‹ Histoire de Paris depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours (volume 4)Chapitre 46 sur 82 · U15-1A22) LIVBE IX. CHAPITRE III · texte numérisé non relu

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filles. Le fantôme de parlenlisnt que le duc de Boui^^ogne avait installé à Paris sanctionna ces honteuses stipulations et déclara le Dauphin Charles déchu de la couronne et coupable du crime de lèse-majeslé. Isabeau de^ Bavière fit son entrée à Paris au milieu d'une pompe inouïe, qui in-» sultait encore aux misères de la France. Pour le Dauphin, loin de désespérer du salut de la monarchie , il entreprit de lutter .encore et se retira derrière la Loire avec^ une petite armée de seigneurs et de partisans fidèles. Le parlement royal et l'Université furent transférés à Poitiers , et le maréchal de la Fayette vainquit l'armée anglaise à Beaugé. La patrie tout entière se concentrait sur la Loire, Cependant Henri V s'empara de vive force de Sens , de Melun et de Montereau.

Paris, gouverné par la faction du duc de Bourgogne, avait naturellement passé sous le joug anglais, préférant d'ailleurs, tant les haines politiques sont délirantes, l'autorité de la maison de Lancastre au triomphe des Arma? gnacs. Or la population parisienne n'ayait guère à se ré« jouir de la domination étrangère et de l'administration militaire du duc de Clarence, frère de Henri V. La malheureuse capitale était en proie à la disette; le pain devenait chaque jour plus cher; pour s'en procurer il fallait passer la nuit aux portes des boulangers, et encore il n'y en avait pas pour tout le monde. Les riches s'en procuraient à prix d'or ; mais les bourgeois, les petits marchands, les ouvriers étaient victimes de la famine et périssaient miser rablement dans les rues. Dans ce triste état le peuplées pérait encore que l'établissement de la souveraineté anglaise amènerait enfin une paix durable et la fin des souffrances matérielles du pays. Cette croyance entra pour beaucoup

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dans les dispositions des esprits au moment où, après la soumission de Melun, Henri V vint feire à Paris une en* trëe triomphale. Ce jour-là donc, i*'' décembre 1420, le roi Charles VI, Henri V, régent du royaume, le duc de Bourgogne , les princes et les princesses de leurs familles, moins le Dauphin, toujours en guerre et proscrit, entrèrent à Paris, pslr la porte Saint-Denis, au milieu d'une foule empressée sur leurs pas et qui criait « Noël ! x> Au-devant des rois marchait processionnellement le clergé , en chantant le Te Deum ; derrière eux venaient les gentilshommes, vêtus de robes rouges, en l'honneur de l'Angleterre. Une espèce de théâtre était dressé dans la rue de la Calandre, et on y représentait, en signe de fête, le mystère delà Passion. Les deux rois, à cheval, traversèrent la ville et ne s'arrêtèrent qu'à l'église Notre-Dame, pour y rendre grâces à Dieu de leurs récentes victoires. Derrière eux on remarquait les ducs de Clarence et de Bedfort, frères de Henri Y , et le duc de Bourgogne, par qui la France subissait la honte du joug étranger. A la suite de la céré^*' monie religieuse Charles VI se rendit à l'hôtel Sàint-Paul, Henri V au Louvre et le duc de Bourgogne à l'hôtel d'Artois. Le lendemain fut réservé, à l'entrée des deux reines. Os& pompes désastreuses pour la France (urènt tout ce qu'obtint le peuple de Paris pour prix de ses clameurs ofificielles. Le pain n'en devint que plus cher, l'épidémie n'en continua que mieux ses ravages, et le froid , augmentant t^haque jour d'intensité, multiplia le nombre des victimes. Le roi d'Angleterre apportait d'outre-mer Thabitude de Ëdre ratifier les décisions du prince par les^gran^ corps de l'État. On se Mta de convoquer à Paris une assemblée politique, une sorte de conseil des notables, que Ton dé-

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coTà dntîire d'états du royaume^ et dont la plupart des membres n'avaient évidemment reçu aucun mandat régulier. Les prétendus représentants des trois ordres reconnurent le traité de Troyes, déclarèrent y donner leur adhésion, prêtèrent serment au roi Henri et rétablirent les aides et les gabelles afin dé mettre le gouvernement en mesure de faire face à la guerre. On fit un règlement qui; sous prétexte de refonte des espèces, devait avoir pour résultat une nouvisUe altération de la monnaie. L'Université réclama et fit valoir les exemptions ecclésiastiques, mais le roi d'Angleterre repoussa durement cette requête. De son coté le duc de Bourgogne s'occupa d'avoir justice de la mort dé son père. 11 obtint de Henri Y une déclaration qui ordonnait à tous les officiers royaux de procéder contre les auteurs du crime. Saisi de l'affaire, le Parlement instrdiatunè procédure à la suite de laquelle il rendit un arrêt qui déclarait le Dauphin convaincu d^homicide sur la personne dé Jèan-sàns-Peur, et, à raison de ce crime, le bannissait à perpétuité du royaume et dégageait tous ses vassaux, gens et sujets, de tout serment de féauté, de toute promesse ou obligation de service envers lui et ses successeurs (3 jattviër ï42i). Cette sentence était en harmonie avec tous les actes du gouvernement de Henri V, domination dure et tyrannique, exercée par un maître étranger, poiir la seule sâtisÈtctïôn des intérêts anglais, et contre laqUeHé né pouvait protester l'infortuné Charles VI, alors malade et délaie dans les froides murailles dé Thotél Saint-Paul.

L'usurpateur anglais le précéda dans la tombe; il mourut à Yincennes le 3i août i4!2i. On lui décerna de pompeuses obsèques. Sur le char funèbre et sous une riche

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tenture de soie était placé un lit cramoisi, brodé d'or, ou reposait l'effigie du roi dans ses vêtements , la couronne d'or en tête, le sceptre dans la main droite, et le globe, surmonté d'une croix, dans la main gauche. Cinq cents chevaliers et écuyers, en armures noires, leurs lances renversées, le précédaient et le suivaient; autour du corps marchaient trois cents porteurs de torches, confondus avec des gens qui tenaient des armoiries, des bannières et des pennons. Le clergé, dans tous les lieux que traversait le cortège, se plaçait sur deux lignes de chaque côté , et der» rière enfin «chevauchaient la noblesse, les princes du sang et le roi d'Ecosse, comme chef du deuil. Après eux venait la reine Catherine avec une suite nombreuse. Ainsi Ton conduisit le corps du roi de Paris à Rouen où on le plaça sur un lit de parade; de Rouen, on le transporta à Calais à petites journées, et une flotte l'y reçut pour l'emmener en Angleterre (i).

Quelquessemainesaprès, le 2 J octobre 142a, Charles VI, à son tour, mourut, pleuré et regretté de ces populations compatissantes auxquelles son règne avait été pourtant si funeste, mais qui l'avaient vu souffrir comme elles-mêmes. « Tout le peuple qui estoit dans les rues et aux fenestres pleuroitetcrioit, comme si chacun eust vu mourir ce qu'il aimoit le plus. Ah! très-cher prince, jamais nous n'en aurons un si bon! Jamais nous ne te verrons! Maudite soit la mort ! Nous n'aurons jamais plus que guerre, puisque tu nous as laissés. Tu vas en repos; nous demeurons en tribulation et douleur (2). »

(i) Joho Lingard.

{1) Journal (t un Bourgeois de Paris*

|lMS-t«3«) LIVRC IX. CHAPITRE IV. 34 (

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