HISTOIRE BF PARIS
encore avant la Révolution ce collège avait le surnom dérisoire de collège des Haricots. Au seizième siècle, Érasme, y étant demeuré quelque temps , tomba malade par l'effet de l'insalubrité du logement et de la nourriture. La vermine était appelée Vépenfier de Montaigu^ et Rabelais met ces paroles dans la bouche de Pomocrates : « Ne pensez ^as que j'aie mis mon fils aucollége de Pouil" lerie qu'on nomme Montagut ; mieux l'eusse voulu mettre entre les guénaux des Saints^Innocents^ pour Ténorme cruauté et vilennie que j'y ai congnue; car trop ( beaucoup ) mieux sont traités les forcés ( forçats ) entre les Maures et les Tartares^ les meurtriers en la maison criminelle, voire certes les chiens en vostre maison^ que ne sont ces malotrus audit collège; et, si j'étois roi de Paris , le diable m'emporte si je ne mettois le feu dedans, et ferois brusler et principal et régent qui endurent ceste inhumanité devant leurs yeux estre exercée. » Et ailleurs, à propos d'Antoine Tempeste , l'un des successeurs de Standoncht, renommé pour sa brutale sévérité : « Ce Tempeste, dit-il, fut ung grand fouetteur d'escholiers au collège de Montagut. Si par fouetter pauvres petitsenfants, escholiers innocents, les pédagogues sont damnés, il est, sur mon-honneur, en la roue d'Ixion, fouettant le chien courtaut qui l'esbranle. » Le traitement des écoliers de Montaigu ne fut amélioré qu'en i683 et en i744- ^ ^^^^ dernière époque , par arrêt du Parlement^ les boursiers furent dispensés de certaines veilles pour les offices, et obtinrent de faire gras à dîner et de goûter.
En i3i7 Geoffroy Duplessis , notaire du pape Jean XXII et secrétaire de Philippe le Long, fonda un nouveau collège dans son hôtel de la rue Saint-Jacques;
il voulut l'appeler collège de Saint^Martin du Mont^ à cause d'un oratoire dédié à ce saint, qui se trouvait déjà dans cette maison; mais on ne l'appela jamais, même dans les chartes faites vers l'époque de sa fondation, que le collège du Plessis» Geoffroy y établit un certain nombre de bourses pour des écoliers des diocèses de Tours , de Saint-Malo, de Reims, de Sens, d'Évreux et de Rouen. Quelques années après, le même personnage fonda le Col^ lége des Marmoutiers à côté de celui de Saint-Martin , et la chapelle que l'on bâtissait alors fut commune aux deux établissements. S' étant ensuite fait religieux dans l'abbaye de Saint-Martin de Tours, il soumit les deux collèges à l'abbé son supérieur.' Plus tard la modicité des revenus du collège du Plessis occasionna une diminution successive de ses boursiers ; mais l'établissement se soutenait encore par la réputation que lui avaient acquise sa bonne discipline et le mérite de ses professeurs.
Le collège de Cornouailles ^ situé rue du Plâtre-Saint - Jacques, doit sa première origine à Galeran Nicolas ou Nicolaï , dit de Grève, qui laissa par son testament , en i3i7, '^ tiers de ses biens aux pauvres écoliers du diocèse de Cornouailles ou Quimper-Corentin faisant leurs études à Paris. Les exécuteurs testamentaires ne purent s'occuper de cette fondation qu'en i32ï . Us créèrent d'abord cinq bourses et placèrent les écoliers, dont ils avaient laissé la nomination à l'évêque de Paris, dans le collège que venait de fonder Geoffroy du Plessis , secrétaire de Philippe le Long. Les choses restèrent en cet état jusqu'en i38o, époque à laquelle Jean de Guistri, maître es arts et en médecine, né dans le diocèse de Cornouailles, acheta dans la rue du Plâtre une maison où il logea les cinq boursiers
8o HISTOIRE DE PARIS. (12701828)
ses compatriotes, et qui prit le nom de collège de CornonailleSy d'après le statut d'approbation de Tévêque de Paris, du 3o juillet i38o. Il avait crée de nouvelles bourses, et plus tard leur nombre fut encore augmenté par les donations de différentes personnes.
Le collège de Narbonne^ situé rue de La Harpe, fut fondé en i3i7 par Bernard de Farges, archevêque de Narbonne, dans la maison qu'il habitait rue de La Harpe. Le prélat consacra les revenus du prieuré rural de Sainle- Marie-Madeleine, près la Redorte, au diocèse de Narbonne, à entretenir dans cet établissement six écoliers natifs de son diocèse. En même temps un jurisconsulte, nommé Amblard Cerène, y fonda une bourse pour un chapelain. Pterre Rogier, né à Limoges, et qui avait obtenu néanmoins une bourse dans ce collège, étant devenu pape, sous le nom de Clément VI, après avoir été archevêque de Narbonne, y fonda dix boufses nouvelles et donna à cet effet au collège le prieuré de Notre-Dame de Marseille, près de Limoux. Malgré les statuts arrêtés en i3i7, qui consacraient les neuf bourses à des écoliers des facultés des arts et dé théologie, on avait admis des étudiants en médecine, en droit civil et en droit canon; mais ceux-ci en furent exclus, en i544> P^r l^s règlements du cardinal de Lorraine, archevêque de Narbonne, qui fixa le nombre des boursiers maîtres et élèves à seize, en assignant [\o livres par an à chaque maître et 20 aux élèves. En i599 l'exercice des basses classes de ce collège fut rendu pubUc.
Le collège de Trèguier et de Lèon^ situé place Cambrai, devait son origine à Guillaume de Coatmohan, grandchantre de l'Eglise de Trèguier, docteur en droit de la
(i27«-lM8) LIVRE VII. CHAPITRE IV. Si
Faculté de Paris, qui, par son testament du 30 avril iSaS, le fonda pour huit boursiers pris dans sa famille ou dans le diocèse de Tréguier. Les statuts que Ton fit pour ce collège, en i4i I ? lui donnèrent de la réputation, et déterminèrent Olivier Doujon , docteur en droit , à y fonder, Tannée suivante, six bourses nouvelles. Enfin, en iSyS , ce collège fut considérablement augmenté par Tadjonction qui lui fut faite du collège de Karembert, Celui-ci, qui portait aussi le nom de Léon , parce qu'il avait été créé pour des élèves de ce diocèse, était situé près de Saint- Hilaire et se trouvait voisin de celui de Tréguier, sans lui être contigu. La pauvreté de ses revenus avait forcé les écoliers à vendre successivement les bâtiments, les matériaux , les biens au collège de Tréguier, à qui l'héritier de Guillaume de Goatmohan donna enfin l'emplacement. IjCS acquéreurs firent construire les édi- *^fices, et leur collège devint le collège de Tréguier et de Léon. En i6io Henri IV fit acheter ces deux collèges et celui des Trois-Éi^éques ou de Cambrai^ pour faire élever sur leur emplacement le collège royal de France.
Enfin le collège dUArraSs situé rue d'Arras, fut fondé vers Tan i3a8 par Nicolas LeCandelierou LeGanderlier, abbé de Saint-Waast d'Arras, avec le produit de legs pieux dont il était l'exécuteur et de ses propres donations, pour donner les moyens de s'instruire à un certain nombre de pauvres écoliers du diocèse d'Arras* Il fut d'abord établi dans la rue Chartûre^ vers le Glos-Bruneau ; mais depuis il fiit transféré dans la rue d'Arras, alors appelée rue des MurSj vis-à-vis le collège du cardinal Lemoine, près de la rue Saint-Victor. En 1 763 ou 1 764 il fut réuni au col-
aiST. DE P4RIS. — T. II.
S2 HISTOIKE DE PARIS. (1>7«-1»9
lëge de Louis-le-Grand , à cause de la modicitë de ses revenus (i).
Nous avons mentionné plus haut le miracle qui eut lieu à Paris, en 1:291, lorsqu'un juif (nommé Jonathas) commit un sacrilège envers la sainte hostie. Sur le lieu même où s'était manifestée d'une manière si merveilleuse la présence réelle de Jésus-Christ dans l'Eucharistie , un bourgeois, Reinier Flaming, avait fait bâtir, trois ans après, un oratoire qui fut appelé la chapelle des Miracles. En 1:299 Guy de Joinville à qui Philippe le Bel et Reinier Flaming avaient concédé la propriété du juif , y établit un monastère dont les religieux prirent le titre d^ Hospitaliers de la Charité de Notre-Dame.
Les lettres patentes par lesquelles Philippe le Bel donna cette maison aux Frères de la Charité de Notre- Dame furent longtemps déposées en original aux archives du couvent des Billet tes et rapportées par Dubréuil dans son Théâtre des Antiquités de Paris, Comme cette maison était dans la censive et seigneurie de la Bretonnerie de Paris, que Ton nommait la terre ou le Fief aux Flamands^ les Frères de la Charité de Notre-Dame obtinrent de Jean Arrode , seigneur de ce fief, des lettres d^amortissement , datées de l'an i3o2 et du mercredi jour de la fête de Jehan Décolace, Elles sont aussi rapportées dans les Antiquités de Dubréuil. Le fief aux Flamands, dont dépendaient plusieurs hôtels et grandes maisons, subsistait encore avant la révolution de 1 789 et appartenait toujours au couvent des Billettes.
Les Frères de la Charité de Notre-Dame s'étaient érigés
(i) Voir Heurtaut, M. de Gaulle et les divers historiens de Pari
en corps de communauté, du chef de Guy de Joinville et du leur, sans l'approbation du Saint-Siège, ce qui était défendu par les canons; le pape Clément VI, par une bulle datée d'Avignon et du 2q août de Tan i346? leur donna l'absolution de toutes les censures qu'ils avaient encourues , et par une autre bulle, datée du même lieu et de l'an i347, leur ordonna de quitter leurs anciens sta* tuts pour prendre la règle de saint Augustin , et l'habit qu'elle prescrit. Le couvent des Billettes devint dès lors un prieuré conventuel de Tordre de Saint*Auguistin,. sous l'autorité d'un général qui résidait originairement à Boucheromont. La régularité des mœurs et la piété de ces Frères de la Charité leur acquirent une juste admiration. L'an i4o8 la rue des Jardins avait changé de fa(^; le couvent et l'église des Billettes étaient comme enterrés ; les religieux qui l'occupaient furent obligés de bâtir nonseulement de nouveaux cloîtres, mais aussi une nouvelle église. L'ancienne devint souterraine et servit de cimetière aux religieux et aux bienfaiteurs du couvent. En dépit de tous ces changements la chapelle du Miracle fut toujours conservée. Les armes de France sculptées aux voûtes du cloître attestèrent la protection que nos rois ont accordée à cette maison. L'université de Paris lui donna aussi des marques de son estime; car elle lui attribua droit de collège, et par là ses religieux en devinrent membi^es. Plus tard, il est triste de le dire, les Frères de la Charité de Notre-Dame déchurent tellement de l'estime et de la réputation qu'ils s'étaient acquises qu'au commencement du dix-sej tième siècle on entreprit de les réformer ; mais le petit ne abre de religieux, qui n'était que de quarante dans tous les couvents de l'ordre, leur
indocilité, leur division, et la ruine du temporel de leurs maisons, rendirent inutile ce pieux dessein et firent qu'on prit'le seul parti qu'il y eût à prendre, qui était de laisser éteindre cet ordre^ et de permettre à ses membres in* fortunés de traiter ai^c différents ordres religieux pour s'assurer du pain et le nécessaire à la vie (i). Ceux des Billettes traitèrent de leur couvent avec les Pères feuillants, qui avaient dessein d'y établir leur noviciat; mais, comme on donna à ces derniers deux jardins ou emplacements dans la rue d'Enfer, au faubourg Saint-Michel , ils trouvèrent cette situation plus convenable et renoncèrent aux df'oits qu'ils venaient d'acquérir sur le couvent des Billettes. Les Carmes réformés de l'observance de tiennes, en la province ecclésiastique de Tours, qui cherchaient depuis longtemps à s'établir à Paris, saisirent cette occasion et acquirent, le :i[\ juillet i63i , le couvent des Billettes, en s'engageant à a loger, nourrir, traiter, chauffer, blanchir et soigner » les anciens religieux du même couvent, et en outre à payer à chacun d'eux pour son vestiaire cent livres, et au prieur deux cents livres par an.
Ainsi les Carmes furent établis dans ce couvent des Billettes . Ce dernier nom leur fut donné pour les distinguer des autres religieux carmes établis à Paris , du nom de la rue où était situé leur monastère ; mais on ignore l'origine de la dénomination de rue des Billettes. Sauvai croit qu'elle vient du péage^ qu'on appelait billette^ à cause d'un billot de bois qui était à la porte de la maison oïl il se payait. Sur la grande porte de l'église, au dehors,
(i) Heurtaut.
était peinte, en lettres gothiques noires sur un fond blanc, cette inscription :.
Ici est Téglise et monastère aux Frères de l'ordre de la Charité de Notre-Dame, fondé en l'honneur et révérence du saint sacrement de l'autel, où le précieux sang miraculeux de la sainte hostie a été répandu.
Au-dessus de l'entrée de la chapelle du Miracle, que l'on conservait toujours et dans laquelle on descendait par un escalier, on lisait encore, en i685, Tinscription suivante :
Q-dessous le juif fit bouillir la sainte hostie .
Des travaux exécutés à cette chapelle l'ayant fait disparaître, on la remplaça par celle-ci :
Cette chapelle est le lieu où un juif outragea la sainte hostie,
qui subsista après la reconstruction presque totale de l'église, faite' en 1754.
Le corps de Papire M asson , historien estimé , et le cœur d'Eude de Mézerai, historiographe de France, furent déposés dans cette église.
En 1790 le gouvernement supprima ce couvent de Carmes. L'église et les bâtiments monastiques ont, vers l'an 18 12, été concédés aux protestants de la confession d'Augsbourg. L'église a été convertie en un temple luthérien, et dans les autres bâtiments sont deux écoles d'enseignement mutuel pour les jeunes gens de cette confession. Les catholiques eussent désiré qu'un lieu où s'était accompli , en face** de tout un peuple, l'un des miracles les plus étonnants qui aient attesté la sainteté du sacrement de l'Eucharistie, n'eût point été dévolu aux ennemis de leurs dogmes , à ceux qui racontent, le sourire
sur les lèvres, Tabominable profanation dont fut témoin Paris au treizième siècle.
En 1 288 Jean Séquence , chefcier de Saint-Merry , et une dame nommée Constance de Saint-Jacques fondèrent dans la rue Sainte-Avoie une communauté formée de pau« vres femmes veuves, âgées au moins de cinquante ans. Les religieuses de cette maison étaient désignées sous le nom de Mères et sœurs de la chapelle Sainte^Ài>oie. Sans avoir de statuts réglementaires fixes, elles se rattachaient à Tordre de Saint-Augustin. Vers le même temps on remarquait la chapelle et l'hôpital des Haudriettes, dont les commencements ont donné lieu , de la part des annalistes, à des recherches plus savantes qu'utiles.
Au témoignage de plusieurs chroniques sainte Geneviève fonda le monastère des Haudriettes ; d'autres se bornent à faire remonter l'origine de cette institution au règne de saint Louis. Le premier acte dans lequd il en soit fait mention est une charte de Philipe le Bel, donnée à Milly, au mois d'avril i3o6, par laquelle ce prince permet à Etienne Haudry de bâtir une chapelle sur le terrain qu'il possédait à la Grève, tenant d'un long à V hôpital des pauvres qu'il avoit fondé. On n'est point d'accord sur le rang social qu'occupait Etienne Haudry, dont la famille , selon Dubreuil, était jadis grande et célèbre. Sauvai n'est guère plus explicite . « J'ai vu des chartes , dit-il , où tantôt il prend la qualité de bourgeois, tantôt celle d'échevin de Paris, tantôt les deux ensemble ; tantôt celle de panetier du roi et tantôt de secrétaire de saint Louis. Et^ quoique je n'aie manié aucun titre de ceux où il soit qualifié de secrétaire ou officier de saint Louis , ce sont pourt^t les seules qualifications qui lui soient données tant par le peuple que
parles Haudrieltes. » Une tradition au moins suspecte, selon M. de Gaulle, et que nous citons après lui, rapporte qu'Etienne Haudry, de retour de la première croisade de saint Ijouis, était parti pour le pèlerinage de Saint-Jacques de Compostelle. Ayant été longtemps sans donner de ses nouvelles, Jeanne k Daloane, s^. femme , qui le crut mort , fit un hôpital de sa maison. EUè s'y renferma avec quelques femmes, et Haudï'y augmenta plus tard cette fondation. Enfin d'autres prétendent qu'il fît bâtir cet hôpital à son retour de. Palatine, :e/^ reconnoissance des soins que plusieurs dames veui^es aidaient eus de sa femme en son absence. Il y a là une question d' érudition assez secondaire que nous ne chercherons pas davantage à .éckircir.
Les femmes qui desservaient cet hôpital embrassèrent plus tard une règle religieuse , et le peuple les désigna sous le nom d'Haudriettes. L'établissement fondé par Etienne Haudry était sjitué à l'angle de la rue dé la Mortellerieet d'une autre rue également appelée rue des HaudrÎQttes. Ce sont là de vieux noms qui. disparaissent l'un après l'autre sous le marteau des démolisseurs , et que nous ne regretterons pas beaucoup, parce que le soleil et la vie pénètrent enfin dana les quartiers sombres et humides dont se composait trop souven* le Paris du moyen âge.
Et ici encpre qu'on notis permette, pour la clarté de notre récit, de suivre l'histoire de la communauté des Haudiiettes, de dire comment elle fut absorbée par un autre établissement religieux, et de rattachera cet incident l'origine d'une église moderne dédiée sous le vocable de X Assomption.
Les * Haudrieltes étaient religieuses lorsqu'en 1622 le cardinal de la Rochefoucauld ^ grand-aumônier de France, les transféra dans une maison fondée à Tangle de la rue Saint-Honoré et de la rue Neuve de Luxembourg. Bientôt après il supprima cette congrégation hospitalière et fit servir rétablissement de la rue Saint-Honoré à une institution nouvelle qu'il fonda sous le nom de couvent des reli* gieuses de V Assomption^ et à laquelle il donna la règle de saint Augustin. Cette transformation des Haudriettes en religieuses augustines ne s'accomplit pas , à ce qu'il parait y sans une certaine résistance dont il fallut venir à bout à l'aide démesures coërcitives.
Le 4 septembre 1622 il fut enjoint à Berger, conseiller au Parlement, et à Hinselin, correcteur en la cliambre des comptes , de faire sans retard conduite les Haudriettes à l'Assomption. Le 6 , par les soins de ces deux officiers de justice, quinze Haudriettes furent enlevées de leur couvent et transportées dans celui de la rue Saint-Honoré. « Le 20 novembre suivant , dit Sauvai , une sentence du cardinal de la Rochefoucauld autorisa cette translation, supprima l'hôpital d'Etienne Haudry et en attribua les revenus au couvent de l'Assomption. Le pape Grégoire XV et le roi approuvèrent la suppression de cet hôpital et la mutation des Haudriettes ; mais celles de ces religieuses qui n'avaient pas voulu être transférées au pouvent de l'Assomption avec leurs corecluses formèrent un pourvoi au grand conseil et firent opposition à l'enregistrement des bulles du pape et des lettres patentes du roi. Un arrêt du i3 décembre 1624 intervint, qui ordonna que ces filles seraient réintégrées dans leur hôpital et seraient rétablies en tous leurs biens et revenus. Le cardinal de la
(in».!828) LIVRE VII. CHAPITRE IV. 89
Rochefoucauld eut le crédit de faire évoquer l'affaire au conseil privé, lequel fit défense aux Haudriettes de se prévaloir du jugement qu'elles avoient obtenu, et cassa , le II juillet 1625, l'arrêt du i3 décembre 1624. A peine le cardinal fut-il mort que les Haudriettes firent intervenir Adam Haudry, l'un des descendants de leur fondateur, et adressèrent requête au Parlement, le 1 6 juin i645, suppliant la cour d'empêcher que la mémoire et les monuments de la charité de leur fondateur fussent abolis, et de vouloir bien rétablir dans son hôpital les veuves qu'il y avoit fondées. » En 1649 ^''^^ firent intervenir le cardinal Alphonse du Plessis, grand-aumônier de France, et elles obtinrent , le 9 août i65i , un arrêt condamnant les Filles de l'Assomption à rapporter les titres et papiers qui leur constituaient tes biens et revenus de l'hôpital des Haudriettes. Les religieuses de l'Assomption formèrent pourvoi par requête civile, et obtinrent du roi des lettres patentes qui portaient approbation de leur conduite et autorisaient les actes du feu cardinal de la Rochefoucauld. Survint un arrêt du 11 décembre qui appointa les parties. Enfin, le 1 5 juin 1659, les administrateurs de l'Hôpital général, étant intervenus au procès, démontrèrent que « le roi leur avait accordé, par lettres du mois de décembre 1657, toutes Jes maisons , revenus , hôpitaux , et tous les autres biens des pauvres de la prévôté de Paris , soit usurpés, délaissés ou détournés pour un usage autre que pour celui destiné par leur fondateur. Les administrateurs de l'Hôpital général durent céder devant le crédit des Filles de l'Assomption, et iU se laissèrent débouter de leur demande. » En 1670 les Filles de l'Assomption firent commencer la construction d'une église, sur les desseins de Charles