‹ Histoire de Paris depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours (volume 3)Chapitre 45 sur 64 · HISTOIRE DE PARIS. (12:6-12Î · texte numérisé non relu

HISTOIRE DE PARIS. (12:6-12Î

riété inépuisable, l'aspect de ces oratoires sacrés où s'agenouillèrent Blanche de Castille et saint Louis, les souvenirs de la Passion de Jésus | des croisades, de ces reliques tutélaires si longtemps invoquées, tout concourt

ici à chaiiner les yeux, à émouvoir Tâme, à toucher le coeur (i).

Ije laailre-autel a été complètement détruit. Des crédences, des niches, des piscines, creusées dans les murs voisins et bordées de sculptures , servaient à l^accomplissemeatdes prescriptions liturgiques. Un peu en arrière de la place que Tautel occupait, une arcature à jourtraverseFabside dans toute sa largeur ; la disposition en est semblable à celle des anciens jubés, mais elle n'a pas la même destination. Elle se compose de sept ogives légères, portées par de fines colonnettes , rehaussées d'une mosaïque de verre et décorées d*anges , couiuie les artistes des siècles de foi ont seuls su les comprendre. L'arcade médiane, plus spacieuse que celles qui raccompagnent, est couronnée d'une plate-forme où s'élève à une grande hauteur un baldaquin ogival , sculpté en bois, à l'abri duquel la châsse des saintes reliques était autrefois exposée. Cette châsse, étincelante de pierreries, dominait, du sonunet de sou estrade, la cliapelle entière, et quand, aux jours solennels, ses panneaux s'entr'ouvraient pour laisser voiries trésors accumulés dans son tabernacle , c'était comme une radieuse apparition de la céleste Jérusalem. Deux escaliers de bois, renfermés dans des lourellesà claire- voie , montent à la plate-forme. Celui qui se trouve posé vers le nord est ancien; saint Louis eu a gravi pieusement les marches,

(i) M. F, de Guillermy.

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pour montrer lui-même au peuple le boîssacrëde la croix ; l'autre a été refait sur le même modèle ( i).

Les verrières ont été admirablement restaurées et rétaies par M. Stenheil, pour la partie graphique, et par M. Lusson pour la fabrication. Ces deux éminents artistes avaient fait leurs preuves.

On nous pardonnera d'avoir ici encore anticipé sur riiistoire eu racoutaut , à la suite du règne de Louis IX, les diverses phases qu'eut à traverser la Sainte-Chapelle depuis le treizième siècle jusqu'au dix-neuvième. Tl nous eût été impossible de morceler ces détails et de leur conserver un peu de clarté et d'intérêt.

Un autie édiiice religieux dont l'origine remonte au règne de saint Louis est l'église connue sous le nom de Sainl'JSicolas du Cliardonnet , Et à ce sujet , pour être bien compris de nos lecteurs et n'avoir point à placer sous leurs yeux des renseignements dctachés, dont ils ue pourraient point saisir Tensemble, nous croyons devoir également anticiper sur Tordre chronologique.

Les annalistes nous apprennent que Téglise Saint-Nicolas du Chardonnet fut ainsi appelée à raison du territoire autrefois rempli de chardons sur lequel elle était située et aussi à cause du fief du C/iardomtei qui s'étendait sur la rive gauclie, entre la Seine et la Bièvre, depuis le clos Mauvoisin, c'est-à-dire depuis la rue de Bièvre jusqu'à Tancien canal de la rivière de Bièvre. Cette église, disentils encore, était paroissiale dès l'année isi43. £lle avait été coubU uite d'abord vers r orient d'hiver et le long du canal de la Bièvre; mais ce canal ayant été supprimé^ et

(1) M. F. de Guilimy.

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Y église commençant à tomber en ruines, on prit, en i656, le parti d'en oonstnitre unenouvelle^ à cotë de Tancienne et dans une direction opposée. Elle d était point encore terminée lorsqu'elle fut bénite, le i5 août 1667, par M. de Péréfixe, alors ai'chevéque de Paris. Les bâtiments, interrompus ensuite pendant plusieurs années, furent enfin repris en i^oS et en 1709, à la réserve du portail, qui n'est point encore achevé, ou qui, ayant dû subir des transformations, devra être remplacé par un autre. Au moment où nous écrivons , l'entrée principale de l'église, ouverte du côté de la rue Saint- Victor, n'est qu'un passage, à demi ruiné par le temps, étroit d'ailleurs et tout h fait indigne de la majesté d'une édifice consacré à Dieu; de l'autre coté, l'établissement du boulevard Saint-Germain, en faisant disparaître des amas de petites maisons noires et malsaines, a dégagé le chevet de l'église, et, comme cet édifice ne se trouvait pas sur l'alignement , les architectes de la Yilie y ont ajouté une construction de fort mesquine apparence, qui place Saint-Nicolas du Chardonnet sur la ligne indiquée par les édiles parisiens. Le marteau des démolisseurs a respecté , mais pour bien de temps peut-être, l'ancien séminaire de Saint-Nicolas du Ciiardonnet ; ce pieux établissement avait été institué par quelques prêtres d*une vertu éminente, et Ck>mpatn^ fils d'un secrétaire du roi, lui avait fait don, en 1620, d'une maison située dans la rue Saint-Victor. Cette demeure ne tarda pas à être trop étroite pour la communauté ; elle en acquit d'autres, qui suffirent à peine à contenir les jeunes gens destinés à la carrière ecclésiastique.

L'église Saint-Nicolas n'a point été complètement déshéritée, au point de vue de l'art, comme on pourrait le

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croire si on ne lui accorde qu'un coup d'œil trop rapide.

Elle n'est point dépourvue, à rinlerieur, de détails et d'ornements que le pèlerin intelligent et iostrUit doit considérer avec attention . Et d*abord nous remarquerons Tarchitecture d'ordre composite en pilastres qui décore la nef; elle n'est plus de mode, il est vrai, mais ce n'est point une raison pour dédaiguer les chapiteaux. d*uue forme singulière et qu'il ne faut pas condamner au nom des règles iniiexibles du goût, de peur de s'exposer à juste titre au reproche d'exclusivisme. Le grand autel était autrefois orné d'un Irès-remarquable tableau représentant la Résurrection de Jésus-Christ ; c'était Tonivre de Yerdier, élève de Lebrun. Nos pères adinu aient également le crucifix placé au-dessus de la porte du chœur et les statues de la sainte Vierge et de saint Jean qui l'accompagnent ; PouUetier les avait sculptés sur les dessins de Lehrun. La grande chapelle de la Communion ou du Saint-Sacremeut était ornée de plusieurs tableaux; celui qui est encore placé sur l'autel représente les Pèlerins dEmmaûs; il est peint par Saurin, dans un très-bon genre^ mais le temps ne l'a point suffisamment respecté. Ceux qui étaient suspendus aux deux côtés, et qu avait peints Charles Coypel , représentaient le Miracle de la manne et le Sacrifice de Meldùstdech. Entre les deux croisées on remarquait le Sacrifice d Abraham et Élisée dans le désert, tous deux œuvres de Milet Francisque. Plusieurs de ces tableaux ont disparu ou n'occupent plus la même place. £n revanche nous avons admiré, dans la même chapelle, un Repos en ÉgjpLe et un Ecce Homo ; dans ce dernier tableau les anges eux-mêmes versent des larmes en considérant les souffrances du divin Hédempteur.

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riusiours cliapcllcs existent autour de la nef, sur les cotéS) et appellent notre atteutioa moins par leur carac* 1ère artistique, ordinairement d'un goûtmédiocre,que par les sujets proposés aux. méditations des fidèles. Citons^ pai' exception , dans la cliapelle de Sainte-Geneviève, un beau tableau moderne^ de M. Maison^ qui représente la patronne de Paris sortantdu tombeau et montantau ciel. Peutêtre cette peinture rappelle- 1- elle trop exactement les différentes Assomptions peintes par de grands maîtres, et dans riinage de sainte (m iit viève ne retrou ve-t-on pas suffisamment la tradition. Au-dessus d*une porte latérale existe un tableau de grande ilunension, repiesenlaut la résurrection de la fille de Jaîr. Nous regrettons que dans cette œuvre, qui n'est pas sans mérite, l'artiste ait donné à Notre-Seigneur une apparence lourde et vulgaire. Dans la chapelle de Saint- Vincent de Paul existe un tableau assez bien peuit qui reproduit la parabole du bon Samaritain. Dans d'autres cliapelles il existe des descentes de croix et des tableaux consacrés à la Mère des sept douleurs ; il nous ont paru d'une belle exécution. A l'entrée de Téglisenous signalerons un assez beau tableau représentant Jésus-Cbrist au jardin des Olives, et le àiartjrrede saint Sebastien. La chapelle du Calvaire est décorée de deux tableaux; l'un est la Résurrection de Notre-Seigneur^ autrefois placé au-dessus du grand autel; l'autre est une Descente de croix fort remarquable.

Comme monument d'art, le plus beau de ceux cpie renferme Téglise Saint-Nicolas du Cliardonuet est la chapelle de Saint-Charles. Le célèbre Lebrun la fit décorer pour servir de mausolée à sa mère et lui-même en doaua les dessins et le plan. Sa mère est représentée en marbre ,

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au moment où elle sort du tombeau, à Tappel de Tange

qui sonae de la troiiipottc ; la disposition et Tattitude de cette statue sont admirables. Cette œuvre a été exécutée par Gaspard Coligiioii, sculpteur, mort en 1708. Dans la même chapelle Charles Lebrun est représenté de la iiidui de Coysevox, au bas d'une pyramide posée sui^ un piédestal. Sur divers points de cette église on rencontre les tombeaux de plusieurs personnages tlout l'histoire fait mention^ et au nombre desquels nous mentionnerons à la hâte le premier président Jean de Selve, Tavocat général Jérôme Bignon, et Yoyer d'Argenson , ancien garde des sceaux sous Louis XY .

L'église Saiut-Nicolas du C'.liardonnet ne passera jamais pour un monument devant lequel les artistes s*arréteront avec prédilecLion et curiosité. C'est Tune des plus obscures retraites religieuses de cette capitale où les splendides édifices abondent, où de toutes parts l'œil est sollicité par des magnificences indescriptibles. £li bien! lorsque nous passons dans les ruelles qui avuibiuent cette église^ nous la saluons de loin avec respect. Située dans l'un des plus pauvres quartiers deParis, paroisse de la place Maubertet des carrefours circon voisins, elle est un asile toujours ouvert aux misères moraleset matérielles qui pullulent dans ces tristes lieux, asile trop peu fréquenté d'ailleurs par ceux qui y trouveraient consolation et espérance. De récentes démolitions, entreprises sur une vaste échelle pour percer, à travers ces rues populeuses, une voie vraiment magistrale, ont lait disparaître bon nombre de maisons bourgeoises, habitées par des familles douées de quelque aisance^ et n'out laissé subsister, à peu d'exceptions près, que les pauvres demeures des ouvriers de la nie d'Arras, de la rue

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du Mûrier, de la rue de Versailles, de la rue Saint*

Victor. Ce sont les iiidigeiils de ces quartiers boueux et infects qu'il &ut secourir, et il y a là un devoir dont raccomplissement dépasse la mesure des forces liumaines. Mais la charité, qui a Dieu pour principe et pour but, ne se rebute pas devant les difficultés d'unie œuvre semblable; le vénérable clergé de Saint-Nicolas du Chardounet peut bien regretter de n'avoir pas à desservir une église vers laquelle affluent toutes les curiosités des touristes, mais il se dé» dommage de cette privation en multipliant les soins et les efforts à l'aide desquels on parvient à consoler le pauvre et à guérir les âmes.

Sous le règne de Saint-Louis, plusieurs quartiers que traversent , de nos jours , la rue Saint-Denis et le boulevard de SébdsLopol, voyaient leur population s'accroître et commençaient à être dépourvus d'édifices religieux, a Se trouvant si éloignés de Saint-Barthélémy, leur paroisse, dit Sauvai, les bourgeois et habitants demandèrent à Tabbé et aux religieux de Saint-Magloire la permission tl y «aire célébrer à leurs dépens la messe et le service divin, ce qui leur fut accordé. Mais les religieux en étant incommodés lorsqu'ils y faisaient leur service , ils consentirent que Tautel de Saint^LeU'Samt'Gilles se transporleroit en une nouvelle église qui aujourd hui a conservé son nom. Cet accord fut fait , en 1 2i35, entre l'abbé de Saint-Magloire et le recteur et curé de Saint-Barthélemy , accord par lequel lesdits religieux de Saint-Magloire permirent, de l'agrément de Guillaume 111, évêquede Paris, au curé de Saiiit-Barthélemy et aux paroissiens qui étoient en deçà du pont , de faire construire une chapelle ou succursale de Saint-Barthélemy en la terre de Saint-Magloire, de huit toises de

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large sur dix-huit de long, avec deux cloclies seulement du poids de deux cento livres chacune, distante de Tabhaye deSaint-Magloire au moins de six toises. » En i3i9 celte chapdie fut reconstruite^ et les religieux de Saint-Ma* gloire permirent qu'on y mît deux cloches qui pussent étreentenduesdans les rues Auhry-le-fioucher etduBourg«l'Abbé, où cLaienl les maisons qui dépendaient de cette succursale. £n 148 1 les marguilliers de la même chapelle représentèrent aux religieux que ces deux rues avaient des maisons beaucoup plus élevées qu'en liig^ et on leur permit defondre des cloches plus considérables'. Peu à peu la cliapelle s'agrandit; Jacques, évêque de Clialcédoine, y consacra six autels le 10 juin 1 533 ; enfin on jeta les fondements du chœur en 161 1 . Elle avait été, peu après son ërectkm, réunie à la cure de Saint^Barthélemy, parce qu'il ne s'y trouvait pas assez d'habitanls pour avoir un pasteur à Saint* lieu-Saint-Gilles; mais enfin le nombre des paroissiens devint si considérable qu'on fut obligé, en 1617, d'ériger la chapelle en église.

Ce monument, assez ignoré d^ailleurs, fiit successivement réparé en J727 et en 1780. A cette époque l'architecte de Wailly, chargé des travaux, rehaussa le sol du chœur et parvint à y pratiquer une chapelle souterraine oh Ton descend par deux escaliers demi-circulaires dont rentrée est placée sur les bas-cotés. Le sanctuaire se trouve ainsi plus haut que la nef, et cette disposition est très-fa-* Yorable à la pompe des cérémonies religieuses. D'autres réparations assez importantes furent exécutées, en iSdS, à Saint-Leu, et, plus récemment encore, le boulevard de Sébastopol ayant rencontré le chevet de cette église, on s'est vu dans la nécessité de démolir et de reconstruire la

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ia(^ade orientale et de diminuer seusiblemeut l'étendue de cet édifice. Dans les conditions actuelles^ et grâces aux dépenses i[u\i autorisées le conseil municipal, Téglise de Saint-Leu-Saint-Gilles suffit aux besoins religieux du quartier et mérite à ce double titre d'être visitée par l'artiste et le chrétien.

Bien que situé au cœur de Paris, dans un quartier livré

aux besoins du luxe et de Tindustriei et qu'une immense population fréquente, ce monument est peu connu. La nef, de petite proportion, mais assez élégante, est longue de six travées et couverte d'une voûte ogivale à nervures croisées. Des faisceaux de trois minces colonnes coiffés de cliapiteaux d'un joli feuillage reçoivent les retombées. Les fenêtres ont été agrandies et privées de leurs meneaux. Les bas-côtés sont venus s'ajouter à la nef, dans le cours du seizième siècle. Une seule chapelle, du titre de la Vierge, existe sur le flanc de la uef au nord; elle est moderne. Dans les collatéraux on voit à la voûte quelques clefs pen-* dantes, des écussons qui ont été grattés, un saint Gilles avec sa biche, un saint Loup en costume pontifical, un cartouche blasoiiné des instruments de la Passion.

Le chœur et rabside, rattachés par le dix-septième siècle à i'aiicieaue nef, sont beaucoup plus élevés de voùle.Ony compte neuf travées dans tout le développement de leur pour» tour. Le plein cintrey domine dans les arcs et dans les baies ; l'ogive y persiste cependant aux cinq travées du rond-point, mais seulement dans les arcs du prismier ordre. L'architecture de cette partie de Tédiiice n'est pas sans quelque valeur, et le contraste des deux styles si différents de la nef et du chœur lui donne uu aspect original, il s'y trouve nassi quelques gracieux détaitsde sculpture, des clefs ornées,

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des rinceaux, des têtes d'anges, des niches avec leurs dais

et leurs culs- de- lampe. La lumière arrivait par trois rangs de fenêtres à meneaux, dont le premier a été supprimé, comme nous le disions quelques ligues plus haut.

Les chapelles sont au nombre de sept. Dans la première, au sud, un tableau daté de 1 772 représente le crime, la condamnation et le supplice d'un soldat qui fut brûlé en 14 1 5 pour avoir frappé de son couteau une image de la Vierge placée au coin de la rue aux Ours, près Téglise Saint-Leu. L'image aurait, suivant la tradition, versé du sang en abondance. Pour conserver la mémoire de ce fait extraordinaire on célébrait encore un fête annuelle dans les derniers temps qui ont précédé la Révolution. Un mannecjuin représentant le soldat sacrilège était promené dans la ville pendant trois jours, et enfin livré aux iiaimnes dans la rue aux Ours, au milieu d*une illumination et d'un feu d'artifices. On peut voir aussi à Saint-Leu quelques portions de bas-reliefs en marbre datant du quinzième siècle et représentant des scènes de la Passion (i).

L'ordre des Ermites de Saint-Âugustin ayant témoigné le désir d'avoir un établissement à Paris , saint Louis favorisa ce projet de tous ses efforts et acheta pour (*es l'cligieux, en 1 206, une maison et un jardin situés au delà de la porte Montmartre. Le terrain qui leur fut donné comprenait alors à peu près l'espace renfermé aujourd'hui entre les rues Montmartre, clcs Vieux- Augustins , de la Jussienne et Soli. Ils obtinrent la permission d'y bâtir une chapelle, qui fut dédiée sous le titre de Saint- Augustin,

L'ordre des Augustins prenant chaque jour plus d'ac-

(i)M. F. de Guilliermy Description archéologique des Monumenis de Paris,

HiSTOXAE 0£ PARIS, (1220-1270)

croissemenl , le chapitre général , qui se tint à Padoue en 1281 ^ désigoa les maisons de Padoue^ de Boulogne et de Pai is, pour servir de collèges. Les Augustins de Paris durent dès lorS) pour remplir leur nouvelle destination , rentrer dans la ville. Ils achetèrent en i285, du chapitre de Notre-Dame et de l'abbaye de S4int- Victor, une mai' son en forme ef école ^ six4U*pents de terre au lieu dit le clos du Chojxionml , où Ton Ht qoi>struire plus tard le collège du cardinal Lemoine ; ils firent d'autres ac quisitions ensuite pour agrandir leur habitation. Quant à leur ancien couvent près de la porte Montmartre, il fut vendu, pub détruit ; il n'en reste d autre souvenir que le nom de Fi eux» Jugustins^ par lequel on désigne encore la rue oii il était situé. Nous parlerons plus tard des nouveaux développements de cet ordre et des divers couvents qu'il établit à Paris, grâee à la piété des fidèles et à la munificence des rois.

Avant d*être mis en possession de la maison que leur donna saint Louis, les Augustins s'étaient servis d'une chapelle située à peu de distance de la porte Montmartre et dédiée sous le vocable de Sain te-Marie-£gyp tienne. Ix)r&que ces religieux allèrent s'établir sur la rive gauche du fleuve, la chapelle de Sainte-Marie devint une église succursale de Saint-Eustache. Les marchands drapiers s'y réunissaient en confrei ic. C'était du reste un édifice d'une areliitecture modeste, et qui n'avait de remarquable que des vitraux sur lesquels les artistes, dans leur naïve hardiesse, avaient représenté différents traits de la vie de la sainte. Le peuple de Paris, qui a pour habitude d'altérer la prononciation des mots, avait transformé celui d'Égyptienne en Jussienne^ et ce dernier nom désigna vulgairement d*abord la cha-

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pelle et bientôt après la rue à l'extrémité de laquelle on

l'avait construite. La chapelle a disparu avec le temps, mais la rue de la Jussienne existe encore sous cette même dénomination.

En ia54 l'église Saini^Eusiache avait été érigée en paroisse. C'était j vers la fin du douzième siècle, une simple chapelle construite sous Tinvocationde Sainte-Agnès. Une liaditioii populaire, d'une authenticité fort contestable, attribue la fondation de Sainte-Agnès à un maltotier nommé Jean Alais. « L'on tient, dit Dubreuil, qu'un certain bourgeois de Paris, nommé Jean Alais, l'avoit fondée, en satisfaction d'avoir esté premier autheur et fermier de Timpost d'un denier pour chacun panier de poisson qui se vendoit aux halles, pour estre remboursé de certaine somme qu'il avoit fourme promptcnu nt au roy; auquel requérant puis après qu'il lui pleust abolir ladite imposition, tant s'en faut, il y en eut un autre qui en obtint la ferme, laquelle de temps en autre s'est renchérie, selon les occurrences* Ce que ledit Alais prévoyant bien s'en attrista et affligea de telle sorte qu il en mourut de regret et contrition, et ordonna estre enterré près de la susdite chapelle, dicte de Saincte- Agnès, qu'il avoit fondée, au lieu où les ruisseaux des halles viennent couler jusques à présent. Et au lieu de tombe, une longue pierre, que Ton voit encores, fut mise audit lieu, qui sert maintenant de pont en temps de pluye, comme le nom de pont Alais qu'on luy donne ne semble point y contrarier. »

Au mois de juillet 12^3 on voit dans le cartulaire de Saint-Germain la chapelle de Sainte- Agnès désignée sous le titre d'église Saint-Eustache ; il est donc à présumer que déjà une nouvelle église avait été bâtie sur l'emplacement

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