‹ Histoire de Paris depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours (volume 3)Chapitre 48 sur 64 · HISTOIU DE PARIS. (I»-UN · texte numérisé non relu

HISTOIU DE PARIS. (I»-UN

et dédiée en iSaS, sous Tinvocation de SiùntJean^Baptiste

et de la sainte Vierge.

Le grand portail d'entrée était ûtué rue d'Enfer ; une avenue assez longue et plantée d*arbres conduisait h k porte intérieure de la mai&on. On entrait ainsi dans la première cour, et Ton remarquait à gauche une chapelle assez grande, cju'on appelait la. c/iajjelie des femmes^ parce que c'était le seul endroit du couvent où il leur fût permis d'entrer. Elle avait été consacrée en 1460, sous 1 invocation de la Vierge Marie et de saint Biaise* Dans la seconde cour on voyait a droite un corps Je lo^is bien bâti, qui avait servi autrefois à loger les hôtes; à gauche se présentait Téglise dans toute sa longueur. Sur la |>0Tte de cette seconde cour était un bas-relief à fond orné de ûeiu^ de lis, représentant la sainte Vierge, au-dessous tnns saints avec leuis attributs : saint Jean-Baptiste et Tagneau, saint Hugues et le cygne, saint Antoine et le porc. On y voyait aussi un roi offrant cinq ou six Giartreux à la sainte Vierge. Saint Louis n*avait fait bâtir que huit cellules pour les Qiai ti eux lorsqu'il mourut; il y en eut peu après deux nouvelles élevées par Marguerite d*lssoudun, comtesse d Lu ^ femme d'Alphonse de B rien ne , grand-chambellan de France , et par ïhibaud 1I| roi de Navarre. En 1291 Jeanne de Châtillon, comtesse d*Àlençon, fonda quatorze cellules nouvelles. La mémoire de ce bienfait fut perpétuée dans un grand bas-relief sculpté sur la muraille du cloître y du coté de T église, représentant Jeanne de Châtillon offrant à la sainte Vierge quatorze Chartreux à genoux. Le haut de cette sculpture était orné de treize écussonsaux armes de France et de Châtillon alternative* ment.

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Dès le règne de saint Louis la chapelle des Chartreux , Notre-Dame de Faut^ert , était en grande vénération. Jje sire de Joinville raconte qu'en revenant de la Terre-Sainte un passager du yaisseau qui le précédait, étant tombe à b mer, s'écria : Notre-Dame de ^ au^ert^ sau^ez^moil et qu'aussitôt la Reine du ciel vint à son secours, le soutenant sur l'eau jusqu*à larrivée du navire suivant, qui le prit à bord. I^e couvent des Chartreux était 9che en monuments des arts. Ou y remarquait plusieurs tableaux de Philippe de Champagne, de Bon Boulogne, d'Antoine et de Noèl Coppcl , il Aiulraii, de Corneille, de Jouvenet, de Boulogne jeune, de Dumont le Romain, de La Fosse^ du Poussin, deRestout et de Lagrenée. Le petit cloître du monastère était orné des magnihques tableaux d'LustacheLesueur, représentant la vie de saint Bruno et qui sont aujourd'hui au Musée impérial du Louvre.

Les révolutions ont passé; la tempête a renversé l'un après 1 autre sur le sol ces édihces religieux qui faisaient la consolation de nos pères et que les générations s'étaient plu à ennciiir de leurs offrandes. Il ne reste rien de l'église et du monastère de Notre-Dame des Giamps, et c'est à peine si leurs débris servent à abriter une communauté pieuse qui a voulu jusqu'au bout les disputer au siècle et vivre selon la règle du Carmel. Quant à l'enclos des Char'- Ireux I les rues de l'Lst et de TOuest et la vaste promenade du Luxembourg ont pris sa place, et les énidits sont peutêtre seuls à en garderie souvenir. Mais les aiues chrétiennes conservent mieux que la foule, mieux que les savants eux- ' mêmes, la mémoire des t hoses qui se rattachent à ractiou miséricordieuse de Dieu et aux miracles obtenus par l'intercession de Marie. nom de Notre-Danie-des-Chanips

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a été doaaé à une rue dont le vaste parcours semble indiquer jusqu'oïl s'étendait, du côté de l'Ouest, la limite de r enclos des Chaitreux. Aux abords de cette rue, dans la voie large, nouvellement ouverte, qui conduit à l'embarcadère des chemins de fer de TOuest et de la Bretagne^ on a tout récemment élevé une église provisoire, entièrement construite en bois , et qui a été dédiée sous le vocable de Notre-Dame des Giamps, Cette église , dont l'aspect est assez étrange, et qui ne tardera pas sans doute à faire place à un édifice de pierres , ne saurait être classée au nombre des monuments de Paris.

C'est dans la rue Notre-Dame des Giamps que la communauté des sœurs de Bons-Secours possède aujourd'hui une chapelle fort remarquablei construite dans le style du treizième siècle, et que nous aurons bientôt à décrire.

Sous le règne de saint Louis fut fondé à Paris, eu 1 261 , le couvent des Frères Sachets ou Sachetins^ nommés aussi Frèrcs-auS'Saz, Leur maison était située sur le quai de la rive gauche et ne tarda pas d'ailleurs à être occupée par lesGrands-Augustins. Les Frères sachets^ qui devaient leur nom à la forme de leur liabiliement, semblable à un sac^ étaient ermites de Saint-Augustin ; ils étaient quelquefois appelés les Frères de la Pénitence deJesus-Christ. Ils for- ' maient l'une de ces petites congrégations qui s'érigèrent au douzième siècle, sous la règle de Saint-François ^ on les vit as^ster en cette qualitéà un chapitre général tenu en ia56; mais ils refusèrent de se réunir avec les autres et de reconnaître l'autorité du général. La protection que saint Louis leur accorda empêcha leur corporation de se dissoudre. Le roi, pour les établir à Paris, acheta un emplacement sur le territoire de LaaSj dépendant de l'abbaye de Saint-Ger-

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mam à» Présetdelacure de Saint-André des Arcs. Il aug-

tnenla bientôt leur territoire en achetant pour eux une maison et une tuilerie voisines de leur monastère. Leur couvent ne fut pourtant jamais riche, et ils allaient le matin dans les rues de Parb quêter du pain comme les autres mendiants.

Les Sœurs Sachettes^ Sachetines, ou Sœurs aux sacs, avaient leur couvent dans la rue du Cimetière Saint-André des Arcs. Cette rue, dit un ancien historien, s'appelait, sous le règne de saint Louis, rue des Sachettes, à cause Je certaines femmes dévotes vivant ensemble proche le monastère de Saint-André. Leur vêtement était à peu près le même que celui des Frères sachets , et comme eux elles allaient le matin quêter du pam dans les rues de Paris.

Ces religieuses étaient aussi appelées Pauvres Femmes des Sacs, pauperes mulieres de saccis. Leur congrégation, qui n'était pas autorisée, fut supprimée vers la fin du règne de saint Louis ou peu de temps après la mort du roi , et vers le même temps que celle des Frères sachets.

A sou retour de la Palestine saint Louis amena avec lui six religieux de Tordre des Carmes et les établit sur les bords de la Seine, près de Saint-Paul . Comme ils portaient un manteau bigarré, le peuple parisien ne tarda pas à les désigner sous le nom de Frères barris^ et ce nom est resté à une rue de leur voisinage. Un demi-siècle plus tard, et sous Philippe le Long, ils s'établirent sur la rive gauche, au bas de la montagne Sainte-Geneviève, et sur remplacement qu'ils occupèrent dans ce quartier, jusqu'à la révolu* tiion française, on éleva, en 1812, le marché actuel c^ui porte leur nom.

L'ordre des Carmes prétendit bien longtemps qu'il

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avait ëté fondé par le prophète Élie, sur le mont Garmel ,

et que depuis lors il n'avait cessé de se perpétuer. Cette tradition, sérieusement discutée par les érudits du seizième siècle , n'a de nos jours aucune autorité , et il parait avéré que Tordre date du douzième siècle. Jean Phocas, dans la description de son voyage de 1 1 85, en Palestine, dit c^ue, a Quelques années auparavant, un moine de Calabre, res* pectable par sa vieillesse et ses cheveux blancs, ayant eu une apparition du prophète Élie, était venu dans cette grotte et avait entouré d'un petit retranchement la place oii Von trouve encore les traces d'un couvent; qu'il y avait bâti une tour, une petite église, et s y était retiré avec dix moines. » Ce fuiulateur de l'ordre des Carmes était le croisé Berthold, de Calabre. Âu milieu d'une bataille engagée contre les infidèles il avait prié Dieu d'accorder la victoire aux chrétiens , et promis, s'il était exaucé, d'em* brasser la vie religieuse. La victoire obtenue, il déposa son armure, et, entouré de quelques anciens compagnons d'armes, il bîitit près de la grotte d'Élie une cabane qui devint bientôt un couvent (i 1 56). C^e lieu ayant été habité depuis des siècles par desermites, en mémoire des prophètes Élie et Élisée , la foi opiniâtre des Carmes se rattaclia à Élie comme au fondateur de leur ordre.

Avant la Révolution les Carmes déchaussés possédaient, indépendamment de leur église et de leur monastère, de vastes jardins situés autour du cloître , et de grands espaces sur lesquels ils avaient fait bâtir des hôtek qui existent encore rue du Regard et rue Cassette. On n'a que trop souvent entendu le récit des attentats dont leur sainte demeure fut le théâtre durant les exécrables journées de septembre 1792 ; nous aurons à les raconter.

/|84 HISTOIRE m PAItlS. (ISM-U

L'iiospice des Quinze- Vingts eut saint Louis pour fondateur. Cette maison, destinée à loger et entretenir trois cents aveugles pauvres, lut élevée, vers l'an 1 260, sur une pièce de terre appeléeCtem/ioiirri^ située dans le voisinage (lu cloître Saint-Honoré et appartenant à l'ëvêque de Paris; en 1270 ce roi ajouta à ses bienfaits envers cet étaiilLsseiiieut le don de trente livres de rente, destinées spécialement au potage de ces trois cents aveugles, et voici eoiiiment le confesseur de la reine Marguerite rapporte rtiistorique de cette fondation : « Aussi li benoiez roys fist « acheter une pièce de terre de lez Saint-Ennouré, où il ic Hst fere une granl maison |)orce que les poures aveugles a demorassent ilecques perpetuelement jusques à trois a cents ; et ont tous les anz, de la borse du roy, pour pocc tages et pour aultres choses, rentes. £n laquelle mésoo « est une église que il fist fere en Teneur de saint Remi, a pour ce que lesditz aveugles oient ileques le service de tt Dieu. Et plusieurs fois aviut que li benoyez roys vint as it jours de la feste Saint-Remi, où lesdits avugles fesoient « chanter soUenipnenient Toffice en Téglise, les avugles « présents entour le saint Roy. »

Clément IV, par une bulle de I265, recommanda cette institution aux évêques et prélats de l:* rance et les invita à favoriser leurs quêteurs. On a vu plus haut que saint Landri passe^pour avoir fonde, au septième siècicy le premier hôpital dont aient pu jouir les pauvres de Paris. Cet hospice fut à plusieurs reprises amélioré et agrandi. Saint Louis lé pritsous'sa protection spéciale, lui concéda le droit que les rois exerçaient de prélever sur les niarcliés certaines denrées et d'en fixer eux-mêmes le prix; bientôt après il déclara cet hôpital exempt de toutesconti ibulions, dedi uits

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d'entrée et de tout péage par terre et par eau ; il en augmenta les bâtiments, les ët^Mlit jusqu'au Petit-Pont. A diverses reprises il lui assigna des rentes considérables pour le temps. Il fut le preimer roi qui ae signala- par des bienfaits envers cette maison, et lui donna une consistance dont elle n'avait pas encore joui. Ce furent sans doute les améliorations qu^elle éprouva sous ce règne qui la firent renoncer à sa dénomination de SairU-Christophe pour prendre celle d'Hôpital de Notre-Dame ou de Maison de Dieu, .

Les successeurs de saint Louis imitèrent quelquefois son exemple. Il serait trop long Je rapporter tous les bienfaits que cet hôpital reçut à diverses époques, de la part des rois, et surtout des particuliers.

L 'Hôtel-Dieu est composé d'une réunion de bâtiments irrégulièrement disposés, construits et ajoutés les uns aux autres eu différents temps. Il ne présente point, comme plusieurs établissementsde ce genre, un ensemble régulier, m des parties symétriques. Ce n'est que sur la place du parvis de Notre-Dame qu'on a cherché à donner à cet amas de bâtiments quelque régularité.

Ia chapelle de cet hôpital fut bâtie, vers l'an i38oy aux frais d'Oudart de Maucreux, changeur et bourgeois de Parisy comme le portait une inscription gravée sur une table de bronze placée dans le sanctuaire de cette chapelle.

Le chapitre de Notre-Dame avait depuis les temps anciens l'administration de l'Hotel-Dieu. Il nommait deux chanoines proviseurs de cet hôpital ; des frères le desser» vaient. £n 12 17 il fut i*églé qu'il y aurait trente frères laïques, quatre prêtres, quatre clercs et vingt^cinq sœurs

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On voit, par ce règlement , qu'alors les bâtiments de

cet hôpital étaient de deux espèces : V Hotel^Dieu ou Maison^DieUf proprement dit, et les Granges; que ces granges étaient, comme Thopital , peuplées de malades, puisqu'on y dit que les frères et les sœui^s serviront tant à rnâtel^^Dieu que dans les Granges.

L'un des établissements les plus célèbres qui datent du règne de saint Louis est sans contredit laSorbonne. Dans l'origme, et selon la pensée de son iondateur, Robert Sorbon , chapelain de saint Louis et l*un des conseillers du roi , ce n'était t^u une maison destinée à servir d'asile aux écoliers pauvres, et on l'appelait la communauté des Paiwres^Maitres étudiant en théoLogie, « I.ebenoict roy, dit le confesseur delà reine Marguerite, dans sa Fie de sainct Loys^ fit acheter mesons qui sont en deux rues assises à Paris devant le paiès des Thermes, esquelles il ût faire maisons bonnes et grandes, pour ceque escoliersestu» diants à Paris demoiTassent là à toujours ; et y demeurent les escoliers qui à ce sont reçus par ceux qui ont l'autorité de les recevoir ; et en outre de ces mesons quelques-unes sont louées à d'autres escoliers ; le prix du louage est converti aux proQts des pauvres escoliers devant dits. Ces mesons coustèrent au roy quatre mille livres de tomois. » L'une de ces maisons était située rue Coupe-Gueule (rue des Deux-Portes) et l'autre rue des Maçons. Outre le prix de location destiné à l'entretien des pauvres écoliers , le roi donna aux uns un sou, aux autres deux sous par semaine, pour les aider à vivre. Le nombre des pauvres clercs admis au collège fondé par Robert Sorbon s'élevait à cent . Les bâtiments de la communauté des Pawfres^ Maîtres occupaient le terrain compris entre l'hôtel de

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Cluny , l'église SaiutrBeaoit, la rue de La Harpe et la rue des Cordiers. Comme rétablissement qu'il venait de fonder

ji'etaiL destiné qu'aux théologiens, Robert Sorbon fît eu

même temps élever sur une partie de remplacement qu'il venait d'acquérir un collège dans lequel on enseignerait les humanités etla pliilosopliie, et où l'on préparerait ainsi des élèves propres à entrer dans les écoles de Sorbonne ; ce fut le collège de Calvi ou PeUle^Sorbonne.

Par des lettres données en laSg, le pape Alexandre lY proclama 1 utilité de la Sorbonne, la recommanda à tous les fidèles, et les invita à joindre leurs efforts pour imiter la pieuse libéralité du roi de France. En laÔl ces exhortations forent renouvelées par Urbain IV , qui s'indignait surtout de l'extrcme pénurie des maîtres du collège, réduits par la nécessité à se couvrir des habits les plus grossiers. Enfin, en 1268 , une nouvelle bulle émanée du pape Clément IV confirma encore rétablissement de la Sorbonne et lui prescrivit quelques règles. Elle ordonna qu'après la mort du premier proviseur Robert de Sorbon ne pourrait lui nommer un successeur qu*avec l'approbation de Tarchidiacre et du chancelier de l'église cathédrale de Paris, des docteurs en théologie, des doyens de la faculté de droit et de médecine , du recteur de TUniversité et des procureurs des Quatre^Nations f Tun des plus puissants établis» sements universitaires.

Lé nwibre des professeurs de la Sorbonne, qui, depuis lors , s'est élevé à sept , était peut-être moindre dans l'origine ; cette corporation, jusqu'aux, derniers jours de son existence, conserva les apparences de Thumilité , et ses chefs se servaient constamment de la formule pauperrima nostra Sorbona , notre très-pauvre Sorbonne. £lle n'en

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était pas moins , ou ^ pour mieux dire, elle ne tarda pas à devenir une espèce de pouvoir dans l'État, et à chaque instant on l'a vil laler venir dans les grandes crises dont l'histoire de notre pays Êiit mention. Le premier dignitaire de la congrégation des Pauvres-Maîtres de la Sorbonne portait le titre de proviseur. Après la mort de Robert Sorbon, en 1274? cette charge fiit confiée à Guillaume de Montmorency , docteur et ciiauoiue. La seconde dignité de la Sorbonne était celle du prieur, qui était élu chaque année parmi les bacheliers ; il était cliargé de la police intérieure de la maison et de la présidence des assemblées. C'était parmi les plus âgés , au contraire , qu'on choisissait les quatre officiers qu'on honorait du titre de sénieurs , se» niores , et auxquels on confiait le soin de maintenir les règles de la maison et de résoudre les affaires difficiles. Les procureurs ou procurateurs s'occupaient des recettes et des dépenses de l'établissement et rendaient compte de leur gestion aux sénieurs. lie prieur, Tun des sénieurs, et un troisième dignitaire spécial portaien t le titre de garidien des clefs, clavigeri; leur principale fonction était la conservation des arcliives de la maison; enfin il y avait encore le bibliothécaire et les professeurs. Sous ce dernier nom on a distingué : les lecteurs , qui expliquaient des textes d'enseignement; les conférenciers^ qui présidaient aux discussions entre les clercs , et les docteurs, qui enseignaient en chaire la science théologique. Les sorbonistes tenaient, en outre, des assemblées poui' résoudre les cas de consciaice ou les questions litigieuses qui leur étaient proposés ; il y avait parmi eux des catéchistes qui , les jours de dimanche, allaient, dans les prisons ou dans les églises paroissiales, enseigner les éléments de la doctrine et de la

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morale du christianisme ; d'autres, en qualité de consola'-

leurs des criminels^ exhortaient les condamnés et les accompagnaient jusque sur le lieu du supplice.

A mesure que se dérouleront pour nous les fastes de Paris, nous aurons à raconter la part que laSorbonneprit aux événements ; nous nous boi uoas ici à tenir note de son origine, de ses règlements et de sa puissance.

Au temps de saint Louis, et en j :244i collège des Ber^ nardins, d'abord appelé collège du Chardonnet^ près de la place aux Veaux, entre le quai de la Tournelle, ou des Miramiones, et la rue Saint-Victor, fiit fondé par Etienne de Lexington , Anglais de naissance et abbéde 0airvaux, sur un terrain situé dans le clos du Chardounet, qu'il avait acquis de Tabbaye de Saint- Victor. Etienne^ qui avait étudié à Paris sous saint Edme ou Edmond, professeur fameux, depuis archevêque de Cantorbéry, étabUt ce collège pour y faire étudier les jeunes religieux de sa maison, afin, dit Matthieu Paris, de ne plus voir les religieux de Clair* vaux, appelés Bernardins, du nom de leur fondateur, exposés au mépris des Frères prêcheurs, des Frères mineurs et « des légistes séculiers ; car ces nouveaux ordres, faisant « profession de science, voulaient faire passer les anciens « pour inutiles, parce qu'ils ne se piquaient pas, comme « eux, de disputer, ni d enseigner, ni de prendre des de- « grez dans les universités. » Le pape approuva le projet de Tabbé Etienne, et fit même plus en ordonnant au chapitre général de Citeaux d'ériger encore d'autres collèges dans les principales abbayes de Tordre.

L'église des Bernardins, qui ne fut jamais achevée, pas* sait à juste titre pour un monument d'une rare élégance ; de nos jours il n'en r^te que des débris.

Les Bernardins agrandirent considérablement leur enclos par des terrains qu'ils achetèrent successivement au Chardounet des religieux de Saint-Victor, de Philippe, concierge du roi, et du cure de Saint-Nicolas. L'abbé de Clairvaux possédait au même lieu une maison qui fut désignée sous le nom d'hôtel des comtes de Champagne.

Vers le même temps Jean, abbé de Tordre des Prémontrës, près de Coucy, établit à Paris un collège destiné à TinbLi uclion des jeunes religieux de son abbaye. £n conséquence il fît| en laSa, acheter plusieurs propriétés, et notamment une maison appelée Pierre Sarrazin, dans la rue Hautefeuille, et y fit élever des bâtiments ainsi qu'une chapelle qui fut, en 1618, reconstruite sur un plan plus vaste. Cette chapelle ou église, depuis la suppression de l'ordre, n'a pas été démolie; mais, en 1817, on Pa con* vertie en maisons particulières, et du rond-point du sanctuaire on a formé, à la grande joie de Dulaure, un café assez élégant qui a été appelé la Rotonde»

Sur la place de la Sorbonne le collège de Clunj occupait l'espace compris entre la rue de La Harpe, la rue de Gluoy, la place Sorbonne et la rue des Grès. On y en* trait par rextrëmité méridionale de la rue de La Harpe. Ce collège fut fondé en 1269 par Yves de Vergî, abbé de Cvliniy, pour les religieux de son oïdie qui viendraient étudier à Paris. Yves ayant acheté l'emplacement l'entoura de murailles et commença la construction des bâtiments; mais il mourut avant de les avoir terminés. 11 avait &it élever une partie du cloître, le réfectoire et le dortoir; son neveu, Yves de Chalant, qui lui succéda à Cluny, fît achever le cloître, bâtit la chapelle et le chapitre, et forma la bibliotiièque. Suivant les règlements dressés par les fondateurs et confirmés, en i3o8, par Tabbé Henri deiFautières, ce collège était uniquement destiné à renseignement de la philosophie et de la théologie. Tous les prieurés et les doyennés dépendant de l'abbaye de Clunyélaicnt obligés d'y entretenir chacun à leurs frais un ou deux élèves; s'ils négligeaient d'y envoyer des écoliers ils n*en payaient pas moins la pension. I^a ciiapelle de cet établissement était fort grande et d'une belle architecture gothique ; l'intérieur renfermait les tombeaux de plusieui*s abbes de Tordre et de célèbres docteurs. Durant les orages révolutionnaires le collège de Cluny et sa chapelle devinrent des propriétés nationales . et furcgat mis en location. La chapelle servit alors d'atelier au peinUe David ; tout récemment, en i833, elle a été démolie ; elle servait alors de magasin à un marchand de papiers. Ces profanations liisloiiques, osons Tespérer, ne pourront désormais se reproduire.

Situé près de la place de la Sorbonne, le collège du Tré" sorierîut ainsi appelé à cause de son fondateur, Guillaume

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deSaonci trésorier de l'église de Rouen, qui en ia68

créa cet établissement pour lentretien de douze pauvres écoliers en théologie, cpii devaient y recevoir trois sous par semaine pendant si\ ans d'études, et pour douze autres étudiants ès arts, auxquels il assura vingt livres tournois par an. Guillaume de Saône ordonna que son collège ne recevrait que des jeunes gens du pays de Caux, et, à leur défaut, du diocèse de Rouen.

Matthieu de Vendôme, abbe de Saint-Dems, qui fut un moment régent du royaume (1270), acheta en i ^63, aux religieux de Saint-Germain des Prés, certaine place {le terre size au terroir de Laas^ tenant ttun costé au jardin des frères de la Pénitence de Jésas-Christ^ autrement dicts Sachets, et d autre à la maison de messire Gilles^ dit le BruHj COI mes table de France (i). Il y fit construire un hôtel pour y loger les religieux de Tabbaye de Saint-Denis dans leurs voyapres à Paris; puis il y joignit une chapelle que Tabbé de Saint-Germain autorisa, à condition qu*il n'y aurait ni cloche, ni cimetière, et que Thôtel serait sous la dépendance du curé de Saint-Andre des Arcs pour le spirituel, et pour le temporel sous celle de Tabbaye de Saint-Gerniani . L iiotel Saint-Deais s'accrut peu à peu SOUS les successeurs de Matthieu de Vendôme. On y avait joint un collège.

Il existait, il y a peu d'années encore, dans la rue Saint- Hippolyte, au faubourg Saint -Marcel, une construction élégante appelée traditionnellement nmison de la reine Blanche.

(i) Rabelais (Pantagruel, I. II, ch. i8) fait mentioQ de l'hôtel Saiot-Dcnis. Il y fait loger Panta^^uel, qui se promenait avec Paourge dans les jardins du collège.

En dépit (le cette apj.ellalion, on pmse généralement que ce gracieux édifice datait seulement du quatorzième siècle, et qu'il appartenait à une princesse du sang capétien dont on ne saurait déterminer le nom.

Terminons cette esquise des annales parisiennes sous le règne de saint Louis en constatant que, pour la première fois, sous ce prince, le prévôt de la Hanse ou de la confrérie des Marchands de l'eau y fut désigné sous le titre de « prévôt des marchands. » Le citoyen qui eut

HiSTOiK£ DE PAAIS. (12204270;

cet honneur se nommait Jean Augicr, et avec lui commença, en 1 2689 la longue série des prévôts desmarchands dont le dernier fut, en 1789, l'infortuné de Flesselles, dont ie nom se rattache aux plus formidables scènes de la Révolution. De nos jours la haute magistrature dont se trouvaient investis au moyen âge les prévôts des marchands est presque tout entière concentrée aux mains des préfets de la Seine.

Pour &ire convenablement apprécier en quoi consistait, au moyen âge, la juiidiction du prévôt des marchands, et pour donner une idée un peu exacte de Torganisation iiiuiiicipale de Paris à cette époque , nous nous trouvons dans la nécessité d'anticiper une fois de plus sur les dates et de concentrer ici des détails que l'on ne pourrait comprendre si nous devions les mentionner éparpillés selon les divers règnes , et comme on les trouve relatés dans les clirouiques ou au recueil des ordonnances.

Les principaux officiers de la municipalité parisienne étaient le prévôt des marchands, quatre échevius , le procureur du roi, le greffier et le receveur. Ces huit personnes composaient ce qu'on appelait le bureau de la ville. 11 y avait en outre vingt-six conseillers et dix sergents ou huissiers. Les autres officiers subalternes étaient lesquarteniei^, au nombre de seize; les cinquanteniers, au nombre de quatre en chaque quartier, qui faisaient en tout soixantequatre, et les dizainiers, au nombre de deux cent cinquante-six, seize dans ehac[ue quartier; Tarchitecte ou maître des œuvres de la \ille , le capitaine de l'artillerie, l'imprimeur et le maître d'hôtel. Les trois compagnies des gardes etaichei's faisaient aussi partie du corps de ville. Chacune de ces compagnies, de cent archers, auxquelles

a»MSfli) UVBX TI, CHAPITRE III. 49$

toi bieotot adjointe la milice bourgeoise, composa, plus tard , cent trente^rois compagnies, dont tous les officiers, ainsi que ceux des archers^ étaient à la nomination du prévôt des marchands et des échevins. C'est cette milice qui a servi depuis de modèle et de principe à rinstitution delà garde nationale.

L'élection du prévôt des mai^chands se faisait tous les deux ans; mais il pouvait être continué jusqu'à quatre fois. Tous les ans les deux plus anciens des quatre échevins sortaient d'emploi, et l'on en élisait deux nouveaux. Voici quA était le mode d'élection à ces deux fonctions. Avant le i6 août, jour iixè pour ces nominations, les quarleniers convoquaient une assemblée dans les quartiers pour choisir parmi les notables de la population quatre électeurs pour se rendre à rHôtel-de-Ville et pro* céder tant à T élection des scrutateurs qu'à celle des prévôt et échevins.. Le jour de l'assemblée générale, le prévôt, les éclievuis, les conseillers et quarteniers de la ville, après avoir entradu une messe du Saint-Esprit, se rendaient au grand bureau de l'Hôtel-de-Ville. Les quarteniers prés^taient le procès-verbal de l'assemblée par eux ténue et les noms des quatre nommés, chacun écrit à part sur un bulletin. Lies quatre noms se mettaient alors dans un chapeau^ mi-parti des couleurs de la ville, et les deux premiers tirés au sort étaient enregistrés sur une liste avec celui du quartenier. Cette élection faite, on envoyait chercher les dénommés, par les sergents de ville, et, quand rassemblée était ainsi complète, le greffier faisait lecture des ordomiances données au sujet de rëlection, et l'appel nominal de ceux qui devaient composer l'assemblée f après quoi les échevins qui sortaient de charge remcr-

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ciaient l'assemblée. On procédait alors à la formalité du serment pour ta nomination des scrutatears, en commen«> çant par les conseillers de la villci selou Tordre de leurs séances^ les quarteniers et leurs mandés, et enfin le prévôt et les éciievins. L'élection devait tomber sur quatre personnes, dont l'une serait officier du roi^ l'autre conseiller de la ville, lu troisième uii quartemei , et la quatrième un des bourgeois mandés.

Ldection faite de vive voix, les scrutateurs choisis prêtaient serment ensemble, entre les mains du prévôt des marchands et des édievins, sur le tableau de la ville. Après cela le prévôt et les cchevxus quittaient leur place et allaient sa mettre au-dessus des conseillers de la yille, et au lieu qu'ils veuaieuL de quitter s'asseyaieot les quatre scrutateurs, dont le premier tenait le tableau de ville pour les serments d'élection, et le second le chapeau mi-parti, pour y iVQ^voir les suffrages. On appelait tous les assistants par ordre ; le prévôt le premier, puis les échevins, les consdllers, les quarteniers et les bourgeois mandés, qui donnaient leurs suffrages. Le scrutin fermé, les scrutateurs passaient au petit bureau, où ils faisaient le dépouillement des bulletins, et dressaient un procès-verbal, qu'ils présentaient ensuite au roi, accompagnes du prévôt, des échevins , des procureurs et greffiers de la ville, et de ceux qui avaient été élus à la pluralité des suffrages. L'acte Je scrutin était ouvert et lu en présence du roi, et les élus étaient confirmés par le roi et lui prêtaient serment. A l'égard du procureur du roi, du greffier, des conseillers et des autres principaux officiers de ville, c'étaient toutes charges qui s'achetaient; mais il tàllait être Parisien de naissance pour y être admis.

{m-îm LIYAE VI. CHAPITRE III. 497

Outre la coanaissance des matières qui dépeudeat da commerce par eau, le prévôt et leséchevins étaient chargés des subsistances, des approvisionnements de la ville, de la perception et de l'emploi de ses revenus, dont ils ne ren« daleiU compte qu'au roi. Ils avaient encore la surintendance des fontaines de Paris, le soin des ponts, des qudis , cie6 boues et des lanternes, de rentrelieu du pavé, et plusieurs autres attributions. Les quartenîers étaient commis pour veiller Jaiis les quartiers de la ville à ce qu'il ne s y passât rien de nuisible au repos public. C'é* taît à eux que le prévôt des marchands et les échevins adressaient leurs ordonnances pour les distribuer aux cinquanteniers, c{ui en Élisaient part aussitôt à chaque dizainier, afin que l'ordre fut plus proniptenieat exécuté dans toute la ville. Ce réseau administratif des élus de la commu* uautë, et qui ne cessait pas d'en faire partie, contenait ou mettait en mouvement toute la population. On conçoit que, dans un temps où les tribunaux étaient à peine organisés, où les parlements n'avaient poiot encore jde caractère politique ni même d'existence fixe , où la cour des comptes étail soumise à l'autorité royale, ce corps de la ville , ainsi composé , siégeant dans un édifice considérable, au centre de la population, devait avoir une grande importance. Les hommes qui le composaient , forts de la confiance de leurs concitoyens, et distingués par des privilèges, des armoiries et un costume éclatant , marchaient de pair avec la noblesse. Leur assemblée formait une chambi^ de députés permanente uniquement composée de la classe moyenne, et par là plus véritablement nationale que les états généraux, composés des trois ordres, et qui, n'étant convoqués que tle loin en loin, étaient plus ou jnoins

HIST. PABI9. » T. I. 32

498 HISrOIBB 0£ PARIS. (tSM-llN)

tournis à Taristocratie et au pouvoir royal. La maison

municipale était le palais, le Louvre du peuple. C'est là qu'il siégeait par ses représeataats et que les souverains venaient reconnaître sa puissance, en lui demandant des subsides ou en recevant ses présents* Cette auréole populaire ajoutait [à la majesté royale et composait son plus beau cortège. On voyait ces magistrats électifs, vêtus de leurs longues^^robes mi»parties des couleurs de la ville ^ montant des chevaux ornés débrides d'or, coiuiiie les chevaliersy aller, précédés de leurs archers et suivis de miU liers de bourgeois richement vêtus, au-devant des souve- • rains à leur entrée dans la ville, les escorter jusqu'à leur palais, et rendre de semblables honneurs aux princes étrangers , auxquels ils donnaient une grande idée du luxe et de Téléganoe de la capitale. Dans toutes les cérémonies le prevot des marchands occupait la droite du gouverneur de Paris, et le corps de la ville marchait pa* rallèlement avec le parlement, celui-ci à droite , suivi de la cour des comptes , et Tautre à gauche. Le prévdt de Paris, quoique représentant, suivant le grand coutumier, le souîferain au fait de la justice^ ne passait qu'après lui.

A mesure que nous déroulerons les annales de Paris nous aurons plus d'une occasion de constater la puissance de cette organisation municipale, qui fut tantôt un appui, tantôt une menace pour les rois. £n elle se résumaient les grands privilèges dont la cité avait gardé possession, et qui, à une époque où les principes de la séparation des pouvoirs semblaient mal définis, tenaient lieu et place de la liberté politique et donnaient à la bourgeoisie parisienne une haute idée de son importance sociale. Nous y reviendrons.

Nous ne terminerons pas cette esquisse des institutions utiles et des fondations pieuses du siècle de saint Louis sans parler de Tautique église priorale de Saint-Julien le Pauvre, située aux abords de màtel-Dieu.

L'origine de celte église remontait aux premiers temps de la monarchie. Saint Grégoire de Tours ^ qui en fait mention^ comme ou a pu le voir plus haut, lui donne le titre de basilique. Les Normands la dévastèrent ^ et vers le milieu du douzièiiie siècle elle devint la propriété des religieux de Sainte-Marie de Longpont, près de Mont- Ihéry. Ceux-ci fondèrent un prieuré à côté de l'église et ne tardèrent pas à la reconstruire. Le nombre des moines du prieuré de Saint-Julien le Pauvre s'éleva bientôt jusqu'à cinquante. C'est là que se tenaient, dès le règne de saint Louis, les assemblées de l'université de Paris, là que se faisait l'élection du recteur.

Dans le principe saint Julien le martyr était le seul patron de cette église. Yers la fin du douzième siècle le culte de saint Julien le confesseur, évêquedu Mans, surnommé le Paiwre, à cause de sa charité envers les malheureux, fut associé à celui du titulaire primitif Saint-Julien le Pauvre et Notre-Dame sont , au témoignage de Sauvai , les deux églises de Paris dont les absides regardent avec le plus de précision le levant d'hiver. Cet édifice a justement mérité l'attention des artistes. II a été construit avant la période ogivale et dans le style de la seconde moitié du douzième siècle. Deux files de colonnes le partagent en trois petites nefs f et trois absides le terminent vers l'orient. Sous le règne de Louis XIV ce pieux monument eut à subir de fâcheuses mutilations; on letranclia cinq ou six Loises de la partie antérieure

5oO HISTOIRE DE PARIS. (1226.1270)

de l'église , pour former la cour qui en précède aujourd'hui rentrée. Le portail, renversé avec ses sculptures

et ses statues , fit place à une façade insignifiante , vêtue de pilastres doriques et coiffée d'un fronton triangulaire; la tour fut démolie en même temps. Les traces de ces constructions sont encore bien visibles. Il faut aller chercher dans la rue Galande, n^ au-dessus d'une porte , un bas-relief de pierre , treizième siècle , qui provient de la façade de l'église, et qui représente un troisième saint Julien, différent du martyr et du confeseur. Ce saint Julien et sa femme avaient fondé un hôpital sur le bord d'un fleuve dont la traversée était périlleuse, et, pour faire pénitence, ils s'occupaient jour et nuit à transporter les voyageurs d'une rive à l'autre. Une fois le Christ lui-même , sous la forme d'un pauvre lépreux, vint leur demander le passage , et, quand il eut éprouvé leur charité, il se fît connaître, leur promettant les récompenses du ciel. Dans notre bas-relief saint Julien et sa

iîlSÙ-ir») LIVRE VI. CHA^PITRE III. :>OI

femme conduiseot leur barque; Jésus se tient debout au milieu d'eux.

L^architecture extérieure , surtout vers l'abside, est

d'au style mâle et sévère. Deux rangs de fenêtres, en ogives simples, éclairent le chevet; des contre-forts lui servent de points d*appui; des moulures énergiques lui font ime triple ceinture; des modillons soutiennent la corniche. D'autres fenêtres, partagées en deux baies par des colonnettes, s'ouvrent sur les cotés du chœur. Un peu en arrière de l'absidiole septentrionale se trouve les puits de Sainte ulien, dont Teau passait autrefois pour être douée d'une vertu miraculeuse.

La nef de T édifice se divisait dans la longueur en six travées; les deux premières ont été supprimées à 1 époque de la reconstruction du portail , et les quatre autres ont éprouvé en même temps des modifications qui en ont dénaturé le style ; mais les deux u avces du chœur, l'abside médiane et les deux absidioles latérales n'ont rien perdu de leur ajustement primitif; elles conservent leurs élégantes colonnes , les unes monostyles ^ les autres groupées en faisceaux , leurs chapiteaux à feuillages , leurs voûtes portées sur des nervures toriques , leurs clefs historiées. Des colonnettes et des moulures décorent les fenêtres. L'aspect de cette partie de Téglise est d'un noble caractère. Avec les moyens les plus simples et sur des dimensions très-restreintes, Tarchitecte qui l'a construite a obtenu un grand effet. C'est une preuve de phts en faveur des ressources que présente l'art du moyen ag<B.

La sculpture de tous les détails a été traitée avec le plus grand soin. Nous avons compté plus de cent cinquante chapiteaux , tous variés dans leur ornementation. Le plus

curieux est placé sur le coté méridional du chœur. Des feuillages perlés Tenveloppent; à ses angles se dressent

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