HISTOIRE DE PARIS. (1380-1S
Guillaume de Sens, maître Jean Filleul, maître Martin Double. Il n'y avoit personne à Paris qui n'eût grande crainte et peur. Il y en eut, des principaux de la sédition^ qui furent décapités aux halles , et la femme de Tun d'eux , qui étoit grosse d'enfant, se précipita, comme désespérée, des fenêtres de son hôtel et se tua. Après ces choses les gens allèrent par la ville pour ôter les chaînes des rues, lesquelles furent emportées au bois de Vincennes. Toutes les arnmres furent prises daiis les maisons des habitants; une partie fut portée au Louvre et l'autre au palais ; et on disoit qu'il y en avoit assez pour armer cent mille hommes. La duchesse d'Orléans et l'université de Paris vinrent devers le roi le prier et requérir qu'on procédât seulement à punir ceux qui étoient principaux des séditieux.
« Et après ces choses ainsi faites on remit les aides, c'est à sçavoir gabelles , impositions et le quatrième. L'échevinage futôté, et il fut ordoriné qu'il n'y auroit plus d'échevins ni de prévôt des marchands, et que tout le gouvernement se feroit par le prévôt de Paris. » L'Université sollicita du roi la grâce des Parisiens et ne put l'obtenir. Bientôt parmi les victimes de la vengeance des princes ou eut à compter l'avocat général Jean Desmarets , alors âgé déplus de quatre-vingts ans ; en marchant au supplice l'illustre vieillard récitait le psaume : Judica me^ DeuSy et discerne causant meam. « Quand ce vint à lui de recevoir du bourreau le coup mortel on lui dit : « Demandez « merci au roi, maître Jean, pour qu'il vous pardonne vos a fautes. » Il se retourna et dit : « J'ai servi bien et loyalement le roi Philippe, son bisaïeul, le roi Jean et le roi Charles, son père; jamais aucun de ces rois n'a rien eu à
me reprocher, et celui-là ne me reprocheroit rien plus s'il avoit l'âge et la connoissance d'un homme fait. Je ne pense pas que ce soit lui qui soit en rien coupable d'un tel' jugement; je n'ai donc que faire de lui crier merci. C'est à Dieu seul qu'il faut demander merci, et je le prie de me pardonner mes péchés. »> A peine fut-il mort que le gouvernement supprima la place de prévôt des marchands et en attribua la juridiction au prévôt de Paris, magistrat de police nommé par le roi lui-jnême. Peu de jours après fut envoyé au supplice Nicolas Flamand, ce marchand drapier dont le nom se rattachait à l'administration du prévôt Etienne Marcel, et qui, par son influence, avait calmé plusieurs insurrections populaires.
Il y avait plus d'un mois que duraient ces exécutions ; elles se terminèrent par une grande scène. On assembla le peuple dans la cour du palais. Un échafaud avait été élevé sur les degrés. Le trône du roi y fut placé et magnifiquement orné. Le jeune prince s'y assit, entouré de ses oncles, de sa suite et de son conseil. Pierre d'Orgemont, chancelier de France, que le ressentiment du duc d'Anjou avait éloigné et que la faveur du duc de Bourgogne venait de rappeler, prit la parole. D'une voix tonnante il rappela toute la longue histoire des séditions de Paris depuis quarante ans , l'audace des bourgeois contre l'autorité royale, les désordres et les cruautés qui avaient maintes fois rempli la ville ; puis il parla des justes punitions qui déjà étaient tombées sur les coupables et de celles qui étaient encore nécessaires. Il se retourna ensuite vers le roi et lui demanda s'il n'avait pas parlé selon ses intentions. « Oui, » dit le roi. Alors toute cette foule se mit à gémir, à se désespérer, eu criant miséricorde. J^^s femmes et les filles des pauvres bour-