CHAPITRE IV
Mte de la doiiiia*tioii angtaiflet — Régne de Henri VI et fégenee àm dao de Bedford. — Première période du règne de Cherlei. VII (1415.143e).
Au moment où les f unërailles du malheureux Charles YI forent accomplies un héraut d'armes cria : Le roi est mort; wve Henri de Lancastre^ roi de France et d^Arv^ gleterre ! hes Anglais qui formaient le cortège accueillirent cette proclamation avec transport , et le duc de Bedford, frère de Henri V, oncle du jeune Henri VI, fît porter devant lui Tépée royale, comme régent du royaume. Les seigneurs bourguignons et les magistrats vendus à l'étranger s'en réjouirent, mais le peuple murmura.
Cependant la plus grande partie du royaume était conquise ; la capitale reconnaissait un roi anglais; les actes publics et la justice étaient rendus au nom de Henri VI. Un parlement sanctionnait toutes ces hontes , et le roi légitime , le successeur de Philippe- Auguste et de saint Louis, déclaré traître et rebelle, errait dans les provinces, mendiant quelques sympathies pour sa couronne proscrite. C'était un faible jeune homme âgé de dix-neuf ans, livré aux plaisirs, dépourvu d'expérience, et incapable de triompher par lui-même de tant d^obstacles.
Nous renonçons à dire les calamités que trente ans de guerres civiles ou d'invasions étrangères avaient accumulées sur la France septentrionale. Les villages avaient été incendiés, les fermes dévastées, les maisons détruites. Des
34^ HISTOIM DE PAEIS, (W5-UI^
bandes de brigands féroces se répandaient dans les campagnes et y commettaient mille horreurs. Les populations entières, chassées au hasard, ne demandaient des ressources qu'à la mendicité, à la débauche et au crime. D'un autre côté la guerre continuait avec un acharnement sans égal. Chaque ville assiégée par les Anglais n'ouvrait ses portes qu'après une résistance longue, désespérée, souvent héroïque. Pour prix de tant de courage les vaincus étaient quelquefois traités comme rebelles et livrés au ^supplice au nom de. Henri YI, encore au berceau. Les généreux citoyens[qui conspiraient à Paris pour le rétablissement du roi capétien étaient cousus dans des sacs et' jetés à la $eine. Paris demeura pendant seize ans^ sous le joug des *Ân* glais, tandis que Charles YII, avec l'aide de Dieu etde quelques Français fid^es, çh^chaità reconquérir pièce à piède son r<^aume. Le duc de Bedford n'épargnait aucun soin pour comprimer le peuple de Paris, au besoin potu^hii faire accepter sans trop de murmures la domination étrangère. Peu de mois après l'avénepient de .Henri VI le rangent anglais convoqua au Parlement les présidents et lés conseillers de la cour, l'évêque de Paris^ les maîtres des requêtes de l'hôtel, les maîtres des comptes, le recteur et les députés de l'Université, les chefs et les députéa des char pitres, des monastères et des collèges, les deux prévôts, les échevins, les avocats et les procureurs du Parlement*et du Chatelet, les quarteniers, cinqu^t^ers^ dizàiniers et autres notables, et leur fit jurer l'observation du torité déplorable qui soumettait la France à la dpastie de Lancastre. Non content d'avoir pris ses précautions contre l'élite de la population et des magistrats ^ i^ ^ig^a^ au mois de février i423, un nouveau serment de Ûbour-
geoisie et des classes ouvrières. Tandb qu'il inaugurait ainsi Tautorité de Henri VI, les armées anglaises continûment à désoler le royaume, et les environs de Paris étaient particulièrement en proie à l'incendie et au pillage.
Le 8 septembre 14^4 '^ ^^c de Bedford voulut faire Tune ^trée solennelle à Paris avec la sœur du duc de Bourgogne qu'il venait d'épouser. La municipalité et le clergé des églises se rendirent au-devant d'eux jusqu'à la Chapelle Saint-DeniS| vêtus de vermeil et chantant le Te Deum. Toutes les rues étaient ornées et décorées, et l'on y représenta des mystères et des jeux. Le duc se rendit ensuite à Notre-Dame, ou il Jïit r^çu comme si c'eût été Dieu. « Bref, ajoute le Joui^nal dun Bourgeois de Paris ^ on ne fitoncques plus d'honneur faire quand les Romains faisoient leur triomphe qu'on lui fit en cette journée et à sa femme, qui alloit toujours avec lui, quelque part qu'il allast{i). » I^même année, le 21 avril, jour du vendredi saint,, il était venu loger au Palais (a), et avait montré, suivant l'usage, la sainte croix au peuple, prérogative qui n'appartenait qu'au roi de France.
Paris, gouverné par les Anglais, devait encore souffrir beaucoup de misères avant d'abjurer ses passions bourguignonnes et çes.entramementsanarchiques. Le régent cherchait d'ailleurs à amuser les bourgeois et le menu peuple par des divertissements dont le détail révèle lés penchants
(1) Journal éTun Bourgeois de Paris sous Charles VII. GoUecticm de WL Mîcbaud et Pc^o^oulat, i*^** série, t. III, p. 243.
(a) »Lorsc{ue le duc de Bedford. n'habitait pas Fhôtel des TourDelles, sa résidence ordinaire, il logeait à l'hôtel de la Rivière, ainsi nommé de Bu* reaa de la Rivière, qai possédait deux maisons, rue de Paradis et rue du Chaume; Tune était appelée \ hôtel de la Grande -Rivière et l'autre Vhétel de la Peiiie-Ri^ière, » Félibien, t. II, p. 806.
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grossièrement naïfs de nos pères. On représenta , pendant plusieurs mois, au cimetière des Innocents , le singulier spectacle connu sous le nom de Danse macabre. Quelque temps après, le dernier dimanche d'août 1425^ dans Thotel d'Armagnac, on enferma, en champ clos, quatre aveugles couverts chacun d'une armure et munis de gros bâtons; un fort pourcel^ renfermé avec eux, devait être le prix de celui d'entre eux qui parviendrait à tuer cet animal. Les aveugles frappaient au hasard , et le plus souvent, au lieu d'assommer le pourcelj se blessaient assez grièvement, à la grande joie de la populace, ce S'ils eussent été armés pour vrai ils se fussent tués l'un l'autre. » La veille de cette bataille si estrange « les aveugles avoient esté conduits dans les rues de Paris, couverts de leurs armures et précédés d'un homme qui jouoit du bedon (tambour). Le 1^^ septembre delà même année, dans la rue auxOurs, en face de la rue Quincampoix, on planta un mât qui avoit trente-six pieds de haut. Â la cime estoit placé un panier contenant une oie grasse et six blancs de monnoie (deux soux six deniers). On oignit le mât et on promit à celui qui monteroit jusqu'au haut le mât le panier et ce qu'il contenoit. Pendant le cours de la journée on essaya, à diverses reprises, de grimper jusqu'au bout du mât ; mais nul ne put y atteindre. Les directeurs de cenoui^el esbattentent donnèrent seulement l'oie à un jeune varlet qui estoit monté le plus haut (i). » ^
Ces spectacles, qui charmaient la foule par moments, n'avaient pas la puissance de faire oublier aux Parisiens la longue série des calamités qui pesaient sur eux. La popu-
(i) Journal (Tun Bourgeois de Paris, p. a45.
latîon gémissait d'ailleurs sous le fardeau des taxes de guerre et subissait des exactions de toute nature. « Pour surcroît d'infortune , la Seine crut tellem^t au mois de juin 1427 que rîle de Notre-Dame fut inondée; l'eau montoit aux environs de l'église Saint-Paul jusqu'au premier étage des maisons, et quelques jours après elle couvrit tout entière la croix de la Grève. On fit une procession solennelle à Saint-Germain TAuxerrois. L'année suivante, nouvelle inondation et nouvelle procession. L'eau, quiétoit plus haute de deux pieds que l'année précédente, envahit jusqu'à la rue delà Vannerie. Quelques jours après, le 1 1 juin, les habitants de Villejuif et de quelques autres villages des environs se rendirent en procession à Notre- Dame pour implorer du Gel la fin de tous leurs maux (i). » Mais leur délivrance devait encore se faire attendre.
Un concile provincial fut convoqué à Paris et se tint au collège Saint-Bernard 5 cette assemblée chercha à rétablir un peu de discipline dans le clergé et à réprimer les abus scandaleux qui affligeaient les fidèles. Elle fit a défense de s'occuper d'aucune œuvre servile les dimanches et fêtes, et nommément aux maréchaux et aux barbiers d'exercer leur métier. » Tandis que les prélats voulaiait établir la réforme dans le clergé , un Cordelier, nommé frère Richard j qui arrivait, disait-il, de Jérusalem, venait prêcher au peuple. Il se fit construire dans l'église des Innocents un échafaud de huit à neuf pieds de haut, du Haut duquel il prêcha tous les jours, pendant le mois d'avril, depuis cinq heures du matin jusqu'après dix heures. Son auditoire se composait toujours de cinq à six mille per-
li) Fèlihien^ t. H, p. 808.
346 HlSTOiaS DE PARIS* (UIH»!
ftinnes» Au retour, d'jun sermon quHl prononça à Notre- JDame de JBoulogiiie: il s'alluma dans Paris plus de cent feux ^ans les^iMds les hommesjetèrent lesdez^ les cartes, les boules et autres. jeux ;. les femmes, animées du: même aèle, brûlèrent les €M;iiements de leurs coiffures, «jue Foii nommait bourreaux et truffejs^ et les pièces de cuir ou de baleine qu'elles. ;pprtaiertf à, leurs, chaperons. Elles jqoittètentl^urs cornes {hennins en J^Iandre) , raccourcii^nt les qumies de leurs robes, et renoncèrent pour quelque temps aux vains, ornements Je la toilettte. Le prédicateur réussit également ^ faire brûler, pinceurs* manài^ gddres, numdragoresoM mair^ deglmre que:cert^nesgeQs •coQ6ervaieitf.,{>9?écieusemnnt dans > de^ linges ou des ^chets.desoiet et qui, suivant i'qpinioi^ populaire, eoip chaient l^urs. possesseurs de tpixiber dans la. détresse; Frère Bichard dç)vai( prononcer, son dernier. sermon^ un dimanche, à Montmartre. Dès le samedi soir une multitude immense se dirigea vers l!endroit désigné et coucba.dans . lés chainps en attendait le célèbre prédicateur ; mais celui- . ci ne put venir, et il sortit de Paris , prêchant dans les villes et viUages ep faveur, de son ^ouverai^ légitime. Dès qu'i) lut parti les Fari^eps publièrent ses conseils et leur .proprf enthousiasme ; jes femmes reprirent les bourreaux et les trujfe$j les longues queues,, les cornes; onjçtaies médailles d'étain surlesfpielles était gravtéJenpm 4e Jésus, et l'on y substitua, la croix de saint André (i).. .
. Vers le même temps une ordonnance promulguée au nom. de Henri YI par le duc de Bedford transféra à Paris lachand>re des comptes que Henri Y axait établie à (^i
(OFélibîen, ^ûr» <fe /»arî#, t. n, p. Su»
(lUI^fU^ LIVUB n. CHÀI^ITM iv« 347
brsqu'il n'était point eoçore maître de fat capitale 4u royaume. Ce n'était point aasez pour rendit à Paris. uH peu de s{den<itenr) cette TÎlle se ^li^^plait d^upe «oUiîèrê effrayante, et viogt^quatre mille méSscHia , 4u téoioigiiftgè des chroniques conteQipdraiiiès,; étaient alors désertes et abandolmées de letirs habitants;
Le rége»t Bedford était un capitaine' expérimenté •et ua feabile politique ; chaque jour il étendait la domiuationanr glaise dans le Nord^ étoufïant l'une iaprès l'autre ^ par U fcrce, touties^les ré^staoees . Yainemeat Charl0$ YSl voul«t«41 s'opposer à ses prc^rès ; ses troupes fidèles^ auxifueUes^ne armée écossaise -était venue ise joindre, furent ^battues à Grevant en Boui^ogne ( 1 4^3 ). et r^n»ée ayante h Yer* neuil(r4a4)* Cette dernière dâ^aite fut trè^-désti^trense; les meilleures troupes du roi y périment. Le Mans^. Mayenne, et plusieurs autres places <^i jusqu'alors ^avaient tenu pour sa cause ^ tombèrent ai| pouvtlir deâ armées .de Henri YI^. Cept^ndant Charles YÏÏ) plcmgé dai^ la nv)lles6e, ^semblait se résigner a la ehute de là France , pourvu que ses plaisirs ne fussent pas trôiiblés. Obligé ^^ha^ue jour de ife retirer devant l'armée anglaise, il mst^mgeaic ^'à inventer de9 fêtes. Un, jour ^qu'il constiltait La Hire sur le |ft*ojet d'un nouveau divertissement, ce loyal militaire lui rendit : « Je pense qu'on ne peut perdre plus gaieto^at son royaume. y> Déjà les ennemis^ enx^menaes l'appelaient par dérision, le roi de Bourges. Bedford>s.voyant que pour soumettre à. l'Anglais ks débris de. la France il n'y avait plus qu'un coup à frapper, envahitsubîtement la Bretagne, soumit le Maine pu* ses Ueutenai^ts^ et ^jgea uneairmée sur Orléans pour en fa{re lejsJége^ Presséde toutes pails , le roi Charles VII i^eait déjà à ae pfipliw derrière l'An-
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V€rgne et à chercher un refuge au delà du fthône et de Tfsère; mais les représentations de la reine Marie d'Anjou le déterminèrent à différer cette résolution fatale. Or Dieu, qui veille sur elle pour qu'elle serve d'instrument à ses volontés, et qui semble l'avoir élue entre toutes les nations pour lui faire porter les plus lourdes croix et les plus éclatantes couronnes, Dieu ne voulut pas que la France descendît au tombeau où dorment déjà tant d'empires. H ia trouva assez humiliée, assez couchée à terre, et jugea, dans sa miséricorde et dans sa sagesse, que le moment était venu de faire éclater pour elle la grandeur de ses desseins. La France ne pouvait être sauvée que par un miracle : le miracle fut accompli. Pour le rendre plus manifeste Dieu suscita un faible instrument, une femme : nous avons nommé Jeanne d'Arc.
Nous n'entrerons point ici dans le détail des actes et des victoires qui signalèrent la mission de cette héroïne populaire; ces événements appartiennent aux annales générales de la France et non à l'histoire restreinte de Paris. Quand elle eut délivré Orléans et fait sacrer Charles Vil à Reims, la Pucelle voulait qu'on marchât droit à Paris, afin d'attaquer cette ville avant que les Anglais fussent revenus de la profonde stupeur où les avaient plongés les exploits de l'amazone. Mais on perdit, à conquérir quelques villes, un temps que Bedford mit à profit; la capitale fot pourvue d'une forte garnison. Cependant la Pucelle, avec un corps d'armée d'environ douze mille horn* mes, arriva sous les murs de Paris le 8 septembre i4^ et l'attaqua. Nous copions ici le Journal dun Bourgeois de Paris sous le règne de Charles VII : « I>» troupes royales commencèrent à assaillir entre la porte
(UtS-SUS) LIVRE IX. CSÀIPIXBB IV. 349^
Saint-Honoré et la porte Saint-Denis; et fitf; Tassant très-cruel. Et en assaillant disoient mouU de vilaines paroles à ceux de Paris; et là estoit leur Pucelle avec son estendard sur les conclos du fossé, qui dîsoit à ceux: de Paris : Rendez-vous^ de par Jésus j à nous tost; catr se ne vous rendez avant quCl, soit la nuit, nous y e/i-* trerons par force , veuillez ou non^ et vous serez mis à mort sans merci» — Voire, dit un, paillarde^ ri" boude; et trait de son arbalète droit à elle et lui perce la jambe tout outre , et elle de s'enfuir (i). Un autre perça le pied tout outre à celui qui portoit son estendard. Quand il se sentit navré il leva sa visière pour voir à oster le vireton de son pied ; un autre lui trait et le single eatre les deux yeux^ et le navre à mort, dont la Pu«» celle et le duc d'Alençon jurèrent depuis que mieux ils aimassent avoir perdu quarante des meilleurs hommes d'armes de leur compagnie. »
D'après la chronique en versde Martial d'Auvergne (2), Oû voit qu'avant l'attaque de Paris le roi s'était avancé jusqu'à Saint-Denis. Son armée vint ensuite camper à la Chapelle, où il y eut une vive escarmouche, puis à Mousr seaux. Enfin elle s'embusqua derrière une petite montagne, voisine du marché aux Pourceaux, et que Ton croit être la butte Saint-Roch.
« Cependant, dit le Bourgeois de Paris^ l'assaut contiûuoit avec un grand courage de part et d'autre, et jus- Ci) Jeanne ne s^enfiiît pas; elle tomba sur le revers du fossé; elle fut laissée plus d'une heure sans secours.
(9) D'un costé et d'autre canons
Bt conleyrines ruoient»
Et ne Toyoit-on qu'empanons De lléchef qui en l'air tiraient.
35a .'fii»foitB oB»àHts.' (liis^nsQ
qu'à quaire hemw 4e Taprès-miili on ne dftToit de quel costë serob rarftBftage; nuiis uu -peu après quatre heures cêxbl de 'Varis prirent eoèur en euXj eH tellement makr«itèreat*leBfa88iëgeaiitJ» de'i^anonset d'autres Indts qu'il .leur fallut i^ulér et se sauver] au ^^us irite ; car les Farisîefis a^voiéfit de grauds canons qui tiroient de k porté Saint-Denis jusque par' delà Saint-^Lazaï^ largement. Les assaillants ^poi; vantés furent ainsi mis en déroute; ma» pecsomie n^ sortit de Paris pour les poursuivre, de peur de leurs embusches. En s'en allant ils mirent le feu à la Grangenies-MàlburiHS, près des Porclierons ^ et, comme fiiisoient jadis les païens, ils jetèrent dans ce feu moidt de leurs gens qui étoient morts à l'assaut et qu'ils avoient emportés sur leurs chevaux. Et* ils maudissoient leur Pucelle, qui leur aVoit promis que sans nulle faute ilsprendroÎMt Baf4s p&ir férce, qu'elle y coucherait cette niiît ainsi qu'eux tous, et qu'ils passeroient à Tépée ou brusleroient jjaiis leurs Àfiai^ns tous ceux qui feroient résistance. Mais Dieu, quihiedala grande entremise d'CXopherne par lÀie femoie nofniAée Jivdith, ordonna, dans sa miséricorde, autrement qu'iU nepeûsoient. Le lendemain ils vinrent, -par saùf-conduit, chercher leurs morts, et le héraut qm
AdODcqnes Jehanne 1« f iwtUe Se mit ^oft rarrière-fossé, .
Oà fit de besogne menrefîle D'uiicoiirw en ardflBf 4rCM^ Un Tlreton qœron tira . La Tintàlajambeafsener; Éi ai point n'ien dëâèmpaira* ' Ne ne s'en Toolot oncqnÀ tourner.
Boys, huit, fàgott foifloit^etfer Bt ce qu'eatoit poMibl^ aîi êBfàiÂdé Ponr aider «ries mnrs monter ; liiia reta eMolt trop profonde, etc.
HOM'U») UVR£ ne. CHAPFTRB IV. SSl
vint avec etJnt affiiW- pàfr sermèntim eapâtaiiié éb Parts ^'ils avoient tw au moins quinze cents hommes hors de combat, dont cinq 'Cents tués Ott blessés à mort... Il né pouvoit, en effet, leur advenir que malheur, d'avoir voulu fidre une telle occisron le jour de la sainte Nativité Notre* Dame (t), ».
Siiivaiit d^antres chroniqueurs, le bbulevard extérieur situé aux abords de fat porte Samt«^Honoré (iai) fut d'abord emporté par tes troupes que commandaient rhéroïne et ie duc d'Alençon. Jeanne voulut passer outre et as«- «aillir le rempart ; mais e//e nt estait pas informée de la grande eatie qui est oit es fossés ; et il jr en auoit aucuns qui le sçapoient et qui eussent bien voulu par ennequUl luiarriî^ast malheur. Jeanne faillit se noyer dans les fos*> ses; une hfnce à la main, elle monta sur la contrescarpe pour sonder Teau; ce fiit alors qu'un trait d'arbalète lui perça la jambe et qu'elle vit tùei' à coté d'elle son porteétendard. «-Ce nonobstant eHè ne voùloit partir flè ce lieu ; ODuebéè sur Ife bbrd du fossé, elle céntirïuoit d'exciter l'ardeur delà àssailiànts, et faisoit toute diligence de faire apporter et jeter des fagots ^t du bois dans le fossé, espérant pouvoir pa^r jusqu'au mur; înais la chose n^estoit-pas péssible, Vu la grande eà'ueqm y estoit. li'Ëlle resta là jus^'au s6ir; Ij -assaut avait (hiré six heures « sans que on sceust qui èust le-'hieilléùr. i' Iln'y avait nul espoiir dfe passer ce fossé profond ; aucdiî 'nlôuVement ne se faisait
(i) tA dinm^ué (i/bû/7iâi tPuriÉotergetns été PartsYiim i^erme ces 4Mk €tl iBssez hotiakikSesnm'à^Arci <m voit qoescMi anieiir appurtei^t à, Miction JMiu^^otnie» . ' ' .
(a) Cette jporte était^située au lieu ou la rue Fontaipe-Molîère se joûat à h rue Saint-IToooré.
35^1 . HISTOIRE PB PARIS. CUlS-ltat)
remarquer dans la ville. Le sire de la Trëmouille ordonna de se replier sur Saint-Denis et le duc d'Âlençon réussit à grand'peine à déterminer Jeanne à suivre ce mouvement. A la fin elle se retira avec le reste des chefs, qui « estaient tellem^ent percés de cauooset aultres traits qu'il leur convint, par force et pour ce qu'il estoit nuict, vt' culer et laisser leur assault. » Ainsi la délivrance de Paris fut retardée pour de longues années encore.
Le parti national, en minorité dans cette ville, ne laissa pas de s'agiter pour en finir avec la domination anglaise. Deux conspirations éclatèrent durant l'hiver en vue de livrer Paris aux lieutenants de Charles VIL Trahis et découverts, les généreux conjurés expièrent leur projet dans la torture et dans les supplices. Deux procureurs au Châtelet, un tailleur et un boulanger furent décapités aux grandes halles; le même jour, qui était le dimanche de « Pasques fleuries, » Jelian de la Chapelle et Jehan le François furent écartelés par sentence du Parlement, venidu aux Anglais ; mais, s'il faut en croire une patriotique légende, la terre se couvrit de roses blanches et parut honorer les restes de ces deux victimes.
La guerre continua, et la Pucelle, tombée au pouvoir des Anglais, fut conduite à Rouen, jugée comnie sorcière, condamnée et brûlée vive sur la place du Grand-Marché. Charles YII n'osa rien entreprendre pour la préserver du supplice ni pour venger sa mort.
Le régent et le duc de Bourgogne étaient rentrés dam Paris l'un après l'autre et en grande pompe. L'opinion publique commençait à se montrer fort hostile à la domination étrangère . Le duc de Bedford résolut de faire venir Henri VI en France, et il ne négligea rien pour rendre
magnifique l'entrée du jeune roi dans la capitale. Le 28 ami, à la nouvelle de son arrivée à Calais, le chancelier et les gens du conseil allèrent à Noire-Dame faire chanter un Te Deum. Le soir il y eut des feux de joie, et le lendemain des processions. Le Parlement décida qu'il irait en robes d'écarlate au-devant du roi, que les conseillers-clercs prendraient des robes violettes, et que, vu l'absence de plusieurs officiers delà cour, le cortège serait augmenté des avocats en longues robes et en chaperons, et des procureurs en robe qui auraient des chevaux. Arrivé à Saint-Denis le j 5 décembre 1 43 1 , il y passa la nuit ; le lendemain, 1 6 décembre, dès neuf heures du matin, il continua sa route. « Et alors, disent les chroniques contemporaines, vinrent à l'encontre de lui jusques à la Chapelle d'entre Paris et Saint- Denis, messire Simon Morier, prévost de Paris, pour lui faire révérence et honneur, et plusieurs autres, tous vestus de satin vermeil et chaperons de bleu, avec lesquels estoient grand nombre des plus notables bourgeois de la ville de Paris, vestus et affublés de vermeil. Et après qu'ils eurent fait la révérence, vinrent au-devant dudit roy les neuf preux à cheval, chacun armé des armes à lui appartenant.
« Et après vinrent le chevalier du guet, le prévost des marchands, avecqueeuxles officiers de la cour, tous vestus de pers et chaperons vermeils. Et un petit après en suivant vint maistre Philippe de Morvillier, premier président, en habit royal, et tous les seigneurs du Parlement, vestus de longs habits de vermeil.
a Et après suivoient les seigneurs de la chambre des comptes, les gens des finances, les malstres des requestes et les secrétaires, et avoient robes vermeilles. Et ainsi, comme ilsvenoîent l'un après l'autre, chacun selon son état, ils
DIST. DE PilRIS. — T. II. 23
354 HISTOIRE DE PARIS. (WS-ttSô)
faisoient au roy la révérence, et aux seigneurs étant avecque lui ; et quant est du commun il y en avoit sans nombre.
a Et quand le roy vint à l'entrée de la porte Saint-Denis, les armes de la ville y estoient si grandes qu'en la nef d'icelles armes y avoit six hommes, l'un en guise d'un évesque ; le second, l'Université ; le tiers, les bourgeois , etles trois autres estoient comme sergents. Â l'entrée de ladite porte présentèrent au roy trois cœurs vermeils, dont au premier avoit deux colombes, et au second de petits oiselets qu'ils laissèrent voler par-dessus le chef du roi ; et le tiers cœur estoit plein de violettes et autres fleurs qu'ils jetèrent sur les seigneurs. Et là tantost le prévostdes marchands et lesdits échevins apportèrent un ciel d'azur semé de fleurs de lys d'or, et le mirent et portèrent tout parmi la ville par-dessus le roy. Si avoit au poncelet Saint-Denis un échafaud sur lequel estoit comme une manière de bois, où estoient trois hommes sauvages et une femme, qui ne cessèrent de combattre l'un contre l'autre . tant que le roy et les seigneurs fussent passés. Et avoit dessous ledit échafaud une fontaine jetant hypocras, et trois seraines dedans, et estoit ledit hypocras abandonné à chacun. Et depuis le poncelet, en tirant vers la seconde^ porte de la rue Saint-Denis, avoit personnages, sans parler delà nativité Notre-Dame, de son mariage et de l'adoration des trois Roys, des Innocents et du bon homme qui semoit son blé; et furent ces personnages très-bien joues. Et sur la porte Saint-Denis fut jouée la légende saint Denis, qui fut volontiers vue des Ânglois.
<f En outre, devant les Innocents avoit une manière de forest en la rue, dedans laquelle avoit un cerf vif. Et quand le roy passa devant en fit courre ledit cerf et des chiens
et veneurs. Après fut grand'pièce chassé à force, et se vînt rendre emprès les pieds du cheval du roy, lequel roi lui fit sauver la vie.
(( Et à rentrée de la porte du Châtelet avoit encore un échafaud sur lequel avoit en personnage un petit enfant, en semblance de roy, vêtu de fleurs de lys, deux couronnes sur son chef; et à costédextre estoit en son personnage le duc de Bourgogne, et le comte de Nevers, qui lui présentoient Técu de France, et au costé senestre le duc de Bedford, son oncle, et les comtes de Warwick et de Salsebery , qui lui présentoient Vécu. d'Angleterre. Et estoient tous vestus, par personnages, des cottes d'armes des dessusdits seigneurs. Et de là s'en alla au Palais, où lui furent montrées les saintes reliques, et à ceux qui estoient avecque lui ; et puis fiit mené en Thostel des Tournelles pour prendre son repas. Et quand il eut disné il alla voir la reine, sa grand'mère, à l'hostel de Saint-Pol. Et le lendemain fut mené au bois de Yincennes, où il fut jusques au quinzième jour du mois de décembre, qu'il retourna au Palais. Et le dix-septième jour d'icelui mois se partit de là atout grand seigneurie tant de gens d'église comme séculiers, et s'en vint en l'église Notre-Dame de Paris, pour estre sacré. Auquel lieu de Notre-Dame de Paris avoit en la nef un grand échafaud de bois de quatre-vingts pieds de longs, et haut jusques au crucifix. Si montoit-on dedans icelui par la nef, et descendoit-on par autre lieu par le chœur. Et fut ledit roy sacré par le cardinal de Vincestre (Winchester).
a Et après que le messe fut finie le roy retourna au Palais, et se sit, etdisna à la table de marbre, environ le milieu d'icelle. Et, au costé delà chambre de Parlement, à
356 HISTOIRE DE PARIS. (lW5-lMd)
table, ledit cardinal de Vincestre , et raaistre Pierre Cauchon, évesque de Beau vais, et maistre JeandeMailly, évesquedeNoyon, comme pairs de France, étoienten suivant. Et, à l'autre costë, les comtes d'Estanfort, de Mortains et de Salsebery,
« Auquel disner furent présen tés quatre entremets devant la table ; c'est à savoir le premier d'une image de Notre- Dame, et un petit roy couronné emprès ; le second fut une fleur de lys couronnée d'or, tenue de deux anges ; le tiers, une dame et un paon, et le quart, une dame et un cygne.
« Et pareillement y fut joué de plusieurs instruments de musique. Et le lendemain en suivant furent faites de moult belles joustes en Thostel de Saint-Pol ; desquelles joustes emportèrent le cri et eurent la voix des dames le comte d'Arondel, et messire Jean, bastard de Saint-Pol, comme les mieux joustants. Et après , le dessusdit roy séjourna en ladite ville de Paris aucuns jours ; et puis, peu de temps après, s'en retourna en la ville de Rouen (i). »
Les chroniques anglo-bourguignonnes qui décrivent ces cérémonies officielles omettent de dire qu'elles furent vues avec un amer déplaisir par la bourgeoisie parisienne, déjà lasse du joug des Anglais. Cette population railleuse, et ordinairement malveillante pour le pouvoir, commençait à remarquer, mais tout bas, que, lorsqu'un riche orfèvre mariait sa fille, il faisait les choses mieux que les ministres du roi Henri VI. On n'avait distribué aucune aumône aux malades de l'Hôtel-Dieu , on n'avait mis en liberté aucun prisonnier, et , ce qui ne s'était fait à aucun avènement de souverain , on n'aviat diminué aucune des
(1) Monstrelet, t. VI.
(M15.1M6) LIVRE IX. CHAPITRE IV. SSy
taxes assez lourdes qui étaient prélevées aux barrières sur lesdenréesalimentairesde première nécessité. Il n'étaitbruit que de la pénurie du trésor anglais , et les officiers royaux, les gens de justice eux-mêmes, n'obtenaient plus le payement de leurs gages. Le conseil du jeune Henri Y I parut s'émouvoir de ces plaintes; il accorda des exemptions et des privilèges d'abord à l'Université de Paris , puis h, la ville elle-même, dont il affecta de louer l'antique fidélité. Malgré ces témoignages d'une faveur hypocrite ou cauteleuse la population parisienne continua d'endurer des privations et des souffrances de toute nature, et la détresse publique s'accrut chaque jour à ce point qu'il fallut , par ordonnance royale, régler la façon de mettre en vente les maisons inhabitées, afin qu'elles ne vinssent pas aux mains des genis qui voulaient lentement les démolir, pour, vendre les bois et les châssis des fenêtres. Le 21 décembre le nouveau roi vint au Parlement avec un nombreux cortège. Outre les serments habituels on en fit un spécial dont voici la forme . : a Vous jurez et promettez que à nostre souverain seigneur Henri , par la grâce de Dieu roy de France et d'Angleterre, ci-présent, vous obéirez diligemment et loyalement, et serez des loyaux officiers et vrais sujets, et de ses hoirs perpétuelle ment, comme vrayroy de France, et que jamais à nul autre pour roy de France n'obéirez ou favoriserez. Item , que vous ne serez en aide , conseil ou consentement que nostredit souverain seigneur, ne ses hoirs, roys de France et d'Angleterre , perdent la vie ou membre, ou soient pris de mauvaise prise, ou qu'ils souffrent dommage ou diminution en leurs personnes , de leurs estats, seigneuries ou biens quelconques; mais, si vous saviez ou connoissiez aucune chose estre faite, pour-