‹ Histoire de Paris depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours (volume 4)Chapitre 54 sur 82 · HISTOIRE DE PARIS. (138)-U · texte numérisé non relu

HISTOIRE DE PARIS. (138)-U

et celui du maréchal de Rantzau. Supprimé en 1790 ce couvent a ét^ remplacé par des bâtiments destinés à des travaux industriels et par un chemin qui adoucit la pente de la colline dite des Bons-Hommes.

L'architecture civile , à cette époque, signalait ses progrès en bâtissant des châteaux forts et des hôtels féodaux dont les débris font encore aujourd'hui l'admiration des artistes. Aux portes de Paris, et bien avant le règne de Charles VI, on avait construit une résidence princière dont le souvenir doit être ici mentionné et sur les ruines de laquelle s'élève maintenant une prison réservée aux fous; nous voulons parler de Bicétre.

Dès le treizième siècle le terrain sur lequel avait été bâti ce château s'appelait la Grange-aux-Queux. Quelques auteurs assurent, on ne sait trop pourquoi, que sur ce même emplacement existait jadis la demeure de Pépin le Bref, père de Charlemagne.

Sous Philippe le Bel, Jean, évêque de Winchester, y avait fait construire une maison que le peuple nomma château de Winchestrey puis , par corruption , Bichestre et enfin Bicêtre. Cette habitation seigneuriale est mentionnée sous ce dernier nom dans les comptes de la prévôté de Paris, en 14^3. Depuis longtemps elle avait été ruinée et presque détruite durant les guerres civiles qui désolèrent la France sous Charles VI. Jean de France, duc de Berri, l'acquit d'Âmédée VIII, comte de Savoie, et fit réédifier le château. Comme le sol dépendait de la seigneurie de Gentilly, l'évêque de Paris, en sa qualité de seigneur, s'opposa à ce que le duc y fit des fossés et des ponts-levis , déclarant que ce terrain était roturier et dans la juridiction épiscopale.

A r intérieur, ce château, embelli par le duc de Berri, était remarquable par sa magnificence ; un historien con. temporain. Le Laboureur, met à portée d'en juger. Après avoir dit que la faction bourguignonne , dirigée par I^* gois, Thibert et Saint-Yon, bouchers, assiégea , en i4i i> ce château, il ajoute que les factieux s'en emparèrent, brûlèrent, pillèrent, détruisirent de fond en comble ce bel édifice , dont il ne resta d'entier que deux petites chambres enrichies d'un parfaitement bel oui^rage à la mosaïque. « Les gens d'honneur furent d'autant plus offensés de cette insolence que la perte en fut irréparable , surtout celle des peintures exquises de la grande salle.... On y voyait les portraits originaux de Clément VII et des cardinaux de son collège, les tableaux

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des rois et princes de France, ceux des empereurs d'Orient et d'Occident. »

Quelque temps auparavant les ducs d'Oriéam et de Berri , ligués contre le duc de Bourgogne , s'étaient renfermés dans le château de Bicêtre avec trois ou quatre mille gentilshommes et six mille chevaux, pour s'opposer à la marche des Bourguignons sur Paris ; mais, le duc de Bourgogne s'étant présenté avec des forces supérieures, il s'ensuivit, comme on l'a vu plus haut , un traité dit de IVinchester^ que Ton appela la trahison de ff^in^ chesler^ parce que ce traité ne dura qu'un moment. Ce traité porte la date du 2 novembre i4oo.

On trouve dans le recueil des ordonnances des rois de France (tomes VIII et IX) que Charles VI signa des lettres datées de Bicétre en 1 38 1 et i4o9«

Au mois de juin i4i6 le duc de Berri donna ce châteauy dans l'état où l'avaient laissé les bouchers alliés du duc de Bourgogne , au chapitre de Notre-Dame, avec quelques dépendances, en échange d'une promesse de quelques obits^et de deux processions estimées huit vingts livres parisis de rente. Il y mit en outre cette condition positive « que les chanoines contînueroient à porter le chef de Saint-Philippe , qu'il leur avoit donné , comme ils avoient fait jusqu'à présent, en procession^ le premier jour de mai, tous en chapes de soie, tenant en main un rameau de bois vert , et l'église semée d'herbe verte ; et de même le jour de la Toussaint ^ le saint tableau des reliques , sans rameaux cependant et sans herbe. » Cette donation fut confirmée par Oiarles VIT en il^ij et par Louis XI en i464) à condition que le roi en pourrait faire reprise quand il lui plairait.

Le chapitre de Notre-Dame ne fit faire aucune réparation au château de Bicétre« Quarante-cinq ans plus tard , ce qui restait des bâtiments était devenu un repaire de voleurs, sur lesquels on le prit en iSig.

En i632 Louis XIII, ou plutôt Richelieu, acquit cette propriété, fit raser jusqu'aux fondements les bâtiments encore debout, et les remplaça par des constructions destinées à servir de refuge aux soldats invalides. Il y eut à cette occasion, en i633, un édit portant établissement d'une communauté en forme d'ordre de chevalerie, du titre de Saint-Louis, pour l'entretien de ces soldats, avec règlement d'une levée pour les frais du nouvel édifice. Il était déjà assez avancé en i634 P<>ur que Jean-François deGondi, archevêque de Paris, permît, le a4 août , d'y célébrer l'office. Une chapelle y fut élevée sous l'invocation de saint JeaurBaptiste ; elle fut remplacée, vers 1670, par une église, sous le même nom. .

Saint Vincent de Paul obtint de la reine Anne d'Autriche, en 1648, une partie de Bicêtre pour servir d'asile aux enfants trouvés.. Ces enfants y restèrent peu de temps, l'air vif qu'on y respire étant nuisible à leur santé.

Mentionnons maintaiant la fondation de divers collèges et l'institution de plusieurs corporations ou confréries civiles.

Vers le commencement du règne de Charles VJ existait à Paris un modeste collège , fondé pour des écoliers basbretons, et qu'on appelait du singulier nom de Tlwu Rou du Tou^ en latin Tulleio ou Tullo. Il était situé près de Saint-Hilaire, dans une petite rue qui n'est point nommée

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dans les actes publics, maisque Jaillot croit être la rue des Sept^Toies. C'est tout ce que Ton sait de ce collège^ dont lexistence fut courte et obscure.

Dans la même rue des Sept-Yoies , et sous le même règne, existait un autre collège moins inconnu ; on en devait la fondation à un legs de Pierre Fortet, d'Aurillac, chanoine de Paris. D'après les dispositions testamentaires du bienfaiteur ce collège comprenait un principal et huit boursiers. Quatre de ces derniers devaient appartenir au diocèse de Saint-Flour, les quatre autres au diocèse de Paris. Avec le temps, et grâce à des donations successives, on institua au collège de Fortei onze nouvelles bourses. Trois d'entre elles furent fondées en i556 par Jean Beauchesne^ grand- vicaire de Paris , en faveur des habitants du village de Courcelles , et deux autres , en 1 678 , par Nicolas Varin, principal de ce collège et depuis abbë de Brenne. Dès l'an 1 56o les bâtiments du collège de Fortet avaient été reconstruits ; on l'augmenta encore depuis , en y joignant l'hôtel des èvêques de Nevers et celui de Marli le Châtel. C'est dans le collège de Fortet que furent tenues les premières assemblées de la Ligue. La chapelle était sous l'invocation de saint Géraud, d'Aurillac.

Le collège de Reims ^ également situé rue des Sept- Voies, dut son origine à Guy de Roye, archevêque de Reims, qui en ordonna la fondation par un codicille de l'an 1 399(1). L'intention de ce prélat était d'y mettre, par préférence, des sujets nés dans les terres affectées à la mense archiépiscopale de Reims, dans sa terre de Roye ou dans celle

(i) Et non en i4i2) comme le prétendent Félibîen et Dulaure. Jean de Roye était mort en i4ia, ayant été taé à Yoltri, en 1409 lorsqu'il se rendait au concile de Pise.

de Murel. Cette dispositioa testamentaire^ contestée d'abord par ses héritiers , fut maintenue par une transaction qu'ils passèrent avec les écoliers de Reims, au bénéfice desquels la fondation avait été faite. Ces écoliers ^ alors étudiants à Paris, firent l'acquisition de V hôtel de Bourgogne^ au montSaint-Hilaire, qui leur fut vendu le 12 mai i4iâ par Philippe, comte deNevers et de Rethel. En i4i4 ^^ institua un maître particulier, un cliapelain et un procureur dans le nouveau collège ; mais les troubles qui agitèrent Paris quelques années après pensèrent l'anéantir. En i4i8 il fut pillé par les Anglais de la faction bourguignonne et presque détruit. Ses bâtiments demeurèrent déserts jusqu'en i443> époque où Charles VU le rétablit et y annexa le collège de Rhetel , qui tombait «en ruines.

Ce collège de Rhetel n'était ni voisin de celui de Reims, ni contigu , comme l'ont dit plusieurs annalistes ; il était situé dans la rue des Poirées. Gaultier de Launoi l'avait iostitué pour les écoliers du Rhetelois, et Jeanne de Rresle y avait fondé quatre bourses pour des écoliers de Porcien. Lors .de l'annexion, presque tout le revenu de ce collège était dissipé; il n'y avait même plus de boursiers.

Cette réunion soutint pendant quelque temps le collège de Reims, dont l'administration supérieure passa entre les mains de l'archevêque. Toutefois il tomba successivement dans un état si misérable qu'en 1699 il était à son tour sans boursiers, et qu'en 1720 il n'y restait que deux officiers. Le cardinal de Mailli, archevêque de Reims, entreprit de le rétablir, et cliargea de ce soin l'abbé Legendre, chanoine de Notre-Dame, qui dressa des statuts,

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