bas et fort étroit. Les fondations de Notre-Dame de Paris ne soût point établies sur pilotis, ainsi que Tont prétendu bon nombre d'auteurs qui ont cent 1 iiistoue de ce monument religieuxKÎ l'édifice repose sur^ une excellente maçonnerie assise sur le sable et sur des libages d'une grande dimension. Les constructions en élévation n'ont pas été toutes exécutées avec le même luxe ni avec le même soin ; celles qui datent de la ûn du douzième siècle sont composées*de matériaux peu résistants, sauf les piles princ ipales piuvenant de la hutte Saint-Jacques; mais toute la façade et les parties qui s*y rattachent, de la base au sommet des tours, sont en piei re dure connue sous les noms de roche, de cliquart et de liais. Cette fstçade, à la fois ornementée et solide, est entièrement mQntée en assises de pieire d'une égale hauteur dans toute l'épaisseiu: des murs
et des piles (i). •
(i) M. Vi0jfe|p|^pua ; . •
388 HISTOIRE DE PARIS. (llM-lfM)
Au moment oit nous écrivons ces lignes les travaux
du dehors et surtout ceux de Tinterieur sont loin encore d'être terminés^ et cependant le sanctuaire de Notre-Dame a pu être rendu au culte. On peut déjà se faire une idée du beau spectacle qu'il offrira aux yeux des fidèles. Débarrassé des gros piliers qui masquaient les cérémonies, il présentera, les joui s de fete, un large espace étiucelant de lumière et d'or. Déjà les vitraux supérieurs sont poisés; ils représentent le couronnement de la Vierge, TAnnondation et la Visitation, puis les fondateurs de l'Église, les Pères, les saints du diocèse et les apôtres.
Si Ton a changé les dispositions du chœur, tel que l'avait défiguré Robert de Cotte, sous Louis XIV, on s'est maintenu à cet égard dans de justes limites, afin de ne pas punir un vandalisme par des destructions qui mériteraient un nom paml. Le chœur ne sera donc pas entièrement pi*ivé des décorations les plus remarquables qui l'enrichirent au commencement du dernier siècle. Le groupe de Coustou, les statues des rois, les anges eu bronze, le pavage en mosaïque et les belles stalles en bois sculpté reprennent aujourd'hui leur place, et leur effet est loin de déparer l'architecture de la vieille basilique, dont Tabside, on lésait, est d'un fort beau style. Des grilles en fer forgé et dore entourent le sanctuaire, qui, par son caractère et la quantité d'objets d'art (ju'il renferme, sera de tous points digne de la cathédrale de Paris. Un maîtreautel neuf, revêtu d'une table de marbre blanc de plus de quatre mètres de longueur, et surmonté d'un simple gra^ din sculpté et doré, s'élève sur le pavage en mosaïque.
L'activité imprimée aux travaux que nous venons d'indiquer n'a pas fait négliger ceux, non moins considéra-
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blesy qui ont pour objet l'eaLtërieur de l*^lise. La galerie
des Rois se complète rapidement, et bientôt ses vingthuit niches n'offriront plus de lacune. La porte Sainte- Anne, qui s'ouvre au pied de U^tour méridionale, et Tune de celles dont le fantastique serrurier Biscornet temps pour avoir forgé les admirables pentures de fer, a reçu ses dernières statues. Il en sera prochainement de même de la porte de la Vierge^ qui donne accès dans la tour du Nord, et dont les statues, mutilées ou détruiteS| ont pu être reconstituées, grâce aux savanteset minutieuses recherches de Farchitecte. Tout récemment on a remonté la voûte de la croisée sous la ilèche, à laquelle les plombiers s'apprêtaient à donner la dernière main. La façade méri» dionale du transept va se couvrir d'échafaudages, car c'est sur ce point que l'oeuvre delà restauration de Notre-Dame doit entreprendre les derniers travaux de consolidation. On peut constater en effet sur cette &çade de sérieuses dégradations. La rose, réparée en grande partie par les soins du cardinal de Noailles, vers 17:26, menace ruine encore une fois, et l'entablement qui lasurmonte s'est brisé sous le poids du pignon .
Un grand nombre d'aiguilles, de balustrades et de motife divers d'ornementation manquent dans les parties inférieures. On sait que la rose du midi n'offre pas un dessin exactement semblable à celui de la rose du nord. Un qua* tre-feuilles en marque le centre, d'où partent deux rangs d'ogives, le premier de douze ogives, le second de vingtquatre. Viennent ensuite des compartiments trémies à la drconférence, entre les arcs, et dont le sommet touche les bords de la rose. Tous les matériaux qui doivent entrer
dans la construction de la nouvelle rose sont prêts et jon* nm. M PAKis. — T. I. 19
ago HISTOIRE BB FAAIS. (tflMlM)
chent aujourd'hoi le vaste chantier établi dans ce but près
de la sacristie qui a remplacé cdle que Soufflot avait inalencontreusemeat accolée aux chapelles du chœur. La quantité, les dimensions tie ces matériaux donnent facile-' ment une idée de T importance de l'opération qu'on va entreprendre (i).
Ainsi apparaîtra, dans un temps peu éloigné, Tantique ' cathédrale complètement restaurée, rajeunie, et digne de lâ capitale d*un grand empire.
(I) M. Gb. Mèt.
(lfM4iaO)
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