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uns d'eux le titre de niailres. On prétendoit qu'ils £ûsoient des miracles, et que le vin et les viandes qu'on leur servoit ne diminuoient point et même se muitiplioient
«c Si quelqu'un vouloit s'opposer à eux, ils rëpondoient non par des autorites et des raisons, mais par des coups et des blessures, car ils portoient alors des ëpées, des poignards, des cognées, des traits et d autres sortes d'armes, et leur ^rand-maitre étoit environné de gens armés quand il prêchoit. Lorsqu'ils passoient par des vUleset des villages, ils portoient leurs armes élevées pour inspirer la terreur à tout le monde, et ils étoient devenus si redoutables quil n'y avoit presque aucun officier de justice qui osât leur résister en quoi que ce fût.
« Les ecclésiastiques et les moines n'eurent pas de peine à reoonnoitre Tillusion dont on abusoit les peuples. Ils en eurent beaucoup de regret et voulurent s'opposer à l'erreur; mais ils ne firent que se rendre odieux au peuple même. Le chef de l'imposture comment à déclamer contre eux et à leur reprocher publiquement de grands crimes, que le peuple ccoutoit avec un plaisir pernicieux. Ces séditieux tuèrent même plusieurs qu'ils rencontrèrent à la campagne, faisoient tous les maux qu ils pou voient et à eux et aux religieux, parce qu'ils leur résistoient plus que les autres, se contentant quelquefois néanmoins de les dépouiller ou de les battre, et le peuple, en haine du clergé, voyoit leurs crimes avec joie.
a Ces furieux vinrent jusqu'à Paris et y firent divers maux. Leur chef y prêcha habillé en évêque dans Saint* Eustache et y fit l'eau béuite dausle même habit. JMais il fil même tuer quelques prêtres et d'autres ecclésiastiques , et il fallut fermer les ponts pour les empêcher de faire le même
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traitemeutaux écoliers de T Université, car les écoliers passoient alors pour clercs.
« Cepeadant on les laissa sortir impunément de Paris^ et ils crurent alors être échappés de tout péril. lisse
vantoient qu ilfalloil qu'ils iusseutgeas de bien^ puisqu'ils n*a votent trouvé , disoient»ils , aucune opposition dans une ville qui éioit la source de toutes les sciences , Aussi ils en devinrent beaucoup plus bardis à soutenir et à inventer des erreurs et à coiii mettre toutes sortes de pilleries et de violences. Us attaquoient les villages et les villes mêmes en divers endroits de la France, tuant et les ecclésiastiques et les laïques. Bientôt, se trouvant être plus de cent mille personnes, ils se divisèrent en plusieurs armées pour s'aller embarquer à divers ports* » La reine Blanche envoya des troupes contre ces hordes de brigands, qui ne tardèrent pas à être détruites (xaS i ). Ces mouvements populaires, assez semblables pour la iorme et le but aux tentatives des Cotereaux. sous Philippe-Auguste, se reproduisirent plusieurs fois pendant le moyen âge. A celte époc|ue, comme toujours, la question du pauvre contre le riche, qu'elle s'appelât guerre des esclaves, guerre des serfs, guerre des pastoureaux ou guerre des prolétaires, était débattue avec une brutalité sauvage , et alors se révélaient dans toute leur nudité les misères cachées de l'ordre social.
Durant la première moitié du règne dont nous venons d esquisser les traits, quelques incidents avaient eu lieu que nous devons d'autant plus mentionner qu'ils se rattachent aux annales particulières de Paris.
L'Université avait vu s'accroître et se consolider ses privilèges à mesure que sa popularité se répandait dans
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toutes les parties (le l'Europe civilisée; î! est permis de croire qu'elle attachait uae iiaute importance à des prérogatives qui lui avaient ëté concédées pour honorer la science, et non pour constituer au sein du royaume une république batailleuse et jalouse. Or, vers Tan 1 229, le repos de Paris fut troublé par une querelle suscitée, dans une taverne du faubourg Saint-Marcel, entre les mar-^ chauds de vin et les étudiants ; les bourgeois de Paris avaient pris la défense du cabaretier, les écoliers avaient ëté nuit ment menés par des gens du peuple. lendemain de cette scène, jour de mardi gras, les étudiants de l'Université, déterminés à prendre une revanche, aceoururent en force^ enfoucèï*ent les boutiques ^esmafcliands de vin, défoncèrent leurs tonneaux et se livrèrent à des actes de violence envers les iiahitantsdu faubourg. Ces actes de désordre appelaient un châtiment ; mais, pour être légale et régulière, la répression devait sVxercer selon les coutumes réglementaires réservées à l'université de Paris et qui attribuaient h ce corps le soin de sa propre police. C'est ce qui fut perdu de vue, et peut*étre la régente craignit-elle de n*être point suffisamment secondée par les chefs d'une corporation enseignante, intéressés les premiers à la conservation et au triomphe de leurs privilèges. Quoi qu'il en soit, le doyen de Saint-Marcel eut recours à l'évcque de Pa* ris, qui se plaignit à la régente, et Blanche de Castille donna ordre au prévôt de lâcher ses archers contre les coupables. Les archers, ennemis des écoliers, s'acquittèrent de cette coniniissiou avec tant de précipitation qu'ils tuèrent quelques jeunes gens étrangers aux scènes tumultueuses de la ville; de ce nombre se trouvaient un Normand et un Flamand de haute extraction, et il était no-
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toire que les vrais coupables apparteuaient à la province de Picardie. Ce fut la cause d'un vaste soulèvement. Les professeurs s'indigaèrent du traitement (|a oa avait infligé à leurs élèves; le recteur, les régents , les dignitaires se rendirent auprès de Blanche de Castille, protestant contre la violation de leurs immunités^ et déclarant qu en attendant réparation et justice les cours universitsdres seraient suspendus.
L'Université n'ayant pas eu satisfaction de la reine, du légat, ni de Pévêque de Paris, tous les maîtres et écoliers se dispersèrent , en sorte qu'il ne demeura pas à Paris un seul docteur fameux. La plus grande partie se retira à Angers, quelques-uns à Orléans^ et l'on croit que ce fut l'origine de ces deux universités. D'autres allèrent à Reims, plusieurs à Toulouse, quelques-uns en Espagne, en Italie et en d'autres pays étrangei*s ; plusieurs en Angleterre, où le roi Henri iil les invita à venir tous , leur offrant telle ville qu'ils voudraient choisir et toute liberté et sûreté.
Les écoles de Paris restèrent donc désertes ; les maîtres et les écoliers, dispersés en divers lieux, avaient même fait serment de ne point revenir qu'on ne leur eût donne satisfaction. Les Frères prêcheurs profitèrent de la circonstance, et, du consentement de l'éveque Guillaume et du chancelier de TÉglise de Paris, ils établirent chez eux une chaii ede théologie, à quoi ne servirent pas peu l'estime que s'était attirée le bienheureux. Jourdain, leur général, et le grand nombre de docteurs et d'étudiants qui étaient entrés dans cet ordre; car ces docteurs, après avoir change d'habit, ne laissèrent pas de continuer leurs leçons.
Si tôt que le pape Grégoire IX fut informé du desordre arrivé à Paris et de la retraite des étudiants , il s'occupa
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d y porter remède ; à cet effet il écrivit aux deux évéques du Mans et de Senlisetà l'archidiacre de CMIons, leur donnant commission d interposer leurs bons offices entre ie roi et l'Université, en sorte qu'elle reçut satisfaction- :pour les torts et les insultes qu'elle avait soufferts, qu'on la fît jouir de la liberté accordée par Philippe-Auguste; et '^'on . la rappelât à Paris. L'ëvcque du Mans était Maurice, que le pape transféra à rarchevêché de Rouen en Tannée 123t. Uévêque de Senlis était encore Guérin, autrefois chevalier du Temple et confident de Philippe- Auguste, qui mourut le T9 avril laSo.
£n même temps le pape écrivit au roi inouïs et à la reine Blanche, sa mère. « Le royaume de France, disait-il, se « distingue depuis longtemps par les trois vertus que Ton « attribue par appropriation aux persoiTUoes de la sainte « Trinité, savoir : la puissance , la sagesse et la bouté. Il « est puissant par la valeur de la noblesse , sage par la <( science du clergé, et bon par la clémence des princes, «f Mais si les deux extrêmes de ces trois qualités sont desti- « tuées de celle du milieu, elles dégénèrent en vices ; car, « sans la sagesse ^ la puissante devient insolente^ et la « bonté imbécile • » Le pape conclut en exhortant le roi et la reine à écouter favorablement les trois commissaires qu'il avait nommés , et à exécuter promptemmit leurs conseils, <f de peur, ajouta-t-il, que vous ne sembliez avoir a rejeté la sagesse et la bonté, sans lesquelles hi puissance a ne peut subsister, et, ne pouvant souffrir que votre «c royaume perde cette gloire, nous serions obligé d'y « poui voir autrement (1). » Le pape écrivit aussi k Guil-
(1; Duboulay, p. i35etsuiv.
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laume d'Auvergne, ëvêque de Paris ^ le reprenant vivement de ce qu*il favorisait la discorde; car c'était de lui principalement que les docteurs de Paris s'étaient plaints au Pape, disant qu'au lieu de les protéger^ comme il le devait, il les avait abandonnés. En effet l'évéque, le ehan-* eeliep et le Chapitre de Paris sou(rraient avec peine îes bornes que l'Université voulait mettre à leur juridiction et auraient mieur aimé qu'eUe fût transférée aiUeur»; aussi , s'opposèrent-ils longtemps à son rétablissement.
Le pape, voyant que l'affaire n'avançait point, écrivit l'année suivante (laSo) aux docteurs de Paris de lui envoyer quelques-uns des leurs pour y travailler efficacement. Cependant le cardinal-légat de Saint-Ange et Fève que de Paris publiaient des censures contre les absents, et TarchevéquedeSens, dans un concile provincial , ordonna que ceux qui s étaient retirés eu conséquence de leur serment seraient priv^ pendant deuxans du fruit de leurs bénéfices, et ceux qui n'en avaient point déclarés indignes d'en obtenir, s'ils ne revenaient dans le temps prescrit. Ije roi édictait aussi des ordonnances contre eux. Les docteurs que l'Université envoya , suivant l'ordre du pape , turent Geoifcoi de Poitiers et Guillaume d'Auxerre, qui lui demandèrent un règlement pour leur servir de loi après leur rétablissement et de préservatif contre des inconvénients pareils, ils négocièrent si bien qu'ils obtinrent de Grégoire IX une bulle adressée aux maîtres et aux écoliers de Paris ^ datée du treizième d'avril I23i . 11 y était dit :
« Paris, la mère des sciences , est un autre Cariath-Sé- « pher, ville des lettres; c'est le laboratoire où la sagesse « met en œuvre les métaux tirés de ses mines : l'or et l'ar- « gent, dont elle compose les ornements de l'Église, le fer.