‹ Histoire de Paris depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours (volume 3)Chapitre 42 sur 64 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

ll«iBÎtee période du végpe ^ MoH Lot^

De retour dans ses États après la mort de sa mère,

saiut Louis employait les loisîi^ de la paix à constituer au dedans le règne de la justice et de l'ordre. Saint Loub régularisa la féodalité ; il reconnut aux grands et aux nobles feudataires le droit de résistance^ comme devant ser* vir de contre-poids à la couronne; il réforma les ordonnances sur le duel judiciaire, et interdit dans la' plupart des cas ce mode sauvage de soutenir ses droits par des champions armés. Les coutumes féodales et les ordonnances rendues par ses prédécesseurs faisaient de la légis» lation de sou temps un amas informe d'usages contiadic* toîres ou barbares; saint Louis procéda à la révision de ces monuiDciUs grossiers de la justice et ordonna de prendre le droit romain pour base et pour règle des institutions nouvelles.

Les enstetgnements«que, dès son jeune âge, il avait reçus de Blanche de Caslille étaient demeurés en son cœur inscrits en ineffaçables caractères; avant tout il s'appliquait à aimer Dieu, à le servir, a pratiquer la sainteté dans toute rétendue des idées que ce mot renferme.

Toujours levé avant l'aube, Louis IX dormait sur un lit de planches, avec un simple matelas, sans paillasse, ce 11 chevauchait souvent de grand matin, dit la dironique, et alors il se faisait chanter les heures cano-

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niâles à liaute voix et à note par ses chapelains, aussi à cheval. Puis, quand il revenait ^ avant de prendre son repa$j il entrait en sa cliapelle, où les chapelains disaient devant lui Tierce et None. 3» II se mortifiait dans les plus petites choses pour tenir sa volonté toujours soumise, et résistait souvent à ses inclinations les plus innocentes, afin d'en faiie un sacrilice à Jesus-Christ. Il comparait la vie du chrétien à celle du soldat ( vita hominis miliiia ), et, comme les capitaines font faire Texercice aux gens de guerre durant la paix, afin de les rendre plus capables de servir leur pays dans le combat, il accoutumait de même ses passions à lui obéir dans les choses indifférentes, pour être plus assuré de les maîtriser lorsqu'il s'agirait de la gloire de Dieu ou des devoirs de la cliarité. Il jeûnait et se confessait tous les vendredis, et ne mangeait point de viande le mercredi ; il jeûnait au pain et a Feau la veille des fttes de la sainte Vierge, et faisait tout cela en secret, sans affectation, mais aussi sans vouloir aimer les plaisirs de la terre lorsqu'il n'aimait que ceux du ciel. 11 savait que les rois servent d'exemple à leurs sujets, que toutes leurs actions sont en vue, et que la plupart des hommes, étant naturellement portés à imiter ce qu'ils voient faire, conforment leur vie à celle des grands. Aussi vouiait-il se montrer le guide et le gardien fidèle de son peuple. Chaque jour il entendait au moins uiie messe, et durant la célébration des saints mystères il ne cessait d'être à genoux sur le pavé, même en temps d'hiver. S'il ctaiL malade on récitait les offices et les psaumes près de son lit. Son confesseur lui inspirait uu tel respect qu'il .s'attachait à le servir, et, quand ce religieux voulait se défendre d'être l'objet de ces actes d'humilité royale : a Vous êtes le père , disait le

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« pieux monarque, et je ne suis que votre enfant. » Aux jours solennels il prenait la sainte couronne d'épines et la montrait au peuple. Lorsqu'il disait ce verset des litanies : « Seigneur, nous te prions de nous donner une fontaine de larmes ! '» il ajoutait avec piété : %0 mon Dieu, « je n'ose pas vous demander une fontaine de larmes; flc qu'il me suffise d'une seule petite goutte pour arroser « la sécheresse de mon cœur et pour expier tout ce que «c souffre mon peuple. » Il se donnait rudement la discipline, et après rabsoluLion il invitait son confesseur à lui faire subir rudement cet acte de pénitence ; il paraissait mécontent si le prêtre usait de ménagement, et il lui iaisait signe de recommencer. Il conserva longtemps un directeur qui « lui donnoit si rudes coups et^aspres disciplines que sa cliair tendre en étoit moult grevée. »

Sa cliarité envers les pauvres était admirable. Dès sa plus tendre enfance il avait fait le vœu que^ partout où il se trouverait dans les temps d'abstinence, cent vingt pauvres seraient nourris chez lui de pain, de vin et de poisson ; la veille des grandes fêtes de l'Église on doublait le nombre de ces hôtes. Avant d'avoir pris lui-nicine aucune nourriture, il les servait de sa main, plaçait les mets devant eux, rompait leur pain et leur versait à boire. Il avait en outre chaque jour, près de sa table, trois pauvres vieillards à qui il faisait donner de ses viandes, et après le repas quelques secours en argent. Afin que sa cliarité s'étendit dans toutes les provinces, il fonda de nombreux hôpitaux, se souciant peu d'avoir de beaux palais pourvu que les pauvres, ses frères, fussent à couvert et ne manquassent de rien. Le samedi il donnait à manger à certains mendiants « qu'il fesoit venir, dit Joinville, en lieu secret pour n'estre

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aperçu et de tous ces convives en Jé$iis4^rist ne s'en sépa*

roit saus avuir largement respandu aulmones abundantes. » Une nuit, comme on le croyait endormi, il fia surpris déguisé en simple ëcuyer, et accompagné d*un seul serviteur, allant verser de& aumônes dans le sein d'uoe multitude de malheureux. Un Frère prêcheur Tayant reconnu et voulant le louer de celte action : « Ciier trère, « lui répondit le saint roi^ ce sont les soldats défenseurs (t de mon royaulme; bien s'en iault* il que je les paye à n proportion de leurs services. » Si la disette éclatait dans une proviiu :e il y faisait transporter à ses frais des amas de grains récoltés dans ses propres domines, et on les distribuait aux nécessiteux. « N*est-il pas juste, disait-il « alors^ que assiste en leur destresse ceux qui me font par> « tage de leur abuudance? » Et parfois il mandait aux populations menacées par le fléau : « Mes amis, ce que je « tiens de vous, j'en suis dépositaire, et je le conserve a pour vous. » Grande cl i»ubiime déUnition de la richesse royale et des devoirs qu*elle impose. Comme on lui fit connaître que plusieurs courtisans blâmaient la proiiigalité de ses aumônes, il répondit : « Ayme mieulx que tel excès tf soit l'ait eu rhonueui* de Dieu qu'en luxe ou vaine gloire « du monde. » Pour subvenir à ces sûntes largesses il s'imposait jouruelleinent des ecouoaues, des privations ou des sacrifices; aussi, dit la chronique, « loin de deviser a en niels et viandes, comme beaucoup d'hommes riches «r font, il mangeoit sans rien dire les plats déposés devant « lui. » Il avait pour habitude de laver les pieds, chaque samedi, à im grand nombre de pauvres, et, lorsque les af* faires publiques Ven empêchaient, il cliargeait de ce soin le confesseur de service. Pour accomplir cet acte de gêné-

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reiUL jdMiMsement, à Texemple de Jésus-Chml, il préférait souvent laver les jpieds aux aveugles, afin de n'être point recûnau par. eux, et, comme le sénéchal de Champagne . smnîfeslttit un jour la répugnance que lui inspirait, cette dsuvre de charité : « YoiremeuL, lui dit le l'oi, ce n'est pas Jbien. Devrie2*vous avoir en tel dédain ce <pie Diea a faict pour notre enseignement? »

A son retour deSyrie» et après les épreuves de la première croisade, il se signala par ua redoublement de ferveur et par tin plus ardent amour pour ses peuples. « Après que le roy fu retouiucz ci ouUe-mer en France, dit la chronique, il se contint si dévotement envers Nostre- Seigneur, si droicturiëment envers ses subjects, si doulcement et si piteusement à ceulx qui étoient en tribulatioui et profita en toutes manières de vertus que, comme For est plus précieux que Fargent, ainsi la vie du bon roy fut plus saincteet plus pure depuis son retour d'oultre*mer. »

C'est durant cette période qu'il multiplia les entreprises pieuses, les créations utiles au service de Dieu et . au bien-être des peuples. Les Mathurms de Fontaiuebieau, les Jacobins, les Cordeliers le reconnaissaient pour leur fondateur, honneur qu'ils partagent avec les abba)'es de Long-Champ, de Lis et deMaubuisson, qu'il bâtit et dota avec une magnificence vrainieiiL royale. Le ciiaLeau de Vauvert, habitation des Chartreux de Paris, est encore l'ouvrage de sa libéralité, ainsi qu'une grande partie des biens de cette maison. Son conseil ne parut pas toujours disposé à applaudir à tant de libéralités, et il arriva même qu'un ministre crut devoir les blâmer iiautemeat. a Dieu, c répondit le saint roi, m'a donné tout ce que je possède. . . « Ce que despeuserai de ceste inanière sera lousjours le

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« mieulx placé. » Bien jeune encore il bâtit, non loin de LuzarcheSy une magnifique abbaye oit il appela cent quatorze religieux de l'ordre de Citeaux. « Li roy, dit son vieil historien, fut si ardent et eschaufTë de la mort de Jësus> Cin ist, et Tâme duquel dcsiroit Dieu comme le cerf qui est chacié la fontaine et les eaux, funda ceste abbaye au lieu que l'on disoit au Mont ; il prit ensuite celui de Hégalis il/oiif,puisMont*Réalou royal, enfin Royaumont. » C'était pour le pieux monarque un lieu de repos et de prière. Dès qu'il pouvait se dérober aux affaires «il aimait à se rendre à Royaumont, et là, déposant les marques de sa dignitésur le seuii du cloiLre,ii exigeait qu ouïe traitât comme un simple moine, mangeant au réfectoire, dormant au dortoir, travaillant au jardin, veillant au chevet des malades, pratiquant tous les exercices de la communauté. Ce tut dans cette siinte retraite, comme ou l'a vu plus haut, qu'il fit inhumer le corps de son fils premier-né. A Paris ie bàiat roi jeta sur la place iMaubcrt les fondements du grand couvent des Carmes ; après y avoir établi les religieux qu'il avait ramènes du Carmel, Louis IX fonda l'église et le couvent des Grands* Augustins ; puis il ht reprendre (1267) les travaux de Notre-Dame de Paris. Comme on l'a vu plus liaut, le portail méridional de cette magnifique église fut confié à Jean de Chelles, qui, sous les yeux du prince, dirigea aussi les iiautes et délicates galeries des nefs et le cordon ce brodé et dentelé où se dressèrent en statues colossales vingt-sept rois. » Vers le même temps, et par les soins de saint Louis, s^élevèrent successivement dans Pans plusieurs églises ou abbayes, parmi lesquelles nous mentionnerons Sainte-Croix de la Ih etonnerie, les Blancs-Manteaux, les Mathurins Saint-

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Jacques, l'abbaye des Jacol)ins, l'abbaje et l'église des Gélestinset celle des Filles-Dieu. C'est également à cettepériode du règne de Louis IX qu'on fait remonter la date de la coDStructio])^ du réfectoire de Saint-Martin des Champs,

de son dortoir et de sa salle capitiilaire, regardés, après la Sainte-Chapelle, comme les chefs-d'œuvre de Tarchitec* ture du treizième siècle. On se lasserait à énumérer les églises, les cloîtres , les hôpitaux dont la piété du roi dotait les provinces.

C'est à cette pieuse profusion que tant d abbayes, de monastères et de maisons de piété doivent leur établissement et leurs revenus. Mais sa générosité s étendait surtout

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' aux hôpitaux, fondations non moins dignes d'un gralnd roi.

Témoin de cette charité fi cuiicie, et qui du soir au tiuitiu enfantait des merveilles, le bon sénéchal de Champagne disait de sou maître : a 11 iulplus heureux <^ue Titus, ilout les anciennes escriptures racontent que trop se dola et fut desconforté d'ung jour qu'il n'avoit donné aucuns bénéfices. » L'Hotel-Dieu de Paris existait depuis longtemps ; cependant, comme la ville était fort augmentée depuis les conquêtes de Philippe-Auguste, les anciennes salles ne suffisaient pas pour loger commodément les malades; Louis en fît bâtir tie nouvelles et augmenta considérablement les revenus de la maison. Pontoise, Compiègne et Yemon lui doivent aussi ces hospices où les pauvres et les malades trouvent un asile dans leur misère et des remèdes à leurs maux. Ce fut encore dans ce iiicine esprit qu il fonda ce fameux hôpital pour les aveugles, dit depuis les Quinze- Vingts, parce qu'on les avait réduits à ce nombre de trois cents^ au lieu de trois cent cinquante qu'ils étaient alors. On a voulu faire croire que cette fondation était destinée à des gentilshommes auxquels les Sarrasins avaient crevé les yeux et que saint Louis avait ramenés de la Terre-Sainte: mais c'est une fausse tradition dont il n est fait aucune mention dans les histoires de son temps. 11 suffisait d*être malheureux pour exciter la compassion et mériter les bienfaits de ce prince, grand devant Dieu et devant les hommes, et qui a trouvé grâce devant la malveillance des historiens ennemis de la foi.

Miséricordieux envers les pauvres, le saint roi était sévère pour les méchants, quel que lut leur rang et de quelques prières qu'on usât envers lui. Il faisait punir sans pitié les seigneurs coupables de déprédations ou de menr*

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très, et souvent ses frères eux-mêmes trouvèrent en lui un obstacle à leurs désirs. Leplusobscur artisan n'implora ja* mais en vain sa justice ; tout le monde sait, etc*est une des plus touchantes traditions de la monarclûe, qu'il jugeait lui-même les querelles de ses sujets, n'ayant pour trône et pour prétoire qu'uu ciiéue de la forêt de Vincennes, au pied duquel il était assis et sans autre garde que l'amour de son peuple, «c II disposa de son vivre, dit JoiuviUe, de telle façon qu'il pust chasque jour consacrer quelques heures à donner audience, à régler procès, et à faire en sorte que la plus grande promptitude régnast en ceste branche de Tadministration.... Maiulesfois advint que en esté il alloit seoir au boiz de Vîncennes, après la messe, et se accostoit à ung chesne, et nous fesoit seoir entour li. Et tous ceulx qui avoient affaire yenoient parler à li, sans destourbier de huissier ne d'aultre; et lors leur demandoit de sa bouche : « Y a-t-il qui aist partie ? i> £t se levoient ceux qui avoient partie ; et le roy leur disoit : « Taisezvoûs ; Ton vous deslivrera l'ung après Tautre. » Et alors appeloist monseigneur Pierre de Fontaine et monseigneur Geoffroy de Vilette, et disoit à l'ung d'eux • « Délivrezmoi ceste partie. » £t quant il véoit aulcune chose à amender à k parole de ceulx qui parloient pour lui, il l'amendoit mesme de sa bouche. » Clierchant partout les moyen d'honorer et de relever la profession de magistrat, Louis IX se plaisait à siéger dans le vieux palais des comtes de Paris et des premiers Capétiens, sur l'emplacement duquel s'est élevé le Palais de Justice qui existeencore de nos jours, et alors on le voyait s'asseoir sur le même banc qu'Etienne Boiieau , le prévôt de Paris^ îK homme expert en procédureeten jurisprudence. » Il exi-

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geait même que les grands vassaux suivissent son exemple dans leurs domaines, et quand les princes féodaux, ses parents ou ses pairs, s'acquittaient mollement de leurs devoirs judiciaires, il ne craignait par d'évoquer la cause à sa haute cour et de châtier directement les coupables. Ainsi agit-il à l'égard d'Ansérix U, sire de Montréal , qui avait osé faire périr dans un supplice injuste un pauvre clerc qui avait cherché à se soustraire à de barbares extorsions, que le duc de Bourgogne laissait impunies. Le saint roi ne se montra pas moins inflexible envers quelques nobles vassaux des vicomtés de Casaubon etdeNarbonne, €pi*il fit pendre aux fourches de Montfaucon pour châtier leurs déprédations et leurs actes de sauvage violence.

Un bit domine dans l'histoire de saint Louis : c'est que le bien qu'il opéra , les réformes qu'il entreprit , furent moins dus a son génie qu'à sa conscience , moins à son expérience des choses poliLlques qu à sa sainteté. Clovis et Charlemagne voulaient fonder leur empire et leur dynastie, Philippe-Auguste travaillait à constituer l'unilé et la centralisation au profit du pouvoir royal, et tous se dévouaient à une idée dans la mesure de leur force et de leur génie. Saint Louis, pour sa part, ne songeait qu'à remplir les devoirs de roi dont Dieu l'avait chargé et dont Dieu lui demanderait compte, et en aspirant à être juste selon la loi de Jésus-Christ il lui fut donné, « comme par surcroît », d*etre grand devant les hommes. Jusque sur le cliamp de bataille, s'il était le plus intrépide et le plus redoutable des combattants, lui dont le cœur débordait de charité et de mansuétude , c'est qu'il accomplissait alors les devoirs de soldat chrétien, de chef d'empire. En organisant la justice il songeait moins à dépouiller la féodalité d'un privilège

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qu*à détruire des abus; en châtiant les grands et les seigneurs qui se rendaient coupables d'abus de pouvoir ou de crime ^ il ne se souciait nullement d'agrandir le droit des rob; il ne voulait que mettre le peuple et les pauvres à Tabri de la tyrannie. S'il se montra terrible et sans pitié à r égard des hérétiques et des blasphémateurs, c'est qu'il exerçait la royauté comme un sacerdoce militaire , c'est qu'il ne se croyait armé du glaive que pour la cause de rÉglise et pour la gloire de Dieu. J-iCS avertissements de sa conscience lui suggérèrent la plupart des réformes qu'il introduisit dans les lois et les règlements de sou royaume, et dont| pas plus que ses conseillers ou ses vassaux, il n'entrevoyait les conséquences pour l'avenir des institutions.

Dès le règue de Philippe- Auguste l'institution des bailliages avait établi sur des bases solides la distribution de la justice en France ; elle avait permis à la cour royale i^curia régis) d affermir son autorité en la limitant et en empêchant qu'elle ne se dissipât dans l'accomplissement de fonctions au-dessous du rôle qu'elle devait jouer. Il y avait une différence essentielle entre la cour royale et l'assise du bailli \ celle-ci se tenait à des époques fixes, la cour n'avait de séance que lorsqu'il plaisait au roi d'en indiquer ; l'assise du bailli siégeait dans un endroit déterminé, la cour ac* compagnait le roi; l'assise du bailli était composée de cin(( juges , la volonté du roi déterminait pour chaque session le nombre et la qualité des personnes qui devaient prendre paît aux délibérations de la cour royale.

Cette même cour se présentait moins comme une institution stable que comme un instrument docile à l'usage du prince; il s agissait donc de l'asseoir sur des bases plus régulières et plus fixes , de la placer, autant

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que possible, en dehors du caprice du souverain. Une pareille transformation ne pouvait s'accomplir aisément. La vie agitée et guerrière des rois les forçait sou veut de s*arrêter dans les villes qu'ils traversaient , d'y recevoir d^ plaintes et d'y rendre la justice, sans, pour aiosi due, descendre de cheval, et, comme ils marchaient toujours escortés de prélats et de seigneurs, les éléments de la cour royale se trouvaient toujours rassemblés sous leur tente. Cependant, dès Plulippe-Augusle, la ville fie Paris était devenue le siège accoutumé des séances de cette cour de justice ; dès le même roi s'introduisit également Tusage de composer différeoiuient la cour selon qu elle devait délibérer sur des affaires d'Etat ou juger des procès. Or, sous saint Louis , époque où la justice royale domina la justice féodale non-seulement en fait, mais en droit, un grand pas ^t fait dans le sens de l'extension illimitée du pouvoir monarchique, et Tadministration de la justice devint un moyeu tle gouvernement. La création des bailliages avait dépassé les espérances de la royauté; les baillis, qui n'é* talent au demeurant que les délégués de la cour royale , avaient pris une autorité que les seigneurs ne pouvaient ni neutraliser, ni contre<Ure , parce fpi'eile s'exerçait avec lappui du peuple , et Timportance des bailliages , en se développant, avait eu pour conséquence naturelle de développer l'importance de la cour du roi. Sous le règne de saint Louis ce lut à Paris que cette cour tint le plus ordinairement ses sessions ou ses parlements ^ et c'est à dater de cette époque que par anticipation peut-être, nous la désignerons sous le nom à jamais mémorable de parlement de Paris.

Ijes Établissements de saint Louis, au retour de la pre-

luière croisade , eurent pour point de départ la célèbre or* donnance que rendit ce prince pour définir et étendre les attributions des officiers royaux, et les sujets directs ou indirects de Louis IX virent avec autant de respect que de reconnaissance « comment le roy corrigea ses baillifs , sa prevosté et ses majeurs, et comment li establit noviauiL estaUissem^ts. » Cette loi importante dispose <c que les baillifs, prévosts, vicomtes, et aultres juges supérieurs ou subalternes, jureront de rendre la justice sans acception de personnes ; de conserver de bonne foy les droicts du roy , sans préjudice à ceulx des particuliers; de ne recevoir aulcuns dons , si ce n'est de choses bonnes a boire et à manger, dont la valeur n'excédera pas dix sols parisis par semaine; de ne rien emprunter à des personnes ayant procès à leurs tribunaux, etc. Que si nul d'eulx est trouvé rapineur et mangeur du peuple , que incontinent lui soit osté son office. Qu'aulcun baillif ni prévost ne puisse achepter domaines dans le lieu de leurs bailliages... » Ei^ dit le chroniqueur, /ist li bon roy ces ordonnances pour osier faveur qui aujourdhui destruit justice.

Cette assertion n'était que trop exacte, et la faveur n'était pas le seul abus qui nuisit à la justice et au maintien de la sûreté publique ; pour trouver des réformes à entreprendre il n'était pas besoin d'aller aux extrémités du royaume, et Ton pouvait commencer par l'administration même delà ville capitale. ^^ La prevosté de Paris, ditJoinville, étoit lors vendue aux bourgeois de Paris ou à aucuns , et, quand il avenoit que aucuns l'avoient achetée, si soutenoient leurs enfants et leurs neveux en leurs outrages ; car les jouvençaux avoient fiance en leurs parens et en leurs amis, qui la prévoslé tenoient. Pour cette chose étoit le

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menu peuple trop tleioulé, ni ne pouvoit avoir droit des riches hommes pour les grands présents et dons cpi'ib faisoient au pievost. Qui a ce temps disoit vrai devant le prëvost, ou qui vouloit son serment tenir, pour n'estre parjure, d'aucune dette ou d^aucune chose où il fust tenu de répondre, le prévost en levoit amende et il étoit puni. Par les grands parjures et par les grandes rapines qui étoient . faites en la pré vosté, le menu peuple n'osoit demeurer en la terre du roi; ainsi alloient demeurer en autres prévostéset en autres seigneuries, et éloit la terre du roi si déserte que, quand il tenoit ses plaids, il n'y venoit pas plus de dise personne ou de douze. Avec ce, il y avoit tant de malfai* teurs et de larrons à Paris et dehors que tout le pays en ëtoit plein. I^roi, qui mettoit grande diligence comment le menu peuple fut gardé, sut toute la vérité ; si ne voulut plus que la prévosté de Paris fust vendue ; ains donna gages bons et grands à ceux qui dès ores en avant la garderoient; et toutes les mauvaises coutumes dont le peuple pouvoit estre grevé, il abattit, et fitenquerrir par toul le l oyaunie et tout le pays où il pourroit trouver homme qui fist bonne justice et roide. Si lui fut indiqué Etienne Boileau, lequel mahitint et garda si bien la prévosté que nul malfaiteur, ni larron , ni meurtrier, n'osa demeurer à Paris, que tantost ne fust pendu ou détruit; ni parent, m lignage, ni or, ni argent ne le purent garantir. La terre du roi commença à amender^ et le peuple y vint, pour le bon droit qu'on y fiiisoit. x>

Louis IX, entouré deshoiaines les plus expérimentes et les plus sages, s'attacha donc à réunir et à rassembler en corps les diverses ordonnances, les coutumes, les décisions des cours royales et féodales qui avaient encore autorité,

et il les fit publier, diapré» la forme du code adopté par Godefroy de Bouillon sous le titre si coiiau a d'Assises de Jérusalem. » Ce fut dans ce code, autrefois promulgué dans la Terre-Sainte, et qui résumait toutes les lois féodales, que saint Louis puisa l'idée du « Livre des Établissements, » l'un de ses plus beaux titres à la reconnaissance des peuples. « Formé des usages du royaume, il doit, disait ce prince, apprendre à tous comment il faut se pourvoir en justice ou se défendre quand on est poursuivi* » Les différentes parties de ce recueil furent délibérées et amendées par le conseil du roi, l'élite des magistrats du parlement, les barons et les prud'hommes, enfin, pour emprunter le langage naïf de l'époque, par grant conseil de sages /tommes et de bons clercs.

£tienne iioileau, ce prévôt de Paris dont nous avons déjà prononcé le nom, signala sa magistrature par l'institution d'une police régulière et générale. Il fit remettre partout en vigueur la surveillance du guet de nuit ; les -villes eurent une garde. Ce fut également au prévôt de Paris, digne auxiliaire de Louis IX, que remonta l'or* ganisation des diverses professions en confréries , maîtrises ou corps de comniunauté ; les statuts qui les régirent furent l'ouvrage d'Etienne Boileau, et, pour le premier règlement, le prévôt « fit assembler et ordonner grant foison des plus saîges et des plus anciens honnnes de la capitale, lesquels ont beaucoup loué ccste œuvre, applaudie et observée ez halles de Paris et aux préaulx des marchands, n Les Etablissements des Métiers de Paris contiennent, outre les statuts de ces mêmes métiers, alors au nombre de cent cinquante, des règlements sur le roulage, la navigation, les péages, les poids, les

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cours d'eau, les macliioes, et ces règlements s*appliquaient à toutes les industries. Étienne Boileau déterminait en outre les juridictions industrielles et leur compétence, tant dans Paris que dans les faubourgs. Cette législation, qui exerça une influence si longue et si importante sur le bienêtre des classes qui vivent du négoce ou du travail, suffirait à elle seule pour attester le grand développement qu'avait pris l'industrie dans la France du treizième siècle; elle ne (ut point inventée par saint Louis, ni par Étienne Boileau ; ceux qui la ibrmulèrcut prirent pour modèle les règlements analogues qui existaient déjà dans les villes manufiacturières et les usages des corporations de Flandre et dltalie. gouvernement de saint Louis s'abstint d'in* nover dans les questions de cette nature ; il chercha à régulariser et à améliorer, il prit pour base de ses ordonnances Torganisation en quelque sorte volontaire que s'était déjà donnée l'industrie, et ces règlements, s'ils ne demeurèrent pas à l'abri de toute critique, furent d'autant plus utiles, au moms comme code de transition, qu'ils développèrent et affermirent l'influence naissante de la bour* geoisie, dont le nom apparaissait déjà dans Thistoire. L'ordonnance de 1 262, qui régularisa les droits des corporations, fut contre-signée par des notables bourgeois de Paris, de Provins, d'Orléans, de Laonetde Sens, qui tous avaient concouru comme jurés à la faire, et pour la première fois s'introduisait dans le droit public du pays l'usage d'appeler à la préparation des lois des députés de la classe moyenne, des représentants du tiers- état*

Étienne Boileau, agissant sous l'autorité et d'après les ordres de saint Louis, n'institua nullement l'orgauisation des corporations industrielles; il la régularisa par des rè-

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glements qui maintenaient, liarmonisaicnl et faisaient concorder entre eux. les nombreux précédents relatifs à Texercice des professions et à l'existence des confréries d'arts et de métiers* Bien longtemps avant saint Louis et Boileau, pour exercer un métier à Paris, il fallait être pourvu d'une autorisation appelée maiti ise. Le nombre des nudtres était limité pour chaque corps d*état; on n'était reçu qu'après plusieurs années d'apprentissage et après ayoir versé au tr^r du roi une certaine somme pour le ùrei^et et la maîtrise, 11 y avait donc, dès la première race, des confréries d artistes, de marchands et d'industriels. Quant au compagnonnage, il paraît avoir existé, sans interruption aucune, depuis la plus haute antiquité; les architectes , tailleurs de pierres, charpentiers e t maçons italiens, qui émigraient tous les ans et se dispersaient dans toute l'Europe pour y construire des cathédrales et des palais, avaient, au commencement du cinquième siècle , des statuts mystérieux et des signes de ralliement qui se sont perpétues jusqu'à nos jours.

Au moyen âge les rues de Paris étaient étroites et tortueuses \ les boutiques des marcliands, à peine éclairées par de petites lucarnes, portaient le nom A'oiwroirs ; on étalait les marchandises aux fenêtres et sur les portes, ce qui explique, dit M. I régier, dans son Histoire de Cad" ministration de la Police de Paris ^ pourquoi les règlements sur les métiers défendaient aux marchands d'appeler lacheteur chez eux avant qu'il eut quitté la boutique de leur voisin; car il y avait des rues affectées par Tusageà certaines professions; ainsi les tisserands demeuraient dans la rue de la Tixer amie vie, les maçons dans celle de la Mortellerie^ les cliarrons dans celle de la Charonnerie^ les

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tanneurs dans celle de la Tannerie* I^es fenêtres par lesquelles les boutiques prenaient jour sur la rue avaient à leur base inférieure une tablette de pierre ou de bois formant saillie et servant d'ëtal pour les denrées et marchan* dises ; la vente se faisait au travers de ces fenêtres, eu sorte que l'acheteur restait dans la rue et le marchand dans sa boutique. Cliaque fenêtre était surmontée d'un auvent qui mettait à Tabri les chalands en cas de pluie.

Il est dit dans les registres des métiers qu'au douzième siècle on fermait les boutiques le soir, aussitôt que la cloche de l'Eglise voisine avait sonné YAngelus; il était d'ailleure enjoint par les règlements à chaque corps d'état de suspendre le travail au dernier coup de vêpres ou de Y Angélus ^ ou à l'heure du couvre-feu. Les gens de métier ne pouvaient travailler à la lumière , parce que , disent les statuts, cela aurait nui à la perfection, à la solidité de l'ouvrage.

Les professions qui se rattachent à la nourriture, aux besoins corporels, même aux objets de luxe, formaient déjà plusieurs corporations longtemps avant Etienne iiuileau; les meuniers, les boulangers, les bouchers, les mer^ ciers, les charcutiers et les cuisiniers, les rôtisseurs, les pâtissiers, les cabaretiei*s, jouissaient d'une grande prépondérance et avaient acquis des richesses considérables.

Vers la fin du treizième siècle les moulins employés à moudre les grains destinés à la population parisienne étaient amarrés au Grand et au Petit-Pont et flottaient sur la rivière.

La viande de bœuf, le veau, l'agneau, le chevreau, la volaille, le poisson, le bœurre, le lait, les œufs, formaient alors comme aujourd'hui les bases de Talimentation pu-

(im-UW) LIVBB YI. CHAPITRE II. 4^3

blique. La viande de porc était estimée entre toutes. Les

cliairs'cuitiers (charcutiers), les rôtisseurs, les bouchers et les éjncieTs formaient des corporations nombreuses et puissantes. L'oie était un mets favori et national.

Sous le règne de saint Louis la bière ou cer^oise était encore la boisson habituelle d'une partie du peuple. L*eau-> de-vie n'était appréciée que comme médicament. Oii présume, dit M. Frd^r, qu'elle n'est devenue une boisson usuelle que vers la lia du seizième siècle.

Au treizième siècle les ragoûts dominaient dans toutes les cuisines; il y avait des marchands dont Tunique métier était de faire des sauces^ qu'ils colportaient dans les rues. Les classes inférieures, de même que la bourgeoisie et les nobles, prenaient leurs repas autour d'une seule et même table ; les convives étaient a«is sur des escabelles ou sellettes ; chez les artisans la table et le siège étaient nus. On se servait pour boire d'une espèce particulière de coupe appelée les verres ne de vinrent d'un usage général

que vers le milieu du quatorzième siècle.

Les marchands, les artisans dînaient a dix. heures du matin, .soupaient à quatre en hiver et à cinq en été. Les maisons occupées par la classe ouvrière avaient alors comme aujourd' hui plusieurs étages et servaient à loger plusieurs familles. Les cheminées n'étaient pas encore connues, et nos pères n'avaient qu'un chaufToir ou poêle commun à toute une famille, quelquefois même à plusieurs. Les meubles étaient peu nombreux et en rapport avec les premières nécessités de chaque ménage. Le lit était le principal ornement de l'appartement ; il variait de forme et de grandeur suivant l'aisance de l'artisan. Le bahut ou coifre, le buffet, l'armoire, la lampe, le chandelier et un petit mi-

4l4 fiISTOIA£ D£ PARIS. (inS^U»)

roir complétaieut l'ameublement des classes inférieures(i).

Les grains néceMaires à l'alimentation de la population parisienne étaient tirés de la Beauce, de T Ile-de-France et des provinces les plus voisines qui pouvaient expédier parterre; on les uiettail eu vente dans la halle de la Juiverie, au quartier de la Qtë , entre la rue qui portait ce nom et la rue aux Ici'cs, Les grains expédiés des autres provinces plus éloignées se vendaient aux Champeaux. Paria prenait de jour en jour un accroissement extraordinaire^ il iallut donc étendre le cercle des approvisionnements ; ou multiplia les arrivages; les marchands reçurent ordre d'expédier à la fois et par terre et par eau.

£n vue du commerce des grains, et à dater du règne de samL IjOUÎS; il y eut h Paris trois halles, celle de Beauce ou de la Juiverie , la grande halle au blé et le port de la Gi ève. Le s marchands de giams ou blatiers formaient deux catégories; les uns résidaient à Paris , les autres venaient du dehors. Les premiers achetaient du blé au marché pour le revendre en détail. Leurs statuts leur accordaient la faculté de prendre autant de compagnons et d'apprentis qu'il leur convenait et de faire usage d'une mesure étalonnée ; mais ils ne pouvaient mesurer que jus* qu'à concurrence d'un setier, avec le consentement de l'achetenr; quand cette quantité se trouvait dépassée , on était obligé de recourir aux mesureurs commission nés.

Le mesurage du blé et d'autres sortes de grains appartenait à une corporation dite de mesureurs , qui ne pouvaient exercer leur profession qu'avec un permis du prévof des marchands et des jurés de la corporation. Avant d'en

(i). M. J.-M. Càyla» Histoire des Ans et Métiers et des corporations ouvrières de la vilie de Paris >

(lt»-121i) LIVRE VI. CHAPITRE II. 4^5

trer en fonctions, ils juraient d'user de leur ministère

loyalement et avec impartialité. Le vendeur choisissait lui<même le mesureur.

La mesure devait être conforme au modèle déposé au Parloir aux Bourgeois ou maison de ville, située alors près du CliiUeleL. On punissait d'une fui te aiiieiide^ quelquefois même de peines correctionnelles ^ la négligence ou la fraude. Les délits et contraventions étaient de la compé» tence du prévôt de Paris.

Tous les samedis Paris prenait un air de fête ; les gran* des dames } les nobles seigneurs, les riches bourgeoises visitaient les boutiques des merciers, des drapiers, des pelletiers ou iouneurs, des cliaperonniers, des orfèvres, pour leurs achats de toilette. Les artisans et le menu peuple se portaient vers la grande halle et sur la place de Grève pour y £ftire leur provision de pain et autres objets de première nécessité. Ce jour^là tous les maîtres boulangers de Paris avaient le droite ainsi que les boulangers forains, de mettre en vente du pain à tout prix, pourvu que la somme ne dépassât pas douze deniers. Le dimanche il y avait aussi un marché au pain, entre le parvis Notre*Dame etTéglise Saint-Cliristophe ; il était principalement fréquente par .les classes pauvres; on pouvait, dit le ZiVre des Métiers^ y apporter du pain de bonne et de mauvaise qualité. Le premier était visité par les jurés , s'il appartenait aux boulangers de la ville, et le second en était ^empt. Les boulangers de la banlieue avaient seuls le droit de mettre en vente du pain de qualité inférieure, qu'ils appelaient pain de rebut.

Le lieutenant du grand-panetier du roi, accompagné de

quatre jurés et d*un sergent du Chàtelet, visitait au moins

4i6 HISTOIRE DE PARIS. (1226*1270)

une fois par semaine le pain exposé sur rëtal des boulangers ; ils s*assuraient si le pain était su ffisant j et, dans ce cas, ils se retiraient sans faire la moindre observation ; mais, daiis le cas contraire, ils le mettaient dans la inalii du maître ^ et toute la fournée était confisquée au profit des pauvres. On a vu plus haut que Philippe-Auguste avait favorisé le développement de Tindustrie des bouchers. Les charcutiers et les rôtisseurs faisaient à ces marchands une rude concurrence. Les statuts de ces corporations nous apprennent que les oyers hasîeurs ou rôtisseurs achetaient chez les bouchers des chairs de bceuf, de veau, de mouton et de porc; ils les préparaient pour 1^ vendre rôties , bouillies ou as» saisonnées de toute autre mahière. On trouvait aussi ciiez eux des potages, et, les jours maigres, du poisson et des lé> gumes. Les rôtisseurs étaical les cuisiniers publics du moyen âge , et leurs boutiques devaient ressembler a nos restaurants modernes. Dans leurs statuts, qui font partie du Liifre des Métiers d'Etienne Boileau , il n'est guère cpiestion que des dispositions prises par Tautorité pour garantir la salubrité des viandes dont ils âiisaient commerce.

Le commerce de la volaille et du gibier était ex])loitc par deux sortes de marchands j les uns domiciliés dans Paris, les autres forains. Nos aïeux, doués d^estomacs plus robustes que les nôtres , mangeaient non-seulement le héron , mais encore la grue , la corneille, la cigogne , le cygne I le cormoran et le butor. Le Iiéron passait pour une viande royale. On dédaignait le gibier lorsqu'il était jeune, parce qu'on le regardait comme indigeste; on ne faisait aucun cas du levraut ni du perdreau , mais on re* cherchait le lièvre et la perdrix. Le chevreuil , le cerf et

(IMMSTI) LIVRE VI. CHAPITRE II. ^Ij

le sanglier, quoique très«coinmuiis, étaient réservé pour

les tables des grands. Dans les festins royaux on ser» vait des paons, que nos vieux romanciers signalent comme la nourriture des amants et la viande des preux.

Les poulaillers domiciliés et les forains eurent bientôt de violentes discutons au sujet des places qu'ils de-> vaienl occuper à la halle; les premiers furent établis sur le quai de la Mégisserie y à un endroit qui ftit appelé le f^al de Misère^ à cause du grand nombre de volailles qu on y faisait mourir*

Le commerce du poisson , dévolu depuis des siècles à la corporation des dames de la Halle , qui portaient primitivement le nom de harengères , parce que le hareng frais, et surtout salé, formait, au moyen âge, un immense approvisionnement pour Paris ; le commerce du poisson , dison&*nous, remonte à rétablissement de la confrérie des marclionds de Veau; mab cette corporation ne fut régularisée que sous saint Louis, qui lui donna des statuts.

Le commerce des fruLls , des légumes, des œufs, du beurre^ du fromage, etc», etc., était exercé parla corporation çle» regrattiers , qui cumulaient les attributions des fruitiers et des épiciers de nos jours. Ces diverses denrées étaient déposées, à leur arrivée, sur un marché particulier, entre ^otre-Dame et Saint-Christophe, et soumises à l'inspection des agents de ^administration. Il était défendu aux regrattiers, sous peine d'amende, de traiter hors Faris avec le conducteur d'une voiture chargée de comestibles à destination de cette ville. Les statuts spëciîiaient que les achats devaient être mis à la portée du paxm*e comme du riche , résultat t[u'on ne pouvait obtenir que pai Tabon-

^19 HISXOiaE DE PARIS. (im-U3«

dance des denrées et une vente publique accessible à tout le monde. Les cauveots de Paris avaient le privilège de vendre sur place les ii uits et léguineb de leurs jardias aux regratûera et aux habitants, sans que les acheteurs eus* sent aucun droit a j>ayer. .

Les regrattiers ou revendeurs de pajin pouvaient aussi vendre du sel à rtiîne^ à boisseau, de la viande cuite, du poisson de mery des.lc^uoies^ des^ fruits^ du poivre, du eumin, de la cannelle^ de la réglisse et de la cire en pain. Ils débitaient aussi du vinaigre eu gros et en détail.

Les'cervoisiers étaieiat les limonadiers du moyen âge; leurs brasseries servaient de lieu de rendez-vous aq^ jeunes gens et aux colporteurs de nouvelles. Mais ce genre de commerce se ti ou va insensiblement restreint à d'étroites liinites. Lie vin devint la .-boisson dominante, et les ta* vernes se peuplèrent d'habitués au détriment des brasseries ^ on y vendait W vin au déuil, ou, comme on disait alors^ le via k Jbrdche ; mais le peuple nei conni|issait guère que le vin vermeil, dont le prix, était aussi stable ,que celui du pain. Les statuts des taverniers leur perioettaient de le diminuer^ mais nom d^ Ta^gmAUter .

U y avait à Paris denat catégories , de . pâtissiers ; les uns occupés à faii^ .des pâtisseries légèreS| .telles que oublies, nieu^ , gaufres, écbaud^, et conno» so^s le noms d*oablieurs* Voici comment Alexis MouteU fait raconM^r par h frère Aubin .les tribulations . d'un oubUeur, m quatorzième-siècle :

; « Monirère^ c'est dans le carnaval, au cpeur de Tbiver, que nousgagnonè quelque chose. Le couvre-feu a sonné ; il est sept heures du S9ir i il gèle à pierres £eiadre ^ ievent«et la neige blançhis^ntles.niaisonB« Voilà le bon moment pour

(1310-1270) LIVRE VI. CHAPITa£ 11. 4^9

remplir notre cofin d'oubliés^ le chaiiger sur les épaules et

aller crier par.|es rues : Oublies^ oi^Ues Les enfants^ les servantes nous ^pelient par les croisées; nous mon* tons ; souvent ncois ignorons que nous entrons chez des juife, et nous sommes condamnés à. l'amende* Quelquefois il se trouve d'enragés jeunes gens qui nous forcent à jouer avec nos dés, argent contre argent; on nous met encore à Tamende. Le jour, si nous amenons avec nous un de nos amis pour nous aider à porter notre, marchand!^ , si nous étalons au marché à moins de deux toises d'un autre oublieur, à l'amende I à r amende !

« On dit d'ailleurs, et Ton croit communànçnt, qu'il suffit de savoir faire cliauffer un moule en fer et d'y répandre de la pâte pour être maître oublieur. Ah! comme on se ti'ompe! Ecoutez le preiiiier article de nos statuts :

,Çue nul ne puisse tenir oui^rier, ni être oiwrier, sHl ne fait^ en un jour^ au moins cinq cents grandes ou* blieSy trois cents de supplications et deux cents d'es* trées.

a Tout cela revient à plus de mille oublies; or, pour les fairedans un jour , et même en se levant de bonn^i heure, il faut être très-exercé, très-habiie, très-leste. »

Le commerce du bois et du charbon fut aussi régie* mente par les statuts des Arts et Métiers. Le bois amené à Paris devait être taxé et mis en vente au port de la Grève trois jours au moins après 1 arrivée, soit qu'il fût sur uu bateau ou sur le marché. Cette première vente n'était ouverte qu'au public; les marchands revendeurs n'avaient pas le droit ,de s'y inoutrer.. Ces trois jours expirés ^ les bourgeois qui ji'avaient point acheté au début de la vente avaient le droit de prélever ce qui était nécessaire pour

420 HISTOIAE DE PARIS. (1226-1270)

leui* provision sur les quantités achetées par les marchands et au même prix qu'ils avaient payé, pourvu que la marchandise fut encore sur place. On mesurait le bois à brûler avec un grand cercle en fer conforme à Tétalou déposé au Parloir aux Bourgeois. Cette mesure s'appelait mole. Des mesureurs jurés présidaient au mesurage. On vendait de la même manière le charbon de bois, qui était foui ni eu grande quantité par le pays de Morvan. 11 était défendu aux marchands charbonniers d'en acheter, pour le revendre, entre les fêtes de Pâques et de la Toussaint, sous peine de confiscation de la marchandise. La vente du charbon s'effectuait au port de TÉcole. Aucun marchand revendeur ne pouvait aller au-devant d'un bateau chargé de foin; il devait acheter dans le port. Les courtiers ne pouvaient traiter pour uu marciiand absent, ni Êiire acte de commerce pour leur propre compte. Le bourgeois ou le forain qui avait du foin en grange dans Paris ou liors de ses nïurs pouvait le fiiire crier, mais il lui était défendu de le colporter dans les rues. Aucun mareliand ne pouvait vendre à deux prix différents sur le même bateau.

Les professions les plus imposées se classaient comme il suit :

Les drapiers, les taverniers, les merciers, les épiciers, les orfèvres, les liôteliers , les bouchers, les marchands de bois, les pelletiers, les lombards (banquiers), les tanneurs, les cordonniers, les maroquiniers, les marchands de vin, les corroyeurs.

Les coi ps de métiers qui travaillaient le cuivre, le laiton le fer et le plomb, étaient très-nombreux; on les désignait sous la dénomiiiaiion générale de ji%>res ou forgerons. Dans le lÀîfre des Métiers on trouve les statuts de cinq corpora-

(1226<133«) LIVA£ VI. CMAPITAE JI. 4^1

lions différentes ; les fèvres, les maréchaux, les veilliers, les heaumierSy les couteliers, les ëpiagliers. Ils fabri* quûent les ustensiles de ménage et une foule d'objets qui se rattachaient à la serrurerie, à la bouderie, à la harnacherie, à l'épinglerie, etc. l^a sellerie et laharnacherie prireuL un développement] extraordinaire pendant le moyen âge ; ces métiers étaient exercés par les selliers, lescuireurs,les chapuiseurs, les bourreliers, leséperonniers oulormiers, qui avaient tous des statuts particuliers. Ces professions étaient très-lucratives.

Parmi les métiers quelques-uns étaient francs , c'est-àdire que pour les exercer il suffisait de faire preuve de capacité et d*avoir une aisance proportionnée aux charges de la profession j mais le plus grand nombre était souiiii^ à une taxe au prix de laquelle on devait acheter la maîtrise. On faisait de cet impôt deux parts, dont Tune entrait dans le trésor, royal et l'autre demeurait dévolue aux maîtres du métier. Ce n'était pas du reste la seule charge qui pesait sur les artisans ayant un atelier ; ils étaient assujettis au guet ou patrouille de nuit pour la sAreté de la ville. Au treizième siècle le guet était une institution purement civile y comme la garde nationale de nos jours. Chaque artisan devait faire la garde à son tour; il y avait pourtant des exceptions. Les maîtres et jurés des métiers de Paris n'en faisaient point partie. Tous les artisans dont les tra-* vaux servaient à l'équipement des chevaliers et des gens de guerre, cma que leur profession mettait en rapport direct soit avec les grands , soit avec le clergé, étaient également dispensés du service civique. De ce nombre étaient :

I^es pemtres, les imagiers, les chasubliers, les scelieurs ou graveurs sur bois et tnétaux , les libraires , les parche-

423 UISXOIBE DE PARIS. (i226-l»0j

miniers, les «nlu mineurs, les écrivains, les tondeurs de drapsy les tailleurs de pierre , les bateliers , les archers, les hftubergiers ou fabricants de cottes de maille, les bufFetiers ou marchands de vins, les gantiers en laine, les chapeliers, les faiseurs de bonnets, les brayérs on fiibricants ie braies, les voirriers, les déchargeurs devin, les sauniers, les courëeurs ou corroyeurs, les monnoyeurs, les brodeurs de soie , les courtepointiers , les faiseuis de corbeilles et de Tans, les tapissiers à navette, les filandriers, les calandreurs de draps , les oublieurs ( marchands d'oubliés), les écorcheixrs , les orfèvres , les étuveurs ( baigneurs les apothicaires, les vendeurs d*auges, d*écuelles et d'échelles.

Du temps de Philippe- Auguste les couteliers avaient joui de la faculté de faire fiiire le service du 'gatàt par leurs ouvriers; ils demandèrent à saint Louis dé les rétablir dans ce privilège. lies tonneliers , moyennant une redevance que chacun d'eux payait au roi, étaient exempts du guet depuis le 2a juillet jusqu'au ii novembre; les vendeurs de vin à étal, les courtiers de commerce étaient aussi exempts de ce service. -

I^s ouvriers de la sellerie et de la harnacherie, tels (|ue les seiliers, les chapuiseurs, les ciUreurs, les bourreliers^ les larmiers ou faiseurs de mors , étment très-occupés par la chevalerie et la noblesse. C'était dans l'équipement que les nobles mettaient leur luxe ; on dorait et on peignait les selles y on les décorait des armes du cavalier ; aussi les statuts des selUerd , rédigés sous^int Louis , concernent-ils en même temps les pc intres. On est étonné de l'attirail compliqué qu'exigeait le harnais d'un cheval. On faisait une grande consommation de cuir. D'abord on tirait d'Espagne ceux qui étaient préparés et teints à la façon du ma-

roquin ; ils furent connus sous le nom de cordoiians , de la ville de Cordoue , qui «a envoyait le plus^au dehors. Dans la suite on apprit à iaine des cordouans en Franoe« On distinguait ceux qui faisaient les chaussures en basa^ fders ou en soPêtoiders et m ûordauamers , selon les^cuirs dont ils se servaient. Les baudrojeurs , les corrajreurSy les gmêiers empIoyrâBt- aussi une grande quantité de cuir.

' ' Un grand nombre- de métiers^de tissemnds en laine, en

fil et en chanvre, existaient alors à Paris. La fabrication du drap ne donnait pas lieu, comme de noa jours, à de grands ^tabliswnnents, maiseHefiiisaîtyiv^medeiiteinentun grand nombre àe Ëstmilles; la rue de la Vieille -Draperie, dam la Cilé, où cette industrie avàitpvît naîasaiMe.à Paris, indique encore son berceau. Le métier de drapier s'exerçait en famille et se transmettait aux descendantSi Les premiers tisserands étaient fabricants et marchands à la fois; mais on sait que, dès la fin du treizièmeaiècle, les riches,- les tiS' serands grands meslres faisaient tisser par le;» menus mes^ ires pour eux et vendaient ensuite les draps. Les bro«deuses étaient nombreuses à la fin du treizième siècle, comme les ouvriers qui faisaient des bourses ornées de broderieset de bordures élégantes, cpie les femmes portaient k la ceinture. Leur nom d aimidmères sarrazinoises rappelait leur deslinatioa .principale. Les honunes, lorsqu'ils étaient revêtus de kxobe, portaient aussi une bourse^ la orinture, maiaen cuir et sans, ornement* • Les fripiers on fer piers , corporation très-nombreuse et peu riche, vendaientà la foire dea tissus dalaiuey du.lioge, du cuir^ et mêlaient le neuf au vieux; ils babitaientsurtout les environs des halles , et la paroisse Sainte-Opportune.

4^4 HISTOIRE DE PARIS. (121ft-iS7Q

Une classe particulière de fripiers était celle des marchands

(Je cluiïouà et de vieux souliers, et celle des fripiers am- Imlants, qui criaient dans la rue /a co^e/ lahape^ou bien cote et sur cote.

Le Petit-Pont et ses abords étaient peuplés de pelletiers. Les riches seuls pouvaient border leurs robes d'her> mine , niais tous les bouigeois uu peu aisés portaient des vêtements bordés de voir et de grisj c'est-à-dire des fourl ures d'écureuils et d'auimaux sauvages de nos contrées.

C*est à Louis IX qu*est due la gloire d'avoir établi un ordre salutaire dans les mouuaiesî le peuple s'en souvint, et chaque fois que, sous les successeurs de ce prince, quelques abus tyraaiiique s'introduisaient dans ce service, a ou invoquoit tousjours le nom du benoict roy , et on demandoit le restaJblissement des monnoyes sur le mesme pied que sous son reigne. » Le droit de battre monnaie , dans l'origine réservé au roi seul , avait été partagé , avec le suzerain du royaume , d'abord par les grands feudataires, puis par des arrière-vi^ssaux de la couronne , et du temps de sauiL Louis quatre-vingts seigneurs se trouvaient en possession de ce privilège régalien. Le désordre s'était accru en pareille matière à ce point que l'altération des espèces d'or et d'argent était devenue une coutume fiscale de la féoda-

lilé. La livre d argent, qui, dans le principe avait été du poids de douze onces, ne pesait plus, sous le règne de Jjouis TX , que deux onces et demie, et les monnaies des seigneurs, ciiangeant sans cesse d'empreinte et de titre , occasionnaient une confusion extrême qui tournait au détriment du consommateur et du marchand. La monnaie frappée à l'effigie d'un possesseur de fief n'était point adinise dans les autres fiefs, et , comme il était impossible de

{ï'ÀJ/^Ulêi , LlVJili; Vi. CHAPITRE il.

déteriniiieâ' ou de connaître la valeiu* intrinsèque des monnaies de chaque province et de ciiaque seigneur, on per- . dait, au change^ des sommes considérables dont profitaient les usuriers et les juifs. Saint Louis considéra comme un devoir de conscience de remédier à cette déplorable situatiouy et il attribua aux monnaies royales le privilège de calculer et d^étre admises dans tout le royaume , concurremment avec les monnaies locales , et , comme il déternima le poids et le titre des espèces frappées au nom et à Te^ ligie du roi , il arriva que t ls nioanaies, d'une valeur plus grande que les espèces féodales , furent choisies de préférence par le peuple, et servirent aux autres iuoijnaies de règle et d'étalon. La conséquence naturelle de ce fait fut que partout on rechercha de préférence la monnaie royale, qui circulait également dans tous les fiefs, ce qui disposa la France à souhaiter qu'il n'y en eût désormais plus d'autre. C'est donc avec juste raison que l'histoire recpauaiL en saint Louis Fauteur et le restaurateur du système monétaire.

Saint Louis avait trop à cœur de détruire toute tyrannie, et les légistes qui l'assistaient désiraient trop vivement abaisser le pouvoir des grandi), pour que sous le règne de ce prince aucune mesure ne fût prise dans le but de généraliser et de hâter rafTranchisseinent des serfs et Témaneipation des communes. Chez le roi cette tendance généreuse était l'accomplissement d'un devoir religieux ; chez les légistes, imbus des maximes de la monarchie romaine , et pour la plupart clercs issus des rangs du peuple , on vit poindre et se manifester la volonté systématique de grandir toutes les forces sociales qui par leur nature étaient opposées aux privilèges féodaux.

Vers cette époque de puissants adversaires cherchaient

à combattre IHnfltience des Dominicains, queTonnommait en France Jacobins, parce que leur priopipal couvent à Paris était sous Tinvocation êe saint Jacques. La cause réelle de ce différend était la jalousie qu'inspirait à l'Uttiversitë le succès ou pour mieux dire la popularité des docteurs en théologie appartenant aux ordres de Saint- François d'Assise et de Saint-Dominique. L'Université de Paris prétendait avoir en France le privilège exclusif de l'enseignement; aussi avait-elle vu avec un amer déplaisir les docteurs frànciscains et dominicains ouvrir des écoles indépendantes où la renommée de plusieurs d'entre eux attirait la foule. Ne pouvant les contraindre à se placer sons son obéissance, elle leur fit enlever deux chaires de théologie èt mit tous ses soins à décrier les ordres mendiants et à ÏQterdire à ses propres disciples de recevoir leur enseignement publie. Parmi lés défenseurs les pihiS' ardents des privilèges de PUniversité figurait Guillaume de Saint- Amour , docteur en théologie, homtne habile et exercé dans la satire. Ce docteur, voulant répondre à un livre publié, disait-il, par le général des Frères mineurs^ écrivit, sous le titre de P^n7; des derniers temps, un liMIe diffamatoire contre les Franciscains et les Dominicains^ et s'attacha à les signaler comme des hypocrites, des séducteurs et de faux apôtres. Ce pamphlet fournit un ahinent à la curiosité des oisifs et souleva les esprits crédules contre les religieux mendiants habitués jusqu'alors aux sympathies du peuple. Louis IX dénonça au pape l'écrit de Guillaume de Saint-Amour, et le libelle fut condamné aux flammes pas la bulle de Orbi et de Vrbi comme renfermant une doctrine perverse et seanidaleuse. Le pape Alexandre IV, après avoir ainsi averti la chi*étieuté, écrivit au roi de

{ttaMZm UVRK VI. CHiLPITRE II. 4^7

France pour le remercier de l'appui qu'il avait prêté auK ordres mendiants. « On reconnaît bien, lui disait-il, 'qu'en vous éclate un vrai rajon du soleil de justice. » L'Université menacée des censures de Rome se vit alors contrainte à recevoir dans son sein les Frères brêcheurs et les Frères mineu», qu'elle avait yUn eJL. Ce. religieux, V avaient suscité tant d'aaimosité et de jalousie, et qui, pour obtenir justice, avaient dû implorer l'intervention souveraine de la papauté, étaient les Franciscains Roger Bacon , Alexandre de Haies , Duns Scot et saint fionaventure, et les Dominicains Albert le Grand \ Vincent de Beauvais et Thomas d'Aquin. 11 suffît de les avoir nommés. '

Saint Louis avait à cœur de servir ses fcontemporaitis et les générations à venir en conservant avec soin le dépôt des livres et des ouvrages qiii pouvaient venir en aide à l'enseignement religieux, à l'histoire, aux arts et aux lettres. Son palais était ouvert'aux savants et aux poètes qui joi^iiaieat au talent la pureté de la morale. Pendant son séjour en Palestine il avait appris qu'un sultan employait des sommes considérables à faire copier, traduire et réunir les écrits des anciens auteurs , afin d'en former une bibliotlièque publique où les jeunes lettrés de l'Orient pussent venir puiser Tinstruction. Frappé comme d'un trait de lumière, le saint roi conçut le projet de réaliser une semblable idée au profit des habitants de Paris ; aussi, lorsqu'il fut de retour au milieu de son peuple , s'empressa** t-il de coulicr à quelques érudits le soin d'explorer les abbayes, les monastères, les archives et les dépôts du royaume. Les manuscrits importants et rares soumis à leurs recherches devaient être achetés et transcrits aux frais du trésor du princej, et rassemblés dans une salie

HISTOIRE DE PAJIIS. (1226-1270}

attenant à la Sainte-Chapelle de Paris. Le célèbre Vincent deBeauvais fut chargé de coordonner et de surveiller cette collection y comme aussi de réunir en un même corps d^ou^ vrage les extraits et les résumés de tous les volumes dont on était parvenu à se procurer les originaux ou les copies. Le fruit de cet immense labeur fut l'espèce d'abrégé encyclopédique qui parut au treizième siècle sous le titre de Mirouer hystorial, La salle scientifique établie par ordre de saint Louis dans les dépendances de la Sainte-Chapelle était constamment ouverte aux pruét hommes doctes y clercs ou laïques, ainsi qu aux voyageurs étrangers. Le roi de France se plaisait à y faire de longues stations, durant lesquelles on le vit plus d'une fois expliquer lui-même et traduire aux jeunesgensles passages les plus difficiles qu*ils rencontraient dans leurs lectures.

A la faveur de l'impulsion donnée de toutes parts à l'étude de la science , on vit faire de iiotableâ progrès à la médecine, à la chirurgie , à toutes les connaissances cpii se rattachent à l'art de guérir. Par les conseils du célèbre Jean Pitard Louis IX. fonda un collège spécial pour la chirurgie théorique et pratique ; peu de temps après Lanfrauc de Milan ^ Koyer et Roland de Parme acquirent dans cette science la plus honorable renommée , et saint Louis, qui se préoccupait toujours des besoins de la charité| ordonna que les professeurs et les élèves traiteraient gratuitement daus différents hospices tous les malades désespérés qui y chercheraient un refiige.

A l'exemple de son aïeul , salut Louiâ rendit contre les Juifs des édits rigoureux^ conçus moins dans une pensée d'oppression que dans l'espoir de ramener les fils d'Abraliam à la foi chrétienne.

i%2»ïr»i LIVRB VI. CHAPITRE* II. 4^9

Saint Louis signala aussi sa piété par la proscription

absolue qu'il prononça en même temps contre les maisons de débauche et les fiUes de mauvaise vie. Il décréta que les femmes prostituées seraient chassées de tous les lieux où elles se trouveraient^ que leurs biens seraient confisqués par les jugesdesditelieux, ou,sou8l€ur autorité, par le premier occupant. 11 ordonna que, si quelqu'un louait sa maison à une femme qu'il sût être prostituée , la maison serait confisquée.

Ce règlement était trop sévère pour recevoir nne exécution réelle , et saint Louis se vit forcé d'en atténuer les dispositions. Peu de temps après il réorganisa le guet de la ville de Paris, Cette grande ville était troublée chaque jour, et surtout chaque nuit, par des accidents dont la gravité compromettait à chaque instant la sûreté des particuliers. C'étaient constamment des incendies, des vols, des violences , des enlèvements de femmes , des batailles. 11 y avait depuis longtemps une milice entretenue aux dépens du roi pour veiller à la sûreté de la ville, qu'elle était chargée de parcourir durant toute la nuit j mais elle était de beaucoup insuffisante ; elle se composait de vingt ser^ gents à cheml et de quarante sergents à piecl^ commandés par un officier nommé le chepedier du guet. Aussi les bourgeois de Paris prirent-ils le parti de veiller eux-mêmes à leur sûreté \ ils obtinrent du roi la permission de faire toutes les nuits des rondes par la ville sous l'autorité du chevalier du guet. Cette milice bourgeoise, pour laquelle chacun devait &ire le service de trois en trois semaines , fut appelé le guet des niestiers ou guet des bourgeois. Quelques corps de métiers cherchèrent dès le commencement à se dispenser de cette obligation , et il fallut plu-

43o HISTOIRE DE PARIS. (1226 illl|

sieurs arrêts du parlement pour les contraindre* Le corn- '

mandement du guet des bourgeois appartenait, comme celui du guet royal, au prévôt de Paris. En 1264 il fut ordonné par le parlement que les drapiers de Paris contribueraient de leurs personnes au guet des bourgeois, soit que le prévôt fût présent, soit qu il fut absent. En ce même motif, Tabsence du prévôt, fut invoqué derechef comme une cause de dispense par les drapiers, et en outre par les orfèvres, les cliangeurs, les taverniers et autres ; ils furent tous condamnés. Deux autres arrêts du parlement obligèrent, en I265 , les habitants de la seigneurie de Téveque , et, en 1270, ceux qui demeuraient dans la juridiction du Temple, à iaire 1^ guet comme les autres bourgeois de la ville (i).

Vers l'an ia60| Henri lii, roi d Angleterre, vint de nouveau à Paris ^ saint Louis et Marguerite de Provence allèrent à sa rencontre. « Lorsque les deux roys et les deux reyaes arrivèrent près de Paris , dit Félibien , ils trouvèrent toute la ville sortie au-devant d'eux en grande pompe. L'Université y parut en babils de cérémonie, avec cierges allumés et des couronnes de fleurs, accompagnée de chœurs de musique. Ce ne fut toute la nuit suivaule qu'illuminations et réjouissances par toute la ville. Saint Louis laissa au roi Henri le choix du Palais ou du Temple pour son logement, et Henri préféra le Temple, à cause du giauJ nombre d'appartements que les chevaliers y avoient fait construire pour tenir les. assemblées générales de leur ordre. Le lieu néanmoins, tout spacieux qu'il ëtoit, ne put contenir le grand nombre d'hommes et de chevaux

(I) de Gaalle. , . ,

(I2a6-1270> LiVAE VJ. CHAPITRE II, 43 f

que le roi d'Angleterre avoit à sa suite. Ils remplirent toutes les hôtelleries depuis le Temple jusqu'à la Grève; encore y en eut-il plusieurs obligés de coudier dehors, tant le cortège ëtoit nombreux. Dès le lendemain les officiers du roi d'Angleterre assemblèrent par son ordre tous les pauvres qui se rencoatrèrent| auxquels il fit donner un grand. repas .«t des^fiui^one^. Le. roi dis France fit wir en même t^ps a celui d'Angleterre les plus belks .églises de Pacis Y et surtout la Sainte^^^bapellfi et les reliques qu'il y avoit ramasséeâ. Le l oi lli iirl, eu faisant ses prières dans tous lieux, de piété, y laisaoit quelque présent.

« On préparoit en même temps le grand festin qu'il Youloit donner au rpi de i:* rance et à toute sa cour, pour M pas direà tout Paris, car les portes furent ouvertes à tout .le monde; eutroit qui vouioit, et chacun trouvoit, soit diins 1^ cours, soit dans les salles, des tables dressées avec tant d'abûudaaçe que , bien que ce. fût lui jo^ maigre , Mathieu Paris, auteur du t^ps> iQet cis repas au*dessus des festins les plus célèbre^ dans 1 lustoire. La gi ande salle, toute remplie de bpiicliers, à la .i^u^das Aiiglois, étoit destinée pour les deux rois et pour leur cour. Voici l'ordre qui iiit gardé à table. Le roi dfi Fraiice, que l'historien anglois appelle le r oi des rois de la terre ^ étoit au milieu ; le, rQi4' Angleterre étoit à sa droite, et Thibaud II, roi de Savarre , à sa gaudhe. Le reste étoit occupé par douze éyéqueSf mêlés eujtre les ducs et les barons, au nombre de vingt-deux. On y compta ; aussi dix-huit comtesses, entre lesquelles la comtesse douairière de Provence et ses deux filles, les cpmt^9sess d^ Co^noiiailles et d'Anjou , sœurs des deux reines, dont l'histoire ne fait ici aucune mention, mais qui suivoient apparemment chacune le roi leur mari. .\près

433 aiSTOIRB BB PARIS* (1296-131^

le repas le roi d'Augletene envoya aux seigneurs françois des coupes d'argent, des agrafes d'or, des ceintures on écharpes de soie , et (l*autres présents. Le soir le roi ix)uis emmena le roi Henri loger au Palais , quelque résistance qu'il put faire, et lui dit en riant : i/ Je suis ici dans mou royaume et je veux y être le maître à mon tour, ù Le roi d'Angleterre, passant par la Grève sur le Grand-Pont et le long des rues, admira le bon goût des maisons, quoiqu'elles ne fussent que de plâtre , leur hauteur de trois et quatre étages, et la prodigieuse multitude de peuple accouru poui* le voir, et qui publioit partout sa magnificence et sa libé. ralité. Henri passa liuiL jours à Paris dans de continuels diverdfisments; après quoi, lorsqu'il en paiftit, le roi raccompagna une journée de chemin. L'historien du roi Henri fait monter sa dépense dans Paris à i^ooo livres d'argent, sans compter ses largesses, qui diminuèrent beaucoup son trésor, mais en récompense augmentèrent l'honneur et la gloire de la nation angloise. i»

En 11261 deux grandes assemblées se tinrent à Paris pour aviser aux moyens de secourir les chrétiens d'Orient. Tout ce que le pape obtint cependant , ce furent des secours d'argent et des ordonnances destinées à conjurer la colère divine.

Quelque temps après, par suite d'un conflit de juridic*

tion catre l'évéché de Paris et les officiers royaux, il arriva que révêque, Renaud de Corbeil y mit la ville en interdit. Le parlement réuni dans la capitale, sur la convocation du roi, aux fêtes de la Pentecôte 1 264 > jugea que le roi avait droit de faire punir tous ceux des bourgeois de Paris qui s'étaient mis en contravention avec ses édits relatifs aux monnaies, et en particulier ceux de la juridiction de Té-

(122SiaiV) UVRE VI, CHAPITRE II. 4^3

véque, qui n'en avaient guère tenu compte. La même as<-

semblée décida eatoie que tous les bourgeois, y compris ceux de l'ëvéque 9 seraient obliges de faire le guet pendant la nuit, conformément aux ordres du chevalier du guet ou à ceux du prévôt, et que ceux qui s y refuseraient seraient contraints par la saisie de leurs biens. Ces arrêts lurent exécutés, et la saisie eut lieu maigre les leclamations de rëvéque Renaud, qui fondait ses prétentions sur la transaction conclue, eu 1 iA,à2 , entre le roi Piaiippe-Auguste et l'Église de Paris. L'évéque alors fulmina une interdiction sur toutes les églises de soiuliocése. Quelques églises continuèrent seules à célébrer le service divin : Tabbayc de Sainte-Geneviève, le monastère de Saint-Germain des Prés, Saint-Denis de laCiiartre, Saint-Julien le Pauvre et les Hospitaliers de Jérusalem. La conscience de saint Louis ne résista pas louglemps , et il fit promptement la paix avec l'évéque pour obtenir la levée de l'interdiction.

Quelques années après, saiutLouis conféra à l'aine de ses fils y Philippe de France, et à un très-grand nombre de jeunes seigneurs, les insignes alors si honorés de la chevalerie. Cette cérémonie féodale fat pour les Parisiens Toccasion d une fcte niagniiique , dont saint Louis, sans recourir aux impositions qu'il aurait eu le droit de lever, fit toute la dépense, qui monta à seize mille livres. On remarqua deux jeunes chevaliers étrangers, £dmond d'Angleterre et un fils du roi d'Arragon , qui seuls ne voulurent prendre part à la cérémonie qu'en contribuant largement aux frais avec leurs propres deniers. Grande fiit la joie pu- . biique à Paris j les maisons étaient parées de tapisseries, les rues jonchées de fieurs; pendant la nuit tout était tVlairé par des fanaux de couleurs diverses. La féte dura

lltST. DR PARIS. — > T. I.

43/» HISTOmX DE PARIS. (UM-UM)

huit jourS| et se termina par uu pèlerinage^ ordooac par le pieux roi, ({ui mena tous les nouveaux chevaliers à Saint- DeniS| pour faire descendre sur eux la protectiou du martyr.

Cependant un nouvel orage était venu fondre sur les chrétiens de la Palestine. Le féroce Bibars-Bondochar, qui avait succédé à Koutouz, sukaii d Egypte, tué de sa uiam, avait successivement envahi le territoire d'Ântioche, de Césarée et de Ptolémaïs. Il prit Sephed, où il multiplia le nombre des martyrs ; Jaffa ne tarda pas à succomber sous ses armes. A la prise d'Antioche dix-sept mîUe chrétiens périrent par le fer et cent mille j furent vendus comme esclaves ( i ^68) . La nouvelle de ces désastres consterna TEorope, et une nouvelle croisade fut résolue. Louis IX, ses frères Charles d'Anjou et Alphonse de Poitiers, les autres princes de sa famille, le roi de JNavarre et les plus puissants vassaux de la couronne prirent la croix. Les préparatifs de rexpédiUuii (huèrent deux ans; mais Tenthousiasme des guerriers d'Occident était bien refroidi. L'issue de toutes les précédentes croisades semblait avoir découragé les plus fervents. Le roi, cependant, donnait à tous l'exemple du sacrifice •

11 fut complet. La flotte des croisés, commandée par saint Louis, partit d'Aigues-Mortes et cingla vers Tunis. Les chrétiens s'emparèrent de rancienne Carthage, et le drapeau de la France flotta sur cette terre, conquise par les cendres de tant de héros et de tant de martyrs. Ce fiit la seule conquête. Sous les murs de Tunis, vainement as* sie^ë, une maladie contagieuse causée par Tardeur du climat et les fatigues de laguerredédmararmée française ; elle enleva successivement les chefs les plus illustres, et parmi

(imilTD LIVHE VI. CHAPITRB II. 4^5

eux Jean-Tristan, le plus jeunedes fils du roi . Ce malheureux

prince était né vingt et un ans auparavant à Daniietle, lors de la captivité de son père. Enfin le roi lui*mênie fut atteint de la fièvre mortelle. Sentant son mal, et n'espérant rieu du secours des hommes^ il fit planter une croix devant lui et ne cessa de prier. Après avoir adressé à son fils Philippe des conseils qui résumaient en quelques phrases les devoirs d'un chrétien et d'un roi, il reçut les sacrements avec les mai^ques d une piété humble et touchante. Les assistants fondaient en larmes ; lui seul conservait un visage serein. Couche sur la cendre, vêtu d'un cdice, ii offrait à IXeu ses souffrances et Timplorait pour son peitpie. Le 25 août 1270, vers midi, on Tentendit s'écrier d'une voix plus forte que son agonie : <c Jérusalem ! nous irons k Jérusalem ! » A trois heures, moment de la journée oii mouxmle JElédenipteur, le myal moribond fit un effort, se dressa sur son séant et retomba mort sur la cendre, en récitant ce verset du Psalniiste : « Seigneur, j'entrerai dans votre maison, je vous adorerai en votre saint temple, d Le nouveau roi Plnlippe revint en France, escorté de son armée et chargé des précieuses dépouilles de son père et de son frère.

HISTOIRE DE PAiliS.

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