‹ Histoire de Paris depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours (volume 3)Chapitre 5 sur 64 · CHAPITRE lY · texte numérisé non relu

CHAPITRE lY

•ous la domination romaine.

Paris, vers la fin.de la domination romaine, avait cessé

d'être la bourgade formée de imites dont parlait Jules César ; cette villes'était peu à peu transformée et agrandie.

. Au lieu d'être seulement protégée par le cours de la Seine elle était ceinte d'une muraille construite , selon toute apparence, à la fin du quatrième siècle ou dans les premières années du cinquième. L'ile de la Gté contenait alors un palais municipal, situé sur remplacement où s'élève aujourd'hui le Palais de justice et qui ne devait pas tarder à être la résidence politique des rob francs. A Tautre extrémité de Tiley et sur le lieu même où les anciens nautes avaient érigé un autel en riionneur de Jupiter, on avait constnut une église dédiée sous le vocable de Saint-Etienne. 'Entre ces deux établissements existait, dès la période romaine , un emplacement destine au commerce.

L'ile de la Cité communiquait avec les deux rives de la Seine par deux ponts en bois : le Petit^Pont , où aboutissait la voie romaine venant du midi \ le Grand-Pont^ à peu près situé au lieu oùeidste aujourd'hui le Pont-au*Change. Ces deux ponts n'étaient point réunis par une ligne droite et ne se correspondaient pas directement; pour arriver du Petit-Pont au Grand-Pont la route suivait la ligue de la rue du Marché-Palu^ se détournait à gauche en formant un angle, se continuait dans la direction de la lue de la

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Calandre, qui aboutissait à la place du Commerce , laquelle

fut peiidanL iuii^ temps nommée place Sainl-JIic/iel , h cause d*une chapelle de ce nom qui s'y trouvait. La rue de la Calandre est ainsi dësipiée dans les anciens titres : rue par laquelle oa^a da PeiU-Pont à la place Saint' Michel, De cette place la route se dirigeait vers le Grand* Pont, r.e Petit-Pontr devait originairement être à la place de celui qu'on nomme aujourd'hui le pont Saint-Michel, voie romaine venant du village d'Issy passait surcepout * et traversait Pile de la Cité jusqu'au Grand-Pont.

Sur l'emplacemcnL ou depuis lors a été élevée l'église Saint-Landri il existait un monument triomphal dont on a récemment découvert les vestiges. Ils consistent en pierres sculptées, en bas-reliefs d'un assez beau ti^vail, en médailles dont la plus ancienne est d'Antonin le Pieux, la plus récente du tyran Magnus-Maximus^ qui remporta une victoire sur Pempereur Gratien. On présume que ce monument avait été détruit dès le règne de Valentinien II.

Ainsi qu'on l'a vu plus haut, les Romains avaieut établi sur la rive méridionale de la Seine un champ de Mars, des arènes el un aqueduc distribuant aux résidences impériales et aux villas de la rive gauche les eaux d'Arcueil et deRongîs; on rencontrait encore, sur cette même rive , uu vaste champ de sépultures , une brique de poterie du plus beau travail , et quelques autres édiiices mouis considérables, mais dont l'agglomération fait supposer Pexistence d'un assez vaste faubourg.

Les haljllationset les quartiers établis sur la rive gauche formaient alors un faubourg de Paris y et ce faubourg était Lucotilius ou Loioticie^ noius qui se rapprochent de

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celai de Lutèce qu'avait si longtemps porté Tile de lu Cité. Plusieurs voies traversaieut les quartiers de la rive gauche. La principale, partant du Petit-Pont et suivant la direction de la me Saint-Jacques^ longeait à droite Teiicein te du palais des Thermes ; ensuite, s'élevant comme le coteau, dont la pente était autrefois<plus roide qu'elle n'est aujourd'hui, elle laissait à gauche des vignobles et à droite un lieu que Dulaure conjecture avoir été consacré à B^chus, puis les places et les avenues qui précédaient ce palais. Parvenue à la hauteur du plateau cette voie, après avoir traverse les emplacements de la Sorbonne et des Jacobins , dans la direction d'une rue qui a existé entre la Sorbonne et l'église de Saint-Benoit , se prolongeait entre un camp romain et un vaste champ de sépultures, à tra-* vers l'ancien emplacement des Chartreux, et elle allait ensuite aboutir à Issy, et de là à Orléans.

La seconde voie naissait de la précédente , à peu près à l'endroit où lame Galande débouche dans la rue Saint-Jacques, et , suivant la direction de cette première rue et de celle delaMontagne-âainte-Geneviève, s'élevait au milieu des vignobles jusqu'au plateau. Arrivée à ce point elle avait à gauche un lieu appelé les Arènes, destiné aux spectacles publics. A droite, et sur la hauteur, étaient des exploitations de terres propres à la poterie et une fabrique de vases romains. Cette voie traversait un champ de sépultures et aboutissait à un point appelé Mima Cetardus, Ce lieu a reçu dans la suite le nom de Saint- Marcel; mais la rue qui y mène a conservé, à quelques altérations près , sa dénomination antique; de Mons Ceiardus ou a fait Mont-Cetard y puis Moujfetard,

Sur la rive droite, si Ton en juge par les vestiges découjiMT. i»B mis. T. I. 4

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verts à différentes époques , on remarquait un autre feubourg, plus important encore ^ et 4U1 renfermait un aqueduc, de riches habitations, des villas romaines et des tombeaux* L'aqueduc de la rive droite prenait son commen« cernent sur les hauteurs de Chaillot, à la source des eaux minérales de ce lieu, tiaversau les eiiiplactinents actuellement occupés par les Champs-Ëlyséeset les Tuileries, et venait aboutir vers le milieu tiu sol qui forme aujourd'hui le jardin du Palais-Royal. Ces indications .ne sont point imaginaires; elles reposent sur différentes découvertes, résultai des fouilles iiaites dans les temps modernes, lorsqu'on a creusé le sol pour y établir des conduits souterrains. méaies vestiges ne permettent pas de douter que le lieu où s'élèvent aujourd'hui le Palais-Royal et les rues circonvoisiiies n'ait été, au c:oniuieuccment du cinquième siècle, habité par une population riche et déjà nombreuse. Tout fait égaleaient présumer qu'au iK la tlu lauijourg de la rive droite , sur le sol actuellement occupé par la rue Vivieime et la place de la Bourse, il y avait un champ de sépultures ou du moins une réunion de monuments funèbres construits pour des fiimilles opulentes. Sur un autre point de la rive droite , et toujours en dehors du faubourg , il existait un second cimetière , plus considérable encore , occupant l'espace compris de nos jours entre la rue de la Verrerie , la rue du Mouton, le marché Saint-Jean , la Grève et l'église Samt-Gervais.

De tous ces moniiments, de ces habitations, de ces villas, les débris du palais des Thermes restent seuls exposés à la curiosité avide des habitants de Paris.

Les Romains donnaient le nom de thermes à de vastes ëditices destinés à des bains cliauds. D'abord simples et

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comiucHles, ces édifices, lorsque les conquêtes eurent enrichi et corrompu les Romains, devinrent des palais somptueux; il u appartint qu'aux empereurs de lesfSûre construire et d'y loger avéc leur immense suite. Les thermes contenaient plusieurs salles de bains, des salles de jeux, des salles d'exercices, des galeries, des portiques, des théâtres; ilselaieiit de plus entourés de vastes jarchusi. Depub aviron sept cents ans les restes des Thermes de Paris ont porté le nom de palais des T/wrmes et le portent encpre^ ce palais était certainement le même que celui où quelques augustes ont, dans le troisième et le quatrième siècle, passé leurs quartiers d'hiver. Julien, dans sou ma* nifeste adressé au sénat et au peuple d'Athènes, en racon* tant les événeuieuts qui précédèrent son élévation à la dignité d'auguste, parle plusieurs fois de ce palais, oii il résidait avec sa femme Hélène, sœur de l'empereur (ionstance. *

ClL édifice , très-vaste, occupait remplacement où se voient encore ses principaux restes, et s'étendait fort au loin dans les quartiers environnants, où sont des traces nombreuses de maçonneries romaines. Une tradition constante y place un palais qu'au sixième siècle Grégoire de Tours désigne sans le nommer. Ce palais et ses dépendances occupaient le sommet de la colline et tout le terrain qui se prolongeait en pente vers le lieu où de nos jours s'élèvent les rues Saint-Benoit et Bonaparte, la place Saint-Michel et l'Odéon, et où aljoutissait alors la voie romaine qui venant d'Orléans passait à Issy. Ces divers quartiers dépendaient du palais desTher?nes. Au nord, en partant du point oii gît aujourd'lmi la salle des Thermes, les bâtiments de ce palais se prolongeaient jusqu'à la rive

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gauche du petit bras de la Seine. Dans les caves des maisons situées entre cette rivière et cette salle on trouve des piliers et des voûtes de la même maçonnerie ; avant la démolition du Petit-Ghàtelet, forteresse située au bas de la rue Saint-Jacques et à l'extrémité méridionale du Petit- Pont^ on voyait encore des arrachements des murs anti« ques, qui se dirigeaient vers le palais des Thermes. IjSl salle qui subsiste aujourd'hui, unique reste d'un palais aussi vaste, offre, dans son plan, deux parallélogrammes contigusqui forment ensemble une seule pièce. Le plus grand a environ vingt et un mètres de longueur-sur qtiatorze de largeur; le plus petit a dix mètres sur six. Les voûtes à arêtes et à pleins ceintres qui couvrent cette salle s'élèvent jusqu'à quatorze mètres au-dessus du sol. Elles sont solidement construites , puisqu'elles ont résisté à l'action de quinze siècles, et que depuis longtemps, sans éprouver de dégradations sensibles, elles ont supporté une couche épaisse de terre, cultivée en jardin et plantée d'arbres.

L'architecture de cette salle ne présente que peu d'ornements. Les faces des murs sont décorées de trois grandes arcades; celle du milieu est la plus élevée. Ce genre de décoration était en usage au quatrième siècle. La face du mur méridional a cela de particulier que l'arcade du milieu se présente sous la forme d'une grande niche, dont le plan est demi-circulaire. Quelques cavités pratiquées dans cette niche et dans les arcades latérales ont fait présumer qu'elles servaient à l'introduction des eaux destinées aux bains. Les arêtes des voûtes, en descendant sur les faces des nuu's, se rapprochent, se réunissent et s'appuient sur une console qui représente la poupe d'un vaisseau.

Rien n'avait été épargné pour faire du palais des Ther-

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mes une résidence vraiment splendide. Un aqueduc allait

lui cherclier des eaux saines et puresjusqu'aux sources de Rungis, c'est-à-dire à trois lieues environ du centre de Paris. Soulci i aui dans la pkis L;rande partie de son tonis, il traversait cependant le vallon d'Arcueil sur une suite Ae hautes arcades, dont le temps a respecté quelques piles^ d*uue belle structure, appareillées comme les murailles delà salle des Thermes. L'aqueduc antique a été comptétement reconnu dans toute son étendue; il est côtoyé par l'aqueduc moderne qui apporte à Paris les mêmes eaux. L'empereur Napoléon III, en faisant ouvrir an milieu des quartiers de la rive gauche la large avenue qui les traverse, a exigé que Ton respectât ces remarquables vestiges de Tépoque romaine, et il a voulu les entourer d*un jardin qui les encadre d'une manière toute pittoresque et leur restitue le caractère primitif. Sous ces voûtes encore debout, autour de ces statues à demi détruites, on croirait voir encore se presser les légionnaires romains acclamant César; il nous semble contempler les ombres de Valentinien, de Gratieu et de Maxime , donnant des ordres pour la garde des frontières (i).

(i) On ne sait pas exactement a ({uelle époque lui hàti le palais des Thci mes. Dulaure a pense qu'on U'eu pouvait aUribuei la cuiisli uelion qu^à CoDstaoce Chlore. M. Dusommcrard a développé ceUe opinion eu Pappiiyuil de nisonnemenU qui lui donnent un baul defpré de vrtûem> blanoe.

Jufqu'à Gomtanoe Chlore, en effel, les goeme de Tempire > le peu de durée du s(>jour des empereurs dans le Gaule , ne permeltent pes de

supposer que le palais des Thermes fât constmît, et l'on a des preuves qu'il existait après le règne de ce prince.

Souverain de la Gaule, (Constance Chlore devait désirer, maljçré la ' simplicité de ses goûts, de consacrer ceUe dignité uouvelle par la Ibuda-

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Les jai*diu& du palais des Thermes occupaient l^ëteudue

foiisidérable tics (^uaiders dont je parlais tout à l'heure. On peut assigner pour limites à ces jardins, du côté du

tton d^ime résideooe centrale d'où il pAt sonreiller tes Bretons, les Germains, les Francs, et en même temps maintenir les Bagaudes.

Dans les quatorze années pendant lesfjuelies Constance Chlore goaverna la Caule comme césar (de 9.92 à 3o4 ) et comme eiiij)ereur (de 3o4 à 3o6 ), on compte dix ans de calme partait et cie prospérité. A ces circonstances si favorables pour une entreprise comme celle de la construction du palais de Lutèoe se joignent les considérations Urées de h nature de l'appareil des mars encore existants. On parait d'accord sur ce point, que le mode de construction employé dans la salle des bains , dits de Julien , et dans ses dépendances , ne remonte pas au delà du troisième siècle.

Rien sans doute dans Piiistoire ne donne à ces suppositions le caractère de fait incontestable , niais ausâi rieu ne vient les détruire , et elles ont d'autant plus de poids ({u'on n'a autre chose à leur opposer qu'une opinion purement traditionnelle, qui fait de Julien à la fois le fondateur et l'habitant de ce palais. *

I^e palais des Thermes existait sons Julien : c'est un fidt hors de discussion et que Saint-Foix a voulu seul se donner la singularité rie con* tester. Ce qui nous en reste prouva impoilaiice , imj)oi lam e telle que, avec toutes les ie>soutt c» ijue Part du quatrième siècle et les liahitudes romaines pouvaient créer, trois années durent à peine suÛireàsoQ cotîtr achèvement.

Si, pour écarter toute espèce de doute, on consulte Julien lui-même et on le suit pendant tout son fléjonr dans les Gaules, on. le voit partir db VioiDne en 356 poor maicfatr contre les-Alamans; arriver au mois de juin devant Autun; passer à Auxerre, à Troyes, à Reims, à Cologne; arrêter les efforts des rebelles, et venir |)asser l'hiver à Sens. En 357 il marche vers le Haut-Rliiu |)our leiouJer les l»arbares en Allemagne, et ce n^est que dans Tintervailc de 357 ^ 4*^'*^ vient achever l'hiver à JParis : Hisqne perfectis^ aetumt kyanem rmriit Ptuisim Cœsar»

Après de semblables fatigues dans cette saison avancée, et avee le sent avenir de repos que pouvait hii offrir une tràve de dix mois avec ks barbares, Julien dut nécessairement choisir un abri tout préparé au lieu de se créer les embarras d'une si grande construction. Et pLils iiu' ce fut pendaut cet hiver qu'il éprouva dans le palais de Paris cette sul-

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midi, l'eniplcicement actuel du jardi» du Luxembourg; au

Jiord, le coui*s de la Seine ; à Test, les bâtiments du palais et leurs dépendances ; à l'ouest , un canal qui communiquait à la Seine, se remplissait de ses eaux, et aL»uutis&ait k l'emplacement oiisont situées aujourd'hui les rues Saint-

Benoît ut de TEgout.

^ L'histoire de ce palais, résidence d'été des premiersdominateurs de la France^ s*est éteinte assez obscurément après avoir eu beaucoup d'éclat. Les Mérovingiens s'y étaient établis, et Fortunat attestait la magnificence de cet édifice. Plus tard, abandonne par les Garloviugiens, dévasté par lesJNormands, le palais des Thermes cessa d'être le séjour delà puissance royale. Vers la fin du dou/ierne siècUi II 80 environ, les poésies de Jean de Hauteville nous montrent en langage pompeux les cimes du palais perdues dans les cieux, tandis que les fondements descendaient jusqu*à l'empire des morts. Mais il faut se méfier de ces exagérations poétiques. Une cliarte en bonne forme constate en style vulgaire qu'en 1318 Philippe- Auguste donna Je palais des Thermes à Henri, son cliambellan, avec le pressoir situé dans le même édifice. Peut-on croire que le roi eiil uiasi aliéné, sans plu&de façon qu'une construction ordinaire, un palais comme celui dont les vers de Jean de Hauteville nous tracent la figure? En i36o

location dont il parle dans son Misopogon, il faut évidemment renoncer à voir dans Julien le fondateur du palais romain de Lutèce.

Ifab s'il UaA eolever à Jalien la gloire d'avoir codstniit le palais de Lutèce» glmn qêCU ne réclame nulle part^ lui si soigneux de parler de ses moindres actions et d'en calculer fefTet, tout en affectant un grand mépris de la renommée, a laquelle il sacrifia sa vie, il est probable que c'est à la résidf r)( e qu'il y fit que cet édifice dut sa première et m plus grande iUustration. ( Uistoire.de Paris par M. de Gaulle. )

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