‹ Histoire de Paris depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours (volume 4)Chapitre 57 sur 82 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

Inoidentia — Détaâf oomplémenteîreia

Aux détails qui précèdent, et à ceux que nous avons donnés sur les institutions et les mceurs de Paris vers le déclin du quinzième siècle, nos lecteurs nous sauront gré, peut-être, d'ajouter ici la mention de quelques faits caractéristiques.

Henri de Livres occupa pendant les quatre premières années du règne de TjOuisXI la prévôté des marchands; après lui ce fut Michel de la Grange, maître de la chambre aux deniers du roi, qui fut élu. Louis XI se fit apporter à Montargis le résultat du scrutin , qu'il vérifia lui-même. Voici les paroles du registre officiel , à la date du samedi i6 avril 1 466 : <c Et les voix reçues par les IIIl scrutateurs, lesquels portèrent le scrutin , clos et scellé , par devers le roy, nostre sire, qui ainsi l'avoit ordonné et voulu avant ladicte élection, ledict seigneur, estant à la Mocte-Desgry, fit faire l'ouverture du scrutin, en présence des quatre scrutateurs et le procureur de la ville. »

Dès que le résultat du scrutin fut connu, Louis XI ordonna à son grand conseil de faire reconnaître pour prévôt des marchands sire Michel de la Grange.

Une grande peste désola encore une fois Paris (1467) et diminua de beaucoup le nombre de ses habitants. Louis XI, pour combler le vide qui s'était fait dans la population, et en cela d'accord avec le conseil de ville, rendit

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une ordoûnance portant que le droit de bourgeoisie serait accordé à quiconque viendrait s'établir à Paris, sans exiger qu'on remplît les formalités prescrites par les usages. Le droit de bourgeoisie fut même accordé à des gens qui avaient été condamnés pour divers délits qui n'avaient rien d'infamant. Cette mesure fut suivie d'heureux résultats, et le vide laissé dans la population de Paris fut bientôt rempli .

Dans le cours de son règne, Louis XI, ayant été en butte à une tentative d'empoisonnement de la part de son cuisinier, chargea le bureau de la ville de Paris de suivre son jugement. Ce fait pourrait paraître fort étrange et tout à fait insolite si on ne se rendait pas compte de ce qu'était encore, sous Louis XI, la juridiction du bureau de ville. Cependant il n'avait rien de contraire à la légalité du temps; car le bureau de ville, qui avait sous une nouvelle dénomination remplacé le Parloir aux Bourgeois, avait une juridiction criminelle.

Le procès-verbal d'une séance du conseil de ville ne laisse aucun doute à cet égard; il y est dit : a De toute ancienneté les prévosts des marchands et eschevins de la ville de Paris souUoient avoir la justice ordinaire , et cognoissoient par prévention avecq le prévost de Paris de toutes causes civiles, personnelles, possessoires, réelles ou mixtes, et pareillement de toutes causes criminelles. Toutefois lors n'y avoit aucun advocat du roy en ladicte prévosté , mais seulement le procureur du roy de la ville qui y est encore de présent. Depuis toute cette juridiction ordinaire a été transmise au prévost dudit Paris , et a été délaissée à la prévosté des marchands la cognoissance de l'eau et faisct de la rivière , qui est telle et si petite qu'il n'y a pas occu-

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pation suffisante pour employer le procureur, attendu que toutes lesdictes causes sont de petite conséquence, qui ont accoustumë d'estre traitez et jugez sommairement en au^ dience, sans figure ni procès , le plus souvent sur les ports de ladicte ville, sans leur donner forme de procès, desquels procès par escrit ne se trouvera en avoir été jugé par chacun an jusqu'à douze. » {Registre de r hôtel de villcy f 164.)

La ville avait fait dresser un gibet sur Ja place de Grève ; cet instrument de mort était là pour représenter le droit de haute justice qu'avait le Parloir aux Bourgeois, droit que le bureau de ville avait conservé. La viUê, du reste , qui possédait des fiefs dans Paris, avait, en outre, le droit de haute et basse justice, sa qualité de possesseur de fiefs lui donnant ce droit, et à ce titre encore elle devait avoir un gibet devant son hôtel.

Les chroniques mentionnent. souvent un usage dier aux magistrats et au peuple ; nous voulons parler du fni de joie dit delaScUnt^Jean, Ce feu tient une grande place dans les cérémonies publiques auxquelles la bourgeoisie parisi^uie prenait part. Son origine se perd dans la nuit des temps; mais chaque année on l'allumait en très*grande pompe au milieu de l'allégresse pubUque . Le prévôt des marchands, les échevins, dans leurs plus beaux costumes, présidaient à ce feu, que Louis. XI vint allumer lui-même en 147I9 ^y^^ une campagne heureuse entreprise contre le duc de Bourgogne. Il assista aussi au repas qui lui fut offert par la viUe.

<K Le jour du feu de la Saint-Jean, on brûlait sur k place de Grève, disent les chroniqueurs, force bûches, cotrets, pour l'alimenter; mais on ne se contentait pas de cela , on faisait fiussi des fpais pour dépenses de bouche. »

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L'usage de ces repas remonte très-haut. Le premier dont nous ayons trace à l'hôtel de ville est de Tannée i4^B ; ce fut un festin entre bourgeois^ membres du corps de ville,

« Le 5 octobre 14^4? ^^^^ ^^^ ^^ historiographe, un déjeuner eut lieu dans la vieille maison aux piliers. Ce déjeuner, fait par MM. de Tlsle, Rochepot, de ChastçHux et plusieurs autres, coûta VI sous VIII deniers. » C'était là une dépense modeste^ et qui ne devait pas obérer le budget municipal. On dépensa pour un autre déjeuner^ qui eut lieu le 2 juin de la même année, aussi entre bourgeois, pour pain, vin et beurre frais, IV sous VIII deniers.

<c Enfin , pour un dîner ( donné en mars), la dépense s'éleva à XVIII sous pour tout; le dîner consistait en une carpe, un brochet, une anguille, quatre soles, deux petits pains, figues, raisins, oblat. Ce dîner fut donné par le prévost des marchands et MM. les eschevins à plusieurs personnes qui avoient été réunies pour le feu de la ville. «

Les repas donnés à l'hôtel de^ville durent prendre un caractère plus somptueux lorsqu'elle eut augmenté en grandeur et en richesses, et surtout lorsqu'ils furent offerts à des têtes couronnées.

C'étaient là les splendeurs de la municipalité parisienne; celles que déployait la. cour sollicitaient bien autrement la curiosité des bourgeois et l'attention des souverains étrangers. Il existe à cet égard un curieux document, déposé dans l'un des musées de Venise; c'est la relation d'une ambassade envoyée à Paris par les Vénitiens en 1492, au temps de Charles VIII et de la reine Anne , pour les féliciter de leur mariage.

Les ambassadeurs de la sérénissime république arrivé-

fyja HISTOIRE DE PARIS. (1U0-1IM)

renl le ^4 juin à Villeneuve-Saint-Georges. C'était être aux portes de Paris , et déjà, en ce temps^ il était d'usage , pour les ambassadeurs qui venaient à Paris par ce coté de la France^ de s'arrêter à Villeneuve jusqu'au moment oïl le roi leur envoyait ses chambellans et ses gens d'honneur pour leur donner la bienvenue et se joindre au cortège.

Le récit de leur entrée, la qualité des personnages qui les vinrent rencontrer et conduire, l'audience qu'ils eurent du roi, les cérémonies gracieuses de son accueil, la visite à la reine, leur promenade dans Paris, leur dîner à la cour défrayent les points les plus intéressants de la relazione qu'ils adressèrent au gouvernement vénitien. Une entrée d'ambassadeur, chose dont on n'a plus idée aujourd'hui, était véritablement alors un spectacle public, et, selon qu'il était de qualité, l'ambassadeur pouvait justement connaître Testime qu'on faisait de lui et de son pays. Les Vénitiens furent eu tout temps d'une jalousie très-prononcée pour les honneurs de l'entrée; aussi ne faut-il pas s'étonner du plaisir qu'ils éprouvent à détailler, le plus au long possible, cet événement d'étiquette, dont ils font généralement le sujet de leurs pre* mières dépêches. En 1492 ce sentiment et ce besoin n'étaient pas encore à l'apogée des exigences qui se firent jour plus tard ; mais la satisfaction que procura cet épisode du cérémonial n'en est pas moins sensible dans l'esprit et les dires des magnifiques envoyés.

Dans leur rapport officiel ils s'exprimèrent ainsi :

a Le a& du mois, selon l'avis que nous reçûmes, vers

dix-huit heures, nous montâmes à cheval, nous et toute

notre compagnie, tous revêtus de nos plus magnifiques

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habits; et^ ayant mis en avant tout notre équipage, les nôtres se rangèrent deux à deux, et, sur ma foi, Prince sérënissime, ii faisait fort beau de les voir. Bien que par des dépêches diverses nous ayons expressément instruit Votre Sublimité du fait de notre entrée et de nos premières audiences avec le roi et la reine , cependant mon intention serait d'en reparler ici, fort succinctement du reste, tant pour ne pas être fastidieux à Votre Sublimité que parce qu'ensuite j'ay à lui narrer des choses autrement importantes. Étant donc partis de notre résidence, et comme nous étions déjà à un jet de javelot, nous rencontrâmes le prince de Salerne, le comte de Chiaramonte et le seigneur Honoré, son frère, fils du prince de Bisignaâo, le comte de Saluzza, celui d'Avellino, le seigneur don Giovanni de Luna, le seigneur Imberto de Seinse et beaucoup d'autres barons exilés des royaumes de Naples et d'Espagne, pensionnés et en fort bonne réputation à la cour de France, qui tous nous venaient au-devant pour nous prendre à nos logis. Nous avions à peine chevauché avec eux l'espace d'une lieue lorsque nous rencontrâmes quatre chambellans et trois maîtres d'hôtel de monseigneur le duc d'Orléans, avec tout le reste de sa maison, qui nous reçurent avec grandes démonstrations d'amour et d'honneur pour Votre Sublimité. Un peu plus loin nous vîmes venir M. de Caudale, l'oncle de la reine et le plus proche parent qu'elle ait, en compagnie de messire Jean Roux de Montserrat, comte de Saint-Martin, fort honnêtement accostés ; lesquels aussi nous firent les meilleures grâces. A deux lieues de Paris environ se montrèrent l'archevêque de Sens et un autre évêque, suivis de plus de soixante chevaux, qui nous venaient recevoir au nom

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du roi avec les plus affables paroles. Nous rencontrâmes ensuite le comte Charles de Belgioioso , ambassadeur du duc de Milan^ lequel, entre autres: choses, nous dit venir au-devant de nous par Tordre exprès qu'il avait reçu de son maître; et en dernier Ueu arrivèrent M. d'Orval, gouverneur de Champagne^ et M. de Baudricourt, gouverneur de Bourgogne, avec deux héraults vêtus aux armes, et six trompes longues de la maison de Sa Majesté le roi, démonstration qui n'a point été Êiite ni aux ambassadeurs de Milan , ni à tous autres ambassadeurs depuis bien longtemps. Us étaient suivis d'un très-grand nombre de chevaux, si bien que tous réunis arrivaient à cinq cents et plus. Par ordre et décision du roi, nous n'entrâmes pas à Paris par la porte qu'il fallait prendre pour aller en droit chemin à notre résidence, mais nous entrâmes par la porte Saint-Antoine^ plus sur la gauche et un peu en dehors de la route; et il en fut ainsi pour que nous ayons à passer devant la demeure du roi , lequel j derrière une fenêtre, et pareillement la. reine, derrière une autre (mais occultement), nous voulurent voir. Et, d'après ce que nous avons cœnpris, ces Majestés s'en applaudirent beaucoup. Enfin toute cette compagnie nous fit cortège jusqu'à l'hôtel de M. de Noès (?), qui nous fut réservé et préparé par les ordres du roi. C'est un bel et parfait hôtel, tout tendu des plus belles tapisseries qu'ait M. d'Orléans, et à tel point. Prince sérénissime, que ni les logements que nous eûmes lorsqu'au nom de Votre Sublimité nous allâmes chez le duc de Malitoue, ni ceux que nous eûmes l'année d'après chez le duc de Ferrare , bien que préparés fort somptueus^nent par les ordres de ces seigneurs, ne furent tant et si bien ornés

de tapisseries et autres ohoses aécesaaii^s à la façon de celui-ci. »

Gela se passait le a8 ; le lendemain les magnifiques ambassadeurs eurent leur première audience, et ils nous en ont laissé des détails plus circonstanciés encore que ceux que nous leur devons sur leur entrée.

tf Le 29, disent-ils, la Majesté royale nous envoya M. de Stans, M. de Caudale, M. de MioUans, M. le sénéchal de Provence , en compagnie de beaucoup d'autres hommes de qualité ( uomini di corUo ) , pour nous conduire en sa présence. Nous trouvâmes Sa Majesté dans une salle grande à peu près comme la moitié de celle de ce conseil, siégeant sur une etstrade, avec tenture derrière lui et un ciel ou ombrelle de velours alexandrin brodé de ses lys d'or. Dans la longueur de la salle étaient deux bancs, l'un, à droite, pleinement occupé par les seigneurs du sang, et l'autre, à gauche, par les prélats résidents à la cour, lesquels tous sont du conseil secret de Sa Majasté. A une autre extrémité de la salle était disposé un banc pour nos personnes, et le roi voulut à toute force que nous y demeurâmes assis pendant le temps même que nous lui exposions notre ambassade. Ce fut là que nous lui présentâmes nos lettres de créance, lesquelles une fois entendues de Sa Majesté, le magnifique messer Francesco lui dit tout ce dont nous avait chargés in mandalis Votre Sublimité , et il le dit en de graves paroles et des plus choisies, si bien qu'au jugement de chacun il donna pleine satisfaction et au roi et à tous les assistants, et on tint son langage pour un discours de la plus haute élégance. Cela fini , et après un peu de recueillement de la part de cette assemblée^ en présence de Sa Majesté, l'un des

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présidents du Parlement, qui faisait office du grand-ciiancelier, alors malade, nous répondit en termes que je m'efforcerais de répéter mot à mot s'ils étaient sortis de la propre bouche du roi, mais je n'en dirai que le sens, parce qu'elles viennent d'un tiers »

Deux jours se passèrent entre la visite au roi et celle que les ambassadeurs vénitiens firent à la reine. Us se rendirent en sa présence le i" juillet.

« Elle était dan$ une chambre, en compagnie de M. de Bourbon et de M. d'Orléans et de beaucoup d'autres dames et seigneurs de bonne lignée. Nous la saluâmes au nom de Votre Sublimité, et, lui représentant les lettres de créance , je répliquai , en m'adressant à elle , ce que deux jours auparavant messer Francesco avait dit au roi, en usant d'un ordre et d'un choix de paroles qui me parurent propres au décor et à la grandeur de Votre Sublimité d'abord et de Sa Majesté ensuite. Elle me fit répondre par le vice-chancelier de Bretagne ; mais ni moi ni aucun des nôtres ne pûmes savoir si sa réponse fut prononcée en français vulgaire ou en langue italienne; aussi Votre Sublimité me pardonnera-t-elle si je ne lui rapporte rien de ce qui me fut dit, car, en vérité, je n'y ai rien compris... perche in effeto io non l'intesi. Nous lui présentâmes ensuite les étoffes d'or et de soie, qu'elle accepta de bien belle grâce... »

Après quoi les ambassadeurs donnent les noms de ceux qu'ils ont visités et citent les choses qu'ils ont vues avec l'aide des hérauts et maîtres d'hôtel du roi, continuelle, ment à leur disposition. On voit, d'après eux, qu'on visitait bien des endroits, en 149^9 qu'il n'est pas de mauvais goût de visiter, encore de nos jours : la Sainte-Chapelle,

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ff oii il y a de si belles reliques et de si précieux joyaux ; » Téglise de Saint-Denis , le palais de Charleinagne , le bois de Vincennes, le Parlement, et, pour concWon, toutes les autres mémorables choses de Paris.

Le 8 juillet ils allèrent de nouveau voir le roi , lequel les reçut après avoir entendu ses messes, selon son usage de chaque jour. Sa Majesté les retint à dîner.

oc Le roi, disent-ils, nous donna un fort élégant et bien digne repas, après lequel, s'étant retiré dans la salle d'audience, où se trouvaient réunies un nombre considérable de personnes de la cour, appelées expressément, et in commenta omnium, il me demanda si je pensais être content d'accepter de lui V ordre et les insignes militaires^ et il fit la même offre à messer Francesco, bien que celui-ci les eût déjà reçues de Sa Majesté Impériale. Nous, Prince sérénissime , nous lui répondîmes que nous étions prêts à toutes les volontés de Sa Majesté Très-Chrétienne; et aussitôt le roi se fit apporter une épée, et voulut que monseigneur d'Orléans la tirât du fouri*eau, et, avec elle , il nous aécora chevaliers de son ordre, et remit le soin à un de ses secrétaires de notifier qu'en signe de perpétuelle bienveillance et amitié il nous donnait une de ses fletin^ de lys, avec pouvoir de les mettre dans nos armes et nos insignes, absolument comme si nous étions de la maison de Valois et de son propre sang. »

A cette période de la relation appartiennent quelques lignes curieuses et originales; le narrateur retrace les physionomies du roi Charles et de la reine Anne.

« Il me reste à exprimer, ajoute-t-il, quidsentio^ comment je trouve la personne du roi et de la reine, ce que je sais de l'étendue de l'État, des revenus et des dépenses, des

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gens d'armes et de tontes autres précautions de guerre, des inimitiës qui présentement sont encore de nature à occuper Sa Majesté et des moyens qu'elle prépare pour s'en délivrer, et enfin des partis et des divisions qui sont à la cour. »

Le mode à^ecrire alors le portrait était eh parfaite harmonie et bon accord avec la manière de peindre à cette époque, manière sobre, vraie comme nature, presque plus vraie que nature, réaliste enfin. Voici, d'après Tannaliste vénitien, les portraits du couple royal :

ce Sa Majesté le roi de France est âgé de vingt-deux ans, petit et mal bâti de sa personne, laid de visage ; ayant les yeux gros et blancs et beaucoup plus aptes à voir mal que bien ; le nez aquilin, plus grand et plus gros qu'il ne le devrait} les lèvres grosses aussi , et continuellement il les tient ouvertes; il a certains mouvements de main nerveux qui ne sont point beaux à voir, et est tardas in locutione, et il est lent dans son mode de parler. A mon jugement, qui d'ailleurs pourrait bien êtté faux, je retiens que, de co^p^ét' d'esprit, il ne vaut pas grand'chose ; cependant iU en font tdus l'éloge à Paris comme étant fort gaillard à jouer à la ^aume, à chasser et à jouter, exercices auxquels, à tort ou à liaison, il consacre beaucoup de temps.' On le loue aussi de ce qu'e , contrairement' aux années précédentes, où il abandonnait \e soin des délibérations et des affaires à quelques hommes du conseil secret , présentement il veut être celui qui ait à délibérer et à décider, ce dont on assure qu'il s'acquitte de la plus belle manière

« La reine a dîx-sept ans, petite ; elle aussi est maigre de sa personne, boiteuse d'un pied et d'une façon sensible,

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bien qu'elle s'aidie^ de socques; brunette , et fort jolie de visage, et^ pour son âge, fort rusée; de sorte que^ ce qu'elle s'est une fois mis dans l'esprit, elle le veut obtenir de toutes manières, qu'il faille rire ou pleurer pour cela. ...»

Quant au royaume et à la ville de Paris , sa capitale , l'ambassadeur en avait une très-bonne opinion , et pour rendre ses renseignements plus capables d'effet sur l'esprit de ses auditeurs il les traduisait par des chiffres.

« Le royaume et l'État de France par le fait est tr^ grand , dit-il , plus grand même à mon sens qu'on ne le croit communément , par cette raison que dans son domaine , y compris la province de Bretagne, dans laquelle sont neuf villes ayant évêché et deux ayant suffragants, il y a en tout 47 provinces ou pays, dans lesquelles on compte 36 villes d'archevêché et ra8 d'évêché, qui, tout réuni^ forme un nombre de 164 villes. De toutes la plus remarquable est Paris. .. C'est une ville très-riche et abondante en métiers de toutes sortes et admirablement populeuse ; ceux qui lui accordent le moins à cet égard parlent de 36o,o6o habitants.^ Elle a aussi son université, laqtielle, coQMine^le ^ait Votre Sublimité , est une des plus bellesi et fiiniêudes^ ûnmrsité» du monde entier; '"certaiijs disent qu'elle compte^de a5 à 32o;ooo étudiants; mais èst-il ^^aji de dit^e aussi que ceux-là font leu^ éomptei de manière qu'il n'y si nul' lieu dé s'étonner s'ils arrivent à ce total, mettant dans le nombre la table des petits garçons et poursuivant ainsi jusqu'à ceux qui étudient toutes sciences. Le fait est que le vrai nombre des étudiants qui, en effet, travaillent dans les arts libéraux, en métaphysique, en théologie, en médecine , en droit civil et en droit canon, sans y comprendre les moines , les prêtres et les familiers

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(beaucoup d'entre eux s'inscri vaut comme étudiants, non pour étudier, mais pour jouir des privilèges et immunités scolastiques), est de 5 à 6^000 en tout. Les docteurs qui enseignent dans qudque faculté que ce soit ne reçoivent aucun salaire du roi, mais seulement des auditeurs et étudiants qui les écoutent. »

Ou nous nous trompons fort , ou nous croyons pouvoir afSrmer qu'aucune analyse historique ne donnerait , aussi bien que ces extraits d'un rapport officiel, le tableau exact de la cour et de Paris au déclin du quatorzième siècle.

On tomberait dans l'erreur si l'on jugeait des lumières et du progrès moral de la population par le luxe civilisé et les manières polies dont la cour et les demeures féodales offraient le tableau. Les ouvriers et les classes bourgeoises avaient conservé la rudesse de mœurs du moyen âge, et les historiens ne se lassent pas d'extraire des chroniques contemporaines des faits qui attestent la dureté dont restaient empreints les usages populaires.

Ainsi , en dépit des sages réformes de saint Louis et de l'intervention des légistes eux-mêmes, la justice, dans les peines qu'elle infligeait, n'avait aucune règle certaine. Les suppUces étaient arbitraires et semblaient ordonnés par le caprice des juges. Les délits les plus ordinaires se punissaient par le feu. On brûlait, on enterrait tout vifs les voleurs. Deux femmes coupables de vols furent, en 144^9 enterrées toutes vives. Dans nos anciens annalistes on trouve des exemples très-fréquents de ces supplices qui accoutumaient le peuple à la férocité.

Dans les comptes de la prévôté de Paris, publiés par Sauvai, ou lit, sous l'an i463 : « Donné à Jean le Plastrier, sergent, etc., pour avoir quis et brûlé une

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attache de bois, plusieurs chaînes et crampons de fer, avec cinq cents tant bourrées que cottei^ets pour &ire l'exécution d'une nommée Jehanne de TEspine , en ce compris 12 sous parisis qu'il a payé aux matrones qui ont visité ladite Jehanne, pour ce qu'elle se disoit être pucelle. » Après le supplice de cette malheureuse, qui fiit brûlée vive, le procureur du roi au Châtelet, le lieutenant criminel, etc., allèrent dîner au cabaret et dépensèrent 52 sous.

On plongeait dans une grande chaudière pleine d'eau bouillante les faux monuayeurs. Ces exécutions, fréquentes à Paris, avaient lieu au Marché-aux-Pourceaux, près la porte Saint-Honoré. Pour les moindres délits on coupait les oreilles. Bien souvent , ainsi qu'on a pu le voir en parcourant les règnes de Charles VI et de Louis XI, les gouvernants d'alors faisaient noyer dans la Seine les individus de toutes classes qu'on n'aurait point osé hvrer aux juges, soit de peur d'inquiéter le peuple, soit parce qu'on manquait de preuves contre eux.

La superstition était un des caractères les plus regrettables des mœurs. Pour seconder les opérations de la magie on fabriquait des images de cire qu'on ^baptisait; on les torturait, on les perçait au cœur, dans le dessein de faire souffrir ou périr les personnes dont ces images avaient reçu le nom.

Les sorciers, pour leurs opérations magiques, dépendaient les cadavres attachés aux fourches patibulaires de Montfaucon et parvenaient à se procurer des enfants mort-nés, etc. Le 10 février 1407 le prévôt de Paris vint déclarer à la cour du Parlement « que des personnes avoient dépouillé certaines fourches ou gibets patibu^

HI8T. DE PARIS. — T. II. 31

48^ HISTOIRE ,I>E ^ÀfilS. (ISfl^-im)

laires des ettwons tle Paris des charognes de ceux quîj avoient été exécutés ; et si avoient tant lait par certains moy^^s de femmes ou autres qu'ils avoient eu certains enfans mort'^nés; et estoit grande et yraisembiable présomption qu'ils ne fussent gens crimineux et sorciers. » Le Parlement, en présence de J'évêque de Paris, or* donna au prévôt de Paris de procéder aux informations.

On se lasserait à suivre les transformations des usages en matière de vêtements et de costumes. Le chroniqueur qui écrivit en vers l'histoire de Jean IV, duc de Bretagne, dit le Conquérant; nous peint ainsi les formes efféminées et le luxe excessif des Français qui vinrent s'emparer de cette province, et semble s'étonner de leurs superfluités, inconnues chez les Bretons.

Les François estoient bien peignés, Les vis (visages) tendres et déliés, Et si avoient barbes fourchées ; Bien dansoieot en salles jopcbées.

Et si cbantoient comme seraines*

, Grand coup [beaucoup) avoient de perleries Et de nouvelles broderies ; Seulement le derroié Estoit de perles tout royé.

Lorsque l'empereur Charles VI fit son entrée à Paris le prévôt des marchands, les échevinset les principaux bourgeois de Paris étaient vêtus de robes mi-parties de blanc et de violet. Tous les officiers royaux portaient pareillement des robes de deux couleurs.

Charles VII , ayant une stature mal proportionnée et les jambes trop courtes, pour cacher cette imperfection,

(ISM'Mft) LIVRE X. C^APItRE III. 4^3

reprit l'habit long, tel cju'on le portait sous Philippe de Valois.

Dès ies-commeticeinents du règne de Louis XI la forme dés habits cfaâfiigela entièrement. « I^s hommes, dit Mous*trelet; de prin<h*ent à Vestir plus court qu'ils n'eussent oddquesfait^ ainsi comtiie l'onsocdoit vestir les singes, cpxi esttnt chose très^malhonne^e. Et si faisoient les manches fendre de leurs robes et dé leurs pourpoints, pour mons^ trer leurs chemises déliées, larges et blanches. Portoient aussi leurs cheveux ^si longs qu'ils letirempeschoîent leur visage mesmement leurs yeux. Et sur leurs testes portoient bonnets de drap, hauts et longs d'un quartier ou plus. Portoient aussi, commC' tous indifféremment, chaisnes d'or moult somptueuses ; chevaliers et escuyers , les varlets mesmes, pourpoint de soie, de satin et de veloux, et presque tous, espécialement ez cours des princes, portoient /?ow/a//icj à leurs souliers d'un quartier de long , voire plus tels y avoient. Portoient aussi à leur pourpoint p^os maftoîtres ^ pour montrer qu'ils fussent larges par les épaules, qui sont choses vaines et par aventure fort haineuses à Dieu. Et qui' estoit hui (aujourd'hui) court vestu, il estoit le lendemain long vestu jusqu'à terre ^ Et si estoit ceste manière si commune, n'y a voit si petit compagnon qui ne se (voulût) vestir à la modie des grisms et des riches, fust long, fust court, non regar- "dans àiifCbust, tteà la despense, neà'îl appartenoit à leur estât. * ^

Monstrelet nous apprend encore que les femmes commencèrent alors à porter leurs ceiiltures de soie beaucoup plus larges que de coutume. « Les ferrures plus somptueuses assés^ et colier d'or à leur col et autrement, et

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