‹ Histoire de Paris depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours (volume 3)Chapitre 43 sur 64 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

Pam «ouf MÛnt Louît • — MonumeiiU et fondatîoiM»

Nous avons indiqué par leur nom plusieurs fondations pieuseSy plusieurs ëtablisseineiils d'ordre religieux ou social qui durent leur origine à saint Louis; il nous parait utile d'entrer à c cl égard dans quelques détails qui permettront d'apprécier davantage la pensée de ce grand roi.

L'un des monuments les plus remarquables dont s'honore l'art catholique, au treizième siècle, est incontestablement réglise qui reçut de Louis IX et porte encore ie nom de Sainte-Chapelle.

kn risque de nous laisser aller à quelques redites, nous rappellerons que ce magnifique et gracieux édifice eut pour destiuatiou de servir de dépôt aux. reliques sacrées acquises par saint I^ouis et dérobées par ses soins aux profanations des Lombards, des musiilmaus et des juifs ; nous vouIods parler de la couronne d'épines qui avait été placée sur le front de Notre-Seigneur, conune aussi de divers instruments de la Passion autrefois découverts, sur le Calvaire, par Timpéralrice sainte Hélène.

Les historiens nous ont transmis de nombreux détails sur la pompe pieuse et solennelle qui avait présidé à la rëceptiuu des augustes reliques. Le roi, sa mère, les princes ses frères et un nombreux cortège de seigneurs s'étaient rendus, le lû août 1239, au-devant des amliassadeurs qui

apportaient eu France la précieuse couronne d'épines, ils

les rencontrèrent à Villeneuve-r Archevêque. « Le Icucletnain, dit Félibien, on alla à Sens, où les rues furent tendues de tapisseries. Les chanoines de la grande église et tous les maires sortirent au-devant avec leurs plus précieux reliquaires, et le roy porta lui-mesme, nuds pieds, le brancar t sur lequel estoit posée la sainte couronne, assist<; de Robert, comte d^ Artois, son frère, précédé et suivi d*un grand noinbi e de seigneurs aussi nuds pieds. La sainte couronne fut déposée dans l'église cathédrale dédiée sous le iioiii (ie Saint-Etienne, et le jour suivant on prit le chemin de Paris, oii Ton arriva huit jours après. On dressa hors de la ville, proclie de l'église de Saint-Antoine des ( Champs, au milieu de la campagne, un grand eschaffaud, d'oii plusieurs prélats, revestus pontificalement, montrèrent la sainte couronne à tout ie peuple rassemblé en foule. Ce lieu est encore aujourd'hui appelé la Guette^ du mot an« ci^ngueiter^ qui signifie regarder attentivement, cherciier des yeux, à peu près dans le sens du verbe italien giiatare. Le roy se retira au chasleau du bois de Vincennes, d'oîi il ordonna à tous les chapitres et monastères de Paris de venir processionnel lement au-devant de la sanite couronne avec leurs reliques. Les chanoines r^[uliers de Sainte-Geneviève, avertis de se rendre à la cérémonie avec la châsse de leur sainte patronne, députèrent trois des leurs, Lambert de Vercières, sous-prieur, Thomas de Roset et Guillaume d'Ampon ville, pour représenter au roy, à Yincennes, que la châsse de sainte Geneviève ne sortoit point de leur église à moins que celle de saint Marcel ne vînt en quelque sorte l'en requérir : Nisi eam beatus Marcellus requireret. Gautier Cornu, archevesque de Sens (auteur

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de cette relation écrite par ordre du roy ), et Âdam de Gfaambly, évesque de Senlis, qui estoient présents, assu* rèrent le roy que les religienx disoient la vérité. Le roy, pour ne rien innover, leur permit d'apporter quelque autre relique, et ils vinrent à la cérémonie avec le corps de sainte Aide. Les moines de Saint*Denis furent aussi mandez et obéirent volontiers. Guillaume, évesque de Paris, avec tout son clergé, s'y trouva, et tous les religieux se firent un devoir d'assister à la réception de la sainte couronne avec leurs relit[uaires. Saint Louis déposa les habits royaux, et, vestu d'une simple tunique et les pieds nuds, il se chargea de nouveau du hrancart de la saiulc couronne avec le comte d'Artois, son frère. Un grand nombre d'cvesques etd'abbez, de seigneurs et de chevaliers, marcliaient devant, teste et pieds nuds. On porta d abord la sainte couronne à la cathédrale, et de là à la chapelle de Saint-Micolas,daiis i'euceintedu Palais, autrefois bastie par le roy Robert. Les deux reines furent aussi présentes à la cérémonie, qui se fitlejeudy i8 d'aoust. » Le 1 4 septembre 1^41 9 Baudoin, empereur de Constantinople, ayant envoyé au roi de France de nouvelles reliques delà Passion, saint Louis les reçut avec la même solennité et les mêmes démonsUations de respect.

a Pour lesquelles reliques , dit Tauteur de la Fie de « saint Louis , il fist fere la chapelle à Paris , en laquele

l'eu dit que il despendit bien quarante mille livres de <c tournois et plus. Et li benaiez rois aourna d'or et d'ara gent, et de pierres précieuses et d'autres joiaux, les « lieux et les chasses où les saintes reliques reposent. Et «c croit l'en (|ue aouraemenz desdites reliques valent bien « cent mille livres de tournois et plus. »

(1226-1270) LIVE£ Vi. CHAPITRE III. 4^9

La consécration de la Sainte-Chapelle eut lieu le dimanche de la Quasimado^ i3 avril 1^48) en présence du roi 5 d Odon de Chateauroux, évêque de Tuscuimn, légat du Saint-Siège , et des principaux évéques de France, au nombre de treize.

JLe pieux édilice fut bâti sur remplacement de Tancienne chapelle de Saint-Nicolas, fondée par le roi Robert et repart e en 1194 par Louis VII. La Sainte-Chapelle était double ou à deux étages. La région inférieure , destinée aux habitants de la cour du Palab , avait été dédiée à la Vierge. L'ensemble si pur et si harmonieux de cette église, et ses détails si élégants, avaient été travaillés avec toute la délicatesse d'une châsse en orfèvrerie. Le monument^ ainsi composé de deux étages, formait deux églises, également légères, gracieuses, et ornées des vitraux les plus riches. La chapelle supérieure , destinée au roi et à sesotiiciers, portait le titre de SairUe^Coiuonne et de Smnte^roix.

Saint Louis fit construire dans le trésor de cette chapelle un emplacement destiné à recevoir sa bibliothèque. En 1246 il établit pour desservir cette église, cinq principaux chapelains , deux marguiUiers^ qui devaient être diacres ou sous-diacres, et il leur assigna des revenus considérables qu'il augmenta dans les années 1248 et 1256. Ces libéralités s'accrurent encore sous les successeurs de saint Louis ; la plupart des Valois 'et des Bourbons se complurent à enrichir la Sainte-Chapelle , et considérèrent comme un devoir de prescrire les embellissements et les réparations que les circonstances rendaient nécessaires.

Lachapelle basse était un peu pluslarge que la diapelle

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