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Denis ; cette solennité , longtemps observée , est tombée en désuétude, mais au moyen âge elle était une nécessité populaire.
Les marchands de Paris étaient forcés de se rendre au landit et d'y étaler leurs produits, parce que le roi, prélevant un droit sur les étaux ou les huches y défendait tout commerce hors des limites de la foire. Plusieurs corps de métiers versaient préalablement une certaine somme entre les mains du fermier des produits de la foire, qui avait le titre de prévôt et exerçait sur tous les étalagistes un droit de justice dont les appels ressortissaient à Tautorité prévôtale ordinaire. Les amendes et confiscations lui appartenaient ; il siégeait comme juge quatre fois par jour; à huit heures du matin, à midi, au premier coup de vêpres et à l'entrée de la nuit.
Dans le vaste champ de foire du landit se trouvaient réunis tous les produits de l'industrie du moyen Âge. Paris, les grandes villes de France, les opulentes et industrieuses cités flamandes y envoyaient de nombreux représentants qui rivalisaient de luxe et de bon goût dans la manière dont ils procédaient à leurs étalages. Les tentes improvisées dans la .plaine de Saint-Denis renfermaient pendant quinze jours toutes les richesses industrielles de l'Europe.
L'université de Paris avait, parmi tant de privilèges^ celui de s'approvisionner la première de parchemins dans la foire du landit , et alors le recteur se rendait à la foire au jour indiqué , suivi d'un certain nombre de régents et d'ccoliers. Ce nombre s'accrut tellement avec le temps, et les écoliers, pour qui cette foire du landit était devenue une occasion de fêtes et de
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joypux ébats, y commirent tant de désordres que le pro* cureur général porta ses plaintes. Un édit resfreignit à doaze le nombre de ceux qui devaient accompagner Iq recteur; mais longtemps encore après cette ordonnance les écoliers se rendaient clandestinement au champ de foire et y renouvelaient leurs scandales. ,
On comprend jusqu'à quel point Tusage des foires nationales et parfois européennes contribuait à assurer la vente des produits manufacturés ; en dehors de ces rendez-vous périodiques donnés à toutes les industries ^ il n'existait alors pour le négoce parisien qu'un seul moyen de publicité : c'était de faire crier par la ville les avis de toute nature qu'on voulait communiquer au public. D'après les déta,ils spéciaux que nous avons 4éJA consignés dans ce livre, on criait les marchandises, les décès, les invitations aux obsèques, les effets perdus, et on transmettait ainsi à la population ui^e foulç d'autres annonces pour lesquelles les aifiçhes petites et grandes sufBsent à peine aujourd'hui. Ce besoin de faire crier les avis d'intérêt particulier avait donné lieu à la corporation des crieurs et à ce que l'on appelait les crictges ou trieries de Paris. Ces criages, provoquant la vente et permettant de la constater, fQurnissaient au fisc royal un moyen commode de prélever sur les denrées vendues, spécialement sur les boissons, le droit ou l'impôt auquel la plupart des marchandises se trouvaient assujetties* Les crieurs de vin auraient pu être appelés crieurs^détailleurs} non-seulement ils allaient dans les rues criant le vin de la taverne à laquelle ils étaient attacliés, mais ils en offraient aussi aux passants dans un Iianap ou vase de bois, en portant un broc de vin dans l'autre main. Les crieurs faisaient donc les af-
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faires des taverniers, même malgré ceux-ci, qui souvent se seraient bien passés du ministère de ces employés forcés. Ils allaient criant le vin toute la matinée, et la veille des grandes fêtes ils criaient jusqu'au soir les vins composés, tels que clair et ou vin épicé et miellé , vin de sauge, vin de romarin et autres dont les Parisiens faisaient usage dans les festins. En automne, après les vendanges, le roi faisait vendre le vin de ses vignobles. Alors les tavernes cessaient d'en débiter, et les crieurs, précédés du chef de leur corps, allaient presque solennellement dans les rues pour crier le vin du roi. Une classe particulière de tonneliers, les barilliers^ dont le nom est resté à une rue de Paris, fabriquaient pour les riches des tonneaux soigneusement travaillés pour enfermer les vins.
Sous le régime féodal le seigneur de la teri'e était considéré en quelque sorte comme le maître des métiers. Pour avoir le droit d'exercer une professions industrielle sur sa terre on le lui achetait , soit par une somme d'argent, soit par une redevance annuelle. Le roi jouissait de ce privilège féodal à* Paris, du moins dans les quartiers où il n'y avait point de justice seigneuriale. Il aliénait quelquefois ce revenu, soit en le donnant à des gens qu'il voulait favoriser, soit en leur faisant don des revenus du métier et en leur soumettant les artisans qui le pratiquaient. Pour la surveillance des métiers on trouva naturel de la confier aux hommes qui les exerçaient à la cour et qui étaient censés les plus habiles dans leur profession ; ainsi les boulangers étaient soumis au panetier du roi, les forgerons et charrons au maréchal de la cour, les drapiers et tailleurs au chambrier du prince. Dès
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lors il s'introduisit une discipline pour chacune des professions; dans les cas de contestation on consulta les plus anciens; les us et coutumes commencèrent à faire loi pour ceux qui entraient dans la profession. Quand les charges de cour furent devenues héréditaires les titulaires cessèrent de les pratiquer matériellement; le grand-panetier ne cuisit plus de pain, le grand-maréchal ne ferra plus de chevaux, mais ils conservèrent la surveillance du métier et le droit d'en vendre l'exercice. ' Comme bourgeois les artisans étaient soumis à la juridiction du prévôt de Paris, qui^ siégeant au Châtelet^ rendait la justice au nom du roi et était chargé de la police de Paris et de la banlieue. C'est devant lui que les métiers portaient leurs contestations, c'est à lui qu'ils s'adressaient pour faire sanctionner leurs droits. Ces confirmations royales étaient rares au douz:ième siècle, tant les mœurs étaient encore simples , les affaires peu compliquées, n'ayant besoin que de la tradition; elles devinrent plus fréquentes au treizième siècle, et au quatorzième tous les métiers en demandèrent (i).
Par suite de l'agrandissement de l'enceinte de la ville, sous Philippe-Auguste, une partie du territoire appartenant à l'abbaye de Saint-Germain des Prés se trouvait dans l'intérieur du nouveau mur de clôture. Bien que le roi eût décidé que le couvent ne perdrait aucun de ses droits temporels stir les terrres ainsi enfermées, des contestations nombreuses ne laissèrent pas de s'élever, depuis cette époque , entre les officiers du roi et les agents de l'abbaye. Afin d'en tarir la source Philippe III fixa
(i) Voirrmtroductioa du Livre des Métiers, travail de M. Oepping.
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les bornes de la juridiction de Saint-Germain des Prés, et ce règlement fut promulgue en 1272 par lettres patei^tes données sous forme de transaction. Dès lorsi'au* torité abbatiale rentra dans tous ses droits de justice, d'adr ministration et de garde, à l'exception d'un petit nombre de cas royaux et privilégiés qui étaient réservés au prévôt de Paris. Deux ans après ) €'cst-à**dire en 1274, l'abbë de Saint-Germain des Prés permit aux bouchers d*éta* btir cinq étaux dans le bourg ; ce fut Torigine de la bôU" ùherie Saini^Germain. Sur l'autre rive de la Seine il s'é^ levait aussi 'fréquemment, entre les gens du roi et ceux du chapitre de Saint-Merry/ des contestations relatives aux droits de juridiction et de police. Pour mettre fin à ces conflits Philippe III détermina en 1274, par de nouvelles lettres patentes, la limite dans laquelle pouvait se mouvoir chaque autorité. Ces lettres font mention de \di fontaine des. Innocents^ qui existait déjà, et que, trois cents ans plus tard, le ciseau de Jean Goujon devait si splendidement décorer.
En cette même année 1274 l'université de Paris , ayant appris la mort dé saint Thomas d'Aquin, chercha à réparerautant qu'il dépendait d'elle les ennuis que par jalousie elle lui avait suscités autrefois, alors que l'illustre docteur exerçait à Paris les fonctions du professorat. Elle écrivit au chapitre général des Frères prêcheurs et réclama les restes mortels de saint Thomas. Les Dominicains firent en partie droit à cette requête et envoyèrent à l'université de Paris quelques ossements du saint, qui furent respectueusement déposés dans une- chapelle royale.
On se lasserait à mconter les^ereltesl qui s'élevaient
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entre Tuniversitë de Paris et Tabbaye de Saint-Cîermain des Prés. Les allures turbulentes des écoliers eu étaient presque toujours la cause ; d'un autre coté les privilèges considérables dont ils étaient investis, dans le seul intérêt de la science, étaient trop souvent par eux revendiqués pour servir des intérêts moins honorables. Un règlement qiie publia à Paris, au mois de décembre 1:^76, Simon de Braine ou dç Brion, légat du saint-siége^ porte que les écoliers, au lieu de célébrer les fêtes de TÉglise par des exercices de piété, s'adonnaient aux excès du vin et à toutes sortes de dissolutions; (pi'ils prenaient les armes et couraient par troupes dans les rues de la ville pendant la nuit troublaient le repos des habitants et s'exposaient eux-mêmes a plusieurs dangers. Il ajoute qu'il se trouvait des écoliers qui poussaient l'impiété jusqu'à jouer aux dés sur les autels en blasphémant le nom de Dieu.
En 1278 éclatèrent de nouveaux désordres, toujours aggravés par les privilèges de l'Université. Gérard de Moret, abbé de Saint-Germain des Prés, pour se mettre en garde contre les atteintes des écoliers qui allaient se promener au Pré^&ux-Clercs^ fît bâtir quelques murailles sur le chemin qui conduisait à ce pré. Les écoliers trouvèrent que la construction de ces muraillei^ rétrécissait leur chemin ordinaire; ils les démolirent. L'abbé, irrité, fit sonner le tocsin; les domestiques de l'abbaye, ainsi que tous les habitants du bourg de Saint-Gerràain, s'assemblèrent, prirent les armes ef se jetèrent sur le;5 démolisseurs. L^abbé et les. moines exhortaient à la vengeance leurs sujets armés, en leur criant : Tue^ tue ! Parn\i les écoliers. plusieurs furent pris et conduits dans les prisons de l'abbaye; d'autres furent blessés mortellement ou es-
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tropiéspour la vie. L'Université déclara que, si elle n'obtenait pas, dans l'espace de quinze jours, une réparation éclatante, elle suspendrait tous ses exercices. L'abbé , les religieux 'de Saint-Germain des Prés et leur prévôt cherchèrent, de leur coté, à justifier leur conduite, et l'affaire fut portée devant le légat du saint-siége.
Le cardinal Simon de Braine condamna le prévôt de l'abbaye à quitter Saint-Germain des Près et à passer cinq ans de pénitence dans un petit monastère dépendant de Clugny. Le conseil du roi, qui ne tarda pas à être saisi de l'incident, rendit^à son tour une sentence plus rigoureuse. Philippe 111 prononça lui-même l'arrêt aux termes duquel il était enjoint à Tabbé et aux religieux de Saint-Germain de payer six cents livres aux parents des écoliers morts et deux cents livres au recteur de l'Université, pour être distribuées aux régents et aux écoliers pauvres. L'abbé et ses religieux devaient en outre payer deux cents livres pour les réparations et l'entretien d'une chapelle où avait été enterré l'un des étudiants morts de leurs blessures ; vingt livres de rente pour cette chapelle, et autant pour une fondation dans l'église du Val-des- Écoliers, où avait été inhumé un autre étudiant. Ces deux rentes formaient deux bénéfices dont le patronage fut attribué à l'Université et la collation à l'abbaye de Saint- Germain. Le roi, par la même sentence, excluait dix des plus coupables d'entre les domestiques ou vassaux de l'abbaye; il ordonnait que les tourelles de la porte de Saint-Germain, du côté du Pré- aux-Clers, seraient rasées, et il déclarait que la possession du chemin qui conduisait au pré serait désormais exclusivement dévolue à l'université de Paris. Cet arrêt fut donné à Poissy, au
mois de juillet 1278, et fut ponctuellement exécuté. Le conseil, qui le rendit de par le roi, était présidé par Mathieu de Vendôme, abbé de Saint-Denis.
L'année suivante ( 1279) le pape Nicolas 111 réprimanda sévèrement le roi de France au sujet d'un tournoi que ce prince avait -donné à Paris le jour où le comte de Ûermont, le plus jeune des fils de saint Louis, avait été armé chevalier. Le souverain pontife blâma le légat du saint-siége d'avoir souffert qu'en sa présence on eût permis ces funestes jeux. « Quelle horreur, écrivait le pape, de voir le fils d'un roi rempli de piété permettre ce que le roi son père avait si sagement défendu et révoquer l'édit qu'il avait lui-même porté ! Quelle affliction pour le père commun de voir que, la noblesse française ait dégénéré de son ancienne piété au point de se couvrir de la honte attachée au combat de deux mille d'entre les seigneurs! Et vous, disait-il encore au cardinal, ne deviez-vous pas prendre feu dans un si grand péril des âmes, menacer, tonner et aggraver les censures ? Suffisait, il de ne pas prêter votre consentement à la permission que le roi a donnée, comme vous le dites, d'ouvrir des tournois trois fois l'an?... )> Le pape traçait ensuite au légat la marche qu'il devait suivre, et lui indiquait les peines spirituelles que devaient encourir les nobles qui avaient pris part au tournoi, à ce dernier vestige des combats de gladiateurs tant de fois réprouvés par l'Eglise.
Le 3 septembre 1279, Etienne , évêque de Paris, étant mort, le chapitre choisit pour lui succéder un savant nommé Eudes de Saint-Denis. Or, comme l'élection n'était pas unanime , il y eut des appelants au saintsiége. Eudes se rendit à Rome pour défendre sa cause,
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mais sa vieillesse , trop marquée par un tremblement de mains, frappa le pape^ qui cassa l'élection, et, par le conseil des cardinaux, nomma au siège de Paris Jean L'Alleu, dit Jean d'Orléans, alors chanoine et chancelier de Notre- Dame. Ce vénérable prêtre ayant appris sa promotion se hâta d'entrer dans l'grdre des Frères prêcheurs et supplia le pape de ne point le contraindre à accepter les redoutables honneurs de l'épiscopat. Nicolas III se rendit à ses prières et nomma à sa place Renoul d'Homblonière, docteur en théologie, originaire de Normandie, et qui, avant d'être chanoine de Paris, avait géré la cure de Saint-Gervais.
Simon de Braine étant devenu pape, sous le nom de Martin IV, il y eut ( 1 281 ) à Paris un concile composé de quatre archevêques et de vingt évêques ; on s'y occupa des privilèges accordés aux religieux mendiants et que les prélats croyaient contraires à leur autorité. Les religieux défendirent autant qu'ils le purent leurs privilèges, que le pape Martin IV confirma par une bulle du 10 janvier 1282.
En cette même année un événement grave troubla le règne de Philippe le Hardi et affaiblit au dehors l'influence de la France. Nous voulons parier du massacre connu dans l'histoire sous le nom de Vêpres siciliennes. Philippe III crut de son honneur de soutenir la dynastie capétienne établie à Naples , et il s'ensuivit une .guerre qui troubla l'Italie , la France et l'Espagne, Les Français s'avancèrent jusqu'à Gironne; là des fièvres contagieuses se mirent dans l'armée et la forcèrent de repasser les Pyrénées. Philippe , atteint lui-même de la maladie, fut obligé de s'arrêter à Perpignan et y mourut lé 5 oc-
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tobre 1285, âgé de quarante ans à peine; il en avait régné quinze.
Ce fut un prince d'une grande pieté. Sous son règne, et en la personne de Torfévre Raoul, bourgeois de Paris, les personnes roturières commencèrent à recevoir des lettres d'anoblissement, et le roi leur facilita l'acquisition des biens féodaux.
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