‹ Histoire de Paris depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos joursChapitre 11 sur 96 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

FitfM MO* LûOM-MIKppa (inît^). -^ MomnMnU relîcîeiiz et omb. -. Fondclîdiif de cAÎerité et d'otilît^ pa blique. — Ëdilité. ~ Voirie,

L'ëglise de la Madeleine^ projetée en mêfpe temps que la place Louis XV, avait été commeûcëef eja i764> sur un plan gigantesque dû à Constant. d'Ivry. La Bévoiotipn arriva quand les colonnes étaient à peine sorties de terre, et elles restèrent dans cet état jusqu'en 1806, où Ton ordonna de faire de l'église projetée un temple de la Gloire, dédié aux soldats de la Grande-Armée, monument où, à certains jours, on aurait récréé nos braves avec le chant d'un hymne et la lecture d'un discours.

Le Temple de la Gloire devait contenir des statues, des bas-reliefs, des tables de marbre et d'or pour recevoir les noms des vainqueurs d'Austerlitz et d'Iéna, puis aussi des drapeaux, des armures, des timbales, dépouilles opimes des vaincus. Enfin, chaque année, aux anniversaires des deux grandes batailles , le monument devait être illuminé, et on devait y entendre un concert précédé d'un Discours sur les vertus nécessaires au soldat j puis d'un Éloge de ceux qui périrent sur le champ de bataille.

Napoléon était alors dans toutes les illusions de la puissance , il croyait qu'elle fait des dieux et des temples à volonté ; mais il tarda peu à se convaincre que son idée n'aurait pas d'application possible, «r Que ferons-nous, disait-il en 181 3, du Temple de la Gloire?

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Nos grande^ idées sur tout cela sont bien changées; il n'y a plus aujourd'hui, dans l'état où sont les choses, d'autre croyance possible que le culte catholique. Cest aux prêtres quHl faut donner nos temples à garder; ils s'entendent mieux que nous à faire des cérémonies et à conserver un culte. Que le Temple de la Gloire soit donc désormais une église ; cest le moyen daclieuer et de conserver ce monument, » ,

Les constructions recommencèrent, d'après les plans de Yignon ; maïs les colonnes étaient seules élevées quand la Restauration arriva et rendit le monument au culte catholique. Cependant les travaux marchèrent lentement ; i83o survint, et la Madeleine parut de nouveau menacée d'être consacrée à quelque divinité idéale du paganisme.

Le gouvernement de Louis-Philippe ordonna que l'on achèverait sans désemparer la construction de cette église, qui fut itiaugurée en i84^. Ce monument est la plus belle imitation de l'art antique qui ait été entreprise daAS les temps modernes. Sa masse est imposante, sa façade grandiose, son fronton, dû au ciseau de Lemaire, pljein d^ dignité, sa colonnade remplie de charme et de grandqur; mais c'est un monument qui n'est approprié ni à notre culte, ni à nos mœurs, ni à notre siècle ; c'est toujours le Parthénon avec Téternel frontpn triangulaire, la masse carrée, la quadruple colonnade; et tout cela demanda, pour être beau, un air limpide, un ciel.bleu, un soleil, éclatant, du jour à pleins flots. Quant à l'intérieur, c'est une décoration attrayante et pompeuse, mais nullement chrétienne ; la religion de nps pères est mal à l'aise au milieu de ces dorures, de ces velours, de ces peintures, qui font un si étrange contraste avec ses graves mystères

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et ses austères splendeurs, et elle céderait tous les colifichets païens que l'art moderne y a entasses pour un pauvre clocher de village que nos architectes classiques n'ont pas songé à lui donner. Et cependant il nous semble que, tout en respectant dans son ensemble le plan primitif, il eût été possible de donnera ce temple grec une apparence plus chrétienne. Pourquoi, par exemple, ces coupoles aplaties, contre toutes les règles de l'art antique et qui ne sont visibles que dans la nef, lorsque le dôme est devenu une des traditions les plus harmonieuses de l'archityture chré* tienne? Pourquoi cette absence de clocher lorsque les campaniles ont été l'occasion de tant de chefs-d'œuvre, même en Italie, la patrie de l'art classique ? Aurait-on craint de déparer le Parthénon par une tour qui rappelât celle de Pise ou le clocher de Sainte-Marie-des-Fleurs ? Qui sait pourtant si ce n'eût pas été un moyen de rendre la vie à ce cadavre de pierre^ comme on a appelé la Madeleine ?

A l'intérieur les incohérences ne sont pas moins choquantes. Le vaisseau est immense, et il n'y a qu'une porte. On dirait un tombeau où ne doivent se glisser que des ombres. Cette impression devient plus vive encore par l'effet amoindri de la lumière, qui ne vient que d'en haut j puis on se demande l'explication de ces enfoncements qui ne sont pas des chapelles, de ces galeries latérales qui ne sont pas des nefs.

A l'extérieur l'ensemble de ce monument est impo<* sant. Il offre l'aspect d'un vaste parallélogramme qui mesure ^2 mètres sur ^o, et les colonnes atteignent 19 mètres. Les façades principales ont chacune huit colonnes et les latérales dix-huit. Deux frontons couronnent les deux extrémités du portique . Celui qui fait face à l'obélisque nous

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montre Jésus<Christ debout, ayant à ses pieds Madeleine suppliante. L'ange de la résurrection vient de sonner la trompette du dernier jugement. Les Vertus se présentent à droite, et un juste sort d'une tombe sur laquelle on lit : Eccedies salutis. De Tautre côté, les Vices s'éloignent, chassés par un esprit céleste dont le glaive porté la teiN rible inscription : Fœ impiis ! Cette immense sculpture est l'œuvre de M. Lemaire. Ajoutons enfin que, sous le portique, trente-six statues de Pères, de docteurs et de saints illustres, toutes plus grandes que nature, se tiennent debout dans Tépaisseur des murs du monument.

Nous avons dit que la Madeleine n'a qu'une seule porte, mais du moins cette porte est splendide. Ses énormes battants de bronze sont divisés en dix compartiments, consacrés chacun à la représentation d'un des Commandements de Dieu. Ija porte est l'œuvre de M. Richard, les bas-reliefs sont de M, Triquetti. L'enceinte se compose de trois grandes travées, divisées par autant de colonnes d'ordre corinthien que surmontent trois coupoles. Ces travées se terminent par un abside dont le bas est formé d'une colonnade corinthienne. Sur le devant se trouve placé le maître-autel, et la partie supérieure est remplie par une voûte en hémicycle. Adroite et à gauche un autel occupe chacune des travées. Le plafond de la nef a 29 mètres de haut. L'on voit se développer dans tout l'intérieur une frise de 3 mètres de hauteur et de 170 mètres de longueur. Des tribunes sont placées des deux côtés de la nef; l'orgue est au-dessus de la porte d'entrée, au commencement d'un krge espace qui tient lieu de vestibule et précède les travées.

La Madeleine contient des peintures et des sculptures

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remarquables de MM. Picot, Delacroix, Bouchot, Pradier, Ântonin Moine, elc. La Madeleine prosternée deudnt le Sauveur^ formant la vaste composition de riiémicyde , est due au pinceau de M. Ziégler. Le groupe magnifique de la Madeleine aux pieds du Christ estTœuvre de M. Marochetti.

Dans le faubourg Montmartre, à l'extrémité de la rue Coquenard (rue Lamartine) et vers le commencemeiit de la rue des Porcherons (rue saint-Lazare), on fit bâtir, sous le règne de Louis XIII, une chapelle auxiliaire de la paroisse de Montmartre; elle fut consacrée sous le vocable de Notre-^Dame-de-Lorette , et , en 1646 , les habitants des Porcherons, quartier Saint-Eustache et de Montmartre, obtinrent la permission d'y fonder une confrérie. La fête de cette confrérie fut fixée au 8 septembre, jour de la Nativité de Notre-Dame. Les associés obtinrent que tous les jours de fête de Marie et même tous les dimanches on fît à haute voix dans la chapelle Je service solennel. Cette chapelle n'avait d'ailleurs aucune juridiction paroissiale; les habitants du lieu pouvaient seulement, en cas de nécessité, y recevoir les sacrements. La bénédiction de l'eau y était interdite. Le jour de la Chandeleur le pain bénit était rendu à Notre-Dame-de-Lorette par les jeunes gens des Porcherons, qui tous allaient à l'offrande im cierge à la main. Vers la fin du dix-huitième siècle cette chapelle fut érigée en succursale. Depuis lors et de nos jours elle a été entièrement démolie, mais une nouvelle église a été élevée, non loin de là, sous le même vocable. Commencée en 1823, sur les dessins de M; Hipp. Le Bas, elle a été inaugurée en ï836. Elle fait face au boulevard et termine Textrémitc septentriopaiç delà rue Jjaffitte. On a cherché

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à y reproduire Tdacienn^ ^orme des basiliques et le luxe d'or, de marbres, de peintures, des églises italiennes ; tout y charme, tout yéblouit Tœil. On dirait un édifice religieux construit à l'usage d'un quartier peuplé de &milles riches et qui, jusque dans la prière, tiennent à s'entourer du confortable de la vie. Nous espérons qu'on y fera grande et commode la place du pauvre.

La façade de cette église se compose d'un portique formé de quatre colonnes et d'un fronton couronné à ses trois angles par les statues de la Foi, de l'Espérance et de la Charité ; le tympan du fronton est orné d'un bas-relief de Nanteuil représentant les Jnges en prière datant la Vierge et son Fils. En arrière du portique, qui n'occupe que la largeur de la grande nef, se présentent deux murs nus, dans lesquels sont pratiquées les portes des coUatéxaux. A l'intérieur quatre rangs de colonnes ioniques forment les divisions des nefs et des chapelles ; celles-ci sont au nombre de dix. Le maître-autel occupe le centre d'un hémicycle en avant duquel se présentent, à droite et à gauche, les stalles du chœur. Il est surmonté d'un baldaquin soutenu par quatre colonnes de granit d'Egypte, avec bases et chapiteaux de bronze doré (i). De très-belles peintures, œuvres de nos principaux artistes contemporains, décorent cette sptendide basilique. Deux sacristies sont à la proximité du chœur et à l'extrémité des bascôtés; elles sont éclairées chacune par une grande croisée en arcade. Dans Tune de ces sacristies^ le vitrail colorié, exécuté à la manufacture impériale de Sèvres d'après les compositions de M. Delorme et de

(i) Paris daiis sa splenc^eur squs J^apoléon lit. H. Charpentier, éditeur.

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M. Le Bas, représente une Assomption de la Vierge. De semblables vitraux ont été exécutés pour la crmsée de l'autre sacristie. Quatre chapelles, d'une assez grande dimension, qui occupent les angles des bas-côtés, sont décorées de peintures. I^ première est consacrée au bap«» tème, la deuxième à la communion, la troisième au mariage, la quatrième aux offices des morts. Six autres cha* pelles ont été pratiquées sous les bas-cotésde l'église; elles se présentent dans Tordre suivant ; à droite, la chapelle de Saint-Hippolyiey ornée de tableaux de MM. Hesse, Goutan et Bézard, et d'une statue de M. Durât ; la chapelle de Saird^Hjracinthe^ décorée de tableaux peints par M. Alfred Johaunot et par madame Varcollier ; la chapelle àe Sainte-Thérèse^ oùTon remarque quatre tableaux œuvres de MM. Langlois, Caminade et Decaisne. A gauche, la chapelle de Saint€'Geneifièi>e^ ornée de tableaux de MM. Dejuine et Eugène Devéria et de madame Dehérain ; la chapelle de ScUnt^PIiiliberty décorée de deux tableaux de M. Schnetzet de la statue du saint, œuvre de M. Étex ; la chapelle de Saint-Etienney ornée de tableaux peints par MM. Champmartin, Couder et Goyet. Sur les huit trumeaux qui séparent les croisées sont représentés, peints sur le mur, des sujets tirés de l'histoire de la Vierge, parmi lesquels on distingue V Assomption^ de M. De- •juine. Quatre Prophètes^ Jérémie, Ézéchiel, Isaïe et Daniel, occupent les écoinçons des grandes arcades, audessus des orgues et à l'entrée du chœur. Les deux grands tableaux qui décorent les parois des murs au-dessus des stalles ont pour sujet, à gauche, la Présentation au temple; à droite, Jésus au milieu des docteurs ; ils sont de MM. Hesse et DrolUng. M. Delorrae est l'auteur des

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Quatre Eî^angélistes peints dans les pendentifs qui supportent la cpupole. L'église de Notre-Dame-de-Lorette n'est pas voûtée; elle a un fond plat, orné de caissons. Cette imitation trop exacte de plusieurs églises d'Italie n'est pas heureuse; elle laisse vivement regretter les inspirations mystérieuses qui viennent à l'âme lorsque l'on prie dans les édifices chrétiens que nous a légués le moyen âge.

Les grandes peintures de la coupole, œuvres de M. Delorme, représentent le miracle de la Translation de la maison de la sainte /^/erg'e de Nazareth à Tersatz, enDalmatie, d'abord, en l'an 1291 ; puis, de ce lieu dans la marche d'Ancône, aux environs de Récanati, sur l'autre rive de rAdriatique, en 1294» et enfin, quelque temps après, sur la colline qu'elle occupe encore aujourd'hui.

Ce prodige est attesté par les historiens ecclésiastiques les plus célèbres, et il a eu le treizième siècle pour témoin. Ils s'accordent à déclarer qu'après la destruction de la magnifique église construite à Nazareth par l'impératrice Hélène, au moment où la sainte maison qu'elle renfermait était exposée à tomber sous le marteau des infidèles, Dieu ordonna à ses anges de la transporter sur d'autres rivages (i).

(i) Cette maison était forméoide petites pierres rouges et carrées, liées ensemble par du ciment ; elle était solidement établie sur le sol, et cependant elle reposait sur la terre unie, sans fondement. L'intérieur, tout en rappelant l'humble asile de la fille de David, avait été, pendant des siècles, transformé en lieu de prière et formait un carré long. Le plafond, surroontéd'un petit clocher, était de bois, peint d'aeur. Lesrours, épais d'environ une coudée, construits sans règle et sans niveau, ne suivaient pas exactement la ligne verticale ; ils étaient recouverts d'un enduit où l'on voyait en peîutuœ les principaux mystères opérés dans

5Ô HISTOIRE DE PàRIS. ^8M-im}

L'église àe Saint' Fincent*de^Pa\il^ égaiementterminée et presque eatièrement construite sous le règne de Louise

cette demesre sacrée. £n fece de la fenêtre s'élevait ua' autel aurmoiité d'une croix ^ecque; près de Pautel on apercevait une petite armoire, fort simple, destinée à recevoir les ustensiles nécessaires à un pauvre ménage; elle renfermait quelques petits vases semblables à ceux dont se servent les mères pour donner la nourriture à leurs enfants,. A gauche» ath dessus du foyer, dans une niche précieuse, était une statue de cèdre, représentant la bienheureuse Vierge debout et portant le divin Enfant dans ses bras : c'était l'œuvre de saint Luc lui-même. L autel avait été dressé par saint Pierre ; le crucifix avait été pkcé par les apôtres. Les visages de l'Enfieint Jésus et de sa Mère, peiqts'd'une couleur semblable à l'argent, étaient noircis parle temps et sans doute parle fumée des cierges. Marie était couronnée de perles ; ses cheveux flottaient sur son cou et sur ses épaules; les cheveux del'Enfknt Jésus étaient, comme ceux de sa Mère, partagés à la manière des Nazaréens ; le divin Enfant levait les deux premiers doigts de la main droite comme pour bénir ; la main gauche portait un globe. Trois ans et demi après son arrivée à Tersatz la maison de Nazareth s'éleva de nouveau dans les airs et disparut. Sur l'emplacement qu'elle avait occupé le prince Nicolas Frangipage, qui gouvernait alors le pays, fit élever une chapelle commémorative du miracle. Cependant la maison sacrée, portée par les anges à travers les aks, avait été déposée, en présence d'un peuple immense, sur le territoire de Récanati ; ce prodige, qui retentit alors dans le monde, fut attesté par des procès -verbaux et des écrits authentiques dont les historiens de lIÉglise font mention et qu'il serait trop long d'énumérer. Le pape Paul II, qui éleva une nouvelle basilique autour de la Santa Casa et de la chapelle qui la renfermait, dit dans une bulle du i5 octobre 1464 : « On ne saurait douter que Dieu, à la prière de la très-sainte Vierge, mère de son divin Fils, n'accorde tous les jours aux^dèles qtii lui adressent pieusement leurs vœux des grâces singulières, et (|ue les églises dédiées en l'honneur de son nom ne méritent d'être honorées avec la plus grande dévotion. Celles-là cependant doivent recevoir des hommages plus particulteDs dans lesquelles le Très-Haut, à l'intercession de cette auguste Vierge, opère dés miracles plus éclatants, plus évidents et plus fréquents. Or il est manifeste par Texpérience que l'église Sainte-Marie de Lorette, dans le diocèse de Récanati, à cause des grands, inouïs et infinis miracles qu'y fait éclater la puissance de cette Vierge bienheureuse, e^qoe nous

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Philippe, appartient à la même sphère d'idées que Notre-- Dame^de-Lorétte^ c'est là encore ime imitation des églises que Ton rencontre fréquemment en Italie. Ce mo« nument est assis sur des terrains qui, avant la Révolution, étaient à une grande distance des murs de la ville, fai* saient partie du village de la /Vou^lle" France et' appar*tenaient à la communauté de Saint-Lazare , qui les cultivait en vergers. Paris, qui depuis lors s'est étendu si de* mesurément du côté du nord, jeta son enceinte jusqu'au pied des buttes Montmartre en enveloppant la Noui^lle" France. C'était au .commencement du siècle; une cité nouvelle sortit de terre , et dès lors il devint nécessaire de construire une église pour nouer sans interruption à la frontière septentrionale de Paris cette chaîne de pieux édifices dont Saint-Philippe-du-Roule à l'ouest et

avons éprouvés nous-méme dans notre propre personne^ attire dans 8on enceinte les peaples d^ toutes les parties du monde. » Sixte IV» successeur de Paul II, déclara Lorette propriété du Saint-Siège. Nous n'a^vons point à énumérer ici les efforts multipliés que beaucoup d'autres souverains pontifes firent l'un après l'autre pour honorer la maison sacrée de Marie, pour l'entourer de monuments d'or et de marbre, pour rehausser par la splendeur des arts ce sanctuaire vénéré des nations chrétiennes , Il faudrait citer Léon X, Clément VII, Sixte V, Clément VIII, Benoit XIV, et à leur suite un nombre considérable d'évêques, de religieux et de saints dont la foi , continuée sans interruption, n'a cessé de fortifier et de garantir la nôtre. Sur le fronton de la magnifique église qui Penveloppe et la couvre Sixte V a fait tracer cette inscription : Deiparce domus in qua Ferbum carofactum est. Inclinons-nous par la pensée devant ces augustes souvenirs, et sachons gré à ceux qui, en élevant à Paris l'église dédiée sous le vocable de Notre-Dame-de-Lorette, ont voulu faire participer plus directement la France aux hommages que les catholiques de l'Occident et de l'Orient ne cessent de rendre à la Mère de Dieu dans le sanctuaire où a été conçu Notrç-Seigneur et où l'Ange a salué Marie du nom de pleine de grâces^

6o HISTOIRE DB PARIS. (1850-18W3

Saint*Laurent à l'est sont les deux anneaux extrêmes.

C'est une vieille coutume , quand on fonde une cité chrétienne, de bâtir d'abord le clocher au milieu. Assis au centre d'un quartier naissant, dont il favorisera l'accroissement, le nouveau temple, la nouvelle église, si l'on veut, est dans une situation heureuse. Les monuments religieux étant destinés à être vus à de grandes distances, pour rallier de loin les fidèles , ont leur plan marqué sur les cimes. Saint-Vincent-de-Paul domine de huit mètres le sol de la place Lafayette, et cette place, un des gradins de la vieille montagne des Martyrs , domine elle-même tous les quartiers voisins. Les accidents du terrain en cet endroit ont été pour l'architecte l'occasion d'un accessoire fort avantageux, assez fréquemment adapté aux églises d'Italie , mais qui est sans exemple à Paris . Des deux côtés du perron, qui se trouve ainsi avoir un développement très-majestueux, l'architecte a disposé deux rampes très-douces en fer à cheval et garnies de galeries à jour, qui permettent aux voitures de monter jusqu'au parvis.

Il paraîtrait convenable, et on l'eût entendu ainsi autrefois, que le fidèle gravît péniblement , et sous l'ardeur du soleil, les degrés du temple catholique, de ce temple redoutable où les princes arrivaient souvent pieds nus et la corde au cou. Aujourd'hui on y est doucement porté, et on passe sans transition des moelleux coussins d'un coupé dans uns nef élégante, chauffée au calorifère et parquetée. Les traditions et l'harmonie des lignes eussent voulu que cette rampe se brisât à angle droit au lieu de décrire un méandre ; les architectes ont eu pitié de la faiblesse des chrétiens de notre siède, Et d'ailleurs ils nç

(1«SI-18M) LIVRE XlX. CHÀf^ITAE III. 6l

se sont pas tenus à ce seul compromis. La grille du porche, qui est d'un goût assez riche, rappelle le style Louis Xni; le porche, d'ordre ionique, est dominé par (les tours imitées de la Renaissance ; les côtés du bâtiment, les fenêtres surtout, ne sont d'aucun style. T^ porte est florentine, fin du quinzième siècle ; les grilles byzantines. Les bénitiers offrent un assemblage des attributs les plus disparates : dauphins^ croix grecques accolés à des croix latines. Le plafond de la nef, formé de pentes saillantes et de petites aiguilles, esta compartiments peints de diverses couleurs et rehaussé de filets d'or, comme au moyen âge ; leplafoud des bas-côtés est grec pur; les mé*» (laillons de la frise rappellent le Bas*Ëmpire. Inutile de pousser plus loin Ténumération de ces anomalies pour prouver l'absence de pensée qui ote au monument une signification précise.

En entrant dans ces détails nous trouvons à constater UQ fait caractéristique. Tous les ornements métalliques, tels que grilles intérieures, portes , baptistères, bénitiers, sont en fonte de fer grossièrement noircie ou dorée à l'or d'Allemagne ; les caissons , les rosaces sont en plâtre et faits au moule; les colonnes et les murailles, qui présentent des imitations de divers marbres, sont en stuc ; nous ne serions pas surpris que les statues attendues fussent en carton-pierre. Voici donc l'or faux, les ornements à l'emporte-pièce , les mastics imitant le marbre, des vitraux dont les fonds sont imprimés à la mécanique ; en un mot, voici les perfectionnements économiques et industriels de notre époque qui deviennent les pompes de nos basiliques. Au simple point de vue de l'art n'est-ce pas là de ces choses qui empêcheront un édifice

6^ . HISTOIRE BE PARIS. (im*18M)

de s'élever, aon pas au Utre d'église y mais de inonu-

hd& églises d Italie , dont Saint-Vincent-de-Paul est une reproduction, présentent partout à l'intérieur des cx>Ionnes en jaspe ou en bronze doré, des moulures en or quasi^massif . C'est qu'il n'y a pas de milieu : si vous ne prenez pas pour modèle Notre-Dame ou la cathédrale de Strasbourg , réglez- vous sur Sainte^-Marie-Majeure ou sur la chapelle Saint -Jean-de-Latran. A défaut du gran* diose, la richesse.

Ce monument avait été commencé en 1824; mais bientôt après les travaux furent suspendus et on ne les reprit qu'en i83i. Us sont terminés depuis i845. La façade, au bas de laquelle s'échelonne un escalier de quinze mardies, a 87 mètres 70 centimètres de largeur; elle précède un porche de six colonnes d'ordre ionique. Aux deux cotés de l'édifice s'élèvent deux clochers ayant 55 mètres de hauteur environ , à partir du niveau de la place. Entre ceâ deux clochers , aunlessus du fronton , règne un attique entrecoupé de piédestaux oii l'on voit les statues des évangélistes. Celles de saint Pierre et de saint Paul sont posées dans les niches des clochers. Le tympan des frontons présente la statue de saint Vincent de Paul, avec les figures symboliques de la Foi et de la Charité.

Les façades latérales de l'édifice ont chacune 90 mètres de Icmget sont ornées de pilastres espaçant les croisées* A l'intérieur quatre rangs de colonnes accouplées divisent la longueur du bâtiment en cinq parties, et celle du centre forme la nef. JLes parties intermédiaires servent pour la circulation ; les baâ^côtés renferment les cliapelles,

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séparées par dés grilles à jour seulement. Autour de la nef et de l'abside se développe une frise en attique de 3 mètres de hautèufr sur ii4 mètres de longueur. Le chcéur, séparé de la nef par une riche balustrade à jour, est un des beaux. ouvrages en ce genre des temps modérnesl L'une des deux rosaces représente Notre-Dame ; au point de vue de l'art c'est un travail d'un mérite contestable. I^a verrière de la rosace où saint Vincent de Paul est figuré dans une apothéose , montant au ciel au milieu des enfants et des malades, est d'un meilleur effet. L'artiste a mis en pratique un principe fondamental, selon nous, de ce genre de peinture : diversité des costumes, multipli*cité des personnages , variété des nuances.

TjCS huit autres verrières, dont chacune offre l'effigie unique et colossale d'un saint, ne nous semblent pas, quel que soitd ailleurs leméri te d'exécution, aussi bien réussies. Les figures sont belles, d'un dessin noble et assez fin; mais en les voyant on se dira indubitablement que ces tableaux transparents ne sont pas de la même famille artistique que les vieilles verrières, qui tirent une partie de leur prestige de l'imperfection même de quelques détaiU. Un inconvénient vient encore s'ajouter à cela. Ces verrières, qui font honneur à M. Maréchal, ne sont pas, ne peuvent être, à e^use du genre d'architecture du moment, à la place où elles produiraient le plus d'effet, c'est-à-dire à une hauteur suffisante.

Nous avons dit que l'église de Saint- Vincent-de-Paul était parquetée. I^e sol de la nef est en effet revêtu d'une élégante mosaïque en bpis, dans laquelle le chêne, l'acajou, l'amaranthe forment des dessins gracieux. La commodité des fidèles a eu la presque exclusive sollicitude de

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