‹ Histoire de Paris, depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours (volume 5)Chapitre 16 sur 39 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

Églises | monuments, institutions.

On sait déjà que sous la première race il existait à Paris, vers la rive droite de la Seine, une église dédiée sous le vocable de saint Gerçais et saint Protais. Fortunat dit que l'évêque saint Germain, dès le temps de Childebert, venait y faire sa prière. Le testament d'Ermentrude, qui date de la dernière année du septième siècle, fait mention de cette même église en ces termes : Basilicœ domini Gervasii annulo aureo, nomen meum in se liabente script um, dari prœcipio. Sous la seconde race, l'évêque de Paris ayant établi des stations dans les églises de cette ville , aux jours des fêtes patronales, Saint-Gervais fut compris dans le nombre. Plus tard encore, lorsque l'évêque commença à être accompagné à l'autel de prêtres assistants ou prêtres cardinaux, le prélat ayant choisi des prêtres du clergé de Paris hors de l'enceinte de la Cité, l'un d'eux fut, selon le langage du temps, le prêtre (le curé) de Saint-Gervais. Tout indique, sans qu'il en soit fait mention dans les annales, que ce monument religieux eut beaucoup à souffrir des ravages des Normands. On ignore d'ailleurs vers quel temps l'église Saint-Gervais fut érigée en paroisse. Au onzième siècle elle devint la propriété des comtes de Meulan, qui en firent don, dans la suite, au prieuré de Saint-Nicaise. Vers le milieu du douzième siècle cette église et l'église Saint-Jean étaient indiquées comme situées

dans le bourg ou dans le quartier de la Grève , in vico qui dicebatur Greva. Cent ans plus tard la cure de Saint- Gervais continuait d'être à la nomination du prieur de Saint-lNicaise de Meulan, bien que ce prieuré dépendît alors de l'abbaye du Bec. A cette époque on avait commencé à la reconstruire, mais elle ne fut sans doute terminée que vers l'an 1420, car en cette même année la dédicace de Saint-Gervais fut faite par Gombaud, évêqued'Agrence in partibus . L'inscription suivante , gravée sur une pierre incrustée dans le mur de la nef gauclie, rappelle la date de la dédicace :

« Bonnes gens , plaise vous sçavoir que cette présente église de messeigneurs saint Gervais et saint Protais fut dédiée le dimanche devant la fête de saint Simon saint Jude, l'an i4^o? par la main de révérend Père en Dieu maître Gombault, évêque d'Agrence, et sera à toujours la fête de l'annualité de dédicace le dimanche devant ladite fête de saint Simon saint Jude, s'il vous plaît y venir y recommander vos maux, et prier pour les bienfaiteurs de cette église, et aussi pour les trépassés. Pater nos ter. Ave, Maria. »

L'abbé Lebeuf ne croit pas que l'église actuelle de Saint- Gervais soit celle qui fut dédiée en 1420, sous le règne de Charles VI.

« L'inscription que l'on voit dans l'église, dit-il, est un monument conservé de cette ancienne église, de laquelle il ne reste rien maintenant. 11 suffit de connaître le genre d'architecture usité dans les bâtiments de l'église sous le règne de Charles VI pour assurer que l'édifice actuellement existant n'a rien qui soit assez ancien pour qu'on puisse dire que la dédicace en a été faite en 1420. On peut avancer comme certain que dans les vitrages, dont la plu-

436 HISTOIRE DE PARIS. (1380 lb98)

part sont d'une grande beauté, il n'y a point d'ouvrage qui précède le règne de Louis XI. »

Sans partager en tout l'opinion de Lebeuf , on ne peut nier que plusieurs détails importants de l'église, indépendamment du portail , ne paraissent postérieurs au quatorzième siècle. Nous mentionnerons les agrandissements successifs de cette église lorsque nous aurons à parler de la reconstruction de son portail, sous le règne de Louis XIII.

Un autre édifice religieux dont l'origine est fort ancienne, mais qui fut reconstruit au quatorzième siècle, sous Louis XI, est l'église Saint-Landri.

Ce fut d'abord, et à l'époque mérovingienne, une cbapelle dédiée sous le vocable de saint Nicolas. Lors des ravages des Normands sous la seconde race, les prêtres de Saint-Germain l'Auxerrois (alors Saint-Germain le Rond), qui conservaient le corps de saint Landri, l'un des patrons de leur église , voulant mettre leurs reliques et les cbâsses précieuses qui les renfermaient à l'abri des barbares, les transportèrent dans la chapelle de Saint-Nicolas, qui était comme un lieu de refuge à cause de sa situation dans l'île de la Cité. Les Normands s'étant retirés, les prêtres de Saint-Germain laissèrent une partie de leurs reliques à la chapelle de Saint-Nicolas , qui , dès lors , prit le nom de Saint-Landri. Le plus ancien monument qui fasse mention de cette église est une charte de Maurice de Sully, donnée pour l'abbaye d'Hérivaux, et souscrite par Jean, prêtre de Saint-Landri, en 1 1 60. Des lettres de 1171, du mêmeMaurice de Sully, confirment la vente que/e prêtre et les paroissiens de Saint-Landri avaient faite d'une vigne en Lacis, moyennant 20 livres qui devaient être employées à la réparation de la maison presbytérale. Vers cette

époque il y eut quelques discussions entre l'église cathédrale et celle de Saint-Germain l'Auxerrois au sujet du droit de nomination à la cure de Saint-Landri. L'église de Saint-Germain fut confirmée dans le droit de patronage, parce que Saint-Landri occupait un terrain qui faisait partie de sa censive.

L'église de Saint-Landri n'ayant plus, en 1408, les reliques de son patron, qui lui avaient été autrefois données, Pierre d'Orgemont lui accorda une partie de celles que l'on conservait à Saint-Germain l'Auxerrois, lorsque cet évêque transféra ces reliques dans une nouvelle châsse. Durant le règne de Louis XI cet édifice fut reconstruit sous une forme carrée peu étendue en longueur, et ayant une aile de chaque côté. Avant 1789 on y voyait plusieurs tombeaux, dont le plus remarquable était celui de Girardon et de sa femme, Catherine Duchemin, exécuté, sur les dessins de Girardon, par deux de ses élèves, Nourrisson et Lorrain. Ce tombeau, déposé au musée des monuments français pendant la Révolution, fut transporté, en 181 7, dans l'église Sainte -Marguerite. On remarquait à Saint- Landri des fonts baptismaux composés d'un bloc de phorphyre dont les ornements et les charnières étaient de bronze doré en or moulu ; cet ouvrage, dû au ciseau du marbrier Lapierre, avait été donné à l'église, vers la fin du règne de Louis XIV, par le curé de la paroisse. Supprimée durant la Révolution, l'église Saint-Landri était devenue une propriété particulière et a été entièrement démolie sous Charles X.

De notables agrandissements, d'importantes modifications eurent lieu, durant le quinzième siècle, qui contribuèrent beaucoup a la splendeur artistique de l'église

Saint-Germain V Auxerrois. Nos lecteurs nous pardonneront de résumer ici tout ce que nous avons dit, tout ce qui nous reste à dire au sujet de cet édifice.

On a vu plus haut que, vers le milieu du cinquième siècle, peu de temps après la mort de saint Germain d'Auxerre , les Parisiens avaient élevé une chapelle à l'entrée de la route qui conduisait à Nanterre ; cette chapelle servait de baptistère aux habitants des campagnes voisines, séparées de la Cité et de l'église paroissiale par la Seine , dont les débordements fréquents étaient un péril et un obstacle. Un siècle après, sous l'épiscopat de saint Germain de Paris, cette même chapelle fut reconstruite ou agrandie , et les travaux ne furent terminés que vers l'an 58 1, au temps de Chilpéric 1er. La nouvelle église était bâtie en forme de rotonde, d'où lui était venu le nom populaire de Saint- Germain le Rond. Sousle règne de Clotairell, en 606, elle devint basilique et tint le second rang après la cathédrale. Bientôt on établit, dans les constructions qui l'entouraient, une école déjà célèbre sous Grégoire de Tours et qui brilla d'un éclat plus vif encore au début de la période carlovingienne. Lors de l'invasion des Normands elle subit la loi commune des édifices chrétiens et fut à demi ruinée par les barbares. Abbon, moine de Saint-Germain des Prés, qui a décrit le siège de Paris (885-886), nous apprend que les Normands, retranchés dans l'église et dans l'enclos de Saint- Germain l' Auxerrois, qu'il appelle encore Saint-Germain le Rond , s'y étaient fortifiés , et qu'ils avaient creusé en avant de leur camp des fossés larges et profonds, dont une rue voisine portait encore le nom il y a peu d'années. Après Tan iooo, Robert le Pieux releva les ruines de cet édifice et rétablit le collège de chanoines qui desservaient

l'église dès le règne de Charlemagne. En érigeant la collégiale Robert lui confirma son titre d'église royale, qu'elle tenait de Childebert. Sa juridiction s'étendait sur de vastes domaines et sur des campagnes où, depuis lors, se sont élevés de splendides quartiers, qui , plus tard, comprirent neuf paroisses de la ville et de la banlieue, savoir : Boulogne, Auteuil, Passy, la Magdeleine, Sainte-Agnès (Saint- Eustacbe), Saint-Landri, les Saints-Innocents, Saint-Sauveur et Saint- Roch. Lorsque le quartier de Paris où était située l'église de Saint-Germain l'Auxerrois eut vu sa population s'accroître, et vers le règne de Pbilippe-Auguste, les ebanoines qui la desservaient nommèrent un vicaire pour remplir les fonctions de leur ministère , et c'est ainsi que l'église collégiale fut érigée en cure. Quand le Louvre fut devenu la demeure des Capétiens l'église Saint-Germain l'Auxerrois fut érigée en paroisse royale, mais elle fut successivement et pièce à pièce rebâtie et agrandie. Ces constructions, qui la transformèrent, furent commencées à la fin du treizième siècle et se prolongèrent longtemps après le quinzième. C'est à peine si, de nos jours, on peut encore reconnaître quelques vestiges de l'église du roi Robert ; on les découvre dans la partie inférieure de la tour romane, dépouillée, depuis un siècle, de sa flèche élevée en forme de pyramide hexagone.

Le chœur fut bâti durant le treizième siècle , ce que témoignent les fenêtres à lancettes de l'abside. La face de Notre-Seigneur se voit isolée et apparente à la clef de voûte de cette abside , circonstance qui se rencontre trèsrarement dans les églises du moyen âge. Le grand portail ouvert sous le porche est également d'une date très-ancienne. Les archéologues nous font admirer ses six statues

hiératiques et son archivolte, où se voient la parabole des vierges sages et des vierges folles et les images symboliques du paradis et de l'enfer. Il n'y a à Paris que deux anciens édifices du style ogival qui soient précédés d'un porche : ce sont la Sainte-Chapelle et Saint-Germain l'Auxerrois. Sous le règne de Charles VI on reconstruisit la nef. Ceux qui ont conservé très -intacte la tradition de l'art se plaignent de ce que les nervures des voûtes et des ogives, au lieu de reposer sur des chapiteaux en saillie, viennent pénétrer insensiblement des piliers monostyles sans soubassement; ils reconnaissent, il est vrai, que ce n'est point la faute des premiers architectes, mais qu'on doit cette circonstance regrettable aux constructeurs plus modernes , qui , sous prétexte de remaniement, détruisirent l'ordonnance primitive du chœur.

L'église Saint-Germain l'Auxerrois, en dépit de quelques restaurations maladroites ou de certains embellissements dénués de goût, était à coup sûr l'un des plus magnifiques édificeschrétiens dont s'enorgueillissait Paris. On admirait lessplendides verrières qui garnissaient les larges fenêtres ogivales ouvertes dans le transept et dans la nef, et dont les meneaux entrelacés en lignes ondulées caractérisaient le style flamboyant ; on ne pouvait se lasser de contempler le chœur et les chapelles, et leurs vitraux riches de couleur et de dessin, sur lesquels les pieux artistes du quinzième siècle avaient représenté des scènes évangéliques, la Passion du Sauveur et les miracles qui s'opérèrent lors de la translation des reliques de saint Vincent, diacre, par les moines de ïarbes. Il nous reste encore de précieux débris de cette antique décoration dans les six verrières et les deux roses du transept.

(1380-1M8) LIVRE X. CHAPITRE II. 44 f

Vers le milieu du dix-huitième siècle cette belle église eut a subir les humiliants et irrationnels rajeunissements que dirigea l'architecte Bacarit, à la grande joie des chanoines et des marguilliers de cette époque, les uns et les autres hors d'état d'apprécier et d'aimer les merveilles mystiques de l'architecture chrétienne. On commença par détruire le jubé, œuvre très-remarquable de la Renaissance, et qui avait pour auteurs Jean Goujon et Pierre Lescot. Cette destruction, digne des barbares, fut désapprouvée même par les contemporains de Louis XV. Quant au surplus des outrages que l'on fit subir au monument, sous prétexte de mettre d'accord le genre moderne et le genre gothique, les écrivains de cette époque les énumèrent avec complaisance et admiration. « Cet habile architecte, disent-ils en parlant de Bacarit, est parvenu à marier les deux styles de la manière la plus heureuse — 11 y est arrivé en cannelant les colonnes et en rehaussant les chapiteaux de deux pieds. Dans les masses qui sont audessus des arcades il a retaillé des tables qui sont enfoncées avec un caisson dans le milieu. Au pourtour du chœur, au-dessous des croisées, règne une balustrade d'entre-lacs, enrichie de fleurons. Les dessous des piédestaux de cette balustrade sont ornés de consoles, avec des têtes de chérubins, accompagnées de guirlandes . Quatre consoles de marbre, enrichies de guirlandes, caisson sur la tête et graine dans les cannelures, le tout de bronze doré d'or moulu, soutiennent le maître-autel On a pris des mesures pour procurer du jour à toute l'église en supprimant les rosettes gothiques et une grande partie des meneaux des croisées. On a mis à leur place des vitraux neufs, au moyen desquels tout l'intérieur de ce bâtiment est parfai-

tement éclaire (Hurtautet Magny ). » C'est de cette manière que le dix- huitième siècle encourageait les ineptes dégradations que les artistes alors en faveur infligeaient aux plus beaux monuments de l'époque ogivale. Les Vandales, eux du moins, ne s'émerveillaient pas devant leurs œuvres de brutale violence ; ils ne les rattachaient ni au triomphe, ni à la gloire du goût.

Les architectes du dix-huitième siècle ne pouvaient tout détruire, sous prétexte d'embellir; ils ont dû laisser subsister le portique, bâti en 1^09 par Jean Gaurel, maçon-tailleur de pierres, pour la somme de 960 livres. «Il ne le cède en magnificence, dit Sauvai, qu'à celui de laSorbonne. » La comparaison ne nous paraît guère acceptable, tant il y a de différence dans le style des deux monuments. Sauvai ajoute : « C'est le plus grand de ceux qu'on peut voir à Paris, et il est plus remarquable que les portiques de Saint- Germain des Prés, de Saint-Martin des Champs, de Saint- Victor et du Temple. » Sous le portail, qui date du treizième siècle, on voit encore six statues de la même époque; à droite celles de saint Marcel, de sainte Geneviève et de saint Vincent (ou saint Landri ) ; à gauche celles du roi Childebert, de la reine Ultrogothe, et d'un diacre que l'on croit avoir été saint Vulfran. L'église de Saint-Germain l'Auxerrois est entourée de chapelles où l'on remarque quelques vitraux d'une bonne exécution. Dans celle ou les marguilliers s'assemblaient on remarquait autrefois une assez belle copie de la Cène de Léonard de Vinci. Le grand ouvrage connu sous le nom de Gai lia Christiana renferme quelques détails sur les chapelles qui entourent la nef, et dont les plus anciennes ne remontent pas au delà du quinzième siècle. Elles ont été dégradées et

profonces, ainsi que le reste de l'église, en 1793, alors que ce magnifique édifice fut transformé en manufacture de salpêtre. Comme les autres églises de Paris, Saint-Germain l'Auxerrois ne fut rendu au culte catholique qu'après la publication du concordat, en l'an X.

Dans les travées du porche qui correspondent aux portes latérales de la façade on a pratiqué deux salles carrées fort curieuses, où le chapitre déposait ses archives et les objets les plus précieux ; nous plaçons, dans le spécimen ci-après, la plus intéressante sous les yeux de nos lecteurs.

À la honte de notre siècle, cette basilique sacrée a été livrée à de plus récentes profanations. Le 14 février i83i , six mois après la tempête qui avait chassé de France les Bourbons de la branche aînée , le curé de Saint-Germain l'Auxerrois célébra dans cette église un service funèbre en commémoration de la mort du duc de Berri, tué, onze ans auparavant, par le démagogue Louvel. Cette cérémonie religieuse donna lieu, de la part des amis de la famille exilée, à quelques démonstrations imprudentes, qui, à leur

444 HISTOIRE DE PABIS. (1380 1498)

tour, servirent de prétexte à d'abominables scènes de desordre. Les misérables ém eu tiers qui, à cette déplorable époque, tenaient le pouvoir sous le joug, soulevèrent les hordes dont ils disposaient et précipitèrent sur l'église une multitude d'hommes avinés, en guenilles, parmi lesquels (on était en carnaval) il s'en trouvait beaucoup de masqués, beaucoup d'autres affublés des plus ignobles costumes. L'église, envahie par ces bandes, assiégée par la plus vile canaille, devint le théâtre des plus horribles sacrilèges, et l'autorité, se croyant impuissante, laissa faire jusqu'au bout sans essayer de mettre obstacle aux attentats populaires. La garde nationale, l'arme au bras, resta témoin de ces fureurs criminelles, attendant des ordres qui lui vinrent tardivement. Paris se souviendra à jamais de ces jours sinistres, où les croix furent abattues et traînées dans les carrefours, ou l'auguste temple dans lequel s'étaient agenouillées trente générations fut livré à de brutales destructions, à des dévastations impies.

A la suite de ces horribles excès l'église de Saint-Germain l'Auxerrois, dégradée et à demi détruite, resta fermée au public et offrit le douloureux spectacle de ses ruines. La révolution en eût volontiers fait ses gémonies. Cependant les gens honnêtes s'émurent à leur tour, le pouvoir eut honte de sa lâcheté ; la ville de Paris ne voulut pas davantage étaler le témoignage des opprobres révolutionnaires.

Le 12 mai 1837 une ordonnance royale prescrivit de rendre au culte l'église de Saint-Germain l'Auxerrois. Le conseil municipal, mis en demeure de réaliser cet ordre du pouvoir, n'épargna rien pour rendre au monument sa splendeur antique. M. Lassus, architecte plein de talent,

(1380-1498) LIVRE X. CHAPITRE II. l\f\S

et dont l'art chrétien déplore la perte , fut chargé de cette restauration, sous la direction de M. Godde, architecte de la ville. 11 sut faire revivre cette unité de pensée que révèle d'ailleurs l'ordonnance primitive de cette église. De 1837 à 1842 de grands travaux de consolidation furent exécutés. Ses meneaux furent rétablis à la rose occidentale et aux fenêtres qui les avaient perdus ; les voûtes, les murs, les piliers furent regrattés et rejointes. Sur la pointe du pignon occidental, là où pendant trois siècle on avait remarqué la statue de saint Michel, on plaça l'effigie d'un ange, œuvre d'art qui fit honneur à M. Marochetti. Le porche fut restauré et orné de peintures que les intempéries ont altérées et qui n'ont point présenté le caractère durable des fresques d'autrefois. Les pavillons latéraux du porche, reliés entre eux par une galerie découpée à jour, furent de nouveau couronnés de leurs toits aigus, amortis d'épis et de crêtes. Le pilier trumeau de la porte médiane fut rétabli et orné d'une statue de la sainte Vierge. Un grand nombre de verrières modernes complétèrent la décoration de l'église; elles garnissent la rose occidentale, les dix basses fenêtres de la nef, les tympans des portes du transept, les cinq lancettes de l'abside et les onze fenêtres des chapelles du chevet. La chapelle de la Sainte-Vierge fut ornée d'un retable en pierres, avec arcatures ogivales, exécuté sur les dessins de Lassus, et de peintures murales par Amaury Duval et Vivet père. Les grilles du chœur, chef d'œuvre de serrurerie de l'époque de Louis XV, le banc d'œuvre, précieuse composition du peintre Charles Le Brun, et la chaire de Mercier, horriblement mutilés par l'émeute, furent restaurés avec un soin habile, et il ne resta, des profanations accomplies par les iconoclastes de

l'anarchie, que le lamentable souvenir, qu'une émotion douloureuse mêlée d'attendrissement et de remords (r).

Durant le quinzième siècle, au milieu des calamités qui pesaient sur le royaume, on n'élevait à Paris qu'un bien petit nombre de monuments destinés à émerveiller le regard; maîtres de la moitié du royaume, les Anglais construisaient dans nos provinces de l'Ouest de splendides églises dont on admire encore aujourd'hui l'architecture ; à Paris on se bornait à des œuvres plus humbles, on fondait des hospices et des collèges.

Dès le treizième siècle il existait dans un lieu voisin de Paris, et appelé Rotulum ou Rollum, d'où l'on a fait le Roule, une léproserie ou une maladrerie fondée par les ouvriers de la Monnaie et destinée à recevoir huit d'entre eux que l'âge ou les infirmités mettaient hors d'état de travailler; quatre d'entre eux étaient placés dans cet hospice par l'évêque de Paris, quatre autres par les ouvriers euxmêmes. On les appelait, sous Charles VI et ses successeurs, les frères de l'Hôtel du Roule. Sous le même règne, et vers l'an i4o3, fut fondé Y hôpital des Orfèvres ou de Saint-Eloi, alors situé dans la rue des Deux-Portes, qui plus tard fut appelée rue des Orfèvres. La corporation des orfèvres y faisait placer les ouvriers, et, au besoin, les maîtres de cette profession qui tombaient à la charge de la charité. La chapelle Saint-Éloi, affectée à cet hospice, était desservie par un chapelain choisi, autant que possible, parmi les fils d'orfèvres, et qui ne pouvait être révoqué que par la corporation elle-même.

Près de vingt ans plus tard, en i4^5, et durant la do-

(i) Les Pèlerinages de Paris, par l'auteur de ce livre.

ÉJg.'Vj», *.''• % :\

«ai

mination anglaise, Jean Ghenart, garde de la Monnaie de Paris, fonda dans la rue Saint-Sauveur un petit hospice destiné à huit pauvres femmes veuves de sa paroisse. Jusqu'à la fin du dix-huitième siècle les héritiers du fondateur jouirent du même privilège. La révolution française, qui bouleversa le monde, mit fin, sans que personne y daignât songer, à cette modeste et pieuse institution.

Sous le règne de Louis XI, en 1492, un Cordelier, nommé Jean Tisserand, convertit un grand nombre de femmes qui vivaient dans la débauche ; il en réunit plus de deux cents qui prirent la résolution de faire pénitence de leurs dérèglements passés et de s'enfermer pour le reste de leur vie. Cet établissement ne fut toutefois autorisé que quatre ans après, par lettres patentes de Charles VIII, en date du 14 septembre i4Ç)6, et Alexandre VI approuva et confirma, l'année suivante, cet institut, sous Tordre et la règle de Saint- Augustin. Quoique Charles VIII eût pris dans ses lettres patentes le titre de fondateur, les religieuses de cette communauté ne regardaient comme le véritable que Louis II d'Orléans, qui ne tarda pas à régner. Ce prince avait donné aux Filles pénitentes la moitié de l'hôtel de Behaigne ( Bohême ) ou d'Orléans, nommé depuis hôtel de Soissons , sur lequel on a construit la halle aux Blés et que nous aurons plus tard à décrire. L'autre moitié appartenait à Pierre Lebrun, son valet de chambre, et à Robert de Franzelles, son chambellan ; ce dernier la vendit, le 6 avril 1499, aux Filles pénitentes, pour la somme de deux mille écus d'or couronnés.

L'évêque de Paris, Jean Simon de Champigny, donna à ces religieuses de singuliers statuts. Pour être admises

Zj/jS HISTOIRE DE PARIS. (1380-1498)

dans le couvent, les filles ou les femmes étaient tenues de donner des preuves suffisantes de leur libertinage, et d'affirmer par serment sur les saints Evangiles, en présence du confesseur et de cinq ou six personnes, qu'elles avaient mené une vie dissolue. Cette disposition donna lieu aux plus regrettables abus. Pressées par la misère, des filles qui jusqu'alors s'étaient honnêtement conduites se livraient au désordre pour avoir droit à recevoir asile parmi les Pénitentes. Lorsque ce fait était reconnu elles étaient renvoyées aussitôt (i). On lit enfin dans un article du règlement : « Vous savez qu'aucunes sont venues à vous qui étoient vierges et bonnes pucelles, et telles ont été par vous trouvées, combien qu'à la suggestion de leurs pères et mères, qui ne demandoient qu'à s'en défaire elles eussent affirmé être corrompues (2). » Cette ruse singulière exigea une scrupuleuse surveillance lors de l'admission de nouvelles religieuses. Ce règlement, du reste, fut abrogé dans la suite, et l'on reçut dans ce couvent des femmes pieuses et d'une conduite exemplaire. Dans l'origine les Filles pénitentes, ou, comme l'on disait alors, les Filles de Paris, quêtaient dans la ville ; mais, quand elles furent devenues plus riches, on leur fit observer une clôture rigoureuse.

On lit dans la compilation d'Hurtaut et Magny : « Ces religieuses, ainsi établies dans l'hôtel d'Orléans, y demeurèrent jusqu'en 1 5^2, selon Dubreul et plusieurs autres écrivains qui l'ont copié, mais plus véritablement jusqu'en i58o, puisque la bulle de Grégoire XIIT qui ordonne que les moines de Saint-Magloire seront transférés

(i)Piganiol, t. II, p. i34.

(2) Histoire des Ordres monastiques, t. IV, page 239.

(1380-1498) LIVRE X. CHAPITRE ÎJ. f[l\C)

dans l'hôpital de Saint- Jacques du Haut-Pas, est datée du premier jour de mars de cette année-là , et qu'il n'y a pas d'apparence que ces moines aient quitté leur monastère de la rue Saint-Denis avant que le pape leur eût permis d'aller occuper ledit hôpital. Il est constant que ce fut en 1572 que la reine Catherine de Médicis résolut de faire bâtir un palais dans l'endroit où étoient les Filles pénitentes; mais probablement la négociation de cet échange ne fut terminée à la cour de Rome qu'en i58o. La bulle n'en fut même registrée au Parlement qu'en 1 586. Les moines de Saint-Magloire ayant donc été transférés dans l'hôpital de Saint- Jacques du Haut-Pas , les Filles pénitentes furent introduites dans le monastère de la rue Saint-Denis, qu'ils venoient de quitter, et elles y ont toujours demeuré depuis. Charles IX , par contrat passé le 4 novembre 1572, leur assura à perpétuité la rente de 2,000 livres que le roi Henri II ne leur avoit accordée que pour neuf ans. La reine Catherine de Médicis leur alloua, par donation irrévocable, 1,000 livres tournois de rente , à prendre sur l'hôtel de ville de Paris, et s'engagea de plus à leur faire accorder par les ducs d'Anjou et d'Alençon chacun 1,000 livres de rente, et de leur en faire passer acte en bonne forme ; lesdites 2,000 livres de rente rachetables néanmoins après le décès desdits ducs, parleurs hoirs ou ayants- cause, moyennant la somme de 12,000 livres tournois une fois payée, qui étoit pour chacun la somme de 6,000 livres tournois, une fois payée.

« Sous la Ligue, pour remédier au relâchement qui s'étoit introduit dans la communauté des Filles de Saint- Magloire, on tira la mère Marie Alvequin de l'abbaye

UIST. DR PARJP. — T. II. z9

45o HISTOIRE DE PARIS, (1380-M9R)

Montmartre, avec sept autres religieuses, qui entrèrent a Saint-Magloire le 2 juillet 1616 et y rétablirent la régularité, mais cependant avec quelque adoucissement des anciennes austérités pratiquées autrefois dans cette maison . »

Quoi qu'il en soit, cette communauté, qui subsistait encore en 1790, disparut ave* les ordres religieux qui furent abolis par les décrets scbismatiques de l'Assemblée constituante.

Un hospice de veuves avait également été fondé, en 1 497 , au moyen d'une somme léguée par Catherine du Homme, veuve d'un maître des requêtes nommé Guillaume Barthélémy. Cette maison existait rue de Grenelle Saint-Honoré. On y recevait huit pauvres veuves ou filles, âgées de cinquante ans au moins, et de la paroisse Saint- Eustache. Le choix était fait par deux familles de Paris, les Bobusse et les Le Pilleur , qui descendaient de Catherine du Homme. Cet établissement s'était éteint assez obscurément plusieurs années avant la révolution française.

Sous le règne de Charles Vil saint François de Paule avait institué, au fond de la Calabre, l'ordre des Minimes, qui se rattachait à l'ordre des Franciscains; ces religieux portaient également le nom de Frères hermites de Saint- François d Assises. Leur pieux fondateur chargea quelques-uns d'entre eux de se rendre à Paris et d'obtenir un établissement dans cette ville; mais ceux-ci rencontrèrent les plus vives oppositions, qui furent suscitées surtout par Michel Standonc et Jean Quentin, pénitencier de l'Eglise de Paris. Le fondateur vint alors en personne à Paris, alla trouver Standonc et Quentin, et par ses discours aplanit si bien les difficultés que Jean Quentin se char-

gea de trouver un établissement à Paris pour les Minimes et accepta la qualité de procureur clu nouvel ordre. Il reçut chez lui six religieux, les logea dans sa maison et les nourrit pendant seize mois, au bout desquels ils obtinrent enfin une donation importante. Jean de Morbier, seigneur de Villers le Morbier, chambellan de Charles VIII, leur céda la vieille tour, appelée château de Xigeon (26 août i49^)- Au m°is suivant la donation fut confirmée par le roi, et les Minimes furent mis en possession du lieu par Jacques d'Estouteville, prévôt de Paris, dans la personne de Jean Quentin, leur procureur. Trois ans après, la reine Anne de Bretagne acheta, pour 674 livres, la maison de son contrôleur Jean de Cerisy, avec les dépendances, contenant une tour carrée , nommée aussi Nigeon, et six ou sept arpents de terrain. Elle en transporta aussitôt la propriété aux Minimes, y joignit une autre pièce de terre de sept arpents contiguë et située dans la paroisse de Chaillot; enfin elle exempta le couvent de toute redevance et de tous devoirs féodaux. La reine Anne mit une seule condition à ses libéralités, qui ne s'arrêtèrent même pas là : ce fut la construction du monastère déjà commencé sous le titre de Notre-Dame-de-toutes-Grdces, du nom d'une ancienne chapelle qui existait en ce lieu. Anne de Bretagne posa la première pierre de l'église, qui ne fut achevée que sous François 1er, et dédiée plus tard encore, le 12 juillet 1578, par Henri Le Meignen, évêqrpe de Digne.

Cette église, placée, comme le couvent, sous l'invocation de Notre-Dame-de-toutes-Giâces, était grande, belle, et contenait quelques monuments tumulaires assez remarquables. On y voyait ceux des d'Ormesson et des Duprat,

et celui du maréchal de Rantzau. Supprimé en 1790 ce couvent a été remplacé par des bâtiments destinés à des travaux industriels et par un chemin qui adoucit la pente de la colline dite des Bons-Hommes.

L'architecture civile, à cette époque, signalait ses progrès en bâtissant des châteaux, forts et des hôtels féodaux dont les débris font encore aujourd'hui l'admiration des artistes. Aux portes de Paris, et bien avant le règne de Charles Yl, on avait construit une résidence princière dont le souvenir doit être ici mentionné et sur les ruines de laquelle s'élève maintenant une prison réservée aux fous; nous voulons parler de Bicétre.

Dès le treizième siècle le terrain sur lequel avait été bâti ce château s'appelait laGrange-aux-Queux. Quelques auteurs assurent, on ne sait trop pourquoi, que sur ce même emplacement existait jadis la demeure de Pépin le Bref, père de Charlemagne.

Sous Philippe le Bel, Jean, éveque de Winchester, y avait fait construire une maison que le peuple nomma château de Winchestre, puis , par corruption , Biches tre et enfin Bicêtre. Cette habitation seigneuriale est mentionnée sous ce dernier nom dans les comptes de la prévôté de Paris, en i/p3. Depuis longtemps elle avait été ruinée et presque détruite durant les guerres civiles qui désolèrent la France sous Charles YI. Jean de France, duc de Berri, l'acquit d'Amédée VIII, comte de Savoie, et fit réédifier, le château. Comme le sol dépendait de la seigneurie de Gentilly, l'évcque de Paris, en sa qualité de seigneur, s'opposa à ce que le duc y fit des fossés et des ponts-levis , déclarant que ce terrain était roturier et dans la juridiction é pi s< opale .

A l'intérieur, ce château, embelli par le duc de Berri, était remarquable par sa magnificence ; un historien contemporain, Le Laboureur, met à portée d'en juger. Après avoir dit que la faction bourguignonne, dirigée par Le" gois, Thibert et Saint- Yon, bouchers, assiégea , en i/ji i, ce château, il ajoute que les factieux s'en emparèrent, brûlèrent, pillèrent, détruisirent de fond en comble ce bel édifice , dont il ne resta d'entier que deux petites chambres enrichies d'un parfaitement bel ouvrage à la mosaïque. « Les gens d'honneur furent d'autant plus offensés de cette insolence que la perte en fut irréparable , surtout celle des peintures exquises de la grande salle.... On y voyait les portraits originaux de Clément VII et des cardinaux de son collège, les tableaux

454 HfSTOFRE DE PARIS. 1380-1498)

des rois et prinees de France , ceux des empereurs d'Orient et d'Occident. »

Quelque temps auparavant les ducs d'Orléans et de Berri , ligués contre le duc de Bourgogne , s'étaient renfermés dans le château de Bicetre avec trois ou quatre mille gentilshommes et six mille chevaux, pour s'opposer à la marche des Bourguignons sur Paris; mais, le duc de Bourgogne s'étant présenté avec des forces supérieures, il s'ensuivit, comme on l'a vu plus haut , un traité dit de Winchester, que Ton appela la trahison de Winchester, parce que ce traité ne dura qu'un moment. Ce traité porte la date du i novembre i4oo.

On trouve dans le recueil des ordonnances des rois de France (tomes VIII et IX) que Charles VI signa des lettres datées de Bicetre en 1 38 1 et i4°9-

Au mois de juin 1416 le duc de Berri donna ce château, dans l'état ou l'avaient laissé les bouchers alliés du duc de Bourgogne , au chapitre de Notre-Dame, avec quelques dépendances , en échange d'une promesse de quelques obits et de deux processions estimées huit vingts livres parisis de rente. Il y mit en outre cette condition positive « que les chanoines continueroient à porter le chef de Saint-Philippe , qu'il leur avoit donné , comme ils avoient fait jusqu'à présent, en procession, le premier jour de mai, tous en chapes de soie, tenant en main un rameau de bois vert , et l'église semée d'herbe verte ; et de même le jour de la Toussaint, le saint tableau des reliques, sans rameaux cependant et sans herbe. » Cette donation fut confirmée par Charles VII en il\l\\, et par Louis XI en i[fi(\, à condition que le roi en pourrait faire reprise quand il lui plairait.

Le chapitre de Notre-Dame ne fit faire aucune réparation au château de Bicêtre. Quarante-cinq ans plus tard , ce qui restait des bâtiments était devenu un repaire de voleurs, sur lesquels on le prit en i5ic).

En i63î2 Louis XIII, ou plutôt Richelieu, acquit cette propriété, fit raser jusqu'aux fondements les bâtiments encore debout , et les remplaça par des constructions destinées à servir de refuge aux soldats invalides. Il y eut à cette occasion, en i633, un édit portant établissement d'une communauté en forme d'ordre de chevalerie, du titre de Saint-Louis , pour l'entretien de ces soldats, avec règlement d'une levée pour les frais du nouvel édifice. Il était déjà assez avancé en i634 pour que Jean-François deGondi, archevêque de Paris, permît, le il\ août , d'y célébrer l'office. Une chapelle y fut élevée sous l'invocation de saint Jean-Baptiste ; elle fut remplacée, vers 1670, par une église sous le même nom.

Saint Vincent de Paul obtint de la reine Anne d'Autriche, en 1648, une partie de Bicêtre pour servir d'asile aux enfants trouvés. Ces enfants y restèrent peu de temps, l'air vif qu'on y respire étant nuisible à leur santé.

Mentionnons maintenant la fondation de divers collèges et l'institution de plusieurs corporations ou confréries civiles.

Vers le commencement du règne de Charles VI existait à Paris un modeste collège, fondé pour des écoliers basbretons, et qu'on appelait du singulier nom de Tkou Rou du Tou, en latin Tulleio ou Tullo. Il était situé près de Saint-Hilaire, dans une petite rue qui n'est point nommée

dans les actes publies, mais que Jaillot croit être la rue des Sept-Voies. C'est tout ce que l'on sait de ce collège, dont l'existence fut courte et obscure.

Dans la même rue des Sept-Voies, et sous le même règne, existait un autre collège moins inconnu; on en devait la fondation à un legs de Pierre Fortet, d'Aurillac, chanoine de Paris. D'après les dispositions testamentaires du bienfaiteur ce collège comprenait un principal et huit boursiers. Quatre de ces derniers devaient appartenir au diocèse de Saint-Flour, les quatre autres au diocèse de Paris. Avec le temps, et grâce à des donations successives, on institua au collège de Fortet onze nouvelles bourses. Trois d'entre elles furent fondées en 1 556 par Jean Beauchesne, grand- vicaire de Paris, en faveur des habitants du village de Courcelles, et deux autres, en 1578, par Nicolas Varin, principal de ce collège et depuis abbè de Brenne. Dès l'an 1 56o les bâtiments du collège de Fortet avaient été reconstruits; on l'augmenta encore depuis, en y joignant l'hôtel des évêques de Nevers et celui de Marli le Châtel. C'est dans le collège de Fortet que furent tenues les premières assemblées de la Ligue. La chapelle était sous l'invocation de saint Géraud, d'Aurillac.

Le collège de Reims, également situé rue des Sept- Voies, dut son origine à Guy de Roye, archevêque de Reims, qui en ordonna la fondation par un codicille de l'an 1399 (1). L'intention de ce prélat était d'y mettre, par préférence, des sujets nés dans les terres affectées à la mense archiépiscopale de Reims, dans sa terre de Roye ou dans celle

(1) Et non en 1412, comme le prétendent Félibien et Dulaure. Jean de Roye était mort en 1412, ayant été tué à Voltri, en 1409 lorsqu'il se rendait au concile de Pisev

de Murel. Cette disposition testamentaire, contestée d'abord par ses héritiers , fut maintenue par une transaction qu'ils passèrent avec les écoliers de Reims , au bénéfice desquels la fondation avait été faite. Ces écoliers, alors étudiants à Paris, firent l'acquisition de Y hôtel de Bourgogne, au mont Saint-Hilaire , qui leur fut vendu le \i mai i4î2 par Philippe, comte deNevers et de Rethel. En 1 4i 4 on institua un maître particulier, un chapelain et un procureur dans le nouveau collège ; mais les troubles qui agitèrent Paris quelques années après pensèrent l'anéantir. En 1418 il fut pillé par les Anglais de la faction bourguignonne et presque détruit. Ses bâtiments demeurèrent déserts jusqu'en i443, époque oii Charles Y1I le rétablit et y annexa le collège de Rhetel , qui tombait en ruines.

Ce collège de Rhetel n'était ni voisin de celui de Reims, ni contigu , comme l'ont dit plusieurs annalistes ; il était situé dans la rue des Poirées. Gaultier de Launoi l'avait institué pour les écoliers du Rhetelois, et Jeanne de Rresle v avait fondé quatre bourses pour des écoliers de Porcien. Lors de l'annexion, presque tout le revenu de ce collège était dissipé; il n'y avait même plus de boursiers.

Cette réunion soutint pendant quelque temps le collège de Reims, dont l'administration supérieure passa entre les mains de l'archevêque. Toutefois il tomba successivement dans un état si misérable qu'en 1699 il était à son tour sans boursiers, et qu'en 1720 il n'y restait que deux officiers. Le cardinal de Mailli, archevêque de Reims, entreprit de le rétablir, et chargea de ce soin l'abbé Legendre, chanoine de Notre-Dame, qui dressa des statuts,

45cS HISTOIRE DE PARIS. (1380-1498)

établit dams ce collège un principal, un chapelain, et trouva le moyen d'y réunir huit boursiers dans les lieux désignés par les fondateurs. En 174$ on en reconstruisit la façade, et en iy63 il fut réuni à celui de l'Université.

Rappelons en passant le collège Cocquerel , fondé par Nicole Cocquerel, de Montreuil -sur-Mer, et qui n'eut jamais une grande renommée; constatons également l'existence du collège de Séez. « Ce collège , dit Hurtaut, est situé dans la rue de la Harpe, du même coté que ceux de Narbonne et de Bayeux , et comme eux de la paroisse de Saint-Sé vérin, dans la censive de Saint-Jean de Latran. Grégoire Langlois, évêque de Séez, ordonna, par son testament, la fondation de deux collèges, l'un à Paris et l'autre à Angers. Jean Langlois, prêtre, né à J^onlay, dans le diocèse du Mans, curé de Saint-Séréné, près de Monseur, dans le même diocèse, et exécuteur du testament de Grégoire Langlois , son oncle, fonda ce collège le 24 février 1427, en faveur de huit boursiers, dont quatre doivent être du diocèse de Séez et les quatre autres de l'archidiaconé de Passaye, dans le diocèse du Mans. Dans ce nombre de huit étoient compris le principal et le chapelain, tous deux perpétuels et à double bourse. L'évêque de Séez devoit conférer trois de ces bourses, et celle du principal, qui étoit double, et l'archidiacre de Passaye, les trois autres bourses et l'office de chapelain, dont la bourse étoit pareillement double. Par les statuts que Jean Langlois fit, le il\ février i4^7 ( vieux style ), le maître aura 7 francs par semaine , le chapelain 6 francs, le procureur 6 francs, et chacun des boursiers 5 francs de bonne monnoie, le marc d'argent valant 8 livres ou environ. »

'.330 1-Vjb L1V RL X. CHAPITRE 11. J J[)

Le collège de la Marche, fondé sous la domination anglaise par Guillaume de la Marche et Beuve de Winville, était situé rue delà Montagne Sainte-Geneviève, Le nombre total des bourses qui y furent successivement instituées s'élevait à vingt et une ; elles étaient toutes à la collation de l'évêque, qui exerçait en même temps sur cette maison l'autorité de proviseur. Le collège de la Marche était l'un des plus renommés de l'ancienne université de Paris.

Sous le règne de Charles VI florissait la confrérie des Arbalétriers. L'origine de cette compagnie ne laissait pas d'être ancienne. « En ^79 et auparavant , dit Sauvai, les arbalétriers s'exerçoient aussi hors de la ville , dans un vaste espace nommé le champ des Arbalétriers, où conduisoit une ruelle qu'on appeloit Vallée des Arbalétriers, et ce champ étoit situé le long des murailles de Paris, entre la vieille rue du Temple et la culture Sainte- Catherine, au lieu même ou est aujourd'hui la rue des Francs-Bourgeois. Depuis, en 1390, le roi leur bailla à héritage, pour 12 deniers parisis de cens et 10 sols parisis de rente, une place de deux cent quatre-vingt-huit toises de surface, qui tenoit encore aux murailles de la ville, ou conduisoit pareillement une rue nommée la rue des Arbalétriers, et qui étoit assise entre la rue Saint- Denis et celle de Mont-Orgueil, à l'endroit même où sont bâties les rues Pavée, du Lion et Tireboudin. En il\\o, c'est-à-dire vingt ans après, le roi leur donna une tour des anciens murs tout joignant la même place, et cela du consentement du prévôt des marchands et échevins; et, moyennant 4 sols parisis de rente, payables tous les ans à la recette (]\\ Parloir aux Bourgeois , ils l'agrandirent

/|6o HISTOIRE DE PARIS. (1380-1M8)

de plusieurs toises, et cet emplacement s'appeloit, en 1 4 1 3 , le jardin des Arbalétriers et jardin du trait des Arbalétriers, en i4i6 (1). »

Par les lettres patentes de Charles VI, « il est ordonné qu'il sera fait un choix de soixante des plus hahiles arbalétriers, qu'ils s'habilleront et s'armeront à leurs frais, qu'ils jouiront de plusieurs privilèges, seront exempts de payer le quatrième du vin, les impositions et aides mises pour la guerre, les tailles, subsides, gabelles, guet et arrièreguet, excepté ce qui se lève pour les réparations et fortin cations de la ville, pour l'arrière-ban, et pour la rançon du roi. lisseront présentés aux deux prévôts, celui de Paris et le prévôt des marchands, et leur prêteront serment d'obéissance et de fidélité... Ils marcheront aux frais de la ville. Le capitaine aura cinq sous par jour, et chaque arbalétrier trois sous, sans compter la dépense de bouche pour l'homme et pour le cheval (2). »

Les confrères arbalétriers eurent soin de faire confirmer leur institution et leurs privilèges par les successeurs de Charles VI. Plus tard, cependant, leur chef renonça à son titre de roi pour prendre celui de grand-maître. Durant le quinzième et le seizième siècles il habitait un hôtel situé rue de Grenelle , à peu près en face des bâtiments appelés hôtel des Fermes.

L'usage des armes à feu , devenu plus fréquent , fit tomber en désuétude les arbalétriers et leur institution. Cependant ce corps se maintint jusque sous Louis XIV.

Les archers de Paris étaient, comme les arbalétriers, commandés par un roi et un connétable ; ils demandèrent

(1) Sauvai, t. II, p. 693.

(%) Félihien, t. II, p. 75o.

à Charles VI, en r/ji i, la permission de se constituer en confrérie, en l'honneur de Dieu, de la Vierge et de saint Sébastien. Ce roi leur accorda leur demande, ainsi que les privilèges et exemptions donnés aux arbalétriers, avec cette différence qu'au lieu d'avoir trois sous par jour ils n'eurent que deux sous. Soumis aux mêmes règles, ils avaient à peu près les privilèges des arbalétriers . Us étaient au nombre de cent vingt.

Quant aux arquebusiers de Paris, leur compagnie était également fort ancienne; on la fait remonter jusqu'au règne de Louis le Gros. Saint Louis fixa le nombre des chevaliers de l'arquebuse à cent quatre-vingts ; par lettres patentes d'avril i36g ce nombre fut porté à deux cents. Charles VIII, en 1490? confirma les privilèges de cette compagnie et en ajouta d'autres. Les arquebusiers remplissaient des fonctions semblables à celles des arbalétriers et jouissaient des mêmes privilèges. Dans l'origine ils se réunissaient dans un emplacement situé rue des Francs- Bourgeois, au Marais. En 1490 ils s'établirent entre les rues Saint-Denis et Mauconseil (1).

(1) « Les arquebusiers, dit le compilateur Hurtaut, sont ceux qui fabriquent toutes les petites armes à feu, telles que les arquebuses, carabines, fusils, mousquets, lïiousquetons, etc. Ils en forgent les canons, en font les platines et les montent sur fûts de bois.

« Toutes marchandises foraines d'arquebuse ne peuvent être exposées en vente sans avoir été préalablement visitées et marquées du poinçon de la communauté de Paris, à peine d'être lesdites marchandises saisies et confisquées, même chez les maîtres de cette capitale qui s'y seroient soustrait, et ce, pour obvier, autant qu'il est possible, aux funestes accidents qui peuvent résulter d'un canon brazé , pailleux , [boursouflé, ou vicié de quelques autres défauts que les gens de l'art peuvent seuls connoitre.

« L'apprentissage est de quatre années ; le brevet coûte 55 livres, la

462 HISTOIRE DE PARIS. (îa&O-l&W}

Nous avons dit que Louis XI favorisa l'établissement de l'imprimerie en France. Sous son règne Ulric Géring, né a Constance, Martin Grantz et Michel Friburger fondèrent à Paris le premier établissement typographique. Ils avaient été appelés en France par Guillaume Fichet, docteur en Sorbonne, et par son ami Jean de la Pierre, qui était alors prieur de cette maison. Le premier ouvrage sorti de leurs presses, et qu'édita Jean de la Pierre, fut le recueil des épîtres de Gasparino de Pergame ( Epistolœ G as pari ni Pergamensis). Cet ouvrage, qui porte la date de 1/170, est imprimé en caractères ronds, dits romains. Ce volume fut suivi des éditions des meilleurs historiens de l'antiquité. En 1473 les imprimeurs, dont le premier établissement avait été installé dans les bâtiments mêmes de la Sorbonne, transportèrent leurs presses rue Saint- Jacques, à coté de l'église Saint-Benoît. Leur enseigne était au Soleil (For. Les trois associés se séparèrent en 1478 ; Géring resta seul à Paris et continua d'exercer la typographie. 11 s'associa successivement avec Guillaume Maynial et Berthold Rembold. On cite comme une merveille de l'art typographique le Corpus Juriscanonici, qu'ils publiè-

maitrise 700 livres. Avant d'être reçu à la maîtrise il faut faire quatre années de compagnonnage.

« Tout maître doit avoir son poinçon pour marquer ses ouvrages, dont l'empreinte doit rester sur une table de cuivre déposée au Châtelet dans la chambre du procureur du roi.

« Si un apprenti s'absente plus de trois mois de chez son maître, sans une cause légitime, il perd tout droit à la maîtrise. Parles statuts de cette communauté il fut permis aux maîtres d'établir à Paris un jeu d'arquebuse, tel qu'on le voit dans les fossés de la porte Saint-Antoine.

* Les fils de maîtres sont tenus de faire apprentissage et en passer brevet ailleurs que chez leur père.

« Le patron est saint Eloi. »

(1380-1498) LIVRE X. CHAPITRE II. f\63

rent imprimé en trois volumes in-folio, sur cinq colonnes, avec divers caractères en rouge et noir. Les trois fondateurs de l'imprimerie parisienne avaient obtenu de Louis XI des lettres de naturalisation ; le nombre des imprimeurs s'accrut d'ailleurs si rapidement à Paris qu'à la mort de Géring on en comptait déjà plus de quarante dans cette ville. Parmi eux on mentionne Antoine Vérard, Philippe Pigouchet, Gaillot-Dupré, Aspais et Paquier- Bonhomme, Josse Bade et Jean Petit, qui furent les précurseurs de Henri Estienne, le patriarche de l'imprimerie française (1).

(i) Aux noms des imprimeurs que je viens de citer il faut ajouter les suivants pour la lin du quinzième siècle: Pierre Caron ou Le Caron (1474). Ce fut lui qui imprima P Aiguillon de l'amour divin, que Mattaire croit être le premier livre imprimé en français. — Pascal Bonhomme (1476), à qui l'on doit une édition estimée des Chroniques de Saint-Denis. Un Jehan Bonhomme imprimait aussi à Paris de i486 à 1489. — Le célèbre Antoine Vérard (1480-1517). Quelques auteurs prétendent cependant que c'était un libraire seulement. — JeanBelin (1481-93). — Jean Maurartd, qui demeurait rue Saint-Victor (i493). — François Renault (1^84- 1539). — Denys Janot, Y un des plus féconds imprimeurs de l'époque (i484-i539). — Wol/gang Hopyl (1489-98). - — Godefroy de Marne/ (1491-98). Ce nom, célèbre dans les fastes de. l'art typographique, a été porté par plusieurs individus de la même famille. On voit un Enguerrand de Marne/ imprimeur en i5i7; un Jean de Marne/ en 15^4, et une Jeanne de Marne/ en i546> rue Neuve Notre-Dame, à l'enseigne de Saint- Jean-Baptiste. — Jean Trepperel (149/1-98). — Jean Petit (1498i539). — Simon Vostrc (i5oo). — Guidon Mercator(iSo2). — Quant à Henri Estienne, ce chef d'une des plus illustres familles parisiennes, né à Paris en 1470, il y imprimait dès l'an i5o3 et y mourut vers i52o. Ses trois fils, François, Robert et Charles, furent tous imprimeurs avec ou après lui. François, que nous désignerons sous le nom de François Ier, ne marqua guère, non plus que Charles, qui mourut en i56^. Quant à Robert, premier du nom, ce fut un homme supérieur. Né en i5o3, il débuta dans la carrière en 1527, puis fit paraître son Thésaurus hatinœ linguœ, tant de fois réimprimé et autant de fois enrichi, devint

Nous avons déjà mentionné l'établissement de la poste aux lettres, institution qui demeura bien longtemps à l'état d'enfance, et qui, toutefois, rendit dès son origine, aux gouvernements et aux peuples, des services signalés.

Le 3 juin i4^4 ime ordonnance de Louis XI rétablit la cour des aides, qui avait été supprimée au commencement de son règne.

On appelait aides les impositions extraordinaires votées par les états généraux, et dont l'usage remonte aux règnes de Charles V et de Jean. La cour des aides fut instituée, peu après cette époque , pour connaître en dernier ressort de toutes les contestations de fiscalité qui s'élevaient dans le royaume sur la perception des impôts. Ces contestations avaient nécessité dans chaque province l'établissement d'un tribunal qui fut le tribunal de X élection ; à la cour des aides était la chambre souveraine d'où ressortissaient toutes les élections provinciales.

Sous Louis XI l'abbé et les religieux de Saint-Germain des Prés obtinrent l'autorisation d'établir, dans le

imprimeur du roi, son protecteur, en i53(), et mourut à Genève en i55g, ayant été exilé de France pour la hardiesse de ses opinions. Robert 1er eut, ainsi que son père Henri Ier, trois fils, savoir : i° Henri II, homme de génie, de haut savoir et d'un courage téméraire, qui, né en i528, alla mourir, en iôgS, à l'hôpital de Lyon, laissant un fils, Paul Es tienne, qui mourut en 1627, imprimeur à Genève, avec postérité. On doit à Henri II des ouvrages qui ne mourront pas , tels que l'inestimable Thésaurus linguœ Grœcœ, V Apologie pour Hérodote, et divers traités précieux sur la langue française. 20 Robert II, né en i53o, mort en 1671, père de Robert III, imprimeur, mort sans enfant en 1629, et de Henri III, lequel eut un fils, Henri IV, imprimeur jusqu'en ifi/jo. 3° François II, dont on sait peu de choses. Le dernier des Estienne fut le fils de Paul, nommé Antoine, qui fut imprimeur, et mourut à l'Hôtel-Dieu, en 1674, à 1 âge de quatre-vingts ans.

11380-1498) LIVRE X. CHAPITRE II. f\65

faubourg Saint-Germain, une foire franche, destinée à les dédommager des pertes considérables qu'ils avaient éprouvées sous les derniers rois, par suite des guerres civiles et de l'invasion étrangère. La foire de Saint-Germain , exempte de tous droits fiscaux, devait commencer tous les ans au Ier octobre et durer huit jours. Dès que cette foire eut été instituée les religieux de Saint-Denis y formèrent opposition , alléguant qu'elle porterait préjudice à celle qui se tenait à Saint-Denis pendant huit jours et à dater du 9 octobre. Cette réclamation fut accueillie par un arrêt du parlement de Paris, qui reporta au mois de février de chaque année l'ouverture de la foire de Saint-Germain.

Cette foire commençait le 3 février, se continuait pendant le carnaval et durant la plus grande partie du carême; elle ne finissait qu'au dimanche des Rameaux. Dès l'an 1 486 les religieux de Saint-Germain firent construire, sur ce champ de foire, cent quarante loges ayant pour objet d'abriter les marchands et leurs marchandises; en 1 5i i elles furent abattues et réédifiées, sur un plus vaste plan , par les soins de l'abbé Guillaume Briçonnet, et ces magasins en charpente firent, pendant plus de deux siècles, l'admiration des gens de l'art.

« Les bâtiments de la foire Saint-Germain étaient divisés, dit Hurtaut, en deux halles différentes, qui cependant ne composaient qu'une seule et même enceinte et étoient contiguës. Elles avoient i3o pas de longueur sur ioo de largeur. Neuf rues tirées au cordeau, et qui se coupoientles unes les autres à angles droits, les partageoient en 24 parties. Les loges qui formoient et bornoient ces rues étoient composées d'une boutique au rez-de-chaussée et d'une chambre ou petit magasin au-dessus. Il y avoit

HIST. de PARIS. — T. II. 30

quelques-unes de ces loges derrière lesquelles on avoit ménagé des cours où il y avoit des puits, pour éteindre le feu en cas d'accident. Au bout d'une des halles étoit une chapelle ou l'on disoit tous les jours la messe, pendant la durée de la foire.

a Les rues étoient distinguées par les noms des différens marchands qui y étaloient; ainsi il y avoit la rue aux Orfèvres , la rue aux Merciers, la rue aux Drapiers, la rue aux Peintres , la rue aux Tabletiers , la rue aux Fajenciers , la rue aux Lingères, etc.

« Tout cela disparut dans une nuit , par un affreux incendie qui répandit l'alarme dans tout le quartier. Cet incendie arriva la nuit du 16 au 17 mars 1762. Le vent du Nord, qui souffloit avec une extrême violence, fit faire en peu de temps un si grand progrès aux flammes qu'en moins de cinq heures toutes les boutiques et les loges de la Foire, qui n'étoient construites que de bois, furent totalement consumées. Les maisons voisines opposées à la direction du vent auroient couru un grand risque si l'activité des gardes-françoises ne les eût garanties. Cependant l'église de Saint-Sulpice fut un peu endommagée; le feu avoit gagné deux poutres de la chapelle de la Vierge, et quelques plombs de la couverture furent fondus. Un seul charpentier eut le malheur de périr dans les flammes. Il y eut trois ouvriers grièvement blessés et deux légèrement. Le premier président, le lieutenant général de police et plusieurs des principaux magistrats se transportèrent au lieu de l'incendie; par leurs soins et par la sagesse des ordres qu'ils donnèrent on ne perdit au plus que la dixième partie des marchandises, qui, sans les précautions dont on usa, auroient pu être exposées au pillage.

(1380-1498) LIVRE X. CHAPITRE II. /fij

« Au mois d'octobre de la même année les propriétaires du terrain sur lequel se tenoit la Foire présentèrent requête pour qu'il leur fût permis de procéder à son rétablissement. La requête ayant été admise, il y eut une ordonnance du lieutenant général de police , qui accorda la permission de construire cent loges pour les marchands, et qui en détermina l'étendue, la bâtisse et le prix de location. On y travailla aussitôt avec la plus grande activité, de manière que la foire s'y tint comme à l'ordinaire. Mais il s'en falloit bien que cette nouvelle foire fût aussi commode que l'ancienne; la magnifique ebarpente qui couvroit celleci soutenoit un toit qui mettoit à couvert les différentes rues; aujourd'hui elles sont à découvert, malgré les vitrages qu'on a mis en forme de toit sur quelques-unes de ces rues et que les mauvais temps ont presque déjà entièrement détruits, ce qui ne peut être que très-incommode. »

Jusqu'en 1786 la foire Saint-Germain forma un immense bazar qui servait de rendez-vous aux oisifs et aux curieux de toutes classes et de tout âge, si nombreux à Paris ; les étrangers y accouraient eux-mêmes pour être témoins de ce spectacle pittoresque, dont ils ne se lassaient pas. C'était d'ailleurs, trop souvent, un théâtre d'émeutes, de violences ,, de plaisirs et de débauches. On le supprima pour lui substituer le Palais-Royal, un autre bazar plus splendide encore , et que la mode adopta avec empressement. Peu d'années après, et sous le premier empire, on éleva, sur l'ancien emplacement de la foire Saint-Germain , un marché d'étendue assez médiocre , mais fort utile , et que nous décrirons en esquissant les annales de Paris au dix-neuvième siècle.

Incidents! — Détails complémentaires.

Aux détails qui précèdent, et à ceux que nous avons donnés sur les institutions et les mœurs de Paris vers le déclin du quinzième siècle, nos lecteurs nous sauront gré, peut-être, d'ajouter ici la mention de quelques faits caractéristiques.

Henri de Livres occupa pendant les quatre premières années du règne de Louis XI la prévôté des marchands; après lui ce fut Michel de la Grange, maître de la chambre aux deniers du roi, qui fut élu. Louis XI se fit apporter à Montargis le résultat du scrutin , qu'il vérifia lui-même. Voici les paroles du registre officiel , à la date du samedi 1 6 avril 1466 : « Et les voix reçues par les IIII scrutateurs, lesquels portèrent le scrutin , clos et scellé, par devers le roy, nostre sire, qui ainsi l'avoit ordonné et voulu avant ladicte élection, ledict seigneur, estant à la Mocte-Desgry, fit faire l'ouverture du scrutin, en présence des quatre scrutateurs et le procureur de la ville. »

Dès que le résultat du scrutin fut connu, Louis XI ordonna à son grand conseil de faire reconnaître pour prévôt des marchands sire Michel de la Grange.

Une grande peste désola encore une fois Paris (1467) et diminua de beaucoup le nombre de ses habitants. Louis XI, pour combler le vide qui s'était fait dans la population, et en cela d'accord avec le conseil de ville, rendit

(1880-1M8J LIVRE X. CHAPITRE JII. 4^9

une ordonnance portant que le droit de bourgeoisie serait accordé à quiconque viendrait s'établir à Paris, sans exiger qu'on remplît les formalités prescrites par les usages. Le droit de bourgeoisie fut même accordé à des gens qui avaient été condamnés pour divers délits qui n'avaient rien d'infamant. Cette mesure fut suivie d'heureux résultats, et le vide laissé dans la population de Paris fut bientôt rempli.

Dans le cours de son règne, Louis XI, ayant été en butte à une tentative d'empoisonnement de la part de son cuisinier, chargea le bureau de la ville de Paris de suivre son jugement. Ce fait pourrait paraître fort étrange et tout à fait insolite si on ne se rendait pas compte de ce qu'était.encore, sous Louis XI, la juridiction du bureau de ville. Cependant il n'avait rien de contraire à la légalité du temps; car le bureau de ville, qui avait sous une nouvelle dénomination remplacé le Parloir aux Bourgeois, avait une juridiction criminelle.

Le procès-verbal d'une séance du conseil de ville ne laisse aucun doute à cet égard ; il y est dit : a De toute ancienneté les prévosts des marchands et eschevins de la ville de Paris soulloient avoir la justice ordinaire, et cognoissoient par prévention avecq le prévost de Paris de toutes causes civiles, personnelles, possessoires, réelles ou mixtes, et pareillement de toutes causes criminelles. Toutefois lors n'y avoit aucun advocat du roy en ladicte prévosté , mais seulement le procureur du roy de la ville qui y est encore de présent. Depuis toute cette juridiction ordinaire a été transmise au prévost dudit Paris , et a été délaissée à la prévosté des marchands la cognoissance de l'eau et faisct de la rivière , qui est telle et si petite qu'il n'y a pas occu-

4yO HISTOIRE DE PARIS. (1380-M98)

pation suffisante pour employer le procureur, attendu que toutes lesdietes causes sont de petite conséquence, qui ont accoustumé d'estre traitez et jugez sommairement en audience, sans figure ni procès, le plus souvent sur les ports de ladicte ville , sans leur donner forme de procès , desquels procès par escrit ne se trouvera en avoir été jugé par chacun an jusqu'à douze. » (^Registre de V hôtel de ville, f° 164.)

La ville avait fait dresser un gibet sur la place de Grève ; cet instrument de mort était là pour représenter le droit de haute justice qu'avait le Parloir aux Bourgeois, droit que le bureau de ville avait conservé. La ville, du reste, qui possédait des fiefs dans Paris, avait, en outre, le droit de haute et basse justice, sa qualité de possesseur de fiefs lui donnant ce droit, et à ce titre encore elle devait avoir un gibet devant son hôtel.

Les chroniques mentionnent souvent un usage cher aux magistrats et au peuple ; nous voulons parler du feu de joie dit de la Saint- Jean. Ce feu tient une grande place dans les cérémonies publiques auxquelles la bourgeoisie parisienne prenait part. Son origine se perd dans la nuit des temps; mais chaque année on l'allumait en très-grande pompe au milieu de l'allégresse publique . Le prévôt des marchands, les échevins, dans leurs plus beaux costumes, présidaient à ce feu, que Louis XI vint allumer lui-même en 147 1 , après une campagne heureuse entreprise contre le duc de Bourgogne. Il assista aussi au repas qui lui fut offert par la ville.

« Le jour du feu de la Saint-Jean, on brûlait sur la place de Grève, disent les chroniqueurs, force bûches, cotrets, pour l'alimenter ; mais on ne se contentait pas de cela, on faisait aussi des frais pour dépenses de bouche.

L'usage de ces repas remonte très-haut. Le premier dont nous ayons trace à l'hôtel de ville est de l'année 1/J28 ; ce fut un festin entre bourgeois, membres du corps de ville.

« Le 5 octobre i4^4î nous dit un historiographe, un déjeuner eut lieu dans la vieille maison aux piliers. Ce déjeuner, fait par MM. de l'Isle, Rochepot, de Chastellux et plusieurs autres, coûta VI sous VIII deniers. » C'était là une dépense modeste, et qui ne devait pas obérer le budget municipal. On dépensa pour un autre déjeuner, qui eut lieu le 1 juin de la même année, aussi entre bourgeois, pour pain, vin et beurre frais, IV sous VIII deniers.

« Enfin, pour un dîner (donné en mars), la dépense s'éleva à XVIII sous pour tout; le dîner consistait en une carpe, un brochet, une anguille, quatre soles, deux petits pains, figues, raisins, oblat. Ce dîner fut donné par le prévost des marchands et MM. les esche vins à plusieurs personnes qui avoient été réunies pour le feu de la ville. »

Les repas donnés à l'hôtel de ville durent prendre un caractère plus somptueux lorsqu'elle eut augmenté en grandeur et en richesses, et surtout lorsqu'ils furent offerts à des têtes couronnées.

C'étaient là les splendeurs de la municipalité parisienne; celles que déployait la cour sollicitaient bien autrement la curiosité des bourgeois et l'attention des souverains étrangers. Il existe à cet égard un curieux document, déposé dans l'un des musées de Venise; c'est la relation d'une ambassade envoyée à Paris par les Vénitiens en iZjÇ)2? au temps de Charles VIII et de la reine Anne , pour les féliciter de leur mariage.

Les ambassadeurs de la sérénissime république arrive-

rent le 2l\ juin à Villeneuve-Saint-Georges. C'était être aux portes de Paris , et déjà, en ce temps, il était d'usage, pour les ambassadeurs qui venaient à Paris par ce coté de la France, de s'arrêter à Villeneuve jusqu'au moment où le roi leur envoyait ses chambellans et ses gens d'honneur pour leur donner la bienvenue et se joindre au cortège.

Le récit de leur entrée, la qualité des personnages qui les vinrent rencontrer et conduire, l'audience qu'ils eurent du roi, les cérémonies gracieuses de son accueil, la visite à la reine, leur promenade dans Paris, leur dîner à la cour défrayent les points les plus intéressants de la relazione qu'ils adressèrent au gouvernement vénitien. Une entrée d'ambassadeur, chose dont on n'a plus idée aujourd'hui, était véritablement alors un spectacle public, et, selon qu'il était de qualité, l'ambassadeur pouvait justement connaître l'estime qu'on faisait de lui et de son pays. Les Vénitiens furent en tout temps d'une jalousie très-prononcée pour les honneurs de l'entrée; aussi ne faut-il pas s'étonner du plaisir qu'ils éprouvent à détailler, le plus au long possible, cet événement d'étiquette, dont ils font généralement le sujet de leurs premières dépêches. En 1^92 ce sentiment et ce besoin n'étaient pas encore à l'apogée des exigences qui se firent jour plus tard; mais la satisfaction que procura cet épisode du cérémonial n'en est pas moins sensible dans l'esprit et les dires des magnifiques envoyés.

Dans leur rapport officiel ils s'exprimèrent ainsi :

« Le 26 du mois, selon l'avis que nous reçûmes, vers

dix-huit heures, nous montâmes à cheval, nous et toute

notre compagnie, tous revêtus de nos plus magnifiques

habits; et, ayant mis en avant tout notre équipage, les nôtres se rangèrent deux à deux, et, sur ma foi, Prince sérénissime, il faisait fort beau de les voir. Bien que par des dépêches diverses nous ayons expressément instruit Votre Sublimité du fait de notre entrée et clenos premières audiences avec le roi et la reine , cependant mon intention serait d'en reparler ici, fort succinctement du reste, tant pour ne pas être fastidieux à Votre Sublimité que parce qu'ensuite j'ay à lui narrer des choses autrement importantes. Etant donc partis de notre résidence, et comme nous étions déjà à un jet de javelot, nous rencontrâmes le prince de Salerne, le comte de Chiaramonte et le seigneur Honoré, son frère, fds du prince de Bisignano, le comte de Saluzza, celui d'Avellino, le seigneur don Giovanni de Luna, le seigneur Imberto de Seinse et beaucoup d'autres barons exilés des royaumes de Naples et d'Espagne, pensionnés et en fort bonne réputation à la cour de France, qui tous nous venaient au-devant pour nous prendre à nos logis. INous avions à peine chevauché avec eux l'espace d'une lieue lorsque nous rencontrâmes quatre chambellans et trois maîtres d'hôtel de monseigneur le duc d'Orléans, avec tout le reste de sa maison, qui nous reçurent avec grandes démonstrations d'amour et d'honneur pour Votre Sublimité. Un peu plus loin nous vîmes venir M. de Caudale, l'oncle de la reine et le plus proche parent qu'elle ait, en compagnie de messire Jean Roux de Montserrat, comte de Saint-Martin, fort honnêtement accostés, lesquels aussi nous firent les meilleures grâces. A deux lieues de Paris environ se montrèrent l'archevêque de Sens et un autre évêque, suivis de plus de soixante chevaux, qui nous venaient recevoir au nom

du roi avec les plus affables paroles. Nous rencontrâmes ensuite le comte Charles de Belgioioso , ambassadeur du duc de Milan, lequel, entre autres choses, nous dit venir au-devant de nous par l'ordre exprès qu'il avait reçu de son maître ; et en dernier lieu arrivèrent M. d'Orval , gouverneur de Champagne, et M. de Baudricourt, gouverneur de Bourgogne , avec deux héraults vêtus aux armes, et six trompes longues de la maison de Sa Majesté le roi, démonstration qui n'a point été faite ni aux ambassadeurs de Milan , ni à tous autres ambassadeurs depuis bien longtemps. Ils étaient suivis d'un très-grand nombre de chevaux, si bien que tous réunis arrivaient à cinq cents et plus. Par ordre et décision du roi, nous n'entrâmes pas à Paris par la porte qu'il fallait prendre pour aller en droit chemin à notre résidence, mais nous entrâmes par la porte Saint-Antoine, plus sur la gauche et un peu en dehors de la route ; et il en fut ainsi pour que nous ayons à passer devant la demeure du roi , lequel , derrière une fenêtre, et pareillement la reine, derrière une autre (mais occultement ) , nous voulurent voir. Et, d'après ce que nous avons compris, ces Majestés s'en applaudirent beaucoup. Enfin toute cette compagnie nous fit cortège jusqu'à l'hôtel de M. deNoès(?), qui nous fut réservé et préparé par les ordres du roi. C'est un bel et parfait hôtel , tout tendu des plus belles tapisseries qu'ait M. d'Orléans, et à tel point, Prince sérénissime, que ni les logements que nous eûmes lorsqu'au nom de Votre Sublimité nous allâmes chez le duc de Mantoue, ni ceux que nous eûmes l'année d'après chez le duc de Ferrare , bien que préparés fort somptueusement par les ordres de ces seigneurs, ne furent tant et si bien ornés

de tapisseries et autres choses nécessaires à la façon de celui-ci. »

Cela se passait le 28 ; le lendemain les magnifiques ambassadeurs eurent leur première audience, et ils nous en ont laissé des détails plus circonstanciés encore que ceux que nous leur devons sur leur entrée.

(.< Le 29 , disent-ils , la Majesté royale nous envoya M. de Stans, M. de Candale, M. de Miollans, M. le sénéchal de Provence , en compagnie de beaucoup d'autres hommes de qualité ( uomini di conto ) , pour nous conduire en sa présence. Nous trouvâmes Sa Majesté dans une salle grande à peu près comme la moitié de celle de ce conseil, siégeant sur une estrade, avec tenture derrière lui et un ciel ou ombrelle de velours alexandrin brodé de ses lys d'or. Dans la longueur de la salle étaient deux bancs, l'un, à droite, pleinement occupé par les seigneurs du sang, et l'autre, à gauche, par les prélats résidents à la cour, lesquels tous sont du conseil secret de Sa Majasté. A une autre extrémité de la salle était disposé un banc pour nos personnes, et le roi voulut à toute force que nous y demeurâmes assis pendant le temps même que nous lui exposions notre ambassade. Ce fut là que nous lui présentâmes nos lettres de créance, lesquelles une fois entendues de Sa Majesté, le magnifique messer Francesco lui dit tout ce dont nous avait chargés in manda tis Votre Sublimité , et il le dit en de graves paroles et des plus choisies, si bien qu'au jugement de chacun il donna pleine satisfaction et au roi et à tous les assistants, et on tint son langage pour un discours de la plus haute élégance. Cela fini , et après un peu de recueillement de la part de cette assemblée, en présence de Sa Majesté, l'un des

présidents du Parlement, qui faisait, office du grand-chancelier, alors malade, nous répondit en termes que je m'efforcerais de répéter mot à mot s'ils étaient sortis de la propre bouche du roi, mais je n'en dirai que le sens, parce qu'elles viennent d'un tiers »

Deux jours se passèrent entre la visite au roi et celle que les ambassadeurs vénitiens firent à la reine. Ils se rendirent en sa présence le Ier juillet.

« Elle était dans une chambre, en compagnie de M. de Bourbon et de M. d'Orléans et de beaucoup d'autres dames et seigneurs de bonne lignée. Nous la saluâmes au nom de Votre Sublimité, et , lui représentant les lettres de créance , je répliquai , en m'adressant à elle , ce que deux jours auparavant messer Francisco avait dit au roi, en usant d'un ordre et d'un choix de paroles qui me parurent propres au décor et à la grandeur de Votre Sublimité d'abord et de Sa Majesté ensuite. Elle me fit répondre par le vice-chancelier de Bretagne ; mais ni moi ni aucun des nôtres ne pûmes savoir si sa réponse fut prononcée en français vulgaire ou en langue italienne; aussi Votre Sublimité me pardonnera-t-elle si je ne lui rapporte rien de ce qui me fut dit, car, en vérité, je n'y ai rien compris... perche in effeto io non L'intesi. Nous lui présentâmes ensuite les étoffes d'or et de soie , qu'elle accepta de bien belle grâce... »

Après quoi les ambassadeurs donnent les noms de ceux qu'ils ont visités et citent les choses qu'ils ont vues avec l'aide des hérauts et maîtres d'hôtel du roi, continuellement à leur disposition. On voit, d'après eux, qu'on visitait bien des endroits, en 1/492, qu'il n'est pas de mauvais goût de visiter, encore de nos jours : la Sainte-Chapelle,

a ou il y a de si belles reliques et de si précieux joyaux ; » l'église de Saint-Denis , le palais de Charlemagne , le bois de Vincennes, le Parlement, et, pour conclusion, toutes les autres mémorables choses de Paris.

Le 8 juillet ils allèrent de nouveau voir le roi, lequel les reçut après avoir entendu ses messes, selon son usage de chaque jour. Sa Majesté les retint à dîner.

« Le roi, disent- ils, nous donna un fort élégant et bien digne repas, après lequel, s'étant retiré dans la salle d'audience, oii se trouvaient réunies un nombre considérable de personnes de la cour, appelées expressément , et in conventu omnium, il me demanda si je pensais être content d'accepter de lui Y ordre et les insignes militaires, et il fit la même offre à messer Francesco, bien que celui-ci les eût déjà reçues de Sa Majesté Impériale. INous, Prince sérénissime , nous lui répondîmes que nous étions prêts à toutes les volontés de Sa Majesté Très-Chrétienne ; et aussitôt le roi se fit apporter une épée, et voulut que monseigneur d'Orléans la tirât du fourreau, et, avec elle , il nous décora chevaliers de son ordre, et remit le soin à un de ses secrétaires de notifier qu'en signe de perpétuelle bienveillance et amitié il nous donnait une de ses fleurs de lys, avec pouvoir de les mettre dans nos armes et nos insignes, absolument comme si nous étions de la maison de Valois et de son propre sang. »

A cette période de la relation appartiennent quelques lignes curieuses et originales; le narrateur retrace les physionomies du roi Charles et de la reine Anne.

« Il me reste à exprimer, ajoute-t-il, quid sentio, comment je trouve la personne du roi et de la reine, ce que je sais de l'étendue de l'Etat, des revenus et des dépenses, des

gens d'armes et de toutes autres précautions de guerre, des inimitiés qui présentement sont encore de nature à occuper Sa Majesté et des moyens qu'elle prépare pour s'en délivrer, et enfin des partis et des divisions qui sont à la cour. »

Le mode Récrire alors le portrait était en parfaite harmonie et bon accord avec la manière de peindre à cette époque, manière sobre, vraie comme nature, presque plus vraie que nature, réaliste enfin. Voici, d'après l'annaliste vénitien, les portraits du couple royal :

« Sa Majesté le roi de France est âgé de vingt-deux ans, petit et mal bâti de sa personne, laid de visage ; ayant les yeux gros et blancs et beaucoup plus aptes à voir mal que bien ; le nez aquilin, plus grand et plus gros qu'il ne le devrait •, les lèvres grosses aussi , et continuellement il les tient ouvertes; il a certains mouvements de main nerveux qui ne sont point beaux à voir, et est tardas in locatione , et il est lent dans son mode de parler. A mon jugement, qui d'ailleurs pourrait bien être faux, je retiens que, de corps et d'esprit, il ne vaut pas grand'cbose ; cependant ils en font tous l'éloge à Paris comme étant fort gaillard à jouer à la paume, à chasser et à jouter, exercices auxquels , à tort ou à raison , il consacre beaucoup de temps. On le loue aussi de ce que, contrairement aux années précédentes, où il abandonnait le soin des délibérations et des affaires à quelques hommes du conseil secret, présentement il veut être celui qui ait à délibérer et à décider, ce dont on assure qu'il s'acquitte de la plus belle manière

« La reine a dix-sept ans, petite ; elle aussi est maigre de sa personne, boiteuse d'un pied et d'une façon sensible,

bien qu'elle s'aide de socques; brunette, et fort jolie de visage, et, pour son âge, fort rusée; de sorte que, ce qu'elle s'est une fois mis dans l'esprit, elle le veut obtenir de toutes manières, qu'il faille rire ou pleurer pour cela »

Quant au royaume et à la ville de Paris , sa capitale , l'ambassadeur en avait une très-bonne opinion, et pour rendre ses renseignements plus capables d'effet sur l'esprit de ses auditeurs il les traduisait par des chiffres.

« Le royaume et l'Etat de France par le fait est trèsgrand , dit-il , plus grand même à mon sens qu'on ne le croit communément , par cette raison que dans son domaine , y compris la province de Bretagne, dans laquelle sont neuf villes ayant évêché et deux, ayant suffragants, il y a en tout 47 provinces ou pays, dans lesquelles on compte 36 villes d'archevêché et tq8 d'évêché, qui, tout réuni, forme un nombre de 164 villes. De toutes la plus remarquable est Paris. .. C'est une ville très-riche et abondante en métiers de toutes sortes et admirablement populeuse ; ceux qui lui accordent le moins à cet égard parlent de 3oo,ooo habitants. Elle a aussi son université, laquelle, comme le sait Votre Sublimité , est une des plus belles et fameuses universités du monde entier; certains disent qu'elle compte de q.5 à 3o,ooo étudiants ; mais est-il vrai de dire aussi que ceux-là font leur compte de manière qu'il n'y a nul lieu de s'étonner s'ils arrivent à ce total, mettant dans le nombre la table des petits garçons et poursuivant ainsi jusqu'à ceux qui étudient toutes sciences. Le fait est que le vrai nombre des étudiants qui, en effet, travaillent dans les arts libéraux, en métaphysique, en théologie, en médecine , en droit civil et en droit canon, sans y comprendre les moines , les prêtres et les familiers

48o HISTOIRE DE PARIS. (1380-1498)

(beaucoup d'entre eux s'inscrivant comme étudiants, non pour étudier, mais pour jouir des privilèges et immunités scolastiques), est de 5 à 6^000 en tout. Les docteurs qui enseignent dans quelque faculté que ce soit ne reçoivent aucun salaire du roi , mais seulement des auditeurs et étudiants qui les écoutent. »

Ou nous nous trompons fort , ou nous croyons pouvoir affirmer qu'aucune analyse historique ne donnerait , aussi bien que ces extraits d'un rapport officiel, le tableau exact de la cour et de Paris au déclin du quatorzième siècle.

On tomberait dans l'erreur si l'on jugeait des lumières et du progrès moral de la population par le luxe civilisé et les manières polies dont la cour et les demeures féodales offraient le tableau. Les ouvriers et les classes bourgeoises avaient conservé la rudesse de mœurs du moyen âge, et les historiens ne se lassent pas d'extraire des chroniques contemporaines des faits qui attestent la dureté dont restaient empreints les usages populaires.

Ainsi , en dépit des sages réformes de saint Louis et de l'intervention des légistes eux-mêmes, la justice, dans les peines qu'elle infligeait, n'avait aucune règle certaine. Les supplices étaient arbitraires et semblaient ordonnés par le caprice des juges. Les délits les plus ordinaires se punissaient par le feu. On brûlait, on enterrait tout vifs les voleurs. Deux femmes coupables de vols furent, en i44°? enterrées toutes vives. Dans nos anciens annalistes on trouve des exemples très-fréquents de ces supplices qui accoutumaient le peuple à la férocité.

Dans les comptes de la prévôté de Paris, publiés par Sauvai, on lit, sous l'an i/j63 : « Donné à Jean le Plastrier , sergent, etc., pour avoir quis et brûlé une

(1380-1(198) LIVRE X. CHA.P1T11E 1*1. /[Si

attache de bois, plusieurs chaînes et crampons de fer, avec cinq cents tant bourrées que cotterets pour faire l'exécution d'une nommée Jehanne de l'Espine , en ce compris \i sous parisis qu'il a payé aux matrones qui ont visité ladite Jehanne, pour ce qu'elle se disoit être pucelle. » Après le supplice de cette malheureuse, qui fut brûlée vive, le procureur du roi au Châtelet, le lieutenant criminel, etc., allèrent dîner au cabaret et dépensèrent 52 sous.

On plongeait dans une grande chaudière pleine d'eau bouillante les faux monnayeurs. Ces exécutions, fréquentes à Paris, avaient lieu au Marehé-aux-Pourceaux, près la porte Saint-Honoré. Pour les moindres délits on coupait les oreilles. Bien souvent , ainsi qu'on a pu le voir en parcourant les règnes de Charles VI et de Louis XI , les gouvernants d'alors faisaient noyer dans la Seine les individus de toutes classes qu'on n'aurait point osé livrer aux juges, soit de peur d'inquiéter le peuple, soit parce qu'on manquait de preuves contre eux.

La superstition était un des caractères les plus regrettables des mœurs. Pour seconder les opérations de la magie on fabriquait des images de cire qu'on baptisait; on les torturait, on les perçait au cœur, dans le dessein de faire souffrir ou périr les personnes dont ces images avaient reçu le nom.

Les sorciers, pour leurs opérations magiques, dépendaient les cadavres attachés aux fourches patibulaires de Montfaucon et parvenaient à se procurer des enfants mort-nés, etc. Le io février 1^07 le prévôt de Paris vint déclarer à la cour du Parlement « que des personnes avoient dépouillé certaines fourches ou gibets patibu-

laires des environs de Paris des charognes de ceux qui y avoient été exécutés ; et si avoient tant fait par certains moyens de femmes ou autres qu'ils avoient eu certains enfans mort-nés ; et estoit grande et vraisemblable présomption qu'ils ne fussent gens crimineux et sorciers. » Le Parlement, en présence de l'évêque de Paris, ordonna au prévôt de Paris de procéder aux informations.

On se lasserait à suivre les transformations des usages en matière de vêtements et de costumes. Le chroniqueur qui écrivit en vers l'histoire de Jean IV, duc de Bretagne, dit le Conquérant, nous peint ainsi les formes efféminées et le luxe excessif des Français qui vinrent s'emparer de cette province , et semble s'étonner de leurs superfluités, inconnues chez les Bretons.

Les François estaient bien peignés, Les vis (visages) tendres et déliés, Et si avoient barbes fourchées ; Bien dansoient en salles jonchées, Et si chantoient comme seraines.

Grand coup ( beaucoup ) avoient de perleries Et de nouvelles broderies ; Seulement le derroié Estoit de perles tout royé.

Lorsque l'empereur Charles VI fit son entrée à Paris le prévôt des marchands, les échevins et les principaux bourgeois de Paris étaient velus de robes mi-parties de blanc et de violet. Tous les officiers royaux portaient pareillement des robes de deux couleurs.

Charles VII , ayant une stature mal proportionnée et les jambes trop courtes, pour cacher cette imperfection,

reprit l'habit long, tel qu'on le portait sous Philippe de Valois.

Dès les commencements du règne de Louis XI la forme des habits changea entièrement. « Les hommes, dit Monstrelet , se prindrent à vestir plus court qu'ils n'eussent onques fait, ainsi comme l'on souloit vestir les singes, qui estoit chose très^malhonneste. Et si faisoient les manches fendre de leurs robes et de leurs pourpoints, pour monstrer leurs chemises déliées, larges et blanches. Portoient aussi leurs cheveux si longs qu'ils leur empeschoient leur visage mesmement leurs yeux. Et sur leurs testes portoient bonnets de drap, hauts et longs d'un quartier ou plus. Portoient aussi, comme tous indifféremment, chaisnes d'or moult somptueuses; chevaliers et escuyers , les varlets mesmes, pourpoint de soie, de satin et de vcloux, et presque tous, espécialement ez cours des princes, portoient poulaines à leurs souliers d'un quartier de long, voire plus tels y avoient. Portoient aussi à leur pourpoint gros mahoitres , pour montrer qu'ils fussent larges par les épaules, qui sont choses vaines et par aventure fort haineuses à Dieu. Et qui estoit hui (aujourd'hui) court vestu, il estoit le lendemain long vestu jusqu'à terre. Et si estoit ceste manière si commune, n'y a voit si petit compagnon qui ne se (voulût) vestir à la mode des grans et des riches, fust long, fust court, non regardans au coust, ne à la despense, ne s'il appartenoit à leur estât. »

Monstrelet nous apprend encore que les femmes commencèrent alors à porter leurs ceintures de soie beaucoup plus larges que de coutume. « Les ferrures plus somptueuses assés, et colier d'or à leur col et autrement, et

ZjO/î HISTOIRE DE PARIS. (I380-1M8)

plus cointement beaucoup qu'elles n'avoient accoutumé , et de diverses façons. »

Les robes des femmes nobles étaient, en été comme en hiver, toujours fourrées d'hermine, demenuvairou petit-gris. On a vu qu'à l'entrée de Louis XI à Paris les magistrats de cette ville et les seigneurs qui formaient le cortège du roi, étaient, au mois d'août/ vêtus de robes fourrées. La mode ou l'étiquette commandait tyranniquement et faisait taire la voix de la commodité et du besoin.

Jouvenel des Ursins, à propos des désordres en usage dans l'hôtel de la reine Isabeau de Bavière , dit, sous l'an J 4 1 rJ, que, malgré les guerres et les tempêtes politiques, les daines et demoiselles menoient un excessif estât, que leur coiffure se composait de cornes merveilleuses, hautes et larges; qu'elles avaient de chaque cotés au lieu de bourrelets, deux grandes oreilles si larges que, quand elles voulaient passer par la porte d'une chambre, elles étaient obligées de se baisser et de se tourner de coté.

Sous Louis XI de nouvelles coiffures avaient remplacé ces cornes. Monstrelet nous apprend que les dames et. demoiselles, vers l'an 1467, « mirent sur leurs testes bourrelets a manière de bonnets ronds, qui s'amenuisoient par-dessus de la hauteur de demi-aulne ou de trois quartiers de long. »

Sur la cime de ces bonnets en forme de pain de sucre était attaché un coiwre-chief délié, ou voile qui, par derrière, pendait jusqu'à terre.

L'usage des perruques prit aussi naissance pendant cette période. La mode de faire retomber abondamment la chevelure sur le visage ne pouvait être suivie par ceux qui manquaient de cheveux ; de plus, les acteurs des

théâtres, pour certains rôles, avaient adopté les chevelures postiches ; ce défaut et cet exemple induisirent les personnes dont la tête était chauve à la couvrir de chevelures artificielles. On donnait à ces perruques ainsi qu'aux cheveux naturels la couleur blonde, alors fort à la mode.

L'université de Paris exerçait toujours une haute influence, et cependant, vers la fin du quinzième siècle, ses privilèges semblaient décroître. Elle avait adulé la domination anglaise et s'était rangée au nombre des ennemis de Jeanne d'Arc; ces manifestations antinationales ne lui avaient guère porté bonheur. Dès le règne de Charles VII on n'avait plus pour ses franchises le même respect et on leur portait de fréquentes atteintes. En r 460 des huissiers avaient arraché du couvent des Augustins un maître de théologie et tué l'un des religieux, qui résistait. L'Université obtint justice pourtant de cette entreprise contre les Augustins, membres de la compagnie, et un bas-relief de l'église des Grands-Augustins attesta la réparation qu'elle avait reçue. Mais elle n'obtenait pas ainsi toujours satisfaction. On voulut la soumettre à un impôt ordonné en i445, elle s'y refusa; elle ne voulut pas reconnaître la juridiction des commissaires nommés pour le prélèvement, prétendant ne pouvoir être jugée que par le roi, comme dans les affaires de Tignonville et de Savoisy, et aussitôt elle fit cesser généralement ses leçons. Le roi lui ordonna de les reprendre, refusa de connaître de ses affaires, et lui donna pour juge dans toutes ses contestations le Parlement, qui, porte l'ordonnance du 27 mars 1 446, « connois, décide et détermine tous les jours de moult plus grandes choses que celles de ladite Université. » Les nombreux abus

que nous avons déjà signalés, en retraçant les annales universitaires, appelaient évidemment une réforme. Ce soin fut confié au cardinal d'Estouville, légat du pape. Pour la première fois le gouvernement s'attribua le droit d'intervenir dans l'administration intérieure de l'Université; jusqu'alors ce privilège était réservé à la puissance ecclésiastique, et les papes seuls avaient coutume de donner des lois aux écoles. Charles VII, le premier, adjoignit au cardinal des commissaires presque tous membres du Parlement (i). Le statut qu'ils arrêtèrent contenait des règles pour les quatre facultés. On remit les anciennes dispositions en vigueur, en les modifiant selon les besoins de la circonstance. Dans la faculté de théologie le temps d'étude pour pouvoir enseigner fut réduit à cinq ans au lieu de sept ; les droits excessifs de la faculté de droit furent réduits à la somme , encore considérable pourtant , de 7 écus d'or pour la licence et de \i pour le doctorat (2). On concéda aux médecins la permission de se marier sans perdre les droits de régence (3). Plusieurs articles portèrent sur le choix des maîtres de la faculté des arts qui présidaient à l'instruction première de la jeunesse. Les commissaires reprochèrent aux maîtres de pensions « d'exiger de trop fortes pensions et d'épargner sur la nourriture des élèves (4). » Le statut s'étendit aussi aux études, aux livres ; il modéra la concession du privilège de scolarité qu'on avait multiplié au point de le rendre méprisable. Enfin les commissaires, afin de faire maintenir

(1) Dubreuil, t. V, p. 577.

(2) Crévier, t. IV, p. 178.

(3) Voir Pasquier, Recherches^ liv, IX, ch, 25.

(4) Crévier, t. IV, p. 18G.

les dispositions de leur statut, créèrent, dans la faculté des arts, la nouvelle charge de censeur, qu'on appela d'abord réformateur perpétuel.

Le prévôt de Paris faisait fréquemment emprisonner des écoliers, sans égard pour leur qualité. Le Châtelet en renfermait plus de quarante, en i453, quand le recteur, sur l'ordre de l'Université, se présenta chez le prévôt pour les réclamer ; ils lui furent rendus. Il revenait avec un cortège nombreux dans la rue Saint-Antoine quand il fut rencontré par un commissaire accompagné de huit archers. Une rixe s'élève; un bachelier en droit, Raimond de Mauregard , est tué , vingt écoliers blessés ; le recteur luimême eût péri sans le secours d'un bourgeois qui arrêta le bras d'un arbalétrier prêt à le percer d'une flèche. Les bourgeois qui s'étaient armés avaient tendu des chaînes dans les rues. L'Université fit célébrer, le lendemain, le convoi du malheureux écolier. Toutes les leçons, toutes les prédications cessèrent , et une députation fut envoyée au Parlement pour demander le châtiment des coupables et la mise en cause du prévôt de Paris. Un arrêt du Parlement, du 21 -juin i453, condamna les archers à faire amende honorable à l'Université, nus en chemise, une torche à la main , et celui qui avait voulu tuer le recteur eut le poing coupé; mais le prévôt fut renvoyé de la plainte. Cette décision parut si peu satisfaisante à l'Université qu'elle déclina la juridiction du Parlement, continua de suspendre tous les cours, et se montra très-hostile à Tévêque, parce qu'il avait refusé de mettre la ville en interdit. L'année suivante les classes furent enfin ouvertes et les sermons autorisés, excepté toutefois dans les paroisses de Saint-Paul , Saint-Gervais et Saint-Jean en

Grève, sur le territoire (lesquelles l'attentat avait été commis, et dont la population, à ce qu'il paraît, avait pris parti pour les archers. Un arrêt du Parlement ordonna qu'une colonne serait élevée sur le lieu du crime, avec une inscription destinée à en perpétuer le souvenir ; mais cet arrêt ne fut jamais exécuté (i j.

Vers la même époque le roi songea enfin à la révision du procès de Jeanne d'Arc, et l'Université, revenant à des sentiments plus français, réhabilita la mémoire de l'héroïne d'Orléans. Ce fut maître Robert Cibolle, docteur en théologie et chancelier de l'Université, qui le premier écrivit pour sa justification (2).

La compagnie eut bientôt à combattre de nouveau les prétentions des ordres mendiants, réveillées par une buHe de Calixte III, qui leur accordait le pouvoir de confesser. La querelle fut vive; le recteur décida, à l'assemblée générale, que les mendiants étaient exclus de l'Université , et cette sentence fut affichée dans tout Paris. Il fallut que le connétable de Richemond vînt interposer son autorité et qu'il présentât les religieux aux députés des facultés, en disant: « Messieurs, je vous ramène ces bons religieux, qui n'étaient pas bien avisés, et je vous prie, mes bons seigneurs, que, en faveur de moi et pour le bien du pays, il vous plaise de les recevoir comme vos suppôts, et de les traiter amiablement comme devant (3). » Mais, cetaccord ayant été désapprouvé par le général des Dominicains, un nouveau décret d'exclusion fut prononcé contre les reli-

(i) M. Dubarle, Hist. de V Université, t. I, p. 268 et suiv .

(2) « J'en ay vcu autrefois le livre es mains de Feron, ce grand rechercheur d'armoiries. » Pasquicr, I. VI, ch. 5.

(3) Crévier, t. IV, p. 233. — Félibien, t. II, p. 82.

gieux; il ne fut rapporté qu'en iZj58? après pleine et entière satisfaction, et malgré les menaces du pape, qui avait écrit au roi pour se plaindre de la présomption criminelle de sa fille aînée.

La prise de Constantinople par Mahomet II eut une grande influence sur l'Université ; ce fut, pour elle aussi, l'époque d'une renaissance. Les savants échappés aux désastres de l'empire grec, et fuyant la domination des Turcs, vinrent en Europe chercher une nouvelle patrie, et payèrent l'hospitalité qu'on leur accordait en donnant aux études un nouvel essor. L'un d'eux, Grégoire Tifernas, élève de l'illustre Chrysolore, le maître du Pogge et de l'Arétin, vint offrir ses services à l'université de Paris ; elle les accueillit avec empressement, lui assigna ioo écus de gages par an , et il ouvrit alors deux cours publics de grec et de rhétorique (1) qui furent suivis par un grand nombre d'étudiants (2).

Louis XI, après s'être longtemps montré sévère envers l'Université, rendit à Arras une ordonnance qui confirmait les privilèges de cette corporation. En 1479 il ordonna qu'on célébrerait la fête de Charlemagne par une cessation générale de tous les travaux universitaires. Charles VIII , dont l'éducation avait été si négligée, protégea cependant l'Université autant qu'il lui fut possible. H assistait souvent aux leçons et ne dédaignait pas d'accepter les cadeaux d'usage, qui étaient un bonnet d'écarlate et des gants violets, que la compagnie avait coutume d'offrir

(1) Du Boulay, t. V, p. 621. Parmi les professeurs grecs de l'Université on cite encore Hcrmonvme de Sparte et Tranquillus Àndronicus.

(2) M. de Gaulle, Histoire de Paris, tome a.

aux princes qui la visitaient (i). Enfin, après avoir confirmé ses privilèges, il rendit, le 20 mars 1 4^9? une célèbre ordonnance qui fit cesser les contestations, sans cesse renaissantes, entre la cour des aides et l'Université, en déterminant quels seraient les suppôts qui devaient être associés à ses immunités et franchises. Ce furent, outre les maîtres et les écoliers, quatorze bedeaux, quatre avocats et deux procureurs au Parlement, deux avocats et un procureur au Châtelet , vingt-quatre libraires , quatre marchands de papier, sept fabricants de papier ( trois à Troyes, quatre à Corbeil), deux enlumineurs, deux relieurs, deux écrivains et un messager pour chaque diocèse (2).

Nous verrons plus tard quelles furent, sous les autres règnes, les grandeurs et les vicissitudes de l'université de Paris.

(1) Dubarle, t. I, p. 324.

(2) Ordonnance du 20 mars 1489. — Crévier, t. IV, p. 447-

Les moustiers de Paris.

(Les documents poétiques que nous donnons ci-après à nos lecteurs sont extraits d'une très-remarquable publication de M. H.-L. Bordier, membre de la Société impériale des Antiquaires de France; l'éditeur est M. Aug. Aubry, i856.)

Hé, Nostre Dame de Paris, Aidiez-moi qui sui esmaris (i) !

Et vous Nostre Dame des chans (2) Et Saint Marcel (3) li bien quéranz (4), Et Saint Victor (5) li Dieu amis , Et Saint Nicholas li petis (6), Et vous Saint Estiene des Grés (7) Et Sainte Geneviève (8) après.

Aidiez-moi Saint Syphoriens (9),

(1) Affligé.

(2) Prieuré de l'ordre de Saint-Benoit, fondé au dixième siècle et où furent établies, au dix-septième, les religieuses carmélites. L'église , en partie du douzième siècle, fut démolie à la Révolution.

(3) L'évêque de Paris, saint Marcel, mourut en 436 et fut enterré à l'endroit où plus tard s'éleva une chapelle portant son nom; mais le premier titre certain où il en soit question est une charte de l'an 811.

(4) Cherchant le hien.

(5) Célèhre abbaye de chanoines réguliers fondée par le roi Louis le Gros , vers II 13; l'église fut démolie en 1813 pour agrandir la halle aux vins.

(6) Saint-Nicolas du Chardonnet , fondé en 1243.

(7) Église qui existait avant 857 et dans laquelle on trouva, en 1640, des sépultures gallo-romaines. Démolie au commencement de la Révolution.

(8) Fondée par Clovis Ier, vers 508, sous l'invocation de saint Pierre et saint Paul. On y déposa le corps de la patronne de Paris, sainte Geneviève, morte en 512 et dont le tomheau est encore visité aujourd'hui. Son nom de Saint-Pierre et Saint-Paul, ou des Saints-Apôtres, persista jusqu'à la lin du dixième siècle.

(9) Il y avait à Paris, au treizième siècle, deux chapelles de Saint-Symphorien,

Saint Cosme et Saint Dominiens (i), Saint Ylaire (i), Saint Juliens Qui herberge les crestiens (3).

Saint Benéois li bestornez (4) Aidiez a toz mal atornez.

Saint Jaques aus preescheors (5), Saint François aus frères menors (6) Et Saint Jehan a l'Ospital (7), Et Saint Germain des prez l'aval (8)

toutes deux remontant aux temps mérovingiens et détruites maintenant depuis longtemps: Saint-Symphorien de la Chartre, appelé au dix-huitième siècle chapelle Saint-Luc, situé dans la Cité ( quai Napoléon ), et Saint-Symphorien en face duquel s'éleva plus tard le collège des Cholets (quartier Sainl-Étienne des Grés ). On voit par la pièce suivante que c'est la chapelle de la rue des Cholets qu'on appelait Saint-Symphorien-Ze-Pe*/*.

(1) Saint-Cosme et Saint-Damien , église bâtie en 1212 et où s'établit en 1255 la confrérie des chirurgiens, dont saint Cosme et saint Damien sont les palrons. Elle fut démolie en 1835, sauf quelques parties dans lesquelles on a établi le musée Dupuytren ( rue de l'École-de-Médecine ).

(2) Saint-Hilaire du Mont, mentionné pour la première fois en 115 S, démoli en 1795 ( rue du Mont-Saint-Hilaire, n° 2 ).

'3) Saint-Julien le Pauvre, ou l'Hospitalier, existait avant l'an 580. Déjà l'illustre Grégoire de Tours nous apprend qu'il y était hébergé vers cette époque. Cette église , qui sert encore de chapelle à l'Hôtel-Dieu ( rue Saint-Julien-le-Pauvre, n° Il ), a été rebâtie plusieurs fois et a conservé un portail du treizième siècle.

(4) C'était primitivement une chapelle dédiée a saint Bacche et saint Serge, martyrs syriens, et fondée dès le sixième siècle, à ce que l'on croit. Elle est encore appelée Saint-Bacche en 1050. Le bétourné, c'est-à-dire mal orienté, est une locution sur laquelle on a beaucoup disserté et qui n'est pas encore résolue. L'église de Saint-Benoit ( rue Saint-Jacques, vis-à-vis le collège de France ), fermée en 1813 et convertie plus tard en un théâtre, a été déhnitivement rasée en 1855.

(5) Les Frères prêcheurs ou dominicains furent établis à Paris, en 1218, dans une maison dont faisait partie une ancienne chapelle de Saint- Jacques située sur la rue de ce nom. C'est de là qu'ils ont pris, non-seulement à Paris, mais partout, le nom de jacohins.

(G) Les Frères mineurs ou Cordeliers. Établis à Paris en 1217 ( place de l'Êcole-de- Médecine ).

(7) Commanderie de l'ordre des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem, établie à Paris en 1 130 ( place Cambrai j. Une vaste tour carrée, dernier reste des anciens bâtiments, et qui jadis avait été l'hôpital, a été rasée au mois de novembre 1854.

(8) L'aval, c'est-à-dire placé dans le vallon au pied de la montagne Sainte-Geneviève. Abbaye célèbre fondée par le roi Childebert Fr, en 543. Elle fut d'abord placée sous l'invocation de saint Vincent ou Sainte-Croix-et-saint- Vincent, puis sons celle de saint Germain, évéque de Paris, lorsqu'on y eut transporté, en 754, le tombeau de ce prélat. Dans son diplôme de fondation Childebert nomme tous les saints dont elle avait des reliques, et l'appelle : Sainl-Vincent-Sainte-Croix- Saint- Etienne-Saint- Ferréol-Saint- Julien- Saint-Georges-Saints-Gervais- et-Protais- Saints-Nazaire-et-Celse.

Saint Blaives (1) et Saint Mathelin (2) Et Saint Anchieu (3), et Saint Sevrin (4). Aidiez-moi Saint Germain li viex (5).

Et Saint Sauveres (6) qui vaut miex, Saint Oistofle (7), Saint Bertremiex (8) Et vous, biaus sire Saint Mathiex (9) , Sainte Jenevieve aus coulons (10), Et vous Saint Jehan li roons (11).

Sainte Marine l'abeesse (12), Li saint de la chapele Evesque (i3)

(1) Petite chapelle ( rue Galande) qui servait à la confrérie des charpentiers. Elle fut démolie vers 1730.

(2) Les Malhurins ou religieux de la Sainte-Trinité-de-la-Rédemption-des-captifs vinrent à Paris au commencement du treizième siècle. L'église et le couvent ont été démolis peu de temps après 1790.

(3) Saint-André des Arcs( de arcibus ), construit de 1210 à 1212, démoli en 1790.

(4) Saint-Séverin et Saint-Clément. L'origine de cette église est fort ohscure. On croit qu'elle remonte au sixième siècle.

(5) Saint-Germain le Vieux ( dans la Cité, rue du Marché-Neuf, nos 6 et 8). On ne sait d'où lui vient son surnom. Ce fut d'abord le baptistère de Notre-Dame , dédié à saint Jean-Baptiste et remontant au cinquième siècle. Cette église fut démolie en 1802.

(6) Mentionnée pour la première fois en 1216, sous le nom de chapelle de la Tour, à cause d'une tour qui s'élevait dans le voisinage. Démolie en 1787. Elle était située rue Saint-Denis, n° 277.

(7) Saint Christophe, petite paroisse située jadis devant Notre-Dame et qui existait dès le septième siècle. Elle a été rasée en 1745 pour l'agrandissement de la place du Parvis.

(8) Sainl-Barthélemi , appelé jusqu'en [138 Saint-Barthélemi et Snint-Magloire. Elle remontait aux temps mérovingiens. Située rue de la Barillerie, en face du Palais, elle fut l'église ou la paroisse de celui-ci jusqu'à l'érection de la Sainte- Chapelle. Elle s'écroula en 1787 et n'a pas été relevée.

(9) D'après Méon,ce serait l'église de Sainte-Croix en la Cité, mise plus tard sous l'invocation de saint Matthieu. Nous en doutons fort et ne voyons pas d'église Saint-Matthieu à Paris. Sainte-Croix en la Cité est mentionnée plus haut ( v. 35 ).

(10) Aux coulons, c'est-à-dire aux pigeons ; cette expression ne se trouve pas ailleurs. C'était une petite église située en face de la cathédrale et appartenant, au douzième siècle, à l'abbaye de Sainte-Geneviève ; on l'appelait Sainte-Geneviève la Petite. Depuis le commencement du seizième siècle, elle prit le nom de Sainte- Geneviève des Ardents, par suite d'une pieuse fraude du curé, qui répandit une tradition suivant laquelle une foule de personnes y auraient trouvé, en 1130, la guérison d'une sorte de peste nommée mal des ardents. Origine inconnue.

^11) Saint- Jean le Rond, baptistère de forme circulaire dépendant de Notre- Dame et adossé à la tour méridionale de cette église ; il fut démoli en 1748.

(12) Sainte-Marine ( impasse Sainte-Marine, n° 6 ) était la plus petite paroisse de Paris; cette paroisse ne s'étendait que sur treize maisons du la Cité. Elle est de- ^enue propriété privée depuis la Révolution.

(13) Chapelle de l'archevêché.

Et l'Ostel-Dieu (i) i vueil-je mètre;

Je ne m'en vueil mie demetre.

Saint Pierre aus bues (2) et Saint Landris (3)

Et Saint Denis du Pas (4) ausis

Et de la Chartre Saint Denis (5),

Saint Macias (6) et Saint Liefrois (7),

La Magdeleine et Sainte Crois

Et Saint Michiel et Sainte Crois

Li saint de la chapele au rois (8)

Et Saint Germain li auçoirrois (9)

Et Saint Thomas de Lovre (10) ausi

(1) On fait remonter la fondation de l'Hôtel-Dieu à saint Landri, évéque de Paris, et au dévouement dont ce prélat fut animé pendant une famine qui désolait la ville en l'année 651.

(2) Saint-Pierre aux Bœufs, très-petite église construite entre 1107 et 1 136 (rue d'Arcole, n° 15). Ce fut, pendant un temps, la paroisse de la confrérie des bouchers, et l'on remarquait deux tètes de bœufs sculptées sur son portail. Elle a été démolie en 1837 , sauf le portail, que l'on a transporté à l'entrée principale de Saint-Séverin.

(3) Avant le dixième siècle c'était une chapelle de Saint-Nicolas, dont l'origine est inconnue. Elle a été détruite en 1829, et on a découvert alors dans ses fondations des sculptures gallo-romaines.

(4) Saint-Denys et Saint-Jean-Baptiste, petite église bâtie contre le chevet de Notre-Dame à une époque incertaine, mais avant le neuvième siècle. Les mots du pas viennent probablement de sa situation à l'endroit où les deux bras de la Seine se joignent par un étroit passage. Démolie pendant la Révolution.

(5) De la chartre, c'est-à-dire de la prison. Sous la première race il y avait une prison dans le voisinage, et l'on croit que cette église remonte jusque-là. On l'a rasée pour faire le quai aux Fleurs, en 1810.

(6) Probablement Saint-Martial , église et primitivement monastère fondé par saint Ëloi en 632 ou 635 ( rue Saint-Éloi, dans la Cité ) ; supprimée et détruite en 1715. Guillebert de Metz écrit Saint-Massias.

(7) La chapelle Saint-Leufroy existait probablement dès la lin du neuvième siècle, mais on ne la trouve citée dans les documents qu'au douzième ; elle fut détruite en 1684 pour l'agrandissement des prisons du grand Chàtelet, auquel elle était contiguë.

(8) La Sainte-Chapelle, construite par saint Louis, de 1240 à 1248, sur l'emplacement de la chapelle du Palais, fondée, vers l'an 1030, par le roi Robert, et dédiée à saint Nicolas.

(9) L'origine de Saint-Germain l'Auxerrois remonte à la première moitié du septième siècle.

(10) Collégiale fondée près du Louvre par Robert de Dreux, frère de Louis VII, vers 1180. On reconstruisait l'édifice, qui menaçait ruine, lorsqu'il s'écroula, en 1739, causant la mort de plusieurs personnes. On le reconstruisit, de 1740 à 1744, sous le titre de Saint-Louis du Louvre. Cette église fut affectée pendant la Révolulion au culte protestant, puis démolie à moitié. Ces ruines fraîches, qui ne man • quaienl pas d'élégance, viennent de faire place aux grandes constructions du Louvre actuel.

Et Saint Nicholas (i) de lez li, Et Saint Honoré aus porciaus (2) Et Saint Huistace de Champiaus (3) Et Saint Ladre li bons mesiaus (4), Saint Leu Saint Giles li noviaus (5), Et li bon saint des Filles Dieu (6) Et Saint Magloire (7) n'en eschieu.

Et la Trinité aus asniers (8) Li saint du moustier aus Templiers (9) Et cil du val des Escoliers (10).

Et Saint Lorens (11) qui fu rostis, Saint Salerne (12) qui fu trahis,

(1) Chapelle fondée en 1217, entre Saint-Thomas du Louvre et la'Seine ; c'est d'elle que cette partie de la rivière a pris le nom de port Saint-Nicolas. Supprimée en 1740, elle fut détruite avant la Révolution.

(2) En 1204, un boulanger et sa femme donnèrent quelques arpents de terre, en un endroit appelé la Place aux Pourceaux, pour la construction d'une chapelle. Au dix-huitième siècle c'était, grâce à sa position dans un quartier populeux ( rue Saint-Honoré, nos 198-206 ), la plus riche collégiale de Paris. Détruite en 1702. — Saint Honoré est le patron des boulangers.

(3) Une chapelle de Sainte-Agnès, fondée en 1200, fut remplacée, vers 1222, par l'église paroissiale de Saint Eustache, qui fut reconstruite ent 1532. Les Champeaux sont les terrains des Halles.

(4) Saint-Lazare le Bon Lépreux (rue du Faubourg -Saint-Denis, 107). Le plus ancien titre qui fasse mention de l'hôpital de Saint-Lazare ou Saint-Ladre est de IlIO. L'église a été démolie vers 1823.

(5) Sainl-Leu-et-Saint-Gilles ( rue Saint-Denis, 182-184 ), fondé en 1235. Nouveau, par opposition au SaintLeu du v. 60.

(6) Couvent de filles repenties, fondé en 1226. On a bâti sur son emplacement, en 1798, la rue et le passage du Caire.

(7) Primitivement chapelle dédiée à saint Georges ( à l'angle des rues Saint-Denis et Saint-Magloire ). Elle existait au dixième siècle; on y apporta, en 965, des reliques de saint Magloire. En 1138 elle fut rebâtie par des religieux de Saint-Barthélemi et Saint-Magloire, qui s'établirent auprès, et elle garda ce dernier nom. Ces religieux furent transférés, en 1580, à l'hôpital Saint-Jacques du Haut-Pas, et remplacés à Saint-Magloire par les Filles pénitentes. L'église Saint-Magloire a été démolie pendant la Révolution.

(8) Hôpital fondé en 1202 ( rue Grenetat, 38-40). Les religieux hospitaliers delà Trinité étaient appelés Frères-aux-Anes, à cause de leur usage de ne voyager ni à cheval ni à mulet, par humilité. L'église a été démolie en 1817.

(9) Dès le commencement du dix-huitième siècle le Temple suhit des démolitions et des reconstructions partielles qui aboutirent, en 1848, à une destruction complète. L'église était sous l'invocation de saint Jean.

(10) Ou prieuré de Saint-Catherine de la Culture (rue Saint-Antoine), fondé en 1229. Démoli, ainsi que l'église, en 1793, pour faire place à un marché.

(il) Église mentionnée dans les textes dès les années 710 et 583; elle a été entièrement rebâtie au quinzième siècle ( rue du Faubourg-Saint-Martin , 123 ).

(12) On ne peut dire au juste quelle était cette église; on présume que c'était celle de la Villette (Méon).

Saint Martin des chans (1) n'i oubli

Ne Saint Nicholas (2) delez li.

Saint Pol (3) et Saint Antoine (/J) i met

Et toz les bons saints de Namet (5).

Saint Jehan (6), Saint Gervais en Grève (7)

Et Saint Bon (8) ou l'en fiert en clève.

Et si i sera Saint Bernais (9) ,

Lemoustier des Frères aus sas (10) ;

Et si i sera saint Remis (11),

Le moustier aux Quinze Vingt (12)

(1) Prieuré célèbre qui existait déjà au septième siècle. L'église, plusieurs fois rebâtie, a élé supprimée en 1790, et ce bâtiment sert aujourd'hui comme salle d'exposition pour les machines au Conservatoire des Arts et Métiers.

(2) Église fondée vers II 10 (rue Saint-Martin, 200-202), recons'.ruite en 1420, puis en 1525 et 1575.

(3) Cette église, fondée au septième siècle (quai Saint-Paul), mais qui avait été rebâtie plusieurs fois, a été démolie au commencement de notre siècle. Son titre a été transporté à l'église Saint-Louis (rue Saint-Antoine), appelée depuis Saint- Louis et Saint-Paul.

(4) Abbaye de Saint-Antoine des Champs (aujourd'hui hôpital Saint-Antoine), fondée à la lin du douzième siècle pour des pécheresses repenties. L'église a été reconstruite en 1770.

(5) On ne sait point ce que signifie ce vers.

(6) Saint-Jean en Grève, baptistère de Saint-Gervais, érigé en paroisse en 1212. Elle touchait l'hôtel de ville. Détruite pendant la Révolution, ses derniers vestiges ont disparu dans l'agrandissement de l'hôtel de ville, en 1838.

(7) Il y avait une chapelle de Saint-Gervais et Saint-Protais, dès le sixième siècle, à Paris. On croit que c'est la même que l'église actuelle de Saint-Gervais, qui n'est connue par les titres qu'aux dixième et onzième siècles.

(8) Chapelle ( rue Saint-Bon, 8 ) mentionnée pour la première fois en 1 136 et détruite pendant la Révolution. Il paraît qu'on y entendait battre l'enclume, c'està-dire qu'il y avait des maréchaux dans le voisinage (Méon ).

(9) Le collège des Bernardins, fondé en 1244 (quai Saint-Bernard), détruit pendant la Révolution.

(10) Les Frères mendiants de la Pénitence de Jésus-Christ, appelés par le peuple Sachets ou Frères-aux-Sacs, à cause de la forme de leur grossier vêtement, furent institués à Paris en 1261 , au lieu où ils furent remplacés, en 1293, par les Grands- Augustins. Cette substitution donna lieu à un procès entre les Sachets, dont l'ordre avait été supprimé en 1274, et les Augustins, qui voulaient s'emparer de leur habitation. La manière dont l'auteur s'exprime à ce sujet donne lieu de croire qu'il écrivait à une époque où les Sachets n'étaient pas encore menacés.

(11) Saint Remy était le patron de la chapelle des Quinze-Vingts. Voir la note suivante.

(12) Hôpital fondé par saint Louis, en 1251 ( à l'angle des rues Saint-Honoré et Saint-Nicaisc, pour recueillir trois cents pauvres aveugles, d'où leur est venu le nom des Quinze-vingts. Le manuscrit porte distinctement: Dix-sept vingts (vxnxx), ce qui parait être une erreur de copiste. En 1779 les Quinze-Vingts, alors au nombre de huit cents, furent transférés ru^ Charenton, 38. Les anciens bâtiments,

APPENDICE. /jf)7

Et Saint Leu (i) que je n'oubli mie, La novele ordre de la Pie Qui sont en la Bretonerie (2), Saint Giosses (3) et Saint Merri (4) Et Sainte Katherine (5) ausi.

Saint Innocent aus bons martirs (6), Saint Jacque de la boucherie (7), Sainte Oportune (8) bone amie, Aidiez de bon cuer et d'entier A toz cels qui en ont mestier.

Amen.

( Les vers qui suivent ne doivent pas être confondus avec la pièce qiCon vient de lire ; ils ne furent composés qu'en i325 ).

Pour ce que j'ai fet mencion

Des églises, où dévocion

Est plus monstrée qu'en autre lieu,

Quar la repose li cors Dieu,

Des monstiers qui à Paris sont

Et de quiex sains il fesle font

y compris la chapelle, dédiée à saint Remy, et bâtie eo I2G0, furent démolis à cette époque.

(1) Petite cure, qui, en 1618, fut réunie à Saint-Symphorien en la Cité.

(2) Les frères de l'ordre de la Sainte-Croix, établis par saint Louis à Paris ( rue Sainte-Croix de la Bretonnerie, 39 et 41 ), vers 1250-1260. L'église, qu'on attribuait à l'architecte de la Sainte-Chapelle, et le couvent ont été démolis en 1790.

(3) Saint- Josse. C'était une chapelle dont on ignore l'origine, mais qui existait sous Philippe-Auguste , et fut érigée en paroisse en 1200. Démolie en 1791. Elle était située à l'angle des rues Aubry-Ie-Boucher et Quincampoix.

(4) Église déjà célèbre à la fin du neuvième siècle, et mentionnée dans un acte dès l'an 820. C'était , originairement, une chapelle dédiée à saint Pierre, qui existait dès le septième siècle, et où saint Merry avait été enterré, vers l'an 700. Elle a été rebâtie au commencement du treizième siècle, puis de 1530 à 1612.

(5) Asile de pèlerins, fondé d'abord sous le titre d'Hôpital des Pauvres de Sainte-Opportune. On le trouve cité, pour la première fois, dans un acte de 1 188. Démoli pendant la Révolution (rue Saint-Denis, 53-55).

(6) Église fondée vers le milieu du douzième siècle ( à l'angle des rues aux Fers et Saint-Denis ) ; elle fut démolie en 1786.

(7) On ne connaît pas son origine; on sait seulement qu'elle existait en 1119 et qu'elle était, au quatorzième siècle, la paroisse des bouchers de Paris. Elle fut démolie pendant la Révolution, sauf la tour, qui, achetée en 1838 par la ville de Paris, vient d'être complètement restaurée.

(8) C'était une chapelle qu'on croit fondée au neuvième siècle, et qui devint paroisse vers la lin du douzième. Elle fut démolie en 1797. La maison située place Sainte-Opportune, 10, occupe une partie de son emplacement.

Les biens vous dirai et le nombre

S'a nombrer Sathan ne m'emconbre.

Un gentil homme m'otrioa — Quidam ( sic )

Son hostel et si me proia

Que je pour s'amour tant féisse

Que trestous les monstiers méisse

De Paris, en rime et en dit,

Isnelement, sans contredit,

Pour l'amour de lui m'entremis,

Si les ai tous en rime mis.

J'ay commencié a Nostre-Dame

Qui nous sauve et gart cors et ame,

Pour ce que c'est la mère esglise

De Paris ; après, de ma guise,

Près le monstier Saint-Johan le ront :

Entre euz deuz n'a ne val ne mont.

Et après Saint-Denis-du-Pas,

Ne Saint- Aignien (i) n'oubli-je pas,

Et puis la chapele as noctaires

Ou il repaire mains vicaires,

Et puis après la Maison-Dieu

De Paris, ou a digne lieu.

En rue noive pas ne grieve

Le monstier Sainte-Geneviève

La Petite, que je ne faille :

Devant celle esglise sans faille

Vent-on chapons , gelines, cos,

Perdris, plouviers et widecos.

Apres, le monstier Saint-Chiïstofle

Qui de l'amour Dieu fist son coffre,

Quant le porta outre la mer;

Servir le devons et amer :

Entour vent-on fourmages, œfs.

Près d'ilec siet Saint-Pierre-as-Buefz

Et le monstier Sainte-Marine

Qui ne siet pas sur la marine,

C'est veritez que je vous di.

(I) Fondée en IH8. Elle était entourée de bâtiments qui la cachaient aux yeux. Démolie vers 1795, et remplacée par une maison particulière (rue Chanoinesse, 22). — La Chapelle-aux-ISotaires, consacrée à saint Didier, se trouvait au Chàtelet.

Et puis après la Magdalainne (i) Qui vers Dieu ne fu pas vilainne De ses larmes ses piez lava, De ses péchiez Dieu la lava :

Aussi nous veille il pardonner Les nos, et sa grâce donner !

Folz est qui sa grâce n'achate.

Apres, Saint-Denis-de-la-Chartre, Apres est Saint-Symphorien, En une place séant bien Ou bout de la Peleterie.

Devant fait-on boulengerie.

Et ou bout de la rue aus Fevres, Ou il demeure pou d'orfèvres Qui facent calices ne crois, La siet le monstier Sainte-Crois (2).

Apres, Saint-Pierre-des-Arsis (3), Entre les drapiers est assiz ; Et Saint-Mathyas Lsiet après Qui des savetiers est bien près :

Plusieurs sont si paroissien Que c'est un monstier ancien.

Et Saint-Germain, que nus die, Le-Viel, siet près de l'Orberie (4).

Et puis le monstier Saint-Michel (5) Qui nous conduise tous ou ciel!

Puis le monstier a un cors sain Saint Eloy (6), ou malade et sain

(1) Fondée en H40 et, jusque vers le treizième siècle, à ce que l'on croit placée sous l'invocation de saint Nicolas. On croit aussi qu'avant imo c'était une synagogue. Elle a été détruite en 1789 (située rue de la Juiverie, 5).

(2) Sainte-Croix en la Cité. Onignoreson origine; mais elle existait, commechapelle, dès le commencement du douzième siècle. Elle a été démolie en 1797 • son emplacement était rue de la Veille-Draperie, g.

(3) On conjecture que cette église ( rue de la Vieille-Draperie ) fut fondée en 92G, par Théodore, vicomte de Paris, sur les ruines d'une chapelle placée sous la même invocation. On n'a rien trouvé de satisfaisant pour expliquer son nom d'Arcis ( de Arccsiis, yJssisiis, Arsicii.s, Jrsis ). Incendiée et rebâtie en 1034- puis rebàlie en 1424; démolie enfin en 1800. '

(4) L'Herberie, qui devint en 1557 le Marché-Neuf. (ôjGuillebertdeMelz ( p. 53 ) cite l'église Saint-Michel de la Cité. Elle faisait

Page 1