HIST. OF. PARIS. — T
3ââ HISTOIRE DE PARIS. (1180-122S)
Plillippe, ils flattaient encore que ce n'était là qu'un cie ces orages passagers comme ils en éprouvaient souvent, et que le jeune roi les rétabUrait bieni»! dans leurs privilèges pour partager ensuite les pxufits de leur commerce. Alais, lain de là, la sévérité des mesores prises contre eux s'accrut rapidement. Leurs synagogues furent toutes saisies, et, malgré l'opposition des grands^ changées en églises. Enfin, au mois d'avril 1 181, un nouvel édit confiéqnà tous leurs immeubles au profit du r<H, leur* enjoignit de taire vendre leurs meubles avant la fête de Saint-Jean suivante, et leur ordonna de sortir, après cela, pour jamais du royaimie. EUrayés, quelquea-cTns se convertirent pour édiapper à cette prosci iptioa j mais le plus grand nombre aimèrent mieux abandonner tenrs richesses. Dans leur désolation ils s'adressèrent aux comtes, aux barons, aàx évêques, aux abbés, à tous ceux qa'ils croyaient en crédit, et les engagèrent, pat» de grosses sommes d'argent, à intercéd«p en leur faveur, (c Mais, dit le chroniqueur, il eût été plus &cile d'attendrir les rèchers et de transfomer le fer en plomb que de clianger la volonté du roi. i> Alors, forcés tous eiisémble de vendre toutes leurs 'marchandises, ils ëprouvèi^ut des pertes munenses, sans cesse aggravées par les vexations' des hommes du pouvoir et par la malveillance des peuples.
^ Pliilippe eut à réduire Hugues m, duc de Bourgogne, princeidil sang'royal, qtd dépouillait teelei^éde ses biens et rançonnait les vbjiàgeuî:^ su^ les routes. 11 y parvint et rentra à Paris en triomphateur.
' Les désordres et l'aiiarciiie sociale, te manque de p6)ièe avaient îdonné 'nSissàhce à plusieurs hordes* de
brigands pupulau'es coAnu^, les uns sous le nom de fira-
bançons, les antres sous ceux de Routiers et de Cottoraux. Ces troujiesâe népamiaieiit dans les campagnes, pU* lantles églises^ dëmtanllesdbâteniix^meiiaçaiitlapi^pviétë nom toutes les Cetces. Les jnîlices des communes ( i ) , réunies aux troupes rayaks, taillèrent ea pièces ces brigands. Les vagabonds soupçonnés d'être leurs complices et quinze cents femmes qui Avaienl &it partie de leurs bandes sacrilèges et dévastatrices furent brûlés à petit icu .
Philippe-Auguste adapta à l'ëpurd du roi d'Angleterre la politique' de son -père^ el soutint dans leurs révoltes Henri au Court Maotel^ Geoffroy et Kichard, fils de ce malheurèux prince, Cette.lougue querelle dura qoinzeans. STous a'^tJ?erans pas dans le détail des graves iacidents poUtiqtte&..èt militaires qui .signalèrent ces longues guerres princières, nationales et féodales ; ils ne se rallacheraient que très-indirectement à Fhistoire ^ciale de Paris^ dont nous avons surtout à décrire les phases ; il nous aura suffî de les indiquer par cela que Paris^ bien qu'il ne servît pas de thiëâtrè à cés luttes, ne dut pas mati* quer d en subir la réaction et le conti o-coup.
Le chromqueur contemporain de Philippe-Auguste continue en ces termes : « L an 1 182 de l'Incarnation du SetgneqrvdanslieHioisd>vril^nommé«Â5M les juifs, le sérénissime roi Philippe-xiuguste rendit un édit qui dqpnait auaiL juifa jusqu'à ia Saint^Jean^^suivapte pour se préparer à saisir du^ r^yauilie.: Le roi' \mr laissa* aussi le droit tic vendre leur mobilier jusqu'à l'époque fixée, c'est^ à-dire la .£ke de Saiat«Jean. Quant à 'leurs domaines , tels que.iuai^/iâ) champs, vignes^ grai^ges, pressoirs et autres
(1) Ces milices pouvaient être considérées coin nie une sorte de garde nationale. . . , .
3^4 HISTOIRE DE PARIS. (llW.tlIS)
immeubles, il en réserva ia propriété pour ses suocesseurs au trône de France et pour lui. Quand les perfides juifs eurent appris la résolution du monarque, quelques-uns d^entre eux, régénérés par les eaux du baptême et par la grâce du Saint-Esprit , se convertirent eu Dieu et persévérèrent dans la foi de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Le roi, par respect pour la religion chrétienne, fit rendre à ces néophytes tous leurs biens et leur accorda une entière liberté. D'autres, fidèles à leur ancien aveuglement et contents dans , leur perfidie , chei^hèrent à séduire par de belles promesses les princes de la terre, les comtes, barons, arciievéques et év.éques, voulant essayer, si à force de conseils, de remontrances et de promesses brillantes, leurs protecteurs ne pourroient pas ébranler les volontés irrévocables de Philippe. Mais le Dieu de bonté et de miséricorde, qui n'abaiidomie jamais ceux qlii espèrent en lui et qui se plaît à humilier ceux qui présument trop de leur puissance, avoit versé du haut du ciel les trésors de sa grâce dans l ame du roi , l'avoit éclairée des lumières du Saint-Esprit, échauffée de son amour et fortifiée contre toutes les séductions des prières et des promesses de ce monde (i). »
Taiidis que le roi de France prenait part aux croisades, tandis qu'il se plaçait à la tête du mouvement européen et guerroyait contre les rois d'Angleterre, pour leur enlever la Normandie, la Bretagne et différentes provinces du SudOuest , Paris neparticipait point à cette gloire par des efforts spéciaux, par une action isolée; cette ville, déjà puissante et célèbre , s'enoi^eillissait de la puissance
(t) Rigord, rie tie Philippe- Jugwte, ch. I«^
de son roi^ mais l'histoire n'a conservé que très-faiblement
le souvenir des incidents qui, à cette époque, signalé* rent particulièrement les annales de la bourgeoisie pari* «enne. Nous ne mentionnerons donc que ponr mémoire les expéditions lointaiiiea et les guerres continues dont fut rempli le règne de Philippe- Auguste.
On sait que, vers 1 an 1 2 1 4, Jean-sans-Terre^ roi d'Angleterre, humilié par les triomphes de son rival, avait suscité par ses intrigues le plus grand orage qui jusque-là eût menacé la France. Philippe-Auguste venait de faire au comte de Flandre une guerre niclëe de succès et de revers, lorsque Jean entreprit de former contre lui une coalition des plus puissants princes de FEurope. Ses excitations furent tavorabienient écoutées. La grandeur naissante de la France avait déjà soulevé les jalousies de ses voisins ; une ligue formidable se forma donc proniptement , et, pendant que le roi d'Angleterre débarquait à la Rochelle à la tête d'une armée pour prendre au midi le royaume de Philippe- Auguste y Tempereur d'Allemagne, Othon TV , neveu de Jean, et avec lui les comtes de Flandre et de Boulogne, ceux de Hollande et de limbourg , les ducs de Lorraine, de Brabant et de Saxe, réunissaient des forces immenses pour le déborder vers le nord. L'intention des souverains coalisés était de se partager la France et d'anéantir ce nom glorieux. Cette tentative, que tout semblait favoriser, la force et le nombre, ne devait point s'accomplir.
Le 27 juillet iai4 Philippe-Auguste, à la téte de la noblesse et des milices nationales de France, remporta sur les confédérés la ineniorable victoire deBouvines, qui sauva la nationalité et Tindépendance de notre pays.'Pen-
3^6 HlSTOfU 1>E (|liM»t»
dant sept joitvs «t sept nuits lest Paritteià ae tivrèrem aux
plus vifs transports de joie ; la France triompha comme la capitale : on avait vaincu pour et avec eUe. « Qui pourroit s'imaginer, dit Guillaume le Breton^ qui poiw^ roit monter, qui pourroit Iracei* . avec, la plume y sur le parchemin ou sur des tablettes, les joyeux applaudissements, les hymnes de victoire, les .dauses coutmueUes du peuple, le doux chant deacleecs, les sons harmonieux des inslmments gui rricrs, les solem^els ornements' des églises^ au dedans et au ^hors, les' ruèiiy les. maisons, les chenûîis tous tendus de courtines et de tapisseries de soie, couverts de ûeursy d'i^rbes et de branches d'arbre verdoyantes; tous les habitants de toute condition, de tout sexe étdis tout âge, acçourauL de toutes parts vou^ un si' beau triomphe; les paysans et les moissonneun interrompant leurs tmvauji, suspendant à leur cou leurs faulx^, leurs boyaux et leurs trubles (car c!étoit alors le temps de la moisson), et se précipitant en foule vers les i ouïes pour voir danslesfers ce ^errand^ dcmt.'peu auparavant ils>fedoutoientlsi fort les arihes. lies paysans,, les vieilles femmes, et les .enÊints ne craigmrenl pomtxie ^sç moquer dé lui. Us en 'tnouvoient l'bccasion' dins réquiioque de son nom, qui..p,ouvotit .s!entendre aussi biqn. d'un homme que 4*un'cbeval , d'autant iniéux qiie, par un admirable hasard, les deux ciievaux i{m le^tralpoientdans une litière étoient.de eeux.auiKquels Imc caAleùc a^fait/ doniier le même nom. C'est pourquoi Ton disoit que maintenant il éioit ferré; qu'il ne pouvoit plus regimber, lui qui aupa* ravant, gonflé d'orgueil, -ruoit et levbiu ie talon^ecmtre son maître. Toute la route se passa ainsi jusqu'à ce qu'on (ut arrivé à Paris. Les habitants* de Paris, lé clergé, le
(Ikm-ïm LivjiB V. cHÀPiTAE i. 037
peuple, et par-de^us tout la multitude deb écoliers^ ailèrent au-d|i^pt.du roi en chantaiit des hymnes et des eantiques, et J^^iyuigiitii iîul par leurs actioi^$ quejle joie animoit leor^.^sprju. U oi^. leui: si^ffiit pas 4^ sf^,Uvrer ainsi à
l'allégresse durant ce jour ; ils prolongèveut leurs plaisirs pendant la nuit^ et meipe peinant sept nuitSrppnsécutiveSj, au milieu des flambeaux ; en sorte que la nuit paroissoit aussi brillante que le jour. Les. écoliers surtout ne cessoient de &ire d^ somptueux festins, dansant et chantant sans cesse. » I .
Paris eut pour sa part un grand nombre de captifs qui furent enfermés au gi aud et au petit Châtelet, outre le comte Ferrand, qui fiit mis à la tour du liouvre, où il resta jusqu'au temps de saint Louis. Dès ce moment les Capétiens n'eurent plus à craindre pour Thérédité de leur couronne ; la victoire avait agrandi le royaume, le salut de la France avait cqnsacré et popularisé leur pouvoir.
Philippe-Auguste, vainqueur à Bouvines, n'avait plus à redouter la jalousie de ses voisins. II mit le sceau à sa gloire et à son pouvoir par des établissements utiles et pacifiques. Préoccupé sans relâche du besoin de fortifier la royauté et de Télever au^deisus de toutes les souverainetés féodales, il atteignit son but autant par les institutions que par la force.
Doué d'un orgueil inflexible et d'une ambition peu scrupuleuse dans ses ressources ; incapable de plier devant un obstacle et assez habile pour attendre les occasions; obligé de se soumettre à la prépondérance des souverains pontifeSy mais impatient de s'affranchir du contrôle de !'£glise; peu soucieux de rester fidèle à sa parole, mais toujours déterminé à exiger des autres loyauté et soumission^
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Philippe-Auguste est Tun de ces caractères historiques
<|ui reacontrent peu de sympathie, et, en même temps^ Tun de ces rob dont on admire l'intelligence et qui étonnent par le succès de leur politique. Il n'eut ni la grandeur, ui la générosité, ni la puissance de Charlemagne ; il appela sur lui les justes censures de la papauté; il affligea le peuple par ses scandales et mécontenta les hommes loyaux par ses manques de foi et ses artifices,et néanmoins • il eut le secret d'être un roi fort et illustre. Nous n'oserions dire le contraire sans craindre de mentir à l'histoire. Peut-t'tre la France lui sut-elle gré de ce qu'il la fît grande et redoutée, et crut-elle pouvoir absoudre les moyensqu'il mit en œuvre; Philippe-Auguste, digne héritier de la pensée de Louis le Gros, sou aïeul , réussit à émanciper la couronne de toute dépendance humiliante, et, tout en respectant les ciioits des grands vassaux, il sut main tenir victorieuse et intacte la souveraineté royale*
dUMit^ LIVRE V. CHAPITRE II. SsQ
CBAPITRE II.
Suite éu règne de PhÛippewAiigmte. — Inoîdeato qin M rattedièrenl plu* pertMoUéreiDenl * PHittoîte de Perii-
Nousavons déjà parlé des progrès remarquables de renseignement public et (les sciences soub la direction de la célèbre université de Paris. Au temps où régnait Philippe*Auguste ce mouvement prit un développement extrême par reatrainement du géaie du roi, qui entourait de pompe la monarchie et donnait une admirable excitation à Pactivité des écrits. Ce fut Robert de Courçon, cardinal et légat du pape, que le roi chargea de dresser les statuts de Tuniversité de Paris, et par l'étude ou la clergie se formèrent alors, comme au temps de Charlemagne, des existences nouvelles dans !*État, contre-poids imposant aux vieilles existences de la conquête d'abord, de la féodalité ensuite. Ainsi renseignement des sciences était un titre aux dignités, et c était là une glorieuse noblesse (i).
(i) Dès le douzième siècle Olbon de Freisingne, les fils du comte Adolphe de Sdhaumbourg, le fils du duc Henri le Pieux Tinrent y étudier.
Le droit et la chirurgie n'y (iirent ensei^çnés qu'au commencement du treizième siècle, bien qu'on a)>|>rit depuis longtemps la rhétorique, la gramiiiiiii (• et la philosophie. Voici en résumé quelqvies-uns des règlements que les papes établirent pour cette uaiversité« qui servit de modèle à toutes les autres, et sur laquelle nous avons, plus que sur toute antre, de Ion{;s et curieux détails* Un membre de TUniversité ne peut être expulsé ipt^après certains délâls et des avertissements réitérés , et PUniversité en oorps ne peut Tétre que par un acte de Tautorité papale. Les étudiants ne doivent pas faire hausser le prix des loyers en liaine
SàO HISTOIRE DE FARI&. (UM-U2»)
La longue querelle qui s'éleva entre les clercs ou étudiants de l'Unmrsitë et les religieux de Saint-Germain, au
Piin de Tautre, ni pour taire déguerpir un condisciple. L'hôte qui exige on loyer exeédant l'estimation faite par deux hom^/Bon on mattra ett interdît poar cinq ans. téB^ discnssiont ne doivent pas être aocooipa* gnées de festins. Getoî qui veut professer la théologie doit avoir étudié dnq ans an moins et avoir trenla^inq ans di'âge; on maître ès libres sciences doit également écndier six ans et snbir on examen. Chaque éladiant devra s'en tenir à un maître déterminé.
La partie la ^ilu> < m ieusc de ce rèf^lement est celle où il e^ït pai Ir d*?^ règles de conduite duiiiiees au\ écoliers. Un leur interdit les repas de cérémonie lors de leurs thèses ou de rinstallation des nouveaux maîtres. L'usage dn manlaan leor eal aooordéy^ maia Ics-ttoiiliiNPS à h ponlnine» avec lenn pointes recourbée» eo bec;» Mot sévèrement prohibés» com^ raffinement indigne de la gravité cil^cale, car Ions les étudiants étaient deros. Le règlement va plus loin encore. « Que nul maître Ihtaut ès • arts, est-il dit, n'ait une chappe qui ne soie ronde, noire et tombant m sur les talon*», du moins lorsqu'elle est neuve. • Robert de CnuK on interdit au chancelier de l'Église de Piki \> de rien exiger des ecolin -, ni somme d'argent, ni serment, quand ih viennent lui demander la licence; il confirme aux maîtres et aux écoliers la pos>ession du ))ré Saint-Geraain. Je frmeux f!ré*aaii-Clercs que les moine» de Saist^-^ermaio leur disputèrent constamment jusqu'à ce que le» rois de Trmom se le fussent ai^ugé; enfin il reconnaît à TUniversité le droit de prendre délibération qu'il lui conviendra en cas de violation de' 'sës' privilèges.' l France comptait encore d'mitres normrsités : celle de' Montpellier, coa* sacrée particulièremnit ;i renseignement de la médecine, mais où, dans le courant du tiei/jenie ^iècle, on trouve aussi réunis en une seule faculté des professeurs de droit, de théologie et de belles* lettres ; celle d'Orléan»» où Voa enseignait le droit, et où la jalouse université de Paris emplobav attendu le .voisioagey l'étiUilistcioeot d'un^émullé 4» tbiMffff» el dé philosophie $ enfin «elle de Touloilse» fondée .en X933 par |<»i^ goire DC, pour iMïililer hi oenvenio« de» Alb%Boi». .Cell»t4en9Îèee<ib» thit le» mêmes .privilège» que ruahrersité de P»ri» M fiH affiw»cliieile toute juridiction temporelle. Le chancelier de la cathédrale était aussi celui de rUii ivcrsité. Lci* étudiants qui ne suivaient aucun cours étaient privés de leurs droits. Us ne pouvaient soriii ariues ni être emprisonnes pour dette». U émit déloudu, tJiéolQgiifn^, d^., ch«ircb#r à briUer
imù-mz) LivRB V. cHÂPimB II • 33 1
sojët de k promenade appelée le Pré-aux^Clercs, ne fut
pas Tua des moins curieux mcidents de l'iiistoire de Paris au moyen âge.
Le Pré aux Clercs otaii si Luc sur le territoire de l'abbaye Saint><jreni]ain des Présy et s'étendait le long de la Seine depuis l'endroit oiidëboudie aujourd'hui la roe Mazaruie^ ou à peu près , jusqu'au delà des Invalides ; il fut successivement diminué par les constructions que Ton y fit, surtput du coté de rorient. C^est probablement ce pré que veut désigner Abbon lorsqu'il dit^ dans le premier livre de son poëme, que les Noi niands tentèrent de s eiu- {Murer de la plaine ûtuée auprès de la belle église de Sanut- Germain.
Turbulents et querelleurs, les clercs avaient choisi ce pré pour ie théâtre de leurs amusements, mais leur vqisi* nage inquiétait les religieux de Tabbaye. L'Université soutint les clercs, et^ nesachant comment imposer silence aux. religieux^ porta ses plaintes devant le pape Alexandre III, lorslque o» pontife .;vint à Paris, sous le règne de Louis le Jeune, li affaire fut évoquée au concile de Tours, qui donna tort aux écoliei:». Cette déciaon, au lieu de terminer ùne quereUe qui lîe faisait que de nattre, servit k déte«lopper entre l'abbaye et ï Université un germe de discorde qui ne tarda pas à porter ses fnûts : Tétat d*hostilité' entre les deux rivales devint permanent, et eut souvent, comme on Ta-vu, les plus âcheux résultats» Presque toujours l'abbaye lut maintenue eu possession de la justice du Préanx-Glercs; mais les rixes sanglantes qui furent occasion-
comme phîloeophes, mais ils devaieot se contenter d'acquérir la sdence des choses divines. Il leur était aussi bterdît de se servir de Pidioroe du psuple.
332 HISTOIAB DJB PARIS. (llM-i22S}
nées par les voies de fait auxquelles se livraient les écoliers contre les gens de Tabbaje imposaientquelquefoisà celleci de grands dommages.
£n malgré le jugement solennel d'un concile
qui s'était tenu en France et avait été présidé par le pape, les écoliers, regardant ( oimne un droit de propriété la faculté d'aller se récréer dans le pré de Fabbaye, y couiinirent ([uelques désordres. Les habitants du bourg de Saint-Germain voulurent les chasser du pré; les écoliers se mirent en défense, et Tun d'eux fut tué. Quoiqu'on n^eût aucune preuve que Tabbé et les religieux eussent eu part à ce démêlé , ce fut cependant contre eux seuls que r Université porta plainte. L'abbe iiobert voulut défendre la conmiunauté devant le légat du pape ; mais l'iiniveisilé avait déjà envoyé des députés se plaindre à Rome. L'abbé Robert pria le fameux Étienne, ëvéqu« de ïouriiay, d'écrire au cardinal Octavien, éveque d'Ostie, pour démontrer au pape le bon droit de l'abbaye. Étienne écrivît et l'affaire n'eut pas de suite. A la longue, l'usage dans lequel étaient les écoliers d'aller se promener dans ce pré devint pour eux un droit dont on n'aurait pu les priver, car un règlement de i^iS porte cette décision : « Quant au pré Saint-Germain , « autrement dit le Pré-aux-Clercs, il est dit qu'il restera <x aux écoliers dans l'état qu'il leur a été adjugé. »
Redoutables pour les religieux dv. 1 abbaye, les clercs l'étaient encore davantage à l'égard des paisibles citadins de Paris. « A la même époque, dit Félibien , il s'éleva dans Paris une grande division entre les écoliers et les bourgeois. En voici l'origine. Un gentilhomme allemand, nomme Henri de Jac, Tun des trois compétiteurs qui ve«
liaient d^étre élus à l'évêché de Liège, après la mort du dernier évèque, Albert de Cuick, mort au mois de février 1200, étudiait alors à Paris. Un de ses serviteurs alla au cabaret pour aclieter du vin et y fut maltraite. Les écoliers allemands) accourus sur l'heure, frappèrent Thotede la maison si rudement qu ils le laissèrent à demi mort. Cet excès causa parmi la populace une grande clameur et la ville fut émue. A ce bruit Thomas, prévôt de Paris, armé, et avec lui une foule de peuple aussi en armes, coururent attaquer le logis des écoliers allemands, et dans ce combat le gentillioinme allemand et quel(jut^-uns de ses gens furent tués. Les maîtres des écoles de Paris en allèrent aussitôt porter leurs plaintes au roi Philippe- Auguste, qui fit mettre en prison le prévôt et tous les complices que Ton put arrêter. Le roi, irrité, fit d'abord abattre leurs maisons et arracher leurs vignes et leurs arbres fruitiers, il n'en demeura pas là ; ct*aignant que les maîtres et les écoliers ne désertassent Paris, il fit une ordonnance qui porte que, pour le crime énorme commis contre des clercs et des laïques tués à Paris au nombre de cinq, il eu sera fait telle justice, savoir : que le prévôt Thomas, dont les écoliers se sont plaints, demeurera, parce qu'il nie le lait, toute sa vie en prison, s'il n^aime mieux se justifier par l'épreuve de Teau , en sorte que, s*il succombe dans l'épreuve, il sera condamné à mort, et s'il s'ensauve, banni seulement de Paris sans pouvoir être jamais bailli dans aucune des terres du roi; qu'il en sera de même des complices , mais que les fugitifs étaient déjà tenus pour condamnés; déplus que, pour la sûreté des écoliers, le roi ferait désormais jurer tous les bourgeob de Paris que, s'ils voient à l'avenir un laïque faire injure à un écolier, ils en tiendront témoi-
334 HI9SOIRB DB FAHIS. (mMilS)
gnage et ne se détourneroilt point pour ne pas le
voir; que, si un écolier est frappé^ surtout à coups de pierre, d'épée ou de bâton , ceux qui en seront té* moins se saisiront du coupable et le livreront entre les mains des officiers du roi pour en informer et faire justice. L'ordonnance porte encore que ni prévôt ni autre officier de la justice du vo'i n'arrêteront aucun écolier pour crime, ou qu'ils le rendront à la justice ecclésiastique, en prenant toutefois connaissance, si le cas est grave, de ce que deviendra Técolier; qu'à l'égard du chef des écoles de Paris, qu'on a depuis appelé recteur, il ne pourra pour aucun crime être arrêté que par le juge ecclésiastique. L'ordonnance poursuit ainsi : kr Quant aux « serviteurs laïques des écoliers qui ne nous doivent ni boujrgeoisie, ni résidence, qui ne vivent point du trafic a de marchandise, et dont les écoliers ne. se servent point et pour faire injure à personne, notre justice ne mettra <» point la main sur eux. si le crime n'est évident. » I^e roi ajoute : « Kous voulons que les clianoines de r£gliâe « de Paris et leurs domestiques soient compris dans ce tf même privilège , sans déroger en rien à la liberté qui a leur a été accordée par le» rois nos prédécesseurs. Et, « afin que l urtloauaiàce soit mieux gardée, le prévôt et « le peuple; de Paris jureront de l'observer littéraknmit, <t en présence f) es écoliers , et à 1 avenir tout prévôt en- « trant en charge le jurera de même publiquement dans « une des églises de Paris, le premier ou second dimanche « après >on ^isUiUtioa-^i> Telle est l'ordonnance de Bhilipp^A^guate en fi^veUr de l'oniverinté de'Burn, ddnnée à Bestisy, j'an lO^QO, C'est. U.pltffî ancienne qui se trouve pour exempter les écoliers, coname clercs , de «la justice
(Il8ô-m*) LIVRE V, CHAPITRE ri. 335
sécillière. Saint Louîsr b ccKjafirma depuis et commit à i ûiiicial de Paris toutes les causes, même criminelles, des écolimide l'Université. Un àuteur anglais, contemporain de Philippe-Auguste, dit que les écoliers supplièrent le de modérer la' lentenoe contre le prévôt de Paris, et demandèrent seulement que lui et ses compagnons fussent châtiée puUiquement dans leurs écoles, à la manière des écoliers, et pins renvoyés en paix et rétablis dans leurs biens, mais que le roi rejeta leur re<piête; entin, que le prévôt voulut ae sauver quelque temps après de la prison, et que la corde dont il se servit pour s'évader se rompit, €t qu'il tomba dè si haut 'qu^ expira sitr-le-cbamp (i). • Durant une trêve conclue e|[ilrele roi de France et le roi d*Angletèrrev Philippc^-Auguate invitasonrival à^nir de bonne amitié lui rendre visite. Jean -sans-Terre arriva le 3i mai i:aoi à Paris, où il fut reçu avec magnificence. Philippe-Auguste lui fit donner une place d^bonneur dans TégUse .de.SaiatJ)eni8et lui céda son propre palais; il le combla ensuite, de présents et se montra également généreux à Tégard des seigneurs anglais qui avaient acçom-
P9gné leur maître.
Peu de temps après, un concile assemblé à P&ris, sous Tautorité du légat du pape, Uctavieâ, évêquc d'Ostie , condamna h périr par lè. supplice du feu un <jbevalier qui É^vait pioiesbe pu!)li([uement T hérésie jwnichéf une. Cette rigueur n'intimida qu'à demi lesr sectaireSydoAtles ^reurs menaçaient à la fois l'ordre religieux et l'pi dre soç^l ; ils CQnjtiauèreiU; de prapageijlelinidéteslf^eji doctriff^i ^ors , p^i ordre des auLoriLes ecclésiaslii^ues, Raoul de Nemours
(i) Félibteo, Histoire de Pneis, tom. I, pag.
336 HISIOIU DB PAAIS. (Iiat-ISQ
et un préire qu*on lui adjoignit parcounuent les diocèses
de Paris, de Laiigres, de Tioyes et de Sens, et y passèrent trois mois à rechercher les gens de la nouvdle secte, Raoul feignait de partager leurs opinions et se foisait îni* lier à tous les mystères de leiu* docUine. Un grand nombre d*hérésiarques furent ainsi découverts. On en suisit quatorze qu'on amena à Paris daus les prisous de rëvéché. C'étaient Guillaume de Poitiers , sous-diacre, qui avait étudié trois ans la tliéologie et avait enseigné les arts à Paris; un orfèvre , nommé Guillaume , qui passait pour leur chef; Etienne, curé du Vieux.-Corbeil ; Etienne, curé de la Celle; Dudou, clerc du docteur Amaury , livré à l^étude de la théologie depuis dix ans; Guérin, prêtre, professeur ès arts à Paris, et autres gens d'étude, ils parurent devant un concile composé de docteurs en théologie et de quelques éveques voisins , furent convaincus d'hérésie, condamnés^ dégradés publiquement, et livrés aux exécuteurs de la justice i o)ale. Le roi était alors absent ; mais dès qu'il fiit de retour les coupables fiirent meuÀ hors la porte de Paris, aux Cliampeaux, sur remplacement actuel des lialles. Là dix d'entre eux fiu*ent livrés aux flammes, le ao décembre 1210, en présence d*une foule de peuple ; les quatre autres furent condamnés à un emprisonnement perpétuel. Le concile ne s^arreta pas là ; il condamna la mémoire d'Amaury, dont le corps fut, par sonordre,enlevédu cimetière deSaint-Martin des Champs, et ses os jetés au fumier.
Au mois* de décembre 1206 il y eut à Paris une immense inondation causée par le débordement de la Seine. La plupart des maisons lurent ébranlées par les eaux. Dans ce grand désastre on eut recours aux prières
(UMSSS) LIVRE V. CHAPItRE II«
publiques; toutes les paroisses, avec leurs chasses , se rendirent à Sainte-Geneviève et portèrent processionnellement à la cathédrale les reliques de la patronne de Paris. Le Petit-Pont s'ëcroula et il yeut de nombreusesvictimes. Enfin le fléau cessa ses ravages lorsque l'ëvcque de Paris, prononçant laformulede bénédiction, eut dità haute voix : (( Que Notre-Seigneur, par les signes de sa sainte Passion , daigne ramener ces eaux dans leur lit ordinaire* » Peu d'années après, en Tan 1212, un concile se rassembla à Paria, sur Tordre dlnnocent 111, pour la prédication de la croisade . contre les Albigeois. Cette assemblée publia également divers canons en vue de faire disparaître certains abus qui s'étaient introduits dans la discipline et qui affligeaient vivement les Eglises de France. Le même concile de Paris prohiba pour Tayenir une démonstration annuelle qui n'était point exempte de désordres, et qu'on appelait la Jéte des Foiis.
A une époque où les églises, indépendamment de leurs privilèges religieux , exerçaient également la juridiction féodale sur les domaineset sur les individus placés sous leur suzeraineté, il devait y avoir entre elles et le pouvoir royal de nombreux conflits de pouvoir. Philippe- Auguste travaillait sans cesse à attirer à la couronne une partie <1es droits alors dévolus à 1 evéché et aux abbayes de Paris. De là des règlements minutieux destinés à fixer la limite des attributions respectives. L'une de ces ordonnances est datée de 1222; entre autres disposidons elle porte :
« Le roi consent à supprimer les Mereaux (prestation en monnaie due pour les voitures chargées de denrées j, et à ordonner que les biens des églises soient voiturés sans au-
BlftT. 01 PkUtÈ, ^ T. r. 22
338 HISTOIRE DE PARIS. (UflÔ-lS»)
tre condition que le serment des voituriers^ qui devront
jurer ([ue ks choses c^u ils conduisent appartiennent à des ecclésiastiques.
« Au roi appartiennent^ dafis la CuItur&-VÉvéque et dans le Clos-Bruuean, le rapt et le meurtre (c'est-à-dire le droit de justice et le produit des amendes encourues par les ravisseurs et les meurtriers). Dans les mêmes lieux le roi jouit aussi du droit de contraindre les ' habitants à marcher à la guerre et à faire le guet dans la ville de Paris. 11 possède aussi le droit de lever sur eux une contribution : f * lorsque sos fils sont armés chevaliers ; 2" pour le mariage de ses filles ; 3^ pour sa rançon^ lorsqu'il est lait prifloifnier. Eh toute autre occasion il ne peut lever aucune taille sur lesdits liabitantssausle consentement de révcque.
t TSàm avons encore, continue le roi, le droit de justice sur les marchands des mêmes lieux pour ce qui concerne leur marchandise. Nous y avons le droit de la criée du vin. Quantauxmesuresdeblé,leprevotde Paris fixera Timpât; rëvé<{ue payera le tiers des frais de leur fabrication et pourra s'en servir pour sa banlieue. Nous avons aussi au vieux bourg de Saint-Germain, pour la taille du pain et du vin, soîxanté sous payables tous lestrois'aiis, comme nous Avons toujours eu jusqu'à présent. Âu bourg de Saint- Germain, datislaCulture-rÉvéqueet au clos Bruneau, Févêque a V homicide et toute autre justice, ainsi que les biens des condamnés trouvéssur la terre derëvéque, comme c'est Fusageà i^aris, excepté le rapt èt le meurtre, qui nous appartiennent. L'évéquene pourra faire exécuter les coupables quedans'ses terres situées hors de la banlieue de Paris, excepté 'à Saiut-Cloud. Pour ce qui est des balles de Oiampeaux, dies nous resteront à perpétuité, ainsi que
(1180.1225) ' LIVAE V. CUAPIT&E lU SSq'
le fiel de la Ferté de Aalès et le iiioiiceau Saint^Gervais, cpie rëvéque et le chapitre de Paris nous cèdent. — L'ér \t;que, pour recevoir les rentes de sa banlieue , aura ses boites dans nos grand et petit-Ghâtelet , où nos rentes
sont reçues.
a Pour dédommager révéque et le cliapitre des pertes qu'ils ont éprouvées par rétablissement de Tenceinte du château du Louure et de ses dépendances, de Tenceittte du chiteattdu Petit-Pont et de ses dépendances , et par la cession des halles et du fief de la Ferté de Âalès^ nous leur assignons vingt livres à prendre chaque année sur notre prcvolé, sans préjutlice des vingt-cinq livres dont l'cveque jouissoit auparavant et des cent sous de rente dont nous avons &it don au chapitre de Paris pour la célébration annuelle de notre anniversaire.
« Nous avons toute la voirie et la justice dans la terre de l'Évêque, depuis la maison que Henri, archevêque de Reims 9 fit construirè près du Louvre, jusqu'au petit pont de Ciiarelle^ c est-à-dire à partir de la voie royale de dixhuit pieds. Nous Favons également dans la voie publique, depuis l'église Sain t-Honorë, sur tout l'espace ofr's'éténd la terre de l'Évéque, jusqu'au du Roule. i)aus toutes les autres parties de la terre de l'Évêque, hors de ces limites et en deçà du Marais, l'évêque aura la voirie et toute la justice, excepté le rapt et le meurtre. ^
« Enfin j si réveque fait construire un village ou un bourg nouveau dans sa, terre , il y aura toute justice | ex* cepté le rapt et le meurtre , que nous nous réservons toujours, et lesautrespriviléges dontnous jouissons dans la Culture-rÉvêque(i). » ' ' ' . - -i -
(j) Rtcmii des MistorUns de France^ t. XVIII» p. 739.
34o HISTOIRE DE PAAtS. (USA-lSSâ)
Par les soins de Tevêque Eudes de Sully, et avec le consentement de Philippe-Auguste, l'ordre des Mathuiins ou Trinitaires s'établit pour la première fois à Paris. La mis* sîon principale des religieux de la Sainte-Trinité était de racheter les esclaves chrétiens qui se trouvaient au pouvoir des infidèles, ainsi que les captifs infidèles qui se Irouvaient au pouvoir des chrétiens, afin de pouvoir échanger ces derniers contre les esclaves chrétiens. Le genre de vie des prciuiers Trinitaires était d'une grande austérité, et conforme d'ailleurs à la règle qui avait été donnée par Féveque de Paris et l'abbé de Saint-\ietor à leur fondateur, saint Jean de Matha. Ils jeûnaient une partie de l'année ; au lieu de chevaux ils se servaient d'ânes pour leurs courses nombreuses. Une grande partie de leurs biens était consacrée à la rédemption des captifs. On leur concéda en propriété l'ancienne église de Saint- Mathurin, ainsi que l'hôpital et aumônerie de Saint-Benoît. Ces deux monuments se trouvaient placés près de l'antique palais des Thermes, sur la rive gauche du fleuve. LesTrinitaires établirent leur couvent dansl'hôpital même et eurent Téglise pour chapelle; de là le nom de dlor thurins qu'on leur donna. Cet ordre fit en peu de temps de si grands progrès dans toute la chrétienté que, quarante ans après son établissement à Paris, Albéric disait qu'il avait déjà six. cents maisons.
Ce fut aussi du temps d'Eudes de Sully que l'ordre, devenu bientôt illustre^ des Frères prêcheurs, institue; par saint Dominique pour travailler à la conversion des hérétiques par le moyen de la prédication et approuvé par le pape Honorius III en 1216, vint s'établir à Paris. De là il devait se répandre wr l'Europe entière. En effet de-
puis longtemps déjà cette ville était regardée comme le point central et unique où cliaque talent^ chaque institution nouvelle venait recevoir sa consécration définitive, et d'où partait toute renommée pour rayonner partout avec éclat. T^es Frères prêcheurs y vinrent en 121 7, conduits par le saint fondateur lui-même^ et se logèrent d Sabord dans une maison située près du parvis de la cathé* dralcy entre le palais épisco|)al et THotel-Dieu. L'aimee suivante ils passèrent la Seine et allèrent s'établir dans une autre maison que leur donna l'Université, vis-à-vis de l'église Saint-Étienne des Grès. Cette maison, consa* crée jusqu'alors à loger les pèlerins, s'appelait hôtel ou hospice âaint<Jacques. Le théologien-médecin Jean de Saint-Quentin leur céda gratuitement certains droits qu'il avait sur cet édifi<^e. Ainsi les premiers rapports de Tordre des Frères prêcheurs avec l'Université, studium Parisiense^ furent des rapports de bienveillance. La mission magnifique de ces religieux^ d'amener les hommes à la foi et à la pratique de la religion par la seule puissance de la parole, attira la faveur générale sur leur ordre et leur fit faire d'admlrahles progrès. Les écoles de la capitale leur fournissaient de nombreuses recrues. Le P. Jourdain reçut un jour soixante novices à la fois ; aussi les voit-on arriver rapidement à une grande prospérité. Bientôt ils devinrent fort nombreux à Paris et se répandirent dans tout le nord de la i rance. Dès 1220 ils eurent dans la rue Saint-Jacques une église consacrée à saint Jacques le Majeur, leur patron. C'est de là que leur vint le nom de Jacobins, sous lequel furent généralement connus, dès lors, les Dominicains de Paris.