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ment à&^ marchands, des iodustrielsfou ouvriers réunis en corps d'état; et qui se groupaient pour, la garantie com-^ muné ; elle admettait dans ses rangé lès propriétaires locaux, tous ceux qui pouvaient feiare preuve d'ime^isbnce assez modique , et , pav cela même, elle appelait à elle tous les individus deeette catégorie qui' voulaient quitter la àëigneUriede leurs propices suzerains etButrér, soU6 la f>rotection du roi^ dans la classe des boui*geois. Il y avait dans cette combinaison politique beaucoup de prévoyance 'et d'habileté; elle ne tendaità rien moim qu'à développer et à rapidefiientacercfttre les éléments de la classe intermédiaire/au détrimebt dé la Noblesse, et cda sans insurrec* tion, sans violence, sans aucun de ces actes désordonnés qui accompagnaient autrefois la formation des communes. IXoe autre innovation, également iniagin^par les légistes; (pt pour but d-amoîiidrir Vinfluence du clergé Sotis pré-^ ^çT^te d'augmenter les immunités de ce cînrps. I<e roi, considérant que^ lorsque' des juges tirés du clei^gé viendraient à.préyariqUfr, il n'y' aurait aucun moyen de lespunir par voie civile, e\ ne voulant pasr, dii moins en apparence, attaquer le privilège des clercs^ interdit aux ducs, comtes, barons, ardievêques, évêqueset abbés qui possédaient des j^uysticéstemporelles, de laisser siéger aucun ecclésiastique ^ns kfûrs tribunaux et de leur laisser exercer les professons ^ prôcoreuretcTàvocat» L'année suivante (ia88), et encore au parlement de la Pentecôte , fut rendue une ordonnance en faveur des jutfs; afin de paraître protéger ces ilotes, ou, pour mieux ^re, 'dans le but de leur v^idre une tutelle royale que l'on se réservait d'escompter à beaux deniers, il fut expressément ordonné qu'aucun juif ue serait arrêté, sur Tordre ou à la réquisition d'auCuu re-
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ligieux, nonobstant Toflice dont ce prêtre serait revêtu, sans qu'on eût auparavant informé le sénéchal ou bailli royal dans la juridiction duquel se trouvait ce juif, et avant qu'on eût donné copie au magistrat civil du mandat apostolique en vertu duquel devait avoir lieu l'arrestation.
En 1291 l'institution du Parlement de Paris fut régularisée par les soiiis de Philippe le Bel, qui, peu après, en i3o2, fixa son organisation définitive. Une ordonnance de cette année décida qu'il serait tenu à Paris deux parlements par an, c'est-à-dire deux sessions, l'une après loctavede Pâques, l'autre après celle de la Toussaint, et que chacune de ces sessions durerait deux mois. Enfin une autre ordonnance de 1 3o4 ordonna que le Parlement serait composé de deux prélats, l'archevêque de Dreux et l'évêque de Boulogne, de deux laïques, le comte de Narbonne et le comte de Rennes, de treize clercs et de treize laïques, etc. Le Parlement, rendu sédentaire et établi au Palais, devint en peu de temps un pouvoir redoutable et assura le triomphe de la suprématie royale sur la féodalité. En i3o2 Philippe le Bel renoriça à résider d'ans le vieux palais mérovingien que les rois de France occupaient à l'extrémité occidentale de l'île de la Qté, et ce palais, sur les assises duquel on a construit, depuis lors, lePalaisde Justice, fut désormais affecté aux séances du parlement de Paris.
Dès les premiers mois du règne de Philippe, le 5 juin 1286^ le roi d'Angleterre, Edouard, était venu à Paris rendre, suivant l'usage, à son jjiouvèau suzerain l'hom* mage qu'il lui devait pour son duché d'Aquitaine. Philippe le Bel accueillit fort bien son puissant vassal ; mais 3on ambition convoitait ardemment les riches provinces
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qui entouraient ses États, surtout celles de rAquitaine, qui se trouvaient entre les mains des Anglais. Edouard I^, de son côté, était impatient de prendre, au nom de l'Angleterre, une revanche éclatante des conBscations et des conquêtes qu'avait su mener à bonne fin la politique de Philippe-Auguste. De part et d'autre les prétextes de guerre ne manquaient pas.
(c Vers ce même temps, disent les historiens de l'Église, c'est-à-dire en l'an laQO, arriva à Paris un miracle célèbre sur l'Eucharistie. Une pauvre femme avait emprunté trente sols à un juif et. lui avait donné en gage sa meilleure robe. La fête de Pâques s'approchant, la femme vint trouver le juif et le pria de lui rendre son habit pour ce seul jour, qui, cette année, était le second d'avril. Le juif lui dit : a Si tu m'apportes ce pain que tu recevras à l'église et que vous autres chrétiens vous appelez votre Dieu , je te rendrai ta robe pour toujours et sans argent. » La femme en convint, et, ayant reçu la communion à Saint-Merri, sa paroisse, elle garda la sainte hostie et la porta au juif. Il la mit sur un coffre et la perça à coups de canif; mais il fut bien étonné d'en voir sortir du sang. Il y enfonça un clou à coups de marteau, et elle saigna encore. Il la jeta dans le feu, d'où elle sortit entière, voltigeant par la chambre ; enfin il la jeta dans une chaudière d'eau bouillante, qui parut teinte de sang, et, l'hostie s' élevant au-dessus, la femme du juif, qu'il avait appelée, vit à la place Jésus-Christ en croix. La maison où ceci se passait était dans la rue nommée alors des Jardins et plus tard des Billettes, à cause, comme l'on croit, de l'enseigne du juif. Un de ses enfants était à la porte quand on sonna la grand'messe à Sainte-Croix de la Bretonnerie,
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qui était tout proche^ et, voyant passer quantité de gens, il leur demanda où ils allaient » . Nous allons, dirent-ils, à l'église adorer notre Dieu. — Vous perdez votre peine, dit l'enfant, mon père vient de le tuer. » Les autres méprisèrent le discours de l'enfant ; mais une femme, plus curieuse, entra dans la maison du juif, sous prétexte de prendre du feu. Elle trouva l'hostie encore en l'air, la reçut dans un petit vase qu'elle portait et la remit au curé de Saint-Jean en Grève, qui était la paroisse de cette rue. Elle lui raconta ce qui s'était passé et il en rendit compte à Simon de Bussi, évêque de Paris, qui fit arrêter le juif et toute sa famille. Le coupable, interrogé, confessa tout , et l'évêque l'ayant exhorté à se repentir et à renoncer au judaïsme il demeura obstiné. C'est pourquoi il fut livré au prévôt de Paris, qui le condamna au feu et le fit exécuter. La femme et les enfants du juif se convertirent et reçurent le Baptême et la Confirmation de la main de l'évêque. L'hostie miraculeuse fut gardée à Saint- Jean en Grève, où on la montrait encore au dix-huitième siècle, et le peuple nomma la maison du juif la maison des miracles. Quatre ans après, un bourgeois de Paris, Régnier Flaming, y fit bâtir à ses dépens une chapelle, donnée ensuite aux Frères hospitaliers de la Charité-Notre-Dame. Ce miracle fut connu dans les pays étrangers, et Jean Viliani, auteur du temps, le rapporte dans son Histoire de Florence (i). »
Philippe le Bel n'avait pas à craindre , s'il voulait sévir contre les juifs, de se trouver en désaccord avec le sentiment populaire; la haine que le nom seul de ces hommes inspi-
(iXRohrbacher, t. 19. Fleury, I. 99, n. 11. Jean Viliani. 1, 7, c, 186. Raynald, 1290.
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rait aux multitudes chrétienne» lai permettait de 4;ont osier contre eux, et si, d'accord avec" ses légistes, il ieivait cherché à enlever aux officiers de Tlnquisition et à la juridiction ecclésiastique le droit de poursuivre les Israélites, c'était moins peut-être pour diminue^ Tinfluence politique des clercs que pour réserver ad fisc royal dès occasions de lucre. En d'autres termes, les juifs étaient riches,' ils détenaient d'immenses valeurs d'or et d'argent, et en leur faisant appréhender les supplices et les tortures on pouvait obtenir d'eux de grosses sommes, d'énormes rançons qui alimenteraient la cassette du prince. Il est certain que ce fut par de pareilles manœuvres que le roi réussit bien souvent à accroître ses trésors. Dans la nuit du i*' mai 1291, à la suggestion de Biccio et de Musciatto, deux frères nés à Florence et dont il avait fait ses agents fiscaux, il fit arrêter tous les marchands italiens établis dans le royaume, et ne les • rendit à la liberté qu'après avoir arraché d'eux, par la menace des plus cruels tourments, tous les biens, toutes les espèces monnayées dont ces malheureux pouvaient disposer.
D'autres soins préoccupaient encore le roi de France.
A l'occasion d'une querelle survenue entre les matelots des deux nations, des vaisseaux anglais capturèrent des bâtiments français; cette affaire aurait pu se terminer pacifiquement; mais ce n'était point le compte de Philippe le Bel, qui ne cherchait qu'un prétexte pour enlever la Guienneau roi d'Angleterre. Ce dernier prince fut cité devant la cour des Pairs, et, comme on pouvait s'y attendre, refusa de comparaître; il fut condamné, et la Guienne confisquée par arrêt souverain. Cette justice, d'une sévérité calculée, ne porta passes fruits; Edouard P',
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roi d'Angleterre; abjura ' sdtf horiimage de VassaJ et déclara la guerre à la France. De part et d'autre on se prépara à combattre. '^
Les hostilités 'éclatèrent d'abord en Guiehne, où les Français obtinrent quelques avantages (1295); deux ans plus tard, une diversion opérée mal a propos par le comte de Flandre amena la guerre sur ses domaines (1297). I^ prince Robert, comte d'Artois, battît les Flamands à Furnes. L'année suivante le prince Charles, comte de Valois, soumit la Flandre pr^que tout entièi*e. Guy de flampierré, comte de Flandre, abiisépar une promesse perfide de son vainqueur, consentit à se rendre à Paris pour se justifier devant la cour des Pairs;- à son arrivée il fut arrêté et jeté dans lès prisons du Ijouvre: Edouard pria le pape de s'interposer entre lui et le roi de France , et Boniface VIII parvint à rétablir entre les deux rois une paix de courte durée.
Cependant les Flamands, poussés à bout par les exactions de leurs vainqueurs, se soulevèrent sur tous les points contre la domination française ; ce fut une insurrection toute populaire, toute bourgeoise. Lès corporations de métiers, bannières entête, les ouvriers, les artisans prirent les armes pour la liberté de leur patrie. Les riches communes de Flandre suivirent l'impulsion; elles armèrent leurs braves mais grossières milices. Vainement Robert d'Artois parut^il au pied des murs de Courtray à la tête d'une brillante armée de cinquante mille hommes et? se promettant une '&cile victoire ; sa noblesse, ses chevaliers, sesécuyers et ses fantassins trouvèrent la mort ou la honte, et lui-même périt, avec l'éliDe de ses guerriers , dans uti fossé bourbeux qui i^rvait de retranchement aux milices
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ennemies. Celles-ci perdirent à peine une centaine de combattants (ii juillet i3oa).
Philippe le Bel ne se laissa point abattre par ce revers. Une première expédition qu'il dirigea contre les Flamands fut sans résultat décisif; mais il revint plus tard à la charge (i3o4). Les deux armées se rencontrèrent près de Mons-en-Puelle ; la journée fut vivement disputée ; de part et d'autre on se battit avec un acharnement égal, ceuxci pour Tindépendance , ceux-là pour l'honneur. L'armée française futd'abord repoussée, et, sur quelques points, mise en fuite; mais le roi la rallia, et^ donnant l'exemple du courage , parvint , non sans peine , à triompher de l'ennemi. Cependant la victoire lui avait coûté trop cher et il avait trop bien appris à estimer ses adversaires pour ne pas leur accorder nue paix très-honorable. Il restitua donc aux Flamands leurs anciens privilèges , se contentant de conserver une portion de leur territoire et deux villes fortes, Lille et Douai.
A Mons-en-Puelle Philippe avait couru un danger si imminent qu'il avait invoqué tout haut la sainte Vierge pour se tirer de péril. De retour à Paris il s'empressa d'aller faire sa prière à Saint-Denis, puis de venir à Notre-Dame rendre ses solennelles actions de grâces, « Quelques auteurs, dit Félibien à cette occasion, veulent qu'il soit entré dans la cathédrale à cheval et armé de toutes pièces; mais il n'y a pas d'apparence que cela soit. La figure équestre élevée contre un des piliers de la nef du côté^ méridional, et mise en cet endroit pour conserver la mémoire de cette action, ne représente le roi armé que de son casque et de ses gantelets, sans brassards, tel qu'il se trouva au moment où les Flamands voulurent le sur-
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prendre. Le continuateur de la Chronique de Nangis, l'auteur le plus ancien qui ait parlé de cette entrée de Philippe le Bel à Notre-Dame, à son retour de la bataille de Mons-en-Puelle, s'est exprimé d'une manière qui ne tombe pas sous le sens quand il a dit que « le roy, pour acquitter le vœu qu'il avoit fait, se fit armer dans l'église, devant l'image de la Vierge, des mesmes armes qu'il avoit eues à la bataille^ et que, portant ensuite ses armes et son cheval, il présenta le tout à l'église. » Quelques jours auparavant, au mois de septembre i3o49 îl avait donné cent livres de rente à l'église de Notre-Dame et autant à celle de Saint-Denis. Corrozet, qui pouvait avoir quelque légère idée de ces lettres, les attribue à Philippe de Valois mal à propos, et cela l'a induit dans une erreur que quelcjues autres ont suivie, qui est d'attribuer à Philippe de Valois la figure équestre qui se voit à Notre-Dame et de dire qu'elle y fiit mise après la bataille de Cassel, en 1 3 29. Quoi qu'il en soit , le même historien ajoute : « On fait tous les ans, tant à Notre-Dame qu'à Saint-Denis, commémoration de la victoire de Philippe le Bel, le 18 d'aoust, sous le nom de Notre-Dame de la Victoire. »
Jusque-là Philippe le Bel avait été plus heureux que juste dans ses guerres, mais ses prospérités étaient troublées par les graves démêlés qui, depuis quelques années, existaient entre lui et le pape Boniface VIII.
Le roi de France, à la fois orgueilleux et avare , voulait, malgré les injonctions du pape, soumettre à quelques contributions fiscales les ecclésiastiques de son royaume ; le pontife, incapable de plier, ordonnait au clergé de France de refuser tout impôt levé sans son consentement. De part et d'autre la querelle devint grave. Boniface Vlll lança
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une bulle contre le roi; cette bulle fut brûlée pav' ordi?e du prince. Le pape réunit ^n concile pour mettre ua iî%in aux prétentions du roi; celui-ci, voukut chercher^ de son côté, un appui. assez fort pour le souteair dans cette lutte, assembla une sorte dq parlement national, ^ui rappelait les anciens champs de mai et se composait non^seulement de seigneurs et d'évéques, mais encore de députés envoyés par les communes. Ce fut la première fois que furent con* voqués par Jes rois de France ces assemblées qui prirent le nom iS états du Rojaume ou états généraux.
On tomberait dans une grave erreur si Ton croyait voir dans les états généraux , tels qu'ils furent constitués lorsque Philippe le Bel appela, en i3o2, les commiunesà y envoyer des représentants, une organisation constitua tiohnelle toute régulière. Les grands pouvoirs publics ne s'établissent pas ainsi d'un seul coup. Les rois capétiens craignirent de donner une existence politique trop forte à ces assemblées et de créer à côté d'eux un pouvoir jaloux ; ils évitèrent donc de les convoquer périodiquement, et . ne le firent que lorsque de. graves intérêts semblaient exiger une solution plus solennelle.
Les états généraux, comme institution politique, n'entrèrent jamais bien avant dans les mœurs de la France. lue droit que le roi conservait de les convoquer |i, son gré ne permettait pas à la bourgeoisie d'attendre d'.eux^ aucune résolution sérieusement hostile à la volonté du priùce; d'un autre côté la noblesse, autrefois toute-puissante, n'aimait pas ces assemblées , où elle n'avait qu'un tiers du pouvoir ; le clergé, enfin, qui avait ses synodes particuliers.Qu générauwL^.attachf^it fort peu de prix à ces réuxi^içns mixités ;, il leur proférait le^ concile^, oii les intérêts
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de la religion ëtai^nt moixis mêlés de passions humaines.
Les ordres délihëxaient séparément, et c'était encore une cause d'impuissance. Pour qu'une résolution fût adoptée il fallait qu'elle eût l'assentiment du clergé, de la noblesse et du tiers (de» communes ) , et l'on sent que, les intérêts de ces grandes classes étant souvent opposés, il n'était point facile d'obtenir leur accord.
La première assemblée des états se tint donc à Paris , le 10 avril i3o2, dans l'église de Notre-Dame, sous la présidence du roi. he chancelier Pierre de Flotte, assis au-dessous du trône, prit la parole au nom du prince. « L'archidiacre deNarbonne, dit-il, nous a remis une lettre du pape, qui nous annonce que nous devons lui être soumis dans le gouvernement temporel de ce royaume; que la couronne nous vient , non de Dieu seul , comme on l'a toujours cru, mais du pontife romain. » Après cet étrange exposé de la question, qui renfermait une calomnie à l'a^ dresse du pape et dénaturait ouvertement les intentions du pontife, le chancelier, poursuivant la lecture du discours royal, ajouta : « Le pape opprime l'Eglise des Gaules en conférant à son gré les bénéfices, dont les revenus passent entre les mains des étrangers ; aussi les autels sontils déserts, les pauvres languissants, les dispositions des pieux fondateurs inexécutées, le royaume épuisé; aussi la source des pieuses munificences se tarit-elle de jour en jour. » Ainsi le gouvernement de Philippe le Bel , trompant la France, ne craignait pas de dénoncer à l'indignation générale les. actes d'un pape' qui n'avait fait qu'user légitimement des privilèges que le droit public de cette époque attribuait au vicaire de Jésus-Christ. Ce roi persécuteur et avare, maltôtier et faux-monnayeur, gémis-
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sait hyprocrilement sur des misères que sa propre tyrannie avait causées^ et il affectait de s'indigner de ce que les églises de son royaume se trouvaient hors d'état de subvenir à ses exigences fiscales.
Philippe le Bel ^ en posant ainsi la question aux états du royaume, voulait moins mettre à Tabri sa conscience que chercher des complaisants ou des complices. Il était sûr de la noblesse. Les seigneurs féodaux, impatients, pour leur part, de rançonner les églises de leurs domaines, ne demandaient qu'à méconnaître les immunités ecclésiastiques, et rien ne leur était plus odieux qu'un pape dont la résistance déjouait leur cupidité. Les députés des communes, assez éblouis de l'honneur qu'on leur faisait en voulant bien les consulter, et naturellement dominés par la science âpre et subtile des juristes, se préparaient, sans hésiter, à adhérer aux prétentions du roi et à unir leur étroite jalousie à ses propres rancunes. Aussi, lorsque les trois ordres convoqués à Paris se furent retirés dans trois salles séparées, les délégués de la noblesse et des communes s'empressèrent-îls d'écrire au collège des cardinaux dans le sens des protestations de Philippe le Bel.
La délibération des prélats fut plus longue, et il apparut que les représentants de l'ordre ecclésiastique se trouvaient placés dans un grand embarras. Obéir au roi c'était se révolter contre le pape; lui désobéir c'était peut-être attirer de grands malheurs sur les Églises de France. Ils se rendirent auprès de Philippe le Bel, ils cherchèrent à l'apaiser, ils s'attachèrent à lui faire comprendre que les intentions du pape n'étaient pas de blesser la liberté ni la dignité royale , et que le roi outre-passerai t ses pouvoirs en mettant obstacles à leurs rapports avec
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le saint-siége, en les empêchant de se rendre au concile con^ voqué à Rome par Boniface VIII. Philippe interrompit leur harangue, leur prescrivit de répondre catégoriquement aux questions qui leur étaient soumises, et leur fît entendre qu'il traiterait en ennemi quiconque dans ce débat oserait se prononcer en faveur du pape. Les prélats dominés par la crainte répondirent alors qu'ils assisteraient le roi de leurs conseils et de leurs subsides , et ils se bornèrent à le supplier de leur permettre de se rendre au concile, suivant le mandement du souverain pontife et à cause de Tobéissance à laquelle ils étaient tenus. Le roi assisté de ses barons leur en fît la défense formelle.
Nous ne mentionnerons pas autrement les longs démêlés qui existèrent entre Philippe le Bel et le souverain pontife, ni les attentats sacrilèges que les envoyés du roi de France , par ses ordres , accomplirent contre la personne vénérée de Boniface VIII. L'histoire de ces calamités ne rentre pas dans le cadre qui nous a été assigné. Il nous suffira de dire qu'après la mort de Boniface VIII, événement qui fut hâté par les iniques persécutions du roi de France, le saint-siége fut momentanément occupé par Benoit XI. Le pontificat de ce pape fut de courte durée, et Philippe le Bel , continuant à opprimer l'Église autant qu'il dépendait de lui , parvint à obtenir que le Français Bertrand de Got fût élu pape par le conclave asssemblé à Pérouse. Le nouveau pontife régna sous le nom de Clément V et consentit à transférer dans Avignon la résidence des vicaires de Jésus-Christ.
Avide, orgueilleux, tourmenté du besoin de remplir ses coffres ou d'amasser l'argent nécessaire aux frais de la guerre, Philippe le Bel faisait peser sur ses peuples des
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exactions odieuses et avait recours aux plus honteux expédients. Pour alimenter un pouvoir nécessairement affamé on mettait en œuvre l'impôt, les taxes, les ventes forcées, l'usure et surtout l'altération des monnaies. Ce dernier moyen offrait une ressource dont l'emploi semblait facile , mais il constituait une banqueroute secrète et déguisée , dont les débiteurs sans foi profitaient à l'égard de leurs créanciers aussi bien que la couronne vis-à-vis des peuples.
A la suite de la dernière guerre soutenue contre la Flandre, les récoltes étant venues à manquer, la disette ftit très-dure à supporter pendant l'hiver ( i3o4-i3o5) et imposa de très-grandes souffrances au peuple de Paris et des campagnes. Pour conjurer le fléau Philippe le Bel eut recours aux expédients dont s'avisent, en pareille matière, les gouvernements ignorants et présomptueux ; il taxa les grains, il prohiba la libre circulation des farines, il fît faire des recherches dans les greniers, et cet ensemble de mesures fausses ou vexatoires n'eut d'autre résultat que d'aggraver le mal .
L'année i3o5 fut marquée pour Philippe IV par quelques malheurs domestiques. H perdit sa femme , la reine Jeanne, qui lui avait appcH^té en dot le royaume de Navarre et la Champagne ; dans le même temps moururent , en Autriche, sa sœur Blanche, mariée à Rodolphe , fils d'Albert, roi des Romains. Mais ce qui affecta davantage ce roi ce fut la haine sombre et les révoltes du peuple irrité par la misère , la maltôte , la famine et l'avilissement progressif des valeurs monétaires. Selon sa coutume Philippe le Bel comprima ces résistances par la rigueur des châtiments ; mais, s'il imposait silence aux
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manifestations publiques, il ne pouvait empêcher la sourde fermentation des inimitiés aggravées par la souffrance.
Un moment la tyrannie recula devant les résistances du peuple, ce fut lorsqu'en i3o6 Philippe le Bel rétablit subitement , (c sous peine de corps et d'avoir », le cours des monnaies au tarif de saint Louis, mesure dont le résultat inévitable était que, pour payer, soit au fisc, soit aux créanciers, un denier légal, il fallait trois deniers de la monnaie dont on était réduit à se servir, par suite des altérations successives qu'elle avait subies. Ainsi tous les débiteurs d'un pays, tous les contribuables allaient se voir contraints de donner, pour s'acquitter, trois fois la valeur numérique de leur dette. L'exaspération fut portée au comble. Les habitants de Paris se soulevèrent, menacèrent le roi jusque dans son palais, et livrèrent au pillage la maison d'Etienne Barbet, bourgeois à qui la rumeur publique imputait d'avoir conseillé la fatale ordonnance. Philippe le Bel réussit cependant à rassembler ses archers et à comprimer l'émeute. De nombreuses arrestations furent faites, des centaines d'hommes, jugés sommairement, furent pendus aux arbres qui avoisinaient les portes de Paris; on éleva partout de nouvelles potences, et toutefois le roi modifia son édlt dans le sens des réclamations populaires et de la justice.
Le roi craignait la bourgeoisie et le peuple de Paris, mais il prenait sa revanche en sévissant à de fréquentes reprises contre les juifs. En i3o6 il expédia des ordres secrets aux commandants de toutes les provinces pour que, le 2!2 juillet, jour de Sainte-Madelaine , ils eussent à surprendre tous les juifs dans leurs domiciles et à se saisir de
leurs biens. Pas un seul homme de la nation proscrite n'é-
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chappa aux poursuites du roi; on arracha aux prisonniers, par la crainte des tortures, la révélation de leurs richesses, et leurs immeubles furent vendus au profit du trésor. Après avoir ainsi dépouillé les juifs de son royaume Philippe le Bel porta contre eux un ordre de bannissement contre lequel aucune réclamation ne s'éleva dans les rangs du peuple.
Sous le règne du même prince les annales de Paris présentent encore un petit nombre d'incidents dignes de figurer dans l'histoire ; notre devoir est de les recueillir.
En 1295 était morte à Paris la reine Marguerite de Provence , veuve de saint I^ouis ; elle fut inhumée à Saint- Denis, près du roi son époux. Longtemps avant sa mort elle s'était retirée dans le monastère des Cordeliers du faubourg Saint-Marceau, dont plusieurs chroniqueurs lui attribuent la* fondation. Trois ans plus tard, une bulle du pape ayant prononcé la canonisation de saint Louis, il y eut à Paris, le Si5 août 1298, une grande solennité religieuse. Le corps du pieux monarque, que pleurait la France, fut placé dans une magnifique châsse d'argent, porté processionnellement de Saint-Denis à Paris, et déposé à la Sainte-Chapelle.
Sur ces entrefaites la ville de Paris avait accordé au roi cent mille livres parisis pour racheter un droit montant à un dernier par livre que le prince faisait percevoir tant du vendeur que de l'acheteur sur- les denrées de toute nature. Les habitants des faubourgs Saint-Germain et Saint-Marcel, prétendant qu'ils ne faisaient point partie de la population parisienne, refusèrent de contribuer au payement de ce rachat. La ville de Paris contesta leur droit, et l'affaire fut soumise au Parlement, qui donna
gain de cause aux faubourgs. Le même arrêt ordonna que, par exception au privilège d'être exemples des taxes publiques, les femmes veuves de Paris contribueraient, danscette circonstance, et selon leur fortune, au payement des cent mille livres dues au roi.
Les annales de Paris mentionnent en Tannée 1296, et à la date du ao décembre, une crue subite de la Seine; pendant huit jours les eaux du fleuve inondèrent les bas quartiers delà ville, et la violence du courant fut si grande qu'elle fît tomber les deux ponts de pierre et les maisons qui , selon l'usage de cette époque, étaient construites sur ces mêmes ponts. Leur chute écrasa les moulins qui étaient dessous. Le châtelet du Petit-Pont fut également renversé, et la banlieue de Paris, toute couverte par les eaux, présenta l'aspect d'un immense lac. Partageant la douleur générale, le roi organisa un système de secours en faveur des victimes de l'inondation et fit peu à peu réparer les désastres qu'avait causés la crue du fleuve.
L'auteur de la Chronique de Saint-Magloire^ imprimée dans les Fabliaux de Barbasan^ raconte ainsi ce terrible événement :
Furent les iaues grans, en décembre.
Si vilainement parer ues
Qu'cl alèrenl parmi les rues ;
h% mesons grant mal des firent,
Car pons et molins abatirent
De Paris, de Miaux, d'autres villes.
Abati Tiaue mesons et caves, Ne oncques mais, si com je cuit, Tel déluge home ne vit ;